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La dignité humaine couvre tout l’homme et tout homme.

La dignité humaine épuise la totalité de la personne humaine. Il n’y a rien en l’homme qui ne soit couvert par la dignité. Son âme, son corps, son travail, son agir, tout doit être mis sous le regard de la dignité et tout doit être respecté en tant que tel. L’âme humaine est la plus digne de ce respect. Le corps n’est pas exclu. Ce n’est pas une simple enveloppe qui enfermerait une âme en attente de sa libération. Aristote et saint Thomas en parleraient bien mieux ! Le corps permet à l’âme de se développer, car c’est par la médiation du corps et seulement par lui que je peux nourrir mon intelligence et alors par des actes volontaires user de ma liberté vraie. Si l’homme est digne, ses actes reçoivent  la même dignité, pour peu qu’ils soient humains.

Un acte est posé par la volonté sur proposition de l’intelligence. Pour qu’un acte soit humain, il faut donc qu’il soit le fruit d’une volonté droite et d’une intelligence libre. Aussi, bien des actes posés par des hommes ne sont-ils pas humains. Au mieux sont-ils animaux, voire bestiaux. À ce moment-là, ils perdent la dignité liée à leur auteur. Lui en revanche, même s’il ne pose que des actes non humains conserve sa dignité inaliénable. Pour que l’homme puisse vivre conformément à sa dignité et ne pas, peu à peu, se déshumaniser par un comportement animal (c’est à dire réflexe et instinctif), il faut que ses actes soient humains. Il convient donc de travailler à l’humanisation des actions humaines, donc à leur réelle libération !

Il est aussi un droit à la vie tout aussi inaliénable que les précédents. Il appartient à la dignité de l’homme que celui-ci vive. Mais vivre n’est pas simplement le fait de naître et de venir à l’existence. Il y a en propre dans tout être vivant, du végétal à l’animal, une poussée de l’être dans un mouvement dynamique qui tend vers l’accomplissement de cet être. Ainsi, chaque être tend naturellement vers l’accomplissement de lui-même, c’est-à-dire la pleine réalisation de ce pourquoi il est fait. La vie n’est autre que la lente construction de cette réalisation de soi. Qu’elle soit inconsciente, comme dans le cas des végétaux ou des animaux, ou bien consciente dans le cas d’un être humain, cette réalisation de soi porte en elle le sens de la vie, elle est native à toute créature. L’homme ne se réalisera pas dans une vie animale ou végétale. Aussi, la dignité de la personne humaine exige-t-elle d’entreprendre, ou d’avoir les moyens d’entreprendre, le plein accomplissement de soi. Soi étant entendu dans l’acception humaine de la personne spécifiée dans et par l’individu qui fait qu’il n’existe pas d’être humain en soi, mais des êtres humains particuliers et personnels. C’est à ces personnes individuées que doivent être proposés les moyens de leur réalisation. Ce sont ces personnes particulières qui doivent s’accomplir et ainsi vivre dignement. Ce sont elles qui doivent acquérir l’autonomie de leur personne, préalable indispensable à l’accomplissement de soi. Il n’y a pas de dignité de la personne humaine sans la dignité de chaque personne. Aussi, entendons-nous ‘droit à la vie’ comme un droit élémentaire de vie biologique et un droit spirituel d’accomplissement et d’épanouissement. Le don de la vie n’est pas in fine un don biologique, il est avant tout un appel au bonheur. Ce bonheur passe par l’accomplissement de soi.

Au final, la dignité de l’homme trouve sa justification et sa définition dans cet accomplissement, à savoir permettre à l’homme de s’avancer vers cette Félicité identifiée très tôt par Aristote. Nous sommes loin de la définition socialiste selon laquelle l’homme trouve sa dignité dans le travail qu’il accomplit pour la société ; loin de la conception libérale qui met la dignité de l’homme dans sa capacité productive ! La dignité de l’homme n’est soumise à aucune autre fin que le bonheur de l’homme lui-même. L ‘économie et la société sont au contraire au service de la dignité humaine. Elles doivent la promouvoir, la construire et la protéger. Le drame de l’humanité actuelle est d’avoir interverti les subordinations.

Le respect et la restauration de le dignité humaine passent par une prise en compte et un accomplissement de la dimension spirituelle de l’homme. Il ne pourra jamais se trouver un homme comblé dans sa seule dimension corporelle. Manger, boire, dormir, se loger, se reproduire ne sont pas des attributs proprement humains. Ils appartiennent à la dimension commune à l’animal et à l’homme. Une société qui se contenterait de satisfaire ces simples besoins, même si c’est de manière intelligente, ne produirait au mieux que des animaux plus développés que les autres. L’intelligence humaine, par nature supérieure à l’intelligence animale, permet en effet à l’homme de domestiquer la nature pour améliorer sa vie animale. L’homme n’a pas seulement à maintenir en l’état l’ouvrage divin qui lui est confié, il doit aussi le développer et l’embellir. C’est ainsi, que le travail trouve sa dignité. Le travail n’est pas simplement un effort de survie ni une conséquence du péché originel. Même si l’on se place dans l’acception chrétienne, la conséquence du péché originel est dans la souffrance que peut occasionner le travail. En aucun cas le travail n’est une punition. Avant la chute, l’homme a le devoir de travailler à soumettre et faire prospérer la Création. Certes notre travail nous permet de vivre et nous fait ainsi accéder à l’autonomie, mais cela est aussi le fait des animaux qui multiplient les efforts, et parfois de façon très ingénieuse et industrieuse, pour se procurer les moyens de survivre ; il n’est qu’à regarder une fourmilière ou la hutte d’un castor. Notre travail nous nourrit, mais pourtant ce n’est pas sa fin première dans l’ordre de la dignité humaine. Il participe déjà à la dignité en donnant les conditions de vie biologique nécessaires à l’épanouissement de l’être. Rappelons-nous ici la découverte de saint Vincent de Paul : « Avant de penser à leur âme, donnons-leur ce qu’il faut pour qu’ils puissent prendre conscience qu’ils ont en une ». Mais ceci n’est qu’une condition préalable à l’épanouissement de la dignité humaine. L’être humain s’accomplit au-delà de cette simple nécessité biologique. Aussi son travail est-il un élément constitutif de sa dignité en ce sens qu’il est le moyen par lequel l’homme se distingue de l’animal

Doctrine / Formation

Des hôteliers à Pilate, de la crèche à la croix

À l’inverse des bergers, les hôteliers n’ont pas reçu la leçon de Noël. À l’inverse de Pilate, Paul, sur le chemin de Damas, s’est laissé subjuguer.

Méditation d’un moine de Triors.

À dire vrai, les hôteliers de Bethléem sont plus myopes que méchants. Quant à Pilate, à la suite d’Origène, les Pères anciens lui attribuent un ton ironique au procès du Seigneur (Origène in Mt. N° 118 ; Theoph. in Luc) ; mais comme saint Jean l’évangéliste, le pape émérite Benoît XVI voit en Pilate un diplomate soucieux avant tout d’imprimer la force pacifiante du droit romain, pax romana, et le voilà déconcerté et bousculé (Jésus de Nazareth, III, p, 217). Si Jean attribue aux Juifs la mort de Jésus, il pense pour l’essentiel à l’aristocratie du Temple : nulle connotation raciste d’antisémitisme chez lui, il est lui-même fier de sa race juive, celle de Jésus et de Marie. Donc, il convient de laisser à Pilate, avec sa prudence romaine, une certaine droiture d’intention mêlée même de candeur dans son dialogue avec le Seigneur. Pareillement, laissons les hôteliers à leurs comptes d’apothicaire qui rendent myopes vis-à-vis de l’imprévu.

Bethléem attendait le Messie prophétisé et l’a raté. Quant à Pilate, il interroge Jésus sur sa royauté, puisque les Juifs présentent ce chef d’accusation. La réponse de Jésus le met dans une étrange situation : l’accusé reconnaît ce qu’on lui reproche, tout en soulignant la totale originalité de sa royauté, règne non-violent et sans aucune menace contre les règlements romains (op. cit. III, p. 218). Pilate est tenté de voir en ce roi minable quelque chose d’irréel, un pur fantasme. Et comme ceux de Bethléem, il rate le rendez-vous.

Il en va de même pour notre époque. En quoi ce roi nous concerne-t-il ? « Jésus fait reposer son concept de royauté et de règne sur la vérité comme catégorie fondamentale », répond avec netteté Benoît XVI. Malheureusement, l’humble vérité est inaperçue des hôteliers fébriles et affairés, ridiculisée par le ton désabusé du sceptique et pragmatique Pilate. Notre temps en reste officiellement à ces non-réponses. La conception moderne du grand commerce, celle de l’État, durcie et fragilisée, refuse le dialogue qui garde plus que jamais toute sa pertinence. Pie XI fut bien inspiré d’instituer la fête du Christ-Roi en l’entre-deux-guerres symptomatique de l’évanescence où se meurt le politique ancré dans le bien commun.

La question de la vérité

Mais voilà saint Paul sur le chemin de Damas : comme les bergers, il ne refuse pas la question sur la vérité révélée, sur la vérité en son entier pour « éclairer tout homme venu en ce monde ». Aux Colossiens, il répond avec zèle ce qu’auraient dû dire les hôteliers ou Pilate, dépassés par la situation. Il faut avec simplicité et ferveur rendre « grâces à Dieu le Père, qui en nous éclairant de sa lumière, nous a rendus dignes d’avoir part au sort et à l’héritage des saints. » Car « Il est l’image du Dieu invisible, et qui est né avant toutes les créatures… nous arrachant à la puissance des ténèbres, et nous faisant passer dans le royaume de son Fils bien-aimé, par le sang qui nous a rachetés : c’est par Lui que nous avons reçu la rémission de nos péchés. Tout a été créé par lui et pour lui » (Col 1, 12-16). À Pilate, Jésus dit avec une solennité simple et déconcertante : « Je suis né pour ceci » (Jn 18, 37). Saint Jérôme voit ici que Jésus « laisse entendre qu’il préexistait à sa naissance temporelle, et que sa naissance » à Noël jusqu’à sa mort au Calvaire « était l’exécution d’un dessein auquel il coopérait lui-même : Je suis ici dans le monde pour rendre témoignage à la vérité » (Hom 84, 1).

Devant Timothée, Paul, heureux vaincu du chemin de Damas, manifeste son admiration pour l’attitude de Jésus à Noël ou devant Pilate : « Jésus-Christ a rendu sous Ponce Pilate une si belle confession à la vérité » (I Tim 6, 13). Notre-Dame garde cette « si belle confession » en son Cœur Immaculé, depuis l’Annonciation, depuis Noël jusqu’au dernier soupir au Calvaire. Salve porta ex qua mundo lux est orta : Vous êtes la porte qui a attiré les bergers et subjugué Paul. Par vous, nous faisons connaissance avec la lumière véritable venue éclairer tout homme en ce monde, nous laissant joyeusement subjuguer à notre tour.

Source L’homme Nouveau

A la une #Culture

Dieu ou Allah ? Jésus ou Issa ?Quand le vocabulaire porte une théologie

Dans sa petite feuille verte 48, l’association CLARIFIER poursuit son étude de l’Islam. Des repères intéressants  sur le nom de Dieu qui nous ouvrent aussi un univers pour penser notre propre théologie.

Dans la dernière Petite Feuille verte (PFV n° 47), nous avons justifié le maintien de l’usage de la graphie française pour désigner le « prophète de l’islam » : Mahomet et non Mohamed ou Muhammad.

Dans celle que vous allez lire (PFV n° 48), nous nous interrogeons sur la manière d’écrire « Dieu » lorsqu’il s’agit de celui des musulmans. Autrement dit, en français, faut-il dire « Allah », comme le font la plupart des auteurs d’écrits relatifs à l’islam ? La réponse à cette question ne va pas de soi car l’écriture choisie – Dieu ou Allah – sous-entend une expression théologique spécifique.

Nous prolongeons cette analyse en abordant un sujet connexe mais lié au précédent thème : que signifie Issa, retenu par le Coran pour désigner Jésus, Fils de Dieu pour les chrétiens ?

Si l’on veut respecter la logique linguistique, il convient de dire « Dieu » lorsqu’on s’exprime en français, comme on dit Deus en latin, Dio en italien, God en anglais, Gott en allemand, etc.

« Allah » est un terme sémitique antérieur à l’apparition de l’islam, au même titre qu’« Eloah » en hébreu (« Elohim » étant le pluriel de majesté) et « Elah » en araméen. Provenant de la racine étymologique El ou Al, il désigne toute divinité quelle qu’elle soit, sans rapport nécessaire avec le monothéisme. Il est parfois incorporé dans un prénom. Ainsi, selon la biographie de référence de Mahomet, rédigée par Ibn Hichâm, le père du prophète de l’islam, Mahomet, qui professait l’une des religions païennes en vigueur à La Mecque au VIIe siècle, se nommait Abdallah, c’est-à-dire « Serviteur du dieu ». (Cf. La vie du prophète Mahomet, Fayard, 2004).

Le nom « Allah » résulte de la contraction de l’article al- et du substantif ilâh (« divinité »). L’article semble avoir été ajouté pour signifier le caractère unique de ce Dieu (« Le Dieu ») et exprimer le monothéisme intégral, comme le suggère le Coran.

« Dis : “Lui, Dieu est Un, Dieu ! L’Impénétrable ! Il n’engendre pas ; Il n’est pas engendré, nul n’est égal à Lui”  » (112, 1-4).

Ce verset comporte une réfutation implicite de la foi des chrétiens en la divinité de Jésus-Christ, le Verbe incarné, et en la Trinité. Dans un souci de cohérence théologique, les chrétiens de langue arabe, lorsqu’ils font le signe de la Croix, disent : « Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, le seul Dieu  ». C’est aussi pour eux une manière de témoigner de leur foi monothéiste auprès des musulmans qui leur reprochent parfois leur « trithéisme ».

Allah n’est donc pas un nom propre à l’islam, c’est « Dieu » écrit en langue arabe. Comme leurs compatriotes musulmans, les chrétiens arabophones prient aussi Allah ; et ceci même si le nom ne reflète pas une réalité doctrinale identique puisque, dans l’islam, le Dieu unique est résumé par le dogme de l’unicité (Tawhîd) – un Dieu Un et seulement Un -, tandis que, dans le christianisme, Dieu s’est révélé comme Un en Trois Personnes, ainsi que l’exprime le dogme de la Trinité.

Pourtant, depuis plusieurs années, des militants islamistes contestent aux chrétiens le droit de dire « Allah ». Pour eux, ce nom doit être réservé au Dieu du Coran. En Malaisie, où les chrétiens représentent 9 % des 28 millions d’habitants, l’affaire a défrayé la chronique à partir de 2007, après une décision du ministère fédéral de l’Intérieur interdisant l’usage du vocable « Allah » dans le journal catholique The Herald. Suite à divers recours en justice introduits par l’Église locale, certains lui ayant donné satisfaction, la Cour suprême de Kuala Lumpur a tranché par un arrêt définitif du 21 janvier 2015, confirmant la décision du ministère.

Pour leur part, les traducteurs francophones du Coran écrivent tantôt « Dieu » (cf. Denise Masson, Folio-Gallimard ; M. Savary, Garnier Frères ; Sami Aldeeb Abou-Sahlieh, L’Aire), tantôt « Allâh » (cf. Régis Blachère, Maisonneuve & Larose ; Édouard Montet, Payot). Des traducteurs musulmans eux-mêmes écrivent « Dieu » (cf. Cheikh Boubakeur Hamza, Enag Éditions).

Cependant, afin d’éviter toute confusion théologique et toute vaine querelle, il nous semble aujourd’hui préférable d’utiliser le substantif « Allah » lorsqu’on évoque le Dieu des musulmans. Et ceci vaut pour toutes les langues. Mais, nous ne sommes plus ici dans une logique sémantique.

Si les chrétiens arabophones prient Dieu avec le même nom que les musulmans, il n’en va pas de même pour Jésus. Tous refusent Issa (prononcer Aïssa) que le Coran donne à Jésus. Ce nom est pour eux une falsification, celui de Jésus en arabe étant Yasû’. Les chrétiens vivant en Arabie avant l’islam ont continué à appeler ainsi Jésus après l’apparition de cette nouvelle religion, et ceci jusqu’à leur disparition de ce territoire ; ceux du Levant, bien qu’arabisés, ont conservé le mot araméen en vigueur dans leur idiome antérieur, celui que parlait le Christ. Il s’agit de Yassouh ou Yessouah. Ce nom signifie « Yahvé sauve ». Jésus est donc Dieu. Cette vérité est d’ailleurs explicite dans l’Évangile selon saint Matthieu lorsque l’Ange du Seigneur dit en songe à saint Joseph : « Tu l’appelleras du nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés » (Mt 1, 21).

Pourquoi le Coran n’a-t-il pas adopté l’écriture arabe, Yasû’, pour nommer Jésus ? La raison en est fondamentale. Elle tient à l’identité que l’islam lui donne.

Dans les cultures sémitiques, le nom porté par une personne n’a rien d’anodin, comme l’a démontré le Père Antoine Moussali, lazariste libanais (1921-2003) :

 Donner un nom à quelqu’un ou à quelque chose, c’est nommer son essence, ce qui le caractérise en propre, ce qui le personnifie […]. L’emprise est tellement forte que l’on serait tenté de dire que ce n’est pas l’individu qui porte le nom, mais le nom qui porte l’individu. Être, à la manière humaine, c’est être nommé. » (La croix et le croissant, Éditions de Paris, 1997, p. 43).

Or, le nom coranique de Jésus, Issa, est dépourvu de toute signification. Celui qui le porte n’est qu’un prophète parmi d’autres, même s’il jouit d’une position éminente et singulière. Le Coran le présente en effet comme « le Prophète de Dieu, sa Parole qu’il a jetée en Marie, un Esprit émanant de lui » (4, 171). Et, même s’il est décrit comme « Parole de Vérité  » (19, 34, « fortifié par l’Esprit de sainteté  » (2, 253), il s’efface devant Mahomet, le « sceau des prophètes  » (33, 40), dont il annonce d’ailleurs la venue (61, 6).

L’intention qui préside à ce vide nominatif est évidente : Issa ne saurait donc prétendre à une mission salvifique, laquelle ne peut appartenir qu’à Dieu. Or, pour les musulmans, malgré ses attributs, Jésus n’est pas Fils de Dieu. Le Coran est intransigeant à ce sujet.

« Dieu est unique ! Gloire à Lui ! Comment aurait-il un fils ? » (4, 171) ;

« Créateur des cieux et de la terre, comment aurait-il un enfant, alors qu’il n’a pas de compagne, qu’il a créé toute chose et qu’il connaît tout ?  » (6, 101) ;

« Il ne convient pas que Dieu se donne un fils  » (19, 35).

Issa nie lui-même se faire passer pour une divinité. « Dieu dit : “Ô Jésus, fils de Marie ! Est-ce toi qui a dit aux hommes : Prenez, moi et ma mère, pour deux divinités, en dessous de Dieu ?” Jésus dit : “Gloire à toi ! Il ne m’appartient pas de déclarer ce que je n’ai pas le droit de dire. Tu l’aurais su, si je l’avais dit. Tu sais ce qui est en moi, et je ne sais ce qui est en toi” » (5, 116).

Par ailleurs, si « Messie » (Masîh) remplace Issa dans onze versets (p. ex. : « Ceux qui disent : “Dieu est, en vérité, le Messie, fils de Marie”, sont impies », 5, 17), cet attribut, interprété par certains commentateurs musulmans comme un titre d’honneur et par d’autres comme la marque d’une onction divine l’ayant préservé de l’influence de Satan (1), est étranger à la vocation de Jésus telle qu’elle est décrite dans les récits évangéliques. Pour l’académicien Roger Arnaldez (1911-2006), « cette qualification de Messie n’est plus alors en relation avec la mission que Jésus doit remplir parmi les hommes ; elle est une marque apposée sur lui dans sa relation avec Dieu et le monde angélique  » (Jésus, fils de Marie, prophète de l’islam, Éd. Desclée, 1980, p. 87). Autrement dit, il s’agit d’un Messie sans messianisme.

Dieu est désigné par le même vocable en arabe et en français, mais le Dieu du Coran n’est pas celui de la Bible.

Quant à Jésus, s’il n’est pas rare d’entendre des musulmans francophones affirmer qu’ils croient en lui, son nom coranique, Issa, ne désigne pas le Christ de l’Évangile.

Ces précisions peuvent être utiles à des chrétiens soucieux d’un dialogue sans confusion avec des musulmans. Il est certain que Jésus est au cœur d’une controverse doctrinale irréconciliable entre christianisme et islam. Mais, aujourd’hui, certains fidèles de cette religion sont fascinés par la figure énigmatique, voire mystérieuse, de Issa, qui se présente dans le Coran comme un prophète, certes musulman, mais aussi comme « un Signe pour les mondes » (21, 91), « illustre en ce monde et dans la vie future, il est au nombre de ceux qui sont proches de Dieu  » (3, 45), ayant aussi bénéficié de privilèges exceptionnels, notamment sa conception miraculeuse dans le sein virginal de Marie (19, 20) et sa capacité à résister aux tentations du démon, avantages dont même Mahomet a été privé (2).

Annie Laurent

Déléguée générale de CLARIFIER

alaurent@associationclarifier.fr

  • Maurice Borrmans, Jésus et les musulmans d’aujourd’hui, Ed. Desclée, 2005 ; R. Arnaldez, Jésus, fils de Marie, prophète de l’islam, Desclée, 1980 ; Georges Tartar, Jésus-Christ dans le Coran, Centre évangélique de témoignage et de dialogue islamo-chrétien, 1995.
  • R. Arnaldez, Jésus dans la pensée musulmane, Desclée, 1988 ; Fawzia Zouari (dir.), Douze musulmans parlent de Jésus, Desclée de Brouwer, 2017.

 

En France #NLQ

Le fondateur de l’IRCOM, accusé de pédophilie – Lettre de Mgr Delmas

Un homme contesté de son vivant pour son action tenace dans le domaine de la formation, mais aussi admiré de nombre de ceux qui l’ont approché, l’abbé Houard, aujourd’hui décédé est au cœur d’une nouvelle affaire de pédophilie.

Après avoir pris le temps de recevoir les personnes concernées, l’évêque d’Angers a choisi d’écrire à ses diocésains pour les informer de ces accusations prises au sérieux portées contre le fondateur de l’Institut Albert Le Grand et de l’IRCOM.

Le délégué épiscopal à la communication expose les faits au micro de RCF Anjou.

Nous vous livrons également la lettre de l’évêque d’Angers

Mgr Emmanuel Delmas, évêque d’Angers, a transmis le 1er février 2017 aux prêtres du diocèse un courrier au sujet de faits qui lui ont été rapportés concernant un prêtre du diocèse décédé . Il souhaite faire connaître ce message à l’ensemble des fidèles catholiques du diocèse.

Aux prêtres du diocèse d’Angers,

Angers, le 1er février 2017

« Comme vous le savez peut-être, j’ai reçu des témoignages de jeunes adultes qui m’ont confié avoir subi dans leur enfance des comportements inappropriés de la part d’un ancien aumônier, l’abbé Houard, aujourd’hui décédé. Ce sont des agissements graves et profondément destructeurs. Ils demandent un long chemin de guérison. Le fait que ces jeunes aient pu en parler et se confier participe à ce travail essentiel de reconstruction. Il est courageux de leur part qu’ils aient pu s’en ouvrir à moi.

Ce prêtre est aujourd’hui décédé. Il ne s’agit donc pas d’ouvrir une action en justice.

Il s’agit pour moi, d’exprimer simplement ma disponibilité auprès de toute personne qui aurait eu à subir de tels agissements de la part de ce prêtre, espérant ainsi contribuer à les aider dans l’avenir qui s’ouvre devant elles.

Je vous demande, vous aussi de faire preuve de disponibilité, en accueillant le cas échéant, toute personne qui souhaiterait se confier sur ce sujet, et de m’en informer. Je vous demande de témoigner une attention toute particulière aux proches et aux familles de ces personnes victimes de ces actes.

Je vous rappelle l’existence de notre cellule d’accueil et d’écoute des victimes, elle est joignable à l’adresse suivante : paroledevictimespaysdeloire@gmail.com

Je vous demande enfin de porter dans votre prière la souffrance de ces personnes ».

+ Emmanuel Delmas, évêque d’Angers

 

 

A la une #En Europe #NLQ

« La paix elle aura ton visage » Pax Christi devient Be Pax

Pax Christi Belgique devient Be Pax, « sois la paix ». C’est le fruit d’une gestation de plusieurs mois qui a aboutit à retirer Christi, jugé trop conservateur (sic) selon l’évêque référant, Mgr Delville.

« Le nom du Christ n’y est plus, admet Mgr Delville, mais cela se défend, car le nom latin faisait souvent penser à des tendances plutôt conservatrices… Cela créait souvent des ambiguïtés quand l’association d’éducation permanente voulait défendre son action dans les médias. Or BePax a besoin notamment des médias pour promouvoir le dialogue, l’ouverture aux différences et l’espoir d’un monde meilleur, telle que nous le comprenons en tant que chrétiens. »

Argument surprenant puisque le latin Pax demeure. Alors que l’Eglise fait de plus en plus le constat du succès relatif de l’enfouissement, voilà une décision qui semble bien surannée, mais qui traduit la grande dépression que traverse l’Eglise de Belgique.

A la remarque inquiète de la disparition du nom du Christ (on aurait pu tout simplement traduire le tout en belge), on répond que ce qui compte c’est l’inspiration chrétienne.

Pourtant la Paix du Christ n’est pas exactement la paix des hommes et l’entente cordiale reste bien en-deçà de la paix du Christ, comme le rappelle le journaliste qui interviewait le responsable de Be Pax

Car pour tout chrétien, devenir « artisan de paix » est simplement impossible sans la paix qui – depuis Pâques ! – nous est donnée : la « Pax Christi ».

L’intention est à la hauteur de la satisfaction : « BePax reflète donc parfaitement la mission que nous souhaitons poursuivre et qui consiste à sensibiliser les citoyens et décideurs aux conflits qui divisent les différentes populations établies en Belgique, et les amener à devenir des acteurs de paix. »

N’empêche qu’en rigueur de terme c’est un reniement qui veut ouvrir les bras de la Croix sans la dresser vers le Ciel. Nous voulons tellement compter sur nos propres forces que nous dépossédons le Christ de sa propre mission. A cacher le visage de la grâce, nous l’étouffons. Nous pensons à vue humaine, moyens humains, là où le Christ ne nous demande qu’une chose : ne pas être un canal bouché de la grâce.

Nulle part sur terre il ne s’agit de faire l’oeuvre pour Dieu, mais bien l’oeuvre de Dieu. Et comment imaginer la faire en le mettant sous le boisseau ?

NLH #Tribunes et entretiens

Ni progressiste, ni réactionnaire, juste catholique

Le journal La vie a déclenché il y a quelques mois une guerre fratricide entre catholiques. Relançant l’affrontement, pourtant essoufflé, entre catholiques de gauche ou de droite, sous le nouveau vocabulaire identitaire/progressiste, il s’est vu emboîter le pas par le blogueur Koz entraînant en chaîne des réactions, des droits de réponses et autres boulets plus ou moins rouges.

Bravo ! Quel était le but d’une telle boule puante ? Elle a en tout cas mis au jour un vrai problème de foi et d’adhésion au Christ.

Dans les colonnes d’Aleteia, on tente de désamorcer la bombe, en sortant les lambeaux du manteau du Christ du champ de bataille politique, tandis que le Père Simon Noël que nous reproduisions sur notre site, rappelle le sens de cette terminologie, conservateur, progressiste, définie avec à propos par Jean Guitton.

« Suite à des commentaires reçus à propos de mon dernier article, je voudrais préciser qu’en parlant de conservateurs et de progressistes, je n’ai fait qu’utiliser une terminologie courante dans la presse actuelle. La crise actuelle de l’Eglise est d’une nature beaucoup plus grave que les crises du passé. Il s’agit d’un affrontement entre la foi catholique et l’apostasie pure et simple. A ce sujet voici ce que Paul VI confiait à son ami Jean Guitton : “Il y a un très grand trouble en ce moment dans le monde et dans l’Église, et ce qui est en question, c’est la foi. Il arrive maintenant que je me redise la phrase obscure de Jésus dans l’Évangile de saint Luc : ‘Quand le Fils de l’Homme reviendra, trouvera-t-il encore de la foi sur la terre ?’ Il arrive que paraissent des livres où la foi est diminuée sur des points importants, que l’épiscopat se taise, qu’on ne trouve pas ces livres étranges. Et c’est cela qui, à mes yeux, est étrange. Il m’arrive de relire l’Évangile de la fin des temps et de constater qu’il y a en ce moment certains signes de cette fin. Est-ce que nous sommes proches de la fin ? c’est ce que nous ne saurons jamais. Il faut toujours nous tenir prêts à la fin, mais tout peut durer très longtemps. Ce qui me frappe quand je considère le monde catholique, c’est qu’à l’intérieur du catholicisme une pensée de type non-catholique semble parfois avoir le dessus, et il se peut que cette pensée non catholique à l’intérieur du catholicisme devienne demain la plus forte. Mais elle ne représentera jamais la pensée de l’Église. Il faut que subsiste un petit troupeau, même si c’est un troupeau tout petit”. Il se tait, puis il dit : “Ce qui manque au catholicisme en ce moment, c’est la cohérence”, et il répète plusieurs fois ce mot « cohérence ». Il semble dire : “C’est au Pape qu’il appartient de redresser, de réunir, de rendre cohérent ce qui est incohérent”. Il se tait. » (Jean Guitton, Paul VI secret, pp. 168-169.) »

A la une #Doctrine / Formation #NLH

Une lettre pastorale pour les hommes – « Sur la brèche »

L’identité masculine est battue en brèche par une société qui se féminise sous couvert d’égalité. Les jeunes garçons ne savent plus qui ils sont, ni ce qu’ « homme » veut dire. Les prêtres, de plus en plus, constatent dans leur accompagnement cette recherche d’identité séxuée des jeunes garcons qu’ils accompagnent.

Des mouvements voient le jours pour accompagner cette recherche qui n’est autre qu’une quête existentielle intime.

Mgr Thomas Olmsted, évêque de Phoenix

L’évêque de Phoenix (cliquez sur l’image pour son entretient) a publié en 2015 une lettre pastorale pour les hommes « Sur la brèche ».

 

Le 29 septembre 2015, Mgr Thomas Olmsted, évêque de Phoenix, aux États-Unis, adressait aux hommes de son diocèse une lettre pastorale qui restera certainement dans les annales de l’Église. Dans cette exhortation apostolique d’un nouveau genre intitulée « Into the breach » (« Sur la brèche »), Mgr Olmsted appelle « ses fils et ses frères, hommes du diocèse de Phoenix » à la virilité chrétienne avec l’ardeur d’un chef haranguant ses frères d’armes avant la bataille.

Si sa lettre est si puissante, c’est d’abord parce qu’il s’adresse exclusivement aux hommes, mais surtout parce que le ton et les mots qu’il emploie sont spécialement adaptés au cœur masculin. Et font mouche. Par exemple : « Messieurs, nous ne devons jamais croire que la sainteté et le courage sont des choses du passé ! » Tout au long de sa lettre, il ne cesse d’en appeler aux vertus viriles de force et de combativité. « Notre préoccupation n’est pas de savoir si le Seigneur nous donnera la force nécessaire, mais comment Il nous la donne dès maintenant. » Il place résolument le combat au centre de la vie chrétienne, notamment dans le domaine de la sexualité : « Nous arrivons ici à l’épicentre de la bataille masculine dans notre temps, le lien entre la vie et l’amour : la sexualité, ce don de Dieu. La nécessité de développer la chasteté dans votre vie, mes fils, ne pourra jamais être assez soulignée. »

« Ecce Vir »

Mais surtout, en ligne de mire, l’évêque de Phoenix indique Jésus comme modèle de masculinité aux hommes de son diocèse. Modèle d’humanité, bien sûr, mais aussi modèle de virilité. « Ecce homo » est aussi « Ecce vir ».

C’est en Jésus-Christ que nous distinguons le sommet de la virilité et de la force dont nous avons besoin dans nos vies personnelles et au sein de la société. (…) Jésus nous a dit que c’est pour cette raison qu’Il est venu dans le monde, que Son ardent désir est de Se donner totalement à nous. Là, réside la plénitude de la masculinité : chaque homme catholique doit être prêt à se donner totalement, pour combler la brèche, pour engager le combat spirituel, pour défendre les femmes, les enfants et les autres contre la malignité et les embûches du démon !

Voilà un appel capable de (re)donner aux hommes chrétiens la certitude que Dieu leur a donné, dans l’Eglise et la société, une mission irremplaçable et un poste de première ligne !

Vers une pastorale adaptée à l’âme masculine ?

D’autres évêques comprennent l’importance de s’adresser spécifiquement aux hommes et de leur présenter la vie chrétienne sous un jour qui mobilise leur âme masculine. En France, à l’initiative de quatre hommes, dont un ancien des camps Optimum, Mgr Jean-Paul James s’est adressé à 200 hommes de son diocèse réunis à Nantes. Une première. Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, soutient et encourage depuis plusieurs années le pèlerinage des pères de famille dont la destination initiale était Cotignac, sanctuaire dédié à saint Joseph, cet autre modèle de virilité évangélique. Mgr Rey a récemment accompagné le lancement des camps « Au cœur des hommes », inspirés du livre Indomptable et des camps Optimum. Il y intervient régulièrement pour parler aux hommes et passer du temps avec eux.

 

Vous pouvez trouver la lettre en français ici

 

A la une #Doctrine / Formation

L’onction des malades, sacrement de vie

Le 11 février, où l’Église fera mémoire de Notre Dame de Lourdes, aura lieu la 25e journée de prière pour les malades. Cet évènement, pas directement liturgique, est l’occasion de rappeler comment l’Église transmet la grâce de Dieu à ceux qu’affecte la maladie.

C’est principalement par un sacrement spécifique qu’est répandue cette grâce : l’extrême-onction. À ce terme, le dernier Concile préfère celui d’onction des malades, car ce « n’est pas seulement le sacrement de ceux qui se trouvent à la dernière extrémité » (SC 73). Suggéré par saint Marc (6,13), il fut « recommandé aux fidèles et promulgué par Jacques (…). “Si l’un de vous est malade, dit-il, qu’il appelle ceux qui exercent dans l’Église la fonction d’Anciens : ils prieront sur lui après lui avoir fait une onction d’huile au nom du Seigneur (Jc 5, 14)” » (Paul VI, const. Sacram unctionem, 30 novembre1972).

Le rituel de Cluny

Si l’onction est une constante depuis l’Antiquité, les prières et gestes qui l’entourent ont varié selon les lieux et époques. Au XIIIe siècle, Rome adopte officiellement un rituel hérité de Cluny : le ministre marque d’huile sainte le malade sur les points principaux du corps en prononçant une prière.

Selon le rituel tridentin (1614), la célébration suit plusieurs étapes. Après le souhait de paix et une aspersion, le prêtre dit plusieurs prières pour le malade puis lui impose les mains en disant : « Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, que toute puissance du démon soit anéantie en vous par l’imposition de nos mains (…) ». Viennent alors les onctions, avec l’huile des malades bénie par l’évêque au cours de la Semaine sainte. À chaque onction, le ministre dit la formule suivante : « Que par cette onction sainte et sa miséricorde toute paternelle (piissimam), le Seigneur vous pardonne tous les péchés que vous avez commis par… la vue (yeux), l’ouïe (oreilles), la parole (lèvres), le toucher (mains) et la démarche (pieds) ». (En cas d’urgence, on se limite à une onction sur le front.) Après le concile Vatican II, les paroles sacramentelles ont été ainsi modifiées : « Que par cette onction et sa miséricorde toute paternelle, le Seigneur vous aide par la grâce du Saint-Esprit, afin que, vous ayant libéré du péché, Il vous sauve et, dans sa bienveillance, vous relève » (trad. privée). Plusieurs versets suivis d’oraisons concluent le rite. On y demande à la fois le pardon des péchés et la guérison du corps, « afin que guéri grâce à (la) miséricorde (de Dieu), il reprenne comme auparavant son activité ».

La Parole de Dieu plus centrale

La réforme liturgique de ce sacrement (1972) a apporté certaines modifications. La formule sacramentelle a été remaniée, pour coller de plus près aux paroles de saint Jacques, et les onctions se limitent au front et aux mains. Une place centrale est faite à la parole de Dieu, avant le sacrement. Parmi les lectures proposées, notons la profession de foi de Job (19,23-27) ou encore la foi du centurion qui obtient la guérison de son enfant (Mt 8,5-10.13) ; deux perspectives sont toujours en présence : la guérison, vie du corps, et la vie éternelle. Le rite se conclut par une prière, adaptée à l’état du malade (grand convalescent, personne âgée…) et la bénédiction du prêtre.

Cette onction, « extrême » ou non, s’entoure forcément d’un climat de gravité, car souvent, « la mort et la vie engagent une guerre formidable » (séq. Victimæ paschali). Que son évocation nous pousse à prier davantage pour les malades, car « il en est peu que la maladie rend meilleurs » (Imitation de Jésus-Christ, I, 23, 4).

L’Onction des Malades

(traduction privée)

Le texte qui suit est une traduction privée de l’Ordo Unctionis Infirmi (1972), aux numéros 68 à 79 : ritus ordinarius (célébration ordinaire).
Les astérisques désignent les prières pour lesquelles existent d’autres formules au choix, que l’on trouve à la fin du volume.

Lire la suite de cet article du P Julien sur l’Homme Nouveau

NLH #NLQ #Tribunes et entretiens

Crises et tensions autour du pape – L’appel à la prudence d’un moine

Sur son blog le Père Simon Noël, osb, revient avec une certaine hauteur sur les troubles et les tensions qui animent les catholiques autour de diverses positions du pape. Après une point sur l’actualité, un regard sur l’histoire, le moine de Chevetogne passe en revue quelques questions tendues : Malte, les Franciscains de l’Immaculée, la Chine, l’immigration…

N’ayant nullement les moyens de prendre positions, car nombres de choses sont encore obscures et demeurent cachées (parce que certaines n’ont pas à être dévoilées), nous publions plusieurs avis sur la question afin d’éclairer nos lecteurs sur « ce trouble »

Extrémistes et modérés

En lisant les sites qui commentent l’actualité religieuse, depuis déjà pas mal d’années, on peut constater une opposition au sein de l’Église entre deux courants ou sensibilités. Certains prônent une évolution incessante de l’Église, une adaptation aux réalités du monde contemporain, une ouverture aux autres confessions ou religions, un engagement en politique qui valorise les valeurs de la gauche, une liturgie proche du peuple. D’autres par contre veulent la fidélité à la doctrine, une critique serrée du monde actuel, une affirmation claire du seul salut en Jésus-Christ, au sein d’une seule et vraie Église du Christ, un combat politique pour la défense de la vie et de la famille, une liturgie qui ait le sens du sacré, de l’adoration et du silence.

Chacun de ces courants a ses extrémistes. Et certains de ces derniers expriment des opinions qui s’approchent du délire mental. Que n’a-t-on pas pu lire naguère sur le pape Benoît XVI et que ne lit-on pas maintenant sur le pape François ? A en croire certains, l’Église serait comme un de nos parlements avec une droite et une gauche et il y aurait au sommet une alternance des gouvernements, comme celle qui existe dans nos démocraties modernes. Ainsi, au lieu d’être simplement catholique, on deviendrait d’abord l’homme d’un parti.

Il y a aussi entre ces extrêmes, des opinions plus modérées et plus nuancées : ceux qui ont sans doute une sensibilité plus forte avec l’un ou l’autre de ces courants, mais qui savent encore raison garder. Jésus a prié pour l’unité de ceux qui croiraient en lui : De même que toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé (Jn 17, 21). Saint Paul de son côté écrit aux Corinthiens : J’ai appris à votre sujet, mes frères, par les gens de Chloé, qu’il y a des disputes parmi vous. Voici ce que je veux dire : chacun de vous dit : « Moi, j’appartiens à Paul, moi à Apollos, moi à Céphas, moi au Christ. » Le Christ est-il divisé ? Paul a-t-il été crucifié pour vous ? Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ? » (1 Cor 1, 11-13). La question est donc bien celle-ci : sommes-nous d’abord chrétien catholique (universel dans le temps et l’espace) ou l’homme d’un parti ? Il me semble qu’à partir du moment où notre vie spirituelle baisse, par manque de prière profonde et d’enracinement dans le Christ, on risque vite de devenir d’abord l’homme d’un parti et de tomber dans le jugement face à ceux qui ne pensent pas comme nous. Une vie spirituelle profonde et authentique est le garant d’un équilibre spirituel qui nous préserve de toute forme d’extrémisme et favorise en nous une aptitude au discernement qui nous permette de juger plus calmement l’actualité religieuse. Il serait donc souhaitable que ceux qui ne tombent pas dans le piège de l’extrémisme, quelle que soit pour le reste leur sensibilité, apprenne à privilégier l’unité de l’Église et à relativiser les différences d’opinions et de sensibilités.

Un peu d’histoire

L’histoire de l’Église peut aussi nous aider à garder le calme dans les tensions d’aujourd’hui. Car les divergences et les oppositions ont toujours existé. Il y a eu toujours des extrémistes. La plupart du temps ils ont été condamnés par le magistère et ont été jugés sévèrement dans la suite par les historiens. L’Église a la plupart du temps suivi une voie médiane, condamnant les extrêmes et discernant une solution qui réalise une unité supérieure, en retenant ce qui était juste dans les différents courants qui s’affrontaient. Les controverses actuelles au sujet d’Amoris laetitia me rappellent le vieux débat entre laxistes et rigoristes, entre jésuites et jansénistes. Les jansénistes étaient vus par les jésuites comme hérétiques, des pseudo-protestants infiltrés dans le catholicisme. Les jansénistes considéraient les jésuites comme des casuistes, des molinistes et des laxistes. Saint Alphonse de Liguori a tracé la voie moyenne dans sa théologie morale. Il a condamné aussi bien les laxistes que les rigoristes, fidèle en cela aux divers documents magistériels sur le sujet, et il a trouvé des solutions ingénieuses pour dépasser les controverses entre moralistes, autorisées par l’Église, notamment celles entre probabilistes et probabilioristes. Le saint curé d’Ars avait été formé par un prêtre plutôt rigoriste. Dans un premier temps il fut un confesseur trop sévère et certaines plaintes parvinrent auprès de l’évêché. L’évêque demanda au saint curé de lire la théologie morale de saint Alphonse, qui commençait à être connue en France. Le bon curé apprit bien la leçon et il trouva dès lors dans la pratique de son ministère sa vitesse de croisière.

L’histoire de l’Église nous apprend aussi que dans les cas de controverses durables, on a vu à certains moments certains courants sembler gagner du terrain, et avoir les faveurs de la hiérarchie. Puis le balancier de l’histoire a ensuite été dans le sens contraire. La controverse janséniste a duré plus de cent ans et on a vu des évêques opiné dans l’un et l’autre sens. Au point que dans la France du XVIIe siècle, on relève l’existence de deux sortes de catéchismes diocésains. Selon les diverses tendances épiscopales, on avait ici des catéchismes d’inspiration augustinienne, basés sur l’histoire du salut, et là des catéchismes d’inspiration jésuite, basés sur une la triple division : les articles du credo, les commandements et les sacrements. Ces divers catéchismes exprimaient sans doute la même foi catholique, mais avec des nuances subtiles. Ainsi, les augustiniens voyaient d’abord dans l’eucharistie le sacrifice d’adoration. Les Jésuites privilégiaient la communion, la participation sacramentelle à la messe. On a vu ainsi s’amorcer le débat sur la communion fréquente.

Article connexe : Problèmes de conscience avec la hiérarchie

Nous pouvons dans cet esprit que je viens de montrer regarder de plus près quelques événements de l’actualité religieuse et poser sur ceux-ci un jugement qui, je l’espère, sera pondéré.

L’ordre de Malte, les franciscains de l’Immaculée et la question chinoise

L’attitude du saint Père dans les affaires de l’ordre de Malte, dans celles qui concernent les franciscains de l’Immaculée ou la manière dont sont envisagées les relations avec la Chine, sont la source d’une perplexité réelle chez pas mal d’observateurs. Un bon connaisseur de la situation chinoise, avec qui je parlais récemment, me confiait qu’il était évident pour lui que le pape était très mal conseillé dans cette offensive d’ordre diplomatique. Il me disait savoir de source sûre que certains ecclésiastiques, favorables à un changement d’attitude de l’Église dans la question chinoise, étaient en fait de véritables agents du gouvernement chinois, ce dernier allant peut-être jusqu’à les soutenir financièrement. L’attitude décidée, voire autoritaire, du pape, vis-à-vis de l’ordre de Malte et des franciscains de l’Immaculée, peut soulever de légitimes inquiétudes. Mais il y a cependant deux choses à observer. La première est que déjà au temps où il était archevêque de Buenos Aires, le cardinal Bergoglio avait une estime certaine pour le travail pastoral de la Fraternité Saint Pie X. Comme pape, il vient de confirmer pour les prêtres de cette fraternité le pouvoir de juridiction, qu’il leur avait accordé pour l’année de la miséricorde. Il n’y a donc pas en fait une volonté manifeste chez le saint Père de faire la guerre au mouvement traditionaliste. Dans la question de l’Ordre de Malte et dans celle des franciscains de l’Immaculée, le fond de la question n’est pas connu. Certaines choses sont peut-être restées cachées, notamment des choses qui ont pu être dites, lors d’entretiens qui sont restés secrets. Dans cette question, le plus prudent serait de faire confiance a priori à l’autorité. Si le pape agit dans un certain sens, et reste discret sur ses motivations réelles, on doit patienter et faire confiance, jusqu’à ce que la pleine lumière soit faite. Ceci dit, certains peuvent avoir des informations sûres qui tendent à prouver une forme d’injustice dans l’exercice de l’autorité. Un désaccord, complet ou partiel, avec le pape serait pour eux une chose légitime. Mais je crains que certains, ayant des préjugés au départ contre le pontife, n’aille un peu vite en besogne. Une critique du pontife romain est donc possible, mais elle doit se baser sur des faits certains et non sur des préjugés. Saint Robert Bellarmin, docteur de l’Église, non suspect de manque de loyauté envers le Saint-Siège, eut un désaccord avec le pape Clément VIII et il dut s’éloigner de Rome. Ici c’est le cardinal qui est saint et non le pape. Toute la vie de Saint Robert Bellarmin a été un service ardent, passionné de l’Église et du Souverain Pontife. Mais cet amour de l’Église et du Pape a été assez fort pour que Saint Robert Bellarmin ose parler avec sa liberté de prophète. Saint Robert Bellarmin a su dénoncer les abus de la Cour romaine, rédigeant à l’adresse de Clément VIII un mémoire dénonçant les grands abus qui sévissaient dans son entourage. Sans platitude, Saint Robert Bellarmin eut le courage de soutenir que le Pape n’avait qu’un pouvoir indirect sur les États : en 1610, il publie Du pouvoir du Souverain Pontife dans les affaires temporelle, De potestate Summi Pontificit in rebus temporalibus, ce qui lui valut d’être mis à l’index.

Quelle opinion la prudence nous suggérerait-elle sur cette actualité pénible et dérangeante ? En ce qui concerne la Chine, il me semble que les prises de position nettement négatives du cardinal Zen face à la diplomatie actuelle du Saint-Siège sont celles d’un homme solide, bien au courant et courageux. Elles sont donc à prendre en compte. Elles émanent d’un véritable homme de Dieu et serviteur de l’Église. En ce qui concerne l’ordre de Malte et les franciscains de l’Immaculée, on peut penser que l’attitude tranchée de Rome, sans qu’on connaisse ses motivations réelles, soit une vraie source de perplexité. Et on ne pourra en sortir qu’à partir du moment où seront vraiment connus tous les tenants et aboutissants de ces affaires.

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Les querelles au sujet de la traduction du missel

Parlons maintenant de la querelle liturgique au sujet de la traduction du missel. Il semble que sur cette question Rome ait changé son fusil d’épaule. La traduction du missel romain en français risque d’être une montagne qui accouche d’une souris. Nous verrons tôt ou tard. On privilégierait une forme de décentralisation liturgique. Je n’ai plus guère d’espoir dans l’immédiat de posséder un missel vraiment conforme à l’original. Nous aurions le missel latin et une série de missels en langue moderne, différents les uns des autres, certains plus proches du latin, d’autres mettant en relief le génie particulier de telle ou telle langue. L’unité du rite romain céderait la place à une certaine diversité. Dans le rite byzantin, il existe en effet des variantes d’un pays à l’autre. Les rubriques slaves et grecques par exemple divergent sur certains points, sans parler des roumains ou des arabophones. Une certaine diversité n’est donc pas inhabituelle dans l’Église.

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La traduction du nouveau missel

La messe en rite romain à Chevetogne

Décentralisation et réforme de la curie

La décentralisation est à l’ordre du jour, ainsi que la réforme de la curie. Mais je crains que là nous soyons dans une totale illusion. La réforme de la curie est un vieux problème dans l’Église. Saint Pie X prit le taureau par les cornes, et, comme le pape François de nos jours, il dut souvent se résoudre à faire appel à des collaborateurs, indépendants de la curie. On sait aussi qu’il y eut des tensions entre saint Jean-Paul II et une curie qui ne voulait pas croire en la possibilité réelle d’un effondrement du communisme et préférait la ligne de la realpolitik antérieure. Mais suffit-il de fusionner des dicastères ou d’en créer de nouveaux ? Quelles que soient les structures, les hommes, avec leurs passions et leurs intrigues, restent les mêmes. On a dit à juste titre que l’Église n’a pas besoin de réformateurs, mais de saints ! D’autre part, la décentralisation ne résoudra rien. Car les intrigants, les ambitieux et les assoiffés de pouvoir s’adapteront à la nouvelle situation. Au lieu de se tourner vers Rome, ils se tourneront vers les nouveaux centres de pouvoir que seront par exemple, les innombrables bureaux des conférences épiscopales. Au lieu de baisser, le problème va plutôt se multiplier. C’est pour cela que je dis que la décentralisation est un mythe ou une illusion. L’Église y perdra plus qu’elle n’y gagnera.

Les controverses au sujet d’Amoris Laetitia

Avec les dubia émis par les quatre cardinaux, les prises de position en des sens contraires prises par des évêques ou des groupes d’évêques, Amoris Laetitia continue à faire couler beaucoup d’encre. Si les choses ne s’apaisent pas, on va vers une confusion totale. Ce qui sera vrai dans tel pays sera une erreur dans le pays voisin. Le pape a une lourde responsabilité. Pour des raisons que j’ignore, il laisse pour l’instant le débat se poursuivre, mais, me semble-t-il, au détriment du bien des âmes. Mais là-dessus aussi, je veux lui laisser le bénéfice du doute. Il a peut-être de bonnes raisons de garder le silence. Le débat n’est pas clos et l’histoire de l’Église m’apprend qu’il y aura une suite tôt ou tard, d’autres documents du magistère qui finiront bien par répondre à nos interrogations.

Dans la situation présente, que nous dit la prudence ? D’abord qu’il y a des théologiens et des évêques qui dévient doctrinalement. Tout cela s’est déjà vu dans l’histoire. La situation actuelle nous fait le devoir de nous former doctrinalement à bonne école. Nous discernerons ainsi ce que l’Église persiste à nous enseigner. En ce qui concerne Amoris Laetitia, je voudrais ici mentionner les deux études parues dans le n° 4 de l’année 2016 de la revue thomiste, revue non suspecte de relativisme. Ces études solides, dues au P. Valuet et au P. Michelet, nous aideront à garder une théologie sereine et équilibrée sur les problèmes de pastorale et de morale, fidèle au magistère et à la théologie morale traditionnelle. Tenons-nous-en à l’article du P. Valuet : Amoris Laetitia, le chapitre VIII est-il une révolution ? L’auteur nous présente d’abord le document pontifical comme un texte d’exhortation pastorale, ce qui est l’intention expresse du saint Père, qui n’entend pas donc trancher définitivement toutes les controverses par un enseignement dogmatique. Il ne requiert donc pas de nous un assentiment complet de l’intelligence et de la volonté comme le ferait une encyclique tranchant un point controversé de doctrine. Néanmoins, à l’instar du concile Vatican II, d’une certaine manière, ce texte éminemment pastoral contient par endroit des affirmations doctrinales, qu’il nous faut prendre en compte comme telles. Voici la conclusions du P. Valuet, à la fin de son article. Amoris laetitia réaffirment avec force certains points du magistère de l’Église et ces points engagent l’infaillibilité de l’Église : par exemple, les fautes graves peuvent toujours être évitées avec l’aide de la grâce ; il existe des actes intrinsèquement mauvais au point de vue objectif, qui ne se justifient jamais, même pour éviter un plus grand mal ; la fornication et l’adultère font partie de ces actes intrinsèquement mauvais ; un remariage civil est un adultère, selon l’enseignement si clair de Notre-Seigneur ; la personne en état de péché mortel, pour recevoir le pardon sacramentel, doit avoir la contrition, au moins imparfaite, et le ferme propos de ne plus commettre les péchés mortels dont elle a conscience ; enfin, un péché objectivement grave est un péché véniel et n’empêche pas la communion eucharistique, si lui manque la pleine advertance ou le plein consentement. Le saint Père n’a donc en rien transigé avec la doctrine de l’Église. Par contre une avancée magistérielle a été opérée dans l’exhortation du pape, en continuité avec le magistère antérieure. Je cite ici la conclusion prudente du P. Valuet, dont tous les termes doivent être pesés avec soin : « le pape François voulait préciser, par un développement doctrinal homogène, que, au moins en certains cas, la conscience qui ne perçoit pas la vérité ou du moins l’importance de la norme, ou encore la possibilité de l’accomplir (du moins avec l’aide de la grâce) sans commettre de nouveaux péchés, peut bien rentrer dans le cas où les circonstances réduisent l’imputabilité de son péché objectivement grave au point de le rendre tout au plus véniel, au point de vue subjectif, celui du péché formel » (Revue thomiste, 2016, 4, p. 617). C’est donc au niveau d’une étude de toutes les circonstances subjectives que doit se poursuivre le débat sur l’exhortation apostolique, entre théologiens moralistes, et la matière de ce débat est presque infinie. Certains seront peut-être trop rigoristes et d’autres trop laxistes. Le débat pourra se poursuivre encore longtemps sans doute, mais, comme dans les débats sur la grâce du XVIIe siècle, il faut s’attendre tôt ou tard à des décisions du magistère, qui clarifieront l’un après l’autre les points controversés.

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Amoris Laetitia : l’Eglise change-t-elle ?

Le cardinal Schönborn et Amoris Laetitia

Problèmes de l’immigration et question écologique

On pourrait aussi évoquer les prises de position du pape sur les migrants ou l’écologie. Ils irritent un certain nombre de catholiques sincères. Là-dessus, rappelons que le pape jouit de l’infaillibilité, sous certaines conditions, en matière doctrinale, lorsque cela concerne la foi ou les mœurs. Le pape ne jouit donc nullement de l’infaillibilité sur des questions politiques, sociales, économiques, scientifiques ou historiques. Il n’y prétend d’ailleurs pas. J’oserais d’ailleurs dire que sur la politique, un chef d’état chrétien jouit davantage de l’aide du Saint-Esprit que le successeur de Pierre. Car la Providence divine s’intéresse tout autant à la marche des affaires de ce monde qu’à celles de l’Église et l’autorité politique est aussi voulue par Dieu. Ceci dit, ce n’est pas parce qu’il est faillible dans ces domaines, que le Pontife romain a nécessairement tort. L’histoire nous prouve en effet que les papes ont eu souvent plus de clairvoyance sur les questions humaines que beaucoup de leurs contemporains. Mais dans l’enseignement pontifical sur ces questions, qui est un enseignement prudentiel par sa nature, ce qui est exigé de nous c’est une obéissance de volonté, non pas nécessairement l’adhésion intellectuelle. Il faut aussi ne jamais isoler une affirmation du pape de son contexte et tenir compte de tout ce qu’il dit, sous peine de la cataloguer un peu vite à droite ou à gauche. Ainsi sur la question des migrants, il y a un double appel lancé par le pape : celui de la générosité dans l’accueil, mais aussi la nécessité de la prudence et de l’intégration des nouveaux venus. Parfois la vision large du saint Père peut nous ouvrir des perspectives insoupçonnées du commun des mortels. La venue de musulmans dans nos pays en a amené certains à découvrir la foi chrétienne et à faire le pas de la conversion. D’autre part le radicalisme de certains peut nous aider à reprendre conscience du relativisme moral de nos sociétés. Quant à la question écologique, il est prudent de tenir compte du fait que les scientifiques n’ont pas une position unanime sur la question du réchauffement climatique. On a peut-être le tort de s’inquiéter trop vite sur ce sujet. Néanmoins, le pape a raison de dénoncer la société de gaspillage dans laquelle nous continuons à vivre.

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J’ai donc abordé quelques aspects de cette actualité religieuse qui nous rend parfois perplexes. Mais j’espère ainsi avoir pu aider certains de mes lecteurs à en relativiser quelque peu l’objet.

 

Doctrine / Formation

De l’importance des consacrés

Par un moine de Triors,

 

Grâce à Jean-Paul II, le 2 février est devenu la journée des religieux. Le choix de ce jour est très heureux, tant l’Évangile qui y est proclamé encourage et illumine tout consacré à poursuivre avec ardeur et persévérance la sequela Christi qu’il a embrassée en pleine liberté, en vue de porter des fruits rédempteurs pour lui-même et pour ses frères. Cet Évangile délivre aussi les religieux de toute autosuffisance qui à l’inverse les rendrait stériles.

Or nous vivons précisément une époque où la fidélité jusqu’à la mort devient extrêmement difficile, en raison d’une mentalité de changement constant et de provisoire dominante chez nos contemporains. C’est vrai pour le mariage, c’est encore plus vrai pour la vie religieuse. Notre culture de provisoire qui établit le vivre à la carte rend les hommes esclaves des modes éphémères et les éloigne des valeurs évangéliques fondamentales et pérennes. Ainsi, les renoncements réclamés par une vie qui se veut toute consacrée à Dieu dans la durée semblent impossibles à réaliser. L’époque d’internet non seulement ne facilite pas le silence absolument nécessaire, mais encore place les aspirants à la vie religieuse dans une situation socioculturelle aux antipodes de la vie religieuse. Ainsi beaucoup de jeunes deviennent victimes de cette logique de la modernité ; logique fausse mais qui en séduit hélas beaucoup, même si une jeunesse nouvelle entend conserver sa liberté qu’elle veut mettre au service de la vérité. Car quand l’homme aime vraiment, il ne prévoit pas le moment où il n’aimera plus. S’il a bâti sur le roc qu’est le Christ, toutes les intempéries peuvent arriver et le religieux, comme tout chrétien d’ailleurs, restera fidèle, comme les vieux chênes séculaires de nos campagnes.

La fidélité doit conduire à la sainteté. Le religieux embrasse la vie consacrée pour devenir par l’imitation du Christ un saint, un témoin des béatitudes. Hélas, il y a des contre témoignages. Mais à la vérité, il y en a toujours eu. La vie religieuse est vie au désert et on y rencontre Dieu, mais aussi le diable, l’ennemi du genre humain qui utilisera tous les moyens pour empêcher un religieux de parvenir à l’union au Christ et par là à la sainteté : routine, acédie, attrait des choses matérielles et amour de l’argent, divisions internes, recherche du pouvoir. En un mot, le religieux devra toute sa vie lutter contre les trois concupiscences dont parle saint Jean.

Notons toutefois que l’une des caractéristiques de la vie religieuse, à savoir la vie fraternelle en communauté, favorise étroitement non seulement le désir de sainteté, mais encore la réalisation de ce saint désir. Alors que l’ermite doit lutter tout seul, le religieux lutte avec des frères. On remarquera aussi que la vocation comme la foi est un trésor, certes porté dans un vase d’argile, mais un trésor qui est don absolument gratuit d’un Dieu de miséricorde qui veut une rencontre personnelle avec sa créature. Et ce Dieu miséricordieux est fidèle. Pour être comme son Seigneur fidèle et avoir les mêmes sentiments que lui, le religieux devra impérativement regarder constamment le Christ. Les infidélités viennent la plupart du temps de distractions et de déviations causées par le fait que l’on veut regarder autre chose que le Christ lui-même. Et on touche du doigt l’importance pour la vie religieuse non seulement de la conventualité, mais encore de l’accompagnement spirituel. Prions pour que avec Marie, tous les religieux accompagnent le Christ vers la Jérusalem céleste, comme les pèlerins d’Emmaüs le jour de Pâque.

L’homélie du Pape

Lorsque les parents de Jésus ont porté l’Enfant pour accomplir les prescriptions de la Loi, Syméon, « sous l’action de l’Esprit » (Lc 2, 27), prend l’Enfant dans ses bras et commence à louer. Un cantique de bénédiction et de louange : « Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël » (Lc 2, 30-32). Non seulement Syméon a pu voir, mais il a eu aussi le privilège d’embrasser l’espérance attendue, et cela le fait exulter de joie. Son cœur se réjouit parce que Dieu habite au milieu de son peuple ; il le sent chair de sa chair.

La liturgie d’aujourd’hui nous dit qu’avec ce rite (quarante jours après la naissance) « Jésus (…) se conformait (…) à la loi du Seigneur, mais (que), en vérité, il venait à la rencontre du peuple des croyants » (Missel Romain, 2 février, Monition de la procession d’entrée). La rencontre de Dieu avec son peuple suscite la joie et renouvelle l’espérance.

Le chant de Syméon est le chant de l’homme croyant qui, à la fin de ses jours, peut affirmer : c’est vrai, l’espérance en Dieu ne déçoit jamais (cf. Rm 5, 5), il ne trompe pas. Syméon et Anne, dans leur vieillesse, sont capables d’une nouvelle fécondité, et ils en témoignent en chantant : la vie mérite d’être vécue avec espérance parce que le Seigneur garde sa promesse ; et Jésus lui-même expliquera cette promesse dans la synagogue de Nazareth : les malades, les prisonniers, ceux qui sont seuls, les pauvres, les personnes âgées, les pécheurs sont invités, eux aussi, à entonner le même chant d’espérance ; Jésus est avec eux, il est avec nous (cf. Lc 4, 18-19).

Louange faite chair

Ce chant d’espérance, nous l’avons reçu en héritage de nos pères. Ils nous ont engagés dans cette « dynamique ». Sur leurs visages, dans leurs vies, dans leur dévouement quotidien et constant, nous avons pu voir comment cette louange s’est faite chair. Nous sommes héritiers des rêves de nos pères, héritiers de l’espérance qui n’a pas déçu nos mères et nos pères fondateurs, nos aînés. Nous sommes héritiers de nos anciens qui ont eu le courage de rêver ; et comme eux, aujourd’hui, nous voulons, nous aussi, chanter : Dieu ne trompe pas, l’espérance en lui ne déçoit pas. Dieu vient à la rencontre de son peuple. Et nous voulons chanter en nous introduisant dans la prophétie de Joël : «  Je répandrai mon pouvoir sur tout esprit de chair, vos fils et vos filles prophétiseront, vos anciens seront instruits par des songes, et vos jeunes gens par des visions » (3, 1).

Cela nous fait du bien d’accueillir le rêve de nos pères pour pouvoir prophétiser aujourd’hui et retrouver ce qui un jour a enflammé notre cœur. Rêve et prophétie ensemble. Mémoire de la façon dont ont rêvé nos anciens, nos pères et mères et courage pour poursuivre, prophétiquement, ce rêve.

Cette attitude nous rendra féconds, nous, personnes consacrées, mais surtout elle nous préservera d’une tentation qui peut rendre stérile notre vie consacrée : la tentation de la survie. Un mal qui peut s’installer peu à peu en nous, dans nos communautés. L’attitude de survie nous fait devenir réactionnaires, peureux ; elle nous enferme lentement et silencieusement dans nos maisons et dans nos schémas. Elle nous projette en arrière, vers les exploits glorieux – mais passés – qui, au lieu de susciter la créativité prophétique issue des rêves de nos fondateurs, cherchent des raccourcis pour fuir les défis qui aujourd’hui frappent à nos portes. La psychologie de la survie ôte la force à nos charismes parce qu’elle nous conduit à les « domestiquer », à les ramener « à portée de main » mais en les privant de cette force créatrice qu’ils ont inaugurée ; elle fait en sorte que nous voulons davantage protéger des espaces, des édifices ou des structures que rendre possibles de nouveaux processus. La tentation de la survie nous fait oublier la grâce, elle fait de nous des professionnels du sacré mais non des pères, des mères ou des frères de l’espérance que nous avons été appelés à prophétiser. Ce climat de survie endurcit le cœur de nos aînés en les privant de la capacité de rêver et, ainsi, stérilise la prophétie que les plus jeunes sont appelés à annoncer et à réaliser. En peu de mots, la tentation de la survie transforme en danger, en menace, en tragédie ce que le Seigneur nous présente comme une opportunité pour la mission. Cette attitude n’est pas propre uniquement à la vie consacrée, mais à titre particulier nous sommes invités à nous garder d’y succomber.

 

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