En France #NLQ

Elections présidentielles, pour Mgr Scherrer il y a des critères décisifs que les catholiques ne peuvent ignorer

Chers amis,

C’est toujours un grand moment que cet échange des vœux, et je vous remercie d’être nombreux à ce rendez-vous traditionnel. Je remercie Xavier Pujos d’avoir bien voulu ouvrir la séance en nous partageant quelques-uns des objectifs poursuivis par la Commission de discernement et d’accompagnement des laïcs missionnés à laquelle il appartient, pour aider notre Église diocésaine à mieux définir sa mission pastorale et se donner les moyens de l’exercer pour le service de tous. Si l’année qui s’achève a vu scintiller quelques rais de lumière, il faut bien reconnaître que l’actualité qu’elle a charriée au quotidien a été dans l’ensemble assez sombre.

Le mot qui me vient à l’esprit, c’est le mot « fragmentation ». En cette année 2016, la guerre (spécialement en Syrie), le terrorisme de Daech, la criminalité diffuse, la tragédie des migrants ont plongé des populations entières dans le drame et la souffrance. Des lignes de fracture se font jour un peu partout si bien qu’on a l’impression que le socle sur lequel s’édifient nos sociétés se fissure. Du coup, les équilibres humains déjà extrêmement précaires s’en trouvent fragilisés davantage encore. Au cœur même de nos communautés et de nos institutions, le climat est tendu, les nerfs sont à vif. On sent qu’il ne faudrait pas grand-chose pour que tout s’enflamme et explose. Et puis la crise économique, que l’on dit derrière nous, laisse toujours autant de familles sur le carreau. Les injustices ont accru les clivages entre les citoyens. Je pense aux agriculteurs qui ont connu en 2016 une année noire. C’est dans ce monde-là, un monde « en morceaux », comme le dit le pape François, que Jésus vient naître aujourd’hui encore. L’amour et la paix qu’il apporte (apporte)… avec lui sont les antidotes les plus puissants à la haine destructrice qui déchire l’humanité. C’est un amour qui retisse les liens humains, qui restaure la communion, qui opère des réconciliations. Et cela nous dit la place que nous avons à prendre comme chrétiens pour humaniser ce monde, pour le rendre plus beau, plus juste, plus fraternel.

Parce qu’on ne peut pas tout relater d’une année écoulée, j’évoquerai devant vous trois choses : un visage, une vertu, un style de vie.

1. Cultiver la non-violence

Ce que je retiendrai tout d’abord, c’est un visage, un visage empreint de gravité et d’espérance tout à la fois. Ce visage, c’est celui du Père Jacques Hamel sauvagement assassiné tandis qu’il célébrait la messe avec quelques fidèles en l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray. À ce visage, nous associons les hommes, les femmes, les enfants qui ont été par milliers les victimes innocentes de cette cruauté sanguinaire, tout dernièrement encore ceux de l’attentat de Berlin et d’Istanbul.

Jacques Hamel, c’est pour nous d’abord un homme, un homme foncièrement bon et qui était unanimement apprécié pour sa disponibilité, son attention aux autres, son sens du service. Mais c’est aussi un prêtre qui vivait à fond son ministère sacerdotal. Certains de ses confrères aimaient plaisanter : « Jacques, tu en fais un peu trop, il serait temps de prendre ta retraite ». Ce à quoi il répondait en riant : « Tu as déjà vu un curé à la retraite ? Je travaillerai jusqu’à mon dernier souffle ». Ce mardi 26 juillet, à la messe, on venait de lire dans l’église ce passage du livre de Jérémie : « Que mes yeux ruissellent de larmes nuit et jour, sans s’arrêter ! Elle est blessée d’une grande blessure, la Vierge, la fille de mon peuple, meurtrie d’une plaie profonde. Si je sors dans la campagne, voici les victimes de l’épée. Si j’entre dans la ville, voici les souffrants de la faim. Même le prophète, même le prêtre parcourent le pays sans comprendre. » Et l’évangile proclamé aussitôt après par le Père Hamel s’achevait par ces mots : « Et les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père ».

Au moment même où des jeunes catholiques du monde entier convergeaient par milliers jusqu’à Cracovie pour chanter leur joie d’être chrétiens, ce drame a replacé chacune et chacun face au mystère de la Croix du Seigneur. Il est d’ailleurs significatif que le temps que les jeunes ont le plus apprécié aux JMJ, c’est celui du chemin de Croix qui a été vécu dans un climat d’émotion intense, de recueillement impressionnant. Au cœur de cet événement tragique, je crois pouvoir dire que la parole de notre Église, tout autant que les réactions maîtrisées des chrétiens en général, ont eu un fort impact dans l’opinion internationale. Pas de discours qui condamnent, pas d’appel à une nouvelle croisade ni, encore moins, d’incitation aux représailles. C’est au contraire le langage de l’amour et du pardon qui ont prévalu. Les premiers à s’en étonner ont été les musulmans eux-mêmes. Ainsi, des Algériens qui vivent chez nous ont dit : « Que se passe-t-il ? Il n’y a pas de haine chez vous ». Il se trouve justement que, dans son message pour la Journée mondiale de la Paix, le 1er janvier, le pape François a appelé les chrétiens à cultiver la « non-violence », unique voie pour l’édification d’une paix solide et durable. La non-violence se cultive en premier lieu au sein de nos familles et, à partir d’elles, se propage dans le monde et rayonne dans la société tout entière.

2. Une vertu à exercer, la fraternité

La non-violence est la fille d’une vertu qui s’appelle la fraternité. Vous allez dire que je radote parce que vous m’avez déjà entendu insister à bien des reprises sur l’importance de promouvoir cette vertu qui a son fondement dans le Christ et son évangile. J’y reviens pour deux raisons essentielles : d’une part, parce que pour des chrétiens, il n’y a pas d’autre chemin de vie que la fraternité et le partage évangélique. Et parce que, d’autre part, nous avons fait de la fraternité un chantier pour les années qui viennent dans notre diocèse. Il me paraît donc important d’y revenir. Nous savons en effet que la fraternité n’est pas spontanée. Elle ne se réduit pas à des vœux pieux ou des bons sentiments. Elle est à construire patiemment et résolument chaque jour. « Que serait un futur sans justice, sans fraternité, s’interroge le philosophe Edgar Morin, sur un ton résolument incisif ? Ce serait un futur sans joie, un futur de haine et de sang… Nous n’avons donc pas le choix, il nous faut travailler pour construire un futur plus juste et plus fraternel. Si nous perdons la foi en un tel futur, alors « le présent se réduira à l’angoisse, le passé deviendra un refuge fanatique et clos, et nous serons foutus ! »

Cela paraît évident à dire, mais il n’y a pas de fraternité sans amour. Dans un monde qui meurt de solitude, les gens ont besoin de sentir qu’on les aime, qu’on a pour eux de l’attention et de la bienveillance. Nous devons pour cela être des chrétiens de contact, c’est-à-dire des hommes et des femmes de relation, de dialogue, des gens qui travaillent à promouvoir ce que notre pape François appelle la « culture de la rencontre ». Notre mission, j’oserais dire, n’est pas plus compliquée que cela. Aussi, je nous invite, dans le prolongement de l’Année de la miséricorde, à nous tourner davantage vers les autres, à commencer par les plus pauvres et les plus fragiles, pour leur manifester la tendresse de Dieu, pour leur dire à quel point ils sont aimés de lui.

La fraternité est indissociable de la foi. Car fraterniser avec l’autre différent suppose d’avoir une conscience claire de son identité et du contenu de sa propre foi. Sinon le risque est grand de dialoguer dans l’ambiguïté. Il faut que, nous chrétiens, nous sachions témoigner paisiblement des convictions qui nous habitent. Cela requiert que nous prenions le temps de revisiter à intervalles réguliers les sources et les fondements de notre propre foi. Si notre foi de chrétiens est hésitante, si elle n’est pas suffisamment réfléchie et argumentée, notre témoignage ne sera guère crédible. Et pourtant ce témoignage est plus que jamais attendu aujourd’hui. Et puis le chemin de la fraternité passe aussi par la connaissance de l’autre et de sa foi. Fraterniser appelle une capacité de « pentecôte » afin de parler la langue de l’autre, de se faire son prochain au sens évangélique du terme.

La fraternité est indestructible, enfin, quand elle est fondée sur l’espérance. Car rien alors ne peut la faire vaciller, ni la violence qui cherche à la détruire, ni les nombreuses incertitudes du lendemain. Il me semble que c’est le grand défi pour nous aujourd’hui. Le Seigneur nous appelle à être des hommes et des femmes d’espérance. Cette espérance n’est pas un optimisme facile qui ferme les yeux sur la réalité, elle est une ancre jetée en Dieu qui nous maintient dans la confiance et nous donne de ne pas être paralysé par la peur ou le découragement. Parce qu’elle est un don de l’Esprit Saint, l’espérance chrétienne est créatrice. Elle ouvre sans cesse devant nous des chemins nouveaux.

3. Adopter un style de vie : la sobriété

Puisque nous venons de célébrer Noël, je voudrais que, devant le dénuement extrême de cet enfant pauvre et pourtant si riche de ce qu’il veut nous donner, nous fassions le choix d’une existence simplifiée, une existence plus sobre affranchie de toute légèreté excessive, de toute mondanité tapageuse. C’est le défi que le pape François nous appelle à relever dans son encyclique Laudato si. « Nous avons besoin d’une conversion qui nous unisse tous, parce que le défi environnemental que nous vivons, et ses racines humaines, nous concernent et nous touchent tous ». Tous les jours, l’actualité nous alerte sur les signes inquiétants d’une planète qui se détériore : la banquise se réduit comme une peau de chagrin sous l’effet du réchauffement climatique, les ressources du sol font l’objet d’un pillage incessant par ceux qui ne pensent qu’à en tirer profit, dans les villes, des êtres humains par millions suffoquent sous un air irrespirable. Comment nous, chrétiens, allons être les stimulateurs, les aiguillons de cette conversion écologique attendue ? Nous ne pourrons donner cet élan que par un changement de style de vie : un changement qui nous fasse sortir du consumérisme ambiant et nous rende attentifs à l’impact de chacune de nos actions sur les autres et sur l’environnement ; un changement qui soit vécu comme une expérience libératrice, celle de pouvoir découvrir ce qui donne vraiment de la valeur à la vie. Oui, Noël peut ouvrir devant nous le chemin d’une sobriété vraiment heureuse. Et puis Noël peut aussi réveiller en nous la grâce de l’émerveillement à l’image des bergers qui viennent contempler l’Enfant de la crèche et repartent en louant et en glorifiant le Seigneur. Il me semble que nous ne pourrons jamais contribuer à la sauvegarde de la création si nous laissons s’éteindre en nous cette aptitude à contempler et à nous émerveiller. Laudato si nous invite justement à renouveler sans cesse un regard d’émerveillement sur le cosmos, sur le cosmos habité par les êtres humains que nous sommes, si nombreux soient-ils. « Le monde est plus qu’un problème à résoudre, nous dit le pape François, il est un mystère joyeux que nous contemplons dans la joie et dans la louange. ». Et au n. 84 : « Tout l’univers matériel est un langage de l’amour de Dieu, de sa tendresse démesurée envers nous. Le sol, l’eau, les montagnes, tout est caresse de Dieu ». Porter attention à la beauté et l’aimer nous aide, je crois, à sortir du pragmatisme et de l’utilitarisme. En ce sens, un chrétien ne saurait vivre toutes ces questions de développement et d’écologie stimulé par la peur, la peur de manquer, la peur de voir tout se détruire. Ne donnons pas le sentiment d’être seulement accablés par les problèmes, mais sachons véritablement nous réjouir…

Élections présidentielles et législatives : des valeurs à défendre

Je ne peux pas conclure sans évoquer la double échéance des élections présidentielles et législatives qui auront lieu au printemps prochain dans notre pays. Les enjeux de ces deux événements sont d’autant plus importants qu’ils s’inscrivent dans le contexte d’une crise sociale et économique durable et profonde dont les causes en réalité, nous le percevons bien, sont d’ordre anthropologique et éthique. Je vous renvoie à ce sujet au texte des évêques de France qui réintroduisent la question du sens dans une société qui doute d’elle-même et cherche des repères.

Tout en se gardant, bien sûr, de donner des consignes de vote, les évêques nous rappellent que le choix de nouveaux parlementaires et d’un futur président ne saurait se faire sans la prise en compte de critères aussi décisifs que le soutien inconditionnel de la famille, la défense des plus vulnérables, à commencer par l’enfant à naître, une régulation des flux migratoires qui se fasse dans le respect de la dignité de la personne, une application ouverte et apaisée du principe constitutionnel de la laïcité qui, loin de stigmatiser les religions, garantisse le libre exercice de leurs cultes et leur réserve un espace d’expression publique au cœur de nos villes et de nos villages. C’est ce qui fonde l’importance de cet acte citoyen que constituent les élections, un acte auquel aucun catholique digne de ce nom ne saurait se dérober pour quelque raison que ce soit.

Je laisse le mot de la fin au professeur Jean-Luc Marion, de l’Académie Française. Il nous interroge, nous les chrétiens du XXIe siècle : « Sommes-nous en charge du salut de l’Église, de sa croissance, de sa puissance, de son efficacité, de son amélioration ? Le Christ ne s’en charge-t-il pas ? Certes, il s’en charge en nous demandant, à chacun d’entre nous, de nous réformer, c’est-à-dire de nous convertir à la vie de l’Esprit. Certes, il a promis à son Église que les portes de l’Enfer ne prévaudraient pas contre elle. Mais il ne l’a jamais assurée de devenir majoritaire ou dominante dans le monde : il lui a seulement demandé de passer par la même Croix, où il a conquis la résurrection. L’Église ne devrait même pas constituer notre premier souci, du moins l’Église comme une société humaine parmi d’autres dans le monde. (…) Notre premier souci, ce n’est pas elle, mais ce qu’elle rend possible et ce dont elle provient : la vie selon l’Esprit ».

C’est le vœu que je forme au seuil de cette année nouvelle. Que solidaires de ce monde en quête d’espérance et de sens, nous soyons véritablement des chrétiens « inspirés », c’est-à-dire porteurs de cette vie de l’Esprit que nous avons reçu le jour de notre baptême et de notre confirmation, une vie qui témoigne de la joie d’être sauvés du péché et de la mort, une vie qui triomphe de tous les obstacles et de tous les égoïsmes, une vie qui rayonne à l’extérieur par mille gestes de fraternité et d’amour. Tous ensemble, prêtres, diacres, religieux et religieuses, consacrés, laïcs missionnaires et laïcs missionnés, faisons le pari de la confiance ! Au cœur de cette Église diocésaine que nous aimons tant, soyons les gardiens de la joie de l’Évangile qui nous a été confiée comme un trésor. Ne nous laissons pas gagner par cette tristesse douceâtre, sans espérance, qui voudrait s’emparer de nos cœurs (Cf. Evangelii gaudium, n. 83). À chacune et chacun, je redis mon estime profonde et mon attachement affectueux dans le Seigneur et vous souhaite une année nouvelle riche des promesses de Dieu et pleine d’une heureuse fécondité missionnaire et pastorale.

 Mgr Thierry Scherrer, évêque de Laval, à l’occasion de ses vœux le 7/01/2017

Brèves

Le mentor d’Emmanuel Macron souhaite la GPA et la suppression des fêtes chrétiennes

Je suis pour la suppression intégrale de toutes les fêtes chrétiennes », a dit jeudi Pierre Berger, soutien de François Hollande et d’Emmanuel Macron. « Nous vivons sous le régime de la séparation de l’Église et de l’État. Nous ne sommes pas que des chrétiens en France. Il y a une grande partie de musulmans. Il y a beaucoup d’autres religions. Pourquoi ne pas en tenir compte ? Je préférerais qu’on soit laïcs jusqu’au bout et qu’à l’exception de Noël, qui est devenu une fête chrétienne et qui était une fête païenne, on supprime toutes les autres », a ajouté l’homme d’affaires.

 

On connait ses positions sur la GPA

A la une #En France #NLQ

Pour le porte-parole de la CEF, la position de l’Eglise n’a pas changé sur le FN –

Par la voix de Mgr Ribadeau-Dumas, la conférence épiscopale est sortie de sa réserve. Fortement critiquée par les médias et les politiques pour ne pas avoir appelé à voter contre Marine Le Pen, la CEF, qui fut la première à publier un communiqué post premier tour, a fini par réagir hier.

En trois points : La position de l’Eglise n’a pas varié sur le Front National ; l’Eglise souhaite ne pas se focaliser sur un parti, mais regarder l’ensemble ; l’Eglise veut bien dialoguer avec le FN mais pour lui dire son désaccord.

 La position de l’Église en France sur le Front national n’a pas varié. Les déclarations de 1985 du cardinal Decourtray restent toujours valables, ainsi que celles qui ont suivi les années d’après. Nous continuons de dire que le rejet de l’étranger, le refus de l’accueil de l’autre, une conception et une vision de la société renfermées sur la peur, posent problème

Mais nous ne nous focalisons pas sur le Front national. Nous nous intéressons à toutes les doctrines politiques. Nous interrogeons tous les partis sur le respect de la personne humaine, ou sur l’accueil de l’étranger.

Nous pouvons inviter des responsables du FN à dialoguer, mais pour leur exprimer notre désaccord sur un certain nombre de points. Il faut rappeler la parole de l’Église.

Même s’il n’était pas interrogé sur Emmanuel Macron, nous aimerions que l’Eglise rappelle à ce dernier la parole d’Eglise sur la vie.

Enfin Mgr Ribadeau-Dumas a donné son point de vue personnel

Je souhaite interroger les Français qui votent FN : quel sens cet engagement a-t-il ? Pourquoi avoir peur ? Pourquoi un tel repli sur soi ? Et aux chrétiens, je dis : si vous êtes chrétiens, il faut que votre engagement politique soit en cohérence avec la foi que vous affirmez.

Une question que nous pouvons tout aussi bien retourner sur le programme anti-vie et anti famille du candidat d’En marche.

Et c’est bien le dilemme des catholiques. Entre la peste et le choléra que faire ?

Voir aussi la réaction d’un lecteur : laissez nous libres

NLQ #Rome

ONU – Saint-Siège – Le « respect de la vie » doit « guider » les politiques

 

A la veille des élections présidentielles en France, un petit rappel pour les politiques comme pour les électeurs nous vient tout droit de la voix du Saint-Siège à l’ONU.

« Le respect de la vie, du moment de la conception à la mort naturelle » doit « guider » les politiques, a réaffirmé Mgr Bernardito Auza.

Madame la Présidente,

Comme l’a souligné le récent rapport du Secrétaire général intitulé Modification des structures de l’âge de la population et développement durable (E / CN.9 / 2017/2), le monde continue de connaître des changements importants dans la répartition de la population selon l’âge et passe de populations plus jeunes en croissance, associées à des taux élevés de fécondité et de faible mortalité, à des populations ayant une nombre proportionnellement plus important de personnes âgées, liées à des niveaux de fécondité et de longévité beaucoup plus faibles, avec des conséquences marquées au niveau de la consommation et du rythme de la croissance économique. Bien que ces changements démographiques présentent un nouvel ensemble de défis et d’opportunités, le développement durable, l’élimination de la pauvreté et la défense de la dignité de la personne humaine doivent rester essentiels à notre réponse collective.

Pendant des décennies, le discours sur une bombe démographique imminente a conduit certains gouvernements à adopter des politiques qui encouragent les mesures de contrôle de la population, certaines draconiennes, comme la réponse la plus simple à la peur de la pénurie de ressources et du sous-développement. Tout en notant la complexité des problèmes en jeu, ma délégation souhaite souligner la nécessité de prendre en compte les différentes situations régionales et même spécifiques aux pays. Par exemple, les populations de certains pays continueront d’augmenter à court terme ; d’autres se stabilisent autour d’une croissance nulle ; et d’autres encore ont commencé à expérimenter un déclin démographique en spirale, avec les défis qui se posent de fournir des protections et des soins sociaux adéquats pour les personnes âgées, ainsi qu’un emploi significatif pour les jeunes face à une croissance économique stagnante due au vieillissement et au déclin de la population.

Madame la Présidente,

Bien qu’il soit vrai qu’une répartition inégale de la population et des ressources crée des obstacles au développement et à l’utilisation durable de l’environnement, il faut aussi reconnaître que la croissance démographique est totalement compatible avec la prospérité partagée. Les ressources sont suffisantes, mais elles sont souvent utilisées de manière inefficace et mal distribuées. Le monde développé, avec un niveau élevé de consommation et un faible niveau de pauvreté, est souvent responsable des déséquilibres commerciaux, de la répartition inéquitable des ressources et de la dégradation de l’environnement.

La corruption, les conflits prolongés et d’autres catastrophes causées par l’homme, en particulier dans le monde en développement, font beaucoup plus pour perpétuer l’injustice et enraciner la pauvreté qu’une population saine et en pleine croissance. En ce qui concerne ces causes profondes, qui influent sur le problème du développement durable, les meilleures réponses sont la solidarité, la paix et la sécurité. Cela présuppose, cependant, un changement considérable dans les politiques tant des pays développés que des pays en développement, en particulier en termes d’investissement dans le temps, les ressources et les politiques.

Madame la Présidente,

La transition démographique s’est produite dans le monde développé avant qu’il n’ait accès aux méthodes modernes de contraception. Elle s’est réalisée avec des progrès économiques et technologiques, ainsi que des investissements dans l’éducation, l’infrastructure et les institutions. Il est bien connu que la croissance économique correspond à des taux de fécondité plus faibles et que, lorsqu’elle est accompagnée d’investissements dans l’éducation et la santé, elle augmente la productivité et le bien-être des sociétés. Alors que la parentalité responsable et le comportement sexuel sont toujours des impératifs moraux, la réglementation coercitive de la fécondité, surtout sous le couvert de l’autonomisation et des droits, porte atteinte à la liberté et à la responsabilité individuelle. Le respect de la vie, du moment de la conception à la mort naturelle, même face au grand défi de la naissance, doit toujours informer les politiques, surtout en ce qui concerne l’aide internationale, qui devrait être mise à disposition selon les priorités réelles de la nation d’accueil, et non par une volonté imposée du donateur.

Ce respect pour la vie doit également guider les politiques mises en place par les gouvernements pour s’assurer qu’ils bénéficient de « dividendes démographiques ». L’investissement est le mieux placé non seulement dans l’éducation et les soins de santé, mais aussi dans un logement et un assainissement adéquats et dans l’accès à l’eau potable, en particulier dans les pays en développement. Ces investissements répondent mieux aux causes profondes des conflits, de la pénurie de ressources et de la sur-urbanisation. Ce sont les investissements qui rendront nos jeunes autonomes.

Ce droit à la vie doit aussi nous amener à garder les personnes âgées, les personnes handicapées et les plus vulnérables à l’avant-garde de nos politiques de développement. Non seulement ils doivent être habilités par la société à intégrer et participer pleinement à tous les aspects de la vie, mais leur valeur inhérente ne doit pas être réduite à la question de savoir ce qu’ils peuvent produire ou à leur capacité physique. Ne laisser personne en arrière signifie également reconnaître que la valeur de chaque personne est supérieure à sa contribution économique et que nos charges sont censées être partagées. Nous devons partir d’une approche du développement plus durable et axée sur l’homme, enracinée dans la solidarité et la responsabilité authentique pour les besoins de tous, en particulier des plus vulnérables.

Merci, Madame la Présidente.

Traduction de Zenit, Constance Roques

 

En Europe #NLQ

Un nouveau site belge pour le synode des jeunes

Dans le cadre de la préparation du prochain synode sur le thème « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel », qui aura lieu en octobre 2018 à Rome, les évêques de Belgique ont adressé une lettre aux jeunes de notre pays. Objectif : aider les évêques à préparer le synode afin de remonter les attentes de la jeunesse au Vatican.

Outre, la lettre des évêques et un questionnaire qui peuvent être consultés et complétés via notre site Cathobel, un nouveau site est désormais disponible afin de répondre en ligne au questionnaire de la Conférence épiscopale. Son adresse : Synodedesjeunes.be.

« Faites entendre votre cri, laissez-le résonner dans les communautés et faites-le arriver aux pasteurs ! »,  avait déclaré le pape François aux jeunes du monde entier lorsqu’il a annoncé ce synode des évêques.

Cette consultation de l’Eglise mondiale commence par une consultation dans chaque pays qui devrait être clôturée d’ici fin octobre 2017. « La  démarche de préparation synodale est une très bonne nouvelle pour toutes les personnes en lien avec la jeunesse ! Elle nous dynamise et nous stimule dans notre mission au service des jeunes et surtout peut nous aider à renouveler et ajuster nos pratiques », évoquent notamment Mgr Jean Kockerols, évêque référendaire pour les jeunes,  Catherine Jongen, coordinatrice de la Liaison de la Pastorale des Jeunes (LPJ) et  Sœur Marie-Jean, coordinatrice du Centre National des Vocations (CNV). Ils ajoutent : « Nous désirons vivement encourager, soutenir et accompagner ce qui va pouvoir se déployer autour de cette préparation synodale dans les diocèses, paroisses, mouvements de jeunes (scouts, guides, patro), communautés, prisons, mouvements variés, écoles, universités, kots à projets… Tous ceux qui se sentent concernés par la question des jeunes et de leur cheminement spirituel (parents, grands-parents, éducateurs…) sont largement invités à vivre ce chemin vers le synode. C’est la raison pour laquelle, nous vous proposons dans ce document des pistes concrètes : d’une part, le ‘document préparatoire’ à travailler entre ‘animateurs de jeunes’, de l’autre, un voire deux questionnaires à diffuser le plus largement et à faire remplir par les jeunes. »

Lire la lettre et les questionnaire des évêques

Lire la lettre du pape François aux jeunes

synodedesjeunes.be

 

Source

Brèves

Guillaume de Thieulloy – Sans Sens commun, François Fillon n’aurait même pas été sur la ligne de départ.

Il fallait s’y attendre. Certains caciques LR, anxieux de laisser passer des prébendes, cherchent à donner toujours plus de gages au successeur de M. Hollande, le sémillant M. Macron. Et il n’était pas difficile de deviner quels gages il leur faudrait apporter dans la corbeille de la mariée : la tête de ceux qui, vaille que vaille, avaient défendu les convictions de droite durant cette campagne surréaliste – et tout particulièrement celle de Sens commun. Comme la plupart des lecteurs du Salon beige le savent, j’ai fait, pour ma part, un choix différent de Sens commun aux primaires, préférant soutenir Jean-Frédéric Poisson qui me semblait plus cohérent et plus proche de nos convictions que tout autre candidat. Mais ces choix différents ne m’empêchent pas d’admirer l’engagement de nos amis de Sens commun et d’être écœuré par les attaques des Estrosi, des Chatel, des Lagarde, des Juppé ou des Bussereau.

C’est très largement grâce à la mobilisation du peuple de droite, déçu par le quinquennat de Nicolas Sarkozy et inquiet des dérives soixante-huitardes du programme d’Alain Juppé, que François Fillon a remporté la primaire.

C’est encore ce peuple de droite qui a sauvé la tête du candidat quand tous les caciques appelaient à le remplacer et qu’en trois jours, fut organisé un rassemblement monstre au Trocadéro pour s’opposer aux manipulations du clan Hollande et au diktat des juges et des médias « bien-pensants ».

Ce peuple de droite ne demandait rien en échange. C’est sans doute cela qui a troublé les hiérarques. D’habitude, il y a toujours moyen de « s’arranger » : Tu mets en veilleuse tel thème un peu gênant, tu fermes les yeux sur telle turpitude, et je te trouve une investiture aux prochaines régionales. Là, non. Sens commun et, de façon générale, tous ceux qui, discrètement, avec abnégation, ont fait la campagne de Fillon, sous des tombereaux d’insultes – et pas seulement de la part de la gauche –, ne demandaient rien en échange. Nous (je veux dire, nous, leurs camarades de combat des grandes manifestations contre la loi Taubira, qui n’étions pas encartés dans un parti et ne souhaitions pas donner un chèque en blanc à quelque candidat que ce soit) leur demandions bien de réclamer davantage de circonscriptions, des clarifications sur tel ou tel point du programme. Nous leur disions bien que la politique est aussi une question de rapport de forces et que, si on ne montre pas les crocs de temps à autre, on n’est pas « calculé » comme disent les politiciens professionnels, et on ne fait pas avancer ses idéesNous pensions même que le meilleur service à rendre au candidat Fillon aurait été de taper du poing sur la table pour le forcer à choisir : s’il avait franchement opté pour la ligne Sens commun, il serait aujourd’hui, probablement, au deuxième tour, tant sont nombreux les électeurs issus de la Manif pour tous qui ont été excédés par cette politique de louvoiement permanent et de soumission systématique devant la bien-pensance de la gauche soixante-huitarde.

Mais non. Obstinément, les militants de Sens commun faisaient campagne sans rien demander en échange, avalant des marmites de couleuvres, mais labourant le terrain – dans un parti devenu un parti de notables, déserté par les militants.

Même la main tendue aux traîtres de l’UDI n’a pas suffi à les décourager. Même pas la « désinvestiture » de Xavier Lemoine, le courageux maire de Montfermeil, ou d’Anne Lorne, la dynamique dirigeante de Sens commun en Rhône-Alpes. Non, ce petit peuple de droite restait seul à faire la campagne pour des personnes dont il était visible qu’elles le détestaient et méprisaient ses convictions profondes.

Le sommet de l’ignominie fut atteint quand, dans la dernière semaine de campagne, les dirigeants centristes et juppéistes se permirent de dire qu’une participation de Sens commun à un hypothétique gouvernement de François Fillon serait une « faute » (l’expression de Dominique Bussereau, ancien ministre chiraquien). Oui, oui, une faute, pas simplement une erreur tactique, mais bien une faute morale ! Comme si, dans la France de 2017, avoir manifesté contre le nihilisme libertaire, refuser à l’Etat le pouvoir totalitaire de priver un enfant de son père ou de sa mère, rendait définitivement infréquentable…

Et, maintenant, ils viennent nous dire que c’est à cause de Sens commun que François Fillon n’a pas été qualifié pour le second tour !

Chatel prétend que le soutien de François Fillon à Sens commun (tu parles d’un soutien !) lui a fait perdre la qualification au second tour. Et M. Estrosi, otage du PS qui l’a fait élire à la région PACA, appelle carrément à les exclure des « Républicains », sous prétexte qu’ils ne font pas assez « barrage à l’extrême droite ».

Mais de qui se moquent-ils ? Sans Sens commun, François Fillon n’aurait même pas été sur la ligne de départ. Ce qui a plombé la campagne, c’est la désastreuse politique à la godille ; la volonté d’être apprécié par les médias de gauche comme un bon « républicain » – et « donc » pas quelqu’un qui pourrait parler d’identité de la France ou d’anthropologie, pas quelqu’un qui s’attaquerait aux enjeux civilisationnels et remettrait en cause la domination culturelle de la gauche… Ce qui a plombé la campagne, c’est de donner une centaine de circonscriptions à l’UDI, alors même que ce parti, qui ne représente rien, réclamait, trois jours avant l’accord, le départ de François Fillon. Ce qui a plombé la campagne, c’est, en un mot, que le candidat de droite a fait presqu’exactement la campagne d’Emmanuel Macron, oubliant, contre tout bon sens, le volet civilisationnel qui avait fait sa réussite aux primaires !

Sans Sens commun, sans le petit peuple de la droite de conviction qui a fait l’énorme succès des Manifs pour tous, qui a fait aussi le succès de François Fillon aux primaires, et encore le succès du rassemblement au Trocadéro, le candidat de droite aurait été derrière le candidat communiste !

Alors, entendre des leçons de morale de ces prébendiers qui avaient tous le « trouillomètre à zéro » pendant la campagne, et qui, dans un lâche soulagement munichois, se jettent dans les bras du sieur Macron, de la marionnette de Hollande et Bergé, sans même lui demander la moindre précision sur son programme, est tout simplement insupportable.

Oui, nous le redisons tout net : les partis politiques ne sont pour nous que des moyens – et pas les meilleurs – pour faire gagner nos convictions, dont nous croyons qu’elles sont une condition de survie pour la France.

Les insultes des Estrosi, des Chatel ou des Bussereau laisseront des traces. Ils pourront, bien sûr, être élus sous l’étiquette « En Marche ». Grand bien leur fasse ! Mais il est clair qu’il ne faudra plus qu’ils comptent sur les voix de ce qu’ils pensaient être leur « électorat naturel ».

Les élections de 2017 marquent un tournant : désormais plusieurs centaines de milliers de catholiques de conviction paraissent voter en fonction de leurs convictions, et sans plus tenir compte des étiquettes des sectes partisanes. Nous verrons ce que cela entraînera pour le deuxième tour et pour les législatives, mais il est, d’ores et déjà, clair que bon nombre des électeurs de premier tour de François Fillon sont plus proches de Sens commun que de l’UDI, plus proches de la « ligne Marion » que de la ligne NKM. J’espère d’ailleurs que certains élus Sens commun franchiront le Rubicon et diront qu’ils votent pour faire battre Macron au deuxième tour (j’en connais plusieurs qui le feront dans l’isoloir ; mais il serait souhaitable, pour la recomposition à venir de la droite, que certains au moins le disent publiquement). Il y a, en tout cas, fort à parier que ces profiteurs d’un parti en déroute électorale et idéologique totale vont payer cher aux prochaines échéances leurs insultes à leurs propres électeurs. Et ce ne sera que justice…

Guillaume de Thieulloy

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Brèves

Monique Baujard fait l’exégèse du communiqué des évêques – Sans ambiguïté c’est Macron

Monique Baujard, ancienne directrice du Service national Famille et Société de la Conférence des évêques de France, qui avait créé un scandale pour avoir voulu inviter une idéologue du gender,répond à La Croix et donne une interprétation du communiqué des évêques sur l’entre deux tours.

« Revenons alors au communiqué des évêques pour constater que le choix d’Emmanuel Macron s’impose. Les évêques rappellent le respect de la vie et tout ce que cela suppose : le soutien des familles, l’attention aux pauvres et aux plus faibles et l’accueil de l’étranger. L’Évangile est sans ambiguïté : « J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger (…), j’étais un étranger et vous m’avez recueilli (…) », et le texte des évêques est tout aussi explicite. Il indique que la France doit prendre part à l’accueil des migrants avec d’autres pays : « Notre volonté de solidarité ne peut pas se réduire au cadre restreint de notre pays  ». Le programme de Marine Le Pen est en contradiction totale avec la position de L’Église sur ce point. Il ne s’agit pas de nier les difficultés liées à l’immigration, mais de voter pour une société qui respecte la dignité de toute personne humaine, indépendamment de sa couleur de peau, de sa religion, de son orientation sexuelle ou de ses papiers en règle, et d’en tirer les conséquences politiques pour la France.

Ndlr sur le respect de la dignité de la vie, rien n’est dit de  la question de l’avortement. Or Emmanuel Macron veut renforcer le Planning familial. Marine Le Pen veut aider les mères et interdire la recherche sur les embryons ainsi que révoquer le délit d’entrave à l’avortement.

Voir à ce sujet la position de l’Eglise

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Université catholique de Louvain – Pierre-Olivier Arduin – La Congrégation pour l’Education catholique doit réintégrer le Pr Mercier

Le 25 mars 2017, jour anniversaire de la publication d’Evangelium vitae sur l’inviolabilité de la vie humaine par saint Jean-Paul II le 25 mars 1995, les autorités académiques de l’Université catholique de Louvain (UCL) suspendaient le cours de philosophie du professeur Stéphane Mercier en raison de sa prise de position contre l’avortement lors d’une leçon donnée devant des étudiants du baccalauréat canonique à la faculté des sciences appliquées. En conformité avec le cahier de charge du cours de philosophie centré sur la question de l’homme, le professeur a en effet proposé à ses élèves une argumentation philosophique et éthique montrant que l’embryon humain est une personne dès la conception et concluant dès lors que l’avortement constituait un meurtre en mettant fin à la vie d’une personne.

Pour justifier leur décision, les autorités de l’UCL avancent dans un communiqué publié le 21 mars que « le droit à l’avortement est inscrit dans le droit belge et la note dont l’UCL a eu connaissance est en contradiction avec les valeurs portées par l’université. Le fait de véhiculer des positions contraires à ces valeurs dans le cadre d’un enseignement est inacceptable ».

Après la suspension du professeur Mercier, une procédure disciplinaire a été par ailleurs diligentée en vue d’autres sanctions à son égard. Cette décision qui émane des plus hautes autorités universitaires de Louvain constitue une injustice insupportable à plus d’un titre. Aussi souhaiterais-je m’élever fermement contre elle en montrant que ce jugement inique menace certes la liberté d’enseignement mais contredit gravement la législation canonique qui régit les Universités catholiques.

Une liberté académique entravée

Des intellectuels belges ont contesté ce jugement, y voyant une menace contre la « liberté académique et d’expression » à l’instar des professeurs Jean Bricmont et Michel Ghins, professeurs émérites de l’UCL dont le premier se dit athée et pro-choix tandis que le second se définit comme catholique et pro-vie[1]. « Y a-t-il des sujets qui ne peuvent pas être discutés dans un cours de philosophie à l’Université ? Notre réponse est clairement : non. Tous les sujets peuvent être abordés, pourvu qu’ils le soient en conformité avec la rigueur et l’excellence académiques, tout en éveillant l’esprit critique des étudiants  ». Ils ajoutent dans leur tribune qu’ « il est pour le moins surprenant de constater l’émergence à l’UCL d’une sorte de néo-cléricalisme de la bienpensance politiquement correcte, d’une forme de nouvelle police de la pensée qui frapperait les positions minoritaires lorsqu’elles sont prises à partie par les médias et qu’elles sont susceptibles de heurter une majorité de l’opinion. L’Université doit rester un lieu de pensée libre et de débats ouverts  ». Je partage bien évidemment cette analyse mais voudrais développer un point fondamental à verser au dossier de la défense du professeur Stéphane Mercier : le statut de l’Université catholique de Louvain qui aurait dû conduire à la protection de sa mission au service de la vérité par les dirigeants eux-mêmes.

La législation canonique de l’Eglise bafouée

Les autorités de l’UCL oublient en effet qu’elles ne peuvent se soumettre ainsi aux idéologies du moment et qu’il existe un document ecclésial princeps énonçant les normes régissant les Universités catholiques et qui les obligent gravement : la constitution apostolique Ex Corde Ecclesiae – « Née du Cœur de l’Eglise » –  publiée par saint Jean-Paul II le 15 août 1990 [2]. Lui-même universitaire de renom, le Pape Jean-Paul II a laissé un patrimoine doctrinal très riche sur la question de l’enseignement universitaire couronné par cette constitution apostolique qu’il a longuement méditée avant de la rendre publique. Les normes générales définies dans ce texte intégrées dans le Code de Droit Canon ne sauraient être ignorées par les dirigeants d’Universités catholiques quels qu’ils soient sans faute objective de leur part.

Saint Jean-Paul II affirme que cette constitution représente la « magna charta » des Universités catholiques (n. 8) qui ont pour mission de « se consacrer entièrement à la recherche de tous les aspects de la vérité dans leur lien essentiel avec la Vérité suprême qui est Dieu » (n. 4). Il fait de la fidélité au message chrétien présenté par l’Eglise l’une des caractéristiques essentielles d’une Université catholique (n. 13) et précise en particulier dans le domaine des sciences le primat de l’éthique et de la dignité humaine sur la technique dans un dialogue entre foi et raison (n. 15 et 18).

Le Pape Wojtila insiste on ne peut plus clairement sur le fait qu’une université catholique entretient « un lien spécial avec le Saint-Siège » et que de ce lien « dérivent plusieurs conséquences : la fidélité de l’Université, en tant qu’institution, au message chrétien et la reconnaissance et l’adhésion à l’autorité magistérielle de l’Eglise en matière de foi et de morale » (n. 27). Il ajoute que les « membres catholiques de la communauté universitaire, à leur tour, sont eux aussi appelés à une fidélité personnelle à l’Eglise avec tout ce que cela comporte » tandis que « des membres non catholiques, on attend le respect du caractère catholique de l’institution au sein de laquelle ils travaillent » (n. 27).

Il ressort de ces propos sans ambiguïté que le professeur Mercier avait non seulement le droit de défendre rationnellement la vie humaine dans un cours de philosophie mais qu’il s’agissait même d’un devoir au regard des exigences de sa mission dans une Université catholique. En proposant un argumentaire philosophique contre l’avortement, il a été fidèle au magistère ecclésial sur la protection de la vie humaine développé dans la grande encyclique Evangelium vitae du Pape Jean-Paul II et a répondu à son appel en tant qu’intellectuel : « Les intellectuels peuvent faire beaucoup pour édifier une nouvelle culture de la vie humaine (…). Nourrissant leur inspiration et leur action à la pure sève de l’Evangile, ils doivent s’employer à favoriser une nouvelle culture de la vie, par la production de contributions sérieuses, bien informées et susceptibles de s’imposer par leur valeur à l’attention et au respect de tous (…). Les Universités fourniront aussi un apport spécifique, les Universités catholiques en particulier[3] »

Au contraire, les dirigeants de l’UCL ont gravement bafoué la législation canonique en méconnaissant totalement leurs devoirs. Rappelons ainsi les normes générales d’Ex Corde Ecclesiae : une Université catholique est tenue « d’incorporer ces Normes générales dans les documents relatifs à son gouvernement » (§3 art. 1), « l’identité de l’Université catholique est essentiellement liée à la qualité des professeurs et au respect de la doctrine catholique, l’autorité compétente a la responsabilité de veiller sur ces deux exigences fondamentales selon les indications du Droit canon » (§1, art. 4), « tous les professeurs catholiques doivent accueillir fidèlement et tous les autres professeurs doivent respecter la doctrine et la morale catholiques dans leur recherche et leur enseignement » (§3 art. 4).

Défense du statut des universités catholiques

Cette affaire ne peut donc demeurer en l’état. Le professeur Mercier doit être promptement réintégré à l’UCL et son excellence universitaire réhabilitée. En revanche, ses dirigeants doivent être rappelés à l’ordre, voire blâmés si nécessaire par les autorités ecclésiastiques compétentes. L’alinéa 2 de l’article 5 des Normes générales stipule ainsi que « chaque évêque (…) a le droit et le devoir de veiller à la préservation et au renforcement du caractère catholique des Universités. Si des problèmes relatifs à cette exigence essentielle devaient surgir, l’évêque local serait tenu de prendre des initiatives nécessaires pour les résoudre (…) et si besoin était avec l’aide du Saint-Siège ». L’article 1 rappelle ce « droit d’intervention du Saint-Siège lorsque cela s’avère nécessaire ». La réaction de la Conférence épiscopale belge reste à ce jour timorée, les évêques faisant savoir qu’ils faisaient « confiance à la procédure interne menée par l’UCL » tout en rappelant leur opposition à « l’avortement en raison du respect pour la vie ».

La Congrégation pour l’Education catholique garante du respect de la constitution apostolique Ex Corde Ecclesiae par les Universités catholiques à travers le monde et le nouveau dicastère pour les laïcs, la famille et la vie institué par le Pape François le 4  juin 2016 [4] pourraient ainsi intervenir en faveur du professeur Mercier et régler une affaire qui dépasse le cadre de l’Université catholique de Louvain. Leur prise de position devrait « faire jurisprudence » et rappeler à tous les professeurs et dirigeants des universités catholiques la mission qu’ils reçoivent de l’Eglise au service de la vérité dans le respect de la doctrine catholique.

Pierre-Olivier Arduin

Membre des Foyers amis de Notre-Dame.

Titulaire d’un doctorat canonique de philosophie de l’Université catholique de Lyon

 Source et notes

Brèves

Nicolas Tardy-Joubert pourquoi voter Macron ne peut être une option

Conseiller régional PCD en Île-de-France et candidat aux élections législatives 2017, Nicolas Tardy-Joubert, ancien cadre national de la Manif pour Tous, explique pourquoi voter Emmanuel Macron ne doit selon lui pas être une option.

Tribune Valeurs Actuelles

Brèves

Libération passe en revue les programmes famille des deux candidats

Dans cet article le journal (qui a fait son choix) passe en revu une partie des programmes famille des deux candidats encore en liste à la course au château.

Si on enlève le côté partisan du choix des mots, chacun pourra se faire son idée.

L’un est pro-mariage pour tous, l’autre en faveur de son abrogation. Le premier est pour une augmentation des allocations familiales, la seconde pour les réserver aux Français. Passage en revue des propositions des deux finalistes.