Doctrine / Formation #Livres

Saint Benoit et la vie de famille, par le Cardinal Rodé

Véritable succès de librairie, Saint Benoît et la vie de famille de dom Massimo Lapponi n’est pas un livre qui s’adresse d’abord à des moines, mais à des laïcs, pères et mères de famille. Alors que celle-ci est attaquée de partout, la Règle de saint Benoît, qui institue entre les frères une vie familiale peut servir de guide et d’aide pour vivre chrétiennement en famille. À l’occasion de la réédition de ce livre, nous publions ici la préface du cardinal Franc Rodé, préfet émérite de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée.

Une œuvre impérissable

Il y a des œuvres impérissables qui, à des siècles de distance, se révèlent toujours fécondes d’inspirations nouvelles pour la vie de l’homme, non encore explorées par les générations précédentes. Parmi ces œuvres figure indiscutablement la Règle de saint Benoît. Rédigée il y a mille cinq cents ans, fruit d’une réflexion nouvelle et originale de la tradition monastique précédente, orientale et occidentale, et de l’expérience d’une vie entièrement consacrée au service de Dieu, elle cache sous son apparente simplicité des trésors d’une profonde sagesse humaine et spirituelle.

L’œuvre de Benoît s’adressait aux moines et, apparemment, son auteur n’avait aucun rapport avec la vie séculière, notamment la vie de famille. L’auteur de l’ouvrage que nous présentons nous démontre le contraire : ayant vécu à une époque tragique de guerres, disettes, épidémies de peste, invasions et décomposition civile et morale, Benoît a voulu enseigner aux Italiens de son époque comment vivre ensemble dans la paix, dans l’harmonie, dans le respect mutuel et dans la charité chrétienne. C’est pourquoi les monastères bénédictins ne furent pas seulement des oasis de spiritualité, mais aussi des modèles féconds de civilisation et de vie sociale pour les générations à venir. Les méthodes rationalistes de la critique historique ne pourront jamais évaluer l’influence incalculable que l’exemple de la vie bénédictine a exercée sur la vie sociale et sur les communautés familiales des siècles passés.

Tout ceci est aujourd’hui vite oublié. Mais c’est justement l’expérience actuelle de la désagrégation de la vie de famille à laquelle, semble-t-il, on n’a pas encore trouvé de remède efficace, qui peut nous faire redécouvrir, en l’éclairant d’une lumière nouvelle, l’enseignement impérissable de saint Benoît sur la vie communautaire.

La grande actualité de la sagesse bénédictine

L’auteur de ce petit livre, qui a notamment le mérite de la brièveté tout en disant beaucoup en peu de pages, nous permet de toucher du doigt la grande actualité de la sagesse bénédictine, non seulement pour guider les communautés religieuses, mais aussi pour insuffler une vie nouvelle, une espérance nouvelle aux communautés familiales. En effet, ce ne sont pas les conférences ni les discussions de groupe, ni même les réformes législatives – pour souhaitables qu’elles soient – qui sauveront l’institution de la famille, mais seulement la diffusion d’un modèle vécu de vie sociale en remplacement de celui qui désormais se révèle hélas, partout dans le monde, dominant. “Et je crois pouvoir affirmer”, écrit notre auteur, “qu’il n’existe qu’un seul et unique modèle qui puisse aujourd’hui être efficacement proposé aux familles : le modèle bénédictin tel qu’il ressort de la Règle et de la tradition.”

A-t-il raison ? Nous laissons la réponse au lecteur. Nous nous bornons à conseiller vivement à toutes les familles, chrétiennes ou non, la lecture de ces pages denses, de toute façon écrites avec une passion rare, et donc d’autant plus stimulantes et provocatrices.

Cardinal Franc RODÉ

Préfet émérite de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée

 

 Source L’Homme Nouveau

A la une #Tribunes et entretiens

Entretien – Neuvaine pour la France le recteur de l’île Bouchard explique la démarche

 « Priez pour la France, elle en a grand besoin » : c’est l’appel lancé par la Vierge Marie en 1947, alors qu’elle apparait à des enfants à l’Ile-Bouchard, en France.

Le sanctuaire marial, encore aujourd’hui, a toujours à cœur de répondre à l’appel de la « belle Dame » et propose justement, à neuf semaines de l’élection présidentielle, une neuvaine pour la France, avec le concours du mensuel Prier et de la communauté de l’Emmanuel…

9 semaines de neuvaine, 9 thèmes  et 9 témoins que les participants sont appelés à découvrir chaque samedi, sur le site prierpourlafrance.com, et sur le site Hozana.

 

Le père Xavier Malle, recteur du sanctuaire de l’Ile-Bouchard, explique le principe de cette neuvaine, et les raisons de cette initiative spirituelle. Il revient aussi sur la France et sa mission.

 

 

 

Tribunes et entretiens

Courrier de lecteur : lettre ouverte à Mgr Jean-Pierre Delville, Evêque de Liège sur l’affaire Bepax

Suite à notre article sur le changement de nom de Pax Christi belgique en Be Pax, un catholique engagé dans l’évangélisation par internet et responsable d’un site d’entraide entre Catholiques, nous propose une lettre ouverte à Mgr Delville, évêque référent de « BePax »

 

Monseigneur,

C’est sans étonnement mais avec tristesse que nous avons appris le 14 de ce mois – par un article de cathobel.be, site officiel de l’Église Catholique francophone en Belgique – le changement de nom de l’association Pax Christi en BePax, dont vous restez, malgré tout, l’évêque référendaire pour la Conférence des Évêques de Belgique.

Est donc officialisée, avec votre accord et votre bénédiction, la « réduction à l’état laïque » en quelque sorte d’un mouvement qui s’affirmait jusqu’alors chrétien, du moins par son titre.

« Le nom du Christ n’y est plus, dites-vous, mais cela se défend, car le nom latin faisait souvent penser à des tendances plutôt conservatrices ». Voilà une façon inexacte et bien légère de justifier l’autocensure du Nom de Notre Seigneur qui n’est guère digne de votre haute fonction pastorale : vous le savez pertinemment, ce n’est point tant du « nom latin » dont on a voulu se débarrasser que bel et bien de la référence explicite au Christ, sinon le titre eût été francisé en « Paix du Christ » avec abandon de Pax… l’autre « nom latin » !

(L’auteur de l’article de Cathobel, lui-même, n’est pas dupe de ce curieux argument, quand il écrit non sans une gêne certaine, voire une certaine indignation : « Il n’empêche qu’un bémol peut être mis à ce changement de nom. Car pour tout chrétien, devenir « artisan de paix » est simplement impossible sans la paix qui – depuis Pâques ! – nous est donnée : la « Pax Christi »)…

Ce « bémol », nous le mettons nous aussi et doublement : en gardant le mot Pax (sans « Christi »), le nouveau titre nous rappelle trop celui d’une sinistre association  » catholique  » polonaise (Stowarzyszenie PAX), créée au début de l’ère stalinienne du pays. Elle se présentait alors comme « Mouvement des catholiques progressistes de Pologne », donc peu suspecte d’être, elle aussi, de « tendance conservatrice ».

PAX était en effet une « courroie de transmission » du NKVD, l’équivalent soviétique de la Gestapo : elle approuva le procès et l’emprisonnement de nombreux membres du clergé polonais, en raison sans doute de leurs « tendances plutôt conservatrices », tels le cardinal Stefan Wyszyński ou Mgr Czesław Kaczmarek qui eut le tort d’avoir pris pour devise « Omnia Pro Christo Rege »…

« BePax, sois la paix » ou plutôt « sois PAX » ? Voilà donc une « ambiguïté » plus que troublante et propre à susciter la suspicion légitime des catholiques quant aux buts réels de votre association.

Affublée (par un publicitaire ?) d’un nom convenant mieux à une marque de lessive ou de protections féminines – en fait, c’est déjà le nom d’une société de conseil aéronautique – elle devrait voir s’ouvrir devant elle, plus aisément et largement, les portes des médias « laïques », surtout s’il s’agit de « promouvoir le dialogue, l’ouverture aux différences et l’espoir d’un monde meilleur [du meilleur des mondes ?…] ».

Avec un tel programme, finalement assez proche de celui affiché jadis par sa quasi homonyme polonaise (et réalisé par elle comme on sait !), la déchristianisation de Pax Christi, selon vous, « cela se défend ».

Nous irons plus loin : cela se comprend, car on y chercherait vainement une spécificité chrétienne : « BePax, peut-on lire sur son site, rêve d’un monde plus juste, plus démocratique et plus solidaire où chaque citoyen pourrait porter ses identités multiples [?] et les vivre comme une richesse et non comme un poids susceptible de faire de lui la victime de discriminations ». Mais surtout un monde d’où l’on aura banni le Christ, ce « signe en butte à la contradiction » (Lc 2,34) : n’est-ce pas là le « monde plus juste » rêvé et promis par tous les messianismes révolutionnaires c’est-à-dire antichrétiens, qu’ils soient jacobin, maçonnique, marxiste ou mondialiste ?

Cette tentation messianique, saint Paul l’avait prévue et dénoncée : « Quel accord y a-t-il entre le Christ et Bélial ? ou quelle part a le fidèle avec l’infidèle ? » (2C 6,15).

Pour se faire accepter des médias, aura-t-il fallu aussi que BePax mette allègrement ces paroles du Christ en quarantaine, paroles qui ne souffrent, elles, d’aucune « ambiguïté » ? :

– « Où est le bénéfice si l’on a gagné le monde entier et qu’on s’est détruit ou diminué soi-même ? » (Lc 9,26)
– « On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur le chandelier, et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. » (Mt 5,15)
– « Celui qui rougira de moi et de mes paroles, le Fils de l’Homme aussi rougira de lui quand il viendra dans sa gloire avec le Père et les saints anges. » (Lc 9,27)
– « Qui n’est pas avec moi est contre moi, et qui n’amasse pas avec moi disperse. » (Mt 12,30)
– « …car sans moi vous ne pouvez rien faire. » (Jn 15,5).

Et celle aussi que vous redites au cours de chaque messe, après la consécration : « Seigneur Jésus-Christ, tu as dit à tes apôtres : « Je vous laisse la paix, je vous donne la paix » ». (Jn 14,27), Notre Seigneur ajoutant : « je ne la donne pas comme la donne le monde » (Ibid.) – le monde et ses médias christianophobes dont, paraît-il, BePax a tant besoin… au point de se passer du Christ, cette « pierre rejetée par vous de l’édifice » (Ac 4,11) ! – monde pour lequel Jésus n’a pas prié (Jn 17,9) …

De ce qu’il faut bien appeler, hélas, un reniement, vous préférez plaisanter : « On change l’emballage, mais on ne change pas de tout le cadeau ! » Cadeau sans doute inespéré pour les ennemis du Christ, qui existent bel et bien, n’en déplaise aux naïfs catholiques de « tendances plutôt progressistes » !

Gageons que les Chrétiens d’Orient, eux aussi, sauront apprécier comme il convient ce « cadeau » ainsi banalisé, à l’heure où ils se font égorger parce que, face à leurs bourreaux, ils refusent de renier le nom de notre Sauveur Jésus-Christ. N’auraient-ils pas bien saisi toute la portée pacifique du « dialogue » et de « l’ouverture aux différences » promus par BePax, mais préféré proclamer et conserver leur foi intacte jusqu’au martyre ? Voilà qui dénoterait chez eux des « tendances plutôt conservatrices », qui semblent tant vous contrarier…

Voyez-vous, Monseigneur, vous et nous appartenons à la même Église catholique : vous, ordonné à des fonctions éminentes et reconnues des médias, lesquels apprécient votre façon de les exercer, mondaine et accordée aux valeurs « laïques » qu’ils véhiculent ; nous autres, fidèles de base, le plus souvent relégués par ces mêmes médias au rang de parias, et bientôt de dhimmis, chrétiens anachroniques dans un monde en marche vers « le progrès, la paix et la démocratie universelle », partant « un monde qui peut-être, selon la parole prophétique du cardinal Pacelli, futur pape Pie XII, prononcée à Notre-Dame de Paris le 13 juillet 1937, a plus besoin de rédemption qu’en aucune autre époque de l’histoire et qui, en même temps, ne s’est jamais cru plus capable de s’en passer » ; un monde auquel BePax a la prétention d’apporter l’espoir d’une amélioration en lui celant le nom du Rédempteur, le seul donné aux hommes pour leur salut (Ac 4,12).

C’est vous dire aussi, Monseigneur, qu’à l’évidence, vous et nous ne sommes plus de la même religion, la vôtre répondant parfaitement à votre « souhait de modernité » tout terrestre et tout humain, nouvel irénisme bien confortable pour éviter de « souffrir des malentendus que causait [v]otre ancien nom » ; la nôtre, qui ne se soucie point de complaire au monde et à ses médias mais qui, par la Croix, étanche au-delà de ce qui est imaginable notre soif de vérité et d’éternité.

Aussi, nous continuerons de prier pour vous et, si vous estimez que prendre soin de son âme et se préoccuper de son salut, ce n’est point avoir des « tendances conservatrices » trop marquées, nous implorerons le Saint-Esprit pour qu’Il vous éclaire et vous soutienne, comme nous, dans l’espérance du Royaume et de sa Paix véritable, la Pax Christi.

Fraternellement… in Christo Rege, si vous le permettez.

Michel Tocabens

A la une #Tribunes et entretiens

Tribune d’un lecteur – Aux origines de la crise du christianisme catholique contemporain

Ce qui me frappe, c’est l’ampleur et la portée de la crise que le christianisme catholique contemporain n’en finit pas d’infliger à lui-même, depuis le milieu du XX° siècle.

Certes, en amont de 1945, il y a eu bien des crises, dans l’histoire du christianisme catholique, mais la crise que nous subissons depuis les lendemains immédiats de la seconde guerre mondiale est d’une nature tout à fait particulière.

Cette crise est une crise de la foi, une crise de la foi surnaturelle et théologale, une crise de la conception de la foi et de la relation à la foi, mais est aussi une crise de la conception des relations entre la foi et la charité.

Manifestement, s’est insinuée dans l’Eglise catholique l’opinion ou la position selon laquelle la charité chrétienne PROSCRIT l’annonce courageuse et dissensuelle des fondements et du contenu de la foi catholique, ainsi que le rappel de ce qui est erroné, en matière religieuse, à l’extérieur de l’Eglise catholique, notamment à l’attention des chrétiens non catholiques, des croyants non chrétiens, des non croyants, de l’homme et du monde contemporains.

Qui a « lessivé les convictions » des théologiens et des évêques qui, dès le milieu du XX° siècle, ont commencé à présenter et à propager un « néo-catholicisme », de moins en moins catholique ou confessant ad intra et de plus en plus consensuel ou dialoguant ad extra, et qui est comparable, à plusieurs titres, au « néo-protestantisme » qui s’est formé notamment dans le sillage de Schleiermacher, en Allemagne, et d’Auguste Sabatier, en France ?

Qui ne voit aujourd’hui que ce « néo-catholicisme » s’est formé notamment sous couvert d’eudémonisme, d’oecuménisme, d’existentialisme ou d’évolutionnisme, et a presque tout rénové, mais n’a presque rien transmis, et en est, aujourd’hui encore, APPAREMMENT TRES FIER ?

Lisons :

 » I. Les théologiens et les philosophes catholiques, auxquels incombe la lourde charge de défendre la vérité divine et humaine et de l’inculquer à toutes les âmes, n’ont pas le droit d’ignorer ni de négliger les systèmes qui s’écartent plus ou moins de la droite voie. Bien plus, il leur faut les connaître à fond, d’abord parce qu’on ne peut guérir que les maux que l’on connaît bien, puis parce que dans les systèmes erronés peut se cacher quelque lueur de vérité, et parce qu’enfin ces erreurs poussent l’esprit à scruter avec plus de soin et à apprécier mieux telle ou telle vérité philosophique et théologique.

 

Ah ! si nos philosophes et nos théologiens s’étaient efforcés de tirer de l’examen prudent de ces systèmes l’avantage que nous disons, il n’y aurait, pour le magistère de l’Eglise, aucune raison d’intervenir. Toutefois, même si nous tenons pour certain que les docteurs catholiques se sont gardés en général de ces erreurs, il n’est pas moins certain qu’il en est aujourd’hui, tout comme aux temps apostoliques, pour s’attacher, plus qu’il convient, aux nouveautés dans la crainte de passer pour ignorants de tout ce que charrie un siècle de progrès scientifiques : on les voit alors qui, dans leur prétention de se soustraire à la direction du magistère sacré, se trouvent en grand danger de s’écarter peu à peu de la vérité divinement révélée et d’induire avec eux les autres dans l’erreur.
 

Il y a plus. Nous observons un autre danger qui est, lui, d’autant plus grave qu’il est plus caché sous les voiles de la vertu. De fait, parmi ceux qui déplorent la mésentente entre les hommes et la confusion des esprits, il en est plusieurs qui se montrent remués par un zèle imprudent des âmes : dans leur ardeur, ils brûlent d’un désir pressant d’abattre les enceintes qui séparent d’honnêtes gens : on les voit adopter alors un « irénisme » tel que, laissant de côté tout ce qui divise, ils ne se contentent pas d’envisager l’attaque contre un athéisme envahissant par l’union de toutes les forces, mais ils vont jusqu’à envisager une conciliation des contraires, seraient-ils même des dogmes. Et de même que certains jadis avaient déjà demandé si l’apologétique traditionnelle de l’Église ne constituait pas un obstacle plutôt qu’un secours pour gagner les âmes au Christ, aujourd’hui il en est encore qui ne craignent pas de soulever, avec sérieux, la question de savoir si la théologie et sa méthode, telles qu’elles sont enseignées dans nos écoles avec l’approbation de l’autorité ecclésiastique, ne doivent pas être non seulement perfectionnées, mais en tous points réformées. Ils pensent qu’ainsi le règne du Christ serait plus efficacement propagé dans toutes les parties du monde parmi les hommes de toute culture et de toute opinion religieuse.

 

Et si ceux-là ne prétendaient qu’à accommoder aux conditions et aux nécessités de notre temps la science ecclésiastique et sa méthode en nous offrant un plan nouveau, il n’y aurait pour ainsi dire pas de raison de nous alarmer ; mais emportés par un irénisme imprudent, quelques-uns semblent prendre pour des obstacles à la restauration de l’unité fraternelle tout ce qui s’appuie sur les lois et les principes mêmes que donna le Christ, et sur les institutions qu’il a établies, sur tout ce qui se dresse, en somme, comme autant de défenses et de soutiens pour l’intégrité de la foi : l’écroulement de l’ensemble assurerait l’union, pensent-ils, mais, disons-le, ce serait pour la ruine.
 

Ces opinions nouvelles, qu’elles s’inspirent d’un désir condamnable de nouveauté ou de quelque raison fort louable, ne sont pas exposées toujours avec la même hâte, la même précision et dans les mêmes termes ; ajoutons qu’elles sont loin d’obtenir l’accord unanime de leurs auteurs. En effet ce que certains aujourd’hui enseignent d’une façon voilée avec des précautions et des distinctions, d’autres le proposeront demain avec plus d’audace, en plein jour et sans mesure aucune, causant ainsi le scandale de beaucoup, surtout dans le jeune clergé, et un grave tort à l’autorité de l’Eglise. Si l’on montre plus de prudence en s’exprimant dans les ouvrages édités, on est plus libre en privé dans les dissertations qu’on se communique, dans les conférences et les assemblées. Et ces opinions ne sont pas seulement divulguées parmi le clergé séculier et régulier, dans les séminaires et les instituts religieux, mais aussi parmi les laïques et principalement parmi ceux qui se consacrent à l’instruction de la jeunesse.

 

II. En ce qui concerne la théologie, le propos de certains est d’affaiblir le plus possible la signification des dogmes et de libérer le dogme de la formulation en usage dans l’Eglise depuis si longtemps et des notions philosophiques en vigueur chez les Docteurs catholiques, pour faire retour, dans l’exposition de la doctrine catholique, à la façon de s’exprimer de la Sainte Ecriture et des Pères. Ils nourrissent l’espoir que le dogme, ainsi débarrassé de ses éléments qu’ils nous disent extrinsèques à la révélation, pourra être comparé, avec fruit, aux opinions dogmatiques de ceux qui sont séparés de l’unité de l’Eglise : on parviendrait alors à assimiler au dogme catholique tout ce qui plaît aux dissidents.

 

Bien plus, lorsque la doctrine catholique aura été réduite à un pareil état, la voie sera ouverte, pensent-ils, pour donner satisfaction aux besoins du jour en exprimant le dogme au moyen des notions de la philosophie moderne, de l’immanentisme, par exemple, de l’idéalisme, de l’existentialisme ou de tout autre système à venir. Que cela puisse et doive même être fait ainsi, de plus audacieux l’affirment pour la bonne raison, disent-ils, que les mystères de la foi ne peuvent pas être signifiés par des notions adéquatement vraies, mais par des notions, selon eux, approximatives et toujours changeables, par lesquelles la vérité est indiquée sans doute jusqu’à un certain point, mais fatalement déformée. C’est pourquoi ils ne croient pas absurde, mais absolument nécessaire que la théologie qui a utilisé au cours des siècles différentes philosophies comme ses instruments propres substitue aux notions anciennes des notions nouvelles, de telle sorte que, sous des modes divers et souvent opposés, et pourtant présentés par eux comme équivalents, elle nous exprime les vérités divines, sous le mode qui sied à des êtres humains. Ils ajoutent que l’histoire des dogmes consiste à exprimer les formes variées qu’a revêtues la vérité successivement selon les diverses doctrines et selon les systèmes qui ont vu le jour tout au long des siècles.

 

III. Or, il ressort, avec évidence, de ce que nous avons dit, que tant d’efforts non seulement conduisent à ce qu’on appelle le « relativisme » dogmatique, mais le comportent déjà en fait : le mépris de la doctrine communément enseignée et le mépris des termes par lesquels on le signifie le favorisent déjà trop.

 

Certes, il n’est personne qui ne sache que les mots qui expriment ces notions, tels qu’ils sont employés dans nos écoles et par le magistère de l’Église, peuvent toujours être améliorés et perfectionnés : on sait d’ailleurs que l’Eglise n’a pas eu recours toujours aux mêmes termes. Et puis, il va de soi que l’Eglise ne peut se lier à n’importe quel système philosophique dont la vie est de courte durée : ce que les docteurs catholiques, en parfait accord, ont composé au cours des siècles, pour parvenir à une certaine intelligence du dogme, ne s’appuie assurément pas sur un fondement aussi caduc. En effet, il n’est pas d’autre appui que les principes et les notions tirés de l’expérience des choses créées ; et dans la déduction de ces connaissances, la vérité révélée a, comme une étoile, brillé sur l’intelligence des hommes grâce au ministère de l’Eglise. On ne s’étonne donc pas que les Conciles oecuméniques aient employé et aussi sanctionné certaines de ces notions : aussi, s’en écarter n’est point permis.

 

Voilà pourquoi négliger, rejeter ou priver de leur valeur tant de biens précieux que, au cours d’un travail plusieurs fois séculaire, des hommes d’un génie et d’une sainteté peu commune, sous la garde du magistère sacré et la conduite lumineuse de l’Esprit-Saint, ont conçus, exprimés et perfectionnés en vue d’une présentation de plus en plus exacte des vérités de la foi, et leur substituer des notions conjecturales et les expressions flottantes et vagues d’une philosophie nouvelle appelées à une existence éphémère, comme la fleur des champs, ce n est pas seulement pécher par imprudence grave, mais c’est faire du dogme lui-même quelque chose comme un roseau agité par le vent. Le mépris des mots et des notions dont ont coutume de se servir les théologiens scolastiques conduit très vite à énerver la théologie qu’ils appellent spéculative et tiennent pour dénuée de toute véritable certitude, sous prétexte qu’elle s’appuie sur la raison théologique. 
 

De fait, ô douleur, les amateurs de nouveautés passent tout naturellement du dédain pour la théologie scolastique au manque d’égards, voire au mépris pour le magistère de l’Eglise lui-même qui si fortement approuve, de toute son autorité, cette théologie. Ne présentent-ils pas ce magistère comme une entrave au progrès, un obstacle pour la science ? Certains non-catholiques y voient déjà un injuste frein qui empêche quelques théologiens plus cultivés de rénover leur science. Et alors que ce magistère, en matière de foi et de moeurs, doit être pour tout théologien la règle prochaine et universelle de vérité, puisque le Seigneur Christ lui a confié le dépôt de la foi – les Saintes Ecritures et la divine Tradition – pour le conserver, le défendre et l’interpréter, cependant le devoir qu’ont les fidèles d’éviter aussi les erreurs plus ou moins proches de l’hérésie, et pour cela « de conserver les constitutions et les décrets par lesquels le Saint-Siège proscrit et interdit ces opinions qui faussent les esprits », est parfois aussi ignoré d’eux que s’il n’existait pas. Ce qu’exposent les Encycliques des Pontifes Romains sur le caractère et la constitution de l’Eglise est, de façon habituelle et délibérée, négligé par certains dans le but très précis de faire prévaloir une notion vague qu’ils nous disent puisée chez les anciens Pères et surtout chez les Grecs. A les entendre, les Pontifes, en effet, n’auraient jamais dessein de se prononcer sur les questions débattues entre théologiens ; aussi le devoir s’imposerait à tous de revenir aux sources primitives et aussi d’expliquer les constitutions et décrets plus récents du magistère selon les textes des anciens.

 

Tout cela semble dit de façon très habile, mais tout cela est faux en réalité. Car s’il est exact que, en général, les Pontifes laissent la liberté aux théologiens dans les matières où les docteurs du meilleur renom professent des opinions différentes, l’histoire pourtant nous apprend que bien des choses laissées d’abord à la libre discussion ne peuvent plus dans la suite souffrir aucune discussion.

 

Et l’on ne doit pas penser que ce qui est proposé dans les lettres Encycliques n’exige pas de soi l’assentiment, sous le prétexte que les Papes n’y exerceraient pas le pouvoir suprême de leur magistère. C’est bien, en effet, du magistère ordinaire que relève cet enseignement et pour ce magistère vaut aussi la parole : « Qui vous écoute, m’écoute… », et le plus souvent ce qui est proposé et imposé dans les Encycliques appartient depuis longtemps d’ailleurs à la doctrine catholique. Que si dans leurs Actes, les Souverains Pontifes portent à dessein un jugement sur une question jusqu’alors disputée, il apparaît donc à tous que, conformément à l’esprit et à la volonté de ces mêmes Pontifes, cette question ne peut plus être tenue pour une question libre entre théologiens.

 

Il est vrai encore que les théologiens doivent toujours remonter aux sources de la révélation divine, car il leur appartient de montrer de quelle manière ce qui est enseigné par le magistère vivant « est explicitement ou implicitement trouvé » dans la Sainte Ecriture et la divine Tradition. Ajoutons que ces deux sources de la doctrine révélée contiennent tant de trésors et des trésors si précieux de vérités qu’il est impossible de les épuiser jamais. C’est bien la raison pour laquelle nos sciences sacrées trouvent toujours une nouvelle jeunesse dans l’étude des sources sacrées ; tandis que toute spéculation qui néglige de pousser plus avant l’examen du dépôt sacré ne peut qu’être stérile : l’expérience est là, qui le prouve.

 

Mais on ne peut pas, pour cette raison, équiparer la théologie, même celle qu’on dit positive, à une science purement historique. Car Dieu a donné à son Eglise, en même temps que les sources sacrées, un magistère vivant pour éclairer et pour dégager ce qui n’est contenu qu’obscurément et comme implicitement dans le dépôt de la foi. Et ce dépôt, ce n’est ni à chaque fidèle, ni même aux théologiens que le Christ l’a confié pour en assurer l’interprétation authentique, mais au seul magistère de l’Eglise. Or si l’Eglise exerce sa charge, comme cela est arrivé tant de fois au cours des siècles, par la voie ordinaire ou par la voie extraordinaire, il est évident qu’il est d’une méthode absolument fausse d’expliquer le clair par l’obscur ; disons bien qu’il est nécessaire que tous s’astreignent à suivre l’ordre inverse. Aussi notre Prédécesseur, d’immortelle mémoire, Pie IX, lorsqu’il enseigne que la théologie a la si noble tâche de démontrer comment une doctrine définie par l’Eglise est contenue dans les sources, ajoute ces mots, non sans de graves raisons :  » dans le sens même où l’Eglise l’a définie « .

 

( Mais pour en revenir aux systèmes nouveaux auxquels nous avons touché plus haut, il y a certains points que quelques-uns proposent ou qu’ils distillent, pour ainsi dire, dans les esprits, qui tournent au détriment de l’autorité divine de la Sainte Ecriture. Ainsi on a audacieusement perverti le sens de la définition du Concile du Vatican sur Dieu, auteur de la Sainte Ecriture ; et la théorie qui n’admet l’inerrance des lettres sacrées que là où elles enseignent Dieu, la morale et la religion, on la professe en la renouvelant, bien qu’elle ait été plusieurs fois condamnée.

 

Bien plus, de la façon la plus incorrecte, on nous parle d’un sens humain des Livres Saints, sous lequel se cacherait le sens divin, le seul, nous dit-on, qui serait infaillible. Dans l’interprétation de la Sainte Ecriture, on s’interdit de tenir compte de l’analogie de la foi et de la tradition ecclésiastique. En conséquence, c’est la doctrine des Saints Pères et du magistère sacré qui devrait être ramenée, pour ainsi dire, à la juste balance de l’Ecriture, et de l’Ecriture telle qu’elle est expliquée par des exégètes qui ne font appel qu’à la lumière de la raison ; et, partant, ce n’est plus la Sainte Ecriture qu’il faudrait expliquer selon la pensée de l’Eglise que le Christ institua gardienne et interprète de tout le dépôt de la vérité divinement révélée. 

 

En outre, le sens littéral de la Sainte Ecriture et son explication faite laborieusement, sous le contrôle de l’Eglise, par tant d’exégètes de si grande valeur doivent céder, d’après les inventions qui plaisent aux novateurs, à une exégèse nouvelle, dite symbolique et spirituelle ; et ainsi seulement, les Livres Saints de l’Ancien Testament, qui seraient aujourd’hui encore ignorés dans l’Eglise, comme une source qu’on aurait enclose, seraient enfin ouverts à tous.

 

Ils assurent que toutes les difficultés, par ce moyen, s’évanouiront, qui ne paralysent que ceux-là qui se tiennent attachés au sens littéral de la Bible.

 

Il n’est personne qui ne puisse voir à quel point tant de prétentions s’écartent des principes et des règles d’herméneutique si justement fixés par Nos Prédécesseurs d’heureuse mémoire Léon XIII dans l’Encyclique Providentissimus et Benoît XV dans l’Encyclique Spiritus Paraclitus et par Nous-même dans l’Encyclique Divino afflante Spiritu. )

 

IV. Il n’est pas étonnant que pareilles nouveautés aient déjà produit des fruits empoisonnés dans toutes les parties, ou presque, de la théologie. On révoque en doute que la raison humaine, sans le secours de la révélation et de la grâce divine, puisse démontrer l’existence d’un Dieu personnel par des arguments tirés des choses créées ; on nie que le monde ait eu un commencement et l’on soutient que la création est nécessaire, puisqu’elle procède de la nécessaire libéralité de l’amour de Dieu ; on refuse aussi à Dieu l’éternelle et infaillible prescience des libres actions de l’homme. Or tout cela s’oppose aux déclarations du Concile du Vatican.

 

Quelques-uns aussi se demandent si les Anges sont des créatures personnelles, et si la matière diffère essentiellement de l’esprit. D’autres corrompent la véritable gratuité de l’ordre surnaturel, puisqu’ils tiennent que Dieu ne peut pas créer des êtres doués d’intelligence sans les ordonner et les appeler à la vision béatifique. Ce n’est pas assez ! Au mépris de toutes les définitions du Concile de Trente, on a perverti la notion du péché originel, et du même coup, la notion du péché en général, dans le sens même où il est une offense à Dieu, et ainsi la notion de la satisfaction offerte pour nous par le Christ. Il s’en trouve encore pour prétendre que la doctrine de la transsubstantiation, toute fondée sur une notion philosophique périmée (la notion de substance), doit être corrigée, de telle sorte que la présence réelle dans la Sainte Eucharistie soit ramenée à un certain symbolisme, en ce sens que les espèces consacrées ne seraient que les signes efficaces de la présence spirituelle du Christ et de son intime union avec les membres fidèles dans le Corps Mystique.

 

Certains estiment qu’ils ne sont pas liés par la doctrine que Nous avons exposée il y a peu d’années dans notre lettre Encyclique et qui est fondée sur les sources de la révélation, selon laquelle le Corps Mystique et l’Eglise catholique romaine sont une seule et même chose. Quelques-uns réduisent à une formule vaine la nécessité d’appartenir à la véritable Eglise pour obtenir le salut éternel. D’autres enfin attaquent injustement le caractère rationnel de la crédibilité de la foi chrétienne.

 

Il est trop certain que ces erreurs et d’autres du même ordre s’insinuent dans l’esprit de plusieurs de Nos fils, qu’abuse un zèle imprudent des âmes ou une fausse science : il Nous faut donc, l’âme accablée de tristesse, leur répéter des vérités très connues et leur signaler, non sans angoisse pour le coeur, des erreurs manifestes et des dangers d’erreur auxquels ils s’exposent. )

 

V. On sait combien l’Eglise estime la raison humaine dans le pouvoir qu’elle a de démontrer avec certitude l’existence d’un Dieu personnel, de prouver victorieusement par les signes divins les fondements de la foi chrétienne elle-même, d’exprimer exactement la loi que le Créateur a inscrite dans l’âme humaine et enfin de parvenir à une certaine intelligence des mystères, qui nous est très fructueuse. La raison cependant ne pourra remplir tout son office avec aisance et en pleine sécurité que si elle reçoit une formation qui lui est due : c’est-à-dire quand elle est imprégnée de cette philosophie saine qui est pour nous un vrai patrimoine transmis par les siècles du passé chrétien et qui jouit encore d’une autorité d’un ordre supérieur, puisque le magistère de l’Eglise a soumis à la balance de la révélation divine, pour les apprécier, ses principes et ses thèses essentielles qu’avaient peu à peu mis en lumière et définis des hommes de génie. Cette philosophie reconnue et reçue dans l’Eglise défend, seule, l’authentique et juste valeur de la connaissance humaine, les principes inébranlables de la métaphysique, à savoir de raison suffisante, de causalité et de finalité la poursuite enfin, effective, de toute vérité certaine et immuable.

 

Dans cette philosophie, sans doute sont traitées des parties qui, ni directement ni indirectement, ne touchent à la foi et aux moeurs : aussi l’Eglise les laisse-t-elle à la libre discussion des philosophes. Mais pour beaucoup d’autres, surtout dans le domaine des principes et des thèses essentielles que Nous avons rappelés plus haut, de liberté de discussion il n’y a point. Même dans ces questions essentielles, il est permis de donner à la philosophie un vêtement plus juste et plus riche, de la renforcer de développements plus efficaces, de la débarrasser de quelques procédés scolaires insuffisamment adaptés, de l’enrichir discrètement aussi d’éléments apportés par une pensée humaine qui sainement progresse, mais il n’est jamais possible de la bouleverser, de la contaminer de principes faux ou même de la tenir pour un monument sans doute imposant mais absolument suranné. Car la vérité et toute son explication philosophique ne peuvent pas changer chaque jour, surtout quand il s’agit de principes évidents, par soi, pour tout esprit humain, ou de ces thèmes qui prennent appui aussi bien sur la sagesse des siècles que sur leur accord avec la révélation divine qui les étaye si fortement. Tout ce que l’esprit humain, adonné à la recherche sincère, peut découvrir de vrai, ne peut absolument pas s’opposer à une vérité déjà acquise ; Dieu, Souveraine Vérité, a créé l’intelligence humaine et la dirige, il faut le dire, non point pour qu’elle puisse opposer chaque jour des nouveautés à ce qui est solidement acquis, mais pour que, ayant rejeté les erreurs qui se seraient insinuées en elle, elle élève progressivement le vrai sur le vrai selon l’ordre et la complexion même que nous discernons dans la nature des choses d’où nous tirons la vérité.

 

C’est pourquoi un chrétien, qu’il soit philosophe ou théologien, ne peut pas se jeter à la légère, pour les adopter, sur toutes les nouveautés qui s’inventent chaque jour ; qu’il en fasse au contraire un examen très appliqué, qu’il les pèse en une juste balance ; et ainsi, se gardant de perdre ou de contaminer la vérité déjà acquise, il évitera de causer un dommage certain à la foi elle-même et de la mettre gravement en péril.

 

Si l’on a bien saisi ces précisions, on verra sans peine pour quelle raison l’Eglise exige que ses futurs prêtres soient instruits des disciplines philosophiques « selon la méthode, selon la doctrine et les principes du Docteur Angélique » ; c’est que l’expérience de plusieurs siècles lui a parfaitement appris que la méthode de l’Aquinate l’emporte singulièrement sur toutes les autres, soit pour former les étudiants, soit pour approfondir les vérités peu accessibles ; sa doctrine forme comme un accord harmonieux avec la révélation divine ; elle est de toutes la plus efficace pour mettre en sûreté les fondements de la foi, comme pour recueillir utilement et sans dommage les fruits d’un progrès véritable.

 

VI. C’est pour tant de motifs, qu’il est au plus haut point lamentable que la philosophie reçue et reconnue dans l’Eglise soit aujourd’hui méprisée par certains qui, non sans imprudence, la déclarent vieillie dans sa forme et rationaliste (comme ils osent dire) dans son processus de pensée.

 

Nous les entendons répétant que cette philosophie, la nôtre, soutient faussement qu’il peut y avoir une métaphysique absolument vraie ; et ils affirment de façon péremptoire que les réalités, et surtout les réalités transcendantes, ne peuvent être mieux exprimées que par des doctrines disparates, qui se complètent les unes les autres, encore qu’elles s’opposent entre elles toujours en quelque façon. Aussi concèdent-ils que la philosophie qu’enseignent Nos écoles, avec son exposition claire des problèmes et leurs solutions, avec sa détermination si rigoureuse du sens de toutes les notions et ses distinctions précises, peut être utile pour initier de jeunes esprits à la théologie scolastique et qu’elle était remarquablement accommodée aux esprits du Moyen-Age ; mais elle n’offre plus, selon eux, une méthode qui réponde à notre culture moderne et aux nécessités du temps. Ils opposent ensuite que la philosophia perennis n’est qu’une philosophie des essences immuables, alors que l’esprit moderne doit nécessairement se porter vers l’existence de chacun et vers la vie toujours fluente. Et tandis qu’ils méprisent cette philosophie, ils en exaltent d’autres, anciennes ou récentes, de l’Orient ou de l’Occident, de sorte qu’ils semblent insinuer dans les esprits que n’importe quelle philosophie, n’importe quelle manière personnelle de penser, avec, si besoin est, quelques retouches ou quelques compléments, peut s’accorder avec le dogme catholique : or, cela est absolument faux, surtout quand il s’agit de ces produits de l’imagination qu’on appelle l’immanentisme, l’idéalisme, le matérialisme, soit historique soit dialectique, ou encore l’existentialisme, qu’il professe l’athéisme ou pour le moins qu’il nie toute valeur au raisonnement métaphysique. Quel catholique pourrait avoir le moindre doute sur toutes ces choses ? 

 

Enfin, ils reprochent à cette philosophie de ne s’adresser qu’à l’intelligence dans le processus de la connaissance, puisqu’elle néglige, disent-ils, l’office de la volonté et celui des affections de l’âme. Or cela n’est pas vrai. Jamais la philosophie chrétienne n’a nié l’utilité et l’efficacité des bonnes dispositions de toute l’âme humaine pour connaître à fond et pour embrasser les vérités religieuses et morales ; bien mieux, elle a toujours professé que le défaut de ces dispositions peut être cause que l’intelligence, sous l’influence des passions et de la volonté mauvaise, s’obscurcisse à ce point qu’elle ne voit plus juste.

 

Bien mieux encore, le Docteur commun estime que l’intelligence peut d’une certaine manière percevoir les biens supérieurs d’ordre moral soit naturel soit surnaturel, mais dans la mesure seulement où l’âme éprouve une certaine connaturalité affective avec ces mêmes biens, soit par nature, soit par don de grâce. Et l’on ne peut pas ne pas saisir l’intérêt du secours apporté par cette connaissance obscure aux recherches de notre esprit. Cependant autre chose est de reconnaître aux dispositions affectives de la volonté le pouvoir d’aider la raison à poursuivre une science plus certaine et plus ferme des choses ; et autre chose est ce que soutiennent ces novateurs, à savoir : attribuer aux facultés d’appétit et d’affection un certain pouvoir d’intuition et dire que l’homme, incapable de savoir par la raison et avec certitude la vérité qu’il doit embrasser, se tourne vers la volonté pour faire choix et décider librement entre des opinions erronées. N’est-ce pas là mêler indûment la connaissance et l’acte de la volonté ?

 

Il n’est pas étonnant que, par ces nouveaux systèmes, on soit amené à mettre en danger les deux disciplines philosophiques qui, par leur nature même, sont étroitement liées avec l’enseignement de la foi, la théodicée et l’éthique ; on en vient donc à penser que leur rôle n’est pas de démontrer quelque chose de certain sur Dieu ou sur un autre être transcendant, mais bien plutôt de montrer que ce que la foi enseigne sur un Dieu personnel et sur ses commandements s’accorde parfaitement avec les nécessités de la vie et que par voie de conséquence il faut que tous l’embrassent pour éviter le désespoir et pour parvenir au salut éternel. Or tout cela s’oppose manifestement aux documents de Nos Prédécesseurs Léon XIII et Pie X et ne peut s’accorder avec les décrets du Concile du Vatican. Nous n’aurions certes pas à déplorer ces écarts loin de la vérité si tous, même en philosophie, voulaient écouter le magistère de l’Église avec tout le respect qui lui est dû ; car il lui revient, de par l’institution divine, non seulement de garder et d’interpréter le dépôt de la vérité divinement révélée, mais encore d’exercer toute sa vigilance sur les disciplines philosophiques pour que de faux systèmes ne portent pas atteinte aux dogmes catholiques. « 

 

Qui ne voit que ce n’est pas sans préjudice gravissime que l’essentiel de ce qui précède, et qui figure dans la lettre encyclique de Pie XII Humani generis (1950), a commencé puis a continué à être méprisé, négligé, éludé, évincé, ignoré, occulté, dans la très grande majorité des lieux de formation, au sein du catholicisme ?

Qui ne voit en quoi la prescription de la prise d’appui sur Saint Thomas d’Aquin, prescription qui figure dans deux textes du Concile Vatican II, celui sur l’éducation chrétienne et celui sur la formation des prêtres, a fonctionné comme une véritable arnaque, dans la mesure où elle n’a pas été prise en compte d’une manière spécifique et susceptible de permettre de résister, face à telles modes philosophiques ou théologiques ?

Qui ne voit que ce « néo-catholicisme » est par nature hyperbolique, inflationniste, surenchériste, s’expose en permance au risque de fonctionner à l’angélisme, à l’irénisme, à l’utopisme, à l’approximation, à la « post-vérité » consensuelle, à l’extrapolation, mais aussi au ressentiment, au musèlement, à la persécution, contre les catholiques qui y résistent ouvertement, par confiance et par fidélité à l’égard de l’Ecriture, de la Tradition, du Credo, du Décalogue, du Magistère, et non, comme le disent certains, par angoisse et par frilosité vis-à-vis de l’avenir et de l’extérieur ?

Qui ne voit que ceux qui n’ont pas résisté, avant-hier, ont été emportés, hier, et que ceux qui ne résistent pas, aujourd’hui, seront emportés, demain, par tous ceux qui fustigent une attitude jamais assez « évangélique », ou un comportement jamais assez « oecuménique », c’est-à-dire un positionnement qui, manifestement, dans leur esprit, ne sera jamais assez consensuel ad extra pour les satisfaire, alors qu’il suffirait d’expliciter publiquement ce qu’est vraiment cette confusion entre sainteté et suivisme, ou cette soumission de la sainteté au suivisme, ou encore cette tentative de conciliation, aussi chimérique que suicidaire, entre sainteté et suivisme, pour contribuer à ce que les uns et les autres commencent ou recommencent enfin à y voir clair ?

Nous sommes en présence d’un véritable risque de subversion du catholicisme, qui repose ou débouche sur une inversion des priorités, probablement sans précédent dans l’histoire de l’Eglise, et par l’ajout, pour ainsi dire, de deux commandements aux dix commandements :

« Tu t’exposeras le moins possible au risque de déplaire » et « Tu t’exposeras le plus possible à la grâce de plaire »… aux non catholiques, aux non chrétiens, aux non croyants, et aux propagateurs comme aux consommateurs de telle conception dominante de l’homme et du monde contemporains.

Un lecteur. »

 

En France #NLQ

Délit d’entrave : les sites à faire fermer de toute urgence

La loi sur le délit d’entrave numérique à l’avortement ayant été votée, dans le respect de la loi, il nous faut signaler de nombreux sites procurant des informations de nature à dissuader une femme d’avoir recours à l’avortement.

Nous vous proposons donc une liste de sites, rangés par thème, étant de nature à dissuader une femme qui les consulterait de recourir à l’avortement.

La vie d’une personne commence à la fécondation

  • « Le cycle de vie des mammifères commence quand un spermatozoïde rentre dans un ovule »[1] (Okada, Yamagata, Hong, Wakayama, & Zhang, 2010) sur le site de Nature
  • « La fécondation est le processus qui unit les gamètes haploïdes mâles et femelles (spermatozoïde et ovule) pour produire un nouvel individu génétiquement distinct. »[2] (Signorelli, Diaz, & Morales, 2012) sur le site de Springer
  • « L’oviducte, ou trompe de Fallope, est le région anatomique où chaque nouvelle vie commence chez les mammifères. Après un long voyage, le spermatozoïde rencontre l’ovocyte en un endroit spécifique dénommé ampoule, alors la fécondation a lieu »[3], (Coy, García-Vázquez, Visconti, & Avilés, 2012), sur le site de la revue « Reproduction »
    On notera au passage que cette information ne fait pas l’unanimité, puisque la théorie selon laquelle la fécondation aurait lieu dans le point le plus déclive du péritoine (cul de sac de Douglas), puis remontrait pour rejoindre l’utérus via les trompes en utilisant les flux péritonéaux comme moteur, est toujours considérée par les praticiens.

L’avortement augmente des risques de cancer

De nombreuses publications de type académique prétendent que l’avortement auguemente le risque de cancer,  plus d’une cinquantaine, par exemple dans Asian Pacific Journal of Cancer Prevention (Yanhua et al., 2012), disponible sur le site de l’éditeur koreascience, dans International Journal of Epidemiology (Becher, Schmidt, & Chang-Claude, 2003) disponible sur le site d’Oxford Academic, Cancer Causes & Control (Huang et al., 2014),  disponible sur le site de Springer, ou encore dans Breast Cancer Research (Lecarpentier et al., 2012) sur le site de biomedcentral.

L’avortement favorise la prématurité

Voici une information qui se retrouve dans plus d’une centaine d’articles de type académique. Il y a par exemple Saccone, Perriera, & Berghella (2016), publié dans American journal of obstetrics and gynecology, que l’on trouve sur le site d’Elsevier, Scholten, Page-Christiaens, Franx, Hukkelhoven, & Koster (2013) publié sur le site BMJ open, Oliver-Williams, Fleming, Monteath, Wood, & Smith (2013) publié sur le site PLoS Med, McCarthy et al. (2013) dans la revue Human Reproduction sur le site d’Oxford  Academic ou encore Heaman et al. (2013) dans la revue Paediatric and perinatal epidemiology fur le site de Wiley Online Library.

L’avortement augumente les risques d’autisme chez les enfants suivants

Comme certains articles prétendent que l’avortement provoque la prématurité, et que la prématurité est un facteur de risque pour l’autisme, en toute logique, certains allaient prétendre que l’avortement favorisait l’autisme. C’est ce que prétendent Burd, Severud, Kerbeshian, & Klug (2005), publiés dans Journal of Perinatal Medicine disponible sur le site Degruyter.

L’avortement provoque des troubles psychologiques

Le site medical sciences monitor parle de syndrome post-traumatique (Rue, Coleman, Rue, & Reardon, 2004), de risques accrus de suicides  (Cougle, Reardon, & Coleman, 2003).

Encore une fois, le site d’Oxford Academic, non seulement prétend qu’il y a non seulement un risque accru de suicide mais aussi de meurtres dans les pages de son European Journal of Public Health (Gissler, Berg, Bouvier-Colle, & Buekens, 2005). Cette article va jusqu’à affirmer que “Le risque élevé après un avortement doit être reconnu dans les dispositifs des services sociaux et de santé”[4].

Elsevier dans son Journal of Psychiatric Research détaille d’autre trouble comme les attaques de panique, l’agoraphobie, l’alcoolisme ou la dépression (Coleman, Coyle, Shuping, & Rue, 2009). Dans la même veine le site du Royal College of Psychiatrists, qui affiche pourtant un Impact factor de 7,06,  détaille les addictions et les angoisses (Dingle, Alati, Clavarino, Najman, & Williams, 2008), cette organisme va jusqu’à prétendre qu’une femme qui garde un enfant non voulu, avec une réaction adverse à la grossesse, souffre moins d’anxiété, d’idée suicidaire, de problème d’alcoolisme, de drogues et de problèmes mentaux diverses (Fergusson, Horwood, & Boden, 2008).

Conclusion

De nombreux sites académiques fournissent des informations de nature à dissuader les femmes d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse. De plus, la majorité de ces sites, comme Elsevier, Springer, Wiley ou encore Nature sont financés par des universités, via les abonnements ou des achats d’articles ; et sont donc financés par le contribuable. Il faut donc réagir, et interdire l’accès aux sites académiques cités, et interdire le financement de ces sites par les universités et bloquer l’accès aux sites de publications académiques.

Voici donc la liste des sites à bloquer de tout urgence :

·         Biomedcentral

·         BMJ open

·         Degruyter

·         Elsevier

·         Koreascience

·         Medical sciences monitor

·         Nature

·         Oxford Academic

·         PLoS Med

·         Reproduction

·         Royal College of Psychiatrists

·         Springer

·         Wiley Online Library

Benjamin Leduc


[1] “The life cycle of mammals begins when a sperm enters an egg.” en anglais dans le texte.

[2] “Fertilization is the process by which male and female haploid gametes (sperm and egg) unite to produce a genetically distinct individual.” en anglais dans le texte.

 [3] “The oviduct or Fallopian tube is the anatomical region where every new life begins in mammalian species. After a long journey, the spermatozoa meet the oocyte in the specific site of the oviduct named ampulla, and fertilization takes place.” en anglais dans le texte.

[4] the elevated risk after a terminated pregnancy needs to be recognized in the provision of health care and social services. En anglais dans le texte

Références

 Becher, H., Schmidt, S., & Chang-Claude, J. (2003). Reproductive factors and familial predisposition for breast cancer by age 50 years. A case-control-family study for assessing main effects and possible gene–environment interaction. International Journal of Epidemiology, 32(1), 38–48. https://doi.org/10.1093/ije/dyg003

Burd, L., Severud, R., Kerbeshian, J., & Klug, M. G. (2005). Prenatal and perinatal risk factors for autism. Journal of Perinatal Medicine, 27(6), 441–450. https://doi.org/10.1515/JPM.1999.059

Coleman, P. K., Coyle, C. T., Shuping, M., & Rue, V. M. (2009). Induced abortion and anxiety, mood, and substance abuse disorders : Isolating the effects of abortion in the national comorbidity survey. Journal of Psychiatric Research, 43(8), 770–776.

Cougle, J. R., Reardon, D. C., & Coleman, P. K. (2003). Depression associated with abortion and childbirth : a long-term analysis of the NLSY cohort. Medical Science Monitor, 9(4), CR105–CR112.

Coy, P., García-Vázquez, F. A., Visconti, P. E., & Avilés, M. (2012). Roles of the oviduct in mammalian fertilization. Reproduction, 144(6), 649–660. https://doi.org/10.1530/REP-12-0279

Dingle, K., Alati, R., Clavarino, A., Najman, J. M., & Williams, G. M. (2008). Pregnancy loss and psychiatric disorders in young women : an Australian birth cohort study. The British Journal of Psychiatry, 193(6), 455–460.

Fergusson, D. M., Horwood, L. J., & Boden, J. M. (2008). Abortion and mental health disorders : evidence from a 30-year longitudinal study. The British Journal of Psychiatry, 193(6), 444–451. https://doi.org/10.1192/bjp.bp.108.056499

Gissler, M., Berg, C., Bouvier-Colle, M.-H., & Buekens, P. (2005). Injury deaths, suicides and homicides associated with pregnancy, Finland 1987-2000. European Journal of Public Health, 15(5), 459–463. https://doi.org/10.1093/eurpub/cki042

Heaman, M., Kingston, D., Chalmers, B., Sauve, R., Lee, L., & Young, D. (2013). Risk Factors for Preterm Birth and Small-for-gestational-age Births among Canadian Women. Paediatric and Perinatal Epidemiology, 27(1), 54–61.

Huang, Y., Zhang, X., Li, W., Song, F., Dai, H., Wang, J., … Chen, K. (2014). A meta-analysis of the association between induced abortion and breast cancer risk among Chinese females. Cancer Causes & Control, 25(2), 227–236. https://doi.org/10.1007/s10552-013-0325-7

Lecarpentier, J., Noguès, C., Mouret-Fourme, E., Gauthier-Villars, M., Lasset, C., Fricker, J.-P., … Andrieu, N. (2012). Variation in breast cancer risk associated with factors related to pregnancies according to truncating mutation location, in the French National BRCA1 and BRCA2 mutations carrier cohort (GENEPSO). Breast Cancer Research, 14, R99. https://doi.org/10.1186/bcr3218

McCarthy, F. P., Khashan, A. S., North, R. A., Rahma, M. B., Walker, J. J., Baker, P. N., … others. (2013). Pregnancy loss managed by cervical dilatation and curettage increases the risk of spontaneous preterm birth. Human Reproduction, 28(12), 3197–3206.

Okada, Y., Yamagata, K., Hong, K., Wakayama, T., & Zhang, Y. I. (2010). A role for the elongator complex in zygotic paternal genome demethylation. Nature, 463(7280), 554–558.

Oliver-Williams, C., Fleming, M., Monteath, K., Wood, A. M., & Smith, G. C. (2013). Changes in association between previous therapeutic abortion and preterm birth in Scotland, 1980 to 2008 : a historical cohort study. PLoS Med, 10(7), e1001481.

Rue, V. M., Coleman, P. K., Rue, J. J., & Reardon, D. C. (2004). Induced abortion and traumatic stress : a preliminary comparison of American and Russian women. Medical Science Monitor : International Medical Journal of Experimental and Clinical Research, 10(10), SR5-16.

Saccone, G., Perriera, L., & Berghella, V. (2016). Prior uterine evacuation of pregnancy as independent risk factor for preterm birth : a systematic review and metaanalysis. American Journal of Obstetrics & Gynecology, 214(5), 572–591. https://doi.org/10.1016/j.ajog.2015.12.044

Scholten, B. L., Page-Christiaens, G. C., Franx, A., Hukkelhoven, C. W., & Koster, M. P. (2013). The influence of pregnancy termination on the outcome of subsequent pregnancies : a retrospective cohort study. BMJ Open, 3(5), e002803.

Signorelli, J., Diaz, E. S., & Morales, P. (2012). Kinases, phosphatases and proteases during sperm capacitation. Cell and Tissue Research, 349(3), 765–782. https://doi.org/10.1007/s00441-012-1370-3

Yanhua, C., Geater, A., You, J., Li, L., Shaoqiang, Z., Chongsuvivatwong, V., & Sriplung, H. (2012). Reproductive variables and risk of breast malignant and benign tumours in Yunnan province, China. Asian Pacific Journal of Cancer Prevention, 13(5), 2179–2184.

 


[1] “The life cycle of mammals begins when a sperm enters an egg.” en anglais dans le texte.

[2] “Fertilization is the process by which male and female haploid gametes (sperm and egg) unite to produce a genetically distinct individual.” en anglais dans le texte.

 

[3] “The oviduct or Fallopian tube is the anatomical region where every new life begins in mammalian species. After a long journey, the spermatozoa meet the oocyte in the specific site of the oviduct named ampulla, and fertilization takes place.” en anglais dans le texte.

[4] the elevated risk after a terminated pregnancy needs to be recognized in the provision of health care and social services. En anglais dans le texte

Tribunes et entretiens

Courrier d’un lecteur – A propos du denier du culte – Pourquoi je ne donne plus

Suite à notre article sur le denier du culte, voici, une réponse, parmi d’autre à la question posée sur la désaffection des catholiques pour le denier du culte.

Un laïc engagé dans les instances pastorales de son diocèse et dans La Manif pour Tous nous a fait parvenir le texte de la Lettre ouverte qu’il destine à son évêque. 

 

Monseigneur,

Comme pourrais-je vous appeler autrement vous qui, par la grâce du Saint Esprit, serez comptable de mon salut comme de celui de toutes les âmes de votre diocèse.

Comment vous dire ce qui me pèse sans pour autant vous manquer de respect, comment vous expliquer le malaise qui me ronge sans pour autant laisser à penser que j’attaque ma Mère l’Église.

Je ne parlerai donc pas des absolutions collectives généreusement distribuées aux petits enfants préparant leur première communion après avoir consciencieusement brûlé le petit papier sur lequel étaient inscrits leurs petits péchés : « On peut faire pareil à la maison ? »

Je ne parlerai donc pas des messes de mariage où le diacre, tout à sa chansonnette, en oublie les consentements. Les pauvres “mariés”, tout à leur fête, s’en sont donc retournés toujours concubins

Je ne parlerai donc pas des salariés du diocèse, payés pour transmettre la foi, qui ne sont ni pratiquants ni baptisés, et dont la revalorisation du point d’indice des salaires des employés diocésains est la seule ambition missionnaire.

Je ne parlerai pas des animateurs de pastorale dans les collèges qui ont passé leur 1er trimestre à faire des panneaux : « Je suis Charlie ».

Je ne parlerai pas des jeunes hommes qui partent dans des communautés pour échapper au séminaire interdiocésain (celui du diocèse ayant été fermé depuis longtemps), « véritable avortoir à vocation » : 8 pour cette année.

Je ne parlerai pas de ce prêtre injustement déporté pour voir simplement dit la vérité.

Je ne parlerai pas de ces mêmes communautés auxquelles les portes du diocèse sont irrémédiablement fermées au nom d’un : « Accueillir une communauté, c’est pas simple, c’est compliqué ».

Je ne vous parlerai donc que des choses bassement matérielles : du denier du culte, de mon devoir financier, de mon obligation contributive, que je ne vous verse plus, comme 250 autres familles qui préfèrent l’envoyer dans un autre diocèse, à ce monastère qui les accueille si gentiment quand elles ont besoin de se ressourcer, à ces communautés, justement, qui ont accueilli les jeunes garçons en soif d’absolu.

Mon argent, celui des familles, vous n’en avez pas besoin : les ventes régulières de presbytères, d’anciens couvents, de salles paroissiales permettraient largement de subvenir aux besoins du diocèse s’ils n’y avaient cette centaine de salariés et cette dizaine de procès aux prud’hommes perdus chaque année.

L’argent des familles serait bien mieux utilisé à payer les scolarités dans les écoles de l’enseignement diocésain, mais là encore les loyers prohibitifs qui leur sont imposées vous permettent de combler les trous de gestion des services diocésains (100 000 € pour 400 élèves dans une commune à populations défavorisée) : il ira donc aux écoles hors contrats qui fleurissent dans votre diocèse depuis que le “gender” a pignon sur rue dans vos écoles.

L’argent des résidents secondaires vous ne l’aurez pas toujours, eux qui devront se contenter du diacre troubadour pour marier leur fille cet été.

L’Église n’est pas un État de droit et vous n’acceptez de Maître que Dieu. Vous avez bien raison. Et nous allons vous aider à ne servir que ce Maître.

Nicenor

 

Culture #Doctrine / Formation #NLH

Explorer la Bible – L’empire Hittite, suite

Nous poursuivons notre découverte des Hittites, en abordant, l’Ancien royaume, le fameux empire.

Les Hittites sont un peuple ancien de l’Anatolie centrale, attesté du XIXe au XIIe siècle avant J.-C. Il établit sur un territoire qui comportait déjà de petits royaumes, une souveraineté, puis un état qui devint royaume puis empire, doté d’une culture et d’un art propres. Il fut suffisamment puissant pour entretenir des relations avec l’Égypte, puis déclina jusqu’à disparaître et tomber dans l’oubli. Il n’a été redécouvert qu’au début du XIXe siècle. Peuple étrange, mythique, Cyrano entame là une série de plusieurs articles consacrés à cette civilisation longtemps connu que par de simples allusions bibliques et présentée par Louis Quélennec.

Les débuts de l’Empire hittite (~-1465>~-1350)

Vers -1465, un changement dynastique eut lieu à Hattousa : Tudhaliya I, un prince hourrite monta sur le trône.

Tudhaliya I fut un guerrier qui commença par raccompagner les Gasgas dans leurs montagnes. Il eut ensuite à mater les révoltes internes des princes de l’ancienne dynastie qui contestaient sa légitimité. Puis il se tourna vers l’est pour mater un vassal turbulent, le royaume d’Isuwa, avant de soumettre pour un temps le Kizzuwatna, profitant de l’expédition victorieuse du pharaon Thoutmôsis III (-1447) contre le Mittani.

Après ces époques troublées, Tudhaliya I fonda une nouvelle dynastie qui gouverna pendant huit générations.

Son fils Hattusili II régna peu de temps, perdant à nouveau le Kizzuwatna au profit d’un roi hourrite qui étendit sa suzeraineté sur la Syrie du Nord.
Son fils Tudhaliya II mena des campagnes vers le sud contre le royaume de l’Arzawa, puis à l’est contre la confédération de l’Assuwa. A l’issue d’un long règne (mort en ~-1420), il récupéra le Kizzuwatna, avec l’aide de son fils désigné comme successeur et associé aux affaires.
Arnuwanda I, son gendre et fils adoptif, eut à lutter contre les Gasgas qui pillaient le nord du royaume et finit par traiter avec eux, mais il perdit à nouveau Kizzuwatna et l’Arzawa qui repassèrent sous suzeraineté du Mittani (ou réussit à le conserver ?). Il laissa une grande œuvre législative.

Tudhaliya III hérita d’un pays bien administré mais d’une situation militairement difficile ; la pression reprit au nord avec les Gasgas qui prirent et détruisirent Hattousa, au sud avec le réveil de l’Arzawa. A la fin de son règne, la situation était désastreuse ; l’héritier du trône fut assassiné et un prince énergique monta sur le trône.

L’Empire hittite (~-1353>~-1190)

Suppiluliuma I (dont on ne connaît pas vraiment la filiation) est considéré par les historiens comme le véritable fondateur de l’Empire : il fut un grand chef de guerre, un grand conquérant et un grand organisateur. Pendant une dizaine d’années, il mena une politique d’expansion territoriale, reconquit le Kizzuwatna, créa aux marches de l’Empire une constellation d’états vassaux, soumis à des obligations militaires et fiscales, qui gardaient le territoire en échange de sa protection, lutta contre le Mittani qu’il affaiblit suffisamment pour le ramener à l’espace initial des Hourrites et le vassalisa, sanctionna ses conquêtes par des traités. Il confia à ses deux fils les royautés d’Alep et de Karkemis, cité dont il fit la seconde ville de l’Empire et qui contrôlait de près tous les petits royaumes vassaux du nord syrien et le passage vers l’Euphrate.

carte httites.png

L’expansion territoriale du temps de l’Empire montre assez que les Hittites avaient compris que leur domaine était propice au développement de l’activité économique ; ils surent développer une agriculture florissante, aux mains de cultivateurs libres et d’esclaves, masse constituée par les prisonniers de guerre. Étaient cultivés des céréales, surtout l’orge, la vigne, et des vergers. Mais la grande richesse du pays fut cependant les mines. L’industrie hittite maîtrisait le travail du fer, dont elle généralisa l’emploi dans le monde oriental, le cuivre et le bronze. L’orfèvrerie et l’industrie du luxe se réservaient l’emploi de l’or et de l’argent.
Le domaine des Hittites était situé au carrefour des routes montant au nord ou desservant la Mésopotamie, au débouché des détroits, et avait des façades maritimes sur la Méditerranée, la mer Égée et la mer Noire. Une constante de leur politique fut donc la nécessité d’assurer l’intégrité territoriale pour conserver le contrôle des axes de communication, et donc des territoires par où transitait l’approvisionnement en métaux, cuivre et étain en particulier pour la fabrication du bronze. Pour l’étain, Il y avait deux axes principaux : la route du nord-ouest, passant par le détroit, en direction des mines de l’Europe centrale et la route du sud-est, venant de Mésopotamie et remontant le long de l’Euphrate. Le cuivre, lui, venait principalement de l’est, depuis des territoires d’Ishuwa et accessoirement de Chypre.

Puis le conflit avec les Égyptiens eut lieu : alliés du Mittani, ils le défendirent mollement ou pas du tout lors des attaques de Suppiluliuma I. Le pharaon Toutankhamon mourut au temps de ces incursions hittites ; sa veuve chercha à épouser un des fils de l’empereur, qui finit par accepter ; mais le promis fut assassiné avant d’arriver en Égypte : ce fut la guerre, intense au début, puis intermittente. Suppiluliuma I se porta jusqu’à l’ouest de la vallée de l’Euphrate et s’empara des places fortes égyptiennes de Byblos et Damas, avant de grignoter petit à petit toutes les conquêtes égyptiennes en Palestine. Cette montée en puissance provoqua le réveil de l’Assyrie, mais sans danger pour l’Empire.
Suppiluliuma I mourut dans les années -1330/-1320 de la peste noire provoquée par les déportations de prisonniers qu’il avait organisées et qui dura une vingtaine d’années.
Au bilan, cet empereur a eu une vision stratégique de long terme, et a mis en place les structures pour construire un empire durable ; le réseau de vassalités qu’il installa, la politique matrimoniale qu’il imposa pour les alliances, les traités qu’il signa firent que son œuvre fut durable : jusqu’à la fin de l’Empire, les états vassaux restèrent fidèles au Grand Roi. Ce bilan reste pourtant encore méconnu. Le seul pays dont l’enseignement lui rende un juste hommage est, sans surprise, la Turquie, qui le compare à Charlemagne en soulignant ses origines indo-européennes, à des fins évidemment politiques pour distancier la Turquie du monde arabo-musulman (Atatürk).

Arnouwanda II lui succéda, mais ne régna qu’environ deux ans, emporté lui aussi par la peste. Il eut à guerroyer contre les Gasgas à nouveau descendus de leurs montagnes, et parvint à les contenir. Plus dure fut la lutte contre les Assyriens, qui imposèrent leur tutelle sur le Mittani qui perdit son rôle d’état tampon.
Le véritable successeur de Suppiluliuma I fut l’un de ses plus jeunes fils, Mursili II. Sa tâche principale fut de surveiller et contenir les Assyriens, de s’occuper de vassaux turbulents, et de traiter les habituelles intrigues familiales dans une ambiance difficile : la peste faisait des ravages.
Son fils Muwatalli II dut faire face à de nombreux problèmes : les Gasgas parvinrent une nouvelle fois jusqu’à la capitale qu’ils détruisirent, ce qui obligea le roi à la déplacer plus au sud (Tarhuntassa). C’est au sud qu’il concentra son effort militaire, sur les possessions syriennes qu’il réussit à sauvegarder malgré la pression égyptienne. Les Égyptiens tenant à reprendre leur suprématie dans cette région, la guerre frontale reprit : ce fut la bataille de Quadesh (-1274), que Ramsès II perdit, dans la mesure où les Hittites conservèrent la cité et reprirent le territoire sous leur autorité. Muwatalli II mourut peu après, en -1270.

carte hittite2

Mursili III lui succéda, de façon éphémère ; il fut renversé par son oncle Hattusili III qui stabilisa l’Empire en s’alliant au roi de Babylone, fit la paix avec l’Égypte, concluant avec Ramsès un traité équilibré reposant sur l’égalité, la réciprocité et la non-agression. Il réussit à chasser les Gasgas, reconstruisit les cités détruites et ferrailla à l’ouest contre ses détracteurs qui n’acceptaient pas son statut d’usurpateur. Mais il ne put empêcher le roi d’Assyrie, Salmanazar I, de détruire définitivement le Mitanni, vers -1260.
Tudhaliya IV, fils d’Hattusili III, réussit à maintenir la cohésion de l’Empire, reconnaissant en particulier au roi d’Assyrie le bénéfice de ses conquêtes. Mais le fils de Salmanazar I reprit les hostilités dans les possessions hittites de l’Euphrate (Hanigalbat). La bataille de Nihiriya (-1230) fut un désastre pour les Hittites, la paix fut finalement conclue et le roi assyrien restitua les territoires conquis.

Tudhaliya IV a laissé le souvenir d’un empereur religieux, instigateur d’une véritable réforme liturgique : réhabilitation d’anciennes fêtes, réorganisation du culte.
Son fils Arnuwanda III ne régna que peu de temps ; son frère Suppiluliuma II lui succéda. Il maintint la paix avec l’Égypte et l’Assyrie. Mais ce fut aussi le temps de l’effondrement de l’Empire : crises, famines (les textes signalent que les Égyptiens livrèrent des céréales), mouvements de peuples qui en furent une des conséquences, attaques opportunistes des peuples de la mer qui ravagèrent les côtes, et incursions tout autant opportunistes de peuples comme les Gasgas qui détruisirent les villes, au premier chef Hattousa, qui ne se relevèrent jamais. Les historiens sont toujours à la recherche des causes avérées de cet effondrement.
On ne sait pas exactement quand il eut lieu ; on constate seulement que les derniers sceaux retrouvés à Hattousa sont ceux de Suppiluliuma II, qui fut probablement le dernier empereur hittite, qui disparut dans les années -1200/-1190.

Source Cyrano.net

A la une #NLH #Tribunes et entretiens

Témoignage d’un possédé – Coeur sensible s’abstenir

En complément de l’invitation du pape à ne pas chercher à discuter avec le démon, nous publions, le témoignage d’une personne liée par le démon, telle qu’on peut le voir dans certains Évangiles. Un point de vue « de l’intérieur » qui peut se révéler éprouvant pour certains lecteurs.

 

Écumant, il remonte sur sa panse l’allée bordée de chaises aux pailles usées. Son corps décrit sur le dallage autant de S qu’un serpent peut en tracer, tandis que ses pattes aux doigts crispés et acérés entaillent rageusement la pierre glaciale qu’il ne sent pas même. Ses râles rauques et sourds éructent de réguliers et effrayants rugissements. Il semble essoufflé, traînant sa carcasse comme une proie qu’il défend, prêt à déchirer de ses crocs dégoulinants de haine, la gorge de qui aurait l’imprudence de s’imaginer le dompter. Ses yeux mi plissés mi morts sont aux aguets, décidés à pétrifier de ce regard de gorgone le plus infime souffle d’air menaçant. Soudain il se cabre et découvre une musculature nerveuse enlacée d’une myriade de veines ne demandant qu’à se rompre pour souiller de son pu fielleux l’assistance médusée et interdite devant ce que l’on devine avoir été un être humain.

Il est là, hagard, perdu, tendu de  tout son long par la haine, transpirant la rage, maculé de peur, saignant de folie et déversant un flot ininterrompu d’incohérences et de grossièretés. Sa gorge est prise d’une douleur au côté gauche. Comme un garrot intérieur elle se resserre décuplant la folie de la bête courbée sur elle-même et tout à coup contractée d’une demie taille. Une lame de feu lui transperce le côté, le jetant à terre dans un fatras de cris mêlant la rage à la souffrance et du fond duquel se perçoit comme des larmes de désespoir. Méconnaissable sous les traits défigurés de la haine, aveuglé par la jalousie et l’orgueil démesurés qui ont subitement submergé le moribond, obnubilé par l’ordure du sexe le plus dévoyé, hypnotisé par l’infamie adulée, engoncé dans le mensonge rendu délicieux et aimable, tétanisé enfin par la peur des autres et de lui-même, le monstre s’écroule aussi soudainement qu’il s’était déployé, comme harassé de fatigue et repus de violence.

Alors, la bête cède le pas et sous les vestiges sanglants du pugilat se reforment les contours d’un visage pétri de douleur, mais rayonnant d’humanité. La foule s’approche comme un essaim de curieux tremblotants et envahit de ses conclusions péremptoires la ruche abbatiale où j’émerge en sueur, épuisé et affamé, comme après chacun de ces voyages au pays de l’enfer.

Elle ne me quitte jamais. Les rares moments de lucidité, je la sens tapis dans le fond de ma gorge, prête à rugir à tout instant. Fourbe, elle revêt autant de visages que d’opportunité. Elle se faufile en chaque recoin de mon âme, de mon cœur et même de ma chair. Aucune faiblesse ne lui échappe, pas une blessure ne lui est inconnue. Jetant du souffre sur l’une ou attisant l’autre selon les dessins de son maître retors, il lui suffit d’un peu de sa bave vénéneuse pour enflammer les sens et les passions de mon âme dont ma volonté n’est à ce moment plus la maîtresse.  Ligotée par je ne sais quels liens, cette pauvre femme est mise à fond de cale et bâillonnée. Un autre tient le gouvernail sournoisement  entravé par les algues toxiques qui envahissent, plus promptement encore que l’éclair,  la mer infernale dans laquelle mon âme est engloutie, comme un gaz soporifique endormirait les canonniers du navire. Sans défense, la nef nimbée de chloroforme ouvre ses bouches aux regards d’un autre. La vigile impassible contemple alors de son mât, impuissante et humiliée, sa propre coque cracher un feu soutenu sur ses alliés de toujours, tandis que ses matelots hébétés se sabordent, ivres de rage.

Si ce fauve tapis ne déserte jamais la forteresse en ruines qu’il a fait de mon âme, pas un instant non plus celle-ci n’a cessé d’être le témoin enchaîné de la folie de son hôte. Torture suprême, douleur plus vive que les séquelles visibles sur les remparts délabrés, l’intelligence ne cessait de représenter à mon esprit la vérité de ce qui se tramait, tandis que ma volonté, liée par ces chaînes droguées s’égosillait, du fond de sa cale capitonnée, à ordonner aux passions de reprendre leur poste et de mettre le navire en sécurité. Dans ces combats qu’il faut mener à chaque réveil du monstre, je ne peux qu’assister impuissant mais lucide à la débâcle de mon âme. Spectateur de moi-même, acteur malgré moi, j’ai pu un temps lutter de l’intérieur au prix de douleurs et de sévices corporels et moraux inouïs. Mais aujourd’hui, un autre semble venu, plus fort et contre lequel je ne puis pas même esquisser une résistance. Il me foudroie dès son premier frémissement. Son haleine fétide suffit à asphyxier ma volonté dont il s’est rendu maître par le simple passage de son ombre de laquelle il m’obstrue le jour comme une tunique de Nessus.

Je ne gouverne à présent plus rien. Il ne reste à la marionnette humaine que sa conscience pour pleurer. Mon univers s’est réduit à nous deux, lui et moi. Lui et ses sbires qui me maintiennent au sol. Un premier noie le désire, en le souillant de laideur. Cet autre la patience en l’engloutissant sous la colère. Celui-ci l’humilité en l’étouffant sous l’injustice. Ce fieffé coquin l’espérance, en l’obscurcissant de la haine. Ils sont autant de liens qui me tiennent captifs, allongé sur la table du bourreau et contraint de subir son baiser de fiel, de tristesse et de haine.  De cet hymen hideux il laisse couler d’une source intarissable la fureur indomptée du désir de mort et le flot amer de la désolation.

A mes tentatives de fuite, il oppose de lourdes représailles, accentuant l’isolement du pauvre fou. Autant de messages jetés à la mer, autant d’éloignements violents de mes proches. Que j’insiste et ce n’est plus moi qu’il menace mais eux. Il a changé. Je ne reconnais plus Zebulon facétieux que nous pouvions voir venir ou déjouer. C’est un autre qui ne tourbillonne plus au hasard des opportunités de faire le mal qui se présentent. Il ne cherche pas simplement à dérouter le navire aux grés des vagues et des tempêtes. Non, il a un cap et s’il se prête au jeu des vents, c’est pour rejoindre au plus vite la désolation qu’il m’assigne. Je suis son prisonnier bien plus que je n’étais celui de Zebulon lequel avait fini par être le mien et suppliait Dieu de partir. Il est résolu et je n’ai sur lui plus aucune prise. Il ne cherche pas même la confrontation comme Zébulon. Il ne dit pas un mot, là où Zebulon était prolixe. Il semble être le soldat zélé, sans oreille que pour son maître, inflexible et sans cœur.

Nous ne jouons plus dans la même cour qu’autrefois alors que je suis plus désarmé que jamais. S’il y a bien une hiérarchie des puissances célestes, Lucifer me fait peut-être l’honneur de me hisser un échelon plus bas. Haine me gagne, rage me prend, revoilà le maître qui vient…

 

Écumant, il remonte sur sa panse l’allée bordée de chaises de pailles. Son corps décrit sur le dallage autant de S qu’un serpent peut en tracer tandis…

Tribunes et entretiens

Martin Scorsese l’apologie silencieuse du reniement ?

On a entendu bien des choses sur le Silence, mais celui du Cardinal Sarah n’est pas le même que celui de Martin Scorsese. L’un écoute et nourrit, l’autre se tait et ravage. De toutes les critiques du Film de Martin Scorsese, la méditation de l’abbé de Tanoüarn nous a semblé la plus sobre et la plus spirituelle.

Le dernier film de Martin Scorsese impose silence à la critique dès son titre. C’est pourquoi d’ailleurs ceci n’est pas une critique, mais une méditation sur ce film, sur la foi donc, et sur la trahison, telles qu’elles apparaissent à ce grand artiste, en quête de vérité.

Cette oeuvre grandiose que le cinéaste aurait médité pendant vingt ans, est évidemment scandaleuse, elle est un objet de scandale pour qui la prend dans la figure : 2 H 40 sur une histoire de martyrs qui s’offrent ou se dérobent au sabre de l’Inquisiteur, ce n’est pas folichon comme intrigue ; 2 H 40 d’un terrible pilpoul dont l’enjeu est la vie ou la mort, la mort du martyre qui donne la vie ou la vie du pékin moyen qui se termine toujours par la mort : le film se termine d’ailleurs… dans un cercueil ! 2 H 40 d’images sur le Japon du XVIIème siècle, où les visages sont « impénétrables » et les tempéraments de feu, où les chrétiens japonais sont persécutés et menacés à tout moment de supplices qu’en français courant nous qualifions de chinois, mais où les communautés créées par saint François Xavier au Pays du Soleil levant n’ont pas vu de prêtres depuis des décennies.

Toute la première partie du film s’engage sur le quiproquo que crée cette situation : deux jésuites portugais, le Père Garupe et le Père Rodrigues, débarquent clandestinement dans l’Archipel pour avoir des nouvelles de leur ancien Père maître le Père Ferreira, un personnage qu’ils admirent et dont ils ont fait leur idéal religieux. On pourrait presque dire qu’ils le vénèrent comme un saint. Mais très vite, leur mission prend une autre dimension : les deux hommes sont littéralement happés par les communautés chrétiennes clandestines qui vivent dans des villages au bord de l’eau. Leur foi d’écolier enthousiaste va mûrir, plus vite d’ailleurs chez l’un que chez l’autre, au contact des héros que sont les chrétiens japonais sans nom et leurs porte parole, Ichizo et Mokichi.

La première partie du film est un hommage à cette foi des laïcs japonais, naguère évangélisés par saint François-Xavier, et qui sont restés des années sans prêtres, dans une ferveur que la perspective du martyre venait encore stimuler. Certains trouveront sans doute que la seule promesse du paradis (« paradison », « paradise » reprend le Père Rodrigues en anglais) n’est pas suffisante pour justifier leur résistance au grand inquisiteur et leur mort. Mais n’est-ce pas l’élan du martyr, cette volonté d’une vie heureuse que le fidèle n’a pas découverte sur la terre ? Je ne suis pas sûr qu’il faille se choquer de cette attitude simple, fruste sans doute mais profondément vraie, qui correspond trop à l’instabilité de la condition humaine pour être écartée d’un revers de main… L’un des deux prêtres, le Père Garupe, cherchant de façon désespérée à venir en aide aux martyrs et devenu martyr lui-même, entendra cette leçon du peuple japonais chrétien, cette leçon qui par sa simplicité dépasse bien sûr les études compliquées des deux jeunes prêtres, mais qui aurait dû les confirmer tous deux dans leur foi. Il y a dans ce film, curieusement, une réflexion sur la religion populaire et sur le décalage des clercs par rapport à la piété des laïcs, décalage que certains parviennent à surmonter (le Père Garupe) d’autres non (le Père Rodrigues). Que se passe-t-il lorsque la religion savante l’emporte sur cet instinct de la foi et le fait oublier ? La foi disparaît, c’est sans doute l’un des aspects de la crise actuelle de l’Eglise, issue non seulement du concile Vatican II mais d’une tentation d’intellectualisme née dès les années 30 dans l’Eglise et qui, comme l’expliquait le Père Serge Bonnet dans les années 70, a fini par détruire l’authenticité (évidemment sacrificielle) de la religion populaire.

Cette explication n’est pas inutile pour nous faire comprendre le personnage de l’autre prêtre, le Père Rodriguès, à la personnalité certainement plus complexe que celle de son confrère Garupe. Rodriguès est certainement le principal porte-parole de Scorsese, il est notre contemporain : un bobo débarquant (volontairement me semble-t-il) dans cette histoire d’un autre âge, un enthousiaste, auquel sa longue attente dans les prisons d’Inoué « l’inquisiteur », donne l’occasion d’affirmer sa foi, mais aussi un personnage « arrogant », occupé de lui-même, qui dès le  début du film exhorte les futurs martyrs à « piétiner la croix » pour « rester vivants ». Il a conscience, à tel ou tel moment du film, que les circonstances extrêmes dans lesquelles il se débat, surimposent à sa propre destinée celle du Christ et du Christ crucifié. La scène où, se regardant dans l’eau, parce qu’il aime sa propre image, il découvre en surimposition celle du Christ qu’il a vénéré durant son noviciat, du Christ crucifié, martyrisé, lui paraît insupportable. Il part dans un rire nerveux qui présage de la suite. Comme le dit sentencieusement Inoué, l’inquisiteur : « Il est arrogant, il trahira ». Il est notre contemporain, il aime son image, il se chérit lui-même, admire son propre courage… Il ne peut pas terminer comme un martyr banal. Il voit le martyre de son confrère le Père Garupe. Caché dans la forêt, il voit les martyrs du village chrétien qui les avait accueillis. Ces images, dans leur inutilité, lui sont insupportables. Même la scène christique de la crucifixion de Mokichi et d’Ichizo, dans la marée montante qui finalement les submergera, ne suffit pas à lui montrer l’identification au Christ que suppose toute foi… Il pose à haute voix, plusieurs fois, la question du silence de Dieu. Ce silence lui semble insupportable.

Le Christ manquerait-il de compassion ? Le Père Rodrigues, lui, éprouve immédiatement une immense compassion pour le personnage de leur guide, celui qui les introduit dans le village chrétien, celui qui a déjà trahi le Christ en refusant le martyre et qui le trahira plusieurs fois au cours de cette histoire. Cette compassion, c’est celle de la morale contemporaine, qui n’a au fond rien à voir avec la charité. Après chaque trahison Kichigiro (c’est son nom), littéralement habité par sa peur, vient demander à Rodriguès de le confesser et Rodriguès, saisi par l’inutilité apparente du sacrement, s’exécute : il le confesse, encore et encore et jette le manteau de Noé sur ses trahisons successives, quel qu’en puisse être le coût humain. Kichigiro reconnaît « sa faiblesse », implore la miséricorde, ce que n’avait pas su faire Judas, mais, comme Judas, il ne touche pas à l’argent qui récompense sa lâcheté. Kichigiro restera toute sa vie avec Rodriguès, comme son double monstrueux, mais lui finira par mourir martyr après que les agents d’Inoué ait découvert une image du Christ qu’il portait sur lui. On a envie de dire : mais où va se nicher la fidélité ? C’est peut-être cela d’ailleurs le vrai sujet du film : l’omniprésence de la foi dans chaque personnage, sous la forme d’une fidélité.

Il y a deux manières de comprendre la deuxième partie de ce film, entièrement consacrée à un martyre, celui du Père Rodrigues, qui n’aura pas lieu. Rationellement on sera attentif à cette expérience du silence de Dieu, à cet apparent manque de compassion du Christ pour ses disciples victimes du martyre, à l’inutilité de leur souffrance, au discours de l’Inquisiteur sur la stérilité de l’Eglise au Japon, sur le « marécage japonais » dans lequel rien ne pousse, sur la vanité des missions étrangères, qui répandent une religion qui n’a rien à voir avec la population (la première partie du film dément pourtant ces raisonnement captieux, le film lui-même est dédié aux fidèles japonais). Il est permis de voir dans le film de Scorsese un Christ nihiliste, dont la dernière tentation au Ciel, est de préférer la compassion à la charité, l’interdit moderne de la souffrance à sa divinisation chrétienne. C’est ce qu’a bien vu Hubert Champrun dans sa critique de Monde et vie.

Le noeud de l’interprétation est aussi le moment clé du film, où le Père Rodrigues va finir par marcher sur la croix comme le lui demande son bourreau. Il le fait pour sauver d’une mort horrible quatre fidèles japonais dont le sang s’écoule goutte à goutte dans une fosse dans laquelle ils sont suspendus la tête en bas. La charité peut-elle tenir devant l’impératif de la compassion ? Qui saurait le dire ?  Dans la conscience embrouillée du Père Rodriguès résonne une voix off, lui demandant de piétiner la croix. Qui se cache derrière cette voix off ? Le Christ, comme l’affirme Champrun ? La conscience tourmentée du Pere Rodrigues, comme le pense François Huguenin ?  Le diable propose Laurent Dandrieu. Rodrigues lui-même ne sait plus et il craque. Peut-être, en cet instant décisif, est-ce la voix doucereuse du Père Ferreira, retrouvé in extremis par l’intervention expresse d’Inoué le grand Inquisiteur, qui sera décisive ?

Cette grande figure jésuite a tout trahi. Ferreira s’est converti au bouddhisme. Il se livre en toute tranquillité à des études d’astronomie, avec la bénédiction inquisitrice d’Inoué. Oui c’est cette voix sans doute, la voix de celui que  Rodrigues était venu chercher sans vouloir croire à la rumeur de sa trahison, c’est la voix du mentor, la voix du maître si longtemps respecté qui l’emporte au dernier moment et qui  décidera de la destinée du jeune « Padre ».. Ferreira est le seul traître parfait dans le film. Il a perdu la foi. Il semble parfaitement heureux dans sa nouvelle vie. Rodrigues, marié à une Japonaise, aura sans doute tenté de suivre ce maître sur la voie du parfait reniement. Il exauce ainsi le voeu le plus profond d’Inoué le vieux samouraï défenseur des traditions japonaises, qui continue à le surveiller pour qu’il ne revienne pas à sa foi chrétienne.

Le persécuteur ira jusqu’à organiser les funérailles bouddhistes du Padre, dont la caméra nous découvre in extremis qu’il porte au creux de sa main une petite croix. Pas n’importe laquelle : celle que lui avait donnée Ichizo, le vieux chrétien martyr. Rodrigues, avec son orgueil, sa fatuité, son arrogance, a officiellement perdu la foi, il semble « perdu pour Dieu ». Mais on n’en finit pas si facilement que cela avec son identité spirituelle. La foi se cache ? Elle est bien là, c’est l’autre compréhension que l’on peut avoir de ce film : quand même on voudrait quitter la foi, on n’échappe pas à une forme de fidélité cachée, qui au dernier moment intercède pour l’homme. On peut observer qu’à travers cet humble petit objet, qui aura longtemps été le seul signe chrétien autour duquel se réunissait la communauté japonaise, ce n’est pas la foi jésuite acquise au noviciat qui sauve Rodrigues. C’est la foi populaire des laïcs martyrisés qui aura finalement évangélisé son Pasteur autoproclamé, en lui offrant, à travers cette petite croix, l’ultime médiation à travers laquelle s’affirme, indéracinable, son Credo, c’est-à-dire – et ce n’est absolument pas étranger à Scorsese – son salut.

 

 Abbé de Tanoüarn

Brèves #NLH

Decodex à l’assaut de l’information alternative

Le Monde, caricature de la bien-pensance médiatique, vient de lancer son arme contre les médias alternatifs : le Decodex. L’outil est un petit bijou de reprise en main par la nomenklatura !

Il permet tout simplement de savoir quel site est « fiable » et quel site ne l’est pas. Inutile de vous dire que tout ce que vous consultez sur internet (Infocatho entre autre) figure dans la deuxième catégorie ! Nous progressons. Voici quelques années, « on » avait lancé des chasseurs de rumeurs (de hoax comme on dit sur la toile). Personne ne savait bien qui gérait ces sites, mais ils étaient pratiques pour pister le point de départ d’une rumeur ou d’une information. On pouvait évidemment ne pas les suivre en tout. On pouvait continuer à croire et à diffuser une information, dénoncée comme un « hoax », mais nous en savions plus sur le site qui l’avait publiée en premier et sur son circuit de diffusion. Et, parfois aussi, certaines informations nous étaient démontrées fausses et nous pouvions alors bloquer, pour ce qui nous concernait, la diffusion de ces fausses informations. Mais, désormais, ce n’est plus l’information qui est fausse ou tendancieuse, c’est le site éditeur lui-même. Et comment sait-on qu’un site est « peu fiable » ? En lisant Le Monde, naturellement.

C’est-à-dire que le Decodex, produit par Le Monde, vous dit que tel site est peu fiable en puisant dans les archives… du Monde qui ont eu l’occasion de critiquer naguère le site en question ! Même Libération, organe peu suspect de sympathie pour la soi-disant « fachosphère », a moqué l’initiative, constatant que Le Monde y était à la fois juge et partie. Peut-être est-il, en effet, possible de ne pas partager les convictions gauchistes du Monde sans être nécessairement un affabulateur !

Mais si vous « feuilletez » le Decodex, vous allez être encore plus ébahis : pratiquement tous les « grands journaux » y sont dits fiables, et pratiquement tous les sites alternatifs recensés dans cette base de données y sont dits peu fiables – y compris parfois sur la base d’informations mensongères !

Il est vrai que Le Monde n’a pas toujours été un modèle d’objectivité, ni d’érudition. Jean Madiran avait dénoncé naguère un ahurissant canular paru dans ce très sérieux quotidien de la bien-pensance. Un journaliste y avait pointé du doigt des nationalistes qui avaient pour slogan : « La vérité vous rendra libres » – slogan nazi, selon lui ! Le journaliste en question ignorait (ou cachait) que cette phrase était issue de l’Évangile de saint Jean – confondant avec le « Arbeit macht frei » de l’entrée d’Auschwitz. Le plus beau, c’est que Madiran fut poursuivi en diffamation pour avoir osé mettre en doute la parole sacrée du Monde ! Au train où vont les choses, dans quelques années, consulter un site classé « rouge » dans le Decodex nous vaudra les foudres de la justice. Les procès staliniens que connaît la France d’aujourd’hui permettent déjà de condamner un citoyen suisse, directeur de la publication du site Riposte laïque, pour avoir laissé publier sur son site des propos que la bien-pensance française réprouve. Il fut un temps où le droit français de la presse prévoyait « l’exception de vérité » : si vous étiez capable de prouver que les choses désagréables que vous aviez écrites sur quelqu’un étaient vraies, vous n’étiez pas coupable de diffamation. Progressivement, nous nous dirigeons vers une nouvelle sorte d’exception de vérité : la vérité sera la seule « opinion » qui n’aura plus droit de cité dans le débat public !

Guillaume de Thieulloy

 

 Source Les 4 Vérité hebdo

Abonnez-vous et recevez les 4 premiers numéros gratuitement