Tribunes et entretiens

École publique-école privée, quelle solution ? Un tribune de Jean-Michel Beaussant

Sous prétexte de lutter contre la radicalisation, la fin du quinquennat est marquée par une attaque frontale contre les écoles libres. Le Conseil constitutionnel vient heureusement de refuser le placement sous le régime de l’autorisation (au lieu de la déclaration) préalable des écoles libres. Quels sont, en fait, les critères d’une bonne politique scolaire ?

Si l’État a bien sûr son juste mot à dire sur le service de l’instruction nationale, c’est comme garant et non gérant du bien commun et donc de ce service public. Rendu à tous, ce service est en effet public par sa fonction et non par sa gestion. Laquelle peut très bien (et même doit dans la plupart des cas) demeurer privée sans que le service proposé cesse d’être public. Service public n’est pas synonyme de service étatique avec sa gestion étatique. Une compagnie de transport privée assure par exemple un service public qui implique sans doute garantie et contrôle de la part de l’État, sans nécessiter pour autant sa direction et son ingérence, au risque d’une injustice d’autant plus insupportable que l’État gérerait à côté sa propre compagnie de transport, bon marché ou gratuite du fait des avantages offerts grâce aux fonds publics.

Déséquilibre

Ainsi en est-il de l’école étatique gratuite, moyen malhonnête d’accaparer le service public de l’Éducation nationale : l’État jacobin monopolise la « publicité » et la « gratuité » du service au profit d’un seul « transport » (le laïcisme) au lieu de les mettre à la disposition des familles pour le transport éducatif de leur choix. ­L’État n’a pas plus la fonction d’enseigner ou d’éduquer qu’il n’a celle d’orienter les journaux ou les religions. Car l’école relève fondamentalement des familles et par suppléance seulement de l’État. Outre l’endroit où se distribue matériellement un savoir ou une instruction, les écoles sont aussi le lieu éducatif d’une formation de l’esprit, que l’État n’a pas à donner, annexer totalitairement, mais qui revient naturellement aux familles et à la diversité des familles spirituelles qui les composent aujourd’hui en France, sous réserve de leur ordination au bien commun.

L’État peut certes veiller à ce que l’école soit ouverte et l’enseignement assuré à tous les citoyens, sans distinction de région, de religion, ni de fortune. Pour garantir un niveau suffisant de culture générale, il peut décider une scolarité obligatoire jusqu’à un certain âge (pas trop élevé !) et d’une certaine façon corollairement gratuite. Il peut éventuellement fixer le principe d’examens nationaux de référence, etc. Mais, pour y parvenir, il ne peut en aucun cas favoriser ou imposer ses méthodes, ses programmes, encore moins son école, comme un « État enseignant » !

On attend le candidat politique qui s’attaquera enfin de face à l’actuel système scolaire, ne reprochant pas à l’école gratuite de l’État d’être gratuite mais d’être d’État ! À la gratuité scolaire étatique, il faudrait opposer la gratuité scolaire familiale : c’est aux familles qu’il appartient de financer les écoles (indépendantes) qu’elles désirent. Le rôle de ­l’État est de leur en donner les moyens par la redistribution progressive du budget de l’Éducation nationale, avec des allocations scolaires plus ou moins analogues aux allocations familiales. (Autre proposition : plus qu’à l’État c’est aussi à un ordre des maîtres, analogue à l’ordre des médecins ou à celui des magistrats, que devrait normalement revenir le contrôle de la compétence des directeurs et des maîtres d’école).

D’où l’ineptie du régime de l’autorisation préalable pour les écoles libres. Car l’État ne peut et doit juger des écoles qu’a posteriori, selon une culture du résultat scolaire et non selon un discours philosophique de la méthode qui ne dépend pas de lui. Avec le régime de la déclaration préalable, quel que soit le genre d’école, l’État peut en revanche veiller, avec mesure et prudence, au respect des normes d’hygiène ainsi qu’au respect des lois en vigueur dans l’intérêt général et le respect de l’ordre public, selon un cahier des charges donné. Mais ces droits de regard et ces devoirs d’harmonisation du pouvoir politique ne peuvent s’exercer qu’en concordance avec les droits et les devoirs des familles et des écoles, selon le bon principe de subsidiarité. Si dualisme ­« public-privé » il doit y avoir, il doit s’exercer non au profit du soi-disant public, l’école libre ne jouissant alors que d’une précaire permission d’exister concédée par l’État. Car l’école (publique) étatique en tant que telle ne devrait jamais rester que la supplétive de l’école (publique) privée et libre.

 

 Lu sur L’Homme Nouveau

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Tribune du Père Venard – Pédophilie, gestion de crise et hiérarchie catholique

Précisions importantes : 1. – cet article n’entend en rien relativiser l’extrême gravité de la pédophilie, crime abominable que le pape François a même comparé à un culte rendu à Satan. Il s’agit de chercher à comprendre quels sont, au-delà des responsabilités personnelles des individus coupables de ces agissements,  les fondements institutionnels de cette grave crise qui secoue l’Eglise catholique.  2. – Il y aurait beaucoup à dire sur la manière dont l’Eglise catholique « pratique » les médias (non sans difficultés comme toutes les grandes institutions) ; j’ai volontairement mis de côté cet aspect du problème afin de ne pas allonger cet article et user la patience de mes lecteurs !

L’émission Cash investigation (voir notre article NDLR)relance le débat autours de la pédophilie dans l’Eglise – à charge si j’ai bien compris, ne l’ayant pas encore vue à l’heure où j’écris ; mais ayant lu avec attention les documents diffusés par les auteurs et les critiques déjà formulées par les autorités ecclésiales -. L’Eglise catholique en France a pris en compte cette terrible et difficile question, depuis les années 2000 et, en particulier en 2010, à la suite des demandes du pape Benoît XVI. Essentiellement sur un plan technique : dénonciation des prêtres ou des laïcs  – des écoles catholiques ou des mouvement de jeunesse – commettant ce genre de crimes, mise en place d’une cellule de veille, accueil des victimes, meilleur discernement pour les candidats au sacerdoce… Je ne veux pas entrer ici dans le débat des méthodes journalistiques utilisées – on en connaît le genre littéraire – mais je voudrais essayer de comprendre les fondements de cette crise que traverse l’Eglise.

La décadence générale des mœurs ne saurait justifier les carences du gouvernement ecclésial

Bien souvent, ce sont souvent d’anciennes affaires qui remontent à  la surface, parfois de plus récentes. Mais comment expliquer que ces personnes exercent toujours des responsabilités, soient encore en charge de paroisse, et même tout simplement prêtres ? Sans doute à cause d’une forme d’incurie de la part de certains évêques et de leurs conseils. Ne sous-estimons pas, cependant, les dégâts que le relativisme moral des années 1970 a provoqué, même au sein de l’Eglise. Faut-il rappeler que certains people, encore très en vue aujourd’hui, et jamais mis en cause dans les grands médias, ont soutenu ouvertement la pédophilie dans ces années-là ? Ce contexte ne justifie pas, bien sûr, le maintient de prêtres « non sûrs » dans des fonctions paroissiales. S’il l’explique en partie, il ne l’excuse pas. Par ailleurs, la longévité des « carrières » ecclésiales est à prendre en compte. Ainsi certains ont pu commettre des actes répréhensibles vers la trentaine et être toujours en possibilité de travailler au sein de l’Eglise plus de quarante ans après ! Les décisions prises sous Jean-Paul II par le cardinal Ratzinger – futur Benoît XVI – devraient interdire désormais l’accès au sacerdoce à des candidats ne présentant pas une affectivité et une sexualité matures. Quant aux cas déjà présents, ce qui est incompréhensible c’est que l’on ait laissé ces prêtres en position de commettre de nouveaux dégâts, pire, on les a parfois promus. C’est incompréhensible et il est normal qu’on nous en fasse le reproche. Le Vatican a mis en place, sous Benoît XVI, des procédures de réduction à l’état laïc pour les prêtres qui deviennent, par la gravité de leur inconduite, incapables de mener une vie sacerdotale. Il ne s’agit pas, comme je l’ai lu ici ou là, de les jeter tels des malpropres, mais dans un accompagnement, judiciaire et s’il y a lieu, médical et humain, de les décharger du sacerdoce qu’ils ne peuvent objectivement plus réaliser, et de les mener vers une nouvelle vie laïque.

La faillite des « ressources humaines » dans l’Eglise de France à la base des difficultés de gestion de crise

Il existe aussi, sans doute depuis fort longtemps, dans l’épiscopat français un amateurisme quasi criminel en matière de gestion des ressources humaines. Ce qui est intéressant est de chercher à comprendre le pourquoi, alors que la plupart des personnes en charge sont plutôt intelligentes et compétentes par ailleurs. Nous héritons, des années 60-70, d’un système d’organisation ecclésiale en France d’ordre « marxiste » ! Avec une « langue de buis » effroyable, incompréhensible d’ailleurs d’une large partie de la population. Les prêtres et les évêques en responsabilité ont été formés – déformés trop souvent !- dans un cadre de pensée hégélien ou kantien, dans le diktat de la lutte des classes, souvent incompatible avec les réalités de la Foi et la recherche du réel. Ce n’est pas pour rien si, avec justesse et a contrario, l’Eglise continue de promouvoir la philosophie aristotélicienne et le thomisme, comme base de sa réflexion. Plus lointainement, l’histoire particulière de l’Eglise de France depuis le Concordat avec Bonaparte, l’adossement à la mentalité bourgeoise du XIXe siècle, la crise du ralliement à la République, a poussé l’Eglise dans des positions ultra « légitimistes ». Elle souffre d’une gestion de ses cadres où, bien souvent, seuls les gens sans odeur, sans couleur ni saveur peuvent parvenir au sommet, tant les autres font peur ! Bien sûr, je caricature en quelques lignes des éléments qui nécessiteraient bien des nuances ; mais au fond, il y a là une base qui explique humainement bien des dérives, bien des incapacités à réagir sainement face aux crises.

Au-delà de la pédophilie, c’est la crédibilité du discours moral de l’Eglise qui est en jeu

Au-delà de la question pédophile, la question qui se pose à l’Eglise catholique en France, c’est celle, plus générale, des prêtres ou des religieux dont le mode de vie n’est pas conforme aux exigences de leur état – prêtres concubinaires ou pratiquant une sexualité active hétéro ou homosexuelle. Or, sur ce point, dans de nombreux diocèses, fidèles et prêtres, constatent trop souvent, de véritables carences de gouvernement au sein de l’Eglise en France. On a l’impression dérangeante que l’autorité épiscopale ne veut pas, ne peut pas, s’exercer contre ces prêtres immoraux. Du coup, les prêtres pédophiles ont pu avoir le sentiment, en se mêlant aux autres cas, de pouvoir bénéficier de cette « largeur de vue » (sic). C’est destructeur à plus d’un titre. D’abord en externe, parce que l’Eglise est, dans une époque vouée au relativisme moral, l’une des dernières institutions à oser prêcher une « morale », des normes affectives et sexuelles. Or si l’on découvre qu’en son sein évoluent des prêtres, des religieux, des responsables laïcs qui ne respectent pas, de manière grave, ces fondements moraux et qu’ils semblent avoir bénéficier d’une connivence – au moins passive -, c’est une très grave crise de crédibilité de la parole de l’Eglise qui s’ouvre. Pour être très direct, on ne peut pas prendre de manière médiatique les positions que nous avons tenues sur le « mariage pour tous » et se montrer incapable de balayer devant notre porte ! Ensuite, en interne, c’est une injustice grave qui est faite à tous les prêtres – l’immense, l’écrasante majorité – qui se donnent à fond et avec sérieux dans la mission d’évangélisation. C’est ce qu’a d’ailleurs développé Mgr Centène, évêque de Vannes, dans un éditorial de sa revue diocésaine.

Une voie de sortie : le courage….

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Brèves

Privé/Hors-contrat : liberté scolaire même combat

Deux régimes, même un même objectif : promouvoir la liberté scolaire face aux restrictions gouvernementales. Le Figaro Magazine publie une synthèse sur l’attractivité de l’enseignement privé, qui accueille aujourd’hui plus de 2,1 millions d’élèves, et de l’enseignement indépendant, rassemblant 0,5 % des effectifs scolaires. Tous deux profitent de la désertion de l’enseignement public, qui se renforce d’année en année : 9 900 départs du public en septembre 2016.

Retrouvez ici l’article du Figaro.

 

 Source Blog de la liberté scolaire

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Entretien – Grégor Puppinck – Délit d’entrave numérique – Une décision en demi-teinte du Conseil Constitutionnel

La loi élargissant le délit d’entrave au numérique a été validée jeudi par le Conseil Constitutionnel avec deux réserves : si la décision préserve la liberté d’opinion, notamment sur Internet, elle maintient entière la faculté de répression des services d’écoute personnalisés. La loi reste imprécise et discriminatoire (cf. Le Conseil Constitutionnel juge conforme le délit d’entrave mais émet deux réserves). Grégor Puppinck, docteur en droit et Directeur du Centre Européen pour le Droit et la Justice (ECLJ-Strasbourg), analyse pour Gènéthique la décision du Conseil Constitutionnel.

Gènéthique : Le Conseil constitutionnel vient de valider la loi élargissant le délit d’entrave à l’IVG au numérique moyennant deux réserves ? Faut-il s’en réjouir ?

GP : Le Conseil constitutionnel valide la loi tout en réduisant la portée de la modification apportée par l’élargissement du délit à l’entrave numérique à l’IVG.

Par son interprétation, la décision des « sages » est un camouflet pour le gouvernement et l’actuelle majorité parlementaire, parce que ses réserves censurent une partie essentielle de leur loi. Les informations destinées à un public indéterminé – par exemple sur internet – ne sont plus menacées. De ce point de vue, on peut se réjouir de la décision. Elle donne raison aux nombreuses critiques formulées durant les débats parlementaires à l’encontre de ce texte liberticide.

Cependant, il faut souligner que l’interprétation du Conseil Constitutionnel maintient le délit à l’égard des « informations » destinées à un public « déterminé » par des personnes ayant des compétences réelles ou supposées en la matière. Ainsi, ce qui reste visé par la loi, ce sont surtout les services d’écoute et d’assistance téléphoniques, les « numéros verts » qui paraissent sur les sites pro-vie. Les personnes qui répondent à ces numéros verts pour écouter et conseiller les femmes qui appellent spontanément pourront être poursuivies pénalement dès lors que leurs propos sont susceptibles d’être interprétés comme étant de nature à induire volontairement en erreur dans un but dissuasif. Cela limite fortement leur faculté d’essayer de convaincre les femmes de ne pas avorter. Cependant, la loi peut aussi s’appliquer à tout autre mode de communication.

G : Cette décision du Conseil a-t-elle réglé tous les problèmes posés par cette loi ?

GP : Non. La loi reste problématique. Elle demeure incompréhensible, très confuse, mal écrite dans sa structure. Elle ne permet pas de savoir précisément ce qui est interdit. Cela met en cause la sécurité juridique des personnes qui veulent agir pour la prévention de l’avortement. En effet, les éléments constitutifs du délit sont confus, ce qui en fait craindre une application arbitraire. La définition du délit ne permet pas aux personnes de régler leurs comportements pour éviter d’être punies. Cette insécurité juridique fait peser immédiatement un risque pénal sur les personnes qui agissent auprès des femmes pour les aider à mener à bien leur grossesse. Rien n’est plus équivoque que la notion « d’allégations ou d’indications de nature à induire intentionnellement en erreur sur les caractéristiques ou les conséquences médicales d’une interruption volontaire de grossesse ». Cette notion renvoie à l’idée qu’il y aurait une vérité officielle concernent l’IVG à laquelle il faudrait se conformer. Elle rend possible des poursuites pour avoir dit que l’IVG supprime une vie humaine, ou peut provoquer un syndrome post-abortif.

G : Quelles sont les implications concrètes de ces ambiguïtés ?

GP : Concrètement, si on dit : « une IVG met fin à une vie », est-ce qu’on est dans l’allégation  qui exerce une pression morale ? Cette phrase va amener à réfléchir, c’est une pression morale. Dans quelle mesure est-ce une allégation ? Le moyen du délit est extrêmement flou…

G : Ce point n’est pas le seul à rester problématique ?

GP : Non, en effet. Cette loi pénale reste discriminatoire, car unilatérale : elle ne sanctionne que les discours ayant « un but dissuasif », et non pas ceux ayant un « but incitatif » et qui minimisent, voire nient les aspects les moins plaisants de l’avortement. Inciter une personne à avorter tout en cachant ou minimisant les conséquences de cet acte échappe au champ d’application de cette loi. Une discrimination fondée sur l’opinion est donc opérée entre les messages « pro-avortement », épargnés par la loi, et ceux diffusant un message « Pro-vie », qui tombent seuls sous le coup de cette loi.

G : Est-ce que ça signifie qu’il ne sera plus possible de faire de la prévention ?

GP : Il va effectivement devenir risqué de faire de la prévention directe auprès des femmes en détresse. Il y aura très probablement des opérations de testing avec enregistrement des conversations téléphoniques pour condamner les bénévoles qui donnent de leur temps pour écouter ces femmes. La loi met aussi en péril le « conseil de rue » qui se fait à proximité des cliniques d’IVG.

C’est la faculté d’aider directement des femmes en détresse qui est mise à mal.

Malgré la décision du Conseil constitutionnel, le cœur du problème demeure, cette loi porte une atteinte grave à la faculté des associations d’aider des femmes en détresse à garder leur enfant.

G : La question des peines infligées n’a pas été abordée par le Conseil Constitutionnel ?

GP : Non. Il est vrai que les peines sont très lourdes par rapport à ce qui se fait habituellement.

G : Quelles sont les prochaines étapes ?

GP : La loi va être promulguée dès la semaine prochaine et elle entrera en vigueur immédiatement. Je pense qu’il faudra s’attendre très rapidement à des opérations de testing des numéros verts et à des poursuites pénales.

 

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Musique sacrée ce qu’a dit le pape de sa médiocrité

Récemment le pape François  a laissé entendre que la liturgie depuis Vatican II avait pu se laisser gagner par une certaine médiocrité. Un moine de Triors, dans l’Homme nouveau revient sur ce qu’a dit le pape.

 

Il est assez rare que le Pape parle de liturgie. Aussi devons-nous regarder avec soin le discours du 4 mars dernier. Parlant à des spécialistes de la Musique sacrée, le Pape souligne que depuis la réforme conciliaire, la célébration eucharistique a été parfois entachée de médiocrité. Cela est inacceptable car la liturgie est une théophanie. Elle est entièrement centrée sur Dieu par l’adoration que lui rend sa créature. Vouloir, au nom d’une participation mal comprise, la ramener à une simple fête de l’homme serait faire fausse route, en oubliant que la liturgie est avant tout le lieu de l’adoration de la Sainte Trinité et qu’elle rend véritablement présent le mystère de notre Rédemption qui est commémoré dans le mystère de la Sainte Eucharistie. Or un mystère, par définition, ne pourra jamais être pleinement compris. Sans la foi, on ne peut entrer dans le mystère. Sans la foi par conséquent aucune liturgie ne saurait être acceptable.

Le Pape aborde surtout dans ce discours la musique sacrée qui, elle aussi et peut-être surtout, a connu bien des vicissitudes depuis une cinquantaine d’années, avec l’oubli quasi général du fameux n°116 de la Constitution sur la liturgie qui affirme que « l’Église reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ». Le Pape ne cite pourtant pas ce numéro, mais il donne des directives générales à partir de l’instruction Musicam sacram dont le but avait été d’approfondir les rapports entre la musique sacrée et la culture contemporaine.

Le Pape remarque que la Constitution fut le premier document conciliaire accepté à la quasi unanimité. Ce fut lui pourtant qui posa dans la pratique le plus de difficultés. Les Pères avaient averti les fidèles du danger d’une « participation active » mal comprise. Cependant celle-ci était nécessaire pour faire entrer tous les croyants dans le grand mystère de la Liturgie qui n’est autre que celui de la prière de l’Église. Le Pape insiste sur cette participation qu’est le chant liturgique qui permet de rendre la cérémonie plus noble, plus digne et plus fervente. Le chant permet aussi l’unité des cœurs dans la louange. On connaît les phrases de saint Augustin sur le chant liturgique : l’unité des cœurs apparaît plus évidente dans l’unité des voix. Le chant liturgique nous élève ainsi et nous fait vraiment concitoyens de la Jérusalem céleste, car il n’y a qu’une seule liturgie. Pourtant, cette participation doit suivre l’action liturgique qui est d’abord divine. C’est pourquoi tout chant liturgique doit être non seulement digne, mais encore à l’unisson du chant des anges. Il doit nous faire entrer dans le mystère théophanique. Il faut toujours se rappeler que toute action liturgique s’accomplit par le Christ unique prêtre du Nouveau Testament : par Lui, avec Lui et en Lui. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons participer pleinement au mystère actualisé de notre salut. On ne pourra comprendre encore une fois totalement le mystère qui nous dépasse indéfiniment, mais nous devons adorer, accueillir dans la foi et l’espérance, pour en percevoir le sens véritable. Cela ne peut se faire que par l’écoute et dans le silence qui nous permet d’écouter la musique et le sens du langage intime du Seigneur qui parle et agit dans l’action liturgique. On ne pourra jamais gommer le passé de vingt siècles liturgiques. Il faut le conserver dit le Pape, sans pour autant tomber dans une vision archéologique et nostalgique, déjà condamnée d’ailleurs par Pie XII dans Mediator Dei. Grande est donc l’ambition du Pape. On ne peut alors que chanter avec lui un Magnificat.

Le discours du Pape

Je suis heureux de vous rencontrer, vous tous réunis à Rome de divers pays pour participer au congrès sur « Musique et Église : culte et culture cinquante ans après Musicam sacram », organisé par le Conseil pontifical de la culture et par la Congrégation pour l’éducation catholique, en collaboration avec l’institut pontifical de musique sacrée et l’institut pontifical liturgique de l’université Saint-Anselme. Je vous salue tous cordialement, en commençant par le cardinal Gianfranco Ravasi, que je remercie pour son introduction. Je souhaite que l’expérience de rencontre et de dialogue vécue en ces jours, dans la réflexion commune sur la musique sacrée et en particulier dans ses aspects culturels et artistiques, se révèle fructueuse pour les communautés ecclésiales.

Un demi-siècle après l’Instruction Musicam sacram, le congrès a voulu approfondir, dans une optique interdisciplinaire et œcuménique, le rapport actuel entre la musique sacrée et la culture contemporaine, entre le répertoire musical adopté et utilisé par la communauté chrétienne et les tendances musicales prédominantes. La réflexion sur la formation esthétique et musicale tant du clergé et des religieux que des laïcs engagés dans la vie pastorale, et plus directement dans les scholae cantorum, a été également très importante.

Une longue réflexion

Le premier document issu du concile Vatican II fut précisément la Constitution sur la liturgie Sacrosanctum Concilium. Les pères conciliaires percevaient la difficulté des fidèles à participer à une liturgie dont ils ne comprenaient plus pleinement le langage, les paroles et les signes. Pour concrétiser les lignes fondamentales tracées par la Constitution, des Instructions furent publiées, parmi lesquelles, précisément, celle sur la musique sacrée. Depuis lors, bien qu’aucun nouveau document du magistère n’ait été produit sur ce thème, diverses interventions pontificales importantes ont eu lieu, qui ont orienté la réflexion et l’engagement pastoral.

Le préambule de l’Instruction mentionnée est encore d’une grande actualité : « L’action liturgique revêt une forme plus noble lorsqu’elle est accomplie avec chant, que chaque ministre y remplit la fonction propre à son rang et que le peuple y participe. Sous cette forme, en effet, la prière s’exprime de façon plus pénétrante ; le mystère de la liturgie, avec ses caractères hiérarchique et communautaire, est plus ouvertement manifesté ; l’unité des cœurs est plus profondément atteinte par l’union des voix ; les esprits s’élèvent plus facilement de la beauté des choses saintes jusqu’aux réalités invisibles ; enfin la célébration tout entière préfigure plus clairement la liturgie céleste qui s’accomplit dans la nouvelle Jérusalem » (n. 5)

Le document, suivant les indications conciliaires, souligne à plusieurs reprises l’importance de la participation de toute l’assemblée des fidèles, définie comme « active, consciente et pleine », et souligne également très clairement que la « véritable solennité d’une action liturgique dépend moins d’une forme recherchée de chant ou d’un déploiement magnifique de cérémonies que de cette célébration digne et religieuse » (n. 11). Il s’agit donc avant tout de participer intensément au Mystère de Dieu, à la « théophanie » qui s’accomplie dans toute célébration eucharistique, dans laquelle le Seigneur est présent au milieu de son peuple, appelé à participer réellement au salut réalisé par le Christ mort et ressuscité. La participation active et consciente consiste donc à savoir entrer profondément dans ce mystère, à savoir le contempler, l’adorer et l’accueillir, à en percevoir le sens, grâce en particulier au silence religieux et à la « musicalité du langage avec lequel le Seigneur nous parle » (Homélie à Sainte Marthe, 12 décembre 2013). C’est dans cette perspective que s’inscrit la réflexion sur le renouveau de la musique sacrée et sur sa précieuse contribution.

Sauvegarde et inculturation

À cet égard, apparaît une double mission que l’Église est appelée à poursuivre, en particulier à travers ceux qui, à titre divers, œuvrent dans ce secteur. Il s’agit, d’un côté, de sauvegarder et de valoriser le patrimoine riche et multiforme hérité du passé, en l’utilisant de façon équilibrée dans le présent et en évitant le risque d’une vision nostalgique ou « archéologique ». D’autre part, il est nécessaire de faire en sorte que la musique sacrée et le chant liturgique soient pleinement « inculturés » dans les langages artistiques et musicaux de l’actualité ; c’est-à-dire qu’ils sachent incarner et traduire la Parole de Dieu en chants, sons, harmonies qui font vibrer le cœur de nos contemporains, en créant également un climat émotif opportun, qui dispose à la foi et suscite l’accueil et la pleine participation au mystère que l’on célèbre.

La rencontre avec la modernité et l’introduction des langues parlées dans la liturgie a sans aucun doute soulevé de nombreux problèmes : de langages, de formes et de genres musicaux. Parfois ont prévalu une certaine médiocrité, superficialité et banalité, au détriment de la beauté et de l’intensité des célébrations liturgiques. Pour cela, les divers protagonistes de ce domaine, musiciens et compositeurs, directeurs et choristes de scholae cantorum, animateurs de la liturgie, peuvent apporter une précieuse contribution au renouveau, surtout qualitatif, de la musique sacrée et du chant liturgique. Pour favoriser ce parcours, il faut promouvoir une formation musicale adaptée, également chez ceux qui se préparent à devenir prêtres, dans le dialogue avec les courants musicaux de notre temps, avec les instances des divers domaines culturels, et dans une attitude œcuménique.

Chers frères et sœurs, je vous remercie encore pour votre engagement dans le domaine de la musique sacrée. Que vous accompagne la Vierge Marie qui, dans le Magnificat, a chanté la sainteté miséricordieuse de Dieu. Je vous encourage à ne pas perdre de vue cet important objectif : aider l’assemblée liturgique et le peuple de Dieu à percevoir et à participer, à travers tous les sens, au mystère de Dieu. La musique sacrée et le chant liturgique ont le devoir de nous transmettre le sens de la gloire de Dieu, de sa beauté, de sa sainteté qui nous enveloppe comme un « nuage lumineux ».

 

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A propos du tombeau du Christ, Eusèbe de Césarée développe une théologie du Logos

Dans quelques jours Jérusalem célébrera la fin des travaux de l’édicule du Saint-Sépulcre. L’occasion pour Françoise Thelamon, professeur d’histoire du christianisme de nous présenter la théologie du logos, à partir du tombeau par Eusèbe de Césarée

Eusèbe de Césarée décrit dans la Vie de Constantin les constructions magnifiques réalisées à Jérusalem partir de 325 sur ordre de l’empereur pour mettre en valeur et honorer le tombeau du Christ (voir Info catho 10 novembre 2016).

La dédicace de la basilique et des constructions annexes eut lieu le 14 septembre 335, mais c’est à Constantinople qu’il prononce à l’automne, en présence de l’empereur et de la cour, un discours « Sur le tombeau ». Il évoque brièvement la beauté des édifices et s’emploie à montrer le bien-fondé théologique de leur construction : « Les offrandes d’action de grâces dédiées à ton protecteur et Sauveur dans notre pays – j’entends dans la province de Palestine – et dans cette ville d’où la parole salutaire s’est, comme d’une source,  répandue sur tous les hommes, les trophées élevés à la victoire sur la mort […], les hautes et très belles constructions royales […] qui ont été édifiées autour du lieu salutaire d’éternelle mémoire, tous n’en connaissent pas clairement le motif. »

Le discours est en effet prononcé dans le palais impérial devant la cour et en présence de l’empereur qui par piété et respect l’écoute debout. Eusèbe rapporte la scène : « Un jour encouragé par sa piété envers Dieu, nous lui demandions la permission de prononcer en sa présence un discours à propos du tombeau du Sauveur […] Une foule d’auditeurs se trouvait dans le palais : il écoutait le discours debout avec les autres. Comme nous le priions de s’asseoir sur le trône royal […], il ne se laissait nullement convaincre, mais il suivait avec la plus grande attention ce que nous disions et rendait témoignage de la vérité des doctrines théologiques. […] A notre invitation de s’asseoir, il rétorquait à notre honte qu’il n’était pas permis d’écouter débattre des doctrines de Dieu en étant confortablement installé […] : il était pieux d’écouter debout les choses divines » (Vita IV, 1-2).

Justifier les constructions faites à Jérusalem est donc le prétexte pour exposer une théologie du Logos divin. Devant un public composé tant de païens cultivés que de chrétiens, Eusèbe, usant de la terminologie de la philosophie païenne, évite les termes Jésus et Christ et choisit celui de Logos, mot clef de la philosophie stoïcienne et platonicienne ; c’est par lui que le Père, dieu Très-Haut transcendant, a donné naissance à un monde ordonné, a donné forme et beauté à toutes choses. Le Logos est parole, créateur, sauveur, providence. Fils unique du Dieu suprême, il est l’âme du monde.

Il est venu sur terre en raison de l’état lamentable dans lequel était tombé le genre humain. Une véritable folie l’avait conduit au polythéisme, jusqu’à adorer comme dieux des créatures : hommes pervers, animaux et démons, par des manifestations déraisonnables culminant dans les sacrifices humains, les divisions et l’inconduite de l’humanité asservie par les démons. Le Logos, après avoir inspiré des prophètes et des sages, a finalement pris les hommes en pitié et est venu partager leur condition mortelle en prenant un corps, sans altérer son essence divine, et en demeurant toujours uni à son Père. Il en use comme d’un instrument (de musique) pour enseigner : c’est la fonction révélatrice du Verbe incarné ; comme un excellent médecin, il guérit les passions sauvages et violentes des âmes et prend soin des corps par des miracles.

Mais, poursuit Eusèbe : « que manque-t-il à cela, sinon d’exposer la raison du couronnement même de toute l’entreprise, je veux dire la fin bien connue de sa vie, la manière dont il a subi sa passion et, après sa mort, le grand miracle de son retour à la vie ? » Il fallait qu’il passe par la mort, conforme à la nature humaine mortelle, mais il a soustrait son corps à la corruption ; il fallait qu’il meure ouvertement et qu’il ressuscite à la vue de ses disciples pour confirmer  son message d’une vie après la mort. La résurrection est preuve à la fois de la vie éternelle et de la divinité du Logos. S’il n’était pas passé par la mort, il n’aurait pas convaincu ses disciples de mépriser la mort : allusion à la force des martyrs face à la mort une dizaine d’années après la fin des persécutions. « Il fallait qu’ils reçoivent la preuve la plus sûre de la vie après la mort, de manière à affronter avec courage, sans peur ni crainte de la mort, le combat contre l’erreur polythéiste des nations. » Eusèbe ajoute que ce n’était pas par des raisonnements intellectuels qu’il devait montrer « le bien fondé et la vraisemblance de l’immortalité de l’âme » (comme pouvaient le faire des philosophes) mais par sa victoire sur la mort. 

En fin de compte Eusèbe présente, en s’appuyant cette fois sur la Bible, la mort corporelle du Logos comme un sacrifice d’immolation, rançon pour les fautes des hommes, citant Isaïe (53, 4-6) : « Celui-ci porte nos péchés et il souffre pour nous […] il a été blessé à cause de nos péchés, il a été maltraité à cause de nos fautes ; le châtiment de notre paix est sur lui, et par ses blessures nous sommes guéris ». Mais, relevé de la mort, « comme un trophée victorieux […] le corps très saint du Christ est apparu plus fort que toute l’erreur et la force des démons » et « comme les prémices de notre salut commun ».  

Dans ce discours « à propos du tombeau », Eusèbe en fait parle peu du tombeau mais développe la théologie du Logos et sa manifestation rédemptrice par laquelle il révèle à l’homme le salut et la vie éternelle. Eusèbe n’accorde pas une très grande importance aux « lieux saints » (termes qu’il n’emploie pas).  A ses yeux, Jérusalem n’a pas de signification théologique particulière pour les chrétiens à l’inverse de ce qui était le cas pour les juifs. Se référant à Jean (4, 21-24) sur les vrais adorateurs en esprit et en vérité, Eusèbe écrit ailleurs : « Depuis la venue du Christ, il n’est plus nécessaire d’adorer Dieu dans des lieux définis, dans un coin de terre, dans des montagnes, dans des temples faits de main d’homme, mais chacun peut l’adorer dans son propre lieu » (Démonstration évangélique, I, vi, 65). Alors qu’une intense dévotion commençait à se développer pour les « lieux saints », dont le tombeau, pour Eusèbe l’essentiel du message est la théologie du Logos et la première forme d’adoration des chrétiens est spirituelle. Néanmoins il félicite brièvement l’empereur : « C’est à bon droit que […] tu as consacré une maison de prière comme un trophée de sa victoire contre la mort pour tous les hommes, fidèles et infidèles, et un temple saint du Dieu saint, des offrandes sacrées magnifiques et d’une grande beauté à la vie immortelle et au royaume divin, des dédicaces au Sauveur roi de tous qui conviennent tout à fait à un roi vainqueur. Ainsi celles que tu as placées autour du tombeau et du témoignage de la vie éternelle (la grande basilique édifiée à côté du tombeau et appelée martyrion) en manifestant le Logos céleste de Dieu, vainqueur et triomphateur ».

 

 

 

 

   

A la une #Doctrine / Formation

Message de carême de Paul VI 1973 – Le carême temps de pénitence, renoncement, communion et solidarité

Chers Fils et Filles en Jésus-Christ,

Le Carême est un temps de renoncement et de pénitence : il est aussi un temps de communion et de solidarité. En faut-il davantage pour souligner son importance ? Écoutons les exhortations du prophète Isaïe, reprises par la liturgie du Carême : « Ne savez-vous pas quel est le jeûne qui me plaît ?… Partager ton pain avec l’affamé, héberger les pauvres sans-abri, vêtir celui que tu vois nu et ne pas te dérober devant celui qui est ta propre chair » (Is 58, 6-7, première lecture du vendredi après le mercredi des Cendres). Ces appels font écho aux préoccupations de l’humanité contemporaine. Chacun est appelé à partager réellement les peines et les misères de tous. L’aumône et le don de soi ne sauraient être des actes isolés et épisodiques, mais l’expression d’une communion fraternelle.

Notre époque ressent la nécessité d’une prise en charge collective des maux qui pèsent sur l’humanité. C’est seulement en répondant à cette exigence que ces malheurs pourront être surmontés. Le Carême met les fidèles en garde contre tout gaspillage et les pousse à entreprendre un effort commun. Le rétablissement de toutes choses dans le Christ est intimement lié à l’esprit de Carême. Jésus lui-même révèlera un jour l’importance de l’aide que nous aurons apportée à nos frères et sœurs : « J’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli » (Mt 25, 35-36). Cet appel du Christ dans ses membres concerne chaque chrétien. Nul ne saurait se soustraire à l’appel urgent de son divin Frère. L’expérience prouve que les communautés chrétiennes les plus démunies sont loin d’être les moins sensibles aux besoins des autres. Oui, c’est maintenant et près de nous que nous rencontrons le Christ indigent dans ceux qui nous entourent et cette rencontre ne saurait nous laisser indifférents. Mais une des caractéristiques de notre époque est la découverte des proportions immenses des fléaux qui s’abattent sur les hommes. Tant d’obstacles, en tant de lieux, s’opposent à la promotion de la dignité humaine de chacun. Nous avons consacré divers documents à l’étude détaillée de ces problèmes. Notre propos, aujourd’hui, est d’encourager à des engagements et à des actions très directes en vue de leur solution.

Dans de nombreux pays, le Carême est l’occasion pour l’Église d’actions organisées. Elle demande à chacun d’apporter sa contribution matérielle en vue du développement intégral de tous. Fournir les moyens nécessaires pour cette promotion est une œuvre importante et nous espérons voir s’intensifier et multiplier ces efforts dans un esprit d’authentique partage. Il s’agit de projets et de programmes divers, requérant des sommes considérables, et le montant nécessaire ne peut être obtenu que si chacun y apporte personnellement sa contribution. Chacun est donc appelé à donner, en fonction de ses possibilités, et en faisant un réel effort dans ce don.

En insérant ces exigences dans le contexte du Carême, l’Église leur assure leur authenticité religieuse. On peut donner sans communiquer vraiment, contribuer sans participer réellement, se priver de biens matériels sans avoir un authentique esprit de pauvreté. Mais celui qui s’impose un véritable effort, qui cherche sincèrement à aider ses frères et sœurs, qui accepte de prendre sa part de la Croix du Christ, ne saurait tomber dans de tels risques. Si le Carême est ainsi animé par la charité évangélique et s’il conduit à une action effective, l’assistance matérielle sera assurée. Par-dessus tout, le Carême apportera un accroissement de fraternité, de justice, de bonheur et d’amour. Il nous apportera la véritable joie lors de la Résurrection du Seigneur. Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Source Vatican

Brèves #NLH

Le PCD présente un candidat face à Najat Vallaud-Belkacem

Le PCD présentera 105 cadidats aux législatives, dont Matthieu Gouttefangeas, candidat dans la 6ème circonscription du Rhône face à Najat Vallaud-Belkacem, seul candidat de convictions sur cette circonscription.

Une victoire qui serait de la plus haute valeur symbolique, après 5 ans de bras de fer entre les catholiques et le ministre du genre.

NLH #Tribunes et entretiens

Entretien – Le docteur Christian Spaemann réagit à l’érosion de la discipline des sacrements de l’Église catholique en Allemagne

Fils du philosophe catholique allemand Robert Spaemann, le docteur Christian Spaemann a réagi à la récente décision de la Conférence des évêques allemands d’élargir la possibilité de recevoir les sacrements aux fidèles se trouvant dans une situation irrégulière. Nous relayons la publication de l’Homme Nouveau dans la version française (traduction d’Elisabeth Franc) de son texte publié en allemand sur kath.net ainsi que sur différents sites en langue étrangère.

C’est désormais chose faite. Les évêques allemands ont pris une décision qui ne relève pas de leur autorité. Ils ont assoupli la discipline des sacrements de l’Église catholique : les croyants se trouvant dans une situation irrégulière, c’est-à-dire qui entretiennent des relations sexuelles hors mariage sacramentel, doivent avoir la possibilité de recevoir les sacrements. Il convient de « respecter leur décision de recevoir les sacrements…. » Dans leur texte, les évêques reprochent aux prêtres qui se conforment à l’ordre en vigueur jusqu’ici d’avoir tendance à « juger rapidement  » et à adopter une « attitude rigoriste (et) extrême ». Ils suivent ainsi une logique dans laquelle ils interprètent de manière erronée la notion de miséricorde et ont une image déformée de ceux qui observent le magistère de l’Église catholique et sa rationalité intérieure. Dans leur communiqué, les évêques allemands transgressent des normes claires que de nombreux papes, en particulier Jean-Paul II, et le Catéchisme de l’Église catholique ont définies sans ambiguïté, en accord avec l’enseignement traditionnel de l’Église. Le fait qu’ils se fondent sur l’exhortation post-synodale « Amoris laetitia » (AL) du Pape François ne justifie pas cette façon de procéder, étant donné que cette exhortation doit être interprétée à la lumière de la tradition, faute de quoi il ne faudrait pas s’y conformer car le Pape ne suivrait pas l’enseignement traditionnel de l’Église.

Le point essentiel

Le point essentiel à retenir est que l’enseignement de l’Église contient des normes qui s’appliquent sans aucune exception et ne sont pas soumises à un examen circonstancié, c’est-à-dire qu’il n’est pas possible de prendre des décisions divergentes au cas par cas. Cela est lié à la nature de l’homme, auquel est conféré une dignité qui impose certaines limites dans la relation avec soi-même et avec les autres. La sexualité en fait partie. L’homme ne peut pas l’instrumentaliser ou la vivre en dehors d’un contexte défini sans porter atteinte à sa dignité ni assumer la responsabilité de sa faute, quelle que soit la manière de pondérer les circonstances subjectives et donc la faute personnelle. Par exemple, lorsqu’un homme souffre d’un trouble psycho-organique l’empêchant de contrôler ses affects et qu’en conséquence il insulte régulièrement sa femme, il souille quand même sa relation avec elle et lui exprimera son regret à maintes reprises alors qu’il ne peut rien ou presque rien y faire.

On ne peut comprendre la sexualité humaine qu’à partir de son sens profond. Selon l’acception chrétienne, il s’agit de l’expression de l’union de l’homme et de la femme sur les plans biologique, corporel, spirituel et personnel, «  un symbole réel de la donation de toute la personne » (Jean-Paul II, exhortation post-synodale « Familiaris consortio  », FC 80). Or, comme «  toute la personne  » revêt à la fois le passé et le futur, son don n’est possible qu’en y incluant ce passé et ce futur, comme l’exprime le consentement donné lors du mariage.

C’est pourquoi l’Église inscrit depuis toujours la sexualité humaine dans le contexte du mariage, qui est le seul cadre dans lequel elle peut être vécue dans le respect de la dignité conférée à l’homme par Dieu. Il s’agit d’un commandement et non d’un idéal comme beaucoup le prétendent. Tout exercice de la sexualité qui n’est pas conforme à ce commandement constitue de manière objective un éloignement de la détermination de la personne concernée, c’est-à-dire un péché. Et il n’y a aucune exception à cet égard. De même, les moyens artificiels de contraception blessent toujours la dignité de l’acte sexuel parce que les partenaires se rendent d’une certaine façon l’objet l’un de l’autre, même si les circonstances sont difficiles et qu’ils sont certains d’avoir de bonnes intentions réciproques. En effet, le langage du corps constitue une réalité objective qui ne peut pas être occultée par une attitude subjectivement correcte. Il s’agit là d’un « acte intrinsèquement mauvais », c’est-à-dire d’un acte ou d’un ensemble d’actes qui ne peuvent en aucun cas être qualifiés de bons. Thomas d’Aquin l’a démontré et Jean-Paul II l’a consigné en tant qu’enseignement contraignant de l’Église dans son encyclique « Veritatis splendor  » (VS 79) : « Les circonstances ou les intentions ne pourront jamais transformer un acte intrinsèquement malhonnête … en un acte « subjectivement » honnête ou défendable comme choix  » (VS 81). Ce principe s’applique en particulier à la sexualité humaine.

L’opacité actuelle

Dans l’opacité actuelle de l’enseignement de l’Église à ce sujet, un élément joue un rôle déterminant, à savoir la contraction apparemment intentionnelle des déclarations de Jean-Paul II dans son encyclique « Familiaris consortio  » (FC 84), une contraction que l’on trouve en premier lieu dans le rapport du groupe germanophone du synode, daté du 21 octobre 2015, puis dans le document de conclusion de ce synode. Elle a été reprise dans de nombreuses déclarations d’évêques et de cardinaux, puis dans AL, et le récent communiqué de presse de la Conférence des évêques allemands s’en fait l’écho.

Que s’est-il passé ?  S’agissant des divorcés remariés, l’article 84 FC énonce que «  les pasteurs….ont l’obligation de bien discerner les diverses situations ». Il énumère quelques motifs humainement compréhensibles qui amènent des époux, après leur séparation, à contracter une nouvelle union. Apparemment, Jean-Paul II souhaitait attirer l’attention sur la subjectivité des personnes concernées et la nécessité de porter un jugement moral circonstancié, en fonction de leur situation individuelle, afin d’inciter les prêtres à faire preuve de délicatesse dans leur pastorale. C’est là qu’intervient le point déterminant : Jean-Paul II n’en déduit pas que l’accès aux sacrements pourrait être autorisé dans les cas où la faute serait subjectivement atténuée voire levée.

Au contraire, quelques lignes plus loin, il expose, après un clair « cependant … », la limite fixée au désordre objectif, limite qui s’applique à tous ceux qui vivent dans une telle situation : « L’Église, cependant, réaffirme sa discipline, fondée sur l’Écriture Sainte, selon laquelle elle ne peut admettre à la communion eucharistique les divorcés remariés ».  Et il donne ensuite une précision primordiale, à savoir que les divorcés remariés ne peuvent accéder aux sacrements que s’« ils prennent l’engagement de vivre en complète continence, c’est-à-dire en s’abstenant des actes réservés aux époux  ».

Le langage du corps dans la sexualité ne peut donc pas être ignoré en raison de circonstances atténuantes, et une situation objective de péché ne peut pas être rendue légitime par l’administration des sacrements. Une décision au cas par cas n’est donc pas possible ici. Cet enseignement et la discipline des sacrements qui en découle ont été confirmés explicitement, en conformité avec tout l’enseignement traditionnel de l’Église, dans les documents du magistère que sont notamment le Catéchisme de l’Église catholique (ch. 1650) et l’exhortation post-synodale de Benoît XVI « Sacramentum caritatis » (29). Or ce passage primordial de FC est systématiquement ignoré dans les documents les plus récents. Il s’agit visiblement d’une tentative peu louable d’harmoniser des textes contradictoires.

Au lieu d’exposer une prise de position par rapport à l’interdiction claire du « cependant », les publications correspondantes présentent une perspective subjective de la situation irrégulière. Elles recommandent un examen de conscience approfondi dans le cadre duquel les personnes concernées doivent réfléchir en leur for intérieur au passé et au présent de leurs relations (notamment AL 300). Cela donne l’impression que la clarification et l’analyse des conséquences morales et psychologiques d’un divorce et d’un remariage civil (p. ex. la faute vis-à-vis du partenaire précédent ou les rapports avec les enfants du premier mariage) pourraient être des conditions suffisantes pour permettre l’accès aux sacrements. Pourtant, selon l’enseignement de l’Église, les conditions ne sont remplies dans ces cas-là que lorsque les critères objectifs de la vie chrétienne sont observés, à savoir la continence sexuelle ou la nullité du mariage sacramentel, que l’on ne peut peut-être faire valoir que dans le for intérieur. C’est précisément là que se trouve la ligne de rupture avec l’enseignement de l’Église, qui ne peut pas être développé ni approfondi à cet égard comme d’aucuns le prétendent régulièrement.

La logique d’une pastorale axée sur la subjectivité

La logique intrinsèque d’une pastorale de la miséricorde uniquement axée sur la subjectivité de la foi du croyant mène naturellement bien au-delà de la question des divorcés remariés civilement. Les documents correspondants, et notamment la déclaration des évêques allemands, ne parlent que de « situations irrégulières  » de manière générale. Ceux « qui ne peuvent pas encore décider de se marier » sont mentionnés dans le même contexte. Il serait donc tout à fait logique que la communauté LGBT prenne la parole dans l’Église et demande, elle aussi, des assouplissements à son égard (voir également à ce sujet).

Pourquoi devrait-elle être exclue ? Bien entendu, cette évolution ne se laisse pas non plus arrêter par l’encyclique « Humanae vitae  » de Paul VI, dont l’univocité est remise en cause (voir également à ce sujet : Instrumentum laboris 2015, art. 137). Les conséquences de la nouvelle notion de miséricorde ne se limitent pas aux domaines du partenariat et de la sexualité. Ainsi, certains évêques canadiens, se fondant sur AL, ont décidé d’accompagner vers la mort, avec les sacrements de l’Église, les personnes qui souhaitent recourir au suicide assisté ou à l’euthanasie (cruxnow.com).

Nous ne sommes qu’au début de l’évolution induite par cette acception de la miséricorde. Lorsque le terrain est glissant, il est généralement possible de prédire assez précisément ce qu’il va se produire. Il suffit de suivre la logique. Ce qui se passe ici est grave également parce que l’on ne cherche apparemment plus, dans les documents ecclésiastiques concernés, une concordance raisonnée avec la tradition de l’Église. L’unité intérieure de la foi et de la raison est ainsi remise en question. Beaucoup de croyants ont donc l’impression que la foi, la morale et la pastorale relèvent d’une sorte de faisabilité, ce qui alimente bien sûr le relativisme. Quant à l’idée de plus en plus répandue selon laquelle l’Église catholique pourrait se passer du droit naturel, de l’anthropologie et de la rigueur de son enseignement, elle semble trouver écho dans le bref tweet du Jésuite italien Antonio Spadaro, membre du comité de rédaction du rapport final du synode épiscopal : « La théologie n’est pas une science mathématique. En théologie, 2 + 2 font 5…  » (Épiphanie 2017).

À présent se pose la question de savoir si les prêtres qui se conforment à la discipline traditionnelle des sacrements de l’Église peuvent être considérés comme des personnes rigoristes, extrêmes et impitoyables. Un tel verdict s’applique-t-il également à Saint Jean-Paul II et à d’innombrables prêtres avec lui ? Naturellement non. Observer des limites ne signifie pas en soi être impitoyable. Un prêtre serait rigoriste, par exemple, s’il exerçait une pression sur une femme remariée civilement et ayant trois enfants en lui demandant, sans tenir compte du contexte ni des conséquences, de se refuser immédiatement à son mari sous peine d’aller en enfer. Un prêtre serait également rigoriste s’il refusait par principe d’apporter son soutien à un homme décidé à recevoir une injection létale. On peut difficilement refuser un accompagnement, une bénédiction et des prières. Mais expliquer à la personne concernée pourquoi elle ne peut pas recevoir le pardon de ses péchés dans la confession ni communier n’a rien de rigoriste. Je connais des prêtres qui entretiennent d’excellents contacts avec des personnes vivant dans une situation irrégulière, qui les traitent avec respect et les intègrent dans leur paroisse sans leur administrer les sacrements. Les expressions sociologiques souvent utilisées actuellement dans l’Église telles que « inclusion  » ou « il ne faut rejeter personne  » reposent souvent sur un malentendu. Lorsqu’un patient me consulte en tant que médecin, même le défenseur le plus radical de la psychiatrie sociale n’exigerait pas de moi que je donne à cette personne le médicament qu’elle souhaite.

La confession générale des péchés avant de s’unir au Seigneur dans la communion est quelque chose qui va de soi et fait partie de la liturgie orientale et occidentale depuis toujours. Nous nous détournons de nos péchés, nous nous adressons au Seigneur et nous recevons son pardon dans la communion. Dans le cas des péchés graves, il faut recevoir le sacrement du pardon avant de communier. Il va donc de soi qu’une personne entretenant des relations sexuelles objectivement désordonnées ne peut pas communier si elle ne se sent pas capable de renoncer à ces dernières, quelle qu’en soit la raison.

Bien évidemment, il existe de nombreuses situations de vie dans lesquelles la pratique de relations sexuelles en dehors d’un mariage valide est humainement compréhensible. Mais il y a une grande différence entre le fait de manifester sa crainte de la sainteté de Dieu, d’observer ses commandements et d’espérer sa miséricorde en s’abstenant de communier, et celui de prétendre avoir le jugement nécessaire, sans changer quoi que ce soit à la situation de vie contraire aux commandements, pour se disculper en confessant d’autres péchés et en s’unissant au Christ dans la communion. Le constat de « circonstances atténuantes », c’est-à-dire le jugement subjectif de l’administrateur des sacrements et du bénéficiaire, ne peut pas simplement primer sur la situation objective. L’Église n’a aucune autorité à cet égard. La grâce de Dieu n’est pas liée aux sacrements. Le jugement de tels cas appartient à Dieu seul et nous ne le connaissons pas. « Ta parole est une lampe à mes pieds » dit le psaume (119, 105). C’est précisément dans les cas où considérer ces comportements comme un péché semble aller à l’encontre de l’intuition de l’intéressé lui-même, de son entourage et de son pasteur qu’il ne faut pas oublier le fait que nous ne connaissons pas la volonté absolue de Dieu et que nous ne devons donc pas dépasser les limites de la « lampe » qui nous est donnée. C’est l’humilité qui est de mise ici, non l’administration des sacrements. Nous ne pouvons pas préjuger de la miséricorde divine.

La miséricorde divine détournée

Le communiqué des évêques allemands selon lequel « il faut faire appel au plus haut degré de conscience de toutes les personnes impliquées  » pour pouvoir prendre une décision concernant la réception des sacrements dans des situations irrégulières, le discours des défenseurs de la nouvelle notion de miséricorde à l’égard des « situations complexes  », et la déclaration selon laquelle il n’y aurait pas de « solution simple » semblent être des affirmations destinées à se protéger dans la nébulisation de situations simples en soi. Pourquoi serait-il compliqué pour les personnes concernées de déterminer s’il faut vivre dans la continence ou non ? De même, la question de savoir si un mariage sacramentel était valide ou non peut certainement être clarifiée avec un canoniste expérimenté sans qu’il soit nécessaire de trop solliciter la conscience. Dans l’une de ses dernières interviews, le sage Konrad Adenauer, interrogé à propos de son penchant pour la simplification, avait répondu qu’il fallait étudier les choses avec une profondeur telle qu’elles deviennent simples. Selon lui, si on se contente de rester à la surface des choses, elles ne sont pas simples, mais si on les approfondit, on voit alors la réalité, laquelle est toujours simple.

Ceux qui veulent assouplir la discipline catholique des sacrements ne peuvent pas, de ce point de vue, se fonder sur la miséricorde divine. Et ce n’est pas non plus favorable aux personnes concernées. Il est honteux de voir comment il fait référence au journal de Sainte Sœur Faustine Kowalska dans ce domaine. C’est Jean-Paul II qui a reconnu l’importance de cet ouvrage et a canonisé cette religieuse si simple. J’ai moi-même étudié ce livre de manière approfondie il y a plusieurs années et n’y ai pas trouvé la plus petite trace d’encouragement à franchir la moindre limite en vertu de l’inestimable miséricorde divine. Au contraire, tant la lettre que l’esprit de cet ouvrage pointent dans une toute autre direction.

Tous les croyants qui vivent dans une situation irrégulière sur le plan de la sexualité, en particulier ceux qui sont des victimes, qui ont été blessés, délaissés, voire abusés et ont déjà tenté à maintes reprises de pratiquer la chasteté, c’est-à-dire tous ceux qui méritent particulièrement la compréhension de l’Église, sont invités à ne pas recourir aux nouvelles possibilités de recevoir les sacrements. En s’abstenant de communier, ils peuvent, à leur manière, rendre témoignage à la sainteté de Dieu et à ses commandements. Ils devraient ainsi être plus proches de Dieu que certains de ceux qui veulent administrer les sacrements sur la base d’une acception erronée de la notion de miséricorde.

Les intertitres sont de la rédaction.

Traduction d’Elisabeth Franc.

 

 Source l’Homme Nouveau

Synthèse Hebdo

Edito #19 : Pape François – C’était le 13 mars 2013

croix papeCe 13 mars le pape François a célébré l’anniversaire de son élection pontificale, dans un climat ecclésial tendu et parfois confus.

Il est un fait que le pape François dérange, bouscule, agace et déroute toutes les chapelles de l’Eglise catholique. Fervent défenseur de la vie, ses engagements anti-avortement sont une conviction personnelle affirmée bien avant son élection. Et cela ne laisse pas indifférents nombre de fidèles plutôt favorables à cet « acquis social ». De même, pour toute une frange dite progressiste des fidèles, les exhortations appuyées à la confession et le renouveau que le pape attend en la matière de l’année de la miséricorde font grincer des dents. Le ménage, lent et douloureux, de la Curie dont nous ne percevons que de vagues effluves à l’occasion de quelques discours (celui notamment sur les maladies), le rappel à une certaine sobriété (pour ne pas aller jusqu’à parler de pauvreté évangélique) n’est pas non plus du goût d’un certain conformisme installé (à commencer par le mien).

Il en va de même de ses nombreuses mains tendues aux autres confessions chrétiennes, parfois très éloignées, qui hérissent les catholiques dits « traditionalistes » ou « conservateurs », ou de ces « dérapages de langages » qui laissent pantois sur le recul attendu de la fonction pontificale.

S’il est vrai que le pape François semble parfois parler « un peu vite » ou trop « spontanément », s’il est un fait que cela choque, peine et déstabilise bien des fidèles, il est cependant plus difficile de juger de l’intention profonde de ses démarches. Nous faisons tous l’expérience enrichissante de passer de subordonné à chef. Nous sommes, comme subordonnés, souvent plus impétueux, plus prompts à trancher. Mais lorsque nous devenons chef, nous nous rendons compte que notre position nous donne accès à plus de responsabilités et aussi plus d’informations. Nous prenons alors, ès qualité, des décisions que, sans ces données, nous n’aurions pas pu prendre ni même imaginer comme subordonnés. Avant de me faire tirer dessus à boulets rouges, je précise qu’il n’est pas dans mon propos ici de distribuer des bons ou des mauvais point au pape, mais simplement de souligner que, d’où il est, il peut voir des choses que nous, de notre point de vue moins universel, nous ne pouvons qu’entrevoir. Cela n’empêche pas, et c’est notre rôle filial, de rester vigilants et de l’informer, si nous estimons cela nécessaire et juste et si nous en avons la compétence. C’est ce droit, mais aussi ce devoir, qu’exercent notamment les cardinaux par les dubia, ou les théologiens par leurs travaux.

Son encyclique, Laudato si, rappelle, sans surprise, que la Curie vaticane ne maîtrise pas les questions économiques. Mais les réformes et le personnel entourant le pape devenant, en ce domaine, plus professionnel, les choses devraient évoluer. Au-delà de la décharge, peut-être caricaturale, contre le monde économique, perce cependant l’amour du pape pour les pauvres. Ce serait faire un procès d’intention que de n’y voir qu’une posture. Une fois passé l’agacement que peut susciter la radicalité du ton et des jugements, souvent durs et cassants, il faut bien le reconnaître, il est un fait que les pauvres prennent un visage sous la plume du pape François. Il ne s’agit pas, dans ses discours, ni dans cette encyclique, de la masse informe des pauvres. Au contraire, ils prennent un visage, une réalité et une épaisseur humaine, tant les plaies que creuse chaque pauvreté sont dépeintes avec une précision cinglante quoique toujours empreinte de pudeur.

Il est vrai que le regard sur la pauvreté est clivant. Entre ceux qui la fuient pour différentes raisons et ceux qui l’adulent pour tout autant de raisons, elle tend à devenir parfois un absolu idéologique, voire un enjeu politique, là où le pape nous rappelle qu’il s’agit avant tout de détresses humaines cuisamment quotidiennes pour nombre d’hommes et de femmes.

Amoris laetitia a jeté l’Eglise dans une tourmente théologique et pastorale sur fond de tensions vaticanes dont nous avons tâché, le plus objectivement possible, de rendre compte, laissant aux spécialistes et autorités ecclésiales de donner la clarification finale que nous attendons tous.

La revue de presse des dernières semaines est évocatrice tant du malaise interne à la Curie que du désarroi des catholiques, attachés aux trois blancheurs, mais tiraillés par l’effet dévastateur des querelles dont ils subissent, sans pouvoir le comprendre le contrecoup. A plusieurs reprises dans nos colonnes nous avons tenté de clarifier, débroussailler, la masse d’informations toujours trop partisanes. Dans notre fidélité aux trois bancheurs que sont Notre Dame, l’Eucharistie et le pape, nous avons impulsé une neuvaine de semaines pour le Saint-Père et la Curie. Celle-ci s’est achevée le 13 mars, mais la prière continue en complément de cette information du monde catholique que nous vous faisons partager jour après jour.

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Edito #19 : « Pape François – C’était le 13 mars 2013 »

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