Culture #Doctrine / Formation

Mahomet ou Mohamad ? Une simple question de traduction ?

Depuis quelques décennies, un nombre croissant d’auteurs francophones renoncent à écrire Mahomet selon l’orthographe traditionnelle, qu’ils remplacent par « Mohammed » ou « Muhammad ». D’autres maintiennent cependant Mahomet.

Les adeptes du changement affirment ainsi répondre à la demande de musulmans qui, invoquant l’importance de ce personnage dans leur religion, considèrent la graphie « Mahomet » comme irrespectueuse.

Concernant ce nom, il n’y a donc plus d’unité linguistique en français. Ces divergences suscitent parfois des controverses, voire des polémiques. Or, les désaccords ainsi manifestés ne sont pas anodins. C’est pourquoi nous avons pensé utile de faire le point à leur sujet. Tel est le but de la PFV n° 47 que nous proposons à votre réflexion.

En arabe, le nom du prophète de l’islam se dit « Mohamed » ou « Muhammad », qui signifie « objet de louanges  ».

A partir du Moyen Age, en France, ce nom a été intégré à la langue latine. Ainsi, la traduction du Coran effectuée au XIIè siècle – la première dans un idiome occidental – à la demande de Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, est intitulée Lex Mahumet pseudoprophete (« Loi du pseudo-prophète Mahomet »). Pour sa part, au XIIIè siècle, saint Thomas d’Aquin écrivait Mhumeto. De là découle la traduction française, Mahomet, qui connut des variantes, notamment dans la littérature (MahometeMachometeMahom). A partir du XVIIIè siècle, l’orthographe « Mahomet » fut définitivement fixée. Elle a en outre donné lieu aux mots « mahométan » pour désigner un fidèle de l’islam et « mahométanisme » comme équivalant à « islam ».

Ces vocables ont été utilisés pendant des siècles sans rencontrer d’objection du côté islamique. Or, depuis plusieurs décennies, certains musulmans contestent cette graphie car ils la considèrent comme une déformation délibérée, sous-entendant un jugement dépréciatif, et donc un manque de considération envers le personnage qui est le plus important pour eux après Dieu.

Dans son livre Le vrai visage du prophète Mohammed, Noureddine Aoussat, développe une longue argumentation dans ce sens, qu’il fonde sur la prononciation arabe. Cet auteur approuve alors l’usage de Mohammed en allemand et de Muhammad en anglais. Mais il critique les traductions en langues romanes (Maometto en italien, Mahoma en espagnol, Maomé en portugais) tout en reconnaissant sans émettre de réserves les adaptations de « Mahomet » dans d’autres idiomes, y compris certains d’entre eux qui sont en vigueur en contexte musulman. Ainsi, en turc, Mohamed se dit Mehmet ou Muhammet et en kabyle Mohand. Le même nom devient Mahmoud dans certaines régions du Maghreb et Mamadou dans les pays d’Afrique subsaharienne. Il n’est pas sûr cependant que ces traductions s’appliquent au « prophète de l’islam ».

Avec certains de ses coreligionnaires, N. Aoussat demande donc aux francophones de renoncer à « Mahomet » et d’écrire Mohamed ou Muhammad (www.leprophetemohammed.com).

Pourtant, Tareq Oubrou, l’imam de la grande-mosquée de Bordeaux et l’un des responsables musulmans français les plus en vue, d’origine marocaine et adepte d’un islam traditionnel (il milita au sein de l’Union des Organisation islamiques de France, branche hexagonale des Frères musulmans), défend clairement la francisation de « Mahomet ».

Il est étonnant de constater la réaction scandalisée de nombreux musulmans, et pas forcément les plus pratiquants, dès qu’ils entendent prononcer le nom “Mahomet”. Ils estiment que ce vocable est le résultat d’une laïcisation profanatrice de la personne du Prophète. Ils se lancent dans des élucubrations linguistiques très poussées, expliquant que “Mahomet” viendrait de ma houmid, qui veut dire “celui qui n’est pas loué” – précisément le contraire de “Mohamed”, qui signifie “celui qui est loué”. Comme si les Français qui prononçaient ce nom le faisaient en ayant en tête son sens étymologique dépréciateur » (Ce que vous ne savez pas sur l’islam, Fayard, 2016, p. 41).

S’il est exact qu’un nombre croissant d’écrivains musulmans contemporains optent pour Mohamed ou Muhammad, d’autres persistent à écrire « Mahomet » lorsqu’ils s’expriment dans la langue de Molière. Parmi ces derniers, tous ne sont pas Français, certains étant ressortissants de pays arabes (voir quelques exemples en note 1).

Chaque langue a son génie propre. En conservant l’emploi de « Mahomet », on respecte simplement la graphie française traditionnelle. Celle-ci n’induit pas un quelconque jugement sur celui qui est désigné par ce nom. C’est une question de cohérence et cette règle s’applique à tous les noms de personnes traduits de l’arabe (2).

Par ailleurs, pour parler de Mahomet, la tendance actuelle est d’écrire « le Prophète  » ou « le prophète Mohamed  ». Pour un musulman, ces formulations sont évidemment conformes à sa doctrine (nonobstant la remarque ci-dessus pour la langue). Plusieurs fois par jour, il récite sa profession de foi (chahâda), dans laquelle figure le nom de Mahomet : « Il n’y a pas d’autre divinité que Dieu et Mahomet est son Prophète  ».

Mais lorsqu’ils sont employés par des non-musulmans, surtout par des chrétiens, ces usages sont impropres. Or, des journaux, y compris catholiques comme La Croix, ainsi que des auteurs chrétiens, parmi lesquels des ecclésiastiques, s’expriment de cette manière. Ce faisant, ils émettent une croyance qui n’a jamais été avalisée par l’Église parce qu’elle ne peut pas correspondre à la foi chrétienne pour laquelle Jean-Baptiste, « le plus grand des enfants des femmes  » (Mat. 11, 11), est le dernier de tous les prophètes, donné par Dieu comme précurseur à la venue du Messie.

N’est-ce pas là, en outre, une manière d’accréditer, ne serait-ce qu’implicitement, l’enseignement du Coran selon lequel Mahomet est le « sceau des prophètes » (33, 40), en attribuant de surcroît cette affirmation à Jésus ?

« Jésus, fils de Marie, dit : “Ô fils d’Israël ! Je suis, en vérité, le Prophète de Dieu envoyé vers vous pour confirmer ce qui, de la Torah, existait avant moi ; pour vous annoncer la bonne nouvelle d’un Prophète qui viendra après moi et dont le nom sera : Ahmed”  » (61, 6). Il s’agit de Mahomet, désigné ici par Ahmed qui veut dire « le loué  ».

En fait, pour pouvoir faire dire au Christ qu’il annonçait Mahomet, le Coran a falsifié les citations contenues dans l’Évangile de saint Jean dans lesquelles le Fils de Dieu promet d’envoyer aux hommes le « Paraclet », autrement dit l’Esprit-Saint (cf. Jn 14, 16-17 ; 15, 26-27 ; 16, 7-11).

Dans un souci de clarté, il est donc préférable d’écrire soit « Mahomet », soit « le prophète de l’islam ».

Certains musulmans récusent enfin la formule « religion de Mahomet  » car, pour eux, l’islam est la religion de Dieu et non celle d’un prophète. Là encore, un non-musulman doit pouvoir rester libre par rapport à la croyance des musulmans, sans se sentir obligé de se soumettre à des exigences qui s’apparentent à des pressions.

Annie LAURENT

Source Clarifier

L’association Clarifier propose de nombreuses « petites feuilles vertes » pour clarifier nos connaissances sur l’Islam

 

Tribunes et entretiens

Du 11 février au 13 mai de Fatima Lourdes

L’abbé Laurentin, dès le début de sa carrière de théologien marial, a comparé Lourdes et Fatima (Cf. Sens de Lourdes, pp. 91 à 105). À Lourdes, les apparitions ont lieu à l’entrée en Carême : on pense à Jean-Baptiste au désert parlant aux cœurs pour lesquels les vérités anciennes sont devenues bien floues ; la source mène ici au Jourdain. À Fatima, l’enfer est évoqué avec l’Au-delà : l’été arrive, l’air et le feu sont dans le miracle du soleil.

Au cours des XIXe et XXe siècles, le message marial élargit son auditoire. À la Rue du Bac, Notre Dame parle dans l’intimité d’une chapelle ; à Lourdes, quelques personnes s’assemblent autour de la grotte ; à Fatima, la grosse foule du 13 octobre annonce les milliers et millions de pèlerins aux 13 de chaque mois, anticipant sur les voyages pastoraux des papes récents qui remuent la terre entière. On dirait que Marie agit et fait agir Pierre en crescendo sur l’humanité : « Lourdes nous ramène aux préludes de l’Incarnation », écrit Laurentin. « Fatima nous entraîne vers les perspectives eschatologiques » (p. 105). Marie montre là sa grande pédagogie, avec des moyens fort simples. Elle s’adresse avec naturel aux enfants, sans rien de forcé. Elle échange aussi par des signes qui touchent profondément l’âme sans omettre le corps, nous menant des choses visibles vers les invisibles.

« La Vierge vient crier plus fort à nos oreilles de sourds, assourdis par les bruits extérieurs du monde, ce que nous ne savons plus entendre, éclairer de lumière vive à nos yeux obscurcis par le péché, ce que nous ne savons plus voir », écrivait aussi l’abbé Laurentin (op. cit., p. 93). « Prière et pénitence », Marie ramène ainsi selon le futur Benoît XVI, « à la simplicité qui est au centre, à l’essentiel, à la conversion, à la foi, à l’espérance et à la charité » (Card. J. Ratzinger, Voici quel est notre Dieu, p. 219). Avec une ingénuité enfantine, Marie se présente comme modèle pour l’Église, petite lucarne toujours ouverte sur le Ciel. Elle nous livre peu de paroles, mais qui nous disent tant de choses ; elle n’est jamais laconique. À Pontmain, son message s’imprime à ses pieds, lettre après lettre, mais quel impact ! À Fatima, elle parle, le petit François n’en entend qu’une partie, mais comprend tout, en grand contemplatif qu’il était déjà (Cf. Cahiers d’Édifa, n° 11, 15 août 2000, p. 64-67).

Marie nous ouvre également le Ciel par sa présence et sa beauté : tous les voyants y insistent. À Fatima, la petite Jacinthe répète sans cesse : « Oh ! Quelle belle Dame ! » (cf. C. Barthas, Il était trois petits enfants, p. 50). À Lourdes, sainte Bernadette disait de la Très Sainte Vierge qu’elle est « si belle que, quand on l’a vue, il tarde de mourir pour la revoir » (cf. R. Laurentin, Lourdes. Histoire authentique, t. III, p. 219, n° 102). Ses larmes aussi sont éloquentes (et pas seulement à La Salette), de même que son sourire. Avant de se définir le 25 mars dans son mystère d’Immaculée Conception, elle se contentait de sourire quand Bernadette l’interrogeait sur son identité, sur ordre du terrible curé de Lourdes : un sourire silencieux qui attirait sans décevoir.

Benoît XVI, en visite à Lourdes en 2008, vante ainsi ce sourire que Marie fit connaître dès le début à Bernadette, « comme porte d’entrée la plus appropriée à la révélation de son mystère. Ce sourire, vrai reflet de la tendresse de Dieu, est la source d’une espérance invincible. Dans le sourire de la Vierge se trouve mystérieusement cachée la force de poursuivre le combat contre la maladie et pour la vie. Oui, quêter le sourire de la Vierge Marie n’est pas un pieux enfantillage. En cette manifestation toute simple de tendresse qu’est un sourire, nous saisissons que notre seule richesse est l’amour que Dieu nous porte et qui passe par le cœur de celle qui est devenue notre Mère. Quêter ce sourire, c’est d’abord cueillir la gratuité de l’amour ; c’est aussi savoir provoquer ce sourire par notre effort pour vivre selon la Parole de son Fils bien-aimé, tout comme un enfant cherche à faire naître le sourire de sa mère en faisant ce qui lui plaît » (Homélie à Lourdes, 15 sept. 2008).

 

 Par un moine sur l’Homme Nouveau

A la une #Brèves

Amoris laetitia – Un appel à la prière lancé par trois évêques

Un appel urgent à la prière : pour que le Pape François confirme la praxis immuable de l’Église à l’égard de la vérité et de l’indissolubilité du mariage.

Lire l’appel

A la une #NLH #NLQ #Rome

Neuvaine pour le pape François

Dans 9 semaines, nous commémorerons l’élection du Pape François, le 13 mars 2013. C’est pour nous l’occasion de prier pour lui, d’autant plus que l’ambiance actuelle semble assez lourde au Vatican.
Prier pour le Pape n’est évidemment pas une marque de « papolâtrie ». C’est demander que le Saint-Esprit donne au Successeur de saint Pierre la force de confirmer ses frères dans la foi, selon la parole du Seigneur, et demander la grâce de l’unité dans la vérité, puisque le ministère de saint Pierre consiste précisément à assurer cette unité dans l’Eglise, autour du dépôt sacré de la Révélation.
Nous vous invitons donc à vous joindre à la neuvaine que les rédacteurs d’Infocatho vont réciter à cette intention d’ici le 13 mars.
Pour cela, vous pouvez vous inscrire ici et vous engager à réciter au moins une dizaine par semaine, ainsi que cette petite prière :

Ô Saint-Esprit,
Nous vous confions notre Pape François.
Nous vous supplions de le remplir de vos dons et de lui donner la sagesse et la force pour confirmer ses frères dans la foi.
Nous vous supplions aussi d’assurer à votre Eglise la grâce de l’unité et la fidélité au dépôt de la Révélation reçue des Apôtres.
Que la Vierge Marie, mère du Christ et mère de l’Eglise, Trône de la Sagesse et Refuge des pécheurs, veille maternellement sur le Pape et tous les fidèles, pour qu’ensemble, nous témoignions au milieu du monde de l’amour du Christ victorieux du mal.
Ainsi soit-il.

Pour participer à la neuvaine, vous pouvez vous inscrire sur le site Hozana ou entrer votre adresse ci-dessous :

 

A la une #Culture #Doctrine / Formation

Antoine, Satan et les animaux du désert d’Égypte (1ère partie)

 

Alors que l’Eglise nous invite à fêter un des plus grands pères du désert, le professeur Thelamon nous invite à découvrir un peu plus le fameux combat de saint Antoine avec Satan. (à suivre le combat du moine)

Les animaux sauvages sont nombreux dans les déserts d’Égypte où depuis la fin du IIIe s. des hommes qui cherchent dans la vie anachorétique un lieu pour être seuls avec Dieu se retirent en marge des villages, puis dans le désert profond, espace de tous les dangers. Antoine, né vers 251 dans un village de la vallée du Nil, entend l’appel de Dieu, vend ses biens pour pratiquer l’ascèse, puis se retire vers 285 de l’autre côté du Nil, dans un fort abandonné où il demeure vingt ans. Vers 305, pour se perfectionner et combattre les démons, il gagne la montagne de Pispir puis de plus en plus loin à l’est, dans le désert profond, « la montagne intérieure », ce qui ne décourage ni ses disciples, ni les visiteurs.

La Vie d’Antoine, écrite en grec par Athanase d’Alexandrie peu après la mort, en 356, de celui qui était le modèle d’ascèse par excellence, fut rapidement diffusée aussi en latin.

Il est banal de réduire « la tentation de saint Antoine » à la tentative du Diable pour détourner le jeune homme de l’ascèse par la luxure et la fornication : « Ce misérable en venait à prendre la nuit l’aspect d’une femme […] à seule fin de séduire Antoine », mais il échoue et reconnaît sa défaite en apparaissant sous l’aspect d’un petit enfant noir qui avoue : « Je suis l’ami de la fornication. C’est moi qui me suis chargé d’y amener par des pièges et d’y exciter les jeunes gens […] Je suis celui qui t’ai souvent troublé, mais qui autant de fois s’est vu repoussé par toi. » Et Antoine de répondre : « Tu es effectivement bien méprisable, car tu as l’esprit noir et tu es faible comme un enfant ». Antoine – qui vécut jusqu’à 105 ans – eut à subir bien d’autres assauts démoniaques sous la forme de bêtes sauvages. Serpents, scorpions, reptiles, les plus fréquents, chiens et hyènes, les plus dangereux, tels sont ces suppôts de Satan déchaînés contre Antoine qui les combat avec succès.  

Les animaux, des êtres dangereux dénués de raison ou rusés  

Il convient de prendre en compte la représentation des animaux dans la culture des chrétiens en Égypte au IVe siècle, où la vénération des dieux traditionnels, y compris sous forme animale, est encore pratiquée.

Les animaux sont vus comme des êtres dénués de raison, divinisés par les païens et la critique du zoomorphisme est fréquente. Ainsi Antoine dit-il qu’il est scandaleux d’« assimiler Dieu à des êtres sans raison (Ac 17, 29) et par suite de vénérer  des quadrupèdes et des reptiles ». Comme l’exprime un autre moine : « Jadis en Égypte, c’est, énorme et dégoûtante, que l’idolâtrie a abondé… Ils rendaient un culte à chiens, singes et autres bêtes » expliquant la divinisation « au temps de Pharaon » d’animaux ou de choses utiles à la vie : le bœuf, l’eau du Nil, des légumes…

Les animaux sont aussi des figures des hérétiques du moment : les ariens, parce qu’ils sont dénués de raison. Athanase prête à Antoine une vision à valeur présage : « J’ai vu la table de la maison du Seigneur et, tout autour, se tenaient des mulets qui donnaient des coups de pied à ceux qui se trouvaient à l’intérieur comme feraient des bêtes bondissant en désordre », vision prémonitoire qui se révèle exacte : « Nous le reconnûmes tous, les coups de pied de ces mulets annonçaient à Antoine ce que les ariens font actuellement sans raison comme des bêtes ». La perfidia des ariens est stigmatisée par Antoine : « Des sectateurs d’Arius vinrent à lui. Il les interrogea, reconnut que c’étaient des impies et les chassa de la montagne en disant que leurs paroles étaient pires que des serpents ».

Fréquents sont les serpents auxquels le moine est confronté ; c’est la figure emblématique du serpent qui sous-tend tous les textes où il en est question. De la Genèse à l’Apocalypse, la référence au serpent, figure de Satan, figure du mal, est constante. Dans la Genèse il est « le plus rusé de tous les animaux des champs que Dieu avait faits », il est le suborneur par excellence. Mais la malédiction pèse sur lui : « Maudit sois -tu parce que tu as fait cela, maudit sois-tu entre tous les bestiaux et toutes les bêtes sauvages. Tu marcheras sur ton ventre et tu mangeras de la terre ». Cependant le « Menteur et père du mensonge », « le Dragon, l’antique Serpent, le Diable ou le Satan, le séducteur du monde entier » sera vaincu définitivement à la fin des temps.

         En attendant les serpents sont bien présents au désert et Antoine les a combattus, comme jadis les Hébreux. S’enfonçant dans un désert profond, il arrive à la montagne où il va vivre reclus près de vingt ans : « Il trouva, au-delà du fleuve, un fort, désert et, avec le temps, plein de reptiles. Il s’y établit et en fit sa demeure. Les reptiles battirent aussitôt en retraite comme si quelqu’un les poursuivait ». Même quand le moine par sa sainteté exerce sur eux un certain pouvoir, les animaux dangereux, en particulier les serpents, sont toujours des figures du mal et de Satan. La protection divine permet de s’en défendre, de les écraser ou de les battre ; ainsi se réalise la promesse du Ps 90 : « Dieu donne mission à ses anges de te protéger. Tu marcheras sur la vipère et le scorpion, tu écraseras le lion et le Dragon. » Mais il n’y a pas que les serpents !

 

 Quand les démons attaquent sous l’aspect de bêtes sauvages

Des bêtes sauvages d’aspects multiples assaillent Antoine avec une extrême violence, manifestations démoniaques qui se déclinent sous l’aspect de toute la faune du désert.

       Les attaques de bêtes sauvages : des ruses du Démon

L’Ennemi convoque ses chiens (kunais) – on y a vu une référence à la divinité à tête de chien ou de chacal : Anubis – ;   puis viennent les démons métamorphosés en bêtes sauvages et reptiles (thèrion kai herpreton) : lions, ours, léopards, taureaux, serpents, vipères, scorpions, loups, cortège en somme du dieu Seth, frère ennemi d’Osiris, dieu du mal qui règne sur le désert. Dans un vacarme épouvantable, ils attaquent Antoine qui vivait alors dans un tombeau et qui, déjà molesté par le démon lors d’un premier combat, priait étendu sur le sol.  

 

 « Le lion rugissait dans l’intention d’attaquer, le taureau semblait donner de la corne, le serpent rampait mais sans l’atteindre, le loup s’élançait mais son élan était suspendu. Absolument terrible était la fureur de toutes ces apparitions, jointe au hurlement de leurs cris […] Ils grinçaient des dents contre lui, furieux de s’être joués d’eux-mêmes plutôt que de lui » et « Une autre fois, ils emplirent la maison de chevaux, de fauves et de reptiles ». La métamorphose sous forme de bêtes sauvages fait partie de la tactique des démons : « Ils façonnent des apparences trompeuses et tâchent d’effrayer en se métamorphosant (2 Co 11, 13) et en prenant l’allure de femmes, de bêtes sauvages, de serpents, de géants ou d’une grande troupe de soldats ».

Notre photo, la tentation de saint Antoine, triptique de Jérôme Bosch

A la une #Doctrine / Formation #Philosophie

Conscience et Vérité – Cardinal Ratzinger

Conférence faite aux États-Unis en 1991, traduite et publié in Communio N° XXI, 1–janvier-février 1996

« Aujourd’hui, spécialement dans le domaine de la théologie morale catholique , le problème de la conscience se trouve au coeur de la question morale. Le débat tourne autour des concepts de : liberté et norme, autonomie et hétéronomie, auto-détermination et détermination par une autorité extérieure. Dans ce contexte, la conscience apparaît comme le rempart de la liberté face aux limitations imposées à l’existence par l’autorité. De ce fait, deux conceptions du catholicisme se trouvent confrontées : une intelligence renouvelée de l’essence de la foi chrétienne lui permettant de s’épanouir en raison même de sa liberté – et en tant que principe de liberté – et une conception « anteconciliaire » dépassée, assujettissant l’existence chrétienne à l’autorité en normalisant la vie jusqu’à l’intime et tentant par là de maintenir son pouvoir sur les hommes. Ainsi, morale de conscience et morale d’autorité apparaissent comme deux modèles opposés en conflit mutuel. La liberté du chrétien serait alors sauvée par l’axiome de la tradition morale à savoir que la conscience est la norme ultime – même face à l’autorité… »

Lire le document en entier Conscience et Vérité Ratzinger Communio.

 

Source Documents ICHTUS

A la une #Culture #Doctrine / Formation #NLH #NLQ

De l’importance du recensement dans le récit de la nativité

De l’importance du recensement

 

« En ces jours-là parut un édit de César Auguste ordonnant le recensement de toute la terre. Ce recensement, le premier, eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie. Et tous allaient se faire recenser chacun dans sa ville » (Lc 2, 1-3).  Chromace, évêque d’Aquilée depuis 388, commence par cette citation son sermon Sur la naissance du Seigneur (Sermon 32). Se fondant sur les évangiles (Matthieu et Luc), les historiens s’accordent pour dater la naissance de Jésus sous le règne d’Hérode le Grand vers 6 avant notre ère. Qu’en est-il de ce recensement sous le règne d’Auguste ?

« Si nous considérons tout cela au sens spirituel, nous y découvrons d’importants mystères » énonce Chromace. Déjà Origène, dans une homélie prononcée à Césarée de Palestine en 233-234 (connue par la seule traduction latine de Jérôme), à la question : « On dira peut-être à l’évangéliste : mais à quoi sert ce récit ? » répond : « Pour qui y regarde de plus près, ces événements sont le signe d’un mystère » (Hom. XI, 6). Quel est leur sens ?

La naissance de Jésus au temps d’Auguste

Chromace explique : « Il ne convenait pas qu’il (le recensement)) eût lieu sous un autre empereur que celui qui prit le premier le nom d’Auguste parce que le véritable et éternel Auguste était celui qui naquit d’une vierge ». Le nom d’Auguste (dérivé d’augus : le plein de force sacrée) était devenu le titre impérial doté d’une dimension d’universalité. Mais Chromace poursuit : « Ce César Auguste n’était qu’un homme, alors que l’autre est Dieu : l’un était l’empereur de la terre, l’autre l’empereur du ciel : l’un le roi des hommes, l’autre le roi des anges ». Ce parallélisme se trouve déjà dans le commentaire d’Ambroise sur l’évangile de Luc (In Luc. II, 37).

L’un et l’autre parlent vers la fin du IVe siècle ; or depuis la conversion de Constantin (313), la réflexion sur la place de l’Empire romain dans l’économie du salut fondait une véritable théologie de l’histoire. Eusèbe de Césarée expliquait que l’unité de l’Empire et la paix établies par Auguste étaient providentielles : « Lorsque la connaissance d’un seul Dieu fut transmise à tous les peuples par l’enseignement de notre Rédempteur, il exista également un seul roi sur toute l’étendue de l’Empire des Romains. Une paix profonde embrassa la monarchie. Dès lors l’Empire romain et l’Église furent deux fleurs du bien, écloses comme sur un signe de Dieu » (Théophanie III, 1). L’Empire est considéré comme la terre entière à évangéliser, la population de l’Empire comme la totalité du genre humain. Aussi Chromace explique-t-il que le recensement devait se faire « à la naissance de Celui par lequel devait être recensé le genre humain en vue du salut ».

Ambroise montre que cela il était nécessaire. Vu le double sens du verbe profiteri  : se déclarer au recensement (census) et professer sa foi, et, y voyant « un mystère divin », il explique : « Sous cette déclaration temporelle, c’est une spirituelle qui s’accomplit et qui se doit faire au roi non de la terre, mais du ciel : c’est la profession de la foi (professio), le cens (census) des âmes » (In Luc.II, 36). La déclaration à l’empereur vaut déclaration à Dieu : « Par une figure spirituelle le peuple s’enrôlait déjà pour le Christ ».

Et Jean Chrysostome, dans l’Homélie sur la fête de la Nativité, à Antioche le 25 décembre 386, déclare : « Auguste a publié son édit parce que Dieu lui en a inspiré le projet […] car Dieu se sert également des fidèles et des infidèles pour l’exécution de ses desseins ». Le recensement était inscrit dans le plan divin.

 

Inscription du Christ dans le recensement : garantie de son humanité et économie du salut

Déjà Origène avait expliqué : « Il a fallu que le Christ aussi fut recensé dans le dénombrement de l’univers, parce qu’il voulait être inscrit avec tous pour sanctifier tous les hommes […] Il voulait … recenser tous les hommes avec lui sur le “livre des vivants” (Apoc.20, 15) et tous ceux qui auront cru en lui les “inscrire dans les cieux” (Lc 10, 20) ». Que Jésus ait été recensé avec tous les hommes manifeste son humanité ; en lui, s’opère l’unité du genre humain par ce recensement universel dont il est partie prenante. Son sens allégorique relève de la théologie de l’Incarnation en vue de la Rédemption universelle.

A Marcion qui contestait l’humanité du Christ, doutant qu’il fut réellement né, Tertullien (vers 200) opposait « le recensement d’Auguste, ce témoin le plus authentique de la naissance du Seigneur, conservé dans les archives romaines […] C’est un fait établi qu’alors en Judée, sous Auguste, un recensement a été conduit par Sentius Saturninus » (Contre Marcion, IV, 7,7). Tertullien est le seul à mentionner ce personnage qui après a été consul, puis proconsul en Afrique, et légat en Syrie de 9 à 6 avant notre ère, alors que Luc (Lc 2, 1), suivi par tous les commentateurs, fait état d’un recensement sous Quirinius, gouverneur de Syrie bien plus tard ; il procéda à un recensement local, mais en 6 de notre ère.

Or le nom du gouverneur constitue un repère car : « Il est bien qu’on ait ajouté le nom du gouverneur pour marquer la suite des temps » dit Ambroise ; de fait ce nom permet d’inscrire la naissance du Christ dans le temps de l’histoire des hommes. 

Mais saint Léon (pape de 440 à 445) l’inscrit aussi dans le temps de Dieu avec son peuple, dans le temps du salut : « La naissance inouïe du Fils de Dieu selon la chair a eu lieu lorsque fut accomplie la plénitude des temps fixés par les décrets impénétrables de la Sagesse divine » (Sermon 1). « Au temps prévu pour la rédemption des hommes, Jésus-Christ Fils de Dieu prend contact avec la bassesse de ce monde ; il descend du ciel sans quitter la gloire de son Père […] par une naissance inouïe » (Sermon 2). Le Verbe coéternel à son Père « a daigné […], Dieu né de Dieu, se faire aussi homme né d’un être humain […], égal en tout à son Père, coéternel avec lui et par lui dans une seule essence, il s’est uni à une nature humaine […] il a daigné être l’un des mortels » (Sermon 4). L’Incarnation, source de la Rédemption, a eu lieu en un jour du temps « jour choisi entre tous les jours qui s’écoulèrent à jamais » (ibid.).

Théophanie, Nativité, Incarnation en vue de la Rédemption : « En peu de mots saint Luc a exposé comment et en quel temps et en quel lieu le Christ est né selon la chair. Mais si vous vous enquérez de sa génération céleste, lisez l’Évangile de saint Jean » conseille Ambroise (In Luc.II, 40). Ce que la liturgie de Noël permet de faire de la messe de la Nuit à la messe du Jour.

Françoise Thelamon, professeur d’histoire de l’antiquité, spécialiste du christianisme antique

 

 

Culture #Doctrine / Formation #NLH

Les Hittites, un peuple biblique méconnu (suite)

Nous poursuivons notre découverte des Hittites, en abordant l’Ancien royaume, avec Cyrano.net

Les Hittites sont un peuple ancien de l’Anatolie centrale, attesté du XIXe au XIIe siècle avant J.-C. Il établit sur un territoire qui comportait déjà de petits royaumes, une souveraineté, puis un état qui devint royaume puis empire, doté d’une culture et d’un art propres. Il fut suffisamment puissant pour entretenir des relations avec l’Égypte, puis déclina jusqu’à disparaître et tomber dans l’oubli. Il n’a été redécouvert qu’au début du XIXe siècle. Peuple étrange, mythique, Cyrano entame là une série de plusieurs articles consacrés à cette civilisation longtemps connu que par de simples allusions bibliques et présentée par Louis Quélennec

Lire la première partie

De Labarna fondateur de l’Ancien Royaume, on ne sait pas grand-chose, il n’est pas documenté à son époque, il est seulement cité dans « L’édit de Telibinu », roi hittite qui régna dans les années -1525 à -1495. Mais certains chercheurs, certes minoritaires, mettent en doute l’existence même de Labarna : ce mot pourrait avoir signifieé le roi dans un sens générique et les exploits qu’on lui prête ressemblent étrangement à ceux de son probable petit-fils ou neveu Hattusili I, son successeur.
Quoiqu’il en soit, Larbana comme tous ses prédécesseurs, fut un roi conquérant qui agrandit le royaume. On lui prête des visées stratégiques, car ses conquêtes l’amenèrent à imposer sa suzeraineté sur les rives de la Mer noire et de la Méditerranée, nommant ses fils et les membres de sa lignée dans les gouvernorats importants.

Le successeur de Larbana, Hattusili I (ou Larbana II) est bien documenté. Son nom indique qu’il avait installé sa capitale à Hattusa. Il fut lui aussi un conquérant, et continua la politique d’expansion, jusqu’à Zalpa sur la mer Noire, à l’est jusqu’à l’Euphrate et au sud jusqu’à Arzawa. Franchissant le Taurus, il porta la guerre jusqu’en Syrie du nord. Pour conduire ses campagnes militaires victorieuses, il tira parti de sa puissante cavalerie et de chars lourds transportant trois hommes.

hittites-7

Mais Hattusili I eut à faire face à de nombreuses révoltes, particulièrement le royaume de Yamkhad au sud-est, et les Hourrites, à l’ouest ; il passa six ans à guerroyer pour récupérer les territoires perdus et fut blessé près d’Alep. Il y parvint mais dut, à la fin de sa vie, lutter contre ses descendants pour rester sur le trône. Il mourut aux environs de -1620.
Son petit-fils Mursili I lui succéda. Il est surtout connu pour ses talents de guerrier ; il réussit l’exploit de conduire un raid sur Babylone qui mit fin à la dynastie d’Hammurabi (-1600) ; mais il fut assassiné par son beau-frère Hantili I.
Ce dernier lui succéda, dans une période assez sombre d’affrontements violents au sein de la famille royale et de dégradation de la situation du pays. Il eut, entre autres combats, à lutter contre les Hourrites et surtout contre les Gagas, en provenance des montagnes pontiques.

D’assassinats en défaites militaires, ses successeurs ne purent que subir des pertes territoriales (dont la ville de Kanesh), jusqu’à l’avènement de Telibinu.

Telibinu consolida le royaume par le fer et la diplomatie, mais surtout publia l’édit qui porte son nom, une sorte de code de bonne conduite pour mettre fin aux luttes mortelles qui avaient cours dans la dynastie. Cet édit resta la loi successorale jusqu’à la fin de l’Empire : le Roi gardait le privilège de désigner son successeur, mais dans la pratique la succession était héréditaire. Dans l’État Hittite le souverain n’avait pas le pouvoir absolu, il était limité et contrôlé par l’assemblée de la noblesse, le Pankous, qu’il devait consulter dans les cas très graves.

Les Hittites furent de grands législateurs : deux recueils de lois traitent du « droit civil » et du « droit pénal ». Télépinu est considéré comme le dernier Roi de l’Ancien Empire, le pays tombe à sa mort sous l’emprise du Mitanni hourrite.
La période qui suit la mort de Telibinu, faute de documentation, a longtemps été obscure, mais les historiens et archéologues arrivent peu à peu à reconstituer la suite des événements ; on sait néanmoins que le Hatti s’affaiblit à nouveau, principalement sous la poussée des montagnards Gasgas et du royaume de Hurri-Mitanni, dans le nord mésopotamien.

Les derniers souverains de la dynastie de Larbana : Alluwama, Hantili II, Tarhurwaili et Zidanta II traitèrent avec les Hourrites (Pilliya), Huzziya II et Muwatalli.

Lire la suite

Doctrine / Formation #NLH #Théologie

L’étoile des mages et la divinité du Christ chez les Pères de l’Eglise

 

« Jésus étant né à Bethléem de Judée aux jours du roi Hérode, voici que des mages venus d’Orient se présentèrent à Jérusalem en demandant : “Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu se lever son étoile en Orient” ». Ils apprennent qu’il doit naître à Bethléem et se mettent en route : « Voici que l’étoile qu’ils avaient vu en Orient les guidait jusqu’à ce qu’elle vînt s’arrêter au-dessus de l’endroit où était l’enfant. A la vue de l’étoile, ils se réjouirent d’une grande joie … » (Mt 2, 9- 12). Ce qui fait dire à Ambroise : « Ce petit enfant que le manque de foi vous fait trouver méprisable, des mages venus d’Orient l’ont suivi sur un si long parcours, se prosternent pour l’adorer, l’appellent roi et reconnaissent qu’il ressuscitera, en tirant de leur trésor l’or, l’encens et la myrrhe « (In Luc. II, 44).

Si la signification symbolique des présents qu’ils offrent à l’enfant est souvent commentée de nos jours, l’étoile l’est plus rarement, or elle le fut souvent dans les premiers siècles. Elle intéressait fort les tenants de l’astrologie, ce qui conduit Augustin à protester énergiquement : « Cette science ignorante s’imagine que le Christ en naissant a été soumis aux lois fatales des astres » (Sermon 199, 3). Au contraire « Le Christ a fait voir qu’il n’était pas sous la domination de cette étoile mais qu’il en était le maître […] A peine sorti du sein maternel, il fit briller dans les cieux son astre nouveau, parce qu’il est Celui qui, né du sein du Père, a façonné le ciel et la terre » (Sermon 201, 1).

L’étoile – dont la réalité n’est pas mise en cause– s’est levée parce que le Christ est né et non l’inverse : « L’étoile qui obéit à l’enfant manifeste qu’il est le Dieu puissant que les mages, ambassadeurs des nations, ont adoré en lui conférant les honneurs qui lui étaient dus par l’offrande des présents mystiques » dit Gaudence, évêque de Brescia, à la fin du IVe siècle.  Se fondant sur la prophétie de Balaam : « Une étoile se lèvera de Jacob, et un homme se dressera en Israël » (Nb 24, 17), son contemporain Ambroise de Milan écrit : « Dans le mystère de l’incarnation, le Christ est l’étoile » (In Luc. II, 45) et encore : « Cette étoile est la clarté même du Christ, car il est “l’étoile brillante du matin” (Ap 22, 16) ».

Mais pour Eusèbe de Césarée, l’étoile en elle-même n’est rien : « C’est Celui qui s’est fait voir aux mages qui a montré symboliquement l’image de l’étoile » (Démonstration 9, 11). Pour Augustin, dans plusieurs sermons sur l’Épiphanie, l’étoile est appelée « la langue du ciel » dont le Fils de Dieu en sa divinité use pour pallier les déficiences de son humanité : « Sur cette terre, il ne parlait pas encore avec sa langue, mais il parlait du haut du ciel par une étoile, et montrait, non par le langage de l’homme mais par la puissance du Verbe fait chair, qui il était et où il était venu […]. C’est lui qui montrait cette étoile dans le ciel et qui montrait qu’il devait être adoré sur la terre » (Sermon 200, 2). Pour certains, l’étoile est une puissance, c’est-à-dire un Ange, qui guide les mages sous l’apparence d’une étoile, ce qui explique que ce soit parfois un ange, et non une étoile qui soit représenté guidant les mages, ou au-dessus de l’endroit où se trouve l’enfant.

Mais surtout l’étoile manifeste la divinité du Christ. Il est « l’étoile du matin, parce qu’il dissipe par sa naissance la nuit de l’ignorance » (Chromace, Sur Matthieu 4, 1). L’étoile manifeste la splendeur de la lumière divine qui illumine les âmes, aussi écrit-il encore : « En pénétrant dans les cœurs des mages, la splendeur de sa lumière les a remplis d’une lumière spirituelle qui les a rendus capables de reconnaître dans le signe de la nouvelle étoile naissante le roi des Juifs, le créateur du ciel » (Ibid.). Cette lumière, au-delà des Mages concerne toutes les nations comme l’exprime Léon le Grand : « Un rayon de vérité instruisit le cœur des mages, plus resplendissant que la beauté de l’étoile qui avait frappé le regard de leur corps » et encore « toute lumière nouvelle qui apparaît dans les cœurs enténébrés émane des rayons de la même étoile » (Sermon 34, 3 ; 38, 1).

On lira avec profit Martine Dulaey, Symboles de Évangiles (Ier-VIe siècles), Paris, LGF « Le livre de Poche », 2007.

 

 par Françoise Thelamon, professeur d’histoire de l’Antiquité

Notre photo, tapisserie du Musée de Tulle

A la une #NLH #NLQ #Tribunes et entretiens

Amoris Laetitia, la confusion demeure selon le philosophe Thibaud Collin

Indéniablement l’Eglise est troublée et, par certains côtés, à deux doigts d’une crise sévère. Amoris laetitia manque de clarté. Qu’on soit d’accord ou non sur son contenu, encore faut-il être sûr du dit contenu. Que dit vraiment Amoris laetitia ? Force est de constater que sur les points controversés, personne ne sait. D’où les Dubia des cardinaux et l’émergence d’interprétations aussi diverses que clivantes.

Dans l’Homme Nouveau Thibaud Collin en relève au moins deux. Celle de l’épiscopat argentin que le pape lui-même considère comme faisant autorité et celle de l’archevêque de Philadelphie.

Deux lignes interprétatives s’opposent : la première est représentée par les évêques argentins de la province de Buenos Aires. Dans leur texte daté du 5 septembre 2016, la discipline de Familiaris consortio (la continence complète lorsque, pour de graves raisons, les concubins ne peuvent se séparer) est rappelée mais elle n’est présentée que comme une proposition possible et non comme une exigence. Le texte continue : « En d’autres circonstances plus complexes, et lorsqu’il n’a pas été possible d’obtenir une déclaration de nullité, l’option évoquée peut ne pas être mise en œuvre dans les faits. Nonobstant, un chemin de discernement est également possible. Si on en arrive à reconnaître que, dans un cas concret, il y a des limitations qui atténuent la responsabilité et la culpabilité, particulièrement lorsqu’une personne estime qu’elle tomberait dans une nouvelle faute en faisant du tort aux enfants de la nouvelle union, Amoris laetitia ouvre la possibilité de l’accès aux sacrements de la réconciliation et de l’eucharistie. Ceux-ci à leur tour disposent la personne à continuer de mûrir et de croître avec la force de la grâce. » Remarquons ici l’étrange argument pointant un soi-disant conflit de devoirs déjà utilisé pour court-circuiter la norme d’Humanæ vitæ : en quoi, en effet, la continence entre les concubins pourrait-elle mettre en danger leurs enfants ?

La deuxième ligne d’interprétation est représentée par le texte de l’archevêque de Philadelphie, daté du 1er juillet. Après avoir rappelé le nécessaire accompagnement auquel Amoris lætitia invite les pasteurs, Mgr Chaput en cite le § 300 : « Ce discernement ne pourra jamais s’exonérer des exigences de vérité et de charité de l’Évangile proposées par l’Église ». Puis il pose la question controversée : « Les divorcés remariés civilement ­peuvent-ils recevoir les sacrements ? D’une manière générale, les baptisés membres de l’Église sont, en principe, toujours invités aux sacrements. Les portes du confessionnal sont toujours ouvertes à ceux qui se repentent et qui ont le cœur contrit. Qu’en est-il de la communion ? Tout catholique, et pas seulement les divorcés remariés, doit, avant de recevoir l’Eucharistie, confesser sacramentellement tous les péchés graves dont il ou elle a conscience et prendre la ferme résolution de changer. Dans certains cas, la responsabilité subjective de la personne pour une action passée peut être diminuée. Toutefois la personne doit tout de même se repentir et renoncer à son péché, avec une ferme volonté de se corriger. » Et Mgr Chaput de rappeler la nécessité pour les concubins vivant comme frère et sœur de communier dans la plus grande discrétion « de manière à éviter le scandale ou de donner à penser que l’enseignement du Christ peut être laissé de côté. (…) Cet enseignement paraîtra dur à beaucoup de gens, mais être moins explicite serait induire les gens en erreur quant à la nature de l’Eucharistie et de l’Église ».

 

 Lire la suite de la tribune