Edito #24 : Un long dimanche, de Pâques à l’isoloir

Il est ressuscité ! Imaginez l’excitation des salles de presse, l’embouteillage dans les aéroports de Rome, si, trois jours après la mort d’un pape, on annonçait : il est ressuscité. Même l’AFP en ferait une dépêche (reprise en boucle avec les fautes d’orthographe) et les rédactions les plus athées et laïcardes enverraient des reporters dans la ville qui d’éternelle deviendrait l’immortelle. Sans doute, l’AFP en moins, une telle effervescence a dû mettre en émoi Jérusalem, la Judée et par ricochet les postes de l’administration romaine, lorsque trois jours après la crucifixion du Nazaréen, la rumeur emplit une ville encore secouée des spasmes des délires d’une foule hystérique et toujours pleine des lamentations abattues des fidèles du Christ, mort, enterré et soigneusement gardé.

Qui peut vraiment mesurer l’ampleur d’un tel évènement ? Deux mille ans ont passé et désormais l’incroyable événement est soit devenu la banale certitude des chrétiens, soit l’impossible fable d’une légende démodée. Et pourtant ! Après l’Incarnation qui fit descendre l’infini dans le temps fini des hommes, la résurrection ouvre l’éternelle béatitude en dressant entre terre et Ciel l’échelle de l’éternité. Peut-être n’en avons-nous plus conscience, mais avec cette Croix plantée entre la terre et le Ciel, le quotidien des hommes est passé de l’horizontal au vertical. Désormais, nous sommes invités à une ascension permanente vers le Ciel, la véritable patrie de tout homme. Pourtant, nous vivons toujours comme si nous étions citoyens de cette vallée de larmes. Avouons-le, ce n’est pas si mal ici-bas ! Pour certains, il est vrai que ce monde est un enfer à quitter au plus vite. Mais pour beaucoup le monde humain est suffisamment bien, oubliant, ou méconnaissant que si c’est vrai sous bien des aspects, le monde de Dieu c’est encore mieux. Il ne s’agit pas de nier ce monde qui est le nôtre, ni de condamner ce qui est bon, ni de le mépriser ou de le minimiser. Mais quelle que soit la bonté de ce monde et de ce que nous pouvons y trouver de beau et de grand, la vie avec Dieu est infiniment au-dessus du meilleur d’ici-bas. Toutefois, cela n’est vrai que pour qui désire Dieu, dans la mesure où la vie éternelle consiste à aimer, voir et connaître Dieu. Le malheur fondamental de l’homme se trouve à ce niveau précis de distorsion entre l’amour de Dieu et le bonheur de l’Homme. Par création, l’homme est fait pour trouver la plénitude de son bonheur en Dieu. Rien ne le rendra jamais pleinement heureux qu’une relation intimement amoureuse avec Dieu. Mais trop souvent, même catholique pratiquant, l’homme oublie cette vérité profonde et sans toujours se détourner de Dieu, ne parvient pas à faire de Lui la joie de son cœur.

Tel est pourtant tout le sens de la résurrection, saisir le cœur de chaque homme, l’entraîner dans cette démarche amoureuse de don réciproque et de purification en vue du Royaume. Un royaume déjà inauguré par cette résurrection. Au fond, l’homme est fait pour un éternel dimanche qui ne finit pas, tourné vers Dieu, consacré et uni à la Trinité, dans, par et avec le Christ. Ce message est tellement important, cette explosion de l’éternité dans le temps fini est tellement surnaturelle et vitale que l’Eglise nous propose un dimanche d’une semaine, chaque année après le jour de Pâques. C’est dimanche tous les jours. La messe est la messe dominicale. Reliquat de ce temps liturgique, le lundi qui suit la résurrection est férié, non pour permettre de reprendre la route et d’éviter les bouchons, mais pour nous inviter à vivre ce dimanche d’une semaine, comme l’éternel dimanche, c’est-à-dire l’éternelle eucharistie à laquelle nous sommes appelés, dès maintenant. Les psaumes nous rappellent que l’état naturel de l’Homme c’est la louange. La résurrection, nous redonne le chemin qui par le Christ nous rend à nouveau capables d’entonner cette louange amoureuse par laquelle nous signifions que nous sommes entre Ciel et terre, tendu de la terre vers le Ciel. Pour nous Français, ce long dimanche de Pâques s’achèvera par un vote important. Si vraiment nous sommes entre Ciel et terre, le bulletin qui glissera dans l’urne doit lui aussi être celui d’un ressuscité tendu vers le Ciel. C’est pourquoi, sans prendre aucune position, InfoCatho vous proposera cette semaine des clefs de lecture, à la lumière de notre vocation chrétienne, afin qu’en liberté chacun discerne ce qui participera à l’édification du Royaume dans le monde, mais d’abord en nous par cette avancée, toujours personnelle, vers le Ciel.

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Edito #24 : « Un long dimanche, de Pâques à l’isoloir »

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