Brèves #NLQ

Soutien du pape François à la Marche pour la vie : le message du nonce apostolique

C’est officiel ! Comme nous l’avions annoncé, le nonce apostolique en France, Mgr Luigi Ventura, a écrit au président de la Marche pour la vie pour lui dire que le pape François saluait l’initiative. Il a, en effet, rappelé le discours du pape François aux évêques allemands du 20 novembre 2015, dans lequel ce dernier souligne que « l’Eglise ne doit avoir de cesse d’être l’avocate de la vie ».

Culture #Doctrine / Formation

Mahomet ou Mohamad ? Une simple question de traduction ?

Depuis quelques décennies, un nombre croissant d’auteurs francophones renoncent à écrire Mahomet selon l’orthographe traditionnelle, qu’ils remplacent par « Mohammed » ou « Muhammad ». D’autres maintiennent cependant Mahomet.

Les adeptes du changement affirment ainsi répondre à la demande de musulmans qui, invoquant l’importance de ce personnage dans leur religion, considèrent la graphie « Mahomet » comme irrespectueuse.

Concernant ce nom, il n’y a donc plus d’unité linguistique en français. Ces divergences suscitent parfois des controverses, voire des polémiques. Or, les désaccords ainsi manifestés ne sont pas anodins. C’est pourquoi nous avons pensé utile de faire le point à leur sujet. Tel est le but de la PFV n° 47 que nous proposons à votre réflexion.

En arabe, le nom du prophète de l’islam se dit « Mohamed » ou « Muhammad », qui signifie « objet de louanges  ».

A partir du Moyen Age, en France, ce nom a été intégré à la langue latine. Ainsi, la traduction du Coran effectuée au XIIè siècle – la première dans un idiome occidental – à la demande de Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, est intitulée Lex Mahumet pseudoprophete (« Loi du pseudo-prophète Mahomet »). Pour sa part, au XIIIè siècle, saint Thomas d’Aquin écrivait Mhumeto. De là découle la traduction française, Mahomet, qui connut des variantes, notamment dans la littérature (MahometeMachometeMahom). A partir du XVIIIè siècle, l’orthographe « Mahomet » fut définitivement fixée. Elle a en outre donné lieu aux mots « mahométan » pour désigner un fidèle de l’islam et « mahométanisme » comme équivalant à « islam ».

Ces vocables ont été utilisés pendant des siècles sans rencontrer d’objection du côté islamique. Or, depuis plusieurs décennies, certains musulmans contestent cette graphie car ils la considèrent comme une déformation délibérée, sous-entendant un jugement dépréciatif, et donc un manque de considération envers le personnage qui est le plus important pour eux après Dieu.

Dans son livre Le vrai visage du prophète Mohammed, Noureddine Aoussat, développe une longue argumentation dans ce sens, qu’il fonde sur la prononciation arabe. Cet auteur approuve alors l’usage de Mohammed en allemand et de Muhammad en anglais. Mais il critique les traductions en langues romanes (Maometto en italien, Mahoma en espagnol, Maomé en portugais) tout en reconnaissant sans émettre de réserves les adaptations de « Mahomet » dans d’autres idiomes, y compris certains d’entre eux qui sont en vigueur en contexte musulman. Ainsi, en turc, Mohamed se dit Mehmet ou Muhammet et en kabyle Mohand. Le même nom devient Mahmoud dans certaines régions du Maghreb et Mamadou dans les pays d’Afrique subsaharienne. Il n’est pas sûr cependant que ces traductions s’appliquent au « prophète de l’islam ».

Avec certains de ses coreligionnaires, N. Aoussat demande donc aux francophones de renoncer à « Mahomet » et d’écrire Mohamed ou Muhammad (www.leprophetemohammed.com).

Pourtant, Tareq Oubrou, l’imam de la grande-mosquée de Bordeaux et l’un des responsables musulmans français les plus en vue, d’origine marocaine et adepte d’un islam traditionnel (il milita au sein de l’Union des Organisation islamiques de France, branche hexagonale des Frères musulmans), défend clairement la francisation de « Mahomet ».

Il est étonnant de constater la réaction scandalisée de nombreux musulmans, et pas forcément les plus pratiquants, dès qu’ils entendent prononcer le nom “Mahomet”. Ils estiment que ce vocable est le résultat d’une laïcisation profanatrice de la personne du Prophète. Ils se lancent dans des élucubrations linguistiques très poussées, expliquant que “Mahomet” viendrait de ma houmid, qui veut dire “celui qui n’est pas loué” – précisément le contraire de “Mohamed”, qui signifie “celui qui est loué”. Comme si les Français qui prononçaient ce nom le faisaient en ayant en tête son sens étymologique dépréciateur » (Ce que vous ne savez pas sur l’islam, Fayard, 2016, p. 41).

S’il est exact qu’un nombre croissant d’écrivains musulmans contemporains optent pour Mohamed ou Muhammad, d’autres persistent à écrire « Mahomet » lorsqu’ils s’expriment dans la langue de Molière. Parmi ces derniers, tous ne sont pas Français, certains étant ressortissants de pays arabes (voir quelques exemples en note 1).

Chaque langue a son génie propre. En conservant l’emploi de « Mahomet », on respecte simplement la graphie française traditionnelle. Celle-ci n’induit pas un quelconque jugement sur celui qui est désigné par ce nom. C’est une question de cohérence et cette règle s’applique à tous les noms de personnes traduits de l’arabe (2).

Par ailleurs, pour parler de Mahomet, la tendance actuelle est d’écrire « le Prophète  » ou « le prophète Mohamed  ». Pour un musulman, ces formulations sont évidemment conformes à sa doctrine (nonobstant la remarque ci-dessus pour la langue). Plusieurs fois par jour, il récite sa profession de foi (chahâda), dans laquelle figure le nom de Mahomet : « Il n’y a pas d’autre divinité que Dieu et Mahomet est son Prophète  ».

Mais lorsqu’ils sont employés par des non-musulmans, surtout par des chrétiens, ces usages sont impropres. Or, des journaux, y compris catholiques comme La Croix, ainsi que des auteurs chrétiens, parmi lesquels des ecclésiastiques, s’expriment de cette manière. Ce faisant, ils émettent une croyance qui n’a jamais été avalisée par l’Église parce qu’elle ne peut pas correspondre à la foi chrétienne pour laquelle Jean-Baptiste, « le plus grand des enfants des femmes  » (Mat. 11, 11), est le dernier de tous les prophètes, donné par Dieu comme précurseur à la venue du Messie.

N’est-ce pas là, en outre, une manière d’accréditer, ne serait-ce qu’implicitement, l’enseignement du Coran selon lequel Mahomet est le « sceau des prophètes » (33, 40), en attribuant de surcroît cette affirmation à Jésus ?

« Jésus, fils de Marie, dit : “Ô fils d’Israël ! Je suis, en vérité, le Prophète de Dieu envoyé vers vous pour confirmer ce qui, de la Torah, existait avant moi ; pour vous annoncer la bonne nouvelle d’un Prophète qui viendra après moi et dont le nom sera : Ahmed”  » (61, 6). Il s’agit de Mahomet, désigné ici par Ahmed qui veut dire « le loué  ».

En fait, pour pouvoir faire dire au Christ qu’il annonçait Mahomet, le Coran a falsifié les citations contenues dans l’Évangile de saint Jean dans lesquelles le Fils de Dieu promet d’envoyer aux hommes le « Paraclet », autrement dit l’Esprit-Saint (cf. Jn 14, 16-17 ; 15, 26-27 ; 16, 7-11).

Dans un souci de clarté, il est donc préférable d’écrire soit « Mahomet », soit « le prophète de l’islam ».

Certains musulmans récusent enfin la formule « religion de Mahomet  » car, pour eux, l’islam est la religion de Dieu et non celle d’un prophète. Là encore, un non-musulman doit pouvoir rester libre par rapport à la croyance des musulmans, sans se sentir obligé de se soumettre à des exigences qui s’apparentent à des pressions.

Annie LAURENT

Source Clarifier

L’association Clarifier propose de nombreuses « petites feuilles vertes » pour clarifier nos connaissances sur l’Islam

 

Tribunes et entretiens

Du 11 février au 13 mai de Fatima Lourdes

L’abbé Laurentin, dès le début de sa carrière de théologien marial, a comparé Lourdes et Fatima (Cf. Sens de Lourdes, pp. 91 à 105). À Lourdes, les apparitions ont lieu à l’entrée en Carême : on pense à Jean-Baptiste au désert parlant aux cœurs pour lesquels les vérités anciennes sont devenues bien floues ; la source mène ici au Jourdain. À Fatima, l’enfer est évoqué avec l’Au-delà : l’été arrive, l’air et le feu sont dans le miracle du soleil.

Au cours des XIXe et XXe siècles, le message marial élargit son auditoire. À la Rue du Bac, Notre Dame parle dans l’intimité d’une chapelle ; à Lourdes, quelques personnes s’assemblent autour de la grotte ; à Fatima, la grosse foule du 13 octobre annonce les milliers et millions de pèlerins aux 13 de chaque mois, anticipant sur les voyages pastoraux des papes récents qui remuent la terre entière. On dirait que Marie agit et fait agir Pierre en crescendo sur l’humanité : « Lourdes nous ramène aux préludes de l’Incarnation », écrit Laurentin. « Fatima nous entraîne vers les perspectives eschatologiques » (p. 105). Marie montre là sa grande pédagogie, avec des moyens fort simples. Elle s’adresse avec naturel aux enfants, sans rien de forcé. Elle échange aussi par des signes qui touchent profondément l’âme sans omettre le corps, nous menant des choses visibles vers les invisibles.

« La Vierge vient crier plus fort à nos oreilles de sourds, assourdis par les bruits extérieurs du monde, ce que nous ne savons plus entendre, éclairer de lumière vive à nos yeux obscurcis par le péché, ce que nous ne savons plus voir », écrivait aussi l’abbé Laurentin (op. cit., p. 93). « Prière et pénitence », Marie ramène ainsi selon le futur Benoît XVI, « à la simplicité qui est au centre, à l’essentiel, à la conversion, à la foi, à l’espérance et à la charité » (Card. J. Ratzinger, Voici quel est notre Dieu, p. 219). Avec une ingénuité enfantine, Marie se présente comme modèle pour l’Église, petite lucarne toujours ouverte sur le Ciel. Elle nous livre peu de paroles, mais qui nous disent tant de choses ; elle n’est jamais laconique. À Pontmain, son message s’imprime à ses pieds, lettre après lettre, mais quel impact ! À Fatima, elle parle, le petit François n’en entend qu’une partie, mais comprend tout, en grand contemplatif qu’il était déjà (Cf. Cahiers d’Édifa, n° 11, 15 août 2000, p. 64-67).

Marie nous ouvre également le Ciel par sa présence et sa beauté : tous les voyants y insistent. À Fatima, la petite Jacinthe répète sans cesse : « Oh ! Quelle belle Dame ! » (cf. C. Barthas, Il était trois petits enfants, p. 50). À Lourdes, sainte Bernadette disait de la Très Sainte Vierge qu’elle est « si belle que, quand on l’a vue, il tarde de mourir pour la revoir » (cf. R. Laurentin, Lourdes. Histoire authentique, t. III, p. 219, n° 102). Ses larmes aussi sont éloquentes (et pas seulement à La Salette), de même que son sourire. Avant de se définir le 25 mars dans son mystère d’Immaculée Conception, elle se contentait de sourire quand Bernadette l’interrogeait sur son identité, sur ordre du terrible curé de Lourdes : un sourire silencieux qui attirait sans décevoir.

Benoît XVI, en visite à Lourdes en 2008, vante ainsi ce sourire que Marie fit connaître dès le début à Bernadette, « comme porte d’entrée la plus appropriée à la révélation de son mystère. Ce sourire, vrai reflet de la tendresse de Dieu, est la source d’une espérance invincible. Dans le sourire de la Vierge se trouve mystérieusement cachée la force de poursuivre le combat contre la maladie et pour la vie. Oui, quêter le sourire de la Vierge Marie n’est pas un pieux enfantillage. En cette manifestation toute simple de tendresse qu’est un sourire, nous saisissons que notre seule richesse est l’amour que Dieu nous porte et qui passe par le cœur de celle qui est devenue notre Mère. Quêter ce sourire, c’est d’abord cueillir la gratuité de l’amour ; c’est aussi savoir provoquer ce sourire par notre effort pour vivre selon la Parole de son Fils bien-aimé, tout comme un enfant cherche à faire naître le sourire de sa mère en faisant ce qui lui plaît » (Homélie à Lourdes, 15 sept. 2008).

 

 Par un moine sur l’Homme Nouveau

NLQ #Rome

Le pape invite à prier pour la semaine de prière pour l’unité des chrétiens

« La Semaine de prière pour l’unité des chrétiens commence aujourd’hui. Notre espérance d’unité s’exprime par notre prière, c’est une espérance qui ne déçoit pas. Je vous invite à prier à cette intention », a demandé le pape lors de l’audience d’hier mercredi 18 janvier 2017

A la une #NLQ #Rome

Aucun voyage dans un pays de l’Union européenne depuis le début du pontificat

Cela peut paraître surprenant à notre monde européo-centré, mais la pape François ne s’est jamais rendu dans aucun pays de l’Union Européenne depuis son élection. Ses deux seuls déplacements sur le sol de l’Union n’étaient pas des visites aux habitants. En Grèce il allait voir les migrants et à Strasbourg les institutions de l’Europe, comme il le souligne lui-même.

Mais pourquoi, tant de voyages et pas un sur le vieux continent ? Le pape précise tout de suite qu’il n’y a pas de désintérêt de sa part,mais …

 « Cela ne signifie pas ne pas avoir d’attention pour l’Europe que j’encourage comme je peux à redécouvrir et à mettre en pratique ses racines les plus authentiques, ses valeurs. Je suis convaincu que ce ne sera pas les bureaucraties ou les instruments de la haute finance qui nous sauveront de la crise actuelle et résoudront le problème de l’immigration qui, pour les pays de l’Europe, est la plus grande urgence depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. »

Il précise également qu’il a visité d’autres pays européens non membres de l’Union et il explique son choix.

« Mais j’ai toutefois visité d’autres pays qui sont européens bien que ne faisant pas partie de l’Union : l’Albanie et la Bosnie Herzégovine. J’ai préféré privilégier ces pays dans lesquels je peux apporter une petite aide, encourager qui, malgré les difficultés et les conflits, travaille pour la paix et pour l’unité. Des pays qui sont, ou qui ont été, dans de grandes difficultés. »

Entretien extraits de « En voyage » (« In viaggio« ) le livre d’Andrea Tornielli, publié chez Piemme et qui sera présenté à Rome le 26 janvier prochain.

Source

 

Une Europe que le pape a déjà appelé à faire la lumière et la vérité sur son héritage et ses racines.

 

 

 

 

A la une #En France #NLQ

De plus en plus d’évêques soutiennent la marche pour la vie

Il n’y a pas si longtemps aller marcher pour la vie était une promenade à haut risque pour les évêques et peu s’y risquaient, par crainte des retours difficiles dans leur diocèse notamment.

Aujourd’hui ils sont de plus en plus nombreux à emboîter le pas du Saint-Père lui-même.

Voici ceux qui l’ont fait explicitement :

Mgr Marc Aillet, Évêque de Bayonne, Lescar et Oloron.

Mgr Michel Aupetit, Évêque de Nanterre.

Cardinal Philippe Barbarin, Archevêque de Lyon

Mgr Jean-Pierre Batut, Évêque de Blois.

Mgr Jacques Benoit-Gonnin, Évêque de Beauvais, Noyon et Senlis.

Mgr Alain Castet, Évêque de Luçon.

Mgr Jean-Pierre Cattenoz, Archevêque d’Avignon.

Mgr Raymond Centène, Évêque de Vannes.

Mgr, m.e.p. Georges Colomb, Évêque de La Rochelle et Saintes.

Mgr Emmanuel Delmas, Évêque d’Angers.

Mgr Vincent Dollmann, Évêque auxiliaire de Strasbourg.

Mgr Bernard Ginoux, Évêque de Montauban.

Mgr Hervé Gosselin, Évêque d’Angoulême.

Mgr Christian Kratz, Évêque auxiliaire de Strasbourg.

Mgr Dominique Lebrun, Archevêque de Rouen.

Mgr, op Jean Legrez, Archevêque d’Albi.

Mgr Philippe Mousset, Évêque de Périgueux et Sarlat.

Mgr Christian Nourrichard, Évêque d’Évreux.

Mgr Dominique Rey, Évêque de Fréjus-Toulon.

Mgr François Touvet, Évêque de Châlons

 

Mgr Abba Arhanasios, Évêque des Coptes Orthodoxes de France

NLQ #Russie/Orthodoxie

En Russie la tradition des bains de la théophanie se renouvelle chaque 19 janvier

En Russie, se perpétue la tradition des bains de la Théophanie dans les eaux bénies à l’occasion de cette fête qui célèbre le baptême du Seigneur.

bains russes

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Le 19 janvier les orthodoxes célèbrent l’une des douze grandes fêtes chrétiennes – la Théophanie (Epiphanie). Dans la nuit du 18 au 19 janvier, les fidèles se baignent dans des bassins et des plans d’eau conformément à une tradition ancienne diffusée en Russie après l’adoption du christianisme.

A la une #En France #NLQ

Elections présidentielles, pour Mgr Scherrer il y a des critères décisifs que les catholiques ne peuvent ignorer

Chers amis,

C’est toujours un grand moment que cet échange des vœux, et je vous remercie d’être nombreux à ce rendez-vous traditionnel. Je remercie Xavier Pujos d’avoir bien voulu ouvrir la séance en nous partageant quelques-uns des objectifs poursuivis par la Commission de discernement et d’accompagnement des laïcs missionnés à laquelle il appartient, pour aider notre Église diocésaine à mieux définir sa mission pastorale et se donner les moyens de l’exercer pour le service de tous. Si l’année qui s’achève a vu scintiller quelques rais de lumière, il faut bien reconnaître que l’actualité qu’elle a charriée au quotidien a été dans l’ensemble assez sombre.

Le mot qui me vient à l’esprit, c’est le mot « fragmentation ». En cette année 2016, la guerre (spécialement en Syrie), le terrorisme de Daech, la criminalité diffuse, la tragédie des migrants ont plongé des populations entières dans le drame et la souffrance. Des lignes de fracture se font jour un peu partout si bien qu’on a l’impression que le socle sur lequel s’édifient nos sociétés se fissure. Du coup, les équilibres humains déjà extrêmement précaires s’en trouvent fragilisés davantage encore. Au cœur même de nos communautés et de nos institutions, le climat est tendu, les nerfs sont à vif. On sent qu’il ne faudrait pas grand-chose pour que tout s’enflamme et explose. Et puis la crise économique, que l’on dit derrière nous, laisse toujours autant de familles sur le carreau. Les injustices ont accru les clivages entre les citoyens. Je pense aux agriculteurs qui ont connu en 2016 une année noire. C’est dans ce monde-là, un monde « en morceaux », comme le dit le pape François, que Jésus vient naître aujourd’hui encore. L’amour et la paix qu’il apporte (apporte)… avec lui sont les antidotes les plus puissants à la haine destructrice qui déchire l’humanité. C’est un amour qui retisse les liens humains, qui restaure la communion, qui opère des réconciliations. Et cela nous dit la place que nous avons à prendre comme chrétiens pour humaniser ce monde, pour le rendre plus beau, plus juste, plus fraternel.

Parce qu’on ne peut pas tout relater d’une année écoulée, j’évoquerai devant vous trois choses : un visage, une vertu, un style de vie.

1. Cultiver la non-violence

Ce que je retiendrai tout d’abord, c’est un visage, un visage empreint de gravité et d’espérance tout à la fois. Ce visage, c’est celui du Père Jacques Hamel sauvagement assassiné tandis qu’il célébrait la messe avec quelques fidèles en l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray. À ce visage, nous associons les hommes, les femmes, les enfants qui ont été par milliers les victimes innocentes de cette cruauté sanguinaire, tout dernièrement encore ceux de l’attentat de Berlin et d’Istanbul.

Jacques Hamel, c’est pour nous d’abord un homme, un homme foncièrement bon et qui était unanimement apprécié pour sa disponibilité, son attention aux autres, son sens du service. Mais c’est aussi un prêtre qui vivait à fond son ministère sacerdotal. Certains de ses confrères aimaient plaisanter : « Jacques, tu en fais un peu trop, il serait temps de prendre ta retraite ». Ce à quoi il répondait en riant : « Tu as déjà vu un curé à la retraite ? Je travaillerai jusqu’à mon dernier souffle ». Ce mardi 26 juillet, à la messe, on venait de lire dans l’église ce passage du livre de Jérémie : « Que mes yeux ruissellent de larmes nuit et jour, sans s’arrêter ! Elle est blessée d’une grande blessure, la Vierge, la fille de mon peuple, meurtrie d’une plaie profonde. Si je sors dans la campagne, voici les victimes de l’épée. Si j’entre dans la ville, voici les souffrants de la faim. Même le prophète, même le prêtre parcourent le pays sans comprendre. » Et l’évangile proclamé aussitôt après par le Père Hamel s’achevait par ces mots : « Et les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père ».

Au moment même où des jeunes catholiques du monde entier convergeaient par milliers jusqu’à Cracovie pour chanter leur joie d’être chrétiens, ce drame a replacé chacune et chacun face au mystère de la Croix du Seigneur. Il est d’ailleurs significatif que le temps que les jeunes ont le plus apprécié aux JMJ, c’est celui du chemin de Croix qui a été vécu dans un climat d’émotion intense, de recueillement impressionnant. Au cœur de cet événement tragique, je crois pouvoir dire que la parole de notre Église, tout autant que les réactions maîtrisées des chrétiens en général, ont eu un fort impact dans l’opinion internationale. Pas de discours qui condamnent, pas d’appel à une nouvelle croisade ni, encore moins, d’incitation aux représailles. C’est au contraire le langage de l’amour et du pardon qui ont prévalu. Les premiers à s’en étonner ont été les musulmans eux-mêmes. Ainsi, des Algériens qui vivent chez nous ont dit : « Que se passe-t-il ? Il n’y a pas de haine chez vous ». Il se trouve justement que, dans son message pour la Journée mondiale de la Paix, le 1er janvier, le pape François a appelé les chrétiens à cultiver la « non-violence », unique voie pour l’édification d’une paix solide et durable. La non-violence se cultive en premier lieu au sein de nos familles et, à partir d’elles, se propage dans le monde et rayonne dans la société tout entière.

2. Une vertu à exercer, la fraternité

La non-violence est la fille d’une vertu qui s’appelle la fraternité. Vous allez dire que je radote parce que vous m’avez déjà entendu insister à bien des reprises sur l’importance de promouvoir cette vertu qui a son fondement dans le Christ et son évangile. J’y reviens pour deux raisons essentielles : d’une part, parce que pour des chrétiens, il n’y a pas d’autre chemin de vie que la fraternité et le partage évangélique. Et parce que, d’autre part, nous avons fait de la fraternité un chantier pour les années qui viennent dans notre diocèse. Il me paraît donc important d’y revenir. Nous savons en effet que la fraternité n’est pas spontanée. Elle ne se réduit pas à des vœux pieux ou des bons sentiments. Elle est à construire patiemment et résolument chaque jour. « Que serait un futur sans justice, sans fraternité, s’interroge le philosophe Edgar Morin, sur un ton résolument incisif ? Ce serait un futur sans joie, un futur de haine et de sang… Nous n’avons donc pas le choix, il nous faut travailler pour construire un futur plus juste et plus fraternel. Si nous perdons la foi en un tel futur, alors « le présent se réduira à l’angoisse, le passé deviendra un refuge fanatique et clos, et nous serons foutus ! »

Cela paraît évident à dire, mais il n’y a pas de fraternité sans amour. Dans un monde qui meurt de solitude, les gens ont besoin de sentir qu’on les aime, qu’on a pour eux de l’attention et de la bienveillance. Nous devons pour cela être des chrétiens de contact, c’est-à-dire des hommes et des femmes de relation, de dialogue, des gens qui travaillent à promouvoir ce que notre pape François appelle la « culture de la rencontre ». Notre mission, j’oserais dire, n’est pas plus compliquée que cela. Aussi, je nous invite, dans le prolongement de l’Année de la miséricorde, à nous tourner davantage vers les autres, à commencer par les plus pauvres et les plus fragiles, pour leur manifester la tendresse de Dieu, pour leur dire à quel point ils sont aimés de lui.

La fraternité est indissociable de la foi. Car fraterniser avec l’autre différent suppose d’avoir une conscience claire de son identité et du contenu de sa propre foi. Sinon le risque est grand de dialoguer dans l’ambiguïté. Il faut que, nous chrétiens, nous sachions témoigner paisiblement des convictions qui nous habitent. Cela requiert que nous prenions le temps de revisiter à intervalles réguliers les sources et les fondements de notre propre foi. Si notre foi de chrétiens est hésitante, si elle n’est pas suffisamment réfléchie et argumentée, notre témoignage ne sera guère crédible. Et pourtant ce témoignage est plus que jamais attendu aujourd’hui. Et puis le chemin de la fraternité passe aussi par la connaissance de l’autre et de sa foi. Fraterniser appelle une capacité de « pentecôte » afin de parler la langue de l’autre, de se faire son prochain au sens évangélique du terme.

La fraternité est indestructible, enfin, quand elle est fondée sur l’espérance. Car rien alors ne peut la faire vaciller, ni la violence qui cherche à la détruire, ni les nombreuses incertitudes du lendemain. Il me semble que c’est le grand défi pour nous aujourd’hui. Le Seigneur nous appelle à être des hommes et des femmes d’espérance. Cette espérance n’est pas un optimisme facile qui ferme les yeux sur la réalité, elle est une ancre jetée en Dieu qui nous maintient dans la confiance et nous donne de ne pas être paralysé par la peur ou le découragement. Parce qu’elle est un don de l’Esprit Saint, l’espérance chrétienne est créatrice. Elle ouvre sans cesse devant nous des chemins nouveaux.

3. Adopter un style de vie : la sobriété

Puisque nous venons de célébrer Noël, je voudrais que, devant le dénuement extrême de cet enfant pauvre et pourtant si riche de ce qu’il veut nous donner, nous fassions le choix d’une existence simplifiée, une existence plus sobre affranchie de toute légèreté excessive, de toute mondanité tapageuse. C’est le défi que le pape François nous appelle à relever dans son encyclique Laudato si. « Nous avons besoin d’une conversion qui nous unisse tous, parce que le défi environnemental que nous vivons, et ses racines humaines, nous concernent et nous touchent tous ». Tous les jours, l’actualité nous alerte sur les signes inquiétants d’une planète qui se détériore : la banquise se réduit comme une peau de chagrin sous l’effet du réchauffement climatique, les ressources du sol font l’objet d’un pillage incessant par ceux qui ne pensent qu’à en tirer profit, dans les villes, des êtres humains par millions suffoquent sous un air irrespirable. Comment nous, chrétiens, allons être les stimulateurs, les aiguillons de cette conversion écologique attendue ? Nous ne pourrons donner cet élan que par un changement de style de vie : un changement qui nous fasse sortir du consumérisme ambiant et nous rende attentifs à l’impact de chacune de nos actions sur les autres et sur l’environnement ; un changement qui soit vécu comme une expérience libératrice, celle de pouvoir découvrir ce qui donne vraiment de la valeur à la vie. Oui, Noël peut ouvrir devant nous le chemin d’une sobriété vraiment heureuse. Et puis Noël peut aussi réveiller en nous la grâce de l’émerveillement à l’image des bergers qui viennent contempler l’Enfant de la crèche et repartent en louant et en glorifiant le Seigneur. Il me semble que nous ne pourrons jamais contribuer à la sauvegarde de la création si nous laissons s’éteindre en nous cette aptitude à contempler et à nous émerveiller. Laudato si nous invite justement à renouveler sans cesse un regard d’émerveillement sur le cosmos, sur le cosmos habité par les êtres humains que nous sommes, si nombreux soient-ils. « Le monde est plus qu’un problème à résoudre, nous dit le pape François, il est un mystère joyeux que nous contemplons dans la joie et dans la louange. ». Et au n. 84 : « Tout l’univers matériel est un langage de l’amour de Dieu, de sa tendresse démesurée envers nous. Le sol, l’eau, les montagnes, tout est caresse de Dieu ». Porter attention à la beauté et l’aimer nous aide, je crois, à sortir du pragmatisme et de l’utilitarisme. En ce sens, un chrétien ne saurait vivre toutes ces questions de développement et d’écologie stimulé par la peur, la peur de manquer, la peur de voir tout se détruire. Ne donnons pas le sentiment d’être seulement accablés par les problèmes, mais sachons véritablement nous réjouir…

Élections présidentielles et législatives : des valeurs à défendre

Je ne peux pas conclure sans évoquer la double échéance des élections présidentielles et législatives qui auront lieu au printemps prochain dans notre pays. Les enjeux de ces deux événements sont d’autant plus importants qu’ils s’inscrivent dans le contexte d’une crise sociale et économique durable et profonde dont les causes en réalité, nous le percevons bien, sont d’ordre anthropologique et éthique. Je vous renvoie à ce sujet au texte des évêques de France qui réintroduisent la question du sens dans une société qui doute d’elle-même et cherche des repères.

Tout en se gardant, bien sûr, de donner des consignes de vote, les évêques nous rappellent que le choix de nouveaux parlementaires et d’un futur président ne saurait se faire sans la prise en compte de critères aussi décisifs que le soutien inconditionnel de la famille, la défense des plus vulnérables, à commencer par l’enfant à naître, une régulation des flux migratoires qui se fasse dans le respect de la dignité de la personne, une application ouverte et apaisée du principe constitutionnel de la laïcité qui, loin de stigmatiser les religions, garantisse le libre exercice de leurs cultes et leur réserve un espace d’expression publique au cœur de nos villes et de nos villages. C’est ce qui fonde l’importance de cet acte citoyen que constituent les élections, un acte auquel aucun catholique digne de ce nom ne saurait se dérober pour quelque raison que ce soit.

Je laisse le mot de la fin au professeur Jean-Luc Marion, de l’Académie Française. Il nous interroge, nous les chrétiens du XXIe siècle : « Sommes-nous en charge du salut de l’Église, de sa croissance, de sa puissance, de son efficacité, de son amélioration ? Le Christ ne s’en charge-t-il pas ? Certes, il s’en charge en nous demandant, à chacun d’entre nous, de nous réformer, c’est-à-dire de nous convertir à la vie de l’Esprit. Certes, il a promis à son Église que les portes de l’Enfer ne prévaudraient pas contre elle. Mais il ne l’a jamais assurée de devenir majoritaire ou dominante dans le monde : il lui a seulement demandé de passer par la même Croix, où il a conquis la résurrection. L’Église ne devrait même pas constituer notre premier souci, du moins l’Église comme une société humaine parmi d’autres dans le monde. (…) Notre premier souci, ce n’est pas elle, mais ce qu’elle rend possible et ce dont elle provient : la vie selon l’Esprit ».

C’est le vœu que je forme au seuil de cette année nouvelle. Que solidaires de ce monde en quête d’espérance et de sens, nous soyons véritablement des chrétiens « inspirés », c’est-à-dire porteurs de cette vie de l’Esprit que nous avons reçu le jour de notre baptême et de notre confirmation, une vie qui témoigne de la joie d’être sauvés du péché et de la mort, une vie qui triomphe de tous les obstacles et de tous les égoïsmes, une vie qui rayonne à l’extérieur par mille gestes de fraternité et d’amour. Tous ensemble, prêtres, diacres, religieux et religieuses, consacrés, laïcs missionnaires et laïcs missionnés, faisons le pari de la confiance ! Au cœur de cette Église diocésaine que nous aimons tant, soyons les gardiens de la joie de l’Évangile qui nous a été confiée comme un trésor. Ne nous laissons pas gagner par cette tristesse douceâtre, sans espérance, qui voudrait s’emparer de nos cœurs (Cf. Evangelii gaudium, n. 83). À chacune et chacun, je redis mon estime profonde et mon attachement affectueux dans le Seigneur et vous souhaite une année nouvelle riche des promesses de Dieu et pleine d’une heureuse fécondité missionnaire et pastorale.

 Mgr Thierry Scherrer, évêque de Laval, à l’occasion de ses vœux le 7/01/2017

Brèves

Pour Mgr di Falco,Valls devrait rencontrer le jeune homme plutôt que de porter plainte

Mgr di falco valls

En France #NLQ

Quand les chrétiens de gauche appellent à refonder la gauche sur la justice sociale

L’engagement et les prises de paroles politiques des catholiques de droite ressemble à un raz de marée comparé au filet d’eau des chrétiens qui tentent de s’exprimer dans la débâcle actuelle de la gauche. Pourtant et depuis des décennies les cathos de gauche ont eu le vent en poupe par la corde sociale qu’ils faisaient vibrer, au point de les rendre omniprésents et de cantonner les cathos de droite aux affaires économiques voire aux extrêmes. Cette époque est révolue et il faut vraiment tendre l’oreille pour entendre une voix plus posée et pas seulement partisane venant de la gauche chrétienne.

Nés à l’occasion des élections européennes, les Poissons roses se revendiquent comme l’aile gauche issue des Manifs de 2013. Leur alliance électorale avec Nous citoyens, très libéral, a surpris à l’époque. Leur président Philippe de Roux fait parti de cet appel lancé à reconstruire la gauche sur la justice sociale. Une bonne idée qui dépend ben entendu de ce que nous mettons derrière ces mots. C’est ce qu’ils tentent d’expliquer et que nous relayons sur ce lien sans commentaire, sinon celui de regretter que les chrétiens soient toujours obligés d’être de gauche ou de droite. Quant ils ne se tapent pas dessus dans des guerres fratricides, stigmatisés entre identitaires et progressistes.