Suicide de l’Eglise belge, l’abbé de Beukelaer réagit

L’abbé de Beukelaer, ancien porte parole de l’épiscopat de Belgique, aujourd’hui doyen du centre ville de Liège, réagit à l’éditorial de la DH de ce 2 février, intitulé : « Le suicide de l’église catholique ». Je le cite : « La petite communion serait sur le point de disparaître. Une réflexion est en tout cas engagée dans ce sens dans le diocèse de Bruxelles. Le but serait de retarder l’âge d’un an ou deux. En attendant une suppression pure et simple ? L’explication de l’Église est que les enfants ne connaissent plus leur histoire sainte. Un constat qui rejoint celui de parents invités voici peu par Pascal Vrebos. Ils se plaignaient eux aussi que les enfants ne recevaient plus d’éducation religieuse même dans les écoles catholiques. Il n’y a pas de quoi s’étonner quand l’exemple vient d’en haut. Depuis son élection, le nouveau pape semble davantage préoccupé par l’accueil aux migrants que de revitaliser la pratique des fidèles. François avait d’ailleurs passablement choqué en déclarant au lendemain de l’attentat contre Charlie Hebdo que si un ami insultait sa mère, il devait s’attendre à recevoir un coup de poing. Comme charité chrétienne, il y a mieux ! Depuis lors en Belgique, le trop fougueux monseigneur Léonard a été écarté au profit d’un cardinal si transparent que la plupart des fidèles seraient bien en peine de citer son nom. L’Église catholique de Belgique s’est également illustrée en bradant son patrimoine religieux au motif que plusieurs églises n’accueillent plus de fidèles. La voici qui s’applique à supprimer des sacrements. De quoi laisser le champ libre aux autres cultes qui, aux dernières nouvelles, n’envisagent pas de retarder l’âge de la circoncision. »

Je ne connais pas l’auteur de ces lignes, mais de quelle réalité parle-t-il ? Apparemment, pas la même que celle dans laquelle je vis et exerce mon ministère de prêtre depuis 25 ans. Il doit donc s’agir d’une « Eglise alternative ». En effet, que les responsables catholiques de Bruxelles réfléchissent à retarder l’âge de la première communion pour la remettre à 12 ans – comme ce fut le cas jusqu’au début du XXe siècle – est bien le signe qu’ils prennent cette démarche religieuse au sérieux. Libre à chacun de contester la solution proposée, mais y voir une volonté de brader l’enseignement chrétien, est faire preuve d’une crasse méconnaissance du dossier. De même, critiquer un pape qui réveille les consciences face au drame de l’immigration, plutôt que de pontifier dans sa tour d’ivoire – c’est ne rien connaître à l’Evangile de Jésus-Christ… Ensuite, dénoncer un archevêque « transparent », c’est-à-dire pas assez médiatique – c’est ne pas comprendre le rôle d’un responsable spirituel. J’appréciais Mgr Léonard, parce qu’il était lui-même. J’apprécie Mgr De Kesel, parce qu’il reste également lui-même. Si l’un voulait jouer à l’autre – c’est alors que cela sonnerait faux et serait ridicule. Enfin, reprocher à l’église de brader son patrimoine, parce qu’elle mène une réflexion sur le rôle des édifices du culte – c’est une critique aussi gratuite que facile.

C’est exactement dans le sens inverse que fut écrit, ce 8 février, un article dans les pages liégeoises du « Soir », sous le titre : «  Rationalisation des églises : un tabou » Ici aussi, je cite : « Dans le diocèse de Liège, la désacralisation des églises et surtout la rationalisation des paroisses où parfois ne subsistent que quelques fidèles sont un sujet tabou. À tout le mieux, l’Evêché accepte que l’on désacralise une église, voire qu’elle soit démolie à condition que les pouvoirs publics reconstruisent un nouveau lieu de culte pour la remplacer. Dans le cas de Sainte-Croix, une rationalisation des lieux de culte pourrait conduire à rassembler plusieurs paroisses dans un même lieu, libérant ainsi des églises plus petites (Saint-Servais, Sainte-Marguerite, etc.) qui pourraient alors être désacralisées et converties en logements ou autres fonctions. Appliquée à la région liégeoise, cela reviendrait à faire un cadastre des lieux de culte, de leur fréquentation et des synergies possibles entre paroisses. De la même manière que les économies d’échelle frappent les intercommunales. Il ne faut pas l’oublier : les pouvoirs publics interviennent largement dans les chantiers d’entretien ou de restauration des édifices religieux, que ce soit sous forme de subsides liés à leur classement ou via les aides aux fabriques d’église. Le tout dans un contexte où ces dernières ne sont guère solidaires entre elles, les riches n’aidant pas forcément les pauvres… Autre tabou à lever : la conversion d’édifices religieux classés en fonctions économiques, culturelles ou sociales. Ici aussi les avancées sont timides. S’il n’est pas question pour les promoteurs du circuit des collégiales de voir s’installer un hôtel dans une collégiale liégeoise, fût-ce sous forme de modules réversibles qui n’altèrent ni les volumes ni les décors religieux, à quand un projet de ce genre dans une des nombreuses autres églises liégeoises ? Dans le même ordre d’idée, pourquoi ne pas aménager un lieu de repos ouvert à tous en plein centre-ville dans le cloître de la collégiale Saint-Denis ? Actuellement, l’Évêché n’est guère favorable à une rationalisation des infrastructures religieuses. Elle devient pourtant de plus en plus inévitable au vu des coûts d’entretien que les églises engendrent pour les pouvoirs publics. »

Une fois de plus, en lisant cela – je me retrouve face à la description de « faits alternatifs », bien différents de la réalité que je fréquente. Cela fait plus de 15 années que la pastorale paroissiale du diocèse de Liège est « rationalisée », sous la forme de regroupement en « Unités pastorales ». Pareille nécessaire évolution ne s’est d’ailleurs pas vécue sans douleur. Quant à la « désacralisation » des églises, elle n’est nullement un « tabou » à Liège. Nous visons à préserver les édifices du culte – bien entendu – tout en cherchant des utilisations complémentaires pour ceux qui sont moins fréquentés. Nous croyons, en effet, que les églises sont des lieux de silence, de spiritualité et de gratuité, qui ont toute leur place dans un espace urbain multiculturel. Que le jour où elles seront converties en masse en appartements, bureaux ou restaurants, quelque chose de l’âme des villes et villages aura été vendue au dieu argent. Ceci étant dit, le diocèse de Liège réfléchit sans tabou et n’exclut pas une désaffectation d’église  – là où n’existe aucune piste viable pour maintenir un édifice ouvert au culte. Dans ce cas – plutôt que de lui trouver un usage profane – la solution prioritaire est de l’affecter à un autre culte chrétien qui en aurait le besoin (ainsi, une église de Verviers va être cédée aux orthodoxes et une autre à Liège, aux protestants). Mais d’autres pistes ne sont pas rejetées a priori au nom d’un « tabou », à condition que l’utilisation des lieux reste digne et ne crée pas de scandale.

Le lecteur se sera rendu compte que les deux billets d’humeur – celui de la DH et celui du « Soir » – ont des messages diamétralement opposés. Il n’ont qu’un seul point en commun : la critique de l’Eglise sur base de faits… alternatifs. D’où mon billet d’humeur, telle une réponse du berger à la bergère.

 

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