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Principes non négociables, des points fermes et clairs

En 2012, le site Benoît et moi, faisait, à la veille des élections « pestilentielles », une mise point toujours d’actualité sur les principes non négociables. 

A la veille des élections présidentielles, les catholiques français vont-ils s’étriper autour des « principes non négociables » – l’expression est de Benoît XVI – certains allant jusqu’à suggérer que ces principes sont à relativiser, surtout quand ceux qui en sont le plus proches sont étiquetés à l’extrême-droite de l’échiquier politique – et donc réputés opposés sur tous les autres sujets à la doctrine sociale de l’Eglise.
Il me semble en réalité que pour le Pape, s’engager en politique, cela ne veut pas dire voter pour tel ou tel candidat (en France,cela va être difficile), mais participer à la vie de la cité, contribuant au bien commun, et, qui sait, susciter à long terme (inutile de rêver que c’est pour demain) une nouvelle classe d’hommes politiques. En repartant de zéro (le rôle de former ces futurs politiques revenant en particulier aux pasteurs).
Et ce bien commun, le Saint-Père en donnait (une fois de plus) un aperçu dans son discours aux autorités de Rome et de la Région.

J’ai donc rassemblé ici plusieurs articles de ce site consacrés à ce sujet. Pour aider à se faire, le plus honnêtement possible, son opinion.

Dans la droite ligne de l’enseignement constant de l’Église, Jean-Paul II a maintes fois répété que ceux qui sont engagés directement dans les instances législatives ont « une obligation précise de s’opposer » à toute loi qui s’avère un attentat contre la vie humaine. Pour eux, comme pour tout catholique, il est impossible de participer à des campagnes d’opinion en faveur de telles lois, et il n’est permis à personne de les soutenir par son vote…I- Et d’abord, la parole au Saint-Père (les discours sont bien entendu à lire en entier) :

1.
 En premier, évidemment, la fameuse Note Doctrinale concernant certaines questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique (novembre 2002)
Je crois que ce texte fondamental doit être lu, relu, et médité, et c’est pourquoi je l’ai reproduit dans ces pages (car il n’est pas si facile à trouver, bien que beaucoup s’en réclament !).

Je lis bel et bien ces propos très clairs :


(…) la conscience chrétienne bien formée ne permet à personne d’encourager par son vote la mise en œuvre d’un programme politique ou d’une loi dans lesquels le contenu fondamental de la foi et de la morale serait évincé par la présentation de propositions différentes de ce contenu ou opposées à lui. Parce que la foi est un tout indivisible, il n’est pas logique d’isoler un de ses éléments au détriment de la totalité de la doctrine catholique.

L’engagement politique en faveur d’un aspect isolé de la doctrine sociale de l’Église ne suffit pas à répondre totalement à la responsabilité pour le bien commun.

Quand l’action politique est confrontée à des principes moraux qui n’admettent ni dérogation, ni exception, ni aucun compromis, l’engagement des catholiques devient plus évident et se fait lourd de responsabilités.
Face à ces exigences éthiques fondamentales auxquelles on ne peut renoncer, les chrétiens doivent en effet savoir qu’est en jeu l’essence de l’ordre moral, qui concerne le bien intégral de la personne. Tel est le cas des lois civiles en matière d’avortement et d’euthanasie (à ne pas confondre avec le renoncement à l’acharnement thérapeutique qui, même du point de vue moral, est légitime), qui doivent protéger le droit primordial à la vie, depuis sa conception jusqu’à sa fin naturelle. De la même manière, il faut rappeler le devoir de respecter et de protéger les droits de l’embryon humain. De même, il faut préserver la protection et la promotion de la famille, fondée sur le mariage monogame entre personnes de sexe différent, et protégée dans son unité et sa stabilité, face aux lois modernes sur le divorce : aucune autre forme de vie commune ne peut en aucune manière lui être juridiquement assimilable, ni ne peut recevoir, en tant que telle, une reconnaissance légale. De même, la garantie de liberté d’éducation des enfants est un droit inaliénable des parents, reconnu entre autre par les Déclarations internationales des droits humains.


il est arrivé que, même au sein de certaines associations ou organisations d’inspiration catholique, sont apparues des orientations en faveur de forces et de mouvements politiques qui, sur des questions éthiques fondamentales, ont exprimé des positions contraires à l’enseignement moral et social de l’Église. De tels choix et de telles connivences, parce qu’ils sont en contradiction avec des principes fondamentaux de la conscience chrétienne, ne sont pas compatibles avec l’appartenance à des associations ou à des organisations qui se définissent comme catholiques. De manière analogue, il faut noter que, dans certains pays, certaines revues et certains périodiques catholiques ont donné à leurs lecteurs, à l’occasion de choix politiques, une orientation ambiguë et incohérente, interprétant de manière équivoque le sens de l’autonomie des catholiques en politique, sans prendre en considération les principes auxquels on devrait se référer.

2. Discours aux Participants au Congrès promu par le Parti Populaire Européen 
Jeudi 30 mars 2006
(Ici)
———-
En ce qui concerne l’Eglise catholique, l’objet principal de ses interventions dans le débat public porte sur la protection et la promotion de la dignité de la personne et elle accorde donc volontairement une attention particulière à certains principes qui ne sont pas négociables. Parmi ceux-ci, les principes suivants apparaissent aujourd’hui de manière claire :
– la protection de la vie à toutes ses étapes, du premier moment de sa conception jusqu’à sa mort naturelle ;
– la reconnaissance et la promotion de la structure naturelle de la famille – comme union entre un homme et une femme fondée sur le mariage – et sa défense contre des tentatives de la rendre juridiquement équivalente à des formes d’union radicalement différentes qui, en réalité, lui portent préjudice et contribuent à sa déstabilisation, en obscurcissant son caractère spécifique et son rôle social irremplaçable ;
– la protection du droit des parents d’éduquer leurs enfants.
Ces principes ne sont pas des vérités de foi, même si ils reçoivent un éclairage et une confirmation supplémentaire de la foi ; ils sont inscrits dans la nature humaine elle-même et ils sont donc communs à toute l’humanité. L’action de l’Eglise en vue de leur promotion n’est donc pas à caractère confessionnel, mais elle vise toutes les personnes, sans distinction religieuse. Inversement, une telle action est d’autant plus nécessaire que ces principes sont niés ou mal compris, parce cela constitue une offense contre la vérité de la personne humaine, une blessure grave infligée à la justice elle-même.

* * *


3. Mgr Luigi Negri fait un commentaire ici :

(Ici)

Nous devons la définition des « principes non négociables » à Benoît XVI, dans un de ses premiers discours en tant que Pape. Pour être précis, l’occasion lui a été offerte par la rencontre avec les parlementaires du Parti populaire européen, reçus en audience le 30 Mars 2006 . C’est une circonstance à ne pas négliger, parce que le Pape n’a pas apporté d’innovations doctrinales, mais a rendu explicite et détaillée la position traditionnelle de l’Eglise, la replaçant dans le contexte de la situation en Europe, où le relativisme attaque les droits fondamentaux étroitement liés à la nature de l’homme et à sa dignité.

A cette occasion, Benoît XVI a évoqué les trois principes non négociables qui jaillissent de la tradition de la doctrine sociale de l’Eglise,vérifiés dans l’histoire des nations :
– Protection de la vie dans toutes ses phases, depuis le premier moment de la conception jusqu’à la mort naturelle ;
– Reconnaissance et promotion de la structure naturelle de la famille en tant qu’union entre un homme et une femme fondée sur le mariage, et sa défense contre les tentatives de la rendre juridiquement équivalente à des formes d’union radicalement différentes qui en réalité lui portent préjudice et contribuent à sa déstabilisation, en occultant son caractère particulier et son rôle social irremplaçable ;
– Protection du droit des parents d’éduquer leurs enfants.
« Ces principes ne sont pas des vérités de la foi , même s’ils reçoivent un éclairage supplémentaire, et une confirmation, de la foi. Ils sont inscrits dans la nature humaine elle-même et sont donc communs à toute l’humanité. L’action de l’Eglise dans leur promotion n’est donc pas à caractère confessionnel, mais elle est adressée à toutes les personnes, indépendamment de leur appartenance religieuse.  »

La formulation des principes non-négociables était en fait déjà présente dans la Note doctrinale sur certaines questions regardant l’engagement des catholiques dans la vie politique, que la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (présidée alors par le Cardinal Joseph Ratzinger) a publiée le 24 novembre 2002 dans le but de rappeler et de préciser certains points de la doctrine sociale de l’Eglise pour ceux qui oeuvrent et vivent dans les sociétés démocratiques.

En particulier, le document fait la distinction entre les décisions politiques contingentes dans lesquelles sont souvent « moralement possibles des stratégies différentes pour réaliser ou garantir en substance une même valeur de fond » (n° 3) et « les principes moraux qui n’admettent aucune dérogation, exception ou compromis » ( n° 4), où « alors, l’engagement des catholiques devient plus évident et chargé de la responsabilité ».
La note parle dans ce cas d’ »exigences éthiques fondamentales inaliénables », devant lesquelles « les chrétiens doivent en effet savoir qu’est en jeu l’essence de l’ordre moral, qui concerne le bien intégral de la personne. Tel est le cas des lois civiles en matière d’avortement et d’euthanasie (à ne pas confondre avec le renoncement à l’acharnement thérapeutique qui, même du point de vue moral, est légitime), qui doivent protéger le droit primordial à la vie, depuis sa conception jusqu’à sa fin naturelle. De la même manière, il faut rappeler le devoir de respecter et de protéger les droits de l’embryon humain. De même, il faut préserver la protection et la promotion de la famille, fondée sur le mariage monogame entre personnes de sexe différent, et protégée dans son unité et sa stabilité, face aux lois modernes sur le divorce : aucune autre forme de vie commune ne peut en aucune manière lui être juridiquement assimilable, ni ne peut recevoir, en tant que telle, une reconnaissance légale. De même, la garantie de liberté d’éducation des enfants est un droit inaliénable des parents, reconnu entre autre par les Déclarations internationales des droits humains »(n° 4).

Dans cette approche, il y a une question fondamentale qui doit être soulignée, à savoir que la doctrine sociale de l’Eglise est le contenu qui lie (ndt : au sens de contrainte) les interventions faites par des individus et des groupes. Elle les lie, dans le sens où elle constitue l’hypothèse de travail, une hypothèse à la lumière de laquelle peuvent ensuite être conduites toutes les analyses de caractère culturel et toutes les mesures de nature opérationnelle.

Ce qui est essentiel dans l’engagement des catholiques ne réside donc pas dans l’analyse des individus et des groupes, où on court le risque inévitable d’utiliser les principes de la doctrine sociale en fonction d’évaluations ou d’interventions de caractère culturel, social et politique. Si on ne garde pas à l’esprit les principes fondamentaux que seule l’Église enseigne et qui ne peuvent être rejetés, alors les valeurs fondamentales deviennent le contenu des analyses, et ce sont les choix contingents – sociaux, culturels et politiques – qui assumeront le rôle des valeurs fondamentales. Avec pour résultat une désagrégation, qui non seulement rend équivoque la présence des catholiques en politique, mais fait en sorte que les contenus de leurs intervention finiront par être irréformables comme la foi.

Il arrive ainsi que dans la communauté ecclésiale, ceux qui font des choix opérationnels, culturels et sociaux différents, se combattent avec une violence acharnée comme s’il n’y avait pas une base commune qui précède ces différences, et qui à la limite pourrait valoriser ces différences. Alors, le « catho-communiste » (ndt : nous dirions catholique de gauche) considére celui de droite comme un non-chrétien, le catholique de droite considère le catho-communisme comme une trahison fondamentale de la foi, et la communauté est divisée dans sa nature profonde, elle risque d’être mise en situation de crise, ou déchirée, pour des considérations de nature contingente. Et cette division se retrouve jusqu’au sommet de la hiérarchie.

La grande leçon du pape est justement de rappeler ce qui vient en premier, ce qui fonde l’unité des catholiques.


II.
 Le Saint-Père a repris le thème du chrétien en politique en mai 2011, lors de sa visite à l’Aquilée et Venise.
A l’Aquilée, s’adressant aux évêques et aus prêtres (cf. Ici), il a dit :

Enfin, je vous recommande, à vous comme aux autres Eglises en Italie, l’engagement à susciter une nouvelle génération d’hommes et de femmes capables d’assumer des responsabilités dans des domaines divers de la société, particulièrement en politique. Ce domaine a plus que jamais besoin de voir des personnes, surtout des jeunes, capables de construire une « vie bonne » en faveur et pour le bénéfice de tous. En effet,les chrétiens, qui sont des pèlerins vers le ciel, mais qui vivent déjà ici-bas une anticipation de l’éternité, ne peuvent se soustraire à cet engagement.

Ce paragraphe a été commenté par Andrea Tornielli (qui a l’honnêteté de ne pas se présenter comme détenteur de l’unique vérité), qui titrait, (lui aussi !) : il n’y a pas que les principes non négociables » (benoit-et-moi.fr/2011-II/) :

Le thème des principes « non négociables » a été repris à plusieurs reprises par le pape et les évêques italiens. Et il est devenu, souvent, champ de bataille politique et dans certains cas, de débats houleux, même parmi les catholiques.

L’invitation pressante de Benoît XVI à l’engagement politique, cependant, semble aller plus loin. Le Pape, en effet invite les jeunes à construire « une ‘vie bonne’ pour le bien de tous ». Si les principes non négociables sont le point de départ, il serait de courte vue de réduire l’engagement des catholiques exclusivement à la défense et la promotion de ces principes. Les catholiques sont en effet porteurs d’une culture, d’une vision de l’homme et des relations sociales, qui ne peut facilement être réduite ou aplatie à certains modèles aujourd’hui à la mode dans certains groupes politiques.


III. 
Parmi les réflexions les plus intéressantes que j’ai lues sur le thème, il y a un article du Père Scalese datant de l’année dernière (http://benoit-et-moi.fr/2011-II).
Ce qu’il dit (cela s’appliquait à l’Italie, mais aussi à nous) me paraît très important. On ne peut pas faire tout tout de suite et résoudre les problèmes comme par un coup de baguette magique. En France, aujourd’hui, le personnel politique catholique est inexistant. Il faut tout recommencer du début :

(…) dans la situation où nous sommes, nous ne pouvons pas nous faire d’illusions sur une reconstruction immédiate, comme on dit aujourd’hui du « tissu social » au sens chrétien. Après des siècles de démantèlement du « christianisme » (c’est de cela qu’il s’agit : la crise que nous traversons n’est pas, comme beaucoup le croient, le résultat de décisions hâtives dans les dernières décennies, mais la conséquence de prémisses qui plongent leurs racines loin dans le temps) on ne peut prétendre le reconstruire en un tournemain.Au point où nous en sommes, je suis convaincu que nous ne pouvons plus penser résoudre la situation avec des interventions limitées, uniquement destinées à sauver ce qui peut l’être. …. Je pense qu’il n’y a rien d’autre à faire que de tout recommencer du début, revenir à l’époque des apôtres et continuer à proclamer le kérygme du Christ crucifié et ressuscité. Dans l’intervalle, tout ce qui nous entoure se sera complètement effondré, et on pourra ensuite commencer à reconstruire à partir de zéro.

Et le Père Scalese citait une conférence qu’il avait tenue en juin 1998 :

ll faut absolument éviter l’erreur de penser que le seul problème est « de quel côté se placer », à gauche ou à droite, ou s’il ne faut pas plutôt reconstituer un « grand centre », qui rassemble tous les catholiques.
Le problème est en réalité beaucoup plus profond.
Actuellement nous sommes confrontés non seulement à une gauche, mais aussi hélas à une droite entièrement sécularisée. Donc le vrai problème est de ré-évangéliser la politique. Il faut commencer du début, comme il y a deux mille années : le chrétien, de quelque côté qu’il se range, est appelé à « imprégner l’ordre temporel de l’esprit évangélique ». A ce niveau, au niveau de la foi et des valeurs morales, tous les catholiques sont – doivent être – unis au-delà des camps. Ils doivent être non pas des catholiques de droite, de gauche ou du centre, non pas des « catholiques libéraux » ou des « démocrates catholiques », des « cathocomunistes » ou des « cléricofascistes », mais simplement catholiques – comme nous l’a rappelé la semaine dernière L’Osservatore Romano (15 Juin 1998) – des « catholiques sans adjectifs ».

IV.
 Il y a des quantités d’autres pages que l’on peut ramener à ces « points non négociables » et au rôle du chrétien en politique.
Parmi elles, ces deux lettres de Mgr Démetrio Fernandez, évêque de Cordou, traduites par Carlota :

-> Changement d’époque : http://benoit-et-moi.fr/2011-II/ ..1
-> Ce qu’un chrétien demande à un homme politique : http://benoit-et-moi.fr/2011-II/..2

* * *

Ce « dossier » (qui ne parvient pas vraiment à réaliser une synthèse, certes à cause des limites de son auteur, mais aussi à la complexité des problèmes en jeu) ne serait pas complet si je ne reproduisais quelque chose qui me tient à coeur, et qui est une réponse à ceux qui, d’un bord comme de l’autre, entendent tirer le saint-Père par la soutane (comme disent les italiens) pour lui faire dire ce qu’ils ont envie d’entendre.

Cette interviewe du cardinal Ratzinger (video ici) par TSR en 1998 a déjà été citée à propos de la piède de Castellucci (http://benoit-et-moi.fr/2011-III) :

Le journaliste l’interroge (je ne sais plus le contexte, mais on voit qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil :

Q : J’aurais aimé que le Saint-Père manifeste nettement sa compréhension de ce qui pousse les gens à la violence.

 

R : Je dirais… le Pape donne donne les grandes lignes de l’engagement des chrétiens dans la politique. Il annonce l’Evangile et purifie ainsi les consciences, mais ce n’est pas le rôle du Pape de rentrer dans tous les détails, puisque finalement, il ne remplace pas l’épiscopat. Il y a la réalité très concrète et très précise de l’épiscopat qui connaît la réalité sur le lieu, et donc il y a un rôle différent du Pape et des évêques dans ce lieu.

Brèves

Benoît XVI irait-il en Egypte à la place du pape François ?

Le pape Benoit XVI ira comme prévu en Egypte !

Tel est le titre (images à l’appui) du journal Challenge daté du 11 avril dernier.

Même si le contenu de l’artice parle bien du pape François, titre et image de l’article laissent songeurs sur le sérieux et le suivi de l’actualité par certains journalistes…

 

Brèves

Juppé n’aime pas plus Benoît XVI que Sens Commun

On se souvient de la déclaration d’Alain Juppé il y a quelques années au sujet de Benoît XVI, « ce pape commence à poser un vrai problème ». Eh oui tout le pontificat de Benoît XVI fut une défense de la cohérence et de la vérité. On comprend que cela gêne un homme politique aux vestes réversibles. (voir ici l’analyse de son évolution sur les thèmes pro-vie).

 

Mais voilà, si parfois le pape François semble « novateur », sur les questions que défend Sens Commun, on en est sûr, il n’y a pas une feuille de papier à cigarette entre lui et son prédécesseur. Alors évidemment, Sens Commun, Benoît XVI, même combat. Mais, comme l’actuel souverain pontife a le vent en poupe auprès des milieux progressistes qui ne retiennent de lui que ce qu’ils peuvent instrumentaliser, il était difficile au candidat battu de s’en prendre à l’idole des médias.

Aussi, fidèle à sa ligne, celle de la mouvance qui n’a pas réussi à le faire élire, Alain Juppé déclare tout net :

Je ne soutiendrai pas un gouvernement dont la ligne serait dictée par Sens commun. C’est simple, je serai dans l’opposition.

A la une #Tribunes et entretiens

Une quête et un amour de la vérité – Hommage de Rémi Brague à Benoît XVI

A l’occasion des 90 ans de Benoît XVI ce jour de Pâques 2017, le philosophe Rémi Brague rend hommage au théologien, sur radio Vatican (version audio).

 

C’est une chose dont nous souffrons, c’est une épidémie qui se répand en Occident, ce raz-de-marée, ce tsunami affectif qui fait qu’on a de plus en plus de mal à proposer des arguments, lesquels sont remplacés le plus souvent par l’exhibition  de ses sentiments, surtout lorsque ces sentiments sont tristes. Bon, celui qui souffre vraiment mérite effectivement toute notre compassion, mais cela n’autorise pas à dire n’importe quoi. Il faut que je puisse transformer mon impression en  quelque chose que je vais pouvoir communiquer vraiment, mais pas seulement faire ressentir dans la compassion, dans une empathie d’ailleurs souvent illusoire… Il va falloir exprimer ce que je pense et pas seulement ce que je sens. Et de ce point de vue-là, le Pape émérite était passé virtuose. Il est parfaitement capable de rendre une impression qu’il repère dans l’opinion contemporaine et de la transformer en quelque chose avec quoi on peut argumenter. Et de ce point de vue-là, je crois que ses interventions étaient un très grand bienfait, parce qu’elles nous ramenaient à la sobriété, à une vision dégrisée des choses, et précisément parce qu’elle est dégrisée, on pouvait la transmettre.

Un autre point saillant de la théologie ratzingérienne, et du pasteur Benoît XVI, c’est cette quête et cet amour de la Vérité. Comment résumeriez-vous cette quête, et selon vous, de quelle manière l’a –t-il imprimée à son pontificat ?

La Vérité doit être réaffirmée comme ce en quoi il faut nous mettre en quête, à une époque où, justement, la Vérité devient elle-même, pour reprendre un titre célèbre, suspecte. On entend des gens dire : « bon, la vérité c’est bien joli, mais vous voulez m’asséner votre vérité, j’ai ma vérité à moi que je préfère à la vôtre et je ne vois pas pourquoi la vôtre serait meilleure que la mienne ». C’est un renoncement à l’idée même de Vérité ! S’il existe une Vérité que nous devons non seulement rechercher mais aimer, et bien c’est cette Vérité qui va nous dire à nous-mêmes ce que nous sommes, qui va nous éclairer sur ce que nous sommes…Ce qui n’est pas toujours très agréable ! Alors je crois qu’il faut faire très attention lorsque l’on prétend se passer de l’idée de Vérité ou la relativiser, et se demander ce que l’on cherche vraiment. Est-ce que l’on cherche vraiment davantage de liberté ? Ou au contraire, est-ce qu’on ne cherche pas à se débarrasser d’une instance désagréable parce qu’elle nous jugerait ?  Je crois que c’est cet examen de conscience essentiel auquel il faut se livrer à laquelle l’œuvre entière du Pape émérite nous invite.

Parlant de son prédécesseur, le Pape François a dit que Benoît XVI était l’exemple même du « théologien à genoux ». Qu’est-ce que cette expression évoque pour vous ?

D’une certaine manière, une tautologie ! On se représente un peu trop souvent le théologien debout, faisant une conférence. On se le représente parfois assis, comme le professeur qui enseigne avec autorité, du haut de sa chaire.  Mais ce qui est beaucoup plus intéressant, c’est le prie-Dieu ! C’est ce qui assure que l’on ne parle pas de soi-même. Si on se prêche soi-même, la parole vaudra exactement ce que vaudra la petite personne qui y sera assise. Si en revanche, le théologien est avant tout quelqu’un qui cherche le contact avec Dieu, quelqu’un qui cherche à se soumettre à Dieu, alors son discours aura une toute autre tonalité. Alors, pourquoi cela doit se faire à genoux ? Et bien ce n’est pas le rapport de l’esclave prosterné devant son maitre, c’est l’attitude de l’hommage de celui qui a compris la parole du Christ : « Je ne vous appelle plus serviteur mais amis (Jn 15,15). Le théologien à genoux, c’est celui qui exprime justement cette amitié avec un Dieu qui a bien voulu condescendre à nous prendre comme amis et qui essaie d’exprimer avec ses pauvres mots humains ce dont il s’agit.

Est-ce qu’il vous vient en tête un texte, ou une homélie, ou un livre de Benoît XVI-Ratzinger qui vous marque particulièrement et qui vous inspire ?

Et bien j’ai été marqué par le discours qu’il a prononcé aux Bernardins (ndlr : rencontre avec le monde de la culture au Collège des Bernardins, 12 septembre 2008), qui parlait de « Quaerere Deum », de « chercher Dieu », qui expliquait que la culture n’était pas une fin en soi, que ce n’était pas une manière de se faire plaisir à soi-même, mais une manière de chercher le Bien, de chercher le Vrai, de chercher le Beau, qui est la splendeur du Vrai. Tout cela, j’ai essayé de m’en inspirer.

(HD-MA)

 

 

 

A la une #Doctrine / Formation #NLH

Benoît XVI – Méditation du Samedi Saint devant le Saint Suaire

A l’occasion de l’ostension du Saint Suaire (du 10 avril au 23 mai 2010), le pape Benoît XVI s’est rendu à la cathédrale de Turin pour y vénérer la relique dimanche 2 mai. Il a lu à cette occasion une méditation intitulée « Le mystère du Samedi Saint ».

Chers amis,

C’est pour moi un moment très attendu. En diverses autres occasions, je me suis trouvé face au Saint-Suaire, mais cette fois, je vis ce pèlerinage et cette halte avec une intensité particulière : sans doute parce que les années qui passent me rendent encore plus sensible au message de cet extraordinaire Icône ; sans doute, et je dirais surtout, parce que je suis ici en tant que Successeur de Pierre, et que je porte dans mon cœur toute l’Eglise, et même toute l’humanité. Je rends grâce à Dieu pour le don de ce pèlerinage et également pour l’occasion de partager avec vous une brève méditation qui m’a été suggérée par le sous-titre de cette Ostension solennelle : « Le mystère du Samedi Saint ».

On peut dire que le Saint-Suaire est l’Icône de ce mystère, l’Icône du Samedi Saint. En effet, il s’agit d’un linceul qui a enveloppé la dépouille d’un homme crucifié correspondant en tout point à ce que les Evangiles nous rapportent de Jésus, qui, crucifié vers midi, expira vers trois heures de l’après-midi. Le soir venu, comme c’était la Parascève, c’est-à-dire la veille du sabbat solennel de Pâques, Joseph d’Arimathie, un riche et influent membre du Sanhédrin, demanda courageusement à Ponce Pilate de pouvoir enterrer Jésus dans son tombeau neuf, qu’il avait fait creuser dans le roc à peu de distance du Golgotha. Ayant obtenu l’autorisation, il acheta un linceul et, ayant descendu le corps de Jésus de la croix, l’enveloppa dans ce linceul et le déposa dans le tombeau (cf. Mc 15, 42-46). C’est ce que rapporte l’Évangile de saint Marc, et les autres évangélistes concordent avec lui. A partir de ce moment, Jésus demeura dans le sépulcre jusqu’à l’aube du jour après le sabbat, et le Saint-Suaire de Turin nous offre l’image de ce qu’était son corps étendu dans le tombeau au cours de cette période, qui fut chronologiquement brève (environ un jour et demi), mais qui fut immense, infinie dans sa valeur et sa signification.

Le Samedi Saint est le jour où Dieu est caché, comme on le lit dans une ancienne Homélie : « Que se passe-t-il ? Aujourd’hui, un grand silence enveloppe la terre. Un grand silence et un grand calme. Un grand silence parce que le Roi dort… Dieu s’est endormi dans la chair, et il réveille ceux qui étaient dans les enfers » (Homélie pour le Samedi Saint, PG 43, 439). Dans le Credo, nous professons que Jésus Christ « a été crucifié sous Ponce Pilate, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers. Le troisième jour est ressuscité des morts ».

Chers frères et sœurs, à notre époque, en particulier après avoir traversé le siècle dernier, l’humanité est devenue particulièrement sensible au mystère du Samedi Saint. Dieu caché fait partie de la spiritualité de l’homme contemporain, de façon existentielle, presque inconsciente, comme un vide dans le cœur qui s’est élargi toujours plus. Vers la fin du xix siècle, Nietzsche écrivait : « Dieu est mort ! Et c’est nous qui l’avons tué ! ». Cette célèbre expression est, si nous regardons bien, prise presque à la lettre par la tradition chrétienne, nous la répétons souvent dans la Via Crucis, peut-être sans nous rendre pleinement compte de ce que nous disons. Après les deux guerres mondiales, les lager et les goulag, Hiroshima et Nagasaki, notre époque est devenue dans une mesure toujours plus grande un Samedi Saint : l’obscurité de ce jour interpelle tous ceux qui s’interrogent sur la vie, et de façon particulière nous interpelle, nous croyants. Nous aussi nous avons affaire avec cette obscurité.

Et toutefois, la mort du Fils de Dieu, de Jésus de Nazareth a un aspect opposé, totalement positif, source de réconfort et d’espérance. Et cela me fait penser au fait que le Saint-Suaire se présente comme un document « photographique », doté d’un « positif » et d’un « négatif ». Et en effet, c’est précisément le cas : le mystère le plus obscur de la foi est dans le même temps le signe le plus lumineux d’une espérance qui ne connaît pas de limite. Le Samedi Saint est une « terre qui n’appartient à personne » entre la mort et la résurrection, mais dans cette « terre qui n’appartient à personne » est entré l’Un, l’Unique qui l’a traversée avec les signes de sa Passion pour l’homme : « Passio Christi. Passio hominis ». Et le Saint-Suaire nous parle exactement de ce moment, il témoigne précisément de l’intervalle unique et qu’on ne peut répéter dans l’histoire de l’humanité et de l’univers, dans lequel Dieu, dans Jésus Christ, a partagé non seulement notre mort, mais également le fait que nous demeurions dans la mort. La solidarité la plus radicale.

Dans ce « temps-au-delà-du temps », Jésus Christ « est descendu aux enfers ». Que signifie cette expression ? Elle signifie que Dieu, s’étant fait homme, est arrivé au point d’entrer dans la solitude extrême et absolue de l’homme, où n’arrive aucun rayon d’amour, où règne l’abandon total sans aucune parole de réconfort : « les enfers ». Jésus Christ, demeurant dans la mort, a franchi la porte de cette ultime solitude pour nous guider également à la franchir avec Lui. Nous avons tous parfois ressenti une terrible sensation d’abandon, et ce qui nous fait le plus peur dans la mort, est précisément cela, comme des enfants, nous avons peur de rester seuls dans l’obscurité, et seule la présence d’une personne qui nous aime peut nous rassurer. Voilà, c’est précisément ce qui est arrivé le jour du Samedi Saint : dans le royaume de la mort a retenti la voix de Dieu. L’impensable a eu lieu : c’est-à-dire que l’Amour a pénétré « dans les enfers » : dans l’obscurité extrême de la solitude humaine la plus absolue également, nous pouvons écouter une voix qui nous appelle et trouver une main qui nous prend et nous conduit au dehors. L’être humain vit pour le fait qu’il est aimé et qu’il peut aimer ; et si dans l’espace de la mort également, a pénétré l’amour, alors là aussi est arrivée la vie. A l’heure de la solitude extrême, nous ne serons jamais seuls : « Passio Christi. Passio hominis ».

Tel est le mystère du Samedi Saint ! Précisément de là, de l’obscurité de la mort du Fils de Dieu est apparue la lumière d’une espérance nouvelle : la lumière de la Résurrection. Et bien, il me semble qu’en regardant ce saint linceul avec les yeux de la foi, on perçoit quelque chose de cette lumière. En effet, le Saint-Suaire a été immergé dans cette obscurité profonde, mais il est dans le même temps lumineux ; et je pense que si des milliers et des milliers de personnes viennent le vénérer, sans compter celles qui le contemplent à travers les images – c’est parce qu’en lui, elles ne voient pas seulement l’obscurité, mais également la lumière ; pas tant l’échec de la vie et de l’amour, mais plutôt la victoire, la victoire de la vie sur la mort, de l’amour sur la haine ; elles voient bien la mort de Jésus, mais elles entrevoient sa Résurrection ; au sein de la mort bat à présent la vie, car l’amour y habite. Tel est le pouvoir du Saint-Suaire : du visage de cet « Homme des douleurs », qui porte sur lui la passion de l’homme de tout temps et de tout lieu, nos passions, nos souffrances, nos difficultés, nos péchés également – « Passio Christi. Passio hominis » – de ce visage émane une majesté solennelle, une grandeur paradoxale. Ce visage, ces mains et ces pieds, ce côté, tout ce corps parle, il est lui-même une parole que nous pouvons écouter dans le silence. Que nous dit le Saint-Suaire ? Il parle avec le sang, et le sang est la vie ! Le Saint-Suaire est une Icône écrite avec le sang ; le sang d’un homme flagellé, couronné d’épines, crucifié et transpercé au côté droit. L’image imprimée sur le Saint-Suaire est celle d’un mort, mais le sang parle de sa vie. Chaque trace de sang parle d’amour et de vie. En particulier cette tâche abondante à proximité du flanc, faite de sang et d’eau ayant coulé avec abondance par une large blessure procurée par un coup de lance romaine, ce sang et cette eau parlent de vie. C’est comme une source qui murmure dans le silence, et nous, nous pouvons l’entendre, nous pouvons l’écouter, dans le silence du Samedi Saint.

Chers amis, rendons toujours gloire au Seigneur pour son amour fidèle et miséricordieux. En partant de ce lieu saint, portons dans les yeux l’image du Saint-Suaire, portons dans le cœur cette parole d’amour, et louons Dieu avec une vie pleine de foi, d’espérance et de charité. Merci.

 

 Source

Doctrine / Formation

« Fondamentalisme religieux et laïcisme sont des formes spéculaires et extrêmes du refus du pluralisme et du principe de laïcité » Benoît XVI

LIBERTÉ RELIGIEUSE, CHEMIN VERS LA PAIX – Message du 1er janvier 2011 du pape Benoît XVI

1. AU DÉBUT D’UNE ANNÉE NOUVELLE, mes vœux voudraient rejoindre tous et chacun ; vœux de sérénité et de prospérité, mais surtout vœux de paix. L’année qui vient de se clôturer a été marquée, elle aussi, malheureusement par la persécution, la discrimination, par de terribles actes de violence et d’intolérance religieuse.

Je pense en particulier à la chère terre d’Irak qui, dans sa marche vers une stabilité et une réconciliation tant souhaitées, continue à être une scène de violences et d’attentats. Viennent à la mémoire les récentes souffrances de la communauté chrétienne, et tout particulièrement le lâche attentat contre la cathédrale siro-catholique Notre-Dame du Perpétuel Secours, à Bagdad, où, le 31 octobre dernier, deux prêtres et plus de cinquante fidèles ont été tués, alors qu’ils étaient réunis pour la célébration de la sainte Messe. Et il y eut d’autres attaques les jours suivants, aussi contre des habitations privées, suscitant la peur au sein de la communauté chrétienne et le désir, chez beaucoup de ses membres, d’émigrer pour aller chercher de meilleures conditions de vie. Je les assure de ma proximité et de celle de toute l’Eglise. Ce sentiment a été concrètement exprimé lors de la récente Assemblée spéciale pour le Moyen-Orient du Synode des Evêques. Cette Assemblée a adressé un encouragement aux communautés catholiques en Irak et dans tout le Moyen-Orient à vivre la communion et à continuer à offrir un témoignage courageux de foi en ces régions.

Je remercie vivement les Gouvernements qui s’efforcent de soulager les souffrances de ces frères en humanité et j’invite les catholiques à prier pour leurs frères dans la foi qui souffrent violences et intolérances, et à leur manifester leur solidarité. Dans ce contexte, j’ai ressenti de manière particulièrement vive l’opportunité de partager avec vous tous quelques réflexions sur la liberté religieuse, chemin vers la paix. Il est douloureux en effet de constater que, dans certaines régions du monde, il n’est pas possible de professer et de manifester librement sa religion, sans mettre en danger sa vie et sa liberté personnelle. En d’autres points du monde, il existe des formes plus silencieuses et plus sophistiquées de préjugés et d’opposition à l’encontre des croyants et des symboles religieux. Les chrétiens sont à l’heure actuelle le groupe religieux en butte au plus grand nombre de persécutions à cause de leur foi. Beaucoup subissent des offenses quotidiennes et vivent souvent dans la peur à cause de leur recherche de la vérité, de leur foi en Jésus Christ et de leur appel sincère afin que soit reconnue la liberté religieuse. Tout cela ne peut être accepté, parce que cela constitue une offense à Dieu et à la dignité humaine ; de plus, c’est une menace à la sécurité et à la paix, et cela empêche la réalisation d’un réel développement humain intégral[1].

C’est en effet dans la liberté religieuse que se trouve l’expression de la spécificité de la personne humaine, qui peut ainsi ordonner sa vie personnelle et sociale selon Dieu :  à Sa lumière se comprennent pleinement l’identité, le sens et le but de la personne. Nier ou limiter de manière arbitraire cette liberté signifie cultiver une vision réductrice de la personne humaine ; mettre dans l’ombre le rôle public de la religion signifie engendrer une société injuste, puisque celle-ci n’est pas en harmonie avec la vraie nature de la personne humaine ; cela signifie rendre impossible l’affirmation d’une paix authentique et durable de toute la famille humaine.

J’exhorte donc les hommes et les femmes de bonne volonté à renouveler leur engagement pour la construction d’un monde où tous soient libres de professer leur religion ou leur foi, et de vivre leur amour pour Dieu de tout leur cœur, de toute leur âme et de tout leur esprit (cf. Mt 22,37). Voilà le sentiment qui inspire et guide le Message pour la XLIVème Journée Mondiale de la Paix, consacré au thème : Liberté religieuse, chemin vers la paix.

Le droit sacré à la vie et à une vie spirituelle

2. Le droit à la liberté religieuse s’enracine dans la dignité même de la personne humaine[2], dont la nature transcendante ne doit être ni ignorée ni négligée. Dieu a créé l’homme et la femme à son image et à sa ressemblance (cf. Gn 1,27). C’est pour cela que chaque personne a le droit sacré à une vie intègre aussi du point de vue spirituel. Sans la reconnaissance de son être spirituel, sans l’ouverture au transcendant, la personne humaine se replie sur elle-même, et elle n’arrive pas à trouver des réponses aux interrogations de son cœur sur le sens de la vie et à conquérir des valeurs et des principes éthiques durables. Elle ne peut donc même pas réussir à expérimenter une authentique liberté et à développer une société juste[3].

La Sainte Ecriture, en harmonie avec notre propre expérience, révèle la valeur profonde de la dignité humaine : « A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas, qu’est donc le mortel, que tu t’en souviennes, le fils d’Adam, que tu le veuilles visiter ? A peine le fis-tu moindre qu’un dieu ; tu le couronnes de gloire et de beauté, pour qu’il domine sur l’œuvre de tes mains ; tout fut mis par toi sous ses pieds » (Ps 8, 4-7).

Devant la sublime réalité de la nature humaine, nous pouvons faire l’expérience du même émerveillement que le psalmiste. Elle se manifeste comme ouverture au Mystère, comme capacité de s’interroger en profondeur sur soi-même et sur l’origine de l’univers, comme intime résonnance à l’Amour suprême de Dieu, principe et fin de toutes choses, de toute personneet de tous les peuples[4]. La dignité transcendante de la personne est une valeur essentielle de la sagesse judéo-chrétienne, mais grâce à la raison, elle peut être reconnue par tous. Cette dignité, comprise comme une capacité de transcender sa propre matérialité et de rechercher la vérité, doit être reconnue comme un bien universel, indispensable pour la construction d’une société orientée vers la réalisation et la plénitude de l’homme. Le respect des éléments essentiels de la dignité de l’homme, tels que le droit à la vie et le droit à la liberté religieuse, est une condition de la légitimité morale de toute norme sociale et juridique.

Liberté religieuse et respect mutuel

3. La liberté religieuse est à l’origine de la liberté morale. En effet, l’ouverture à la vérité et au bien, l’ouverture à Dieu, qui est enracinée dans la nature humaine, confère une pleine dignité à chaque personne et elle est garante d’un respect mutuel et plénier entre les personnes. C’est pourquoi la liberté religieuse doit être comprise non seulement comme une absence de la coercition, mais d’abord comme une capacité d’ordonner ses choix selon la vérité.

Il existe un lien infrangible entre liberté et respect ; car, « la loi morale oblige tout homme et tout groupe social à tenir compte, dans l’exercice de leurs droits, des droits d’autrui, de leurs devoirs envers les autres et du bien commun de tous »[5].

Une liberté ennemie ou indifférente à l’égard de Dieu finit par se nier elle-même et ne garantit pas le plein respect de l’autre. Une volonté qui se croit radicalement incapable de rechercher la vérité et le bien n’a plus de raisons objectives ni de motifs pour agir, sinon ceux que lui imposent ses intérêts momentanés et contingents, elle n’a pas « une identité » à conserver et à construire en opérant des choix vraiment libres et conscients. Elle ne peut donc revendiquer le respect de la part d’autres « volontés », elles aussi détachées de leur être plus profond et qui, de ce fait, peuvent faire valoir d’autres « raisons » ou même aucune « raison ». L’illusion que l’on puisse trouver dans le relativisme moral la clé d’une coexistence pacifique, est en réalité l’origine des divisions et de la négation de la dignité des êtres humains. On comprend alors qu’il soit nécessaire de reconnaître une double dimension dans l’unité de la personne humaine : la dimension religieuse et la dimension sociale. A cet égard, il est inconcevable que des croyants « doivent se priver d’une partie d’eux-mêmes – de leur foi – afin d’être des citoyens actifs ; il ne devrait jamais être nécessaire de nier Dieu pour jouir de ses droits »[6].

La famille, école de liberté et de paix

4. Si la liberté religieuse est chemin vers la paix, l’éducation religieuse est une route privilégiée pour donner aux nouvelles générations la possibilité de reconnaître en l’autre un frère et une sœur, avec qui marcher ensemble et collaborer pour que tous se sentent comme les membres vivants d’une même famille humaine, au sein de laquelle personne ne doit être exclu.

La famille fondée sur le mariage, expression d’une union intime et d’une complémentarité entre un homme et une femme, s’insère dans ce contexte comme première école de formation et de croissance sociale, culturelle, morale et spirituelle des enfants, qui devraient toujours trouver dans leur père et leur mère les premiers témoins d’une vie orientée vers la recherche de la vérité et de l’amour de Dieu. Les parents eux-mêmes devraient être toujours libres de transmettre, sans entraves et de manière responsable, leur patrimoine de foi, de valeurs et de culture à leurs enfants. La famille, première cellule de la société humaine, reste le milieu primordial de formation pour des relations harmonieuses à tous les niveaux de la convivialité humaine, nationale et internationale. Nous trouvons ici la route à suivre avec sagesse pour construire un tissu social solide et solidaire, pour préparer les jeunes à prendre leurs propres responsabilités dans la vie, au sein d’une société libre, dans un esprit de compréhension et de paix.

Un patrimoine commun

5. On pourrait dire que, parmi les droits et les libertés fondamentaux enracinés dans la dignité humaine, la liberté religieuse jouit d’un statut spécial. Quand la liberté religieuse est reconnue, la dignité de la personne humaine est respectée à sa racine même, et l’ethos et les institutions des peuples se consolident. A l’inverse, quand la liberté religieuse est niée, quand on essaie d’empêcher de professer sa religion ou sa foi et de vivre en conformité avec elles, la dignité humaine est lésée, et de cette manière se trouvent menacées la justice et la paix, lesquelles se fondent sur l’ordre social juste qui s’édifie à la lumière de la Vérité Suprême et du Souverain Bien.

En ce sens, la liberté religieuse est aussi un acquis de civilisation politique et juridique. C’est un bien essentiel : toute personne doit pouvoir exercer librement le droit de professer et de manifester individuellement ou de manière communautaire, sa religion ou sa foi, aussi bien en public qu’en privé, dans l’enseignement et dans la pratique, dans les publications, dans le culte et dans l’observance des rites. Elle ne devrait pas rencontrer d’obstacles si elle désire, éventuellement, adhérer à une autre religion ou n’en professer aucune. En ce domaine, la règlementation internationale se révèle emblématique et est un exemple essentiel pour les Etats, en ce qu’elle ne permet aucune dérogation à la liberté religieuse, sauf l’exigence légitime de l’ordre public pénétré par la justice[7]. La règlementation internationale reconnaît ainsi aux droits de nature religieuse le même status que le droit à la vie et à la liberté personnelle, car ils appartiennent au noyau essentiel des droits de l’homme, à ces droits universels et naturels que la loi humaine ne peut jamais nier.

La liberté religieuse n’est pas le patrimoine exclusif des croyants, mais de la famille tout entière des peuples de la terre. C’est l’élément incontournable d’un Etat de droit ; on ne peut pas la nier sans porter atteinte en même temps à tous les droits et aux libertés fondamentales, puisqu’elle en est la synthèse et le sommet. Elle est « le ‘papier tournesol’ qui permet de vérifier le respect de tous les autres droits humains »[8]. Celle-ci favorise l’exercice des facultés plus spécifiquement humaines tout en créant les prémisses nécessaires pour la réalisation d’un développement intégral, lequel concerne de manière unitaire la totalité de la personne en chacune de ses dimensions[9].

La dimension publique de la religion

6. La liberté religieuse, comme toute liberté, tout en provenant de la sphère personnelle, se réalise dans la relation avec les autres. Une liberté sans relations n’est pas une liberté achevée. La liberté religieuse ne s’épuise pas non plus dans la seule dimension individuelle, mais elle se met en œuvre dans la communauté dont elle fait partie et dans la société, ceci en cohérence avec l’être relationnel de la personne et avec la nature publique de la religion.

La mise en relation est une composante décisive de la liberté religieuse qui pousse les communautés des croyants à pratiquer la solidarité en vue du bien commun. Dans cette dimension communautaire, chaque personne reste unique et absolument originale, tout en se complétant et en se réalisant pleinement.

On ne peut pas nier la contribution que les communautés religieuses apportent à la société. Nombreuses sont les institutions caritatives et culturelles qui attestent le rôle constructif des croyants pour la vie sociale. D’une importance plus grande encore est la contribution éthique de la religion dans le domaine politique. Elle ne devrait pas être marginalisée ou interdite, mais comprise comme un apport valable à la promotion du bien commun. Dans cette perspective il convient de mentionner la dimension religieuse de la culture, tissée au long des siècles grâce aux contributions sociales et surtout éthiques de la religion. Une telle dimension ne constitue en aucune manière une discrimination vis-à-vis de ceux qui n’en partagent pas la croyance, mais elle renforce plutôt la cohésion sociale, l’intégration et la solidarité.

Liberté religieuse, force de liberté et de civilisation :
les dangers de son instrumentalisation

7. L’instrumentalisation de la liberté religieuse pour masquer des intérêts occultes, comme par exemple la subversion de l’ordre établi, l’accaparement de ressources ou le maintien du pouvoir de la part d’un groupe, peut provoquer des dommages énormes aux sociétés. Le fanatisme, le fondamentalisme, les pratiques contraires à la dignité humaine, ne peuvent jamais trouver une justification, encore moins si cela est accompli au nom de la religion. La profession d’une religion ne peut pas être instrumentalisée, ni imposée par la force. Il faut donc que les Etats et les diverses communautés humaines n’oublient jamais que la liberté religieuse est une condition de la recherche de la vérité et que la vérité ne s’impose pas par la violence mais par «  la force de la vérité elle-même  »[10]. En ce sens, la religion est une force positive et propulsive pour la construction de la société civile et politique.

Comment nier la contribution des grandes religions du monde au développement de la civilisation ? La recherche sincère de Dieu a conduit à un plus grand respect de la dignité de l’homme. Les communautés chrétiennes, avec leur patrimoine de valeurs et de principes, ont fortement contribué à la prise de conscience de la part des personnes et des peuples, de leur identité et de leur dignité, de même qu’à la conquête d’institutions démocratiques et à l’affirmation des droits de l’homme ainsi que des devoirs correspondants.

Aujourd’hui encore, dans une société toujours plus mondialisée, les chrétiens sont appelés, non seulement à un engagement civil, économique et politique responsable, mais aussi au témoignage de leur charité et de leur foi, à offrir une contribution précieuse à l’engagement rude et exaltant pour la justice, le développement humain intégral et le juste ordonnancement des réalités humaines. Exclure la religion de la vie publique, c’est enlever à cette dernière un espace vital qui ouvre à la transcendance. Sans cette expérience originelle, orienter les sociétés vers des principes éthiques universels s’avère pénible et il devient difficile de mettre en place des règlements nationaux et internationaux où les droits et les libertés fondamentaux peuvent être pleinement reconnus et mis en œuvre comme se le proposent les objectifs – malheureusement encore négligés ou contredits – de la Déclaration universelle des Droits de l’homme de 1948.

Un problème de justice et de civilisation :
le fondamentalisme et l’hostilité à l’égard des croyants
nuisent à la laïcité positive des Etats

8. La même détermination avec laquelle sont condamnées toutes les formes de fanatisme et de fondamentalisme religieux, doit animer aussi l’opposition à toutes les formes d’hostilité à l’égard de la religion, qui limitent le rôle public des croyants dans la vie civile et politique.

On ne peut oublier que le fondamentalisme religieux et le laïcisme sont des formes spéculaires et extrêmes du refus du légitime pluralisme et du principe de laïcité. Tous deux, en effet, absolutisent une vision réductrice et partiale de la personne humaine, favorisant dans le premier cas, des formes d’intégralisme religieux, et dans le second, de rationalisme. La société qui veut imposer, ou qui, au contraire, nie la religion par la violence, est injuste à l’égard de la personne et de Dieu, mais aussi envers elle-même. Dieu appelle à lui l’humanité dans un dessein d’amour qui, alors qu’il concerne la personne tout entière dans sa dimension naturelle et spirituelle, exige d’y répondre en termes de liberté et de responsabilité, de tout son cœur et de tout son être, individuel et communautaire. La société elle-même, en tant qu’expression de la personne et de l’ensemble de ses dimensions constitutives, doit donc vivre et s’organiser en sorte de favoriser l’ouverture à la transcendance. C’est précisément pour cela que les lois et les institutions d’une société ne peuvent pas être configurées en ignorant la dimension religieuse des citoyens ou au point d’en faire totalement abstraction. Elles doivent se mesurer – grâce à la participation démocratique de citoyens conscients de leur haute vocation – à l’être de la personne afin de pouvoir la seconder dans sa dimension religieuse. N’étant pas une création de l’Etat, elle ne peut être manipulée par lui ; elle devrait plutôt en recevoir reconnaissance et respect.

Lorsque l’ordonnancement juridique, à tous les niveaux, national et international, permet ou tolère le fanatisme religieux ou antireligieux, il manque à sa mission même qui est de protéger et de promouvoir la justice et le droit de chacun. Ces réalités ne peuvent être abandonnées à l’arbitraire du législateur ou de la majorité, car, comme l’enseignait déjà Cicéron, la justice consiste en quelque chose de plus qu’un simple acte productif de la loi et de son application. Elle implique de reconnaître à chacun sa dignité[11], laquelle, sans liberté religieuse, garantie et vécue dans son essence, résulte mutilée et lésée, exposée au risque de tomber sous la coupe des idoles, des biens contingents transformés en absolus. Tout cela risque de mener la société à des totalitarismes politiques et idéologiques qui donnent une place exagérée au pouvoir public, tandis que les libertés de conscience, de pensée et de religion sont humiliées ou jugulées, comme si elles pouvaient lui faire concurrence.

Dialogue entre institutions civiles et religieuses

9. Le patrimoine de principes et de valeurs exprimés par une religiosité authentique est une richesse pour les peuples et pour leur ethos. Ce patrimoine parle directement à la conscience et à la raison des hommes et des femmes, il leur rappelle l’impératif de la conversion morale, les incite à cultiver la pratique des vertus et à se rapprocher les uns des autres avec amour, sous le signe de la fraternité, en tant que membres de la grande famille humaine[12].

Dans le respect de la laïcité positive des institutions étatiques, la dimension publique de la religion doit toujours être reconnue. Dans ce but, il est fondamental que s’instaure un dialogue sincère entre les institutions civiles et religieuses pour le développement intégral de la personne humaine et l’harmonie de la société.

Vivre dans l’amour et dans la vérité

10. Dans l’univers mondialisé caractérisé par des sociétés toujours plus multi-ethniques et multi-confessionnelles, les grandes religions peuvent représenter un important facteur d’unité et de paix pour la famille humaine. A partir de leurs propres convictions religieuses et de la recherche rationnelle du bien commun, leurs fidèles sont appelés à vivre de manière responsable leur propre engagement dans un contexte de liberté religieuse. Au sein des cultures religieuses variées, s’il faut rejeter tout ce qui est contraire à la dignité de l’homme et de la femme, il est nécessaire, à l’inverse, d’accueillir comme un trésor tout ce qui s’avère positif pour la convivialité civile.  L’espace public que la communauté internationale rend disponible pour les religions et pour leur proposition d’une « vie bonne », favorise l’émergence d’une mesure commune de vérité et de bien, ainsi qu’un consensus moral, qui sont essentiels pour une coexistence juste et pacifique. Les leaders des grandes religions, en vertu de leur rôle, de leur influence et de leur autorité dans leurs propres communautés, sont appelés les tout premiers au respect mutuel et au dialogue.

Les chrétiens, pour leur part, sont invités, par la foi même en Dieu, Père du Seigneur Jésus-Christ, à vivre en frères, qui se rencontrent dans l’Eglise et qui collaborent à l’édification d’un monde où les personnes et les peuples ne feront « plus de mal ni de violence […] car le pays sera rempli de la connaissance du Seigneur, comme les eaux couvrent le fond de la mer » (Is 11,9).

Le dialogue comme recherche en commun

11. Pour l’Eglise, le dialogue entre les fidèles des diverses religions représente un instrument important pour collaborer au bien commun avec toutes les communautés religieuses. L’Eglise elle-même ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans les diverses religions. « Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu’elle-même tient et propose, cependant apportent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes »[13].

Le chemin ainsi indiqué n’est pas celui du relativisme ou du syncrétisme religieux. L’Eglise en effet « annonce, et elle est tenue d’annoncer sans cesse, le Christ qui est « la voie, la vérité et la vie » (Jn 14,6), dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse et dans lequel Dieu s’est réconcilié toutes choses »[14]. Cela n’exclut pas cependant le dialogue et la recherche commune de la vérité dans divers milieux vitaux, car, selon une expression souvent utilisée par saint Thomas d’Aquin, « toute vérité, qui que ce soit qui la dise, vient de l’Esprit Saint »[15].

En 2011 sera fêté le 25e anniversaire de la Journée mondiale de prière pour la paix, convoquée en 1986 à Assise par le vénérable Jean-Paul II. A cette occasion, les responsables des grandes religions du monde ont manifesté combien la religion est un facteur d’union et de paix et non de division et de conflits. Le souvenir de cette expérience est un motif d’espérance en un avenir où tous les croyants se sentent et deviennent effectivement artisans de justice et de paix.

Vérité morale dans la politique et dans la diplomatie

12. La politique et la diplomatie devraient prendre en considération le patrimoine moral et spirituel offert par les grandes religions du monde pour reconnaître et affirmer des vérités, des principes et des valeurs universelles qui ne peuvent être niés sans nier en même temps la dignité de la personne humaine. Mais, dans la pratique, qu’est-ce que cela veut dire promouvoir la vérité morale dans le monde de la politique et de la diplomatie ? Cela signifie agir de manière responsable à partir de la connaissance objective et complète des faits ; cela veut dire déstructurer des idéologies politiques qui finissent par supplanter la vérité et la dignité humaine et veulent promouvoir des pseudo valeurs sous le couvert de la paix, du développement et des droits humains ; cela veut dire favoriser un engagement constant pour fonder la loi positive sur les principes de la loi naturelle[16]. Tout cela est nécessaire et est cohérent avec le respect de la dignité et de la valeur de la personne humaine,  respect garanti par les Peuples de la terre dans la Charte de l’Organisation des Nations Unies de 1945, qui présente des valeurs et des principes moraux universels de référence pour les normes, les institutions, les systèmes de coexistence au niveau national et international.

Au-delà de la haine et des préjugés

13. En dépit des enseignements de l’histoire et de l’engagement des Etats, des Organisations internationales au niveau mondial et local, en dépit des efforts des Organisations non gouvernementales et de tous les hommes et femmes de bonne volonté qui, chaque jour, se dépensent pour la sauvegarde des droits et des libertés fondamentaux, on constate aujourd’hui encore, dans le monde des persécutions, des discriminations, des actes de violence et d’intolérance liés à la religion. En Asie et en Afrique en particulier, les principales victimes sont les membres des minorités religieuses, auxquels il est interdit de professer librement leur religion ou d’en changer, par des intimidations, par la violation des droits et des libertés fondamentaux et des biens essentiels, allant jusqu’à la privation de la liberté personnelle ou même de la vie.

Il existe en outre – comme je l’ai déjà dit – des formes plus élaborées d’hostilité envers la religion, qui, dans les pays occidentaux, se manifestent parfois par le reniement de l’histoire et des symboles religieux dans lesquels se reflètent l’identité et la culture de la majorité des citoyens. Ces attitudes alimentent souvent haine et préjugés et ne sont pas cohérentes avec une vision sereine et équilibrée du pluralisme et de la laïcité des institutions, sans compter qu’elles peuvent empêcher les jeunes générations d’entrer en contact avec le précieux héritage spirituel de leurs pays.

La défense de la religion passe par la défense des droits et des libertés des communautés religieuses. Que les leaders des grandes religions du monde et les responsables des Nations renouvellent donc leur engagement pour la promotion et la sauvegarde de la liberté religieuse, en particulier pour la défense des minorités religieuses, qui ne représentent pas une menace pour l’identité de la majorité, mais représentent au contraire une opportunité de dialogue et d’enrichissement culturel réciproque ! Leur défense est la meilleure manière de renforcer l’esprit de bienveillance, d’ouverture et de réciprocité avec lequel protéger les droits et les libertés fondamentaux dans tous les domaines et toutes les régions du monde.

La liberté religieuse dans le monde

14. Je m’adresse maintenant aux communautés chrétiennes qui souffrent de persécutions, de discriminations, de violences et d’intolérance, particulièrement en Asie, en Afrique, au Moyen-Orient et spécialement en Terre Sainte, lieu choisi et béni par Dieu. Tout en leur renouvelant l’assurance de mon affection paternelle et de ma prière, je demande à tous les responsables d’agir avec promptitude pour mettre fin à toute brimade contre les chrétiens qui habitent dans ces régions. Puissent les disciples du Christ, confrontés aux adversités du moment, ne pas perdre courage, car le témoignage rendu à l’Evangile est et sera toujours signe de contradiction  !

Méditons en notre cœur les paroles du Seigneur Jésus : « Heureux les affligés, car ils seront consolés. Heureux les affamés et assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés. […] Heureux êtes-vous quand on vous insultera, qu’on vous persécutera, et qu’on dira faussement contre vous toute sorte d’infamie à cause de moi. Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux » (Mt 5, 5-12). Renouvelons donc « l’engagement pris par nous à l’indulgence et au pardon, que nous demandons à Dieu dans le Notre Père, en posant nous-mêmes la condition et la mesure de la miséricorde désirée. En effet, nous prions ainsi : « Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés » (Mt 6, 12) »[17]. La violence ne se vainc pas par la violence. Que notre cri de douleur soit toujours accompagné par la foi, par l’espérance et le témoignage de l’amour de Dieu ! J’exprime aussi le souhait qu’en Occident, spécialement en Europe, cessent l’hostilité et les préjugés à l’encontre des chrétiens qui veulent donner à leur vie une orientation cohérente avec les valeurs et les principes exprimés dans l’Evangile. Que l’Europe apprenne plutôt à se réconcilier avec ses propres racines chrétiennes : elles sont essentielles pour comprendre le rôle qu’elle a eu, qu’elle a et veut avoir dans l’histoire ; elle saura ainsi faire l’expérience de la justice, de la concorde et de la paix,  en cultivant un dialogue sincère avec tous les peuples.

La liberté religieuse, chemin vers la paix

15. Le monde a besoin de Dieu. Il a besoin de valeurs éthiques et spirituelles, universelles et partagées, et la religion peut offrir une contribution précieuse dans leur recherche, pour la construction d’un ordre social juste et pacifique au niveau national et international.

La paix est un don de Dieu et en même temps un projet à mettre en œuvre, jamais complètement achevé. Une société réconciliée avec Dieu est plus proche de la paix, qui n’est pas simplement l’absence de guerre, qui n’est pas le simple fruit d’une prédominance militaire ou économique, ni encore moins de ruses mensongères ou d’habiles manipulations. La paix, en fait, est le résultat d’un processus de purification et d’élévation culturelle, morale et spirituelle de chaque personne et chaque peuple, processus dans lequel la dignité humaine est pleinement respectée. J’invite tous ceux qui désirent devenir artisans de paix, et spécialement les jeunes, à se mettre à l’écoute de la voix intérieure qui est en eux, pour trouver en Dieu, le point de référence stable pour la conquête d’une liberté authentique, la force inépuisable pour orienter le monde avec un esprit nouveau, capable de ne pas répéter les erreurs du passé. Comme l’enseigne le Serviteur de Dieu Paul VI, dont la sagesse et la clairvoyance nous ont valu l’institution de la Journée Mondiale de la Paix : « Il faut avant tout donner à la Paix d’autres armes que celles destinées à tuer et à exterminer l’humanité. Il faut surtout les armes morales, qui donnent force et prestige au droit international, à commencer par l’observation des pactes »[18]. La liberté religieuse est une arme authentique de la paix, et elle a une mission historique et prophétique. En effet, elle valorise et fait fructifier les qualités les plus intimes et les potentialités de la personne humaine capables de changer et rendre meilleur le monde. Elle permet de nourrir l’espérance en un avenir de justice et de paix, même devant les graves injustices et les misères matérielles et morales. Puissent tous les hommes et toutes les sociétés, à tout niveau et en tout point de la terre, faire sans tarder l’expérience de la liberté religieuse, chemin vers la paix !

Au Vatican, le 8 décembre 2010.

BENEDICTUS PP XVI

Source


[1] Cf. Benoît XVI, Lett. enc. Caritas in veritate,nn. 29. 55-57.

[2] Cf. Concile œucuménique Vatican II, Déclaration sur la liberté religieuse Dignitatis humanae, n. 2.

[3] Cf. Benoît XVI, Caritas in veritate , n. 78.

[4] Cf. Concile œcuménique Vatican II, Déclaration sur les relations de l’Eglise avec les religions non chrétiennes Nostra aetate, n.1.

[5] Ibid. Déclaration sur la liberté religieuse Dignitatis humanae, n. 7.

[6] Benoît XVI, Discours à l’Assemblée Générale de l’Organisation des Nations Unies (18 avril 2008) : AAS 100 (2008), 337, DC2403 (2008°, p. 537.

[7] Cf. Concile œcuménique Vatican II, Déclaration sur la liberté religieuse Dignitatis humanae, n.2.
[8] Jean-Paul II, Discours aux participants à l’Assemblée Parlementaire de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) (10 octobre 2003), 1 : AAS 96 (2004), p. 111.

[9] Cf. Caritas in veritate, n. 11.

[10] Cf. Concile œcuménique Vatican II, Déclaration sur la liberté religieuse Dignitatis humanae, n. 1.

[11] Cf. Cicéron, De inventione, II,160.

[12] Cf. Benoît XVI, Discours aux Représentants des autres religions du Royaume-Uni (17 septembre 2010) : L’Osservatore Romano (18 septembre 2010), p.12 ; DC 2454 (2010), p. 876.

[13] Concile oecuménique Vatican II, Déclaration sur les relations de l’Eglise avec les religions non chrétiennes Nostra aetate, n.2.

[14] Ibid.

[15] Super evangelium Joannis, I,3.

[16] Cf. Benoît XVI, Discours aux Autorités civiles et au Corps diplomatique à Chypre (5 juin 2010) : L’Osservatore Romano (6 juin 2010), p. 8 ; DC 2448 (2010), p. 572-573 ; Commission Théologique Internationale, A la recherche d’éthique universelle : Nouveau regard sur la loi naturelle, Cité du Vatican, 2009.

[17] Paul VI, Message pour la Journée mondiale de la Paix 1976  : AAS 67 (1975), 671 ; DC 1686 (1975), p. 953.

[18] Ibid. : AAS, 67 (1975), p. 668 ; DC, 1686 (1975), p. 953.

 

Culture #Doctrine / Formation #NLH #NLQ

Le discours que Benoît XVI avait été interdit de prononcer à la Sapienza

Le 15 janvier 2008, le pape Benoît XVI devait s’adresser aux étudiants de l’université de Rome. Mais un quarteron de laïcs a obtenu l’annulation de sa visite.

Voici le discours qu’il avait prévu d’adresser sur le sens de l’université et le rôle de l’Eglise et de la foi chrétienne dans le développement universitaire au fil de l’histoire.

 

Texte du discours que le Pape aurait dû prononcer à l’Université « La Sapienza » de Rome, le 17 janvier 2008.  La visite a été annulée le 15 janvier 2008.

M. le Recteur Magnifique,
Mesdames et Messieurs les Représentants des Autorités politiques et civiles, 

Illustres professeurs et membres du personnel technique et administratif, 
Chers jeunes étudiants !

C’est pour moi un motif de profonde joie de rencontrer la communauté de la « Sapienza – Université de Rome », à l’occasion de l’inauguration de l’Année académique. Depuis des siècles, cette université marque le chemin et la vie de la ville de Rome, faisant fructifier les meilleures énergies intellectuelles dans tous les domaines du savoir. Que ce soit à l’époque où,  après  sa  fondation voulue par le Pape Boniface VIII, l’institution dépendait directement de l’Autorité ecclésiastique, ou par la suite, lorsque le Studium Urbis s’est développé comme institution de l’Etat italien, votre communauté universitaire a conservé un haut niveau scientifique et culturel, qui l’inscrit parmi les universités les plus prestigieuses du monde. L’Eglise de Rome regarde depuis toujours avec sympathie et admiration ce centre universitaire, reconnaissant son engagement, parfois difficile et laborieux, dans la recherche et pour la formation des nouvelles générations. Ces dernières années ont été marquées par des moments significatifs de collaboration et de dialogue. Je voudrais rappeler en particulier la rencontre mondiale des Recteurs à l’occasion du Jubilé des Universités, qui a vu votre communauté prendre en charge non seulement l’accueil et l’organisation, mais surtout la proposition prophétique et complexe de l’élaboration d’un « nouvel humanisme pour le troisième millénaire ».

Je suis heureux aujourd’hui d’exprimer ma gratitude pour l’invitation qui m’a été adressée à venir dans votre université pour y tenir une leçon. Dans cette perspective, je me suis tout d’abord posé la question : Que peut et que doit dire un Pape en une telle occasion ? Dans ma leçon à Ratisbonne, j’ai bien sûr parlé en tant que Pape, mais j’ai surtout parlé en qualité d’ancien professeur de cette université qui fut la mienne, en cherchant à relier souvenirs et actualité. A l’université de la « Sapienza« , l’antique université de Rome, je suis cependant invité en tant qu’Evêque de Rome, et je dois donc parler comme tel. Certes, la « Sapienza » était autrefois l’université du Pape, mais aujourd’hui c’est une université laïque avec l’autonomie qui, en fonction du concept même de sa fondation, a toujours fait partie de la nature de l’Université, laquelle doit exclusivement être liée à l’autorité de la vérité. C’est dans sa liberté à l’égard de toute autorité politique et ecclésiastique que l’Université trouve sa fonction particulière, même pour la société moderne, qui  a  besoin d’une institution de ce genre.

Je reviens à ma question de départ :  Que peut et que doit dire le Pape au cours de la rencontre avec l’université de sa ville ? En réfléchissant à cette question, il m’a semblé qu’elle en contenait deux autres, dont l’éclaircissement devrait à lui seul conduire à la réponse. En effet, il faut se demander :  Quelle est la nature et la mission de la papauté ? Et encore :  Quelle est la nature et la mission de l’Université ? Je ne voudrais pas, en ce lieu, vous retenir par de longs discours sur la nature de la papauté. Une brève explication suffira. Le Pape est tout d’abord l’évêque de Rome et, comme tel, en vertu de la succession de l’Apôtre Pierre, il a une responsabilité épiscopale à l’égard de l’Eglise catholique tout entière. Le terme « évêque-episkopos » qui, dans sa première signification, renvoie à l’idée de « surveillant », a déjà été assimilé, dans le Nouveau Testament, au concept biblique de Pasteur :  il est celui qui, d’un point d’observation élevé, a une vision d’ensemble, s’assurant du juste chemin et de la cohésion de l’ensemble. En ce sens, la tâche ainsi définie oriente tout d’abord le regard vers l’intérieur de la communauté des croyants. L’évêque – le Pasteur – est l’homme qui prend soin de cette communauté ; celui qui la maintient unie, la gardant sur le chemin vers Dieu, chemin qui, selon la foi chrétienne, est montré par Jésus – et non seulement montré :  pour nous, Il est lui-même le chemin. Mais cette communauté, dont l’évêque prend soin – qu’elle soit grande ou petite – vit dans le monde ; ses conditions, son chemin, son exemple et sa parole influent inévitablement sur la totalité de la communauté humaine. Plus elle est importante, plus ses bonnes conditions ou sa dégradation éventuelle se répercuteront sur l’ensemble de l’humanité. Nous voyons aujourd’hui très clairement de quelle manière les conditions des religions et la situation de l’Eglise – ses crises et ses renouveaux – agissent sur l’ensemble de l’humanité. De ce fait, le Pape, précisément comme Pasteur de sa communauté, est également devenu toujours plus une voix de la raison éthique de l’humanité.

Une objection apparaît cependant immédiatemen : le Pape, de fait, ne parlerait pas vraiment en fonction de la raison éthique, mais tirerait ses jugements de la foi et ne pourrait donc pas prétendre qu’ils soient valables pour ceux qui ne partagent pas cette foi. Nous devrons encore revenir sur ce thème, car c’est la question absolument fondamentale qui est posée là :  Qu’est-ce que la raison ? Comment une affirmation – surtout une norme morale – peut-elle se démontrer « raisonnable » ? Ici, je ne voudrais pour le moment que brièvement observer que John Rawls, bien que niant à des doctrines religieuses compréhensives le caractère de la raison « publique », voit toutefois dans leur raison « non publique » au moins une raison qui ne pourrait pas, au nom d’une rationalité endurcie par le sécularisme, être simplement méconnue par ceux qui la soutiennent. Il voit un critère de cet aspect raisonnable, entre autres, dans le fait que de telles doctrines découlent d’une tradition responsable et motivée, à partir de laquelle au fil du temps ont été développées des argumentations suffisamment valables pour soutenir la doctrine relative. Dans cette affirmation, il me semble important de reconnaître  que l’expérience et la démonstration au long des générations, ainsi que le fonds historique de la sagesse humaine, sont également un signe de son caractère raisonnable et de sa signification durable. Face à une raison a-historique qui cherche à se construire toute seule uniquement dans une rationalité a-historique, la sagesse de l’humanité comme telle – la sagesse des grandes traditions religieuses – est à valoriser comme une réalité que l’on ne peut pas impunément jeter au panier de l’histoire des idées.

Revenons à la question de départ. Le Pape parle comme le représentant d’une communauté de croyants dans laquelle, au cours des siècles de son existence, a mûri une sagesse déterminée de la vie ; il parle comme le représentant d’une communauté qui conserve en elle-même un trésor de connaissance et d’expérience éthiques, qui est important pour l’humanité tout entière : en ce sens, il parle comme le représentant d’une raison éthique.

Mais on doit alors se demander : Qu’est-ce que l’Université ? Quelle est sa tâche ? C’est une question immense, à laquelle, encore une fois, je ne peux répondre qu’en style presque télégraphique, avec quelques observations. On peut dire, je pense, que la véritable et profonde origine de l’Université se trouve dans la soif de connaissance qui est le propre de l’homme. Il veut connaître la nature de tout ce qui l’entoure. Il veut la vérité. Dans ce sens, on peut voir dans l’interrogation de Socrate l’impulsion qui vit naître l’Université occidentale. Je pense, par exemple – pour ne mentionner qu’un texte – au dialogue avec Euthyphron, qui, face, à Socrate défend la religion mythique et sa dévotion. Socrate oppose à ce point de vue la question suivante :  « Tu crois sérieusement qu’entre les dieux il y a des querelles, des haines, des combats… Euthyphron, devons-nous recevoir toutes ces choses comme bonnes ? » (6 b.c). Dans cette question apparemment peu pieuse – qui chez Socrate découlait cependant d’une religiosité plus profonde et plus pure, de la recherche du Dieu vraiment divin – les chrétiens des premiers siècles se sont reconnus eux-mêmes, ainsi que leur démarche. Ils ont accueilli leur foi non de manière positiviste, ou comme une issue à des désirs non satisfaits ; ils l’ont comprise comme la dissipation du brouillard de la religion mythologique, pour faire place à la découverte du Dieu qui est Raison créatrice et, dans le même temps, Raison-Amour. C’est pourquoi, la raison qui s’interroge sur le Dieu le plus grand, ainsi que sur la véritable nature et le véritable sens de l’être humain, était pour eux non une forme problématique d’absence de religiosité, mais qu’elle faisait partie de l’essence de leur façon d’être religieux. Ils n’avaient donc pas besoin de répondre à l’interrogation socratique, ou de la mettre de côté, mais ils pouvaient et devaient même accueillir et reconnaître comme une partie de leur identité la recherche difficile de la raison, pour parvenir à la connaissance de la vérité tout entière. C’est ainsi que pouvait et devait même naître dans le cadre de la foi chrétienne, dans le monde chrétien, l’Université.

Il est nécessaire d’accomplir un pas supplémentaire. L’homme veut connaître – il veut la vérité. La vérité est avant tout un élément en relation avec le fait de voir, de comprendre, avec la theoría, comme l’appelle la tradition grecque. Mais la vérité n’est jamais seulement théorique. En établissant une corrélation entre les Béatitudes du Discours sur la Montagne et les dons de l’Esprit mentionnés dans Isaïe 11, Augustin a affirmé une réciprocité entre « scientia » et « tristitia » :  le simple savoir, dit-il, rend triste. Et de fait, celui qui voit et qui apprend seulement tout ce qui survient dans le monde finit par devenir triste. Mais la vérité signifie davantage que le savoir :  la connaissance de la vérité a pour objectif la connaissance du bien. Tel est également le sens de l’interrogation socratique :  Quel est le bien qui nous rend vrais ? La vérité nous rend bons, et la bonté est vraie :  tel est l’optimisme qui est contenu dans la foi chrétienne, car à celle-ci a été accordée la vision du Logos, de la Raison créatrice qui, dans l’incarnation de Dieu, s’est en même temps révélée comme  le  Bien,  comme  la  Bonté  elle-même.

Dans la théologie médiévale, il y eut un débat approfondi sur le rapport entre théorie et pratique, sur la juste relation entre connaître et agir – un débat que nous ne devons pas développer ici. De fait, l’Université médiévale avec ses quatre Facultés comporte cette corrélation. Commençons par la Faculté qui, selon la conception de l’époque, était la quatrième,  la Faculté de médecine. Même si elle était considérée davantage comme un « art » que comme une science, toutefois, son inscription dans le monde de l’universitas signifiait clairement qu’elle s’inscrivait dans le cadre de la rationalité, que l’art de soigner était sous la conduite de la raison et se trouvait soustrait au domaine de la magie. Soigner est une tâche qui requiert toujours davantage que la simple raison, mais c’est précisément pour cela qu’il y a une connexion entre savoir et pouvoir, que le soin appartient à la sphère de la ratio. Inévitablement apparaît la question de la relation entre théorie et pratique, entre connaissance et action dans la Faculté de droit. Il s’agit de donner une juste forme à la liberté humaine, qui est toujours liberté dans la communion réciproque :  le droit est le présupposé de la liberté et non son opposé. Mais se pose immédiatement la question :  Comment définir les critères de la justice qui rendent possible une liberté vécue ensemble et qui permettent à l’homme d’être bon ? A ce point il nous faut revenir au présent : comment peut être trouvée une norme juridique qui constitue une hiérarchisation de la liberté, de la dignité humaine et des droits de l’homme. C’est la question qui nous intéresse aujourd’hui dans les processus démocratiques de formation de l’opinion et qui dans le même temps nous angoisse comme une question pour l’avenir de l’humanité. Jürgen Habermas exprime, selon moi, un vaste consensus de la pensée actuelle, lorsqu’il dit que la légitimité d’une charte constitutionnelle, en tant que présupposé de la légalité, découlerait de deux sources :  de la participation politique égalitaire de tous les citoyens et, d’autre part, de la forme raisonnable qui voit la résolution des oppositions politiques. En ce qui concerne cette « forme raisonnable », Habermas note qu’elle ne peut pas être une simple bataille en vue de majorités arithmétiques, mais qu’elle doit se caractériser comme un « processus d’argumentation sensible à la vérité » (wahrheitssensibles Argumentationsverfahren). C’est une belle formule, mais c’est quelque chose d’extrêmement difficile à réaliser dans une pratique politique. Les représentants de ce « processus d’argumentation » public sont – nous le savons – principalement les partis en tant que responsables de la formation de la volonté politique. En effet, ils auront immanquablement en vue tout particulièrement l’obtention de majorités et ainsi ils ne prendront en compte presque inévitablement que des intérêts qu’ils promettent de satisfaire ; toutefois ces intérêts sont souvent particuliers et ne sont pas véritablement au service de l’ensemble. La sensibilité pour la vérité est toujours à nouveau remplacée par la sensibilité pour les intérêts. Je trouve significatif  qu’Habermas  parle de la sensibilité pour la vérité comme d’un élément nécessaire dans le processus d’argumentation politique, en réinscrivant ainsi le concept de vérité dans le débat philosophique et dans le débat politique.

Mais alors, la question de Pilate devient inévitable : Qu’est-ce que la vérité ? Et comment la reconnaît-on ? Si pour cela on renvoie à la « raison publique », comme le fait Rawls, il s’ensuit nécessairement aussi la question : Qu’est-ce qui est raisonnable ? Comment démontre-t-on qu’une raison est une raison vraie ? Dans tous les cas, il devient à partir de là évident que, dans la recherche du droit à la liberté, à la vérité de la juste convivialité, il faut écouter des instances différentes des partis ou de groupes d’intérêts, sans pour cela vouloir le moins du monde contester leur importance. Nous revenons ainsi à la structure de l’Université médiévale. A côté de la Faculté de droit, on trouve les Facultés de philosophie et de théologie, auxquelles était confiée la recherche sur « l’être homme » dans sa totalité et avec celle-ci le devoir de conserver vivante la sensibilité pour la vérité. On pourrait même dire que c’est la fonction permanente et véritable de ces deux Facultés : être les gardiennes de la sensibilité pour la vérité, empêcher que l’homme s’éloigne de la recherche de la vérité. Mais comment peuvent-elles remplir cette tâche ? Il s’agit d’une question sur laquelle il faut toujours se pencher à nouveau et qui n’est jamais posée ni résolue de manière définitive. Ainsi, je ne peux pas ici proposer véritablement une réponse, mais plutôt inviter à demeurer en chemin avec cette question – en chemin avec les grands qui au fil de l’histoire, ont lutté et cherché, par leurs réponses et leur inquiétude pour la vérité, renvoyant continuellement au-delà de toute réponse particulière.

Théologie et philosophie forment en cela un couple original, dans lequel aucune des deux ne peut être totalement détachée de l’autre et, où chacune doit cependant conserver sa propre tâche et sa propre identité. Le mérite historique en revient à saint Thomas d’Aquin qui, face aux différentes réponses des Pères en raison des contextes historiques a mis en lumière l’autonomie de la philosophie  et,  avec elle, le droit et la responsabilité propres de la raison qui s’interroge en s’appuyant sur ses forces. Se différenciant des philosophies néoplatoniciennes, où la religion et la philosophie s’interpénétraient de manière inséparable, les Pères avaient présenté la foi chrétienne comme la vraie philosophie, soulignant également que cette foi correspond aux exigences de la raison en recherche de vérité ; que la foi est le « oui » à la vérité, par rapport aux religions mythiques devenues une simple habitude. Mais, au moment de la naissance de l’Université, ces religions n’existaient plus en Occident ; il n’y avait que le christianisme, et il fallait donc souligner de manière nouvelle la responsabilité propre de la raison, qui ne disparaît pas dans la foi. Saint Thomas œuvra à un moment privilégié : pour la première fois les écrits philosophiques d’Aristote étaient accessibles dans leur intégralité ; les philosophies juives et arabes étaient présentes comme des appropriations et des prolongements spécifiques de la philosophie grecque. Ainsi le christianisme, dans un nouveau dialogue avec la raison d’autrui, qu’il rencontrait, dut lutter pour son propre caractère raisonnable. La Faculté de philosophie que l’on appelait la « Faculté des artistes » et qui, jusqu’alors, n’avait été qu’une propédeutique à la théologie, devint une véritable Faculté, un partenaire autonome de la théologie et de la foi qui se réfléchissait en elle. Nous ne pouvons pas approfondir ici le débat passionnant qui en découla. Je dirais que l’idée de saint Thomas sur le rapport entre philosophie et théologie pourrait être exprimée dans la formule trouvée par le Concile de Chalcédoine pour la christologie :  philosophie et théologie doivent entretenir entre elles des relations « sans confusion et sans séparation ». « Sans confusion » signifie que chacune des deux doit conserver son identité. La philosophie doit rester véritablement une recherche de la raison dans sa liberté et dans sa responsabilité ; elle doit voir ses limites et précisément ainsi sa grandeur et son étendue. La théologie doit continuer à puiser dans un trésor de connaissance qu’elle n’a pas inventée elle-même, qui la dépasse toujours et qui, ne pouvant jamais totalement s’épuiser dans la réflexion, engage précisément pour cela toujours de nouveau la pensée. Avec le « sans confusion » s’applique également le « sans séparation » :  la philosophie ne part pas chaque  fois  du  point  zéro du sujet pensant, de manière isolée, mais elle s’inscrit dans le grand dialogue du savoir historique, qu’elle accueille et développe toujours à nouveau, de façon à la fois critique et docile ; mais elle ne doit pas non plus se fermer à ce que les religions et en particulier la foi chrétienne ont reçu et donné à l’humanité comme indication du chemin. Au cours de l’histoire, des choses dites par des théologiens ou encore traduites dans la pratique par les autorités ecclésiales se sont révélées historiquement fausses et nous déconcertent aujourd’hui. Mais, dans le même temps, il est vrai que l’histoire des saints, l’histoire de l’humanisme qui a grandi à partir de la foi chrétienne, démontrent la vérité de la foi en son noyau essentiel, en en faisant ainsi également un élément pour la raison publique. Bien sûr, beaucoup de ce que disent la théologie et la foi ne peut être approprié qu’à l’intérieur de la foi et ne peut donc pas se présenter comme une exigence pour ceux auxquels cette foi demeure inaccessible. Mais dans le même temps, il est vrai que le message de la foi chrétienne n’est  jamais  seulement une « comprehensive religious doctrine » au sens où l’entend Rawls, mais encore une force purificatrice pour la raison elle-même, qu’elle aide à être toujours davantage elle-même. Le message chrétien, en vertu de son origine, devrait toujours être un encouragement en vue la vérité et une force contre la pression du pouvoir et des intérêts.

Or, jusqu’à présent, j’ai uniquement parlé de l’Université médiévale, en tentant toutefois de laisser transparaître la nature permanente de l’Université et de sa tâche. A l’époque moderne, se sont ouvertes de nouvelles dimensions du savoir, qui sont mises en valeur dans l’Université, surtout dans deux grands domaines : tout d’abord dans les sciences naturelles, qui se sont développées à partir de la connexion entre l’expérimentation et une rationalité présupposée de la matière ; en second lieu, dans les sciences historiques et humanistes, où l’homme, en scrutant le miroir de son histoire et en éclairant les dimensions de sa nature, cherche à mieux se comprendre lui-même. Dans ce développement s’est ouverte à l’humanité non seulement une mesure immense de savoir et de pouvoir ; mais la connaissance et la reconnaissance des droits et de la dignité de l’homme ont également grandi, et nous ne pouvons que nous en réjouir. Toutefois le chemin de l’homme ne peut jamais se dire achevé et le danger de la chute dans le manque d’humanité n’est jamais tout simplement conjuré :  nous le voyons bien dans le panorama de l’histoire actuelle ! Le danger pour le monde occidental – pour ne parler que de lui – est aujourd’hui que l’homme, eu égard à la grandeur de son savoir et de son pouvoir, ne baisse les bras face à la question de la vérité. Et cela signifierait en même temps que la raison, en définitive, se plierait face à la pression des intérêts et à l’attraction de l’utilité, contrainte à la reconnaître comme critère ultime. Du point de vue de la structure de l’Université, il existe un danger que la philosophie, ne se sentant plus en mesure de remplir son véritable devoir, ne se dégrade en positivisme ; que la théologie avec son message adressé à la raison soit confinée dans la sphère privée d’un groupe plus ou moins grand. Toutefois, si la raison – inquiète de sa pureté présumée – devient sourde au grand message qui lui vient de la foi chrétienne et de sa sagesse, elle se dessèche comme un arbre dont les racines n’atteignent plus les eaux qui lui donnent la vie. Elle perd le courage pour la vérité et n’en sort pas grandie, mais devient plus petite. Appliqué à notre culture  européenne,  cela signifie que si elle veut seulement se construire elle-même en fonction de sa propre argumentation et de ce qui sur le moment la convainc et – préoccupée de sa laïcité – se détache des racines qui la font vivre, elle n’en devient pas alors plus raisonnable ni plus pure, mais elle se décompose et se brise.

Je retourne ainsi à mon point de départ. Qu’est-ce que le Pape a à faire ou à dire à l’Université ? Il ne doit certainement pas chercher à imposer aux autres, de manière autoritaire, la foi, qui ne peut être donnée que dans la liberté. Au-delà de son ministère de Pasteur dans l’Eglise et en raison de la nature intrinsèque de ce ministère pastoral, il est de son devoir de maintenir vive la sensibilité pour la vérité ; d’inviter toujours à nouveau la raison à se mettre à la recherche du vrai, du bien, de Dieu et, sur ce chemin, de la pousser à découvrir les lumières utiles apparues au fil de l’histoire de la foi chrétienne et à percevoir ainsi Jésus Christ comme la lumière qui éclaire l’histoire et aide à trouver le chemin vers l’avenir.

Du Vatican, le 17 janvier 2008.

BENEDICTUS PP. XVI

 

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L’avenir de l’Europe et la conscience par Benoit XVI

Si la conscience, selon la pensée moderne prédominante, est réduite au domaine du subjectif, où sont reléguées la religion et la morale, la crise de l’Occident n’a pas de remède et l’Europe est destinée à la régression. Si au contraire la conscience est redécouverte comme lieu de l’écoute de la vérité et du bien, lieu de la responsabilité devant Dieu et devant les frères en humanité – qui est la force contre toute dictature – alors il y a de l’espérance pour l’avenir.

Au moment où le drame de Londres est l’occasion de s’interroger sur le bien et le mal dans la société européenne, ce discours de Benoît XVI, prononcé à Zagreb, le 4 juin 2011 résonne comme un avertissement dramatique mais aussi comme le fondement de l’Espérance.

Comment au moment même où notre société est agressée par le terrorisme le plus cruel et le plus absurde comprendre le refus de parler de la liberté de conscience … des pharmaciens alors qu’on en appelle à la conscience de tous les français ? Vraiment une politique incompréhensible et incohérente… !

Je voudrais introduire ici le thème central de ma brève réflexion : celui de la conscience. Il est transversal par rapport aux différents domaines qui y sont engagés et il est fondamental pour une société libre et juste, aussi bien au niveau national que supranational. Je pense naturellement à l’Europe, dont la Croatie fait partie depuis toujours au point de vue historique et culturel, tandis qu’elle est sur le point d’y entrer au plan politique et institutionnel. Eh bien, les grandes conquêtes de l’époque moderne, c’est-à-dire la reconnaissance et la garantie de la liberté de conscience, des droits humains, de la liberté de la science et donc d’une société libre, sont à confirmer et à développer en maintenant cependant la rationalité et la liberté ouvertes à leur fondement transcendant, pour éviter que ces conquêtes s’auto-annulent, comme nous devons malheureusement le constater en de nombreux cas.

La qualité de la vie sociale et civile, la qualité de la démocratie dépendent en bonne partie de ce point « critique » qu’est la conscience, de la façon dont on l’entend et de tout ce qui est investi pour sa formation.
Si la conscience, selon la pensée moderne prédominante, est réduite au domaine du subjectif, où sont reléguées la religion et la morale, la crise de l’Occident n’a pas de remède et l’Europe est destinée à la régression. Si au contrairela conscience est redécouverte comme lieu de l’écoute de la vérité et du bien, lieu de la responsabilité devant Dieu et devant les frères en humanité – qui est la force contre toute dictature – alors il y a de l’espérance pour l’avenir.

Je suis reconnaissant au Professeur Zurak d’avoir rappelé les racines chrétiennes de nombreuses institutions culturelles et scientifiques de ce pays, comme du reste c’est le cas pour tout le continent européen.
Rappeler ces origines est nécessaire, même pour la vérité historique, et il est important de savoir lire en profondeur ces racines, pour qu’elles puissent aussi animer l’aujourd’hui.
C’est-à-dire qu’il est décisif de saisir le dynamisme qu’il y a – par exemple – dans l’événement de la naissance d’une université, ou d’un mouvement artistique, ou d’un hôpital. Il faut comprendre le pourquoi et le comment cela est arrivé, pour valoriser dans l’aujourd’hui ce dynamisme, qui est une réalité spirituelle qui devient culturelle et donc sociale. À la base de tout, il y a des hommes et des femmes, il y a des personnes, des consciences, mues par la force de la vérité et du bien.
Quelques-uns ont été cités, parmi les fils illustres de cette terre. Je voudrais m’arrêter sur le Père Ruđer Josip Bošković, Jésuite, qui naquit à Dubrovnik il y a trois cents ans, le 18 mai 1711. Il personnifie très bien l’heureuse union entre la foi et la science, qui se stimulent mutuellement pour une recherche à la fois ouverte, diversifiée et capable de synthèse. Son œuvre majeure, la Theoria philosophiae naturalis, publiée à Vienne et ensuite à Venise au milieu du dix-huitième siècle, porte un sous-titre très significatif : redacta ad unicam legem virium in natura existentium, c’est-à-dire « selon l’unique loi des forces qui existent dans la nature ». Chez Bošković il y a l’analyse, il y a l’étude des multiples branches du savoir, mais il y a aussi la passion pour l’unité. Et cela est typique de la culture catholique. Pour cette raison la fondation d’une Université catholique en Croatie est un signe d’espérance. Je souhaite qu’elle contribue à faire l’unité entre les divers domaines de la culture contemporaine, les valeurs et l’identité de votre peuple, donnant une continuité au fécond apport ecclésial à l’histoire de la noble Nation croate. Revenant au Père Bošković, les experts disent que sa théorie de la « continuité », valable aussi bien dans les sciences naturelles que dans la géométrie, s’accorde excellemment avec certaines des grandes découvertes de la physique contemporaine.
Que dire ? Rendons hommage à l’illustre Croate, mais aussi à l’authentique Jésuite ; rendons hommage au passionné de la vérité qui sait bien combien elle le dépasse, mais qui sait aussi, à la lumière de la vérité, engager à fond les ressources de la raison que Dieu lui-même lui a données.

Au-delà de l’hommage, cependant, il faut mettre à profit la méthode, l’ouverture d’esprit de ces grands hommes. Revenons donc à la conscience comme clé de voute pour l’élaboration culturelle et pour la construction du bien commun.
C’est dans la formation des consciences que l’Église offre à la société sa contribution la plus personnelle et la plus précieuse. Une contribution qui commence dans la famille et qui trouve un important renforcement dans la paroisse, où les enfants et les adolescents, et ensuite les jeunes apprennent à approfondir les Saintes Écritures, qui sont le « grand code » de la culture européenne ; et en même temps ils apprennent le sens de la communauté fondée sur le don, non sur l’intérêt économique ou sur l’idéologie, mais sur l’amour, qui est « la force dynamique essentielle du vrai développement de chaque personne et de l’humanité tout entière » (Caritas in veritate, n. 1).
Cette logique de la gratuité, apprise dans l’enfance et dans l’adolescence, se vit ensuite dans tous les domaines, dans le jeu et dans le sport, dans les relations interpersonnelles, dans l’art, dans le service volontaire des pauvres et de ceux qui souffrent. Une fois assimilée, elle peut se décliner dans les domaines plus complexes de la politique et de l’économie, participant à la construction d’une cité (polis) qui soit accueillante et hospitalière, et en même temps qui ne soit pas vide, ni faussement neutre, mais riche de contenus humains, à la forte consistance éthique. C’est ici que les fidèles laïcs (christifideles laici) sont appelés à user généreusement de leur formation, guidés par les principes de la Doctrine sociale de l’Église, pour une authentique laïcité, pour la justice sociale, pour la défense de la vie et de la famille, pour la liberté religieuse et la liberté d’éducation.

Source : Ichtus

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Benoît XVI – Que signifie liberté humaine ? Une bonne réflexion de période électorale

  C’est toujours une grande joie pour moi d’être dans mon séminaire, de voir les futurs prêtres de mon diocèse, d’être avec vous sous le signe de la Vierge de la Confiance. En nous aidant et en nous accompagnant, Elle nous donne réellement la certitude d’être toujours aidés par la grâce divine, et ainsi nous allons de l’avant !

     Voyons à présent ce que nous dit saint Paul avec ce texte :  « Vous avez été appelés à la liberté ». De tout temps, la liberté a été le grand rêve de l’humanité, dès le début, mais particulièrement à l’époque moderne. Nous savons que Luther s’est inspiré de ce texte de la Lettre aux Galates et il en a conclu que la Règle monastique, la hiérarchie et le magistère lui apparaissaient comme un lien d’esclavage dont il fallait se libérer. Par la suite, la période du Siècle des Lumières a été totalement guidée, pénétrée par ce désir de liberté, que l’on considérait avoir finalement atteint. Mais le marxisme s’est lui aussi présenté comme la voie vers la liberté.

     Nous nous demandons ce soir :  qu’est-ce que la liberté ? Comment pouvons-nous être libres ? Saint Paul nous aide à comprendre cette réalité compliquée qu’est la liberté en inscrivant ce concept dans un contexte de visions anthropologiques et théologiques fondamentales. Il dit :  « Que cette liberté ne se tourne pas en prétexte pour la chair ; mais par la charité, mettez-vous au service les uns des autres ». Le Recteur nous a déjà dit que « chair » n’est pas le corps, mais « chair » – dans le langage de saint Paul – est l’expression du moi rendu absolu, qui veut être tout et prendre tout pour soi. Le moi absolu, qui ne dépend de rien ni de personne, semble posséder réellement, en définitive, la liberté. Je suis libre si je ne dépends de personne, si je peux faire tout ce que je veux. Mais ce moi rendu absolu est précisément « chair », c’est-à-dire dégradation de l’homme ; il n’est pas une conquête de la liberté :  le libertinisme, ce n’est pas la liberté, mais plutôt l’échec de la liberté.

     Mais Paul ose proposer un paradoxe fort :  « Par la charité, mettez-vous au service » (en grec :  douléuete) ; c’est-à-dire que la liberté se réalise paradoxalement à travers le service ; nous devenons libres, si nous devenons serviteurs les uns des autres. Et ainsi, Paul place tout le problème de la liberté sous la lumière de la vérité de l’homme. Se réduire à la chair, en s’élevant en apparence au rang de divinité – « Moi seul suis l’homme » – conduit au mensonge. Car en réalité, il n’en est pas ainsi :  l’homme n’est pas un absolu, comme si le moi pouvait s’isoler et se comporter selon sa propre volonté. Cela est contre la vérité de notre être. Notre vérité est que nous sommes avant tout des créatures, des créatures de Dieu et que nous vivons dans la relation avec le Créateur. Nous sommes des êtres relationnels. Ce n’est qu’en acceptant notre nature relationnelle que nous entrons dans la vérité, sinon nous tombons dans le mensonge et en lui, à la fin, nous nous détruisons.

     Nous sommes des créatures et donc dépendantes du Créateur. Au cours de la période du siècle des Lumières, en particulier l’athéisme, cela apparaissait comme une dépendance dont il fallait se libérer. Toutefois, en réalité, la dépendance fatale ne serait telle que si ce Dieu Créateur était un tyran, et non un Etre bon, uniquement s’il était comme le sont les tyrans humains. Si, au contraire, ce Créateur nous aime et que notre dépendance signifie être dans l’espace de son amour, dans ce cas, la dépendance signifie précisément liberté. De cette façon, en effet, nous sommes dans la charité du Créateur, nous sommes unis à Lui, à toute sa réalité, à tout son pouvoir. Cela est donc le premier point :  être créature signifie être aimés du Créateur, être dans cette relation d’amour qu’Il nous donne, avec laquelle il nous entoure. C’est de là que dérive avant tout notre vérité, qui est, dans le même temps, appelée à la charité.

    C’est pourquoi voir Dieu, s’orienter vers Dieu, connaître Dieu, connaître la volonté de Dieu, s’inscrire dans la volonté, c’est-à-dire dans l’amour de Dieu signifie entrer toujours plus dans l’espace de la vérité. Et ce chemin de la connaissance de Dieu, de la relation d’amour avec Dieu est l’aventure extraordinaire de notre vie chrétienne :  parce que dans le Christ, nous connaissons le visage de Dieu, le visage de Dieu qui nous aime jusqu’à la Croix, jusqu’au don de lui-même.

     Mais la nature relationnelle des créatures implique également un deuxième type de relation :  nous sommes en relation avec Dieu, mais ensemble, comme famille humaine, nous sommes également en relation l’un avec l’autre. En d’autres termes, la liberté humaine signifie, d’une part, être dans la joie et dans le vaste espace de l’amour de Dieu, mais elle implique également être un avec l’autre et pour l’autre. Il n’existe pas de liberté contre l’autre. Si je me rends absolu, je deviens l’ennemi de l’autre, nous ne pouvons plus coexister et toute la vie se fait cruauté, devient un échec. Seule une liberté partagée est une liberté humaine ; c’est en étant ensemble que nous pouvons entrer dans la symphonie de la liberté.

     Et cela est un autre point d’une grande importance :  ce n’est qu’en acceptant l’autre, en acceptant également la limitation apparente de ma liberté qui découle du respect pour celle de l’autre, ce n’est qu’en m’inscrivant dans ce réseau de dépendance qui fait de nous, en fin de compte, une unique famille, que je me mets en chemin vers la libération commune.

     Ici apparaît un élément très important :  quelle est la mesure du partage de la liberté ? Nous voyons que l’homme a besoin d’ordre, de droit, afin que puisse ainsi se réaliser sa liberté, qui est une liberté vécue en commun. Et comment pouvons-nous trouver cet ordre juste, dans lequel personne n’est opprimé, mais chacun peut apporter sa contribution pour former cette sorte de concert des libertés ? S’il n’existe pas de vérité commune sur l’homme telle qu’elle apparaît dans la vision de Dieu, seul demeure le positivisme et l’on a l’impression de quelque chose d’imposé même de manière violente. D’où cette rébellion contre l’ordre et le droit comme s’il s’agissait d’un esclavage.

     Mais si nous pouvons trouver l’ordre du Créateur dans notre nature, l’ordre de la vérité qui donne à chacun sa place, l’ordre et le droit peuvent être précisément des instruments de liberté contre l’esclavage de l’égoïsme. Se servir les uns les autres devient un instrument de la liberté et sur ce point, nous pourrions parler de toute une philosophie de la politique selon la Doctrine sociale de l’Eglise, qui nous aide à trouver cet ordre commun qui donne à chacun sa place dans la vie commune de l’humanité. La première réalité à respecter est donc la vérité :  la liberté contre la vérité n’est pas la liberté. Se servir l’un l’autre crée l’espace commun de la liberté.

Puis Paul poursuit en disant :  « Une seule formule contient toute la Loi en sa plénitude :  « tu aimeras ton prochain comme toi-même » ». Derrière cette affirmation apparaît le mystère du Dieu incarné, apparaît le mystère du Christ qui dans sa vie, dans sa mort, dans sa résurrection, devient la loi vivante. Immédiatement, les premières paroles de notre lecture – « vous avez été appelés à la liberté » – font référence à ce mystère. Nous avons été appelés par l’Evangile, nous avons été appelés réellement dans le Baptême, dans la participation à la mort et à la résurrection du Christ, et de cette façon, nous sommes passés de la « chair », de l’égoïsme, à la communion avec le Christ. Et ainsi, nous sommes dans la plénitude de la loi.

     Vous connaissez probablement tous les belles paroles de saint Augustin :  « Dilige et fac quod vis » – aime et fais ce que tu veux ». Ce que dit saint Augustin est la vérité, si nous avons bien compris le sens du terme « amour ». « Aime et fais ce que tu veux », mais nous devons réellement être entrés dans la communion avec le Christ, nous être identifiés avec sa mort et sa résurrection, être unis à Lui dans la communion de son Corps. Dans la participation aux sacrements, dans l’écoute de la Parole de Dieu, la volonté divine, la Loi divine entre réellement dans notre volonté, notre volonté s’identifie avec la sienne, elles ne deviennent qu’une seule volonté et ainsi nous sommes réellement libres, nous pouvons réellement faire ce que nous voulons, car nous voulons avec le Christ, nous voulons dans la vérité et avec la vérité.

     Prions donc le Seigneur pour qu’il nous aide sur ce chemin commencé avec le Baptême, un chemin d’identification avec le Christ, qui se réalise toujours à nouveau dans l’Eucharistie. Dans la troisième prière eucharistique, nous disons :  « Dans le Christ, nous devenons un seul corps et un seul esprit ». C’est un moment dans lequel, à travers l’Eucharistie et à travers notre véritable participation au mystère de la mort et de la résurrection du Christ, nous devenons un seul esprit avec Lui, nous sommes dans cette identité de la volonté et ainsi, nous arrivons réellement à la liberté.

     Derrière ce terme – la loi s’est accomplie – derrière cette unique parole qui devient réalité dans la communion avec le Christ, apparaissent derrière le Seigneur toutes les figures des saints qui sont entrés dans cette communion avec le Christ, dans cette unité avec sa volonté. Et surtout apparaît la Vierge, dans son humilité, dans sa bonté, dans son amour. La Vierge nous donne cette confiance, nous prend par la main, nous guide, nous aide sur le chemin de l’union à la volonté de Dieu, comme Elle l’a été dès le premier moment et a exprimé cette union dans son « Fiat ».

     Et enfin, après ces belles choses, encore une fois dans la Lettre, il y a une évocation de la situation un peu triste de la communauté des Galates, lorsque Paul dit :  « Mais si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde que vous allez vous entre-détruire… Laissez-vous mener par l’Esprit ». Il me semble que dans cette communauté – qui n’était plus sur la voie de la communion avec le Christ, mais de la loi extérieure de la « chair » – ressortent naturellement également des polémiques et Paul dit :  « Vous devenez comme des bêtes sauvages, l’un mord l’autre ». Il évoque ainsi les polémiques qui naissent là où la foi dégénère en un intellectualisme et l’humilité est remplacée par l’arrogance d’être meilleur que l’autre.

     Nous voyons bien qu’aujourd’hui encore, il y a des cas semblables où, au lieu de s’insérer dans la communion avec le Christ, dans le Corps du Christ qui est l’Eglise, chacun veut être supérieur à l’autre et avec une arrogance intellectuelle, veut faire croire qu’il est meilleur. C’est ainsi que naissent les polémiques qui sont destructrices, que naît une caricature de l’Eglise qui devrait être une seule âme et un seul cœur.

     Dans cet avertissement de saint Paul, nous devons trouver aujourd’hui également un motif d’examen de conscience :  ne pas penser être supérieurs à l’autre, mais nous trouver dans l’humilité du Christ, nous trouver dans l’humilité de la Vierge, entrer dans l’obéissance de la foi. C’est précisément ainsi que s’ouvre réellement également à nous le grand espace de la vérité et de la liberté dans l’amour.

Benoit XVI, le 20 février 2009 – Rencontre avec les séminaristes du diocèse de Rome à l’occasion de la fête de la Fiducia. 

 

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Benoît XVI – La valeur pédagogique du sacrement de la pénitence pour le prêtre et le fidèle

Dans la matinée du vendredi 25 mars 2011, le Pape Benoît XVI a reçu les participants au cours sur le for interne promu par la Pénitencerie apostolique. Au cours de la rencontre, qui s’est déroulée dans la salle des Bénédictions, le Saint-Père leur a adressé le discours suivant :

Chers amis,

Je suis très heureux de souhaiter à chacun de vous une cordiale bienvenue. Je salue le cardinal Fortunato Baldelli, pénitencier majeur, et je le remercie des paroles courtoises qu’il m’a adressées. Je salue le régent de la Pénitencerie apostolique, Mgr Gianfranco Girotti, le personnel, les collaborateurs et tous les participants au cours sur le for interne, qui est devenu un rendez-vous traditionnel et une occasion importante pour approfondir les thèmes concernant le sacrement de la pénitence.

Je désire m’arrêter avec vous sur un aspect qui parfois, n’est pas suffisamment pris en considération, mais qui est d’une grande importance spirituelle et pastorale : la valeur pédagogique de la confession sacramentelle. S’il est vrai qu’il est toujours nécessaire de sauvegarder l’objectivité des effets du sacrement et sa correcte célébration selon les normes du Rite de la pénitence, il n’est pas hors de propos de réfléchir sur la façon dont celui-ci peut éduquer à la foi, aussi bien du ministre que du pénitent. La disponibilité fidèle et généreuse des prêtres à l’écoute des confessions, selon l’exemple des grands saints de l’histoire, de saint Jean-Marie Vianney à saint Jean Bosco, de saint Josemaría Escrivá à saint Pio da Pietrelcina, de saint Giuseppe Cafasso à saint Leopold Mandi ?, nous fait voir à tous que le confessionnal peut être un réel « lieu » de sanctification.

De quelle manière le sacrement de la pénitence éduque-t-il ? En quoi sa célébration possède-t-elle une valeur pédagogique, tout d’abord pour les ministres ? Nous pourrions partir de la reconnaissance du fait que la mission sacerdotale constitue un point d’observation unique et privilégié, à partir duquel, quotidiennement, il nous est donné de contempler la splendeur de la Miséricorde divine. Combien de fois dans la célébration du sacrement de la pénitence, le prêtre assiste-t-il à de véritables miracles de conversion, qui, en renouvelant « la rencontre avec un événement, une Personne » (Lett. enc. Deus caritas est, n. 1) renforcent sa foi elle-même. Au fond, confesser signifie assister à autant de « professiones fidei » qu’il y a de pénitents, et contempler l’action de Dieu miséricordieux dans l’histoire, toucher du doigt les effets salvifiques de la Croix et de la Résurrection du Christ, à chaque époque et pour chaque homme. Il n’est pas rare que nous nous trouvions devant de véritables drames existentiels et spirituels, qui ne trouvent pas de réponses dans les paroles des hommes, mais qui sont compris et assumés par l’Amour divin, qui pardonne et transforme : « Quand vos péchés seraient comme l’écarlate, comme neige ils blanchiront » (Is 1, 18). D’un côté, si connaître et, d’une certaine façon, se pencher sur l’abîme du cœur humain, même dans ses aspects obscurs, met l’humanité et la foi du prêtre à l’épreuve, de l’autre, elle nourrit en lui la certitude que le dernier mot sur le mal de l’homme et de l’histoire revient à Dieu, revient à sa Miséricorde, capables de rendre toutes choses nouvelles (cf. Ap 21, 5). Combien le prêtre peut-il ensuite apprendre des pénitents exemplaires dans leur vie spirituelle, dans le sérieux avec lequel ils conduisent leur examen de conscience, dans la transparence avec laquelle ils reconnaissent leur propre péché et dans leur docilité à l’égard de l’enseignement de l’Eglise et les orientations du confesseur. De l’administration du sacrement de la pénitence, nous pouvons recevoir de profondes leçons d’humilité et de foi ! Il s’agit d’un rappel très fort pour chaque prêtre à la conscience de sa propre identité. Jamais nous ne pourrions écouter les confessions de nos frères uniquement en vertu de notre humanité ! Si ceux-ci s’approchent de nous, c’est uniquement parce nous sommes des prêtres, configurés au Christ souverain et éternel Prêtre, et rendus capables d’agir en son Nom et en sa Personne, de rendre réellement présent Dieu qui pardonne, renouvelle et transforme. La célébration du sacrement de la pénitence possède une valeur pédagogique pour le prêtre, en ce qui concerne sa foi, la vérité et la pauvreté de sa personne, et elle nourrit en lui la conscience de l’identité sacramentelle.

Quelle est la valeur pédagogique du sacrement de la pénitence pour les pénitents ? Nous devons tout d’abord dire que celle-ci dépend de l’action de la Grâce et des effets objectifs du sacrement dans l’âme du fidèle. La réconciliation sacramentelle est assurément l’un des moments où la liberté personnelle et la conscience de soi sont appelées à s’exprimer de manière particulièrement évidente. C’est peut-être également pour cela que, à une époque de relativisme et d’une conscience atténuée de l’être qui en est la conséquence, la pratique sacramentelle apparaît elle aussi affaiblie. L’examen de conscience possède une importante valeur pédagogique : il éduque à considérer avec sincérité sa propre existence, à la confronter avec la vérité de l’Evangile et à l’évaluer avec des paramètres pas seulement humains, mais provenant de la Révélation divine. La confrontation avec les commandements, avec les béatitudes et, surtout, avec le précepte de l’amour, constitue la première grande « école pénitentielle ».

A notre époque, caractérisée par le bruit, par la distraction et par la solitude, le dialogue du pénitent avec le confesseur peut représenter l’une des rares occasions, si ce n’est l’unique, pour être véritablement écouté en profondeur. Chers prêtres, ne négligez pas de ménager une place opportune à l’exercice du ministère de la pénitence dans le confessionnal : être accueillis et écoutés constitue également un signe humain de l’accueil et de la bonté de Dieu envers ses fils. La confession honnête des péchés éduque ensuite le pénitent à l’humilité, à la reconnaissance de sa propre fragilité et, dans le même temps, à la conscience de la nécessité du pardon de Dieu et à la confiance que la Grâce divine peut transformer la vie. De la même manière, l’écoute des avertissements et des conseils du confesseur est importante pour le jugement des actes, pour le chemin spirituel et pour la guérison intérieure du pénitent. N’oublions pas combien de conversions et combien d’existences réellement saintes ont commencé dans un confessionnal ! Accueillir la pénitence et écouter les paroles : « Je t’absous de tes péchés » représentent, pour finir, une véritable école d’amour et d’espérance, qui guide vers la pleine confiance dans le Dieu Amour révélé en Jésus Christ, vers la responsabilité et l’engagement de la conversion permanente.

Chers prêtres, qu’être les premiers à faire l’expérience de la Miséricorde divine et en être les instruments nous éduque à une célébration toujours plus fidèle du sacrement de la pénitence et à une profonde gratitude envers Dieu, qui « nous a confié le ministère de la réconciliation » (2 Co 5, 18). Je confie à la Bienheureuse Vierge Marie, Mater misericordiae et Refugium peccatorum, les fruits de votre cours sur le for interne et le ministère de tous les confesseurs, alors que je vous bénis avec une grande affection.

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