Doctrine / Formation

Un nouvel essai du pape émérite sur le silence chrétien

« Qu’est-ce que cela signifie : entendre le silence de Jésus et le connaître à travers son silence ? », demande le pape émérite Benoît XVI, renvoyant ainsi la recherche du silence au Christ lui-même, à une conception « chrétienne » du silence. Il propose à ce sujet un « examen de conscience » aux évêques.

De la Cité du Vatican, le pape émérite Benoît XVI, qui sort pour cela de son silence monacal, écrit la préface de l’édition en anglais du livre du cardinal Robert Sarah « La force du silence », publié en français chez Fayard.

Plus qu’une préface c’est même un « essai » servant de préambule à cet entretien avec Nicolas Diat : « The Power of Silence : Against the Dictatorship of Noise » (« La force du silence : contre la dictature du bruit »), publié en anglais par Ignatius Press.

Le pape émérite répond à sa question en termes christologiques : « Nous savons par les Évangiles que Jésus passait fréquemment des nuits seul « sur la montage » en prière, en conversation avec son Père. Nous savons que son discours, sa parole, vient du silence et n’a pu mûrir que là. Il est donc raisonnable de penser que sa parole ne peut être correctement entendue que si nous aussi, nous entrons dans son silence, si nous apprenons à l’entendre de son silence. »

Il cite les paroles de saint Ignace d’Antioche (35-115), évêque syrien, père et docteur de l’Eglise, martyr : « Dès la première fois que j’ai lu les Lettres de saint Ignace d’Antioche, dans les années 1950, un passage de sa Lettre aux Éphésiens m’a particulièrement frappé : « Mieux vaut se taire et être que parler sans être. Il est bon d’enseigner, si celui qui parle agit. Il n’y a donc qu’un seul maître, celui qui ‘a dit et tout a été fait’ et les choses qu’il a faites dans le silence sont dignes de son Père. Celui qui possède en vérité la parole de Jésus peut entendre même son silence, afin d’être parfait, afin d’agir par sa parole et de se faire connaître par son silence. » (15, 1f.). »

Comme il le fait dans ses livres « Jésus de Nazareth », Benoît XVI redit son option pour une exégèse : «  Certes, pour interpréter les paroles de Jésus, la connaissance historique est nécessaire, elle qui nous enseigne à comprendre le temps et le langage de ce temps. Mais seul, cela ne suffit pas si nous voulons vraiment comprendre le message du Seigneur en profondeur. Aujourd’hui quiconque lit les commentaires de plus en plus épais des Évangiles est déçu à la fin. Il apprend beaucoup de choses utiles sur cette époque et de nombreuses hypothèses qui n’apportent finalement rien du tout à la compréhension du texte. À la fin, vous sentez que dans tout cet excès de paroles, il manque quelque chose d’essentiel : entrer dans le silence de Jésus d’où sa parole est née. Si nous ne pouvons pas entrer dans ce silence, nous n’entendrons toujours la parole qu’en superficie et nous ne la comprendrons donc pas réellement. »

« En lisant le nouveau livre du cardinal Robert Sarah, confie le pape émérite, toutes ces pensées ont traversé à nouveau mon âme. Sarah nous enseigne le silence – être silencieux avec Jésus, véritable calme intérieur, et c’est précisément de cette façon qu’il nous aide à saisir à nouveau la parole du Seigneur. »

Il cite cette question de Nicolas Diat : « Vous est-il arrivé dans votre vie que les mots deviennent trop encombrants, trop lourds, trop bruyants ? » Et la réponse : « Dans ma prière et dans la vie intérieure, j’ai toujours ressenti le besoin d’un silence plus profond, plus complet… Les journées de solitude, de silence et de jeûne total ont été un grand soutien. Elles ont été une grâce sans précédent, une lente purification et une rencontre personnelle avec… Dieu… Des journées de solitude, de silence et de jeûne, nourries seulement par la Parole de Dieu, permettent à l’homme de fonder sa vie sur ce qui est essentiel ». Ces lignes indiquent la source d’où vit le cardinal, qui donne à sa parole une profondeur intérieure. »

Pour Benoît Xvi le manque de silence est un « danger » pour l’Eglise et spécialement pour les évêques : « De ce point de vue privilégié, il peut alors voir les dangers qui menacent continuellement la vie spirituelle, des prêtres et des évêques aussi, et qui mettent donc en danger l’Église elle-même aussi, dans laquelle il n’est pas rare que la Parole soit remplacée par un verbiage qui dilue la grandeur de la Parole. J’aimerais juste citer une phrase qui peut devenir un examen de conscience pour tous les évêques : « Il peut arriver qu’un bon prêtre pieux, une fois élevé à la dignité épiscopale, tombe rapidement dans la médiocrité et une préoccupation pour le succès mondain. Submergé par le poids des devoirs qui lui incombent, inquiet pour son pouvoir, son autorité et les besoins matériels de son bureau, il s’épuise progressivement. ». »

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Benoit XVI et la laïcité

Alors que le nouveau gouvernement, sous les allures modérées de certains de ses membres, semble plutôt décidé à renforcer la laïcité  « à la française », il nous a semblé opportun de reprendre cette synthèse de la pensée de Benoît XVI.

 

Quels enjeux la laïcité soulève-t-elle ?

Le pape Benoît XVI a une vive conscience des enjeux culturels, intellectuels et spirituels de la laïcité, qui lui semblent plus importants que ses enjeux institutionnels, législatifs et juridiques.
Il s’interroge sur la place de la foi chrétienne à l’intérieur des sociétés modernes, dans la mesure où ces sociétés sont imprégnées des catégories de pensée inspirées par la « philosophie des Lumières ».

Quelle attitude les fidèles doivent-ils adopter par rapport à la philosophie des Lumières ?

Face à cette « philosophie des Lumières », Benoît XVI en appelle a un discernement intelligent : il s’agit de refuser une conception étroite de la Raison, qui exclurait Dieu de la société, et, en même temps, d’accueillir les enseignements de cette philosophie quand elle affirme les droits fondamentaux de tout être humain et la liberté constitutive de la foi.

« Il s’agit de l’attitude que la communauté des fidèles doit adopter face aux convictions et aux exigences qui s’affirment dans la philosophie des Lumières. D’une part, nous devons nous opposer à la dictature de la raison positiviste qui exclut Dieu de la vie de la communauté et de l’organisation publique, privant ainsi l’homme de ses critères spécifiques de mesure. D’autre part, il est nécessaire d’accueillir les véritables conquêtes de la philosophie des Lumières, les droits de l’homme et en particulier la liberté de la foi et de son exercice, en y reconnaissant des éléments essentiels également pour l’authenticité de la religion ». (Discours à la Curie Romaine, 22 décembre 2006 : Documentation catholique 2373, p.108.)

Il ne faut jamais perdre de vue cette double dimension du discernement souhaité :
– D’une part, la critique d’une conception totalitaire de la raison et de sa fermeture aux réalités religieuses.
– D’autre part, la reconnaissance des effets positifs de la pensée moderne, quand elle oblige les croyants à vivre authentiquement leur foi, en la comprenant eux-mêmes comme une source de liberté.

La foi et la raison sont-elles compatibles ?

Benoît XVI plaide pour un dialogue intelligent entre la raison et la foi, en insistant sur les exigences relativement nouvelles de ce dialogue : que la raison renonce à ses prétentions totalitaires et que la foi chrétienne reconnaisse les capacités de compréhension rationnelle qu’elle porte en elle !

Revenant sur la conférence qu’il avait prononcée, le 12 septembre 2006, à l’Université de Ratisbonne, et dont une phrase, exclue de son contexte, avait provoqué de grandes alarmes dans le monde musulman, Benoît XVI insiste sur l’urgence de ce dialogue entre la raison et la foi. Il se souvient de sa rencontre avec le philosophe Jürgen Habermas et rappelle que celui-ci « avait dit que nous aurions besoin de personnes capables de traduire les convictions codées de la foi chrétienne dans le langage du monde sécularisé pour les rendre à nouveau efficaces ». (Discours du 22 décembre 2006 : Discours à la Curie Romaine, 22 décembre 2006 : Documentation catholique 2373, p.107).

On peut penser que le contexte culturel de la laïcité oblige encore davantage à ce travail de dialogue et de traduction, avec toutes les initiatives et toutes les médiations qu’il implique, car « la raison a besoin du Logos qui est à l’origine de tout et qui est notre lumière ; la foi, pour sa part, a besoin de dialogue avec la raison moderne pour se rendre compte de sa grandeur et être à la hauteur de ses responsabilités ». (Ibid., p.107).

On devrait s’interroger davantage sur les institutions de formation où il est possible, en France, de pratiquer ce travail de dialogue et de « traduction », notamment dans le cadre de l’enseignement catholique, et spécialement des Instituts catholiques. Ce qui appelle ces Instituts à être effectivement reliés au monde de la pensée et de la recherche universitaires.

Ces mêmes exigences de dialogue concernent aussi les enseignants chrétiens présents dans l’Education nationale, avec les initiatives nouvelles que l’Église catholique en France devrait prendre à leur égard.

Laïcité ou laïcisme ?

Les effets négatifs de l’idéologie laïciste sont évidents. Ils tendent à exclure la foi chrétienne de l’espace public et à promouvoir une culture totalement coupée de ses racines profondes.

Benoît XVI a souvent mis en relief ces deux effets intimement liés l’un à l’autre, notamment par rapport au préambule de la Constitution européenne, où l’on a refusé d’inscrire la mention de Dieu et la référence historique aux racines chrétiennes de l’Europe. Ce double refus est très significatif.

– D’une part, « le refus lui-même de référence à Dieu n’est pas l’expression d’une tolérance qui veut protéger les religions non théistes et la dignité des athées et des agnostiques, mais plutôt l’expression d’une conscience qui voudrait voir Dieu effacé définitivement de la vie publique de l’humanité et cantonné au milieu subjectif des cultures résiduelles du passé ». (L’Europe dans la crise des cultures : conférence du cardinal Ratzinger à Subiaco, le 1er Avril 2005 : Documentation catholique Hors-série, 2005, p. 123).

– D’autre part, le refus de reconnaître les racines chrétiennes de l’Europe porte sur la mémoire historique. Elle obéit au même processus d’exclusion : cette culture « se coupe consciemment de ses propres racines historiques, se privant par là des forces fécondes dont elle est elle-même née, elle abandonne ce que l’on peut appeler la mémoire fondamentale de l’humanité, sans laquelle la raison perd son orientation » (Ibid., p.123). Il y a là une véritable mutilation qui atteint l’existence commune.

Ces critiques ont valeur d’avertissement : Où en sommes-nous de notre propre connaissance historique du phénomène chrétien présent à l’intérieur de nos sociétés ? Qu’est-ce qui est exigé de nous si nous voulons nous familiariser davantage avec une lecture chrétienne de notre histoire ?

Qu’entend Benoît XVI par « saine laïcité » ?

Tout en maintenant ses critiques sur les excès du laïcisme, Benoît XVI ne doute pas de la possibilité de mettre en œuvre, dans nos sociétés modernes, une « saine laïcité », qui comporte des obligations mutuelles à la fois pour l’État et pour l’Église.

Il faut que « l’État ne considère pas la religion comme un simple sentiment individuel qui pourrait être limité au seul domaine privé . Au contraire, la religion, étant également organisée en structures visibles, comme cela a lieu pour l’Église, doit être reconnue comme présence communautaire publique ». (Discours au Congrès des Juristes catholiques italiens, 9 décembre 2006).

Mais, de son côté, l’Église doit éviter tout ingérence par rapport à l’État : « Ce n’est pas l’Église qui peut indiquer quelle organisation publique ou sociale il faut préférer, mais c’est le peuple qui doit décider librement des façons les meilleures et les plus adaptées d’organiser la vie publique ». (Ibid.)

Benoît XVI, dans le même discours, insiste, en se référant à la Constitution conciliaire Gaudium et spes, sur les exigences que comporte pour les catholiques cette pratique d’une « saine laïcité » :

« Il est alors du devoir de tous les croyants, et en particulier des croyants dans le Christ, de continuer à élaborer un concept de laïcité qui, d’une part, reconnaisse à Dieu et à sa loi morale, au Christ et à son Église, la place qui leur revient dans la vie humaine, individuelle et sociale et, de l’autre, qui affirme et respecte la « légitime autonomie des réalités terrestres », en entendant par cette expression, comme le répète le Concile Vatican II, que « les choses créées et les sociétés elles-mêmes ont leurs lois et leurs valeurs propres que l’homme doit peu à peu apprendre à connaître, à utiliser et à organiser. » (Gaudium et spes, n.36).

En quoi Benoît XVI poursuit-il la réflexion de Jean-Paul II ?

Il est évident que ces affirmations du pape Benoît XVI relatives à une « saine laïcité » sont dans le même sillage que les encouragements adressés par le pape Jean-Paul II aux catholiques de France, en Février 2005, dans le cadre du centenaire de la loi de 1905.

« L’Église souhaite que les valeurs religieuses, morales et spirituelles qui font partie du patrimoine de la France, qui ont façonné son identité et qui ont forgé des générations de personnes depuis les premiers siècles du christianisme ne tombent pas dans l’oubli. J’invite donc les fidèles de votre pays, dans la suite de la Lettre aux catholiques de France que vous leur avez adressée il y a quelques années, à puiser dans leur vie spirituelle et ecclésiale la force pour participer à la res publica et pour donner un élan nouveau à la vie sociale et une espérance renouvelée aux hommes et aux femmes de notre temps ». (Lettre de Jean-Paul II aux évêques de France pour le centenaire de la loi de 1905 : 11 Février 2005, Documentation catholique 2331, p.204).

Cet appel de Jean-Paul II à l’engagement des catholiques et de l’Église dans la société française demeure d’une grande actualité. Les réflexions exigeantes de Benoît XVI nous obligent à actualiser encore davantage cet engagement.

La laïcité, un défi pour les chrétiens ?

Il est indéniable qu’un usage restrictif ou intolérant de la laïcité met la Tradition et la foi chrétiennes à l’épreuve dans nos sociétés pluralistes, où le christianisme est présent à côté d’autres traditions religieuses et aussi de courants de pensée agnostiques ou athées, sans oublier l’indifférence ambiante.

Mais cette épreuve comporte elle-même comme un défi à relever : il s’agit pour nous, chrétiens, d’inscrire notre foi à l’intérieur de notre société oublieuse de ses racines et de comprendre nous-mêmes que la Révélation chrétienne comporte une ouverture à l’universel. Cet universalisme empêche l’Église catholique de se replier sur elle-même. Elle l’oblige en permanence à s’adresser à tous. C’est en insistant sur cet universalisme essentiel à la foi et à l’Église que le cardinal Ratzinger avait conclu son allocution à l’Académie des Sciences morales et politiques, à Paris, en novembre 1992 :

« Il est conforme à la nature de l’Église d’être séparée de l’État et que sa foi ne puisse pas être imposée par l’État, mais repose au contraire sur des convictions acquises librement…L’Église se doit d’être non pas un État ou une partie d’un État, mais une communauté de conviction. Elle se doit aussi de se savoir responsable de l’ensemble et de ne pas pouvoir se limiter à elle-même. Il lui faut à partir de sa propre liberté parler à l’intérieur de la liberté de tous… » (La liberté, le droit et le bien, Principes moraux dans les sociétés démocratiques, dans Valeurs pour un temps de crise, Parole et silence, 2005, p.22).

Il est probable que, lors de son prochain voyage en France, le pape Benoît XVI insistera à nouveau sur cette responsabilité large de l’Église, fondée sur l’universalisme chrétien.

Sans oublier que cette responsabilité de l’Église implique le témoignage des croyants, et des croyants qui osent dire Dieu à travers toute leur existence. Comme l’avait souligné le cardinal Ratzinger en 2005, peu avant son élection comme évêque de Rome :

« Ce dont nous avons le plus besoin en ce moment de l’histoire, ce sont des hommes qui par une foi éclairée et vive, rendent Dieu crédible dans ce monde…Nous avons besoin d’hommes dont l’intelligence soit éclairée par la lumière de Dieu et dont Dieu ouvre le cœur, de sorte que leur intelligence puisse parler à l’intelligence des autres et que leur cœur puisse ouvrir le cœur des autres ». (L’Europe dans la crise des cultures, Ibid., p.125).

Il est évident que les questions posées par la laïcité à la conscience chrétienne ne sont pas seulement des questions théoriques, mais des questions profondément existentielles qui concernent notre façon de témoigner du Dieu de Jésus-Christ dans notre société pluraliste et sécularisée.

 

 

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« Aimez vos ennemis » affrontez le mal avec les armes de l’amour et de la vérité – Benoît XVI

« Aimez vos ennemis » (Lc 6, 27), affrontez le mal avec les armes de l’amour et de la vérité

Chers frères et sœurs !

L’Évangile de ce dimanche contient l’une des paroles les plus typiques et fortes de la prédication de Jésus :  « Aimez vos ennemis » (Lc 6, 27). Elle est tirée de l’Évangile de Luc, mais elle se trouve également dans celui de Matthieu (5, 44), dans le contexte du discours-programme qui s’ouvre par les célèbres « Béatitudes ». Jésus le prononça en Galilée au début de sa vie publique, comme un « manifeste » présenté à tous, auquel Il demande l’adhésion de ses disciples, en leur proposant en termes radicaux son modèle de vie. Mais quel est le sens de cette parole ? Pourquoi Jésus demande-t-il d’aimer ses ennemis, un amour qui dépasse les capacités humaines ? En réalité, la proposition du Christ est réaliste, car elle tient compte du fait que dans le monde il règne trop de violencetrop d’injustice, et que par conséquent, on ne peut surmonter cette situation qu’en lui opposant un supplément d’amour, un supplément de bonté. Ce « supplément » vient de Dieu, c’est sa miséricorde qui s’est faite chair en Jésus et qui seule peut « faire basculer » le monde du mal vers le bien, à partir de ce « monde » petit et décisif qu’est le cœur de l’homme.

Cette page de l’Évangile est considérée, à juste titre, comme la magna charta de la non-violence chrétienne, qui ne consiste pas à se résigner au mal – selon une fausse interprétation du « tendre l’autre joue » (cf. Lc 6, 29) -, mais à répondre au mal par le bien (cf. Rm 12, 17-21), en brisant ainsi la chaîne de l’injustice. On comprend alors que pour les chrétiens, la non-violence n’est pas un simple comportement tactique, mais bien une manière d’être de la personne, l’attitude de celui qui est tellement convaincu de l’amour de Dieu et de sa puissance, qu’il n’a pas peur d’affronter le mal avec les seules armes de l’amour et de la vérité. L’amour  pour  l’ennemi constitue le noyau de la « révolution chrétienne », une révolution qui n’est pas fondée sur des stratégies de pouvoir économique, politique ou médiatique. La révolution de l’amour, un amour qui ne s’appuie pas, en définitive, sur les ressources humaines, mais qui est un don de Dieu que l’on obtient uniquement en faisant confiance sans réserves à sa bonté miséricordieuse. Voilà la nouveauté de l’Évangile, qui change le monde sans faire de bruit. Voilà l’héroïsme des « petits », qui croient dans l’amour de Dieu et le diffusent même au prix de leur vie.

Chers frères et sœurs, le Carême, qui commencera mercredi prochain avec le rite des Cendres, est le temps propice au cours duquel tous les chrétiens sont invités à se convertir toujours plus profondément à l’amour du Christ. Demandons à la Vierge Marie, disciple docile du Rédempteur, de nous aider à nous laisser conquérir sans réserve par cet amour, à apprendre à aimer comme Il nous a aimés, pour être miséricordieux comme notre Père qui est dans les cieux est miséricordieux (cf. Lc 6, 36).

Benoit XVI, dimanche 18 févreier 2007

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« Avec le cardinal Sarah, maître du silence et de la vie intérieure, la liturgie est entre de bonnes mains » – Benoît XVI

Le pape émérite Benoît XVI a accordé une très belle postface à l’édition en langue anglaise de l’ouvrage du cardinal Robert Sarah La force du silence. Contre la dictature du bruit. Cette postface prendra sa place dans la deuxième édition de l’ouvrage qui a été publié en avril dernier aux États-Unis chez Ignatius Press. Elle est datée du Vatican le 17 mai 2017 et a été publiée intégralement sur First Things hier. Voici comment se termine cette préface :

« Avec le cardinal Sarah, maître du silence et de la vie intérieure, la liturgie est entre de bonnes mains ».

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Mai, mois de Marie – Benoit XVI – La Vierge Marie : Icône de la foi obéissante

Catéchèse de Benoit XVI, du 19 décembre 2012

 

Chers frères et sœurs,

Sur le chemin de l’Avent, la Vierge Marie occupe une place particulière comme celle qui, de façon unique, a attendu la réalisation des promesses de Dieu, en accueillant dans la foi et dans la chair Jésus, le Fils de Dieu, en pleine obéissance à la volonté divine. Aujourd’hui, je voudrais réfléchir brièvement avec vous sur la foi de Marie à partir du grand mystère de l’Annonciation.

« Chaîre kecharitomene, ho Kyrios meta sou », « Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi » (Lc 1, 28). Telles sont les paroles — rapportées par l’évangéliste Luc — par lesquelles l’archange Gabriel s’adresse à Marie. À première vue, le terme chaîre, « réjouis-toi », semble une salutation normale, habituelle dans le contexte grec, mais s’il est lu dans le cadre de la tradition biblique, ce mot acquiert une signification beaucoup plus profonde. Ce même terme est présent quatre fois dans la version grecque de l’Ancien Testament et toujours comme une annonce de joie pour la venue du Messie (cf. So 3, 14 ; Jl 2, 21 ; Za 9, 9 ; Lm 4, 21). Le salut de l’ange à Marie est donc une invitation à la joie, à une joie profonde, il annonce la fin de la tristesse qu’il y a dans le monde face à la limite de la vie, à la souffrance, à la mort, à la méchanceté, aux ténèbres du mal qui semblent obscurcir la lumière de la bonté divine. C’est un salut qui marque le début de l’Évangile, de la Bonne Nouvelle.

Mais pourquoi Marie est-elle invitée à se réjouir de cette façon ? La réponse se trouve dans la deuxième partie du salut :  « Le Seigneur est avec toi ». Ici aussi, pour bien comprendre le sens de l’expression, nous devons nous tourner vers l’Ancien Testament. Dans le Livre de Sophonie, nous trouvons cette expression : « Pousse des cris de joie, fille de Sion… Le Seigneur est roi d’Israël au milieu de toi… Le Seigneur ton Dieu est au milieu de toi, héros sauveur » (3, 14-17). Dans ces paroles, il y a une double promesse faite à Israël, à la fille de Sion : Dieu viendra comme sauveur et habitera précisément au milieu de son peuple, dans le sein de la fille de Sion. Dans le dialogue entre l’ange et Marie se réalise exactement cette promesse : Marie est identifiée avec le peuple épousé par Dieu, elle est véritablement la Fille de Sion en personne ; en elle s’accomplit l’attente de la venue définitive de Dieu, en elle habite le Dieu vivant.

Dans le salut de l’ange, Marie est appelée « pleine de grâce » ; en grec, le terme « grâce », charis, a la même racine linguistique que le terme « joie ». Dans cette expression également est éclaircie ultérieurement la source de la joie de Marie : la joie provient de la grâce, c’est-à-dire qu’elle provient de la communion avec Dieu, du fait d’avoir une relation si vitale avec Lui, du fait d’être demeure de l’Esprit Saint, entièrement formée par l’action de Dieu. Marie est la créature qui de façon unique a ouvert toute grande la porte à son Créateur, elle s’est placée entre ses mains, sans limite. Elle vit entièrement de la et dans la relation avec le Seigneur ; elle est dans une attitude d’écoute, attentive à saisir les signes de Dieu sur le chemin de son peuple ; elle est insérée dans une histoire de foi et d’espérance dans les promesses de Dieu, qui constitue le tissu de son existence. Et elle se soumet librement à la parole reçue, à la volonté divine dans l’obéissance de la foi.

L’évangéliste Luc raconte l’histoire de Marie à travers un subtil parallélisme avec l’histoire d’Abraham. Comme le grand Patriarche est le père des croyants, qui a répondu à l’appel de Dieu à quitter la terre où il vivait, ses certitudes, pour entamer le chemin vers une terre inconnue et possédée uniquement dans la promesse divine, de même Marie s’en remet avec une totale confiance à la parole que lui a annoncée le messager de Dieu et devient modèle et mère de tous les croyants.

Je voudrais souligner un autre aspect important : l’ouverture de l’âme à Dieu et à son action dans la foi inclut aussi l’élément de l’obscurité. La relation de l’être humain avec Dieu n’efface pas la distance entre le Créateur et la créature, n’élimine pas ce qu’affirme l’apôtre Paul face aux profondeurs de la sagesse de Dieu : « Que ses décrets sont insondables et ses voies incompréhensibles ! » (Rm 11, 33). Mais justement celui qui — comme Marie — est ouvert de façon totale à Dieu, parvient à accepter le vouloir divin, même s’il est mystérieux, même si souvent il ne correspond pas à notre propre volonté et qu’il est une épée qui transperce l’âme, comme le dira prophétiquement le vieux Syméon à Marie, au moment où Jésus est présenté au Temple (cf. Lc 2, 35). Le chemin de foi d’Abraham comprend le moment de joie pour le don de son fils Isaac, mais aussi le moment de l’obscurité, lorsqu’il doit monter sur le mont Moriah pour accomplir un geste paradoxal : Dieu lui demande de sacrifier le fils qu’il vient de lui donner. Sur le mont, l’ange lui ordonne : « N’étends pas la main contre l’enfant ! Ne lui fais aucun mal ! Je sais maintenant que tu crains Dieu : tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique » (Gn 22, 12) ; la pleine confiance d’Abraham dans le Dieu fidèle aux promesses ne manque pas non plus lorsque sa parole est mystérieuse et difficile, presque impossible à accueillir. Ainsi en est-il pour Marie, sa foi vit la joie de l’Annonciation mais passe aussi à travers l’obscurité de la crucifixion de son Fils, pour pouvoir atteindre la lumière de la Résurrection.

Il en est de même aussi pour le chemin de foi de chacun de nous : nous rencontrons des moments de lumière, mais nous rencontrons aussi des passages où Dieu semble absent, son silence pèse dans notre cœur et sa volonté ne correspond pas à la nôtre, à ce que nous voudrions. Mais plus nous nous ouvrons à Dieu, plus nous accueillons le don de la foi, plus nous plaçons totalement en Lui notre confiance — comme Abraham et comme Marie — alors plus Il nous rend capables, par sa présence, de vivre toute situation de la vie dans la paix et dans la certitude de sa fidélité et de son amour. Mais cela signifie sortir de soi et de nos projets, afin que la Parole de Dieu soit la lampe qui guide nos pensées et nos actions.

Je voudrais m’arrêter encore sur un aspect qui émerge des récits sur l’Enfance de Jésus raconté par saint Luc. Marie et Joseph portent leur fils à Jérusalem, au Temple, pour le présenter et le consacrer au Seigneur comme le prescrit la loi de Moïse : « Tout garçon premier-né sera consacré au Seigneur » (cf. Lc 2, 22-24). Ce geste de la Sainte Famille acquiert un sens encore plus profond si nous le lisons à la lumière de la science évangélique de Jésus à douze ans qui, après trois jours de recherche, est retrouvé au Temple en train de discuter parmi les docteurs. Aux paroles pleines d’inquiétude de Marie et Joseph : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois ! ton père et moi, nous te cherchons, angoissés », correspond la mystérieuse réponse de Jésus : « Pourquoi donc me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ? » (Lc 2, 48-49). C’est-à-dire dans la propriété du Père, dans la maison du Père, comme l’est un fils. Marie doit renouveler la foi profonde avec laquelle elle a dit « oui » lors de l’Annonciation ; elle doit accepter que la priorité soit donnée au Père véritable et propre de Jésus ; elle doit savoir laisser libre ce Fils qu’elle a engendré pour qu’il suive sa mission. Et le « oui » de Marie à la volonté de Dieu, dans l’obéissance de la foi, se répète tout au long de sa vie, jusqu’au moment le plus difficile, celui de la Croix.

Face à tout cela, nous pouvons nous demander : comment Marie a-t-elle pu vivre ce chemin aux côtés de son Fils avec une foi aussi solide, même dans l’obscurité, sans perdre la pleine confiance dans l’action de Dieu ? Il existe une attitude de fond que Marie prend face à ce qui se passe dans sa vie. Lors de l’Annonciation, elle est troublée en écoutant les paroles de l’Ange — c’est la crainte que l’homme éprouve lorsqu’il est touché par la proximité de Dieu —, mais ce n’est pas l’attitude de celui qui a peur devant ce que Dieu peut demander. Marie réfléchit, elle s’interroge sur la signification de ce salut (cf. Lc 1, 29). Le terme grec utilisé dans l’Évangile pour définir cette « réflexion », « dielogizeto », rappelle la racine de la parole « dialogue ». Cela signifie que Marie entre dans un dialogue intime avec la Parole de Dieu qui lui a été annoncée, elle ne la considère pas superficiellement, mais elle s’arrête, elle la laisse pénétrer dans son esprit et dans son cœur pour comprendre ce que le Seigneur veut d’elle, le sens de l’annonce. Nous trouvons une autre mention de l’attitude intérieure de Marie face à l’action de Dieu, toujours dans l’Évangile de saint Luc, au moment de la naissance de Jésus, après l’adoration des bergers. Il y est affirmé que Marie « retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur » (Lc 2, 19) ; en grec le terme est symballon, nous pourrions dire qu’Elle « retenait ensemble », qu’elle « mettait ensemble » dans son cœur tous les événements qui lui arrivaient ; elle plaçait chaque événement particulier, chaque parole, chaque fait à l’intérieur du tout et elle le confrontait, elle le conservait, reconnaissant que tout provient de la volonté de Dieu. Marie ne s’arrête pas à une première compréhension superficielle de ce qui se passe dans sa vie, mais elle sait regarder en profondeur, elle se laisse interpeller par les événements, elle les élabore, elle les discerne et acquiert cette compréhension que seule la foi peut garantir. C’est l’humilité profonde de la foi obéissante de Marie, qui accueille en elle également ce qu’elle ne comprend pas dans l’action de Dieu, en laissant Dieu ouvrir son esprit et son cœur. « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur » (Lc 1, 44), s’exclame sa parente Élisabeth. C’est précisément en raison de sa foi que toutes les générations l’appelleront bienheureuse.

Chers amis, la solennité du Noël du Seigneur que nous célébrerons d’ici peu, nous invite à vivre cette même humilité et obéissance de foi. La gloire de Dieu ne se manifeste pas dans le triomphe et dans le pouvoir d’un roi, elle ne resplendit pas dans une ville célèbre, dans un palais somptueux, mais elle prend sa demeure dans le sein d’une vierge, elle se révèle dans la pauvreté d’un enfant. La toute-puissance de Dieu, même dans notre vie, agit avec la force, souvent silencieuse, de la vérité et de l’amour. La foi nous dit alors que la puissance sans défense de cet Enfant vainc le bruit des puissances du monde.

 

A la une #Points non négociables PNN #Théologie

Principes non négociables, des points fermes et clairs

En 2012, le site Benoît et moi, faisait, à la veille des élections « pestilentielles », une mise point toujours d’actualité sur les principes non négociables. 

A la veille des élections présidentielles, les catholiques français vont-ils s’étriper autour des « principes non négociables » – l’expression est de Benoît XVI – certains allant jusqu’à suggérer que ces principes sont à relativiser, surtout quand ceux qui en sont le plus proches sont étiquetés à l’extrême-droite de l’échiquier politique – et donc réputés opposés sur tous les autres sujets à la doctrine sociale de l’Eglise.
Il me semble en réalité que pour le Pape, s’engager en politique, cela ne veut pas dire voter pour tel ou tel candidat (en France,cela va être difficile), mais participer à la vie de la cité, contribuant au bien commun, et, qui sait, susciter à long terme (inutile de rêver que c’est pour demain) une nouvelle classe d’hommes politiques. En repartant de zéro (le rôle de former ces futurs politiques revenant en particulier aux pasteurs).
Et ce bien commun, le Saint-Père en donnait (une fois de plus) un aperçu dans son discours aux autorités de Rome et de la Région.

J’ai donc rassemblé ici plusieurs articles de ce site consacrés à ce sujet. Pour aider à se faire, le plus honnêtement possible, son opinion.

Dans la droite ligne de l’enseignement constant de l’Église, Jean-Paul II a maintes fois répété que ceux qui sont engagés directement dans les instances législatives ont « une obligation précise de s’opposer » à toute loi qui s’avère un attentat contre la vie humaine. Pour eux, comme pour tout catholique, il est impossible de participer à des campagnes d’opinion en faveur de telles lois, et il n’est permis à personne de les soutenir par son vote…I- Et d’abord, la parole au Saint-Père (les discours sont bien entendu à lire en entier) :

1.
 En premier, évidemment, la fameuse Note Doctrinale concernant certaines questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique (novembre 2002)
Je crois que ce texte fondamental doit être lu, relu, et médité, et c’est pourquoi je l’ai reproduit dans ces pages (car il n’est pas si facile à trouver, bien que beaucoup s’en réclament !).

Je lis bel et bien ces propos très clairs :


(…) la conscience chrétienne bien formée ne permet à personne d’encourager par son vote la mise en œuvre d’un programme politique ou d’une loi dans lesquels le contenu fondamental de la foi et de la morale serait évincé par la présentation de propositions différentes de ce contenu ou opposées à lui. Parce que la foi est un tout indivisible, il n’est pas logique d’isoler un de ses éléments au détriment de la totalité de la doctrine catholique.

L’engagement politique en faveur d’un aspect isolé de la doctrine sociale de l’Église ne suffit pas à répondre totalement à la responsabilité pour le bien commun.

Quand l’action politique est confrontée à des principes moraux qui n’admettent ni dérogation, ni exception, ni aucun compromis, l’engagement des catholiques devient plus évident et se fait lourd de responsabilités.
Face à ces exigences éthiques fondamentales auxquelles on ne peut renoncer, les chrétiens doivent en effet savoir qu’est en jeu l’essence de l’ordre moral, qui concerne le bien intégral de la personne. Tel est le cas des lois civiles en matière d’avortement et d’euthanasie (à ne pas confondre avec le renoncement à l’acharnement thérapeutique qui, même du point de vue moral, est légitime), qui doivent protéger le droit primordial à la vie, depuis sa conception jusqu’à sa fin naturelle. De la même manière, il faut rappeler le devoir de respecter et de protéger les droits de l’embryon humain. De même, il faut préserver la protection et la promotion de la famille, fondée sur le mariage monogame entre personnes de sexe différent, et protégée dans son unité et sa stabilité, face aux lois modernes sur le divorce : aucune autre forme de vie commune ne peut en aucune manière lui être juridiquement assimilable, ni ne peut recevoir, en tant que telle, une reconnaissance légale. De même, la garantie de liberté d’éducation des enfants est un droit inaliénable des parents, reconnu entre autre par les Déclarations internationales des droits humains.


il est arrivé que, même au sein de certaines associations ou organisations d’inspiration catholique, sont apparues des orientations en faveur de forces et de mouvements politiques qui, sur des questions éthiques fondamentales, ont exprimé des positions contraires à l’enseignement moral et social de l’Église. De tels choix et de telles connivences, parce qu’ils sont en contradiction avec des principes fondamentaux de la conscience chrétienne, ne sont pas compatibles avec l’appartenance à des associations ou à des organisations qui se définissent comme catholiques. De manière analogue, il faut noter que, dans certains pays, certaines revues et certains périodiques catholiques ont donné à leurs lecteurs, à l’occasion de choix politiques, une orientation ambiguë et incohérente, interprétant de manière équivoque le sens de l’autonomie des catholiques en politique, sans prendre en considération les principes auxquels on devrait se référer.

2. Discours aux Participants au Congrès promu par le Parti Populaire Européen 
Jeudi 30 mars 2006
(Ici)
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En ce qui concerne l’Eglise catholique, l’objet principal de ses interventions dans le débat public porte sur la protection et la promotion de la dignité de la personne et elle accorde donc volontairement une attention particulière à certains principes qui ne sont pas négociables. Parmi ceux-ci, les principes suivants apparaissent aujourd’hui de manière claire :
– la protection de la vie à toutes ses étapes, du premier moment de sa conception jusqu’à sa mort naturelle ;
– la reconnaissance et la promotion de la structure naturelle de la famille – comme union entre un homme et une femme fondée sur le mariage – et sa défense contre des tentatives de la rendre juridiquement équivalente à des formes d’union radicalement différentes qui, en réalité, lui portent préjudice et contribuent à sa déstabilisation, en obscurcissant son caractère spécifique et son rôle social irremplaçable ;
– la protection du droit des parents d’éduquer leurs enfants.
Ces principes ne sont pas des vérités de foi, même si ils reçoivent un éclairage et une confirmation supplémentaire de la foi ; ils sont inscrits dans la nature humaine elle-même et ils sont donc communs à toute l’humanité. L’action de l’Eglise en vue de leur promotion n’est donc pas à caractère confessionnel, mais elle vise toutes les personnes, sans distinction religieuse. Inversement, une telle action est d’autant plus nécessaire que ces principes sont niés ou mal compris, parce cela constitue une offense contre la vérité de la personne humaine, une blessure grave infligée à la justice elle-même.

* * *


3. Mgr Luigi Negri fait un commentaire ici :

(Ici)

Nous devons la définition des « principes non négociables » à Benoît XVI, dans un de ses premiers discours en tant que Pape. Pour être précis, l’occasion lui a été offerte par la rencontre avec les parlementaires du Parti populaire européen, reçus en audience le 30 Mars 2006 . C’est une circonstance à ne pas négliger, parce que le Pape n’a pas apporté d’innovations doctrinales, mais a rendu explicite et détaillée la position traditionnelle de l’Eglise, la replaçant dans le contexte de la situation en Europe, où le relativisme attaque les droits fondamentaux étroitement liés à la nature de l’homme et à sa dignité.

A cette occasion, Benoît XVI a évoqué les trois principes non négociables qui jaillissent de la tradition de la doctrine sociale de l’Eglise,vérifiés dans l’histoire des nations :
– Protection de la vie dans toutes ses phases, depuis le premier moment de la conception jusqu’à la mort naturelle ;
– Reconnaissance et promotion de la structure naturelle de la famille en tant qu’union entre un homme et une femme fondée sur le mariage, et sa défense contre les tentatives de la rendre juridiquement équivalente à des formes d’union radicalement différentes qui en réalité lui portent préjudice et contribuent à sa déstabilisation, en occultant son caractère particulier et son rôle social irremplaçable ;
– Protection du droit des parents d’éduquer leurs enfants.
« Ces principes ne sont pas des vérités de la foi , même s’ils reçoivent un éclairage supplémentaire, et une confirmation, de la foi. Ils sont inscrits dans la nature humaine elle-même et sont donc communs à toute l’humanité. L’action de l’Eglise dans leur promotion n’est donc pas à caractère confessionnel, mais elle est adressée à toutes les personnes, indépendamment de leur appartenance religieuse.  »

La formulation des principes non-négociables était en fait déjà présente dans la Note doctrinale sur certaines questions regardant l’engagement des catholiques dans la vie politique, que la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (présidée alors par le Cardinal Joseph Ratzinger) a publiée le 24 novembre 2002 dans le but de rappeler et de préciser certains points de la doctrine sociale de l’Eglise pour ceux qui oeuvrent et vivent dans les sociétés démocratiques.

En particulier, le document fait la distinction entre les décisions politiques contingentes dans lesquelles sont souvent « moralement possibles des stratégies différentes pour réaliser ou garantir en substance une même valeur de fond » (n° 3) et « les principes moraux qui n’admettent aucune dérogation, exception ou compromis » ( n° 4), où « alors, l’engagement des catholiques devient plus évident et chargé de la responsabilité ».
La note parle dans ce cas d’ »exigences éthiques fondamentales inaliénables », devant lesquelles « les chrétiens doivent en effet savoir qu’est en jeu l’essence de l’ordre moral, qui concerne le bien intégral de la personne. Tel est le cas des lois civiles en matière d’avortement et d’euthanasie (à ne pas confondre avec le renoncement à l’acharnement thérapeutique qui, même du point de vue moral, est légitime), qui doivent protéger le droit primordial à la vie, depuis sa conception jusqu’à sa fin naturelle. De la même manière, il faut rappeler le devoir de respecter et de protéger les droits de l’embryon humain. De même, il faut préserver la protection et la promotion de la famille, fondée sur le mariage monogame entre personnes de sexe différent, et protégée dans son unité et sa stabilité, face aux lois modernes sur le divorce : aucune autre forme de vie commune ne peut en aucune manière lui être juridiquement assimilable, ni ne peut recevoir, en tant que telle, une reconnaissance légale. De même, la garantie de liberté d’éducation des enfants est un droit inaliénable des parents, reconnu entre autre par les Déclarations internationales des droits humains »(n° 4).

Dans cette approche, il y a une question fondamentale qui doit être soulignée, à savoir que la doctrine sociale de l’Eglise est le contenu qui lie (ndt : au sens de contrainte) les interventions faites par des individus et des groupes. Elle les lie, dans le sens où elle constitue l’hypothèse de travail, une hypothèse à la lumière de laquelle peuvent ensuite être conduites toutes les analyses de caractère culturel et toutes les mesures de nature opérationnelle.

Ce qui est essentiel dans l’engagement des catholiques ne réside donc pas dans l’analyse des individus et des groupes, où on court le risque inévitable d’utiliser les principes de la doctrine sociale en fonction d’évaluations ou d’interventions de caractère culturel, social et politique. Si on ne garde pas à l’esprit les principes fondamentaux que seule l’Église enseigne et qui ne peuvent être rejetés, alors les valeurs fondamentales deviennent le contenu des analyses, et ce sont les choix contingents – sociaux, culturels et politiques – qui assumeront le rôle des valeurs fondamentales. Avec pour résultat une désagrégation, qui non seulement rend équivoque la présence des catholiques en politique, mais fait en sorte que les contenus de leurs intervention finiront par être irréformables comme la foi.

Il arrive ainsi que dans la communauté ecclésiale, ceux qui font des choix opérationnels, culturels et sociaux différents, se combattent avec une violence acharnée comme s’il n’y avait pas une base commune qui précède ces différences, et qui à la limite pourrait valoriser ces différences. Alors, le « catho-communiste » (ndt : nous dirions catholique de gauche) considére celui de droite comme un non-chrétien, le catholique de droite considère le catho-communisme comme une trahison fondamentale de la foi, et la communauté est divisée dans sa nature profonde, elle risque d’être mise en situation de crise, ou déchirée, pour des considérations de nature contingente. Et cette division se retrouve jusqu’au sommet de la hiérarchie.

La grande leçon du pape est justement de rappeler ce qui vient en premier, ce qui fonde l’unité des catholiques.


II.
 Le Saint-Père a repris le thème du chrétien en politique en mai 2011, lors de sa visite à l’Aquilée et Venise.
A l’Aquilée, s’adressant aux évêques et aus prêtres (cf. Ici), il a dit :

Enfin, je vous recommande, à vous comme aux autres Eglises en Italie, l’engagement à susciter une nouvelle génération d’hommes et de femmes capables d’assumer des responsabilités dans des domaines divers de la société, particulièrement en politique. Ce domaine a plus que jamais besoin de voir des personnes, surtout des jeunes, capables de construire une « vie bonne » en faveur et pour le bénéfice de tous. En effet,les chrétiens, qui sont des pèlerins vers le ciel, mais qui vivent déjà ici-bas une anticipation de l’éternité, ne peuvent se soustraire à cet engagement.

Ce paragraphe a été commenté par Andrea Tornielli (qui a l’honnêteté de ne pas se présenter comme détenteur de l’unique vérité), qui titrait, (lui aussi !) : il n’y a pas que les principes non négociables » (benoit-et-moi.fr/2011-II/) :

Le thème des principes « non négociables » a été repris à plusieurs reprises par le pape et les évêques italiens. Et il est devenu, souvent, champ de bataille politique et dans certains cas, de débats houleux, même parmi les catholiques.

L’invitation pressante de Benoît XVI à l’engagement politique, cependant, semble aller plus loin. Le Pape, en effet invite les jeunes à construire « une ‘vie bonne’ pour le bien de tous ». Si les principes non négociables sont le point de départ, il serait de courte vue de réduire l’engagement des catholiques exclusivement à la défense et la promotion de ces principes. Les catholiques sont en effet porteurs d’une culture, d’une vision de l’homme et des relations sociales, qui ne peut facilement être réduite ou aplatie à certains modèles aujourd’hui à la mode dans certains groupes politiques.


III. 
Parmi les réflexions les plus intéressantes que j’ai lues sur le thème, il y a un article du Père Scalese datant de l’année dernière (http://benoit-et-moi.fr/2011-II).
Ce qu’il dit (cela s’appliquait à l’Italie, mais aussi à nous) me paraît très important. On ne peut pas faire tout tout de suite et résoudre les problèmes comme par un coup de baguette magique. En France, aujourd’hui, le personnel politique catholique est inexistant. Il faut tout recommencer du début :

(…) dans la situation où nous sommes, nous ne pouvons pas nous faire d’illusions sur une reconstruction immédiate, comme on dit aujourd’hui du « tissu social » au sens chrétien. Après des siècles de démantèlement du « christianisme » (c’est de cela qu’il s’agit : la crise que nous traversons n’est pas, comme beaucoup le croient, le résultat de décisions hâtives dans les dernières décennies, mais la conséquence de prémisses qui plongent leurs racines loin dans le temps) on ne peut prétendre le reconstruire en un tournemain.Au point où nous en sommes, je suis convaincu que nous ne pouvons plus penser résoudre la situation avec des interventions limitées, uniquement destinées à sauver ce qui peut l’être. …. Je pense qu’il n’y a rien d’autre à faire que de tout recommencer du début, revenir à l’époque des apôtres et continuer à proclamer le kérygme du Christ crucifié et ressuscité. Dans l’intervalle, tout ce qui nous entoure se sera complètement effondré, et on pourra ensuite commencer à reconstruire à partir de zéro.

Et le Père Scalese citait une conférence qu’il avait tenue en juin 1998 :

ll faut absolument éviter l’erreur de penser que le seul problème est « de quel côté se placer », à gauche ou à droite, ou s’il ne faut pas plutôt reconstituer un « grand centre », qui rassemble tous les catholiques.
Le problème est en réalité beaucoup plus profond.
Actuellement nous sommes confrontés non seulement à une gauche, mais aussi hélas à une droite entièrement sécularisée. Donc le vrai problème est de ré-évangéliser la politique. Il faut commencer du début, comme il y a deux mille années : le chrétien, de quelque côté qu’il se range, est appelé à « imprégner l’ordre temporel de l’esprit évangélique ». A ce niveau, au niveau de la foi et des valeurs morales, tous les catholiques sont – doivent être – unis au-delà des camps. Ils doivent être non pas des catholiques de droite, de gauche ou du centre, non pas des « catholiques libéraux » ou des « démocrates catholiques », des « cathocomunistes » ou des « cléricofascistes », mais simplement catholiques – comme nous l’a rappelé la semaine dernière L’Osservatore Romano (15 Juin 1998) – des « catholiques sans adjectifs ».

IV.
 Il y a des quantités d’autres pages que l’on peut ramener à ces « points non négociables » et au rôle du chrétien en politique.
Parmi elles, ces deux lettres de Mgr Démetrio Fernandez, évêque de Cordou, traduites par Carlota :

-> Changement d’époque : http://benoit-et-moi.fr/2011-II/ ..1
-> Ce qu’un chrétien demande à un homme politique : http://benoit-et-moi.fr/2011-II/..2

* * *

Ce « dossier » (qui ne parvient pas vraiment à réaliser une synthèse, certes à cause des limites de son auteur, mais aussi à la complexité des problèmes en jeu) ne serait pas complet si je ne reproduisais quelque chose qui me tient à coeur, et qui est une réponse à ceux qui, d’un bord comme de l’autre, entendent tirer le saint-Père par la soutane (comme disent les italiens) pour lui faire dire ce qu’ils ont envie d’entendre.

Cette interviewe du cardinal Ratzinger (video ici) par TSR en 1998 a déjà été citée à propos de la piède de Castellucci (http://benoit-et-moi.fr/2011-III) :

Le journaliste l’interroge (je ne sais plus le contexte, mais on voit qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil :

Q : J’aurais aimé que le Saint-Père manifeste nettement sa compréhension de ce qui pousse les gens à la violence.

 

R : Je dirais… le Pape donne donne les grandes lignes de l’engagement des chrétiens dans la politique. Il annonce l’Evangile et purifie ainsi les consciences, mais ce n’est pas le rôle du Pape de rentrer dans tous les détails, puisque finalement, il ne remplace pas l’épiscopat. Il y a la réalité très concrète et très précise de l’épiscopat qui connaît la réalité sur le lieu, et donc il y a un rôle différent du Pape et des évêques dans ce lieu.

Brèves

Benoît XVI irait-il en Egypte à la place du pape François ?

Le pape Benoit XVI ira comme prévu en Egypte !

Tel est le titre (images à l’appui) du journal Challenge daté du 11 avril dernier.

Même si le contenu de l’artice parle bien du pape François, titre et image de l’article laissent songeurs sur le sérieux et le suivi de l’actualité par certains journalistes…

 

Brèves

Juppé n’aime pas plus Benoît XVI que Sens Commun

On se souvient de la déclaration d’Alain Juppé il y a quelques années au sujet de Benoît XVI, « ce pape commence à poser un vrai problème ». Eh oui tout le pontificat de Benoît XVI fut une défense de la cohérence et de la vérité. On comprend que cela gêne un homme politique aux vestes réversibles. (voir ici l’analyse de son évolution sur les thèmes pro-vie).

 

Mais voilà, si parfois le pape François semble « novateur », sur les questions que défend Sens Commun, on en est sûr, il n’y a pas une feuille de papier à cigarette entre lui et son prédécesseur. Alors évidemment, Sens Commun, Benoît XVI, même combat. Mais, comme l’actuel souverain pontife a le vent en poupe auprès des milieux progressistes qui ne retiennent de lui que ce qu’ils peuvent instrumentaliser, il était difficile au candidat battu de s’en prendre à l’idole des médias.

Aussi, fidèle à sa ligne, celle de la mouvance qui n’a pas réussi à le faire élire, Alain Juppé déclare tout net :

Je ne soutiendrai pas un gouvernement dont la ligne serait dictée par Sens commun. C’est simple, je serai dans l’opposition.

A la une #NLH #Tribunes et entretiens

Une quête et un amour de la vérité – Hommage de Rémi Brague à Benoît XVI

A l’occasion des 90 ans de Benoît XVI ce jour de Pâques 2017, le philosophe Rémi Brague rend hommage au théologien, sur radio Vatican (version audio).

 

C’est une chose dont nous souffrons, c’est une épidémie qui se répand en Occident, ce raz-de-marée, ce tsunami affectif qui fait qu’on a de plus en plus de mal à proposer des arguments, lesquels sont remplacés le plus souvent par l’exhibition  de ses sentiments, surtout lorsque ces sentiments sont tristes. Bon, celui qui souffre vraiment mérite effectivement toute notre compassion, mais cela n’autorise pas à dire n’importe quoi. Il faut que je puisse transformer mon impression en  quelque chose que je vais pouvoir communiquer vraiment, mais pas seulement faire ressentir dans la compassion, dans une empathie d’ailleurs souvent illusoire… Il va falloir exprimer ce que je pense et pas seulement ce que je sens. Et de ce point de vue-là, le Pape émérite était passé virtuose. Il est parfaitement capable de rendre une impression qu’il repère dans l’opinion contemporaine et de la transformer en quelque chose avec quoi on peut argumenter. Et de ce point de vue-là, je crois que ses interventions étaient un très grand bienfait, parce qu’elles nous ramenaient à la sobriété, à une vision dégrisée des choses, et précisément parce qu’elle est dégrisée, on pouvait la transmettre.

Un autre point saillant de la théologie ratzingérienne, et du pasteur Benoît XVI, c’est cette quête et cet amour de la Vérité. Comment résumeriez-vous cette quête, et selon vous, de quelle manière l’a –t-il imprimée à son pontificat ?

La Vérité doit être réaffirmée comme ce en quoi il faut nous mettre en quête, à une époque où, justement, la Vérité devient elle-même, pour reprendre un titre célèbre, suspecte. On entend des gens dire : « bon, la vérité c’est bien joli, mais vous voulez m’asséner votre vérité, j’ai ma vérité à moi que je préfère à la vôtre et je ne vois pas pourquoi la vôtre serait meilleure que la mienne ». C’est un renoncement à l’idée même de Vérité ! S’il existe une Vérité que nous devons non seulement rechercher mais aimer, et bien c’est cette Vérité qui va nous dire à nous-mêmes ce que nous sommes, qui va nous éclairer sur ce que nous sommes…Ce qui n’est pas toujours très agréable ! Alors je crois qu’il faut faire très attention lorsque l’on prétend se passer de l’idée de Vérité ou la relativiser, et se demander ce que l’on cherche vraiment. Est-ce que l’on cherche vraiment davantage de liberté ? Ou au contraire, est-ce qu’on ne cherche pas à se débarrasser d’une instance désagréable parce qu’elle nous jugerait ?  Je crois que c’est cet examen de conscience essentiel auquel il faut se livrer à laquelle l’œuvre entière du Pape émérite nous invite.

Parlant de son prédécesseur, le Pape François a dit que Benoît XVI était l’exemple même du « théologien à genoux ». Qu’est-ce que cette expression évoque pour vous ?

D’une certaine manière, une tautologie ! On se représente un peu trop souvent le théologien debout, faisant une conférence. On se le représente parfois assis, comme le professeur qui enseigne avec autorité, du haut de sa chaire.  Mais ce qui est beaucoup plus intéressant, c’est le prie-Dieu ! C’est ce qui assure que l’on ne parle pas de soi-même. Si on se prêche soi-même, la parole vaudra exactement ce que vaudra la petite personne qui y sera assise. Si en revanche, le théologien est avant tout quelqu’un qui cherche le contact avec Dieu, quelqu’un qui cherche à se soumettre à Dieu, alors son discours aura une toute autre tonalité. Alors, pourquoi cela doit se faire à genoux ? Et bien ce n’est pas le rapport de l’esclave prosterné devant son maitre, c’est l’attitude de l’hommage de celui qui a compris la parole du Christ : « Je ne vous appelle plus serviteur mais amis (Jn 15,15). Le théologien à genoux, c’est celui qui exprime justement cette amitié avec un Dieu qui a bien voulu condescendre à nous prendre comme amis et qui essaie d’exprimer avec ses pauvres mots humains ce dont il s’agit.

Est-ce qu’il vous vient en tête un texte, ou une homélie, ou un livre de Benoît XVI-Ratzinger qui vous marque particulièrement et qui vous inspire ?

Et bien j’ai été marqué par le discours qu’il a prononcé aux Bernardins (ndlr : rencontre avec le monde de la culture au Collège des Bernardins, 12 septembre 2008), qui parlait de « Quaerere Deum », de « chercher Dieu », qui expliquait que la culture n’était pas une fin en soi, que ce n’était pas une manière de se faire plaisir à soi-même, mais une manière de chercher le Bien, de chercher le Vrai, de chercher le Beau, qui est la splendeur du Vrai. Tout cela, j’ai essayé de m’en inspirer.

(HD-MA)

 

 

 

A la une #Doctrine / Formation #NLH

Benoît XVI – Méditation du Samedi Saint devant le Saint Suaire

A l’occasion de l’ostension du Saint Suaire (du 10 avril au 23 mai 2010), le pape Benoît XVI s’est rendu à la cathédrale de Turin pour y vénérer la relique dimanche 2 mai. Il a lu à cette occasion une méditation intitulée « Le mystère du Samedi Saint ».

Chers amis,

C’est pour moi un moment très attendu. En diverses autres occasions, je me suis trouvé face au Saint-Suaire, mais cette fois, je vis ce pèlerinage et cette halte avec une intensité particulière : sans doute parce que les années qui passent me rendent encore plus sensible au message de cet extraordinaire Icône ; sans doute, et je dirais surtout, parce que je suis ici en tant que Successeur de Pierre, et que je porte dans mon cœur toute l’Eglise, et même toute l’humanité. Je rends grâce à Dieu pour le don de ce pèlerinage et également pour l’occasion de partager avec vous une brève méditation qui m’a été suggérée par le sous-titre de cette Ostension solennelle : « Le mystère du Samedi Saint ».

On peut dire que le Saint-Suaire est l’Icône de ce mystère, l’Icône du Samedi Saint. En effet, il s’agit d’un linceul qui a enveloppé la dépouille d’un homme crucifié correspondant en tout point à ce que les Evangiles nous rapportent de Jésus, qui, crucifié vers midi, expira vers trois heures de l’après-midi. Le soir venu, comme c’était la Parascève, c’est-à-dire la veille du sabbat solennel de Pâques, Joseph d’Arimathie, un riche et influent membre du Sanhédrin, demanda courageusement à Ponce Pilate de pouvoir enterrer Jésus dans son tombeau neuf, qu’il avait fait creuser dans le roc à peu de distance du Golgotha. Ayant obtenu l’autorisation, il acheta un linceul et, ayant descendu le corps de Jésus de la croix, l’enveloppa dans ce linceul et le déposa dans le tombeau (cf. Mc 15, 42-46). C’est ce que rapporte l’Évangile de saint Marc, et les autres évangélistes concordent avec lui. A partir de ce moment, Jésus demeura dans le sépulcre jusqu’à l’aube du jour après le sabbat, et le Saint-Suaire de Turin nous offre l’image de ce qu’était son corps étendu dans le tombeau au cours de cette période, qui fut chronologiquement brève (environ un jour et demi), mais qui fut immense, infinie dans sa valeur et sa signification.

Le Samedi Saint est le jour où Dieu est caché, comme on le lit dans une ancienne Homélie : « Que se passe-t-il ? Aujourd’hui, un grand silence enveloppe la terre. Un grand silence et un grand calme. Un grand silence parce que le Roi dort… Dieu s’est endormi dans la chair, et il réveille ceux qui étaient dans les enfers » (Homélie pour le Samedi Saint, PG 43, 439). Dans le Credo, nous professons que Jésus Christ « a été crucifié sous Ponce Pilate, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers. Le troisième jour est ressuscité des morts ».

Chers frères et sœurs, à notre époque, en particulier après avoir traversé le siècle dernier, l’humanité est devenue particulièrement sensible au mystère du Samedi Saint. Dieu caché fait partie de la spiritualité de l’homme contemporain, de façon existentielle, presque inconsciente, comme un vide dans le cœur qui s’est élargi toujours plus. Vers la fin du xix siècle, Nietzsche écrivait : « Dieu est mort ! Et c’est nous qui l’avons tué ! ». Cette célèbre expression est, si nous regardons bien, prise presque à la lettre par la tradition chrétienne, nous la répétons souvent dans la Via Crucis, peut-être sans nous rendre pleinement compte de ce que nous disons. Après les deux guerres mondiales, les lager et les goulag, Hiroshima et Nagasaki, notre époque est devenue dans une mesure toujours plus grande un Samedi Saint : l’obscurité de ce jour interpelle tous ceux qui s’interrogent sur la vie, et de façon particulière nous interpelle, nous croyants. Nous aussi nous avons affaire avec cette obscurité.

Et toutefois, la mort du Fils de Dieu, de Jésus de Nazareth a un aspect opposé, totalement positif, source de réconfort et d’espérance. Et cela me fait penser au fait que le Saint-Suaire se présente comme un document « photographique », doté d’un « positif » et d’un « négatif ». Et en effet, c’est précisément le cas : le mystère le plus obscur de la foi est dans le même temps le signe le plus lumineux d’une espérance qui ne connaît pas de limite. Le Samedi Saint est une « terre qui n’appartient à personne » entre la mort et la résurrection, mais dans cette « terre qui n’appartient à personne » est entré l’Un, l’Unique qui l’a traversée avec les signes de sa Passion pour l’homme : « Passio Christi. Passio hominis ». Et le Saint-Suaire nous parle exactement de ce moment, il témoigne précisément de l’intervalle unique et qu’on ne peut répéter dans l’histoire de l’humanité et de l’univers, dans lequel Dieu, dans Jésus Christ, a partagé non seulement notre mort, mais également le fait que nous demeurions dans la mort. La solidarité la plus radicale.

Dans ce « temps-au-delà-du temps », Jésus Christ « est descendu aux enfers ». Que signifie cette expression ? Elle signifie que Dieu, s’étant fait homme, est arrivé au point d’entrer dans la solitude extrême et absolue de l’homme, où n’arrive aucun rayon d’amour, où règne l’abandon total sans aucune parole de réconfort : « les enfers ». Jésus Christ, demeurant dans la mort, a franchi la porte de cette ultime solitude pour nous guider également à la franchir avec Lui. Nous avons tous parfois ressenti une terrible sensation d’abandon, et ce qui nous fait le plus peur dans la mort, est précisément cela, comme des enfants, nous avons peur de rester seuls dans l’obscurité, et seule la présence d’une personne qui nous aime peut nous rassurer. Voilà, c’est précisément ce qui est arrivé le jour du Samedi Saint : dans le royaume de la mort a retenti la voix de Dieu. L’impensable a eu lieu : c’est-à-dire que l’Amour a pénétré « dans les enfers » : dans l’obscurité extrême de la solitude humaine la plus absolue également, nous pouvons écouter une voix qui nous appelle et trouver une main qui nous prend et nous conduit au dehors. L’être humain vit pour le fait qu’il est aimé et qu’il peut aimer ; et si dans l’espace de la mort également, a pénétré l’amour, alors là aussi est arrivée la vie. A l’heure de la solitude extrême, nous ne serons jamais seuls : « Passio Christi. Passio hominis ».

Tel est le mystère du Samedi Saint ! Précisément de là, de l’obscurité de la mort du Fils de Dieu est apparue la lumière d’une espérance nouvelle : la lumière de la Résurrection. Et bien, il me semble qu’en regardant ce saint linceul avec les yeux de la foi, on perçoit quelque chose de cette lumière. En effet, le Saint-Suaire a été immergé dans cette obscurité profonde, mais il est dans le même temps lumineux ; et je pense que si des milliers et des milliers de personnes viennent le vénérer, sans compter celles qui le contemplent à travers les images – c’est parce qu’en lui, elles ne voient pas seulement l’obscurité, mais également la lumière ; pas tant l’échec de la vie et de l’amour, mais plutôt la victoire, la victoire de la vie sur la mort, de l’amour sur la haine ; elles voient bien la mort de Jésus, mais elles entrevoient sa Résurrection ; au sein de la mort bat à présent la vie, car l’amour y habite. Tel est le pouvoir du Saint-Suaire : du visage de cet « Homme des douleurs », qui porte sur lui la passion de l’homme de tout temps et de tout lieu, nos passions, nos souffrances, nos difficultés, nos péchés également – « Passio Christi. Passio hominis » – de ce visage émane une majesté solennelle, une grandeur paradoxale. Ce visage, ces mains et ces pieds, ce côté, tout ce corps parle, il est lui-même une parole que nous pouvons écouter dans le silence. Que nous dit le Saint-Suaire ? Il parle avec le sang, et le sang est la vie ! Le Saint-Suaire est une Icône écrite avec le sang ; le sang d’un homme flagellé, couronné d’épines, crucifié et transpercé au côté droit. L’image imprimée sur le Saint-Suaire est celle d’un mort, mais le sang parle de sa vie. Chaque trace de sang parle d’amour et de vie. En particulier cette tâche abondante à proximité du flanc, faite de sang et d’eau ayant coulé avec abondance par une large blessure procurée par un coup de lance romaine, ce sang et cette eau parlent de vie. C’est comme une source qui murmure dans le silence, et nous, nous pouvons l’entendre, nous pouvons l’écouter, dans le silence du Samedi Saint.

Chers amis, rendons toujours gloire au Seigneur pour son amour fidèle et miséricordieux. En partant de ce lieu saint, portons dans les yeux l’image du Saint-Suaire, portons dans le cœur cette parole d’amour, et louons Dieu avec une vie pleine de foi, d’espérance et de charité. Merci.

 

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