Doctrine / Formation

Saint Jean XXIII « Aucun catholique ne peut adhérer au socialisme même modéré »

Citant son prédécesseur Pie XI, Saint Jean XXIII rappelait dans Mater et Magistra 

Entre le communisme et le christianisme, le Pape rappelle que l’opposition est radicale. Il ajoute qu’on ne peut admettre en aucune manière que les catholiques donnent leur adhésion au socialisme modéré, soit parce qu’il est une conception de vie close sur le temporel, dans laquelle le bien-être est considéré comme objectif suprême de la société ; soit parce qu’il poursuit une organisation sociale de la vie commune au seul niveau de la production, au grand préjudice de la liberté humaine ; soit parce qu’en lui fait défaut tout principe de véritable autorité sociale.

Voir aussi la condamnation du communisme par Pie XI dans Divini Redemptoris

Brèves

Guillaume de Thieulloy – Sans Sens commun, François Fillon n’aurait même pas été sur la ligne de départ.

Il fallait s’y attendre. Certains caciques LR, anxieux de laisser passer des prébendes, cherchent à donner toujours plus de gages au successeur de M. Hollande, le sémillant M. Macron. Et il n’était pas difficile de deviner quels gages il leur faudrait apporter dans la corbeille de la mariée : la tête de ceux qui, vaille que vaille, avaient défendu les convictions de droite durant cette campagne surréaliste – et tout particulièrement celle de Sens commun. Comme la plupart des lecteurs du Salon beige le savent, j’ai fait, pour ma part, un choix différent de Sens commun aux primaires, préférant soutenir Jean-Frédéric Poisson qui me semblait plus cohérent et plus proche de nos convictions que tout autre candidat. Mais ces choix différents ne m’empêchent pas d’admirer l’engagement de nos amis de Sens commun et d’être écœuré par les attaques des Estrosi, des Chatel, des Lagarde, des Juppé ou des Bussereau.

C’est très largement grâce à la mobilisation du peuple de droite, déçu par le quinquennat de Nicolas Sarkozy et inquiet des dérives soixante-huitardes du programme d’Alain Juppé, que François Fillon a remporté la primaire.

C’est encore ce peuple de droite qui a sauvé la tête du candidat quand tous les caciques appelaient à le remplacer et qu’en trois jours, fut organisé un rassemblement monstre au Trocadéro pour s’opposer aux manipulations du clan Hollande et au diktat des juges et des médias « bien-pensants ».

Ce peuple de droite ne demandait rien en échange. C’est sans doute cela qui a troublé les hiérarques. D’habitude, il y a toujours moyen de « s’arranger » : Tu mets en veilleuse tel thème un peu gênant, tu fermes les yeux sur telle turpitude, et je te trouve une investiture aux prochaines régionales. Là, non. Sens commun et, de façon générale, tous ceux qui, discrètement, avec abnégation, ont fait la campagne de Fillon, sous des tombereaux d’insultes – et pas seulement de la part de la gauche –, ne demandaient rien en échange. Nous (je veux dire, nous, leurs camarades de combat des grandes manifestations contre la loi Taubira, qui n’étions pas encartés dans un parti et ne souhaitions pas donner un chèque en blanc à quelque candidat que ce soit) leur demandions bien de réclamer davantage de circonscriptions, des clarifications sur tel ou tel point du programme. Nous leur disions bien que la politique est aussi une question de rapport de forces et que, si on ne montre pas les crocs de temps à autre, on n’est pas « calculé » comme disent les politiciens professionnels, et on ne fait pas avancer ses idéesNous pensions même que le meilleur service à rendre au candidat Fillon aurait été de taper du poing sur la table pour le forcer à choisir : s’il avait franchement opté pour la ligne Sens commun, il serait aujourd’hui, probablement, au deuxième tour, tant sont nombreux les électeurs issus de la Manif pour tous qui ont été excédés par cette politique de louvoiement permanent et de soumission systématique devant la bien-pensance de la gauche soixante-huitarde.

Mais non. Obstinément, les militants de Sens commun faisaient campagne sans rien demander en échange, avalant des marmites de couleuvres, mais labourant le terrain – dans un parti devenu un parti de notables, déserté par les militants.

Même la main tendue aux traîtres de l’UDI n’a pas suffi à les décourager. Même pas la « désinvestiture » de Xavier Lemoine, le courageux maire de Montfermeil, ou d’Anne Lorne, la dynamique dirigeante de Sens commun en Rhône-Alpes. Non, ce petit peuple de droite restait seul à faire la campagne pour des personnes dont il était visible qu’elles le détestaient et méprisaient ses convictions profondes.

Le sommet de l’ignominie fut atteint quand, dans la dernière semaine de campagne, les dirigeants centristes et juppéistes se permirent de dire qu’une participation de Sens commun à un hypothétique gouvernement de François Fillon serait une « faute » (l’expression de Dominique Bussereau, ancien ministre chiraquien). Oui, oui, une faute, pas simplement une erreur tactique, mais bien une faute morale ! Comme si, dans la France de 2017, avoir manifesté contre le nihilisme libertaire, refuser à l’Etat le pouvoir totalitaire de priver un enfant de son père ou de sa mère, rendait définitivement infréquentable…

Et, maintenant, ils viennent nous dire que c’est à cause de Sens commun que François Fillon n’a pas été qualifié pour le second tour !

Chatel prétend que le soutien de François Fillon à Sens commun (tu parles d’un soutien !) lui a fait perdre la qualification au second tour. Et M. Estrosi, otage du PS qui l’a fait élire à la région PACA, appelle carrément à les exclure des « Républicains », sous prétexte qu’ils ne font pas assez « barrage à l’extrême droite ».

Mais de qui se moquent-ils ? Sans Sens commun, François Fillon n’aurait même pas été sur la ligne de départ. Ce qui a plombé la campagne, c’est la désastreuse politique à la godille ; la volonté d’être apprécié par les médias de gauche comme un bon « républicain » – et « donc » pas quelqu’un qui pourrait parler d’identité de la France ou d’anthropologie, pas quelqu’un qui s’attaquerait aux enjeux civilisationnels et remettrait en cause la domination culturelle de la gauche… Ce qui a plombé la campagne, c’est de donner une centaine de circonscriptions à l’UDI, alors même que ce parti, qui ne représente rien, réclamait, trois jours avant l’accord, le départ de François Fillon. Ce qui a plombé la campagne, c’est, en un mot, que le candidat de droite a fait presqu’exactement la campagne d’Emmanuel Macron, oubliant, contre tout bon sens, le volet civilisationnel qui avait fait sa réussite aux primaires !

Sans Sens commun, sans le petit peuple de la droite de conviction qui a fait l’énorme succès des Manifs pour tous, qui a fait aussi le succès de François Fillon aux primaires, et encore le succès du rassemblement au Trocadéro, le candidat de droite aurait été derrière le candidat communiste !

Alors, entendre des leçons de morale de ces prébendiers qui avaient tous le « trouillomètre à zéro » pendant la campagne, et qui, dans un lâche soulagement munichois, se jettent dans les bras du sieur Macron, de la marionnette de Hollande et Bergé, sans même lui demander la moindre précision sur son programme, est tout simplement insupportable.

Oui, nous le redisons tout net : les partis politiques ne sont pour nous que des moyens – et pas les meilleurs – pour faire gagner nos convictions, dont nous croyons qu’elles sont une condition de survie pour la France.

Les insultes des Estrosi, des Chatel ou des Bussereau laisseront des traces. Ils pourront, bien sûr, être élus sous l’étiquette « En Marche ». Grand bien leur fasse ! Mais il est clair qu’il ne faudra plus qu’ils comptent sur les voix de ce qu’ils pensaient être leur « électorat naturel ».

Les élections de 2017 marquent un tournant : désormais plusieurs centaines de milliers de catholiques de conviction paraissent voter en fonction de leurs convictions, et sans plus tenir compte des étiquettes des sectes partisanes. Nous verrons ce que cela entraînera pour le deuxième tour et pour les législatives, mais il est, d’ores et déjà, clair que bon nombre des électeurs de premier tour de François Fillon sont plus proches de Sens commun que de l’UDI, plus proches de la « ligne Marion » que de la ligne NKM. J’espère d’ailleurs que certains élus Sens commun franchiront le Rubicon et diront qu’ils votent pour faire battre Macron au deuxième tour (j’en connais plusieurs qui le feront dans l’isoloir ; mais il serait souhaitable, pour la recomposition à venir de la droite, que certains au moins le disent publiquement). Il y a, en tout cas, fort à parier que ces profiteurs d’un parti en déroute électorale et idéologique totale vont payer cher aux prochaines échéances leurs insultes à leurs propres électeurs. Et ce ne sera que justice…

Guillaume de Thieulloy

Source 

Brèves

Monique Baujard fait l’exégèse du communiqué des évêques – Sans ambiguïté c’est Macron

Monique Baujard, ancienne directrice du Service national Famille et Société de la Conférence des évêques de France, qui avait créé un scandale pour avoir voulu inviter une idéologue du gender,répond à La Croix et donne une interprétation du communiqué des évêques sur l’entre deux tours.

« Revenons alors au communiqué des évêques pour constater que le choix d’Emmanuel Macron s’impose. Les évêques rappellent le respect de la vie et tout ce que cela suppose : le soutien des familles, l’attention aux pauvres et aux plus faibles et l’accueil de l’étranger. L’Évangile est sans ambiguïté : « J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger (…), j’étais un étranger et vous m’avez recueilli (…) », et le texte des évêques est tout aussi explicite. Il indique que la France doit prendre part à l’accueil des migrants avec d’autres pays : « Notre volonté de solidarité ne peut pas se réduire au cadre restreint de notre pays  ». Le programme de Marine Le Pen est en contradiction totale avec la position de L’Église sur ce point. Il ne s’agit pas de nier les difficultés liées à l’immigration, mais de voter pour une société qui respecte la dignité de toute personne humaine, indépendamment de sa couleur de peau, de sa religion, de son orientation sexuelle ou de ses papiers en règle, et d’en tirer les conséquences politiques pour la France.

Ndlr sur le respect de la dignité de la vie, rien n’est dit de  la question de l’avortement. Or Emmanuel Macron veut renforcer le Planning familial. Marine Le Pen veut aider les mères et interdire la recherche sur les embryons ainsi que révoquer le délit d’entrave à l’avortement.

Voir à ce sujet la position de l’Eglise

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Quand Henri Tinq voudrait des évêques engagés (derrière lui)

Le journaliste, Henri Tinq,  considéré par ses pairs comme spécialiste du catholicisme n’en décolère pas, les évêques sont des lâches, des gestionnaires qui se discréditent.

Où sont donc les prophètes de 2002 qui faisaient rempart contre le FN ? Mais aussi aussi où sont les La Croix, La Vie qui n’osent parler de peur de perdre leur électorat. Comment ces évêques ne crossent-ils pas leurs troupes « au mieux Fillonnistes » au pire pro le Pen ?

Cette dernière petite phrase en dit long sur l’objectivité de Monsieur Tinq dans un article qui titre sa honte d’être catholique. Il n’aura pas pourtant échappé aux lecteurs assidus du spécialiste qu’il connait bien mal la foi catholique et que son dernier papier semble bien éloigné du combat même du pape François.

La vérité est que les évêques sont plus divisés qu’en 2002 avec une forte perte de vitesse d’une ancienne garde plus sociale face à une génération montante plus Benoit XVI et pape François. Une génération issue de la vague Jean-Paul II qui correspond aussi à la réalité sociologique des catholiques aujourd’hui.

La vérité c’est que les catholiques ne se laissent plus intimider par les fulminations et ostracismes de la gauche médiatique. Aujourd’hui les catholiques sont avant tout catholiques et cela est difficilement compréhensible par des générations et des idéologies opportunistes. Les catholiques se sont tellement fait taper dessus qu’ils ont maintenant le cuir tanné.

Dieu premier servi est leur mot d’ordre. Il n’est pas idéologique, il n’est pas militant, il n’est pas extrémiste, il est fidélité et amour au Christ, chemin, vérité et vie.

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Pierre Manent aux évêques – Le rôle des chrétiens n’est pas destiné à diminuer. Il y a une exigence de présence publique politique des chrétiens et de l’Eglise

Le philosophe (parfois contesté chez les catholiques) Pierre Manent intervenait devant les évêques réunis à Lourdes.

Il répond aux questions d’Etienne Loraillère pour KTO sur le rôle de l’Eglise « qui a toujours accompagné la France depuis sa fondation ».

Pierre manent

Malgré la déchristianisation le rôle des chrétiens n’est pas destiné à s’étioler. Au contraire il y a une exigence de présence publique politique des chrétiens et de l’Eglise.

Dans cet engagement et dans l’Eglise il importe de parvenir à un juste équilibre entre la fidélité à la physionomie de ce pays et de négocier avec le mouvement du monde.et d’être présent au mouvement du monde, mais dans les conditions de la vie française.

 

 

 

Tribunes et entretiens

Entretien avec Guillaume de Prémare – Les catholiques doivent/peuvent-ils voter en conscience ?

En amont de la soirée qu’il animera ce jeudi 30 mars 2017 à Vannes, sur le thème « 2017, la France à l’heure des choix ; comment voter en conscience ? », Guillaume de Prémare, délégué général d’ICHTUS, revient au micro de RCF, sur ce qu’est la conscience et le vote en conscience. 

guillaume de Prémare

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Que répondre aux jeunes soutiens de Mélanchon et Hamon qui se revendiquent catholiques ?

Dans une tribune du Monde intitulée  « Nous, jeunes catholiques, refusons de laisser à la droite le monopole des valeurs chrétiennes », une poignée de jeunes catholiques, comme ils s’intitulent eux-mêmes, apportent leur soutien à trois des candidats explicitement apparentés à la pensée marxiste. Conscient de n’être plus qu’un petit reste (si l’on en croit leur propre qualificatif de poignée), ils appartiennent en effet à une vieille vague du catholicisme qui n’a plus aujourd’hui le vent en poupe. Cette école, sans doute généreuse, qui prônait « le petit bout de chemin ensemble » avec les communistes se traîne encore, moribonde, dans cette tribune, sous les traits d’une jeunesse au cœur probablement sincère, mais au regard sans doute peu aiguisé et à l’esprit peut-être peu informé.

N’entrons pas dans le débat des millions de morts d’une idéologie dont le centenaire mériterait bien un regard plus objectif. Ces jeunes redisent avec force deux choses, la première est que ceux qu’ils stigmatisent comme « cathos de droite » n’en font pas assez pour les pauvres, les exclus et l’environnement. Trois thèmes qu’ils mettent sous le haut patronage du pape François, mais auxquels, pour être vraiment catholique il manque l’esprit « Laudato si' », à savoir le destinataire in fine de toute chose et la source du bonheur de l’Homme, Dieu. Car telle est la différence fondamentale entre l’idéologie marxiste, l’humanisme athée et la foi chrétienne, le bonheur c’est Dieu lui-même. Les biens et le bien être matériels, s’ils sont nécessaires, ne sont pas une fin en eux-mêmes. Ce que ces jeunes oublient parfois, c’est que ces « valeurs chrétiennes » ne sont précisément pas des valeurs, mais des conséquences d’un souffle plus profond qui repose sur des fondamentaux.

Je laisse  François-Xavier Bellamy expliquer la relativité du mot valeur, pour m’arrêter sur la seconde chose que nous disent ces jeunes. Après l’appel à en faire plus, ils nous invitent à faire mieux. La quantité sans la qualité n’est jamais qu’un palliatif voire un expédient. Et telle est l’erreur de ces jeunes, avant de faire plus, commençons par faire mieux en donnant à chacun ce qui lui faut en vérité. Car, comme le dit le psalmiste, amour et vérité se rencontrent, l’un ne peut aller sans l’autre.

Avant de savoir comment faire, il faut se demander que faire. Avant de mettre en branle des moyens, il faut identifier le chemin. Or ce que ces jeunes et avec eux tant de chrétiens appellent valeurs est souvent teinté de christianisme, mais pour être chrétien un acte, un comportement, une politique doit avant tout avoir pour finalité l’union intime de l’Homme et de Dieu. Les valeurs sont relatives à leur finalité. Ce que ces jeunes appellent valeurs sont elles bien ordonnées à la vie intime en Dieu ? Ne laissent-elle pas l’homme en chemin quels que soient les biens matériels et les bienfaits corporels et même spirituels qu’elles lui offrent ?

Le marxisme, condamné avec force par les papes, notamment l’encyclique de Pie XI, Divini Redemptoris, veut un monde sans Dieu où précisément le bien-être matériel se suffirait à lui-même. Si les catholiques doivent faire plus pour lutter contre l’exclusion, la pauvreté et toute forme d’égoïsme et par là contre le péché lui-même, il leur faut d’abord faire mieux en œuvrant pour que cette aide matérielle, conduise toujours plus vers Dieu. Le bonheur de l’Homme qui ne fait qu’un avec le règne du Christ n’est pas d’abord social. Sans pour autant ignorer cet aspect, il le transcende. Le bien du corps ne peut aller sans le bien ultime de l’âme. Les cathos s’ils faisaient tous ce chemin du bien de l’âme et du corps en vue de la vie divine, feraient alors tomber ce mur stérile qui s’élève entre eux, précisément depuis que Marx et ses inspirateurs ont décidé de séparer les deux parties pourtant intimement unies de l’homme. Jamais, une « valeur » ne sera chrétienne si elle oublie l’âme et son accomplissement en Dieu.

C’est en un mot ce que résume Pie XI, citant Léon XIII

 » Une peste mortelle qui s’attaque à la moelle de la société humaine et qui l’anéantirait  » . Avec clairvoyance Léon XIII montrait qu’à l’origine de l’athéisme des masses, en cette époque de progrès technique, se trouve une philosophie qui, depuis des siècles, tente de séparer la science et la vie de la foi et de l’Eglise.

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Les cathos en politique ? « Des intangibles » qui ne doivent pas gagner des voix mais des âmes

 

Il semble bien difficile de se positionner aujourd’hui sur l’échiquier politico-socio-religieux.

Tout part dans tous les sens, mais plus encore, il me semble que les nôtres (je ne sais comment nommer notre camp) ne saisissent pas la réalité de la situation présente, laquelle a bien évoluée depuis les années 80.

Il est du reste intéressant de se dire que nous ne savons pas nous nommer. Cela fait maintenant  quatre ans que, personnellement, je me tors l’esprit pour dire, avec force guillemets,  » notre camps « ,  » notre dynamique  » ou encore  » notre mouvance « . N’est-il pas finalement relativement symptomatique de ne pas savoir se nommer ? Cela peut signifier plusieurs choses.

Premièrement que nous ne savons pas identifier ce qui nous rassemble et/ou nous meut. Pourtant cette distinction n’est pas mince. Sommes-nous ensemble parce que quelque chose nous unit, ou sommes-nous unis pour aller quelque part ensemble ? Et m’est avis que là est notre premier obstacle. Tous, nous refusons la civilisation dite Taubira. En revanche, nous ne sommes d’accord ni sur ce que nous estimons devoir promouvoir, ni sur la méthode pour y parvenir. Aussi, malgré un fond commun essentiel, fondamental et puissamment ancré dans notre « code génétique », nous nous trouvons incapables d’avancer. Nous sommes à même de dire ce que nous ne souhaitons pas, mais nous pennons à exprimer ce que nous voulons. La raison me parait trouver sa racine dans une erreur inscrite, malheureusement elle aussi, dans notre caryotype. Nous avons commencé à être « contre ». Nous étions quelques-uns à avoir pointé du doigt, dès les premiers balbutiements de nos marches, ce travers qui nous lierait pour longtemps. Nous avons dit et redit ce que n’était pas la famille, nous sommes restés sur la défensive au lieu de proposer et défendre la beauté de notre vérité. Ce faisant nous avons passé notre temps à courir derrière les annonces du gouvernement et de ses mentors LGBT.

Ce travers fut couplé, dès l’origine, au second sens possible de notre impossible capacité à nous designer : il fallait ratisser large. Obnubilés par la loi du nombre, nous avons commis la même erreur qui nous condamne  sempiternellement à l’échec, nous nous sommes mis sur le terrain que nos adversaires, celui du rapport de forces et par là du relativisme. Même si nos revendications sont fermes et non négociables, nous les défendons selon le principe démocratique du rapport de forces, mettant ainsi au vote des vérités transcendantales qui, dès lors, ne le sont plus. L’idée d’un référendum sur le sujet était assurément la plus absurde et mortifère qui fut.

Car le vrai problème n’était pas le mariage homosexuel qui n’est qu’anecdotique en soit. La gravité de l’affaire reposait et repose toujours, avant tout sur le fait qu’un parlement s’arroge le droit de décider des vérités transcendantales sur l’homme et la vie et par là devienne le maître absolu du bien et du mal. C’est ici que réside le changement de civilisation. Bref nous nous sommes battus contre la seule partie émergée de l’iceberg. Forts de quoi, nous n’avions aucune chance de faire fondre la glace.

Alors, nous sommes-nous levés pour de bonnes raisons ? Assurément oui ! Avons-nous mené le bon combat, apparemment non. Nous avons cherché le plus petit dénominateur commun pour lancer une manifestation pour tous, contre la loi Taubira, parce que nous voulions peser dans le rapport de force politico-médiatique.  Ce que faisant, nous nous sommes enlisés dans le bourbier relativiste bien malgré nous.

Le véritable combat n’était autre que celui de l’intangibilité des lois naturelles qui ne sont pas objet de débat législatif. En voulant faire nombre contre l’épiphénomène, nous avons manqué le lieu véritable du combat : la démocratie, comme tout régime politique, a, au-dessus d’elle, des lois fondamentales et son pouvoir est limité, compris entre les bornes de ces lois intangibles. C’est cela qui est miné. C’est cela qu’il faut défendre.

Il n’est pas impossible qu’en prenant ce champ de bataille pour notre mobilisation, nous perdions des troupes en route. Pourtant, nous n’en serions plus clairs sur l’ADN de notre mouvement. Et ce d’autant plus que l’immense majorité de ceux qui restent mobilisés le sont, précisément, du fait de leur conviction viscéralement attachée à cette intangibilité des lois naturelles. Il ne faut pas seulement défendre les lois naturelles, mais aussi et fondamentalement leur intangibilité.

Aujourd’hui encore, nous sommes paralysés par notre genèse et nous demeurons sur le terrain du rapport de forces, nous contraignant à traiter les épiphénomènes.

Alors, en fin de compte, qui sommes-nous profondément ? Nous critiquons le système, les politiques, les mœurs, les medias, mais tout cela n’a qu’une seule racine, l’érosion quasi achevée de l’intangibilité des lois naturelles. Notre véritable combat est pour la transcendance des lois intangibles de la nature. Tout le reste ne sera jamais que des pansements sur une jambe de bois.

Telle est la raison de la désaffection des « nôtres », de toutes les propositions plus ou moins politiques qui leur sont faites. Chacun sent bien que celles-ci ne vont pas assez loin et elles déçoivent, voire démobilisent les acteurs de 2013.

Ici encore, nous payons notre genèse médiatiquement policée. Nous n’osons pas affirmer le fond de notre identité de manifestants « pro lois intangibles » parce que nous pensons que ce n’est pas assez racoleur ou vendeur. Les Antigone, reprenant le drame antique, ont plus que tout autre compris l’enjeu même du combat.

Et pourtant, que font très officiellement les tenants du gender, sinon affirmer qu’il n’y a ni loi naturelle, ni intangibilité et moins encore de transcendance ? Si personne ne leur porte la contradiction sur ce terrain, il est évident qu’ils progresseront comme dans du beurre, nous laissant nous enliser dans les sables mouvants et par nature insaisissables, des épiphénomènes

Le fond de notre code génétique est là. Nous sommes des « intouchables » des « intangibles ». Nous défendons des lois naturelles transcendantes, comme Antigone autrefois. Nous sommes, une génération d’Antigone et de veilleurs. De veilleurs parce que les derniers Antigone. Plus l’esprit d’Antigone se répandra, plus les veilleurs gagneront en force, plus, peut-être, pourrons-nous convaincre « les nôtres » que le véritable combat n’est pas dans le rapport de force, ni dans le sulfatage de mesures « acceptables » par le plus grand nombre.

Car irriguer la politique de l’esprit d’Antigone, c’est-à-dire de ce primat dû à l’intangibilité des lois naturelles, c’est modifier profondément la perspective politique elle-même. La différence, le clivage est là et nulle part ailleurs. Tous les autres champs de bataille ne peuvent trouver leur cohérence interne et leur synergie que dans cette ultime finalité politique. Penser à 2017, 2020 ou 2022 n’a de sens que dans une perspective plus profonde et radicale, l’Homme n’est pas Dieu. Nous pouvons tourner les choses dans tous les sens, pour faire de « l’acceptable », le fond réel du problème, depuis des siècles, est là. Tel est le nœud gordien que doivent briser les nouveaux Alexandre de tous poils. Sans cela, ils (nous) s’échoueront toujours contre le récif du relativisme et de l’athéisme. Au fond, nous sommes tellement échoués sur ces deux récifs que nous ne voyons plus même que nous faisons leur jeu par notre timidité (couardise parfois, calcul souvent) à remettre l’Homme à sa place de créature. Ce n’est pas un discours politiquement audible peut-être, mais la véritable politique ne peut nier le réel, sans craindre de s’élever sur un monde de sable, pris à tous les vents.

On ose dire, encore aujourd’hui, qu’il est plus prudent de ne pas parler de Dieu en politique. Mais qu’avons-nous donc encore à perdre ? Les saints et les martyres ont-ils caché Dieu pour avancer ? Refuser, par peur du nombre ou de ne pas faire nombre, de mettre Dieu au cœur du débat (et non pas en débat) c’est par excellence mettre la lumière sous le boisseau. C’est la pire des contradictions, car c’est vouloir pour le monde la lumière et cacher la lumière elle-même.

Le temps n’est plus à l’entrisme. Il a démontré qu’il faisait le jeu du relativisme. Le monde plus que de belles propositions à besoin de repères et donc de lumière. Telle fut la genèse de la manif pour tous, telle doit être sa pérennité. Redonner à ce monde à la dérive les amers qui lui permettront de retrouver le chemin de sa vérité propre. Plus  nous cachons au monde la vérité, plus nous faisons le jeu du démon et de ses sbires, idéologues de tous bords qui, eux, se donnent comme la lumière du monde, sans aucun complexe.

 

Ne cherchons pas à gagner des voix, mais des âmes ! Le reste viendra de surcroit.

Brèves

Proche-Orient – Les établissements catholiques francophones menacés de disparition

La langue française est menacée au Proche-Orient. En ce lundi 20 mars 2017, journée internationale de la Francophonie, l’information mérite que l’on s’y arrête quelques instants. Les établissement catholiques francophones dans cette partie du monde accueillent 350 000 élèves, de l’Egypte à la Turquie, dans 520 établissements. Près de la moitié des étudiants sont musulmans, les autres, chrétiens, avec une pointe à 97 % d’élèves musulmans en Turquie. Face aux difficultés économiques croissantes que rencontre l’enseignement catholique francophone dans plusieurs pays, à commencer par le Liban, l’Œuvre d’Orient exprime sa vive inquiétude. Souvent, le retard de versement des subventions publiques contraint les congrégations religieuses en charge des établissements scolaires à soutenir des coûts élevés afin de ne pas pénaliser les étudiants et leurs familles.

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Catholiques et politique, les raisons de nos impasses

                                                                                                          

Aujourd’hui les règles du jeu politique sont dominées par des réalités contraignantes non politiques. L’économie, bien entendu, mais aussi les médias et de nombreux lobbies. Ce que nous appelons politique n’est en fait qu’un appareil de gouvernement. Les responsables politiques sont un des maillons du système actuel. Ils n’en sont en rien le sommet. Or, si le politique tient une vision et que celle-ci unifie l’action, les responsables politiques devraient inclure dans leur projet – et donc leur programme politique – toutes ces réalités contraignantes pour leur donner un sens. En d’autres termes, sans les contrôler, ils devraient leur donner leur place dans la réalisation de la vision.

Aujourd’hui il n’en est rien. Le politique est réduit à n’être que la courroie de transmission de réalités contraignantes qui les dépassent et, par là, les soumettent. Concrètement, cela signifie que la réalité du pouvoir est ailleurs et que le rôle actuel des politiques n’est plus celui auquel nous nous référons.

Première raison de nos impasses, nous n’utilisons pas le politique pour ce qu’il est aujourd’hui, une courroie de transmission. Deuxième raison, qui découle de là, nous ne comprenons pas les règles du jeu. Nous imaginons encore les responsables politiques comme les anciens notables qui disposaient d’un pouvoir véritable de décision et d’action et donc d’influence. Il suffit pourtant de regarder les débats parlementaires pour se rendre compte que les jeux sont faits en amont, comme en aval. Consignes de vote, vexations diverses, refus des fonctionnaires de transformer les lois en décrets d’application, pression médiatique, pour ne parler que du plus audible.

Tandis que nous nous essoufflons sur le terrain de sport politique avec d’anciennes règles, les rodés du système marquent point sur point presque sans effort. Nous nous focalisons sur un rythme politique et électoral qui n’est pas le nôtre, qui est hors de notre portée.

Bien entendu il ne s’agit pas de déserter la sphère politique nationale. Mais si nous voulons entrer dans le jeu et le modifier durablement, il faut nous faire précéder de notre vision et de notre projet. Entendons, chaque action que nous menons, chaque loi que nous proposons doit non seulement répondre à un besoin réel du moment politique et médiatique, mais en même temps fissurer le système actuel, ne fût-ce que par un point de détail, un léger grain de sable dans les rouages. Nous devons penser, agir dans la durée et ne pas nous contenter de réagir à l’immédiateté. Les deux pouvant, du reste, être plus ou moins fortement liés. Que ce soit en politique, en économie, dans le social ou l’éducatif, tout ce que nous faisons doit s’inscrire dans la longue durée pour préparer demain.

Et nous rejoignons ici la troisième raison de nos impasses politiques. Pour poser aujourd’hui les pas pour demain, encore faut-il avoir une vision et un projet clairement identifié. Or cette vision et ce projet n’existent pas. Globalement nous avons les fondements et cela est le préalable indispensable. Nous sommes même les seuls à avoir des fondements, c’est-à-dire un sens. Mais ce sens doit prendre corps dans une vision de société concrète et non abstraite ou virtuelle et se trouver incarnée dans un projet de société.

Concrètement, les fondements de notre engagement nous donnent ce sens ultime de la dignité humaine en vue du développement intégral de tout l’homme et de tout homme. Ce sens profond doit prendre corps et sens particulier dans cette France aux contours et à l’histoire spécifique. Telle doit être la vision de toute politique en France. Mais pour être rejoint, ce sens, inscrit dans cette vision pour la France, doit s’incarner aujourd’hui dans la réalité de ce que sont la France et le monde d’aujourd’hui autour d’un projet politique d’envergure.

Faute de ce projet unificateur qui dépasse largement le monde politique, mais nous concerne tous, nous ne produirons que des mesurettes conjoncturelles, nous continuerons de nous essouffler dans la multiplication d’initiatives louables et belles, c’est vrai, mais souvent isolées voire redondantes.

Enfin, faute d’identifier nos dépendances intimes avec le système, nos complicités passives (ou actives) condamnent l’essentiel de nos initiatives à l’échec faute de soutien, de relais et d’engagements. Après la patience, l’humilité et l’espérance dont nous parlions dans une autre tribune, il nous manque le courage du sacrifice et de l’abandon. Comme je l’ai écrit par ailleurs, nous devons apprendre à passer du consumérisme au Sacré Cœur. Lâcher prise, abandonner l’avoir pour l’être. Tout comme notre vision est consubstantielle au temps, elle est intrinsèquement liée à cet autre glissement celui de l’avoir à l’être, lui-même intimement lié au temps, à l’infini.

Et là se trouve le fond même de notre impasse. Nous nous battons face à des épouvantails, sans chercher à atteindre la réalité de notre adversaire. Nous ne remettrons pas notre monde sur la bonne route si nous ne coupons pas les véritables amarres du navire. Les liens que tissent les tenants de la nouvelle civilisation et qui enserrent le monde réel dans une virtualité sans précédent visent à créer un homme dieu, auto justifié, toujours en changement parce qu’éternellement insatisfait de l’ersatz que pourtant lui-même crée. Nous ne livrons pas un combat aux épiphénomènes législatifs et commerciaux, mais aux sapes même de notre civilisation. Le champ de bataille est formellement anthropologique et transcendant. L’enjeu n’est pas le mariage entre deux personnes de même sexe, ni même l’avortement. Le véritable danger est que des hommes, fussent-ils élus, puissent décider d’une vérité anthropologique.

Il est impératif d’identifier notre ennemi car nous devons en prendre le contre-pied. Notre vision défend non seulement une vérité anthropologique, mais aussi le simple fait qu’il puisse y avoir une vérité anthropologique et transcendante qui n’est pas une invention humaine et dont l’homme dépend pour pouvoir se développer en vérité et en plénitude. Autrement dit, notre vision inclut la transcendance de vérités supérieures aux lois, immuables et éternelles. Il est inutile de mener le moindre combat s’il n’inclut pas, même de manière infime et discrète, cet enjeu fondamental. Toute action n’incluant pas cette vision existentielle vitale est à terme vouée à l’échec. Ceci ne signifie en aucun cas qu’il ne faut pas lutter contre les injustices immédiates et cuisamment concrètes. Mais il faut les intégrer dans une vision plus large, plus profonde, plus longue. Réciproquement, il faut intégrer cette vision à l’action. Alors nous serons dans le mieux possible et non dans le moindre mal. Car le mieux possible suppose une vision, une direction, une dynamique.

Voici un nouveau glissement important pour incliner peu à peu ce système à bout de souffle vers le renouveau de notre civilisation. Agir de façon coordonnée dans une même direction et à chaque instant. Nous inscrire dans la durée et la transcendance suppose une petite révolution mentale militante en vue du bien. Nous devons être convaincus de notre réel pouvoir d’agir dans le temps par la moindre de nos décisions, le plus petit de nos actes. Ces millions de gouttes d’eau feront une masse d’eau qui effondrera le système.