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Quel dialogue possible avec l’islam du Coran ? Point de vue d’un catholique

 

A l’automne dernier nous vous signalions la parution d’un livre pour comprendre l’Islam.

En voici un résumé, avant d’aller plus loi et de le commander 

Par Pascal Raines – Préface du Père Henri Boulad, s.j.

L’islam nous est présenté comme une religion d’amour, de tolérance et de paix par d’éminents responsables musulmans. Pourquoi donc les proclamations belliqueuses, les menaces et les attentats perpétrés au nom d’Allah ? Comment comprendre des comportements, des discours et des actes aussi opposés de la part des musulmans ?

Le monde islamique est complexe. Pour autant, le Coran est et restera la source première et ultime de toute pensée musulmane. Le Coran, c’est la parole même d’Allah ; elle n’est pas sujette à interprétation ou modification.

Tout découle du Coran. Le connaître, c’est connaître l’islam dans ses fondements. Et seulement sur cette connaissance préalable, un possible dialogue dans la vérité pourrait alors être envisagé et s’engager.

Connaître le Coran dans ses principes

Le Coran n’est pas si compliqué à comprendre à condition de connaître les clefs de compréhensions que la plupart des Occidentaux ignorent malheureusement.

Il y a deux périodes fondamentales dans le Coran et elles coïncident avec l’histoire de Mahomet et de la révélation.

Il y a l’époque où Mahomet se trouve à la Mecque (610-622), c’est la première période ; il prêche alors un islam relativement modéré et tolérant.

La deuxième est celle où Mahomet est à Médine (622-632) ; il est alors en position de force et l’islam annoncé est conquérant, violent, voire haineux contre tout non-musulman.

Inévitablement, les versets des deux périodes se contredisent.

Le conflit est résolu par la règle fondamentale de l’abrogeant-abrogé avalisée par al-Azhar. Elle repose sur deux versets essentiels (sourate 2, verset 106 et S. 16, v. 101) dans lesquels Allah annule l’autorité des versets de la première période de la Mecque au profit de ceux de la deuxième de Médine.

En d’autres termes, seules les sourates violentes et belliqueuses de Médine sont à appliquer véritablement.

Parmi ces versets belliqueux, on peut citer tout particulièrement le 9:5 « le verset de l’épée » et le 9:29 « le verset du combat » qui abrogent à eux seuls plus d’une centaine de versets plus ou moins conciliants.

 

La dissimulation recommandée par Allah

La taqiya (la dissimulation) est un autre aspect capital du Coran que les Occidentaux méconnaissent. Elle régit les relations que les musulmans doivent avoir avec les non-musulmans.

Le principe de la taqiya se retrouve en particulier dans le verset 3:28 : « Que les croyants ne prennent pas, pour alliés, des infidèles, au lieu de croyants. Quiconque le fait contredit la religion de Dieu, à moins que vous ne cherchiez à vous protéger d’eux. » Le musulman pour protéger sa foi ou induire en erreur l’infidèle peut et doit mentir, dissimuler ses intentions s’il n’est pas en position de force : c’est une injonction d’Allah et du Prophète.

Un exemple précis est cette phrase qui revient fréquemment dans la bouche des dignitaires religieux musulmans : « Tuer un homme revient à tuer l’humanité ». Il est sans doute important de s’y arrêter.

Cette phrase a notamment été prononcée lors de la rencontre de centaines de responsables musulmans réunis à Paris à l’appel du CRCM (Conseil Régional du Culte Musulman) Rhône-Alpes le 29 nov. 2015 suite aux attentats du 13 nov. 2015 à Paris.

« Tuer un homme revient à tuer l’humanité » se fonde sur le verset 5:32 : «  Nous avons prescrit pour les Enfants d’Israël [aux Juifs] que quiconque tuerait une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les hommes. (…) ».

On constate que les propagandistes ont omis « pour les Enfants d’Israël » qui restreint la portée humaniste et pacifique voulues.

Mais cette omission est capitale et se précise avec le verset suivant (5:33) : «  La récompense de ceux qui font la guerre contre Allah et Son messager, et qui s’efforcent de semer la corruption sur la terre, c’est qu’ils soient tués, ou crucifiés, ou que soient coupées leur main et leur jambe opposées, ou qu’ils soient expulsés du pays. » En d’autres termes, ceux qui touchent aux valeurs essentielles de l’islam doivent s’attendre au pire.

Il est donc clair que le Coran ne dit nullement que « tuer un homme revient à tuer l’humanité » puisqu’on peut l’exécuter pour défendre la suprématie de l’islam !

Ces dignitaires religieux musulmans – qui connaissent le Coran – détournent sciemment le sens véritable d’un verset pour induire en erreur et tromper ; ils usent indéniablement de la taqiya, de la dissimulation et de la diversion. C’est ce que Allah leur demande.

Les appels à la violence dans le Coran sont réels et abusivement minimisés

Face aux appels à la violence, à l’épuration religieuse exigée par Allah dans le Coran, il est courant d’entendre qu’il y a un problème de traduction, qu’il faudrait considérer le contexte et que la Bible elle-même n’est pas exempte de violence.

La langue originelle du Coran est l’arabe littéraire. Les traductions présentent souvent de minimes différences entre elles, mais pas au point de faire des contresens. En d’autres termes, le consensus des multiples traductions ne peut trahir le sens véritable du Coran. Dans Quel dialogue possible avec l’islam du Coran ?, l’auteur utilise simultanément pas moins de cinq traductions et notamment celle d’Hamidullah qui fait autorité.

Le lecteur de la Bible sait très bien qu’il ne faut jamais interpréter un verset seul, mais le comprendre dans le contexte, notamment historique du passage, du livre lui-même. Avec ses soixante-treize livres de styles très différents et un temps de rédaction de presque quinze siècles, la Bible nécessite de bien connaître le contexte pour l’appréhender correctement.

Ce principe d’interprétation est tout aussi valable pour le Coran. Il est toutefois beaucoup plus facile à mettre en application, car le Coran – selon la tradition islamique – n’a que Mahomet pour auteur qui n’a écrit que sur une vingtaine d’années (« a été sous la dictée » disent les musulmans).

Dès lors, étudier le contexte d’un verset coranique se résume finalement à examiner les versets voisins pour avoir la signification de ce que dit réellement le Coran. Les hadiths (les paroles et les actes de Mahomet et ses compagnons transmis par la tradition musulmane) viennent appuyer le Coran mais ne peuvent jamais le contredire.

Le Coran s’achève avec les sourates médinoises par de multiples appels à la violence et au meurtre, des appels qui n’ont pas de limites dans le temps et l’espace et dont la valeur reste pleinement actuelle. L’exemple du verset « Ô Prophète, incite les croyants au combat. (…) » (8:65) est significatif à cet égard. Il a été donné à un moment précis, celui de la bataille d’Ohod. Mais ce moment donné n’est pas précisé dans le Coran afin de souligner que c’est un ordre hors du temps venant d’Allah, toujours valable et pas seulement lié à un événement particulier, d’autant plus que le Coran est considéré par les musulmans comme incréé, éternel, préexistant.

Le Coran est clair ; Mahomet a été dicté par Allah (97:1) à travers l’ange Jibrīl (Gabriel), par des révélations (42:51), à la différence des prophètes inspirés de la Bible. Le Coran n’est donc sujet à aucune erreur et ne peut être contesté. Du coup, la tutelle d’Allah est immédiate sur le texte coranique et lui donne une force (supposée) divine qui cautionne la violence et empêche toute réforme. Les réformateurs de l’islam n’ont jamais pu influer sur la tradition musulmane et rassurent en vain sur une hypothétique et chimérique modernisation du Coran et une réforme de l’islam.

Bien distinguer les musulmans du Coran lui-même

L’immense majorité des musulmans sont pacifiques et veulent vivre en paix avec tous. Mais ce n’est pas ce qu’ordonne Allah qui leur demande de combattre. «  Le combat vous a été prescrit alors qu’il vous est désagréable. (…) » (2:216). Allah dédouane même les jihadistes de leurs méfaits : «  Ce n’est pas vous qui les avez tués : mais c’est Allah qui les a tués. » (8:17).

Et même si comparativement, il y a peu de gens prêts à suivre Allah dans ses injonctions guerrières, ces personnes sont perçues par les pieux musulmans eux-mêmes comme des héros puisque Allah en personne les bénit  : «  (…) Dieu a mis les combattants au-dessus des non-combattants en leur accordant une rétribution immense ; des grades de supériorité de Sa part ainsi qu’un pardon et une miséricorde. Dieu est pardonneur et miséricordieux » (4:95-96).

Vous l’avez compris : il y aura toujours des « extrémistes » et des « fondamentalistes » musulmans dès lors que le Coran existe.

La oumma (la communauté des musulmans) peut tenter de pondérer et raisonner les croyants en son sein, mais ne peut freiner le zèle obscurantiste des individus les plus conservateurs et réactionnaires seuls face au Coran.

La dangerosité du Coran est un fait largement occulté dans les médias (tabou pour tout dire). Nous n’avons donc malheureusement pas fini avec la violence et les attentats en lien direct avec le Coran qui pousse à de tels actes.

Aimer les musulmans en tant que frères en humanité, mais dénoncer le Coran qui la déchire par ses versets violents et dont le sens et la valeur demeurent d’actualité. Il n’y a pas, semble-t-il, d’autre solution au redoutable problème des « extrémistes » islamiques pour le chrétien que je suis. À l’image du Christ qui a aimé tout être humain pour ce qu’il est, tout en dénonçant parfois ses actes ou ses comportements.

Pour résumer…

Au détour d’une discussion avec un ami prêtre sont évoqués mes travaux sur l’islam ; je finis par dire que le Coran est malheureusement dangereux par bien des côtés.

On me rétorque qu’« il faut être idiot pour faire une lecture wahhabite [fondamentaliste] ». Je réponds que je lis simplement le Coran tel qu’il se donne à comprendre. Je demande alors comment doit-on lire les versets jihadistes et ceux qui invitent à l’épuration religieuse ; je n’ai évidemment aucune réponse. Quand je rétorque qu’il n’y a dans la partie médinoise du Coran aucun verset favorable aux non-musulmans, on me répond : « Mais pourquoi veux-tu absolument voir cette partie ? » Visiblement l’ami prêtre voulait éluder l’islam violent de Mahomet et ignorait tout du système des versets abrogeants-abrogés donné par Allah.

J’ai parlé de tout cela à un autre prêtre, spécialiste renommé de l’islam. J’ai eu cette réponse : « ton curé n’y connaît [de l’islam] que ce que lui dicte un amour immédiat des personnes. »

Est-il donc si difficile de concilier l’amour entre frères d’une même humanité et la vérité ?  L’un ne va pas sans l’autre. Le psaume 85,11 de la Bible est clair : « Amour et vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent  ».

« Cet ouvrage, fruit d’un travail considérable, est une excellente introduction à l’islam et au Coran. L’auteur ne craint pas d’aborder, avec honnêteté et lucidité, la plupart des points controversés. Il le fait en toute objectivité, dans un souci de vérité et un langage qui n’est ni offensant ni blessant. » Henri BOULAD, jésuite

« Quel travail ! Cela devrait aider les gens à ouvrir les yeux et voir enfin clair en toute responsabilité citoyenne et pour la vraie paix. » François JOURDAN, eudiste

« Tu as fait un excellent travail, laissons les lecteurs potentiels en tirer les conséquences. » Pierre LAMBERT

Asie #NLQ

Singapour – Ouverture d’une enquête suite aux propos belliqueux d’un imam

Les prédications religieuses qui incitent à la violence ou opposent une religion à une autre ne seront pas tolérées à Singapour, a déclaré le ministre de l’Intérieur, K. Shanmugam. Singapour vient en effet de rappeler l’importance que son gouvernement attache au respect d’une tolérance religieuse très stricte en réponse aux remarques qu’un imam aurait faites lors d’un sermon le mois dernier.

Suite à une vidéo postée sur les réseaux sociaux, qui montre l’imam affirmant : « Dieu nous accorde la victoire sur les juifs et les chrétiens », le ministre de l’Intérieur a expliqué qu’une enquête avait été ouverte pour éclaircir le contexte dans lequel ces remarques avaient été faites. « Si l’imam a utilisé cette phrase pour dire, par exemple, que de telles phrases peuvent promouvoir la haine ou la violence envers les autres communautés et que cela n’est pas acceptable dans une société plurireligieuse, alors il n’y a rien à redire (…). En revanche, s’il a dit que les juifs et les chrétiens devraient être vaincus, et que Dieu accorderait la victoire aux musulmans pour illustrer sa position, c’est totalement inacceptable », a-t-il déclaré. Faisant référence à un couple chrétien condamné à huit semaines de prison en 2009 pour avoir distribué des tracts critiquant l’islam, K. Shanmugam a ajouté : « Le gouvernement est très strict lorsque les musulmans sont attaqués (…), il en est de même pour toute attaque contre les autres religions. »

Statut particulier des musulmans à Singapour

Les musulmans à Singapour, en majorité malais, représentent 15 % de la population et jouissent d’un statut particulier, inscrit dans la Constitution du pays en raison de son histoire. Dans certains domaines juridiques tels que le mariage, le divorce ou le droit des successions, la communauté musulmane suit la loi musulmane, la charia, et l’Etat apporte son soutien à divers aspects de la vie religieuse telle que la construction de mosquées. Enclavé entre deux pays à forte majorité musulmane (la Malaisie et l’Indonésie), Singapour tient à respecter sa minorité de confession musulmane, entre autres pour ne pas attiser les tensions avec ses voisins. Dans le même temps, le gouvernement singapourien s’efforce de promouvoir un islam ouvert et respectueux de la dimension multireligieuse de la cité-Etat.

La vidéo portant le sermon controversé de l’imam a été publiée sur Facebook le 24 février dernier, par Terence Nunis, un converti musulman. Ce dernier critiquait l’imam pour son allocution et se demandait comment ce genre de remarques était possible à Singapour. Sa publication a déclenché une tempête. Certains ont soutenu sa position, tandis que d’autres l’ont vertement critiqué. Parmi ces détracteurs, Khairudin Aljunied, professeur agrégé au département des études malaises à l’Université nationale de Singapour (NUS), a publié sur sa propre page Facebook un dialogue imaginaire intitulé « L’imam et l’idiot de converti », dans lequel il reproche à Terence Nunis de ne pas être un bon musulman. Cela engendra une nouvelle vague de réactions…

Lors d’une session parlementaire, le 3 mars dernier, le ministre de l’Intérieur a réagi aux commentaires de l’universitaire : « La position et les actions de M. Khairudin sont tout à fait inacceptables. Il est intervenu sans vérifier les faits, sans vérifier le contexte, et il soutient une position qui est tout à fait contraire aux normes, aux valeurs et aux lois de Singapour. » Le professeur a depuis été suspendu de ses fonctions par l’université et sa page Facebook a été désactivée.

Suite aux commentaires enflammés arrivant sur sa page Facebook, le mufti de Singapour, le Dr Fatris Bakaram, a quant à lui décidé de mettre son compte hors ligne pendant une journée afin que les choses se calment un peu. Après son retour en ligne, le mufti a déclaré qu’il fallait prendre du recul pour réfléchir à la situation. « Personnellement, je ne suis pas d’accord avec l’approche adoptée par certains individus qui jouent sur le côté sensationnel de la vidéo (…), mais, quelle que soit notre opinion, il n’est pas approprié d’agir ou de commenter d’une manière qui blesse les sentiments ou crée un malaise public », a déclaré le Dr Fatris, avant d’ajouter que personne ne devrait donner une fausse image de l’islam ou de la communauté musulmane, laquelle s’efforce de développer l’harmonie entre les différentes communautés.

Les autorités singapouriennes font beaucoup d’efforts pour promouvoir la bonne entente et le respect entre les communautés religieuses, mais elles craignent les éléments isolés de la société qui, via les réseaux sociaux, parviennent à avoir un auditoire et fragilisent la cohésion sociale. Dénoncer les dérives et l’intolérance religieuse est fortement encouragé à Singapour, mais la méthode employée n’est pas toujours idéale, car elle contribue parfois à mettre de l’huile sur le feu. Yaacob Ibrahim, ministre chargé des Affaires musulmanes, résume ainsi le problème dans un message sur Facebook : « Il n’y a pas de place à Singapour pour l’extrémisme ou l’exclusivisme parce que nous encourageons le respect mutuel et l’harmonie. (…) S’il est juste de tirer la sonnette d’alarme quand on voit des actes répréhensibles, il faut aussi se demander si la manière dont cela est fait est appropriée, ou si elle sème plus de discorde et provoque des tensions dans notre société. Sur des sujets aussi sensibles, il serait préférable de s’adresser en premier lieu aux autorités plutôt que de passer par Internet. »

Désamorcer les conséquences sociales d’un éventuel attentat

Cette actualité prend place dans un contexte relativement tendu à Singapour. Le gouvernement vient de lancer la campagne « SGSecure », visant à préparer le public en cas d’attentat terroriste. « Soyons vigilant, il ne s’agit pas de savoir ‘si’, mais ‘quand’ », affirment des affiches placées dans les couloirs du métro et dans les quartiers résidentiels. De nouvelles caméras de vidéosurveillance, déjà très présentes, apparaissent dans les ascenseurs et les cages d’escalier. Dans son discours au Parlement, K. Shanmugam a également évoqué le contexte tendu dans la région, en expliquant comment la menace de l’Etat islamique en Irak et en Syrie (ISIS) s’était rapprochée de Singapour. Des attaques revendiquées par l’Etat islamique ont été menées en Indonésie et en Malaisie en 2016, et l’organisation terroriste semble vouloir cibler le Sud philippin. Un des objectifs de la campagne SGSecure est de prévoir l’après-attentat. Si jamais l’Etat islamique frappait Singapour, comment faire en sorte que les musulmans singapouriens ne soient pas montrés du doigt ?, s’inquiètent les autorités de la cité-Etat. Si c’était le cas, l’harmonie entre les religions, caractéristique de Singapour, pourrait voler en éclats.

Le gouvernement singapourien affiche donc sa détermination concernant les questions religieuses. En parlant de ceux qui s’en sont pris de façon vulgaire et inacceptable au mufti de Singapour, le ministre de l’Intérieur a averti : « Nous surveillons de près les personnes qui font ces choses. Si leur conduite va trop loin et devient criminelle, des mesures seront prises. »

Source : Eglises d’Asie

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Dieu ou Allah ? Jésus ou Issa ?Quand le vocabulaire porte une théologie

Dans sa petite feuille verte 48, l’association CLARIFIER poursuit son étude de l’Islam. Des repères intéressants  sur le nom de Dieu qui nous ouvrent aussi un univers pour penser notre propre théologie.

Dans la dernière Petite Feuille verte (PFV n° 47), nous avons justifié le maintien de l’usage de la graphie française pour désigner le « prophète de l’islam » : Mahomet et non Mohamed ou Muhammad.

Dans celle que vous allez lire (PFV n° 48), nous nous interrogeons sur la manière d’écrire « Dieu » lorsqu’il s’agit de celui des musulmans. Autrement dit, en français, faut-il dire « Allah », comme le font la plupart des auteurs d’écrits relatifs à l’islam ? La réponse à cette question ne va pas de soi car l’écriture choisie – Dieu ou Allah – sous-entend une expression théologique spécifique.

Nous prolongeons cette analyse en abordant un sujet connexe mais lié au précédent thème : que signifie Issa, retenu par le Coran pour désigner Jésus, Fils de Dieu pour les chrétiens ?

Si l’on veut respecter la logique linguistique, il convient de dire « Dieu » lorsqu’on s’exprime en français, comme on dit Deus en latin, Dio en italien, God en anglais, Gott en allemand, etc.

« Allah » est un terme sémitique antérieur à l’apparition de l’islam, au même titre qu’« Eloah » en hébreu (« Elohim » étant le pluriel de majesté) et « Elah » en araméen. Provenant de la racine étymologique El ou Al, il désigne toute divinité quelle qu’elle soit, sans rapport nécessaire avec le monothéisme. Il est parfois incorporé dans un prénom. Ainsi, selon la biographie de référence de Mahomet, rédigée par Ibn Hichâm, le père du prophète de l’islam, Mahomet, qui professait l’une des religions païennes en vigueur à La Mecque au VIIe siècle, se nommait Abdallah, c’est-à-dire « Serviteur du dieu ». (Cf. La vie du prophète Mahomet, Fayard, 2004).

Le nom « Allah » résulte de la contraction de l’article al- et du substantif ilâh (« divinité »). L’article semble avoir été ajouté pour signifier le caractère unique de ce Dieu (« Le Dieu ») et exprimer le monothéisme intégral, comme le suggère le Coran.

« Dis : “Lui, Dieu est Un, Dieu ! L’Impénétrable ! Il n’engendre pas ; Il n’est pas engendré, nul n’est égal à Lui”  » (112, 1-4).

Ce verset comporte une réfutation implicite de la foi des chrétiens en la divinité de Jésus-Christ, le Verbe incarné, et en la Trinité. Dans un souci de cohérence théologique, les chrétiens de langue arabe, lorsqu’ils font le signe de la Croix, disent : « Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, le seul Dieu  ». C’est aussi pour eux une manière de témoigner de leur foi monothéiste auprès des musulmans qui leur reprochent parfois leur « trithéisme ».

Allah n’est donc pas un nom propre à l’islam, c’est « Dieu » écrit en langue arabe. Comme leurs compatriotes musulmans, les chrétiens arabophones prient aussi Allah ; et ceci même si le nom ne reflète pas une réalité doctrinale identique puisque, dans l’islam, le Dieu unique est résumé par le dogme de l’unicité (Tawhîd) – un Dieu Un et seulement Un -, tandis que, dans le christianisme, Dieu s’est révélé comme Un en Trois Personnes, ainsi que l’exprime le dogme de la Trinité.

Pourtant, depuis plusieurs années, des militants islamistes contestent aux chrétiens le droit de dire « Allah ». Pour eux, ce nom doit être réservé au Dieu du Coran. En Malaisie, où les chrétiens représentent 9 % des 28 millions d’habitants, l’affaire a défrayé la chronique à partir de 2007, après une décision du ministère fédéral de l’Intérieur interdisant l’usage du vocable « Allah » dans le journal catholique The Herald. Suite à divers recours en justice introduits par l’Église locale, certains lui ayant donné satisfaction, la Cour suprême de Kuala Lumpur a tranché par un arrêt définitif du 21 janvier 2015, confirmant la décision du ministère.

Pour leur part, les traducteurs francophones du Coran écrivent tantôt « Dieu » (cf. Denise Masson, Folio-Gallimard ; M. Savary, Garnier Frères ; Sami Aldeeb Abou-Sahlieh, L’Aire), tantôt « Allâh » (cf. Régis Blachère, Maisonneuve & Larose ; Édouard Montet, Payot). Des traducteurs musulmans eux-mêmes écrivent « Dieu » (cf. Cheikh Boubakeur Hamza, Enag Éditions).

Cependant, afin d’éviter toute confusion théologique et toute vaine querelle, il nous semble aujourd’hui préférable d’utiliser le substantif « Allah » lorsqu’on évoque le Dieu des musulmans. Et ceci vaut pour toutes les langues. Mais, nous ne sommes plus ici dans une logique sémantique.

Si les chrétiens arabophones prient Dieu avec le même nom que les musulmans, il n’en va pas de même pour Jésus. Tous refusent Issa (prononcer Aïssa) que le Coran donne à Jésus. Ce nom est pour eux une falsification, celui de Jésus en arabe étant Yasû’. Les chrétiens vivant en Arabie avant l’islam ont continué à appeler ainsi Jésus après l’apparition de cette nouvelle religion, et ceci jusqu’à leur disparition de ce territoire ; ceux du Levant, bien qu’arabisés, ont conservé le mot araméen en vigueur dans leur idiome antérieur, celui que parlait le Christ. Il s’agit de Yassouh ou Yessouah. Ce nom signifie « Yahvé sauve ». Jésus est donc Dieu. Cette vérité est d’ailleurs explicite dans l’Évangile selon saint Matthieu lorsque l’Ange du Seigneur dit en songe à saint Joseph : « Tu l’appelleras du nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés » (Mt 1, 21).

Pourquoi le Coran n’a-t-il pas adopté l’écriture arabe, Yasû’, pour nommer Jésus ? La raison en est fondamentale. Elle tient à l’identité que l’islam lui donne.

Dans les cultures sémitiques, le nom porté par une personne n’a rien d’anodin, comme l’a démontré le Père Antoine Moussali, lazariste libanais (1921-2003) :

 Donner un nom à quelqu’un ou à quelque chose, c’est nommer son essence, ce qui le caractérise en propre, ce qui le personnifie […]. L’emprise est tellement forte que l’on serait tenté de dire que ce n’est pas l’individu qui porte le nom, mais le nom qui porte l’individu. Être, à la manière humaine, c’est être nommé. » (La croix et le croissant, Éditions de Paris, 1997, p. 43).

Or, le nom coranique de Jésus, Issa, est dépourvu de toute signification. Celui qui le porte n’est qu’un prophète parmi d’autres, même s’il jouit d’une position éminente et singulière. Le Coran le présente en effet comme « le Prophète de Dieu, sa Parole qu’il a jetée en Marie, un Esprit émanant de lui » (4, 171). Et, même s’il est décrit comme « Parole de Vérité  » (19, 34, « fortifié par l’Esprit de sainteté  » (2, 253), il s’efface devant Mahomet, le « sceau des prophètes  » (33, 40), dont il annonce d’ailleurs la venue (61, 6).

L’intention qui préside à ce vide nominatif est évidente : Issa ne saurait donc prétendre à une mission salvifique, laquelle ne peut appartenir qu’à Dieu. Or, pour les musulmans, malgré ses attributs, Jésus n’est pas Fils de Dieu. Le Coran est intransigeant à ce sujet.

« Dieu est unique ! Gloire à Lui ! Comment aurait-il un fils ? » (4, 171) ;

« Créateur des cieux et de la terre, comment aurait-il un enfant, alors qu’il n’a pas de compagne, qu’il a créé toute chose et qu’il connaît tout ?  » (6, 101) ;

« Il ne convient pas que Dieu se donne un fils  » (19, 35).

Issa nie lui-même se faire passer pour une divinité. « Dieu dit : “Ô Jésus, fils de Marie ! Est-ce toi qui a dit aux hommes : Prenez, moi et ma mère, pour deux divinités, en dessous de Dieu ?” Jésus dit : “Gloire à toi ! Il ne m’appartient pas de déclarer ce que je n’ai pas le droit de dire. Tu l’aurais su, si je l’avais dit. Tu sais ce qui est en moi, et je ne sais ce qui est en toi” » (5, 116).

Par ailleurs, si « Messie » (Masîh) remplace Issa dans onze versets (p. ex. : « Ceux qui disent : “Dieu est, en vérité, le Messie, fils de Marie”, sont impies », 5, 17), cet attribut, interprété par certains commentateurs musulmans comme un titre d’honneur et par d’autres comme la marque d’une onction divine l’ayant préservé de l’influence de Satan (1), est étranger à la vocation de Jésus telle qu’elle est décrite dans les récits évangéliques. Pour l’académicien Roger Arnaldez (1911-2006), « cette qualification de Messie n’est plus alors en relation avec la mission que Jésus doit remplir parmi les hommes ; elle est une marque apposée sur lui dans sa relation avec Dieu et le monde angélique  » (Jésus, fils de Marie, prophète de l’islam, Éd. Desclée, 1980, p. 87). Autrement dit, il s’agit d’un Messie sans messianisme.

Dieu est désigné par le même vocable en arabe et en français, mais le Dieu du Coran n’est pas celui de la Bible.

Quant à Jésus, s’il n’est pas rare d’entendre des musulmans francophones affirmer qu’ils croient en lui, son nom coranique, Issa, ne désigne pas le Christ de l’Évangile.

Ces précisions peuvent être utiles à des chrétiens soucieux d’un dialogue sans confusion avec des musulmans. Il est certain que Jésus est au cœur d’une controverse doctrinale irréconciliable entre christianisme et islam. Mais, aujourd’hui, certains fidèles de cette religion sont fascinés par la figure énigmatique, voire mystérieuse, de Issa, qui se présente dans le Coran comme un prophète, certes musulman, mais aussi comme « un Signe pour les mondes » (21, 91), « illustre en ce monde et dans la vie future, il est au nombre de ceux qui sont proches de Dieu  » (3, 45), ayant aussi bénéficié de privilèges exceptionnels, notamment sa conception miraculeuse dans le sein virginal de Marie (19, 20) et sa capacité à résister aux tentations du démon, avantages dont même Mahomet a été privé (2).

Annie Laurent

Déléguée générale de CLARIFIER

alaurent@associationclarifier.fr

  • Maurice Borrmans, Jésus et les musulmans d’aujourd’hui, Ed. Desclée, 2005 ; R. Arnaldez, Jésus, fils de Marie, prophète de l’islam, Desclée, 1980 ; Georges Tartar, Jésus-Christ dans le Coran, Centre évangélique de témoignage et de dialogue islamo-chrétien, 1995.
  • R. Arnaldez, Jésus dans la pensée musulmane, Desclée, 1988 ; Fawzia Zouari (dir.), Douze musulmans parlent de Jésus, Desclée de Brouwer, 2017.

 

Brèves

Quelques repères sur l’Islam

En complément du livre de Pascal Raines sur le Coran que nous vous présentions l’an dernier, et des petites feuilles vertes que nous relayons, voici une rapide synthèse pour se repérer en quelques minutes sur l’Islam.

 

A la une #Doctrine / Formation #Livres #NLH #NLQ

Livre – Comment parler de l’islam sans être taxé d’islamophobe ? En allant à la source, en partant du Coran…

 

 Pascal Raines commence son livre Quel dialogue possible avec l’islam du Coran ? Point de vue d’un catholique par ces mots :

« Il ne se passe guère de journée sans que les médias ne nous parlent d’une manière ou d’une autre de l’islam : les exactions des membres de Daesh, de Boko Haram ou d’Aqmi, la volonté farouche de musulmanes qui veulent porter en tout temps et en tout lieu la burqa, les discours nombreux affirmant que l’islam est une religion de paix, les proclamations belliqueuses des jihadistes, les attentats au nom d’Allah.
Quelles sont donc les motivations des uns et des autres ? Comment comprendre des comportements et des discours aussi opposés parmi les musulmans ? Existe-t-il plusieurs interprétations de la volonté de Dieu ? Bref, est-ce que ces discours et comportements peuvent tous se réclamer du Coran ?
 »

L’auteur prend la peine d’expliquer – un travail de bénédictin ! – les versets les plus controversés à l’aide de plusieurs traductions simultanées. Il précise à chaque fois le contexte et interpelle de multiples sources. On y sent un souci permanent d’objectivité.

Un fil conducteur marque ce livre « Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent » (Ps 85, 11). Ni angélisme, ni préjugé stérile, mais des pistes qui sortent des sentiers battus et du politiquement correct.

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« Cet ouvrage, fruit d’un travail considérable, est une excellente introduction à l’islam et au Coran. Il s’agit là d’une étude sérieuse, documentée, étayée par des références multiples tant islamiques qu’occidentales. L’auteur ne craint pas d’aborder, avec honnêteté et lucidité, la plupart des points controversés. Il le fait en toute objectivité, dans un souci de vérité et un langage qui n’est ni offensant ni blessant  » (P. Henri Boulad, éminent prêtre égyptien).

« Quel travail ! Cela devra aider les gens à ouvrir les yeux et voir enfin clair en toute responsabilité citoyenne et pour la vraie paix  » (P. François Jourdan, prêtre eudiste docteur et spécialiste reconnu de l’islam).

Puisse la lecture de cet ouvrage ouvrir les yeux des uns des autres sur un sujet que l’on ne peut plus éluder : « Quel dialogue possible avec l’islam du Coran ?  ».

Disponible auprès de l’éditeur lulu.com ou ici.