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Egypte – Le pape s’annonce comme messager de paix au pays des prophètes et des patriarches

À quelques jours de son voyage en Egypte  vendredi et samedi prochains, le pape  François s’adresse aux Égyptiens dans un message vidéo aujourd’hui, pour s’annoncer comme ami, pèlerin et messager de paix dans un pays où ont vécu, dit-il, prophètes et patriarches, et où Dieu a fait entendre sa voix.

« Je suis heureux de venir dans le pays qui a donné refuge à la Sainte Famille il y a plus de 2000 ans », dit François dans ce message vidéo diffusé à la télévision égyptienne. « Je voudrais que cette visite soit une accolade de consolation et d’encouragement pour tous les chrétiens du Moyen-Orient », affirme le Saint Père. « Un message d’amitié », de « fraternité » et de « réconciliation » pour tous les enfants d’Abraham, « particulièrement pour le monde islamique ». En mentionnant le monde islamique, « dans lequel l’Égypte occupe une place de premier plan », le Pape souhaite que son voyage soit une « contribution appréciable » pour le dialogue interreligieux. Sans oublier évidemment le dialogue œcuménique avec l’Église copte orthodoxe, victime de deux attentats meurtriers le 9 avril dernier, pendant la messe du dimanche des rameaux.

« Une violence aveugle » déchire notre monde, alors qu’il a besoin d’artisans de paix, de personnes libres, créatrices et courageuses pour construire l’avenir sans s’enfermer dans des préjugés, insiste François, avant de conclure en précisant que le monde a besoin de « bâtisseurs de ponts de paix, de dialogue, de fraternité, de justice et d’humanité ».

 

 Source Radio Vatican

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Egypte – Relance des pèlerinages sur les pas de la sainte famille

L’imminente visite apostolique du Pape François en Egypte constitue une occasion pour proposer le grand pays du Machreck comme but de pèlerinages à l’ensemble des chrétiens du monde, sur les traces de la Sainte Famille qui, selon le récit évangélique, s’y réfugia pour sauver l’Enfant Jésus de la violence d’Hérode. Les responsables des politiques égyptiennes pour le tourisme en sont convaincus et tentent depuis longtemps de faire rentrer l’Egypte dans les circuits du tourisme religieux chrétien afin de contrebalancer au moins en partie les fortes pertes de l’industrie touristique égyptienne provoquées par le terrorisme et l’instabilité de l’ensemble de la région. Celui qui a le plus récemment valorisé dans cette perspective la prochaine visite du Pape François a été Nader Guirguis, membre de la Commission ministérielle pour la relance du Chemin de la Sainte Famille, qui, ces jours derniers, en intervenant sur la question, a fait également référence à des hypothèses historiques basées sur les Evangiles, selon lesquelles le séjour en Egypte de Jésus et de la Sainte Famille pourrait d’être prolongé pendant plusieurs années.

Les attentats perpétrés contre les églises n’ont évidemment pas bloqué l’élan visant à proposer l’Egypte à tous les chrétiens du monde comme but de pèlerinage, à la découverte des lieux liés au passage de Jésus et de la Sainte Famille, à la première prédication de l’époque apostolique et aux premières expériences de monachisme chrétien. Surtout, la relance du Chemin de la Sainte Famille – itinéraire de pèlerinage à accomplir sur les lieux qui, selon des traditions locales millénaires, ont été traversés par la Sainte Famille au cours de son exil en Egypte – se trouve depuis longtemps au centre de propositions et de vifs débats qui impliquent hommes politiques et opérateurs touristiques égyptiens. Au début de cette année, Al Abdel Aal, Président de la Chambre des représentants égyptienne, au cours d’une visite dans les bureaux du Patriarcat copte orthodoxe, a réaffirmé que la valorisation du projet touristique à définir en s uivant les parcours suivis en Egypte par Saint Joseph, la Très Sainte Vierge Marie et l’Enfant Jésus, intéresse et implique tous les égyptiens et non pas seulement les chrétiens.

Les premières propositions de valorisation, y compris dans une perspective touristique, du Chemin de la Sainte Famille remontent à vingt ans en arrière. A la fin de 2016 – ont indiqué des sources locales consultées par l’Agence Fides – la Commission ministérielle pour la relance du Chemin de la Sainte Famille a été constituée justement auprès du Ministère du Tourisme sous la présidence de Hisham el Demeiri. Voici plus de deux ans (voir Fides 21/10/2014), le parcours idéal du pèlerinage sur les traces de la Sainte Famille en Egypte avait été déterminé. Il devrait partir d’Al-Arish, ville du nord du Sinaï devenue récemment théâtre de violences ciblées à l’encontre des coptes de la part de groupes djihadistes, pour se diriger ensuite vers le delta et Wadi Natrum, pour atteindre Assiout et le Monastère de la Vierge Marie, connu aussi sous le nom de Monastère Al-Muharraq.

Source Agence Fides

 

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L’université d’al-Azhar est-elle si pacifiste ?

L’université d’al-Azhar, présentée par l’Occident et l’Eglise catholique comme l’exemple d’un islam, non seulement modéré, mais du véritable islam, fait de paix et de respect, vient de publier un communiqué pour démentir les accusations pointant du doigt une nette divergence entre ses propos pacifiques et le contenu extrémiste de ses cours.

Nous avions publié à l’occasion de la tournée française de certains membres de l’université musulmane, une vidéo troublante d’une de ses professeurs  expliquant le droit au viol des femmes captives.

Alors que les attentats se multiplient en Egypte et que le pape doit rencontrer les universitaires lors de son voyage, le patriarche d’Alexandrie lui-même critiquait les enseignements et positions de l’université d’al-Azhar qu’il accusait de ne pas être prête à changer de discours.

 

Il y a bien une ambiguïté sur le positionnement de cette université qui parfois fait figure de contre-feu sinon de cheval de Troie. Que les accusations soient fondées ou non, la prudence reste de mise.

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Egypte – Une attaque Djihadiste près du Monastère Ste Catherine

En Egypte, une attaque armée a eu lieu près du Monastère Sainte Catherine, dans le Sud-Sinaï, à environ 500 km du Caire. Selon les informations délivrées par le Ministère égyptien de l’Intérieur, les assaillants ont pris la fuite après un échange de tirs avec la police. 1 policier a été tué, et au moins 3 autres ont été blessés. L’assaut a été revendiqué par l’Etat islamique, solidement implanté dans la région, et qui fait planer une menace croissante sur la stabilité de la péninsule, et au-delà.

Cette nouvelle attaque illustre, une fois de plus, la détérioration sécuritaire dans la région. C’est en effet depuis l’année 2013, avec la destitution du président islamiste Mohamed Morsi, que le Nord-Sinaï est le théâtre d’attaques meurtrières qui visent essentiellement les forces de police et l’armée, menées par des groupes jihadistes locaux, qui ont depuis fait allégeance à l’Etat islamique. Acculé dans ses bastions syrien et irakien, -Raqqa et Mossoul-, Daech s’est donc rabattu vers la péninsule du Sinaï, où il poursuit son inexorable progression. Son influence s’étend, et ses actions y sont de plus en plus régulières. Outre l’armée et la police, le groupe terroriste s’en prend également aux chrétiens de la région. Des centaines de coptes du Nord-Sinaï ont ainsi dû fuir leurs maisons ces dernières semaines, devant les meurtres et les exactions commises par les djihadistes sur plusieurs membres de leur communauté. La menace s’est étendue au Caire et à Alexandrie, où des attentats ont frappé deux églises, le Dimanche des Rameaux ; elle se rapproche désormais du Sud-Sinaï, et du monastère orthodoxe Ste Catherine, l’un des plus anciens au monde.

 

 Source

Brèves

Benoît XVI irait-il en Egypte à la place du pape François ?

Le pape Benoit XVI ira comme prévu en Egypte !

Tel est le titre (images à l’appui) du journal Challenge daté du 11 avril dernier.

Même si le contenu de l’artice parle bien du pape François, titre et image de l’article laissent songeurs sur le sérieux et le suivi de l’actualité par certains journalistes…

 

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Pourquoi l’Egypte et pourquoi maintenant ?

Chers amis,

Les terribles attentats commis hier à la messe des Rameaux contre deux églises en Egypte ne sont ni les premiers ni – il faut le craindre – les derniers. Les 44 morts et la centaine de blessés de Tanta et d’Alexandrie viennent s’ajouter à la longue liste des martyrs de ce pays, une Eglise qui se définit même comme étant l’Eglise des martyrs.

L’État islamique et les groupes islamistes affidés ont déclaré la guerre à l’Égypte. 
Leur objectif est multiple mais consiste avant tout à prendre le pouvoir en vue de récréer le Califat. Outre les opérations militaires et terroristes pour prendre le contrôle du territoire, leur stratégie passe également par une certaine homogénéisation de la population – elle doit non seulement être musulmane mais également acquise à l’islam radical revendiqué par ces groupes. Cela se traduit par la conversion ou l’exclusion des minorités religieuses, dont bien sûr les chrétiens. La terreur de l’Etat islamique et des groupes islamistes affidés consiste donc entre autres à éradiquer la présence chrétienne au Moyen-Orient. Sur l’Irak et la Syrie, le projet est déjà bien avancé. C’est maintenant le tour de l’Egypte dont on peut imaginer que les attentats ne font que commencer.

Pourquoi l’Egypte et pourquoi maintenant ?
La pression supplémentaire – ou enfin réelle – qui s’exerce sur l’Etat islamique en Syrie, mais surtout en Irak, les pousse à accélérer leur investissement sur le terrain égyptien, l’idée ayant toujours été d’opérer la jonction entre le Moyen-Orient et l’Afrique, que ce soit par la Libye ou par la Bande sahélo-saharienne. Or, l’Egypte est le verrou qui empêche pour le moment cette jonction.

L’Egypte, réservoir démographique des chrétiens d’Orient
L’Egypte est également le grand réservoir des chrétiens d’Orient. La plupart des chrétiens en Egypte sont coptes orthodoxes et ils représentent 14 millions de fidèles, soit 15 % de la population, malgré le peu de consensus sur ce volume. 90 % des chrétiens d’Orient sont donc égyptiens et on comprend mieux pourquoi ils constitueront de plus en plus une cible prioritaire pour l’Etat islamique. La stratégie d’éradication va donc consister à effrayer les chrétiens par des attentats, avec comme message clair la conversion ou la valise, mais aussi à les faire réagir pour déclencher une spirale de violence dont ils seront évidemment les perdants.

Le double objectif de l’Etat islamique
Malgré le soutien officiel du président al-Sissi et la protection de fait qui est assurée devant la plupart des églises, les chrétiens acceptent de moins en moins l’apparente inefficacité des mesures censées les mettre à l’abri de la terreur. Si les chrétiens excédés finissaient par se révolter contre les autorités égyptiennes, l’Etat islamique aurait fait d’une pierre deux coups : fragiliser le gouvernement égyptien dont il veut récupérer le pouvoir et accélérer la disparition des chrétiens dont la réaction susciterait un surcroît de violence à leur encontre. On peut donc imaginer que, non seulement ces attentats ne seront pas les derniers mais que la pression à l’encontre des chrétiens en Egypte ira en s’aggravant.

Cependant l’Egypte, citée plus de sept cent fois dans la Bible, lieu de la première Pâque, a aussi servi de refuge à la Sainte Famille et on peut également imaginer qu’une bénédiction spécifique repose sur ce pays. Cette Eglise des martyrs saura puiser dans sa foi éprouvée au long des siècles les ressorts, à la fois pour ne pas tomber dans ce piège de la violence et en même temps, pour témoigner de manière encore plus forte de l’Amour du Christ.

Grâce à vous l’année dernière, l’AED a soutenu les chrétiens d’Egypte avec un million d’euros. Ce soutien sera très clairement poursuivi au moment où plus que jamais, ils comptent sur nous : c’est pourquoi nous avons encore besoin de votre aide.

Marc Fromager

Directeur de l’AED

 Source AED

PS : découvrez ci-dessous l’échange téléphonique avec Mgr Kyrillos William, évêque copte catholique d’Assiout en Egypte, en réaction aux attentats.

Comment pouvons-nous vous aider ?

« La prière : voilà le plus important que nous puissions vous demander maintenant. Priez pour les familles des victimes des attentats à Tanta et Alexandrie.

Quelle est la situation en termes de sécurité ?

Nous avons tous été surpris par ces attaques du dimanche des Rameaux : car on ne peut jamais prédire où et quand ces attaques auront lieu. L’Eglise et l’Etat ont l’intention de renforcer leur coopération afin de mieux protéger les églises. J’ai reçu la visite d’un agent de sécurité qui m’a demandé ce dont nous avions maintenant besoin. Il nous a proposé d’entraîner les jeunes et les adultes, afin de pouvoir unir toutes les forces pour accroître la sécurité. Il y a 550 églises chrétiennes à Assiout. Grâce à Dieu, rien n’est arrivé ici, mais nous ne sommes pas assez préparés à de tels événements.

Existe-t-il un risque d’exode des chrétiens ?

En Egypte, les gens sont très attachés à leur terre, et tous se considèrent comme des Égyptiens – qu’ils soient chrétiens ou musulmans. Il y a une plus grande cohésion au sein de la population que partout ailleurs. Les terroristes ont l’intention de détruire cette cohésion. La visite du pape François en Egypte les 28 et 29 avril est maintenant plus importante que jamais. J’espère qu’il sera porteur d’un clair message de paix. »

 

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Face au terrorisme, al-Azhar n’est pas prête à changer de discours religieux, déplore le patriarche d’Alexandrie

Les massacres du dimanche des Rameaux « mettent à l’épreuve la foi des chrétiens égyptiens. Le Patriarche Tawadros II est lui triste et amer et il n’est pas facile de l’atteindre pour parler avec lui. Face à tout cela, nous contemplons les nouveaux martyrs et nous demandons avec davantage de force que le Christ nous console et conserve notre espérance dans la Résurrection ». C’est en ces termes que le S.B. Ibrahim Isaac Sidrak, Patriarche d’Alexandrie des Coptes catholiques, décrit l’état d’âme de nombreux baptisés égyptiens après les massacres perpétrés dimanche dernier dans deux églises coptes orthodoxes par deux kamikazes, du prétendu Etat islamique.

« Le jour des massacres – indique le Patriarche – je me trouvais à Alexandrie et je célébrais la Messe dans notre Cathédrale qui se trouve à 200 m de distance de la Cathédrale copte orthodoxe. Nous avons entendu nous aussi fortement la détonation de l’explosion ».

Selon le Patriarche d’Alexandrie des coptes catholiques, « le fait que le Pape François ait confirmé sa visite constitue un signe important pour les chrétiens et pour toute la nation égyptienne. Une éventuelle annulation du programme aurait donné l’impression que ceux qui répandent la terreur parviennent à prévaloir ».

En matière de lutte contre les massacres terroristes, le Patriarche d’Alexandrie des Coptes catholiques considère inappropriée la stratégie qui se cantonne à la seule répression et à la chasse aux assassins après que les crimes aient été commis.

« Après ces actions inhumaines, qui ont des aspects diaboliques, il existe des discours qui nourrissent la haine, qui circulent, y compris dans les moyens de communication, et influencent en fin de compte la mentalité de nombreuses personnes. Depuis deux ans, le Président égyptien al-Sisi insiste sur le fait qu’il faut changer le discours religieux pour éradiquer à la racine les pensées aberrantes qui alimentent le terrorisme mais ces paroles ne sont pas écoutées. Certains milieux liés à al-Azhar ne sont pas non plus convaincus de la nécessité de changer ».

 

Après les attentats – confie le Patriarche – « nous arrivent de toutes parts des demandes pour augmenter la sécurité devant les églises, pour les liturgies de la Semaine Sainte et ce sont les Eglises elles-mêmes qui doivent supporter les frais d’une grande partie des services de sécurité. Je ne veux accuser personne mais l’amertume de beaucoup est due au fait que ces massacres se répètent toujours de la même manière, selon la même dynamique et que rien ne semble changer. Dans cette situation, ce sont souvent les laïcs qui nous confortent et soutiennent l’espérance de tous. Prions afin que le Seigneur nous montre Sa victoire et convertisse également le cœur des bourreaux, ainsi que l’a demandé également le Pape François. Au travers de ces suppliques, allons à la rencontre de Jésus pour célébrer Sa Résurrection le jour de Pâques ».

Lu sur Agence Fides

Voici un extrait vidéo du discours d’un professeur de l’université d’al-Azhar sur les femmes.

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« On est croyant et citoyen et non croyant ou citoyen » affirme le cardinal Tauran

Le pape François ira donc en Egypte malgré et peut-être encore davantage après les attentats. Le message que le Saint-Père entend apporter est : « oui il est possible de vivre ensemble ».

 

Commentant ce message, le cardinal Tauran explique qu’il est en effet possible de vivre ensemble dans la mesure où « on est croyant et citoyen et non croyant ou citoyen ».

 

« Et dans la mesure où on est croyants et citoyens, a-t-il poursuivi, on doit apporter à la société dans laquelle on vit des valeurs qui font que la société devient lieu où on peut s’épanouir à égalité. »

Evidemment ce commentaire, à la lumière des déclarations du prélat l’an dernier en France, met en relief la question tabou de la compatibilité de l’Islam avec toute forme de gouvernement et de société ne reposant pas sur les principes du Coran.

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Egypte – Le pape maintient son voyage

Le pape doit se rendre en Egypte les 28 et 29 avril prochains.

 

Coupant court à d’éventuelles rumeurs sur une annulation de ce voyage apostolique, Mgr Angelo Becciu, substitut pour les Affaires générales de la Secrétairerie d’État, a confirmé que le Pape se rendrait bel et bien en Égypte aux dates prévues. « Il ne fait aucun doute que le Pape maintiendra sa proposition de se rendre en Égypte »

Source

Programme du voyage

Tribunes et entretiens

Persécution des chrétiens d’Orient – C’est une part de la civilisation européenne qui est agressée

Dans une tribune de FigaroVox, Matthieu Bock-Coté exprime rappelle que les chrétiens d’Orient sont les gardiens des racines spirituelles de l’Occident, qui ne peut continuer à se montrer indifférent à leur éradication.

Extraits

Le monde occidental s’est habitué depuis longtemps à la persécution des chrétiens d’Orient, comme si leur mauvais sort était inévitable et qu’il fallût s’y résoudre. Le christianisme serait destiné à mourir ou à n’avoir plus qu’une existence résiduelle dans ce qui fut pourtant son berceau. Alors qu’ils sont enracinés depuis deux millénaires dans la région, les chrétiens sont présentés par les islamistes comme des envahisseurs ou comme des agents de l’étranger, souillant une terre qui devrait être vouée exclusivement à l’islam. Dans nos sociétés, ceux qui se soucient de leur sort sont même soupçonnés d’accointances avec l’extrême droite (…)

C’est ainsi qu’on transforme la révolte devant un massacre à grande échelle en lubie réactionnaire.

Mais la frappe sauvage contre deux églises coptes en Égypte ce dimanche rappelle à ceux qui s’en fichent que la guerre d’éradication menée contre les chrétiens d’Orient est bien réelle et n’a rien de fantasmatique( …)

Aujourd’hui, les chrétiens d’Orient se sentent abandonnés, surtout lorsqu’ils refusent de quitter une région du monde dans laquelle ils sont enracinés.

Il faut avoir une vision complète de cette entreprise funeste. (…) Il s’agit, pour les islamistes, d’effacer les traces de ce qui est étranger à l’islam, comme si son règne ne pouvait souffrir le simple rappel que des hommes, autrefois et en ces mêmes lieux, ont vénéré d’autres dieux ou ont entretenu une autre foi. Comment ne pas voir là une forme de nihilisme effrayant, une jouissance exterminatrice, une ivresse destructrice ? L’islamisme le plus radical ne veut pas faire disparaître seulement les hommes mais jusqu’au souvenir des hommes.

La guerre contre la mémoire est l’expression décomplexée de la barbarie.

(…)

Mais dans le cas des chrétiens, il s’agit aussi de chasser un peuple, comme s’il ne suffisait plus de le soumettre. On sait qu’en moins d’un siècle les chrétiens d’Orient ont vu leur poids démographique diminuer comme jamais dans cette région. Un jour, ils n’auront plus qu’une présence résiduelle et seront condamnés à raser les murs. Malgré l’indifférence officielle des Occidentaux, le sort des chrétiens d’Orient touche les plis les plus intimes de ce qu’on pourrait appeler notre conscience de civilisation, et ceux qui, d’une manière ou d’une autre, se mobilisent pour eux rappellent les exigences éthiques les plus élevées de l’engagement civique.

 

 Les chrétiens d’Orient sont les témoins des origines d’une religion, dont ils conservent la mémoire à travers une liturgie aussi diverse que splendide. Si on veut le dire autrement, ils sont conservateurs des origines vivantes d’une religion qui a ensuite fécondé l’Europe au point de transformer son être historique. Nul besoin d’être soi-même croyant pour le reconnaître.

C’est une part d’elle-même (la civilisation européenne) qui est agressée quand on s’en prend à eux. Elle devrait se sentir une forme de proximité existentielle avec eux, en sachant qu’une part de ses origines se trouve à l’extérieur d’elle-même.

L’élan spirituel qui un jour l’a fécondée et lui a donné son génie spécifique vient d’un monde à peu près englouti dont ils sont les derniers gardiens. Cela implique toutefois que l’Europe reconnaisse enfin sa marque chrétienne ou, plus exactement, qu’elle ne cherche plus à la gommer comme s’il s’agissait d’une tache existentielle l’empêchant de se projeter pleinement dans l’universel. Cela implique que l’Europe n’imagine plus qu’elle doive se construire en se déconstruisant.

La civilisation européenne devrait savoir que dans son rapport aux chrétiens d’Orient et dans sa réaction par rapport à leur persécution, elle joue aussi son âme.

MATHIEU BOCK-CÔTÉ