Asie

Timor Est – un nouveau Président pour la stabilité politique et le bien-être économique

Timor Est, la plus jeune nation d’Asie, a voté lundi dans le cadre des élections présidentielles, la première élection depuis le retrait des troupes de maintien de la paix de l’ONU en 2012. Au sein de la République démocratique, qui compte quelques 1,2 millions d’habitants, dont 95 % de catholiques, le taux de participation a été très élevé – 86,3 % des 750.000 votants. Le nouveau Président, élu pour un quinquennat, est, avec 57 % des scrutins, 90 % des bulletins ayant été comptés officiellement, Francesco Guterres, ancien responsable de la guérilla du Front révolutionnaire de Timor Est indépendant (Fretilin), appuyé pour l’occasion par Xanana Gusmao, héros révolutionnaire et responsable de la résistance au cours de la lutte contre l’occupation indonésienne.
Dans le cadre des institutions politiques timoraises, le Président constitue une figure de représentation, dont les pouvoirs formels sont limités au droit de veto. En juillet prochain, les électeurs voteront dans le cadre des élections législatives, qui exprimeront un nouveau Premier Ministre.
Au cours de la campagne électorale, Francesco Guterres a promis de donner la priorité à l’économie, à l’instruction, au travail et au développement. L’économie de Timor Est est fortement dépendante du pétrole et du gaz, qui représentent quelques 90 % des ressources publiques. Cependant, selon des données de l’ONU de 2015, plus de 50 % de la population sont encore en dessous du seuil de pauvreté alors que le chômage dépasse 20 % de la population active et que près de la moitié de la population n’est pas alphabétisée.
Le Père Erik John Gerilla, missionnaire philippin à Timor Est depuis cinq ans actif dans le service social commente : « Les élections se sont déroulées de manière pacifique et ceci est un signe positif. Le Président a bénéficié d’un ample consensus. Il est très proche de la population. Les défis que la nation est appelée à relever aujourd’hui sont ceux de la sécurité alimentaire, qui n’existe pas encore, des bas salaires et des changements climatiques qui frappent les agriculteurs. La population est composée à 75 % de jeunes de moins de 30 ans. Il faut répondre à leurs besoins d’instruction e de travail. Les écoles publiques n’assurent pas une grande qualité. Il existe peu d’universités et, dans ce secteur, les écoles privées catholiques apportent une contribution précieuse, en garantissant un parcours et un enseignement de qualité ». Dans ce but, poursuit-il, « les jésuites travaillent à la formation des enseignants au sein de l’Institut Joao de Britto, qui a pour mission de préparer les enseignants des niveaux supérieurs même pour des matières professionnelles et techniques ». Dans le cadre du processus de construction de la nation, à très grande majorité catholique, « l’Eglise a un rôle actif, en contribuant à la croissance du pays et en collaborant avec les institutions nationales dans le domaine des services sociaux et dans la reconstruction du système éducatif » observe-t-il.
Un autre facteur important est « l’œuvre de réconciliation, commencée voici des années au sein de la société timoraise » par le biais d’une Commission spéciale pour la vérité et la réconciliation, instituée après les violences qui marquèrent le détachement de l’Indonésie, en 1999, violences qui firent plus de 1.400 morts et 300.000 évacués. « L’Eglise, au travers de toutes ses articulations, offre une contribution en particulier en ce qui concerne le suivi de critères de paix et de justice et l’assainissement des blessures par le biais du pardon » conclut le religieux.

Source : Agence Fides

Asie #NLQ

Inde – La place du vote musulman dans la victoire électorale des nationalistes hindous en Uttar Pradesh

Depuis l’annonce, le 11 mars dernier, du triomphe des nationalistes hindous du BJP (Bharatiya Janata Party – Parti du peuple indien) dans l’Etat d’Uttar Pradesh, beaucoup d’encre a coulé en Inde pour tenter d’analyser l’ampleur de cette victoire électorale. Le scrutin a pris place dans un Etat pauvre et rural, dont le contexte social et religieux est traditionnellement un défi aux représentations politiques : la minorité musulmane y est très importante et l’appartenance à la caste constitue le socle social des hindous. Mais avec une stratégie visant à élargir son électorat aux plus pauvres, Narendra Modi s’est félicité d’avoir bénéficié du « soutien sans précédent de toutes les sphères de la société ». Les résultats du scrutin lui donnent raison : les nationalistes hindous du BJP l’ont emporté haut la main jusque dans les bastions musulmans.

Etat le plus peuplé de l’Inde avec 200 millions d’habitants, l’Uttar Pradesh représentait un scrutin-clé, perçu comme un référendum sur la popularité du Premier ministre Narendra Modi et de son parti du BJP. Les nationalistes hindous ont obtenu une large majorité en remportant les trois quarts des 403 sièges de l’assemblée législative, soit un record inégalé sur près de quatre dernières décennies. La presse et les analystes évoquent une « vague Modi » et l’image imposante d’un Premier ministre qui, depuis son arrivée à la tête de l’Inde en 2014, reste très populaire. Malgré un bilan mitigé et l’impact d’une démonétisation draconienne pour lutter contre l’évasion fiscale, Narendra Modi se retrouve donc en position de force.

Aucun musulman parmi les candidats présentés par le BJP

Aux yeux des analystes, le vote musulman devait être décisif pour l’issue du scrutin qui s’est joué en Uttar Pradesh. Dans cet Etat, les musulmans représentent près de 20 % des voix du scrutin. Mais l’ascension de Narendra Modi en Inde a favorisé le courant d’une extrême droite qui valorise le caractère hindou de la nation, et le BJP a misé sur sa doctrine nationaliste hindoue durant la campagne. C’est donc sans surprise que d’importants religieux musulmans ont déclaré soutenir les partis adversaires du BJP.

Talonnée par Mayawati, la défenseuse des « dalits » à la tête du Bahujan Samaj Party (BSP), une alliance entre le parti régional du Samajwadi Party (SP) et le Parti du Congrès de Rahul Gandhi a ainsi tenté de faire barrage à Narendra Modi. Pour attirer le vote musulman, le BSP de Mayawati avait choisi de présenter pas moins de 99 candidats issus de cette minorité, et le SP avait quant à lui promis des programmes sociaux en leur faveur. Et Rahul Gandhi, l’héritier du Parti du Congrès, n’avait pas hésité à rendre visite aux grandes écoles coraniques pour séduire les électeurs musulmans.

Narendra Modi, lui, n’a même pas essayé. Son parti n’avait pas présenté un seul candidat musulman. Selon le président du BJP Amit Shah, qui a orchestré la campagne électorale, les électeurs ont dépassé « la division hindous-musulmans » pour voter en faveur du développement. Il est vrai que le BJP a multiplié les promesses pour moderniser l’Uttar Pradesh, en mettant notamment en avant des mesures politiques et économiques populistes. Mais il n’en a pas pour autant délaissé la carte du nationalisme hindou. « Le temple et le développement peuvent coexister », a répété Amit Shah, reprenant ainsi un slogan phare du BJP, à savoir que le développement économique peut aller de pair avec la défense de l’identité hindoue de l’Inde.

Un vote musulman éclaté et, pour une part, favorable au BJP

En conséquence, les voix des musulmans se sont divisées entre les deux formations opposées au BJP, dans une confusion entretenue par les plus importants religieux musulmans. « Les électeurs musulmans n’ont pas été en mesure de choisir un parti, a confié au Times of India Imran Hasan Siddiqui, président de l’organisation Al Imam Welfare Association. Et malgré les menaces sécuritaires, Narendra Modi a lui-même sillonné les routes dans un véhicule ouvert, ce qui a fait passer un message fort aux électeurs. »

Dans un second temps, et dans ce qui est perçu comme un paradoxe, de nombreux musulmans ont voté en faveur du parti de Narendra Modi. Pour le grand chef religieux sunnite Khalid Rashid Firangi Mahal, « c’est davantage la division au sein du vote musulman qui a aidé le BJP ». Néanmoins, des observateurs avancent que le vote des femmes musulmanes a été sensible à certaines prises de positions de Narendra Modi, en particulier sa volonté d’abolir le « Triple Talaq », la coutume décriée de divorce instantané pour répudier son épouse. Kamal Farooqui, du All India Muslim Personal Law Board, le conseil autoproclamé de défense du droit personnel musulman, conteste cette analyse : « Je ne pense pas que les musulmans accepteront des changements dans la loi coranique. Mais il est vrai que notre communauté s’ouvre davantage au BJP. » L’un d’entre eux, Aijaz Ilmi, n’est autre que le porte-parole du BJP : « Comme moi, de nombreux musulmans tiennent compte des voix de plus en plus nombreuses qui estiment que la politique d’isolation de notre communauté distillée par notre clergé est inappropriée face à l’expansion du BJP. »

Le résultat est spectaculaire, plus encore dans un Etat où les tensions religieuses sont importantes. En Uttar Pradesh, les stratégies des radicaux hindous ont ainsi été les plus âpres, de la protection des vaches sacrées à la lutte contre le « love-jihad », théorie selon laquelle les musulmans séduiraient des jeunes femmes hindoues pour les convertir. C’est encore cet Etat, dans la région de Muzaffanagar, qui avait été témoin d’émeutes interreligieuses en 2013. Mais le BJP a triomphé dans les circonscriptions à majorité musulmane les plus sensibles, comme Muzaffarnagar, Deoband, Bareilly, Bijnor et Moradabad. Mayawati, la dirigeante du BSP, n’a pas caché sa stupéfaction face à ce succès, soulignant que «  même les votes musulmans sont allés au BJP, ce qui est inacceptable ! ». Pour le parti accusé de marginaliser les minorités religieuses, l’accomplissement est indéniable.

La victoire la plus inattendue est sans doute celle de Deoband, une ville où 71 % de la population est de confession musulmane et qui abrite l’une des plus prestigieuses écoles coraniques de l’Asie du Sud. Et le nouveau député Brijesh Singh a annoncé jeudi dernier qu’il voulait rebaptiser la ville selon la mythologie hindoue… Car le BJP ne compte pas abandonner sa doctrine nationaliste hindoue. Yogi Adityanath, un député d’Uttar Pradesh sous les couleurs du BJP, a confirmé que son parti tiendrait notamment sa promesse de construire un temple à Ayodhya, un site disputé où la destruction d’une mosquée avait donné lieu, en 1992, à de violents affrontements entre hindous et musulmans.

Après le triomphe du BJP lors des élections du 11 mars, le parti nationaliste hindou a logiquement porté à la tête de l’Uttar Pradesh l’un des siens. Ce 19 mars, c’est Yogi Adityanath, un ultranationaliste brièvement emprisonné en 2007 pour son implication dans des émeutes interreligieuses, qui a prêté serment pour devenir ministre-président de l’Etat le plus peuplé d’Inde avec près de 200 millions d’habitants. Prêtre hindou de 44 ans, au crâne rasé et toujours vêtu d’une robe couleur safran, il s’est notamment fait connaître pour ses déclarations incendiaires visant les minorités religieuses et sa défense de l’hindutva, l’idéologie de l’extrême-droite indienne qui voudrait faire de l’Inde une nation exclusivement hindoue. A la tête de la milice Hindu Yuva Vahini, impliquée dans des émeutes confessionnelles, Yogi Adityanath a fait régner la terreur parmi les musulmans d’Uttar Pradesh. Il fait aussi partie de ceux qui ont accusé Mère Teresa d’être au cœur d’une conspiration visant à « christianiser » le pays.

Source : Eglises d’Asie

Brèves

Déclaration de Mgr Cattenoz sur les élections : du devoir de réserve

Déclaration de Mgr Cattenoz sur les élections

A la veille des élections, comme évêque, je suis tenu à un devoir de réserve, même si parfois j’ai envie de crier ma souffrance devant la situation politique dans laquelle se trouve notre pays. Le politique est-il vraiment la gestion du bien commun de notre société pour le bien de tous ou un combat pour abattre l’autre ou les autres quels qu’en soient les moyens  ?

Malgré tout, je tiens à le rappeler, les ministres de l’Église, diacres et prêtres sont tenus au même devoir de réserve. Certes, nous devons inviter les chrétiens et tous les hommes de bonne volonté à prendre le temps de réfléchir sur les propositions des différents candidats.
Mais de tout temps, nous avons vu des chrétiens faire des choix différents au nom même de leur engagement chrétien. Seules sont incompatibles avec la foi chrétienne les prises de position contraires à la foi ou à la morale de l’Église. Et malheureusement, je dois reconnaître qu’il est parfois difficile d’y voir clair.
Comme ministres de l’Eglise, nous avons à inviter les chrétiens à éclairer leur conscience, à juger en leur âme et conscience et à faire les choix qui leur semblent les meilleurs. Par contre, nous devons impérativement demander à l’ensemble des chrétiens d’aller voter, car il s’agit d’un droit et d’un devoir pour tout citoyen.

Pour finir, je ne peux qu’inviter tous les chrétiens à porter dans la prière les prochaines élections présidentielles et législatives.

Que l’Esprit Saint puisse nous éclairer et nous conduire dans nos choix, sans jamais oublier que la Fraternité est un mot forgé par les premiers chrétiens et que la République a voulu intégrer dans sa devise. Alors, au-delà de toutes nos différences, découvrons la joie d’une vraie fraternité.

Avignon, le 10 mars 2017
Jean-Pierre Cattenoz, Archevêque d’Avignon

Source

Asie #NLQ

Au Timor-Oriental, l’évêque prie pour la paix et le bon déroulement des élections

Le 2 mars dernier, les huit candidats à l’élection présidentielle ont pris part à une marche à travers la capitale Dili et, à l’issue de celle-ci, ont signé un engagement à œuvrer pour la paix et un déroulement pacifique des élections à venir. Signe de l’influence de l’Eglise dans ce pays de 1,2 million d’habitants dont 98 % sont catholiques, ils répondaient à une initiative de l’évêque de Dili.

« Pour permettre la croissance de la société dans toutes ses dimensions, l’Eglise souhaite que les dirigeants politiques chérissent la paix et prennent en considération toutes les composantes de la société », a affirmé Mgr Virgilio do Carmo da Silva, évêque de Dili, en prenant la parole devant les candidats rassemblés. L’évêque venait de mener une marche d’environ 5 km à travers Dili, qui a vu une foule de quelque 5.000 personnes cheminer de la paroisse Saint-Joseph à un sanctuaire marial adjacent à l’évêché, en récitant le chapelet et en écoutant des méditations sur la paix.

La marche et l’engagement signé par les candidats à la présidentielle ont été organisés la veille du lancement officiel de la campagne électorale. Celle-ci se déroule du 3 au 17 mars, avant le scrutin fixé au lundi 20 mars. L’élection présidentielle sera suivie en juillet d’élections législatives.

Le rôle de l’Eglise

Au Timor-Oriental (devenu officiellement Timor Leste), l’Eglise joue un rôle important. Dans cette ancienne colonie portugaise, devenue indépendante en 1975 mais envahie militairement et annexée dès l’année suivante par l’Indonésie, l’Eglise a incarné la permanence et la sauvegarde de l’âme et de la culture du peuple est-timorais durant le quart de siècle qu’a duré l’occupation indonésienne. Après 1999 et trois années d’administration par l’ONU, le pays, devenu officiellement indépendant en 2002, a continué de connaître une instabilité forte ; lors du soulèvement militaire de 2006 ou bien encore les attaques menées contre le président et le Premier ministre en 2008, l’Eglise a fait figure de pôle de stabilité et d’instance pacificatrice pour une nation encore fragile. Après les élections présidentielles de 2012, les élections de cette année se présentent comme l’occasion pour les jeunes institutions démocratiques du pays de confirmer leur solidité.

Le 2 mars, José Ramos-Horta était aux côtés de l’évêque de Dili. Co-lauréat du prix Nobel de la paix en 1996 avec Mgr Carlos Filipe Ximenes Belo, alors évêque de Dili, président de la République de 2007 à 2012, José Ramos-Horta a choisi de ne pas se présenter devant les électeurs cette année. Fort de cette stature, il a lui aussi exhorté les huit candidats en lice à respecter la paix civile et les équilibres sur lesquels le Timor-Oriental indépendant se construit. « En tant que chrétiens, nous devons tous chérir la paix, qui est constitutive de l’identité culturelle du Timor », a-t-il déclaré devant la foule et les candidats réunis.

Au Timor-Oriental, les institutions font du président de la République une personnalité aux pouvoirs principalement symboliques, même si ses attributions font de lui le commandant en chef des forces armées et qu’il dispose d’un droit de veto pour bloquer certaines des lois votées par le Parlement national, un Parlement monocaméral. Le Premier ministre, désigné par le Parlement, dispose de l’essentiel du pouvoir exécutif.

Faire émerger une opposition face à l’alliance Fretilin-CNRT

Sur les huit candidats en lice (sept hommes et une femme), le favori est Francisco ‘Lu Olo’ Guterres. Ancien guérilleros à l’image de la plus grande partie des élites politiques actuelles, âgé de 63 ans, il préside le Fretilin (Front révolutionnaire pour l’indépendance du Timor-Oriental), le parti historique de la résistance face au Portugal puis face à l’Indonésie. Président du Parlement de 2002 à 2007, il a également le soutien du CNRT (Congrès national pour la reconstruction du Timor), les deux partis, le Fretilin et le CNRT, ayant formé en 2015 une coalition pour exercer le pouvoir. Face à lui, quatre candidats sont soutenus par des partis politiques et trois autres se présentent en indépendants, soucieux notamment de lutter contre la corruption et la concentration du pouvoir entre les mains d’une petite élite éduquée.

Après l’élection présidentielle, qui se déroulera très probablement en deux tours, le second tour étant prévu en avril, les élections législatives (à un seul tour, à la proportionnelle) verront si une force d’opposition à l’alliance Fretilin-CNRT peut émerger. L’actuel président de la République, Taur Matan Ruak, ambitionne d’incarner cette opposition renouvelée, à la tête du récemment fondé Parti de libération du peuple (PLP).

Le PLP et Taur Matan Ruak affirment que l’actuel gouvernement a oublié « le peuple » en se concentrant sur des projets de développement, des infrastructures notamment, qui, s’ils créent de la croissance économique, ne profitent pas assez à la population. Taur Matan Ruak appelle à une décentralisation du pouvoir, au profit des chefs de village. « L’Etat au Timor Leste est beaucoup trop centralisé. Il accapare les talents, les énergies et concentre les privilèges. Il gaspille les ressources, faisant de milliers d’Est-Timorais des citoyens de seconde classe », a-t-il affirmé il y a quelques mois devant les élus du Parlement.

Des défis économiques et humains considérables

De son côté, le gouvernement met en avant les efforts déployés en matière de lutte contre la pauvreté et le fait que, par exemple, près des trois quarts des foyers sont désormais reliés à l’électricité. Un rapport officiel indique toutefois qu’en 2014, le nombre des personnes vivant sous le seuil de pauvreté était de 489 000, soit une proportion très forte pour une population totale de 1,2 million d’habitants et une faible diminution par rapport au chiffre de 2007 (509 000 personnes sous le seuil de pauvreté).

Les observateurs économiques mettent en avant le défi que représente l’après-pétrole. Aujourd’hui encore, les ressources de l’Etat proviennent à 90 % des recettes tirées de l’exploitation des gisements offshore de gaz et de pétrole. En 2014, l’un des deux principaux champs d’hydrocarbure a cessé de produire, et l’épuisement de cette ressource se profile à l’horizon. Selon les projections des experts, si les dépenses de l’Etat continuent à ce rythme, le Fonds pétrolier du Timor Leste, le fonds souverain mis en place pour faire bénéficier les générations futures des revenus tirés du pétrole et du gaz, pourrait être réduit à néant d’ici douze ans.

Les défis qui se posent à la jeune nation est-timoraise demeurent considérables. Il est estimé que 60 % des jeunes sont sans emploi, alors même que plus de la moitié de la population est âgée de moins de 19 ans. Dans un tel contexte, la relation tissée entre l’Eglise et l’Etat demeure cruciale pour l’avenir et la stabilité du pays. Selon Marcal Evaristo, un responsable laïc au sein de l’évêché de Dili, il appartiendra au futur président de veiller non pas tant au seul développement économique du pays qu’au respect et à la défense de la doctrine sociale de l’Eglise dans tous les aspects du développement humain. Au rang des priorités figure l’éducation, un domaine où l’Eglise est un acteur majeur au Timor-Oriental et où la coopération entre l’Etat et elle pourrait être un levier efficace afin de permettre aux familles de s’extraire de la pauvreté.

Source : Eglises d’Asie

A la une #Afrique non francophone #NLQ

Au Kenya, le carême sera centré sur la préparation aux élections. Tiens une idée pour la France ?

« Le tribalisme et la corruption minent la paix et la stabilité de la nation kenyane » a averti S.Exc. Mgr Cornelius Korir, évêque d’Eldoret et Président de la Commission épiscopale Justice et Paix, au cours du lancement de la Campagne de Carême, qui sera centrée sur la préparation des élections générales d’août prochain.

En parlant aux fidèles réunis sur l’esplanade de l’Université de Nairobi, Mgr Korir a rappelé l’exhortation que le Pape François avait adressé au cours de sa visite apostolique au Kenya de novembre 2015, concernant la nécessité d’éviter le tribalisme en ce qu’il peut détruire le pays si sa population ne parvient pas à le surmonter pour construire une nation intégrée et compacte.

« De même, nous devons nous souvenir des fortes paroles du Pape François en ce qui concerne la corruption et du fait que, si nous ne faisons rien pour la bloquer, ce cancer détruira la fibre morale de notre nation » a ajouté l’évêque d’Eldoret.

« La corruption – a souligné Mgr Korir – vole les ressources publiques nécessaires à soulever de l’indigence des millions de kenyans qui languissent dans une pauvreté absolue alors que très peu de personnes ont accumulé des richesses immenses et jouissent de leur vie comme si les pauvres n’existaient pas ». Parmi ceux-ci se trouvent de nombreux jeunes chômeurs qui risquent d’être séduits par les sirènes de la radicalisation et de la violence ».

 

Le Président de la Commission épiscopale Justice et Paix a indiqué dans le Message évangélique des Béatitudes la porte de sortie de l’égoïsme, individuel et collectif, permettant de construire un pays plus équitable et pacifique.

Source Agence Fides.

Brèves

Indonésie – Première place du candidat chrétien dans le cadre des élections à Djakarta

Malgré une campagne de haine sectaire menée contre lui et le procès pour blasphème dans le cadre duquel il est inculpé, Basuki Tjahaja Purnama dit Ahok, candidat chrétien protestant d’ethnie chinoise, a remporté le premier tour des élections régionales.
Basuki Tjahaja Purnama, par ailleurs gouverneur sortant, a été pris pour cible par différents rassemblements massifs et manifestations organisés dans les rues de Djakarta par des groupes musulmans tels que l’Islamic Defenders Front (FPI). Différents responsables islamiques ont exhorté les électeurs à ne pas élire un non musulman comme gouverneur de la capitale d’un pays à majorité musulmane.
Toutefois Basuki Tjahaja Purnama a survécu aux attaques sectaires lancées contre lui. Les résultats des premiers décomptes du scrutin du 15 février montrent qu’il a été soutenu par un nombre énorme de citoyens de la capitale, dont de nombreux musulmans. Sur la base des projections, différents sondages Basuki Tjahaja Purnama et son vice, Djarot Saiful Hidayat, de religion musulmane, auraient obtenu environ 42 % des voix contre 39 % à Anies Baswedan et Sandiaga Salahuddin et 17 % à Harimurti Yudhoyono et Sylviana Murni.
Attendu que Basuki Tjahaja Purnama ne devrait pas obtenir plus de 50 % des suffrages exprimés, un ballottage sera nécessaire, la Commission électorale l’ayant fixé au 19 avril.
Selon le Père Benny Susetyo, Secrétaire du Setara Institute for Democracy and Peace, centre d’études bien connu de Djakarta, « la victoire d’Ahok est due à son image d’honnêteté et de transparence. Toutefois, la lutte idéologique croissante, qui a été mise en évidence dans le cadre de cette campagne électorale, demeure dangereuse pour l’avenir de la démocratie indonésienne ».
Par ailleurs, Jimmy Leo, laïc catholique, indique que « Les citoyens de Djakarta ont pris part avec enthousiasme au scrutin pour élire leur gouverneur. La majeure partie des personnes nourrit l’espoir d’avoir un gouverneur comme Ahok. Malgré l’accusation de blasphème, de nombreux musulmans ont voté pour lui et le feront de nouveau. Ahok dispose d’un solide soutien parmi la population et nous espérons qu’il remportera le second tour ». « Les habitants de la capitale – ajoute-t-il – apprécient ce qu’Ahok a fait pour la ville alors que certains musulmans ont peur de voter pour lui à cause de la fatwa émise par le Conseil des oulémas indonésiens, qui interdit de voter pour un non musulman ».
Au plan politique, le soutien du candidat exclu du ballottage pourrait maintenant résulter décisif. 

Source : Agence Fides

Asie

Indonésie – Message de l’archevêque de Djakarta en vue des élections du 15 février

Alors qu’est enregistrée dans le pays une tension et une polarisation croissante en vue de l’élection du gouverneur de Djakarta, prévue pour le 15 février, l’archevêque de la ville, Mgr Julius Suharyo, a diffusé un message invitant les fidèles à affronter « avec calme et sérénité la situation actuelle, soutenant tous les efforts promus par le gouvernement pour maintenir la paix » et « exerçant le droit de vote en conscience ».
L’Archevêque souhaite que « les catholiques privilégient avant tout le sens de la nationalité » et cette « diversité » entendue comme « signification positive pour l’intégrité de la République d’Indonésie qui se base sur l’idéologie du Pancasila » (la charte des cinq principes fondamentaux ndlr). Mgr Suharyo invite les fidèles à continuer à prier « afin que Dieu protège toujours notre nation et que les responsables de notre pays aient toujours la sagesse de manière à ce qu’ils puissent construire une société pacifique et prospère ».
Se référant au principe fondamental de l’Etat, à savoir « l’unité dans la diversité », l’archevêque rappelle aux catholiques qu’ils ne doivent pas faire de l’Eglise « le lieu ou l’instrument d’une forme quelconque de campagne politique », invitant d’autre part les fidèles à prier une neuvaine et à réciter le chapelet afin que le candidat chrétien Basuki Tjahaja Purnama, connu aussi sous le surnom de Ahok, puisse sortir vainqueur du scrutin. Il est pour l’heure inculpé de présumé blasphème mais ceci ne l’empêche pas de continuer à mener sa campagne et de participer aux élections.
Ces jours derniers, dans le cadre de l’un des événements de la campagne électorale, le candidat a déclaré : « Nous croyons que Djakarta a besoin d’un responsable honnête. Si le responsable est honnête alors les fonctionnaires auront la même attitude. Par ailleurs, le responsable devrait être transparent et compétent ».
Maxi Paat, laïc catholique travaillant au Secrétariat de la Commission épiscopale pour les Affaires œcuméniques et interreligieuses, déclare « Les catholiques se mêlent aux autres électeurs. Je voterai pour Ahok non pas à cause de ses origines religieuses ou ethniques mais parce qu’il a fourni une excellente preuve de son travail dans le domaine du développement de Djakarta ». Félix Lengkong, Psychologue de l’Université catholique Atma Jaya de Djakarta, remarque que « Ahok est soutenu également par de nombreux musulmans, du moment que nombreux sont ceux qui croient en son honnêteté et dans sa correction ».
Aujourd’hui, 7 février, le candidat chrétien Basuki Tjahaja Purnama a été présent à la IX° audience du procès dans le cadre duquel il est inculpé de blasphème. La plainte déposée contre lui par le groupe radical Islamic Defenders Front remonte au 6 octobre dernier et a pour base son discours du 27 septembre dans lequel le candidat avait cité la sourate al maidah du coran. Après des semaines d’enquête, la police a renvoyé en jugement l’homme politique chrétien pour présumé blasphème.

Source : Agence Fides

En France #NLQ

Investir le politique en paroisse

La participation des chrétiens au débat politique a été au cœur de la rencontre annuelle des Équipes d’Animation Pastorale du diocèse de Versailles. Plus de 130 personnes, curés et membres des Equipes d’Animation Pastorale (EAP) sont venus samedi 14 janvier au Centre Ozanam de Versailles à la rencontre annuelle des EAP. Cette année encore, les organisateurs ont choisi un sujet particulièrement d’actualité : « l’Église invite les Chrétiens à participer à la vie politique ».

Au début d’une année particulièrement riche en élections, le thème ne pouvait laisser indifférent. Et le panel des intervenants était :

  • père Pierre-Hervé Grosjean, curé de St Cyr l’École et secrétaire général de la commission diocésaine ‘éthique et politique’,
  • François Garay (DVG), maire des Mureaux,
  • François-Xavier Bellamy (DVD), adjoint au maire de Versailles.

Mgr Aumonier a souligné combien le débat et l’engagement politiques restaient indispensables et étaient l’affaire de tous les citoyens dans la mesure où nous sommes tous engagés à servir le vivre-ensemble. « Nous sommes dans le monde », a redit Mgr Aumonier. Mais cet engagement mérite de faire appel à notre intelligence, d’effectuer un discernement préalable en dépassant les slogans et les ‘petites phrases.

Le père Grosjean a présenté aux participants la quintessence du document récent du Conseil permanent de la Commission des Evêques de France, « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique ». Les évêques dressent le constat que notre ‘vivre ensemble’ est fragilisé par les débats qui se transforment en véritables confrontations. Dans cette société qui se fracture, il est urgent de procéder à un travail de ‘refondation’ : face aux désirs individuels et au multiculturalisme quelle est la charpente sur laquelle construire notre ‘maison commune’ ? Le père Grosjean insiste alors sur l’importance de redonner de la valeur et du sens au ‘politique’. Afin que l’homme politique ne limite pas son activité à des affaires de gestion. Le Conseil permanent de la CEF n’entend pas dicter les solutions à prendre. Il souligne juste l’importance pour les chrétiens d’agir sans perdre de temps en prenant une part active au débat. Dans cette même veine, le pape François a eu l’occasion à plusieurs reprises d’inviter les chrétiens à ‘entrer dans l’arène’, sous peine de voir les autres y entrer et transformer le monde sans faire entendre la voix de l’Evangile. Il ne s’agit pas ici d’imposer une sorte de contreculture chrétienne, mais plutôt d’enrichir le débat avec les richesses de l’anthropologie chrétienne. Tout le défi est alors de trouver le juste milieu entre la raideur empêchant le dialogue et la peur de ne pas entrer en conflit. 

Le maire des Mureaux a insisté sur le concret de son engagement politique au quotidien :en tant qu‘élu de la République’, il est le défenseur de ses piliers Liberté, Egalité, Fraternité. Par ailleurs, il a pour mission de définir des règles de vie commune qui n’entravent pas la liberté individuelle. Pour François Garay, l’éducation des enfants de 6 à 16 ans est un élément clef pour apprendre à vivre en paix dans une société multiculturelle et aussi multicultuelle  : le cloisonnement rampant de notre société angoissée est un danger qu’il faut combattre. Il ne s’agit pas de renoncer à sa propre identité, mais de construire ensemble la collectivité de demain.

François-Xavier Bellamy note que la crise de la politique est d’abord une crise de notre société de plus en plus individualiste. Il compare notre société à un bateau qu’il serait tentant de gouverner sous la loi de l’intérêt général (qui n’est autre que la satisfaction des intérêts particuliers de chacun.) Il nous propose plutôt de privilégier ‘le bien commun’ qui sacrifie notre petit intérêt personnel au profit du bien de tous. Or, ce ‘bien commun’ est menacé aujourd’hui.  C’est à partir de ce bien commun qu’il est possible de construire un ‘vivre ensemble’ avec des règles librement consenties pas tous. Ce respect des règles conduit à l’éthique. Le politique devient alors éthique ! Pour l’adjoint à la mairie de Versailles, qui est aussi professeur de philosophie, être un ‘élu’, c’est servir une histoire qui nous précède et qui nous suivra : un schéma qui dépasse allègrement les contraintes des calendriers électoraux !

 

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NLH #Tribunes et entretiens

Entretien avec Cyril Brun – Je crains que l’élection de François Fillon ne nous rendorme

Cyril Brun, rédacteur en chef d’InfoCatho est interrogé par Franck Abed sur l’année politique 2016 et sur ce qu’il perçoit pour 2017.

Franck ABED : Bonjour. Quel fut l’événement le plus marquant de l’année 2016 pour la France ?

Cyril BRUN : Très honnêtement, je ne vois guère d’événement marquant pour la France que j’ai trouvée plutôt subissant les événements. Il y a bien entendu un tas de petits moments annexes (en tout cas pour la France) qui ont pu être des révélateurs, comme nous être laissés endormir par le rapport In velt, les retournements français au Proche-Orient, les simulacres de condamnation de la France par la CEDH ou autres cours. Mais globalement rien de très saillant en soi. Par contre, une succession de non faits peuvent être plus significatifs. L’éviction simultanée de Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et François Hollande ; l’élection anti-médiatique de Donald Trump ; le Brexit  ; le refroidissement des relations avec la Russie. Autant de petites touches qui ressemblent à un mur qui s’écaille. Je dis bien s’écaille car je ne vois pas que, pour l’heure, ce soit bien plus. Et la « victoire » de François Fillon me semble un beau trompe l’œil, bien qu’il ne soit pas dit qu’on ne puisse en faire quelque chose. Je suis plus pantois devant des non-événements comme les manifestations anti-terroristes de janvier dernier, l’assassinat du Père Hamel ou les grèves du printemps qui ont tous été de vagues soufflés sans aucune suite, malgré leur violence.

Franck ABED : Le peuple américain s’est donné un nouveau président en la personne de Donal Trump. Que vous inspire cette élection ? Est-ce que cela peut influencer le cours des choses en vue de la présidentielle de 2017 ?

Cyril BRUN : Je n’ai pas étudié dans le détail le programme du candidat Trump et je ne suis pas un spécialiste des Etats-Unis. Je n’ai donc pas vraiment d’avis sur l’homme et sa politique, sauf en ce qui touche aux questions éthiques que l’on appelle de façon pudique sociétales. Cela étant, je constate qu’un candidat honnis par tout le système est parvenu à se hisser par le système lui-même (la Primaire c’est le système) et contre sa volonté, au plus haut niveau du même système. Il a pris à revers les médias, les politiques et les lobbies, trois chapes de plomb qui recouvrent tout et empêchent quiconque n’est pas du sérail d’émerger. C’est donc possible en soi. Mais est-ce possible en France, pays à la mentalité très différente ? Sans doute, mais probablement pas selon les mêmes chemins. Le fait est que si nous voulons sortir du marasme et des couperets liberticides du système, il nous faut cesser de vouloir jouer avec les codes dudit système. Les médias sont contre nous. Les politiques sont contre nous. Les lobbies ont d’autres intérêts que les nôtres et nous n’avons pas, en France, les finances des groupes pro-vie américains.

Les Français ne veulent pas d’un Trump, mais d’un effet Trump. Le vote Fillon est assez révélateur du profil type qu’attendent les Français et que les deux derniers présidents n’ont pas voulu incarner. La difficulté pour nous c’est d’avoir un mouvement non conformiste qui porte un conformiste. C’est-à-dire d’avoir un mouvement radicalement neuf et capable de briser les normes actuelles, mais portant un homme et des idées rassurantes. Le Français n’est pas révolutionnaire, quoi qu’on en dise, il est au contraire un bon terrien, comme Jacques Chirac, comme François Fillon. La figure présidentielle que recherchent les Français est globalement monarchique. Même le député est vu comme monarchique, jusque dans sa possible élection à vie.

Il est donc possible de changer les choses en court-circuitant la presse et les politiques. C’est à mon avis le message principal de l’effet Trump, mais je ne suis pas certain que cela ait bien été cerné. Presse, sondeurs et politiques ont pâli de voir que leur propagande n’avait eu aucun effet. Plus grave, ils n’ont pas vu qu’elle n’avait aucun effet. Ils sentent que la propagande leur échappe, mais ne savent pas faire autrement.

Pour ce qui est d’influencer les choses en France, c’est déjà le cas. Les choses eussent été fort différentes si Hilary Clinton avait gagné. Alain Juppé aurait bénéficié de l’effet système et surtout les financeurs et leviers américains n’auraient pas joué dans le même sens. Fillon est un ami de la City ne l’oublions pas. Pour le reste, tout dépend du poids que prendra le comité France Trump après la prise de fonction du président. Ceci étant, je crois que l’effet sur les esprits est déjà retombé. En revanche que Trump ne soit qu’un élément d’une dynamique plus vaste que la France pourrait rejoindre pourquoi pas, mais je crains que l’effet Fillon ne stérilise la bonne France.

Franck ABED : Les primaires de la droite et du centre ont démontré l’incapacité des catholiques à peser sur le jeu démocratique, à s’organiser et à être efficaces. En choisissant le candidat Poisson qui n’avait aucune chance de gagner, tout le monde a pu constater que le vote catholique ne représentait rien ou pas grand chose. Comprenez-vous cette faculté chronique des catholiques à faire les mauvais choix ?

Cyril BRUN : Je ne serai pas aussi lapidaire que cela. Que les catholiques ne soient pas capables de s’organiser est un fait désespérant. Mais ils reviennent de loin. Pour moi, les catholiques, absents du jeu politique depuis 40 ans, en sont restés au bon temps du Général de Gaulle ou de la IVème république. Ce sont de bons notables honnêtes qui ne comprennent pas, n’imaginent pas même, les soubassements tordus du jeu politique d’aujourd’hui. Un jeu qui se décide à Paris, qui ne donne aucune marge au local et qui de toute façon échappe aux politiques eux-mêmes. L’exemple de Sens Commun est assez emblématique. Ils nous ont fait reculer de trente ans. Ils n’ont rien demandé, rien négocié et ne prétendent à rien. Telles sont les déclarations de ses cadres. Une bien drôle de façon de faire de la politique.

La question qui s’est longtemps posée aux catholiques était de savoir s’ils devaient faire de l’entrisme ou du prophétisme. Aujourd’hui les choses sont plus complexes que cela. Il faut les deux et les deux ensemble. Le sens est porteur à présent, parce qu’il est ce qu’il y a de plus tranchant. Rien ne différenciait vraiment Jupé et Fillon. Ils ont dû trouver un mouton à tondre avec les catholiques pour se départager. Vaste illusion qui a donné aux catholiques l’impression d’être revenus dans le jeu. Cependant, si tout le monde s’est engouffré dans la brèche, médias compris, c’est que les derniers feux du système voudraient bien en finir avec les derniers verrous. Ce qui est aujourd’hui clivant, c’est la vision de l’Homme. Or les catholiques ergotent, se cachent ou négocient la vérité anthropologique. A ce jeu-là on gagne du temps, mais pas la victoire.

Pour s’engager en politique, il faut une vision qui irrigue le sens. Les moyens viennent ensuite en appui et sont modulables. Nous n’avons pas de vision politique parce que la plupart des catholiques ne connaissent pas les ressorts de celle-ci. C’est toute une éducation politique qu’il faudrait entreprendre.

Pour ce qui est de Jean-Frédéric Poisson, la question ne se pose à mon avis pas en ces termes. De toute façon, après lui, le plus proche était Fillon. Tous les autres étaient très éloignés des fondamentaux que les catholiques défendent. Fillon n’en est guère plus proche, mais il arrivait derrière. De deux choses l’une, ou Fillon avait besoin du vote catholique pour l’emporter et, dans ce cas, cela veut dire qu’il avait besoin de 20 points qui serait alors le poids de Jean-Frédéric Poisson, ou il n’en avait pas besoin et la réalité du vote catholique se limite à une poignée de pourcents. Sens Commun affirme être l’artisan de la victoire et les médias se plaisent à le dire. Il serait du reste intéressant de voir pourquoi les médias relaient une information qui va plutôt dans le mauvais sens pour eux.

La vérité est qu’il est difficile de savoir ce qu’a vraiment représenté le vote catholique (malgré les nombreuses études qui ont suivi) et le fait que certains se soient portés tout de suite sur François Fillon retire tout poids à ce vote qui d’utile est devenu non seulement inutile, mais contreproductif. Ce qui est certain c’est que la candidature de Jean-Frédéric Poisson n’est pas passée inaperçue et qu’à elle seule elle a pesé sur la campagne de François Fillon. Preuve, mais ce n’est pas la première fois, que le vote catholique intéresse ou pour le moins inquiète. Depuis la jurisprudence Jospin qui lui a valu de perdre à moins de 200 000 voix, les politiques font feu de tout bois. Or le vote catholique est un potentiel bien plus lourd.

Mais ce vote est éclaté. Si nous excluons les cathos dits de gauche, les catholiques sont éclatés entre un certain FN, les Républicains, le PCD et les divers centres. Auxquels il faut ajouter les antis systèmes et les monarchistes. Comme La Manif était bigarrée, l’électorat catholique est un véritable patchwork. Ce qui à mon sens pose de véritables questions quant à la formation théologique des fidèles. Les options peuvent varier quant aux moyens mais avoir des écarts sur le fond montre le problème majeur des catholiques : leur formation spirituelle et dogmatique. On a beau dire, c’est bien là le problème politique des catholiques : la faiblesse des fondements de leur foi.

Franck ABED : Différents acteurs et observateurs de la vie politique française estiment que le Front National a de grandes chances de se retrouver au deuxième tour de l’élection présidentielle en 2017. Pensez-vous que cette analyse soit juste ? En admettant que oui, est-il possible que Marine Le Pen devienne le futur Président de la République ?

Cyril BRUN : Une élection se joue dans les 15 jours qui précèdent. Les Primaires nous l’ont encore rappelé. Tout peut arriver dont, ce qui me semble le plus probable, un éclatement du FN entre ses deux tendances. Marine ne peut se passer de la branche historique que représente sa nièce, mais construit sur la politique hors sol de Phillipot. C’est une bizarrerie politique assez parisiano-centrée. Pour cette raison, je doute que Marine Le Pen passe le dernier tour et je suis même perplexe sur le premier tour. Son assise n’est pas stable. Elle l’est d’autant moins que nous assistons au début d’un pugilat entre les deux courants. Pugilat que Marine Le Pen ne parvient pas à endiguer. En outre vous aurez remarqué que Phillipot est très en retrait de la campagne de Marine Le Pen, y compris dans l’organigramme de campagne. Je suis de ceux qui pensent qu’il prépare la chute de la fille, tout en ruinant la nièce pour être calife à la place du calife. Vu de loin, j’ai plutôt l’impression d’un sabordage du FN.

Franck ABED : François Fillon sera candidat pour Les Républicains à l’élection présidentielle de 2017. Est-ce une bonne ou une mauvaise chose concernant la défense de la loi naturelle à laquelle les catholiques français sont attachés ?

Cyril BRUN : François Fillon a clairement pris position, même s’il le cache, contre nombre de nos convictions. Un Poisson fort ou un Sens Commun actif auraient pu peut-être tenir les choses, mais là je ne suis pas convaincu. Mais tout peut se jouer dans la réécriture de la carte des investitures. Ici, une certaine organisation catholique devrait pouvoir se mettre en mouvement. Mais encore une fois, nous manquons tellement d’esprit politique. Notre aire de jeu, c’est le local. Les législatives devraient être un endroit clef. Mais nous avons tellement déserté que notre légitimité locale elle-même est à reconstruire.

Peut-être éviterons-nous de nouvelles avancées destructrices, mais sans moyens de pression sur l’équipe Fillon nous ne pèserons rien. Or l’éviction de JF Poisson nous a coupé au moins une main.

Franck ABED : Selon vous est-ce que la majorité des catholiques votera pour les Républicains ou pour le Front National lors de l’élection présidentielle de 2017 ?

Cyril BRUN : Les catholiques sont majoritairement légalistes. Au moins les générations au-delà de la trentaine. Fillon est le portrait type du légaliste, un rien légitimiste. Je crains même que l’élection de François Fillon ne nous assoupisse. Si en outre Marine Le Pen continue de brimer sa nièce, Fillon pourrait bien siphonner l’aile centriste du FN. Je n’ose dire l’aile gauche, car cette aile est plus proche de Macron que de Fillon.

Franck ABED : Ces dernières années, les sujets politiques ont souvent été les mêmes : immigration, terrorisme, islam, Union Européenne, insécurité, chômage. Plus personne n’évoque la Francophonie. Comment l’expliquez-vous ?

Cyril BRUN : Les médias sont mondialistes, les politiques de droite européistes. Qui plus est, les programmes présidentiels sont des programmes de premiers ministres. Il n’est plus question de la France, mais du quotidien des habitants de cette zone géographique en forme d’hexagone. Francophonie signifie une certaine idée de la France, un amour de celle-ci et une fierté. Nicolas Sarkozy rêvait d’une France à l’américaine, quant à François Hollande….

Parler de francophonie suppose de retrouver une authenticité de la France, assumer son héritage avec fierté et amour. Aujourd’hui, l’internationalisme voit dans la francophonie un obstacle.

Propos recueillis le 29 décembre 2016

 

Afrique non francophone #NLH #NLQ

Les manifestations et actions de masse doivent céder la place au dialogue conjurent les évêques Kenyans

« Donnez une chance au dialogue » demandent les Evêques du Kenya dans le cadre d’une déclaration au lendemain de la promulgation, part du Président kenyan, Uhuru Kenyatta, de l’amendement contesté à la loi électorale. La mesure, votée le 22 décembre par le Parlement, prévoit que la Commission électorale pourra compter manuellement les bulletins de vote dans le cadre des élections générales d’août prochain en cas de pannes au système de votation électronique. Les oppositions et des secteurs de la société civile ont fortement critiqué l’adoption de la mesure en question.

« Nous désirons lancer un appel passionné à la modération afin de donner une chance au dialogue afin de parvenir à une solution consensuelle et harmonieuse qui inclut les différentes visions de tous les kenyans » affirme la déclaration de l’épiscopat.

 

Les évêques demandent à toutes les parties en cause de faire tous les efforts possibles pour faire en sorte que les élections générales de cette année soient pacifiques et crédibles.

« Nous croyons sincèrement que les manifestations et les actions de masse doivent céder la place au dialogue. Même si la Constitution garantit le droit de manifester, nous savons que, durant ces contestations de masse, des vies perdues, des personnes sont blessées et des propriétés détruites » conclut le document.

Source Agence Fides