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Entretien avec Cyril Brun – Je crains que l’élection de François Fillon ne nous rendorme

Cyril Brun, rédacteur en chef d’InfoCatho est interrogé par Franck Abed sur l’année politique 2016 et sur ce qu’il perçoit pour 2017.

Franck ABED : Bonjour. Quel fut l’événement le plus marquant de l’année 2016 pour la France ?

Cyril BRUN : Très honnêtement, je ne vois guère d’événement marquant pour la France que j’ai trouvée plutôt subissant les événements. Il y a bien entendu un tas de petits moments annexes (en tout cas pour la France) qui ont pu être des révélateurs, comme nous être laissés endormir par le rapport In velt, les retournements français au Proche-Orient, les simulacres de condamnation de la France par la CEDH ou autres cours. Mais globalement rien de très saillant en soi. Par contre, une succession de non faits peuvent être plus significatifs. L’éviction simultanée de Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et François Hollande ; l’élection anti-médiatique de Donald Trump ; le Brexit  ; le refroidissement des relations avec la Russie. Autant de petites touches qui ressemblent à un mur qui s’écaille. Je dis bien s’écaille car je ne vois pas que, pour l’heure, ce soit bien plus. Et la « victoire » de François Fillon me semble un beau trompe l’œil, bien qu’il ne soit pas dit qu’on ne puisse en faire quelque chose. Je suis plus pantois devant des non-événements comme les manifestations anti-terroristes de janvier dernier, l’assassinat du Père Hamel ou les grèves du printemps qui ont tous été de vagues soufflés sans aucune suite, malgré leur violence.

Franck ABED : Le peuple américain s’est donné un nouveau président en la personne de Donal Trump. Que vous inspire cette élection ? Est-ce que cela peut influencer le cours des choses en vue de la présidentielle de 2017 ?

Cyril BRUN : Je n’ai pas étudié dans le détail le programme du candidat Trump et je ne suis pas un spécialiste des Etats-Unis. Je n’ai donc pas vraiment d’avis sur l’homme et sa politique, sauf en ce qui touche aux questions éthiques que l’on appelle de façon pudique sociétales. Cela étant, je constate qu’un candidat honnis par tout le système est parvenu à se hisser par le système lui-même (la Primaire c’est le système) et contre sa volonté, au plus haut niveau du même système. Il a pris à revers les médias, les politiques et les lobbies, trois chapes de plomb qui recouvrent tout et empêchent quiconque n’est pas du sérail d’émerger. C’est donc possible en soi. Mais est-ce possible en France, pays à la mentalité très différente ? Sans doute, mais probablement pas selon les mêmes chemins. Le fait est que si nous voulons sortir du marasme et des couperets liberticides du système, il nous faut cesser de vouloir jouer avec les codes dudit système. Les médias sont contre nous. Les politiques sont contre nous. Les lobbies ont d’autres intérêts que les nôtres et nous n’avons pas, en France, les finances des groupes pro-vie américains.

Les Français ne veulent pas d’un Trump, mais d’un effet Trump. Le vote Fillon est assez révélateur du profil type qu’attendent les Français et que les deux derniers présidents n’ont pas voulu incarner. La difficulté pour nous c’est d’avoir un mouvement non conformiste qui porte un conformiste. C’est-à-dire d’avoir un mouvement radicalement neuf et capable de briser les normes actuelles, mais portant un homme et des idées rassurantes. Le Français n’est pas révolutionnaire, quoi qu’on en dise, il est au contraire un bon terrien, comme Jacques Chirac, comme François Fillon. La figure présidentielle que recherchent les Français est globalement monarchique. Même le député est vu comme monarchique, jusque dans sa possible élection à vie.

Il est donc possible de changer les choses en court-circuitant la presse et les politiques. C’est à mon avis le message principal de l’effet Trump, mais je ne suis pas certain que cela ait bien été cerné. Presse, sondeurs et politiques ont pâli de voir que leur propagande n’avait eu aucun effet. Plus grave, ils n’ont pas vu qu’elle n’avait aucun effet. Ils sentent que la propagande leur échappe, mais ne savent pas faire autrement.

Pour ce qui est d’influencer les choses en France, c’est déjà le cas. Les choses eussent été fort différentes si Hilary Clinton avait gagné. Alain Juppé aurait bénéficié de l’effet système et surtout les financeurs et leviers américains n’auraient pas joué dans le même sens. Fillon est un ami de la City ne l’oublions pas. Pour le reste, tout dépend du poids que prendra le comité France Trump après la prise de fonction du président. Ceci étant, je crois que l’effet sur les esprits est déjà retombé. En revanche que Trump ne soit qu’un élément d’une dynamique plus vaste que la France pourrait rejoindre pourquoi pas, mais je crains que l’effet Fillon ne stérilise la bonne France.

Franck ABED : Les primaires de la droite et du centre ont démontré l’incapacité des catholiques à peser sur le jeu démocratique, à s’organiser et à être efficaces. En choisissant le candidat Poisson qui n’avait aucune chance de gagner, tout le monde a pu constater que le vote catholique ne représentait rien ou pas grand chose. Comprenez-vous cette faculté chronique des catholiques à faire les mauvais choix ?

Cyril BRUN : Je ne serai pas aussi lapidaire que cela. Que les catholiques ne soient pas capables de s’organiser est un fait désespérant. Mais ils reviennent de loin. Pour moi, les catholiques, absents du jeu politique depuis 40 ans, en sont restés au bon temps du Général de Gaulle ou de la IVème république. Ce sont de bons notables honnêtes qui ne comprennent pas, n’imaginent pas même, les soubassements tordus du jeu politique d’aujourd’hui. Un jeu qui se décide à Paris, qui ne donne aucune marge au local et qui de toute façon échappe aux politiques eux-mêmes. L’exemple de Sens Commun est assez emblématique. Ils nous ont fait reculer de trente ans. Ils n’ont rien demandé, rien négocié et ne prétendent à rien. Telles sont les déclarations de ses cadres. Une bien drôle de façon de faire de la politique.

La question qui s’est longtemps posée aux catholiques était de savoir s’ils devaient faire de l’entrisme ou du prophétisme. Aujourd’hui les choses sont plus complexes que cela. Il faut les deux et les deux ensemble. Le sens est porteur à présent, parce qu’il est ce qu’il y a de plus tranchant. Rien ne différenciait vraiment Jupé et Fillon. Ils ont dû trouver un mouton à tondre avec les catholiques pour se départager. Vaste illusion qui a donné aux catholiques l’impression d’être revenus dans le jeu. Cependant, si tout le monde s’est engouffré dans la brèche, médias compris, c’est que les derniers feux du système voudraient bien en finir avec les derniers verrous. Ce qui est aujourd’hui clivant, c’est la vision de l’Homme. Or les catholiques ergotent, se cachent ou négocient la vérité anthropologique. A ce jeu-là on gagne du temps, mais pas la victoire.

Pour s’engager en politique, il faut une vision qui irrigue le sens. Les moyens viennent ensuite en appui et sont modulables. Nous n’avons pas de vision politique parce que la plupart des catholiques ne connaissent pas les ressorts de celle-ci. C’est toute une éducation politique qu’il faudrait entreprendre.

Pour ce qui est de Jean-Frédéric Poisson, la question ne se pose à mon avis pas en ces termes. De toute façon, après lui, le plus proche était Fillon. Tous les autres étaient très éloignés des fondamentaux que les catholiques défendent. Fillon n’en est guère plus proche, mais il arrivait derrière. De deux choses l’une, ou Fillon avait besoin du vote catholique pour l’emporter et, dans ce cas, cela veut dire qu’il avait besoin de 20 points qui serait alors le poids de Jean-Frédéric Poisson, ou il n’en avait pas besoin et la réalité du vote catholique se limite à une poignée de pourcents. Sens Commun affirme être l’artisan de la victoire et les médias se plaisent à le dire. Il serait du reste intéressant de voir pourquoi les médias relaient une information qui va plutôt dans le mauvais sens pour eux.

La vérité est qu’il est difficile de savoir ce qu’a vraiment représenté le vote catholique (malgré les nombreuses études qui ont suivi) et le fait que certains se soient portés tout de suite sur François Fillon retire tout poids à ce vote qui d’utile est devenu non seulement inutile, mais contreproductif. Ce qui est certain c’est que la candidature de Jean-Frédéric Poisson n’est pas passée inaperçue et qu’à elle seule elle a pesé sur la campagne de François Fillon. Preuve, mais ce n’est pas la première fois, que le vote catholique intéresse ou pour le moins inquiète. Depuis la jurisprudence Jospin qui lui a valu de perdre à moins de 200 000 voix, les politiques font feu de tout bois. Or le vote catholique est un potentiel bien plus lourd.

Mais ce vote est éclaté. Si nous excluons les cathos dits de gauche, les catholiques sont éclatés entre un certain FN, les Républicains, le PCD et les divers centres. Auxquels il faut ajouter les antis systèmes et les monarchistes. Comme La Manif était bigarrée, l’électorat catholique est un véritable patchwork. Ce qui à mon sens pose de véritables questions quant à la formation théologique des fidèles. Les options peuvent varier quant aux moyens mais avoir des écarts sur le fond montre le problème majeur des catholiques : leur formation spirituelle et dogmatique. On a beau dire, c’est bien là le problème politique des catholiques : la faiblesse des fondements de leur foi.

Franck ABED : Différents acteurs et observateurs de la vie politique française estiment que le Front National a de grandes chances de se retrouver au deuxième tour de l’élection présidentielle en 2017. Pensez-vous que cette analyse soit juste ? En admettant que oui, est-il possible que Marine Le Pen devienne le futur Président de la République ?

Cyril BRUN : Une élection se joue dans les 15 jours qui précèdent. Les Primaires nous l’ont encore rappelé. Tout peut arriver dont, ce qui me semble le plus probable, un éclatement du FN entre ses deux tendances. Marine ne peut se passer de la branche historique que représente sa nièce, mais construit sur la politique hors sol de Phillipot. C’est une bizarrerie politique assez parisiano-centrée. Pour cette raison, je doute que Marine Le Pen passe le dernier tour et je suis même perplexe sur le premier tour. Son assise n’est pas stable. Elle l’est d’autant moins que nous assistons au début d’un pugilat entre les deux courants. Pugilat que Marine Le Pen ne parvient pas à endiguer. En outre vous aurez remarqué que Phillipot est très en retrait de la campagne de Marine Le Pen, y compris dans l’organigramme de campagne. Je suis de ceux qui pensent qu’il prépare la chute de la fille, tout en ruinant la nièce pour être calife à la place du calife. Vu de loin, j’ai plutôt l’impression d’un sabordage du FN.

Franck ABED : François Fillon sera candidat pour Les Républicains à l’élection présidentielle de 2017. Est-ce une bonne ou une mauvaise chose concernant la défense de la loi naturelle à laquelle les catholiques français sont attachés ?

Cyril BRUN : François Fillon a clairement pris position, même s’il le cache, contre nombre de nos convictions. Un Poisson fort ou un Sens Commun actif auraient pu peut-être tenir les choses, mais là je ne suis pas convaincu. Mais tout peut se jouer dans la réécriture de la carte des investitures. Ici, une certaine organisation catholique devrait pouvoir se mettre en mouvement. Mais encore une fois, nous manquons tellement d’esprit politique. Notre aire de jeu, c’est le local. Les législatives devraient être un endroit clef. Mais nous avons tellement déserté que notre légitimité locale elle-même est à reconstruire.

Peut-être éviterons-nous de nouvelles avancées destructrices, mais sans moyens de pression sur l’équipe Fillon nous ne pèserons rien. Or l’éviction de JF Poisson nous a coupé au moins une main.

Franck ABED : Selon vous est-ce que la majorité des catholiques votera pour les Républicains ou pour le Front National lors de l’élection présidentielle de 2017 ?

Cyril BRUN : Les catholiques sont majoritairement légalistes. Au moins les générations au-delà de la trentaine. Fillon est le portrait type du légaliste, un rien légitimiste. Je crains même que l’élection de François Fillon ne nous assoupisse. Si en outre Marine Le Pen continue de brimer sa nièce, Fillon pourrait bien siphonner l’aile centriste du FN. Je n’ose dire l’aile gauche, car cette aile est plus proche de Macron que de Fillon.

Franck ABED : Ces dernières années, les sujets politiques ont souvent été les mêmes : immigration, terrorisme, islam, Union Européenne, insécurité, chômage. Plus personne n’évoque la Francophonie. Comment l’expliquez-vous ?

Cyril BRUN : Les médias sont mondialistes, les politiques de droite européistes. Qui plus est, les programmes présidentiels sont des programmes de premiers ministres. Il n’est plus question de la France, mais du quotidien des habitants de cette zone géographique en forme d’hexagone. Francophonie signifie une certaine idée de la France, un amour de celle-ci et une fierté. Nicolas Sarkozy rêvait d’une France à l’américaine, quant à François Hollande….

Parler de francophonie suppose de retrouver une authenticité de la France, assumer son héritage avec fierté et amour. Aujourd’hui, l’internationalisme voit dans la francophonie un obstacle.

Propos recueillis le 29 décembre 2016

 

Afrique non francophone #NLH #NLQ

Les manifestations et actions de masse doivent céder la place au dialogue conjurent les évêques Kenyans

« Donnez une chance au dialogue » demandent les Evêques du Kenya dans le cadre d’une déclaration au lendemain de la promulgation, part du Président kenyan, Uhuru Kenyatta, de l’amendement contesté à la loi électorale. La mesure, votée le 22 décembre par le Parlement, prévoit que la Commission électorale pourra compter manuellement les bulletins de vote dans le cadre des élections générales d’août prochain en cas de pannes au système de votation électronique. Les oppositions et des secteurs de la société civile ont fortement critiqué l’adoption de la mesure en question.

« Nous désirons lancer un appel passionné à la modération afin de donner une chance au dialogue afin de parvenir à une solution consensuelle et harmonieuse qui inclut les différentes visions de tous les kenyans » affirme la déclaration de l’épiscopat.

 

Les évêques demandent à toutes les parties en cause de faire tous les efforts possibles pour faire en sorte que les élections générales de cette année soient pacifiques et crédibles.

« Nous croyons sincèrement que les manifestations et les actions de masse doivent céder la place au dialogue. Même si la Constitution garantit le droit de manifester, nous savons que, durant ces contestations de masse, des vies perdues, des personnes sont blessées et des propriétés détruites » conclut le document.

Source Agence Fides

Asie

Inde – Les candidats interdits de tout recours aux arguments fondés sur la religion et la caste

La Cour suprême interdit le recours à tout argument fondé sur la religion et la caste dans le processus électoral

Le 2 janvier dernier, la Cour suprême de l’Inde a statué qu’il était désormais interdit à tout candidat à un office électif de recourir, durant le temps de la campagne électorale, à des arguments fondés sur la religion, la caste, ainsi que l’appartenance communautaire ou linguistique. Les sept juges, qui se sont prononcés à quatre contre trois sur le sujet, ont estimé que la défense du caractère laïque de la Constitution indienne était à ce prix, et qu’un candidat qui viendrait à user de tels arguments pour se faire élire pourrait voir son élection annulée en justice. Les trois juges qui se sont opposés à cette décision l’ont fait en estimant qu’une telle mesure allait contre la liberté d’expression, une liberté inscrite dans la Constitution, et qu’en matière électorale, le juge n’avait pas à se substituer au législateur.

Selon les attendus du jugement, « la relation qui existe entre l’homme et Dieu ainsi que les moyens que les êtres humains adoptent pour se connecter au tout-puissant sont des affaires qui ressortent des choix et des préférences de chaque individu ». Ceci étant dit, « l’Etat est dans l’obligation de permettre la pratique et la propagation de la foi religieuse des citoyens, mais il peut interdire l’interférence des religions et des croyances religieuses dans les activités séculières telles que les élections ». « Mêler la religion avec le pouvoir de l’Etat n’est pas permis, écrivent les juges. L’Etat étant de nature laïque, il ne peut être identifié avec aucune religion ou dénomination religieuse. »

Le jugement de la Cour suprême fait les gros titres de la presse indienne tant l’affaire est sensible dans un pays où, si l’héritage des pères fondateurs de l’Inde indépendante est indéniablement laïque, la vie politique est largement teintée par les questions liées à l’appartenance religieuse, de caste ou linguistique des citoyens indiens. On ne compte plus les partis politiques qui sont organisés sur des lignes communautaristes, que ce soient les partis qui promettent aux dalits et aux basses castes de se saisir du pouvoir pour réparer des siècles d’injustices, ceux qui défendent l’usage de telle ou telle langue locale, ou bien encore les manœuvres de la droite nationaliste hindou pour mobiliser l’électorat hindou (80 % de la population) en stigmatisant la minorité musulmane du pays (14,2 % de la population).

Source : Eglises d’Asie

 

Tribunes et entretiens

Courrier d’un lecteur : Doit-on prier pour le peuple en démocratie ?

Doit-on prier pour le peuple en démocratie ?

 Dimanche, lors de la messe de la fête du Christ Roi, qui tombait le jour de l’élection primaire de la droite et du centre, l’équipe d’animation liturgique avait prévu, parmi les intentions de prières universelles, une prière pour que les dirigeants du monde œuvrent au bien commun. Étant au micro, une fois les prières inscrites terminées, je prends la parole pour dire : « En ce jour de Christ Roi et d’élection primaire, pour que les électeurs choisissent un candidat qui cherche le bien commun et œuvre à l’avènement de ton royaume, Seigneur nous te prions ». Alors que je parlais, le prêtre s’est tourné vers moi, l’œil désapprobateur, et, visiblement, certains dans l’assistance n’ont pas apprécié… Un voisin est même venu me parler depuis, car l’évènement lui avait été relaté.

N’est-il pourtant pas hypocrite de prier pour que les dirigeants soient sensibles au bien commun, lorsque l’on ne choisit pas, à la base, les candidats qui y sont sensibles ? Si nous sommes en démocratie – où le peuple dirige – ne devrait-on pas naturellement prier pour que le peuple fasse un vote éclairé ?

On parle de séparation entre le temporel et le spirituel. Certains auraient-ils oublié que l’ancien rite se terminait avec une prière pour la France, dont le texte a été après le concordat : « Domine salvum fac republicam  », id est « Dieu sauve la république » ? Si l’on a pu durant une messe prier pour la république, comment peut-on juger inapproprié de prier pour les électeurs un jour d’élection ? Le refus d’agir en chrétien, la « laïcité » dans le sens du refus des droits de Dieu sur la société,  ne sont-ils pas des péchés ? Le vote n’est-il pas censé être une adhésion à un programme, et peut-il donc se révéler potentiellement une adhésion à des valeurs incompatibles avec celle de l’Eglise ? On rappellera aussi qu’il est péché de refuser d’admettre des vérités révélées par Dieu, et enseignées comme telles par l’Eglise.

Au final, ce refus de certain clercs ordonnés d’encourager des positions chrétiennes dans le monde politique ne serait-il pas un péché ? Pourtant, l’Eglise reste dans cette neutralité politique, même lorsqu’un seul candidat est compatible avec les enseignements catholiques, face à une meute de personnes pour lesquelles un vote n’est pas possible sans remettre en cause la doctrine chrétienne. Pour en avoir discuté avec un prêtre une fois, sa réponse fut que si l’Eglise lançait un appel au vote, des représailles seraient à craindre, telles que la fermeture d’églises. Désespérer du Salut, voici un péché contre l’Espérance.

 

Je maintiens donc ma nécessité de prier pour les électeurs : « Domine salvum fac electora  », tout autant que l’on prie pour les dirigeants. Sans oublier de prier pour l’Eglise et les prêtres, qui eux aussi en ont bien besoin.

B.L.

A la une #Doctrine / Formation #Morale #NLH #NLQ

Engagement et comportement des catholiques dans la vie politique – La laïcité n’est pas indépendance de la morale

 

Extraits de la note doctrinale de la congrégation de la foi du 24 novembre 2002

L’institut éthique et politique Montalembert souhaite proposer chaque mois une réflexion sur un texte de la doctrine sociale de l’Eglise. Le premier texte est extrait d’une note de la congrégation de la foi préparée par le cardinal Ratzinger en 2002. Il porte sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique.

Ce texte est proposé alors que la conférence des évêques de France publie une réflexion importante sur l’engagement chrétien en politique, mais aussi à l’occasion du 1700e anniversaire de la naissance de saint Martin de Tours. Premier patron choisi par les Francs, fêté le 11 novembre, Martin est aussi le fondateur du premier monastère occidental et l’inventeur de la paroisse rurale.

Les extraits proposés à la réflexion pour ce mois de novembre traitent plus particulièrement de la conception de la laïcité promue par l’Eglise.

Le geste célèbre de Martin consistant à donner la moitié de son manteau d’officier de l’armée impériale à un pauvre grelottant est un exemple simple mais très clair de l’articulation entre l’affirmation de la foi chrétienne et les obligations du monde correspondant à cette conception de la laïcité :

          les obligations du monde sont autonomes par rapport à l’église : Martin ne donne que la moitié de son manteau d’officier car l’autre moitié appartient à César. Martin ne prétend pas remplacer la loi de César par la loi du Christ ;

          l’action du chrétien dans le monde se doit d’aller bien au-delà de ses obligations : le geste de Martin indique que la solidarité du cœur fondée dans la foi ne se limite pas à l’observation des lois du monde mais a vocation à transformer le monde lui-même.

 

 

« Les chrétiens, affirmait un écrivain ecclésiastique des premiers siècles dans la Lettre à Diognète, « participent à la vie publique comme citoyens ».

Les sociétés démocratiques actuelles réclament des formes plus larges et nouvelles de participation à la vie publique des citoyens, qu’ils soient chrétiens ou non. Dans un système politique démocratique, la vie ne pourrait se dérouler de manière profitable sans un engagement actif, responsable et généreux de tous. Cela implique une « grande diversité et complémentarité de formes, de niveaux, de tâches et de responsabilités » (Jean Paul II, exhortation Christifideles laici, 30 décembre 1988).

En accomplissant leurs devoirs civils normaux, « guidés par leur conscience chrétienne », les chrétiens réalisent la tâche qui leur est propre d’animer chrétiennement l’ordre temporel tout en respectant sa nature et sa légitime autonomie, et en coopérant avec les autres citoyens, selon leur compétence spécifique et sous leur responsabilité comme le recommande en plusieurs passages l’encyclique Gaudium et spes adoptée par le concile de Vatican II.

Ces derniers temps, souvent par suite du cours rapide des événements, sont apparues des orientations ambiguës et des positions contestables, qui rendent utile la clarification de dimensions et d’aspects importants de l’engagement politique. […]

S’il est permis d’admettre une pluralité de méthodologies qui reflètent des sensibilités et des cultures différentes, aucun fidèle chrétien ne peut cependant en appeler au principe du pluralisme et de l’autonomie des laïcs en politique pour favoriser des solutions qui compromettent ou qui atténuent la sauvegarde des exigences éthiques fondamentales pour le bien commun de la société.

En soi, il ne s’agit pas de « valeurs confessionnelles » car de telles exigences éthiques sont enracinées dans l’être humain et appartiennent à la loi morale naturelle. Elles n’exigent pas de ceux qui les défendent la profession de la foi chrétienne même si la doctrine de l’Eglise les confirme et les protège toujours et partout comme un service désintéressé de la vérité sur l’homme et sur le bien commun de la société civile.

D’autre part, on ne peut nier que la politique doit aussi se référer à des principes qui possèdent une valeur absolue précisément parce qu’ils sont au service de la dignité de la personne et du vrai progrès humain. La promotion en conscience du bien commun de la société politique n’a rien à voir avec le « confessionnalisme » ou l’intolérance religieuse.

Pour la doctrine morale catholique, la laïcité, comprise comme autonomie de la sphère civile et politique par rapport à la sphère religieuse et ecclésiastique, mais pas par rapport à la sphère morale, est une valeur acquise et reconnue par l’Eglise, et elle appartient au patrimoine de civilisation déjà atteint. Jean Paul II a maintes fois mis en garde contre les périls qu’entraîne toute confusion entre la sphère politique et la sphère religieuse.

« On arrive à des situations très délicates lorsqu’une norme spécifiquement religieuse devient, ou tend à devenir loi de l’Etat sans que l’on tienne compte comme on le devrait de la distinction entre les compétences de la religion et celles de la société politique. Identifier loi civile et loi religieuse peut effectivement étouffer la liberté religieuse et aller jusqu’à limiter ou nier d’autres droits inaliénables de l’homme » (Message pour la célébration de la journée mondiale de la paix 1991 : « Si tu veux la paix, respecte la conscience de tout homme », 8 décembre 1990).

Tous les fidèles sont bien conscients que les actes spécifiquement religieux (profession de la foi, accomplissement des actes de culte ou des sacrements, doctrine théologique, communication réciproque entre les autorités religieuses et les fidèles, etc.) restent hors de la compétence de l’Etat, qui ne doit pas s’en mêler, et qui ne peut en aucune manière y obliger ou les empêcher, sauf en cas de nécessité fondée sur l’ordre public.

La reconnaissance des droits civils et politiques, ainsi que la mise à disposition des services publics, ne peuvent être conditionnées par des convictions ou des prestations religieuses de la part des citoyens.

Il en va tout autrement du droit et des devoirs des citoyens catholiques, comme de tous les autres citoyens, de rechercher sincèrement la vérité, de promouvoir et de défendre par des moyens licites les vérités morales concernant la vie sociale, la justice, la liberté, le respect de la vie et des autres droits de la personne.

Le fait que certaines de ces vérités soient aussi enseignées par l’Eglise ne réduit en rien la légitimité civile ni la « laïcité » de l’engagement de ceux qui se reconnaissent en elles, indépendamment du rôle que la recherche rationnelle et la certitude provenant de la foi ont joué dans leur reconnaissance par chaque citoyen.

En effet, la « laïcité » désigne en premier lieu l’attitude de qui respecte les vérités procédant de la connaissance naturelle sur l’homme qui vit en société, même si ces vérités sont enseignées aussi par une religion particulière, car la vérité est une. Ce serait une erreur de confondre la juste autonomie que les catholiques doivent avoir en politique, avec la revendication d’un principe qui fait fi de l’enseignement moral et social de l’Eglise.

L’enseignement social de l’Eglise n’est pas une ingérence dans le gouvernement des pays. Il établit assurément un devoir moral de cohérence pour les fidèles laïcs, intérieur à leur conscience qui est unique et une.

« Dans leur existence, il ne peut y avoir deux vies parallèles, d’un côté la vie qu’on nomme « spirituelle » avec ses valeurs et ses exigences, et de l’autre la vie dite « séculière », c’est-à-dire la vie de famille, de travail, de rapports sociaux, d’engagement politique, d’activités culturelles. Le sarment greffé sur la vigne qui est le Christ donne ses fruits en tout secteur de l’activité et de l’existence. Tous les secteurs de la vie laïque, en effet, rentrent dans le dessein de Dieu, qui les veut comme le « lieu historique » de la révélation et de la réalisation de la charité de Jésus Christ à la gloire du Père et au service des autres. Toute activité, toute situation, tout engagement concret, comme par exemple la compétence et la solidarité dans le travail, l’amour et le dévouement dans la famille et dans l’éducation des enfants, le service social et politique, la présentation de la vérité dans le monde de la culture, tout cela est occasion providentielle pour un exercice continuel de la foi, de l’espérance et de la charité. » (Jean Paul II, exhortation Christifideles Laici, 30 décembre 1988)

Vivre et agir en politique conformément à sa conscience ne revient pas à se plier à des positions étrangères à l’engagement politique ou à une forme de confessionnalisme ; mais c’est l’expression par laquelle les chrétiens apportent une contribution cohérente pour que, à travers la politique, s’instaure un ordre social plus juste et conforme à la dignité de la personne humaine.

Dans les sociétés démocratiques, toutes les propositions sont soumises à discussion et évaluées librement. Les personnes qui, au nom du respect de la conscience individuelle, voudraient voir dans le devoir moral qu’ont les chrétiens d’être en harmonie avec leur conscience un élément pour les disqualifier politiquement, leur refusant le droit d’agir en politique conformément à leurs convictions sur le bien commun, tomberaient dans une forme de laïcisme intolérant.

Dans une telle perspective en effet, on entend refuser à la foi chrétienne non seulement toute importance politique et culturelle mais jusqu’à la possibilité même d’une éthique naturelle. S’il en était ainsi, la voie serait ouverte à une anarchie morale qui ne pourrait jamais être identifiée à une forme quelconque de pluralisme légitime.

 

La domination du plus fort sur le faible serait la conséquence évidente d’une telle position. D’autre part, la marginalisation du christianisme l’empêcherait de servir à l’avenir de la société, et à la concorde des peuples. De plus, elle minerait les fondements culturels et spirituels de la civilisation (Jean Paul II, Discours au corps diplomatique accrédité près le Saint Siège, 10 janvier 2002). »

Brèves

La primaire pour tous – Des journalistes décortiquent et comparent les programmes des candidats

Pour vous aider à y voir clair, les programmes de chacun des candidats ont été examinés à la loupe.

Première synthèse que nous vous proposons : le premier tour de ces débats à écouter ici :

 

 

 

A la une #En France

Homélie du cardinal Vingt-Trois, ne pas prendre les électeurs pour des imbéciles

Le cardinal André Vingt-Trois présidait mardi soir, à Paris, la messe annuelle des parlementaires et des politiques. Il s’est voulu à la fois offensif et serein. Pour l’archevêque, la politique se trouve entre deux eaux. Une défiance qui la tire vers le bas et une exigence d’espérance qui doit tirer vers le haut.

 

Extraits

Pour l’archevêque de Paris,  « La tutelle médiatique » stériliserait,  la qualité du débat politique.

 « Les électeurs n’acceptent plus l’écart entre l’apparence et les convictions » et ils nourrissent « une réaction de rejet des discours politiques ».

Le « courage de la vérité » est le seul moyen, pour l’homme d’Église, d’« échapper à la démagogie ».

« Ce serait mépriser la raison des électeurs que croire qu’ils se déterminent principalement sur des critères de publicité médiatique ou en fonction de leurs seuls intérêts particuliers, lance l’archevêque. Ce serait mépriser les électeurs que de les juger inaccessibles aux intérêts généraux du pays et incapables de comprendre et d’accepter les réformes nécessaires. »

 

Enfin le cardinal ouvre une proposition que l’on imagine dans la droite ligne de la lettre adressée aux Français à l’occasion des élections par la CEF et qui consiste à utiliser l’opportunité de cette « période électorale intensive » pour développer, chez les Français « le sens du bien commun et de l’intérêt général », selon Jean-Marie Guénois du Figaro

 

 

Dans le Monde

Nicaragua – Prière et jeûne pour le présent et l’avenir du Nicaragua en vue des élections prochaines

A partir du 6 octobre, à l’invitation de la Conférence épiscopale du Nicaragua, chaque Paroisse de la nation organisera une Journée de prière et de jeûne pour le présent et l’avenir du Nicaragua.
Le 6 novembre, 3,4 millions de nicaraguayens seront appelés à se rendre aux urnes pour élire le Président de la République et 90 députés de l’Assemblée nationale. La situation dans le pays est encore tendue suite à la troisième candidature consécutive du Président sortant, Daniel Ortega, candidature dont la possibilité n’est pas prévue par la Constitution, et à cause de la discussion en cours sur la présence d’observateurs internationaux visant à garantir des élections libres et transparentes.

Leurs Excellences NN.SS. Silvio José Báez, Rolando Alvarez Lagos et Juan Abelardo Mata, respectivement Evêque auxiliaire de Managua, Evêque de Matagalpa et Evêque d’Estelí, ont déjà exprimé, à titre personnel, leurs préoccupations pour l’avenir de la démocratie au Nicaragua.

« En tant que Pasteurs de l’Eglise, nous désirons illuminer par notre foi ce moment historique. Nous invitons tous les citoyens à affronter ce processus électoral avec décision et à agir selon leur propre conscience, librement et sans crainte d’aucune coercition extérieure » peut-on lire dans le communiqué des Evêques, publié le 22 août et repris ces jours-ci. « En temps de crise et de tension, il est facile de céder à la tentation de la violence mais celle-ci ne résout jamais les conflits. Nous appelons tous les nicaraguayens à agir de manière pacifique, dans le respect des choix légitimes de chaque personne et à éviter tout ce qui menace l’intégrité physique et morale des autres. La paix est un don de Dieu mais elle est aussi le fruit de la justice et de l’engagement humain » soulignent les Evêques.

Source agence Fides

Et si cela donnait des idées aux Français ?