En France #NLQ

Un calendrier de Pentecôte

UN CALENDRIER DE L’AVANT-PENTECÔTE !

Un calendrier de l’Avent ? Non, un calendrier de l’Avant-Pentecôte ! Sur le modèle du traditionnel calendrier de l’Avent, le groupe Elie – étudiants et jeunes pro de la paroisse du Saint-Esprit (Paris 12e) – a innové en créant un « calendrier de Pentecôte » : chaque jour entre Pâques et la Pentecôte, ouvrez une case et appropriez-vous les dons de l’Esprit Saint.

Pendant chacune des 7 semaines du temps pascal, découvrez et approfondissez votre connaissance d’un des 7 dons. Que veut dire le don de crainte ? S’agit-il d’avoir peur de Dieu ? ? Quels sont les autres dons de l’Esprit Saint ? Quelles sont les vertus qui leur sont associées ? Quels saints ont particulièrement mis en œuvre ces dons de l’Esprit dans leur vie ?

Découvrez tout cela et plus encore dans ce superbe calendrier, dont les bénéfices leur permettront de partir cet été en pèlerinage en Terre Sainte.

- Pour commander ce calendrier il vous suffit de verso 10 euros (7 € + 3 € de frais de port) sur notre pot commun (https://www.lepotcommun.fr/pot/jc5mdemo) en donnant votre adresse postale à cette adresse mail : etudiants.jeunespros@gmail.com.
- Ou venez l’acheter directement à l’accueil de la paroisse du Saint-Esprit, au 1, rue Cannebière, 75012 Paris (horaires d’ouvertures ici).

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NLQ #Récollections/Retraites

Retraite de l’Ascension à Notre-Dame de Vie

Le Centre Spirituel de Notre Dame de Vie nous propose une retraite pour demander l’Esprit Saint en ce temps qui va de la Pentecôte à l’Ascension, une période si belle et importante dans la vie de l’Église

«  Dans la joie de l’Esprit Saint, bienheureux  !  »

Programme :

Jeudi 25 mai

18h Arrivée des participants
18h30 Eucharistie et repas
20h45 Ouverture de la retraite – Complies

Vendredi 26 mai

8h30 Louange du matin
9h15 Enseignement :  « Entrons dans la joie de l’Église » Père Lefebvre
10h30 Oraison
11h30 Eucharistie – Repas
16h45 Enseignement :  « L’Esprit Saint et la joie de la louange chez le Père Marie-Eugène » Teresa Martin
18h Oraison – Vêpres- Repas
20h 30 Veillée pénitentielle

Samedi 27 mai

8h Louange du matin – Introd. à la journée de désert
8h45 Enseignement :  «  Tu as dilaté mon coeur  » Père Wilhélem
10h Eucharistie
Temps de désert à Escombeau
19h15 Vêpres – Repas
20h45 Veillée : «  Dans la joie du Seigneur  »

Dimanche 28 mai

8h Louange du matin
8h45 Enseignement : « Prière et joie de l’annonce : avec l’Église au Cénacle » Père Wilhélem
10h15 Oraison (à Notre-Dame de Vie)
11h30 Eucharistie (à Ste Emérentienne)
Repas à Ste Garde – Fin de la retraite

À noter :
* Nous accueillons aussi des enfants dans la limite des places disponibles
* Il y a l’Eucharistie le jeudi (18h30)
* Prévoir des chaussures de marche pour la journée du samedi (sauf si vous préférez rester sur place)

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Doctrine / Formation #NLQ #Théologie

Conférence de l’Avent du Père Cantalamessa sur l’Esprit-Saint et le discernement

Nous donnons ici la deuxième conférence de l’Avent au Vatican par le Père Cantalamessa

L’Esprit Saint et le charisme du discernement

Poursuivons nos réflexions sur l’œuvre de l’Esprit Saint dans la vie du chrétien. Saint Paul mentionne un charisme particulier appelé « discernement des esprits » (1 Cor 12, 10). A l’origine, cette expression a un sens bien précis : elle indique le don qui permet de distinguer, parmi les paroles inspirées ou prophétiques prononcées durant une assemblée, celles qui viennent de l’Esprit du Christ et celles qui proviennent d’autres esprits, c’est-à-dire de l’esprit de l’homme, ou de l’esprit démoniaque, ou de l’esprit du monde.

Pour l’évangéliste Jean aussi c’est celui-ci le sens fondamental. Le discernement consiste à « examiner les esprits pour voir s’ils sont de Dieu » (1 Jn 4,1-6). Pour Paul le critère fondamental de discernement c’est de proclamer que Jésus est « Seigneur » (1 Cor 12, 3) ; pour Jean c’est reconnaitre que Jésus « est venu dans la chair », autrement dit l’incarnation. Déjà avec lui le discernement commence à être utilisé comme fonction théologique, comme critère pour discerner les vraies des fausses doctrines, l’orthodoxie de l’hérésie, ce qui deviendra central par la suite.

1. Le discernement dans la vie ecclésiale

Il existe deux domaines dans lesquels ce don du discernement des esprits doit s’exercer : le domaine ecclésial et le domaine personnel. Dans la vie de l’Eglise, le discernement des esprits passe par l’autorité du magistère, qui doit néanmoins tenir compte également, entre autres critères, du sens des fidèles, le « sensus fidelium ».

Je voudrais m’arrêter sur un point en particulier qui peut servir dans les discussions en acte dans l’Eglise par rapport à certains problèmes. Il s’agit du discernement des signes des temps. Le concile a déclaré :

« L’Église a le devoir, à tout moment, de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Évangile, de telle sorte qu’elle puisse répondre, d’une manière adaptée à chaque génération, aux questions éternelles des hommes sur le sens de la vie présente et future et sur leurs relations réciproques »1.

Il est clair que si l’Eglise doit scruter les signes des temps à la lumière de l’Evangile, ce n’est pas pour appliquer aux « temps », autrement dit aux situations et aux nouveaux problèmes qui émergent dans la société, les remèdes et les règles de toujours, mais pour leur apporter de nouvelles réponses, « adaptées à chaque génération » comme dit le texte que je viens de citer. La difficulté, sur ce chemin – à prendre très au sérieux – c’est la peur de compromettre l’autorité du magistère, en admettant des changements dans ses décisions.

Il y a une considération qui peut aider, je crois, à surmonter, dans un esprit de communion, cette difficulté. Le degré d’infaillibilité que l’Eglise et le Pape revendiquent n’est certainement pas supérieur à celui qui est attribué à l’Ecriture révélée. Or l’inerrance biblique garantit que l’Ecrivain sacré exprime la vérité d’une façon et à un degré qui reflète ce qui pouvait être dit et entendu au moment où il l’écrit. Nous voyons que tant de vérités se forment lentement et progressivement, comme celle de l’au-delà et de la vie éternelle. Dans le domaine moral aussi, tant de coutumes et lois antérieures sont par la suite abandonnées au bénéfice de lois et critères qui répondent davantage à l’esprit de l’Alliance. Un exemple parmi tous : Dans le livre de l’Exode il est dit que Dieu punit la faute des pères sur les fils (cf. Ex 34, 7), mais Jérémie et Ezéchiel diront le contraire, affirmant que Dieu ne punit pas les fautes des pères sur les fils, mais que chacun devra répondre de ses propres actions (cf. Jr 31, 29-30 ; Ez 18, 1 ss.).

Dans l’Ancien Testament le critère de base pour surmonter les prescriptions antérieures est celui d’une meilleure compréhension de l’esprit de l’Alliance et de la Torah ; dans l’Eglise, le critère est celui d’une relecture de l’Evangile à la lumière des nouvelles questions qui se posent à elle. « Scriptura cum legentibus crescit  », disait saint Grégoire Le Grand : l’Ecriture grandit avec ceux qui la lisent2.

Maintenant nous savons que la règle constante de Jésus, en matière de morale, se résume en quelques mots : « Non au péché, oui au pécheur ». Il n’y a pas plus sévère que lui pour condamner la richesse inique, mais il s’invite chez Zachée et le seul fait d’aller vers lui suffit à le changer. Il condamne l’adultère, y compris celui du cœur, mais pardonne à l’adultère et lui redonne espoir ; il réaffirme l’indissolubilité du mariage, mais parle avec la Samaritaine qui avait eu cinq maris et lui révèle le secret qu’il n’avait dit à personne d’autre, de manière aussi explicite : « Je le suis (le Messie) moi qui te parle » (Jn 4, 26).

Si nous nous demandons comment se justifie théologiquement une distinction aussi nette entre le péché et le pécheur, la réponse est très simple : le pécheur est une créature de Dieu, faite à son image, et il conserve sa dignité, malgré toutes les aberrations : le péché n’est pas œuvre de Dieu, ne vient pas de Lui, mais de l’ennemi. C’est la meme raison pour laquelle Jésus Christ, s’est fait en tout semblable à nous, « excepté le péché » (cf. Hé 4,15).

Pour honorer ce devoir de discernement sur les signes du temps, il est un facteur important : la collégialité des évêques. Cette collégialité, dit un passage de Lumen gentium, permet « de décider en commun de toutes les questions les plus importantes, par une décision que l’avis de l’ensemble permet d’équilibrer »3. L’exercice effectif de la collégialité apporte au discernement et à la solution des problèmes la variété des situations locales et des points de vue, des lumières et des dons différents, dont chaque église et chaque évêque est porteur.

Nous en avons une émouvante illustration dans le premier « concile » de l’Eglise, celui de Jérusalem. Un large espace fut donné à deux points de vue contraires, l’un des « judaïsants » et l’autre favorable à l’ouverture aux païens ; il y eut une « vive discussion », mais qui leur permit, à la fin, d’annoncer leurs décisions en prononçant cette formule extraordinaire : « Nous avons décidé l’Esprit Saint et nous… » (Ac 15, 6 ss.).

On voit ici que l’Esprit guide l’Eglise de deux façons : parfois directement et charismatiquement, par la révélation et l’inspiration prophétique ; d’autres fois, collégialement, par une patiente et difficile confrontation, et même le compromis, entre les parties et les points de vue différents. Les propos de Pierre, le jour de la Pentecôte et chez Corneille sont très différents de ceux qu’il tiendra par la suite, pour justifier sa décision devant les anciens (cf. Ac 11, 4-18 ; 15, 14) ; le premier discours est de type charismatique, le second de type collégial.

Il faut donc avoir confiance en l’Esprit, en ses capacités d’intervention pour aboutir à un accord, même s’il peut sembler parfois que tout le processus échappe à tout contrôle. A chaque fois que les pasteurs des Eglises chrétiennes, au niveau local ou universel, se réunissent pour un discernement ou pour prendre des décisions importantes, il devrait y avoir dans le cœur de chacun cette confiante certitude que résument les deux versets duVeni creator  : Ductore sic te praevio – vitemus omne noxium – « avec toi comme notre guide – nous éviterons tout mal ».

2. Le discernement dans la vie personnelle

Passons maintenant au discernement dans la vie personnelle. Comme charisme appliqué à chaque individu, le discernement des esprits a subi au fil des siècles une évolution considérable. A l’origine, nous l’avons vu, le don devait servir à discerner les inspirations des autres, de ceux qui avaient parlé ou prophétisé dans l’assemblée ; dans la suite, il a servi surtout à discerner ses propres inspirations.

Cette évolution n’est pas arbitraire ; il s’agit en effet du même don, quoique exercé en deux situations et sur deux objets differents. Une grande partie de ce que les auteurs spirituels ont écrit sur le « don de conseil », s’applique aussi au charisme du discernement. Par le biais du don, ou du charisme, du conseil, l’Esprit Saint aide à évaluer les situations et orienter les choix, non seulement sur la base de critères de sagesse et prudence humaine, mais à la lumière aussi des principes surnaturels de la foi.

Le premier discernement fondamental des esprits est celui qui permet de distinguer « l’Esprit de Dieu » de « l’esprit du monde » (cf. 1 Cor 2, 12). Saint Paul donne un critère objectif de discernement, le même que celui de Jésus : les fruits. Les « actions de la chair » révèlent qu’un certain désir vient du vieil homme pécheur ; « les fruits de l’Esprit » révèlent qu’il vient de l’Esprit de Dieu (cf. Gal 5, 19-22). « Les tendances de la chair s’opposent à l’Esprit et les tendances de l’Esprit s’opposent à la chair » (Gal 5, 17).

Parfois ce critère objectif ne suffit pas parce que le choix n’est pas entre le bien et le mal, mais entre un bien et un autre bien, et il s’agit de voir ce que Dieu veut, dans une circonstance particulière. C’est surtout pour répondre à cette exigence que saint Ignace de Loyola développa sa doctrine sur le discernement. Il invite à regarder une chose en particulier : ses propres dispositions intérieures, les intentions (les « esprits ») qui sont derrière un certain choix. En faisant cela il s’inscrit dans une tradition déjà affirmée. Un auteur médiéval avait écrit :

« Qui peut vérifier si les esprits viennent de Dieu, à moins d’avoir reçu de Dieu le discernement des esprits, et de pouvoir ainsi examiner avec précision et sans se tromper les pensées, les affections et les intentions de l’esprit ? Ce discernement est à la source de toutes les vertus et chacun en a besoin, soit pour conduire les autres, soit pour se diriger et s’amender soi-même.… Tel est le vrai discernement, en qui se rejoignent la droiture de la pensée et la pureté de l’intention. »4.

Saint Ignace a suggéré des moyens pratiques pour appliquer ces critères5. L’un deux est celui-ci. Face à deux choix possibles, il faudrait s’arrêter d’abord sur l’un, comme si on était sûr de le choisir, se fixer dessus pendant un jour ou plus ; puis vérifier les réactions du cœur face à ce choix : s’il est paisible, si ce choix correspond aux autres choix déjà faits ; si une voix en vous vous encourage dans cette direction, ou au contraire, si un voile d’inquiétude l’entoure. Répéter le processus avec la seconde hypothèse. Le tout dans un climat de prière, d’abandon à la volonté de Dieu, d’ouverture à l’Esprit Saint.

A la base du discernement, chez saint Ignace, nous avons sa doctrine de la « sainte indifférence ».6 Celle-ci consiste à se mettre dans un état de totale disponibilité à accueillir la volonté de Dieu, renonçant, dès le départ, à toute préférence personnelle, comme une balance prête à s’incliner du côté où le poids sera plus fort. L’expérience de la paix intérieure devient ainsi le critère principal dans tout discernement. Sera considéré conforme à la volonté de Dieu, le choix qui, après mûre réflexion et prière, laissera plus de paix dans le cœur.

Au fond, il s’agit d’appliquer le vieux conseil que donna le beau-père Jéthro à Moïse : « présenter les questions à Dieu » et attendre en priant sa réponse (cf. Ex 18, 19). Dans tous les cas, une bonne disposition de fond à faire la volonté de Dieu, est la condition la plus favorable pour un bon discernement. Jésus disait : « Mon jugement est juste, parce que je ne cherche pas à faire ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé » (Jn 5, 30).

Le danger aujourd’hui c’est que certaines manières de comprendre et pratiquer le discernement accentuent tellement les aspects psychologiques, qu’elles finissent par oublier que l’Esprit Saint est, dans tout discernement, le premier agent. L’évangéliste Jean voit, comme facteur décisif dans le discernement, « l’onction qui vient de celui qui est saint », c’est-à-dire de l’Esprit (1 Jn 2,20). Saint Ignace aussi rappelle que dans certains cas, seule l’onction de l’Esprit Saint permet de discerner ce qu’il faut faire7. Il y a une profonde raison théologique à cela. L’Esprit Saint est lui-même la volonté substantielle de Dieu et quand il entre dans une âme « il se manifeste comme la volonté même de Dieu pour celui dans lequel il se trouve »8.

Le discernement n’est, dans le fond, ni un art, ni une technique, mais un charisme, c’est-à-dire un don de l’Esprit ! Les aspects psychologiques ont une grande importance, mais ils sont « secondaires », autrement dit ils viennent après. Un des anciens Pères écrivait :

« Il n’appartient qu’au Saint-Esprit de purifier notre esprit. Il faut donc par tous les moyens, et surtout par la paix de l’âme, laisser se reposer le Saint-Esprit afin que nous ayons la lampe de la science toujours brillante en nous. Car si elle ne cesse pas d’envoyer les rayons de sa lumière dans la profondeur intime de notre âme, non seulement toutes les attaques hostiles et ténébreuses des démons se découvrent à notre esprit, mais encore elles perdent beaucoup de leur force à être débusquées par cette lumière sainte et glorieuse. Et c’est pourquoi l’Apôtre dit : N’éteignez pas l’Esprit(1 Ts 5,19) »9.

L’Esprit Saint, généralement, ne diffuse pas de lumière dans l’âme de façon miraculeuse et extraordinaire, mais très simplement, à travers la parole des Ecritures. C’est comme ça qu’ont eu lieu les discernements les plus importants de l’histoire. En écoutant la parole de l’évangile : « Si tu veux être parfait… », Antoine comprit ce qu’il devait faire et le monachisme commença. De cette même manière, François d’Assise reçut une lumière pour commencer son mouvement de retour à l’évangile. « Après que le Seigneur m’eut donné des frères – écrit-il dans son Testament – personne ne me montrait ce que je devais faire, mais le Très-Haut Lui-même me révéla que je devais vivre selon la forme du saint Evangile  ». Il le lui révéla en écoutant, durant une Messe, le passage de l’évangile où Jésus dit aux disciples d’aller par le monde « sans rien prendre pour la route, ni bâton, ni sac, ni pain, ni tunique de rechange » (cf. Lc 9,3)10.

Je me souviens moi-même d’un petit épisode du même genre. Un homme vint chez moi durant une mission, pour me parler d’un problème. Il avait un fils de 11 ans pas encore baptisé. « Si je le baptise, disait-il, cela fera un drame dans la famille, car ma femme est devenue membre d’une secte et ne veut pas entendre parler de baptême à l’Eglise ; si je ne le baptise pas, je n’ai pas la conscience tranquille, car quand nous nous sommes mariés nous étions tous les deux catholiques et avions promis de baptiser nos enfants ». Un cas typique de discernement. Je lui dit de revenir le lendemain, pour me donner le temps de prier et réfléchir. Le lendemain, il vint à ma rencontre le visage rayonnant, et me dit : «  J’ai trouvé la solution, père. J’ai lu dans ma Bible l’épisode d’Abraham et j’ai vu que lorsqu’il amène son fils Isaac pour l’immoler, il ne dit rien à sa femme ! ». La parole de Dieu l’avait éclairé mieux que n’importe quel conseil humain. Moi-même je baptisa le garçon et ce fut une grande joie pour tout le monde.

A côté de l’écoute de la Parole, nous avons l’examen de conscience, qui est la pratique la plus commune pour exercer le discernement au niveau personnel. Mais cet examen ne devrait pas se limiter à une préparation à la confession, mais devenir une capacité constante de se mettre sous la lumière de Dieu et se laisser « scruter » par Lui au plus profond de notre sphère intime. A cause d’un examen de conscience non pratiqué ou pas bien fait, la grâce de la confession devient problématique : soit on ne sait pas quoi confesser, soit elle est trop chargée d’un poids psychologique et pédagogique, c’est-à-dire tournée uniquement vers une amélioration de la vie. Un examen de conscience qui ne se réduit qu’à la préparation d’une confession permet de déterminer quelques péchés, mais n’amène pas à une relation authentique, à un vrai face-à-face avec le Christ. Cela devient facilement une liste d’imperfections, confessées pour se sentir mieux, sans cette attitude de vrai repentir qui fait expérimenter la joie d’avoir en Jésus « un si grand rédempteur ».

3. Se laisser guider par l’Esprit Saint

Le résultat concret de cette méditation est de renouveler la décision de nous abandonner en tout et pour tout à la conduite intérieure de l’Esprit Saint, comme pour une sorte de « direction spirituelle ». A propos des israélites dans le désert, il est écrit, que « si la nuée ne s’élevait pas, ils campaient jusqu’au jour où elle s’élevait » (Ex 40, 36-37). Nous non plus, nous ne devons rien entreprendre, si ce n’est poussé par l’Esprit Saint, (dont la nuée, selon les Pères, était l’image11), et après l’avoir consulté avant toute action.

Nous en avons un exemple particulièrement clair dans la vie de Jésus. Celui-ci n’a jamais rien entrepris sans l’Esprit Saint. Avec l’Esprit Saint il est allé dans le désert ; poussé par la puissance de l’Esprit Saint il en est reparti et a commencé sa prédication ; « sous l’action de l’Esprit Saint » il a choisi ses apôtres (cf. Act 1,2) ; poussé par l’Esprit il a prié et s’est offert lui-même au Père (cf. Hé 9, 14).

Nous devons nous garder d’une tentation : celle de vouloir donner des conseils à l’Esprit Saint, au lieu de les recevoir. « Qui a mesuré l’Esprit du Seigneur ? Qui l’a conseillé pour l’instruire ? » (Is 40,13). L’Esprit Saint dirige tout le monde, et n’est dirigé par personne ; il guide, n’est pas guidé. Il y a une façon subtile de suggérer à l’Esprit Saint ce qu’il devrait faire avec nous et comment il devrait nous guider. Il arrive même parfois que nous prenions des décisions et les attribuions avec désinvolture à l’Esprit Saint.

Saint Thomas d’Aquin parle de cette conduction intérieure de l’Esprit comme d’un « instinct propre aux justes » : « De même que dans la vie corporelle, écrit-il, le corps n’est mû que par l’âme qui le vivifie, dans la vie spirituelle, chacun de nos mouvements devrait provenir de l’Esprit Saint »12. C’est ainsi qu’agit la « loi de l’Esprit » ; c’est ce que l’Apôtre appelle « se laisser animer par l’Esprit » (Gal 5,18).

Nous devons nous abandonner à l’Esprit Saint comme les cordes de la harpe s’abandonnent aux doigts de celui qui les bougent. Comme de bons acteurs, nous devons tendre l’oreille à la voix du souffleur caché, pour réciter fidèlement notre rôle sur la scène de la vie. C’est plus facile qu’on ne le pense, car notre souffleur parle en nous, nous enseigne toute chose, nous instruit sur tout. Il suffit parfois d’un simple coup d’œil intérieur, d’un mouvement du cœur, d’une prière. Un saint évêque du IIème siècle, Méliton de Sardes, a reçu une belle éloge que j’aimerais bien que chacun de nous reçoive après la mort : « Au cours de sa vie il a fait toute chose, mû par l’Esprit Saint »13.

Demandons au Paraclet de diriger nos esprits et toute notre vie, avec les paroles d’une prière que l’on récite à l’office de la Pentecôte dans les Eglises de rite syriaque :

« Esprit qui distribues à chacun des charismes ;

Esprit de sagesse et de science, qui aimes les hommes ;

Emplis les Prophètes, parfais les Apôtres,

Fortifie les martyrs, inspire l’enseignement des docteurs !

C’est à toi, Dieu Paraclet, que nous adressons ces supplications.

Nous te demandons de nous renouveler de tes saints dons,

De reposer sur nous comme sur les Apôtres au cénacle.

Répands sur nous tes charismes,

Remplis-nous de la sagesse de ta doctrine,

Fais de nous les temples de ta gloire,

Enivre-nous du breuvage de ta grâce.

Donne-nous de vivre pour Toi,

De Te donner notre consentement

Et de T’adorer,

Toi le Pur et le Saint, Dieu, Esprit Paraclet »14.

© Traduction de ZENIT

1 Gaudium et spes, 4.

2 St Grégoire Le Grand, Homélies sur Ezéchiel 1.7, 8.

3 Lumen gentium, 22.

4 Baudouin de Forde, Archevêque de Canterbury, Traités, 6 (PL 204, 466).

5 Cf. St. Ignace de Loyola, Exercices spirituels, quatrième semaine (ed. BAC, Madrid 1963, pp. 262 ss).

6 Cf. G. Bottereau, Indifférence, dans « Dictionnaire de Spiritualité , vol 7, coll. 1688 ss »

7 St. Ignace de Loyola, Constitutions, 141. 414 (ed. cit, pp. 452.503).

8 Cf. Guillaume de St. Thierry, Le miroir de la foi, 61 (SCh 301, p. 128).

9 Diadoque de Photicé, Cent chapitres, 28 (SCh 5, pp. 87 ss.).

10 Thomas de Celano, Vita prima, 22 (FF, 356).

11 St. Ambroise, Sur l’Esprit Saint, III, 4, 21 ; Sur les sacrements, I, 6, 22.

12 St. Thomas d’Aquin, Sur la Lettre aux Galates, c.V, lez.5, n.318 ; lez. 7, n. 340.

13 Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, V, 24, 5.

14 Pontificale Syrorum, in E.-P. Siman, L’expérience de l’Esprit, cit., p.309.

 

A la une #Doctrine / Formation #Théologie

Prédication de l’Avent du P Catalamessa, l’Esprit-Saint, une personne divine

Comme nous vous l’avions annoncé, nous reprenons les conférences de l’Avent du Père Cantalamessa au Vatican, dans la traduction donnée par Zénith

«  JE CROIS EN L’ESPRIT SAINT »

1. La nouveauté de l’après concile

Avec la célébration des 50 ans de la clôture du Concile Vatican II, s’est achevée la première phase de « l’après-concile » et s’en ouvre une autre. Si la première a été caractérisée par les problèmes relatifs à la « réception » du Concile, la deuxième sera caractérisée, je pense, par son aboutissement et son intégration ; autrement dit, par une relecture du Concile à la lumière des résultats obtenus, en mettant l’accent sur ce qui manquait encore, ou était présent dans les textes conciliares seulement à un stade embryonnaire.

La nouveauté majeure de l’après-concile, dans la théologie et dans la vie de l’Eglise, a un nom bien précis : l’Esprit Saint. Le concile n’avait certes pas ignoré son action dans l’Eglise, mais en avait parlé presque toujours « en passant », le mentionnant souvent, mais sans mettre en lumière son rôle central, même dans la constitution sur la Liturgie. Dans une conversation, à l’époque où nous étions ensemble dans la Commission Théologique Internationale, je me souviens que le père Yves Congar utilisa une image forte à ce sujet ; il parla d’un Esprit Saint, parsemé ici et là dans les textes, comme on fait avec le sucre sur les gâteaux, sans le faire entrer dans la pâte.

Le dégel avait toutefois commencé. Nous pouvons dire que l’intuition de saint Jean XXIII, en annonçant ce concile comme «  une nouvelle Pentecôte pour l’Eglise », n’a manifesté ses fruits que par la suite, lorsque le concile était fini, comme cela fut d’ailleurs souvent le cas dans l’histoire des conciles.

Au cours de l’année à venir, le Renouveau charismatique fêtera les 50 ans de son entrée dans l’Eglise catholique. Ce mouvement est un des nombreux signes – le plus évident de par l’ampleur du phénomène – du réveil de l’Esprit et des charismes dans l’Eglise. Le Concile en avait préparé la réception, en parlant, dans Lumen gentium, d’une dimension « charismatique » de l’Eglise, en plus de ses dimensions « institutionnelle » et «  hiérarchique », et en insistant sur l’importance des charismes1. Dans l’homélie de la messe chrismale du Jeudi Saint, en 2012, Benoît XVI affirma :

« Celui qui regarde l’histoire de l’époque post-conciliaire, peut reconnaître la dynamique du vrai renouvellement, qui a souvent pris des formes inattendues dans des mouvements pleins de vie et qui rend presque tangibles la vivacité inépuisable de la sainte Église, la présence et l’action efficace du Saint Esprit”.

En même temps, cette nouvelle expérience de l’Esprit Saint a stimulé la réflexion théologique2. Après le concile se sont multipliés les traités sur l’Esprit Saint : chez les catholiques, celui de Congar3, de Rahner4, de Mühlen 5 et de Von Balthasar6, chez les luthériens celui de Moltmann 7et de Welker 8, et tant d’autres. Côté magistère, il y a eu l’encyclique de saint Jean Paul II Dominum et vivificantem. Pour le XVI centenaire du concile de Constantinople de 381, le souverain pontife, en personne, fit organiser un congrès international de pneumatologie au Vatican, dont les actes furent publiés par la Libreria Editrice Vaticana, en deux gros volumes, sous le titre « Credo in Spiritum Sanctum »9.

Ces dernières années, nous assistons à un pas en avant dans cette direction. Vers la fin de sa carrière, Karl Barth fit une affirmation provocatrice qui était, en partie, aussi une autocritique. Il affirma qu’à l’avenir se serait développée une autre théologie, la « théologie du troisième article ». Par «  troisième article » il entendait, naturellement, l’article du credo su l’Esprit Saint. La proposition ne tomba pas dans l’oreille d’un sourd. C’est de là que partit le courant qu’on appelle donc aujourd’hui « Théologie du troisième article ».

Je ne pense pas que tel courant veuille se substituer à la théologie traditionnelle (ce serait une erreur s’il le prétendait), mais plutôt l’appuyer et la vivifier. Il se propose de faire de l’Esprit Saint non seulement l’objet du traité qui le concerne, la Pneumatologie, mais, je dirais aussi, l’atmosphère dans laquelle se déroule toute la vie de l’Eglise et toute recherche théologique, « la lumière des dogmes », comme un ancien Père de l’Eglise définissait l’Esprit Saint.

La présentation la plus complète de ce récent courant théologique est le volume d’essais paru en anglais en septembre dernier, sous le titre « Théologie du troisième article. Pour une dogmatique pneumatologique »10. Dans ce volume, partant de la doctrine trinitaire de la grande tradition, des théologiens de différentes Eglises chrétiennes offrent leur contribution, comme préambule à une théologie systématique plus ouverte à l’Esprit et répondant davantage aux exigences actuelles. Il m’a été demandé à moi aussi, en tant que catholique, d’y contribuer en écrivant un essai sur la « Christologie et pneumatologie aux premiers siècles de l’Eglise ».

2. Le credo lu par le bas

Les raisons qui justifient cette nouvelle orientation théologique ne sont pas seulement d’ordre dogmatique, mais également historique. En d’autres termes, on comprend mieux ce qu’est et ce que propose la théologie du troisième article si l’on tient compte de la façon dont s’est formé l’actuel symbole de Nicée-Constantinople. De cette histoire ressort clairement l’utilité de lire une fois ce symbole « à l’envers », c’est-à-dire en partant de la fin, au lieu du début.

J’essaie d’expliquer ce que je veux dire. Le symbole de Nicée-Constantinople reflète la foi chrétienne à son stade final, après toutes les clarifications et définitions conciliaires, qui se sont terminées au Vème siècle. Il reflète l’ordre atteint à la fin du processus de formulation du dogme, mais ne reflète pas le processus en soi. Autrement dit, il ne correspond pas au processus avec lequel, de fait, la foi de l’Eglise s’est formée historiquement, ni ne correspond au processus avec lequel on arrive aujourd’hui à la foi, entendue comme foi vivante en un Dieu vivant.

Dans le credo actuel, on part de Dieu Père et Créateur, puis de Lui on passe au Fils et à son œuvre rédemptrice, et enfin à l’Esprit Saint et son action dans l’Eglise. Dans la réalité, la foi suit le chemin inverse. Ce fut l’expérience de l’Esprit à la Pentecôte qui porta l’Eglise à découvrir qui était vraiment Jésus et quel était son enseignement. Avec Paul mais surtout avec Jean, on arrive à remonter de Jésus au Père. C’est le Paraclet qui, selon la promesse de Jésus (Je 16,13), conduit les disciples à la « pleine vérité » sur lui et sur le Père.

Voici comment saint Basile de Césarée résume le déroulement de la révélation et de l’histoire du salut :

« Le chemin de la connaissance de Dieu va donc de l’unique Esprit, par le Fils unique, jusqu’à l’unique Père ; et en sens inverse, la bonté naturelle, la sainteté de la nature et la dignité royale s’écoulent du Père, par le Monogène, jusqu’à l’Esprit » 11.

Autrement dit, dans l’ordre de la création et de l’être, tout part du Père, passe par le Fils et arrive à nous dans l’Esprit ; dans l’ordre de la rédemption et de la connaissance, tout commence avec l’Esprit Saint, passe par le Fils Jésus Christ et retourne au Père. Nous pouvons dire que saint Basile est le vrai pionnier de la théologie du troisième article ! Dans la tradition occidentale tout ceci est synthétisé dans la strophe finale de l’hymne Veni creator. L’Eglise s’adresse à l’Esprit Saint et dit en priant :

Per te sciamus da Patrem,
noscamus atque Filium,
te utriusque Spiritum
credamus omni tempore.

Fais que par toi nous connaissions le Père,
Et découvrions le Fils,
Et qu’en toi, leur commun Esprit,
Nous croyions en tout temps.

Mais cela ne signifie pas que le credo de l’Eglise n’est pas parfait ou qu’il doit être réformé. Il ne peut être que comme il est. C’est la manière de le lire et le commenter qui doit changer quelquefois, pour refaire le chemin qui a conduit à sa formation. Entre les deux manières d’utiliser le credo – comme produit fini, ou bien dans sa formation même -, il y a la même différence qu’entreprendre personnellement, de bon matin, l’escalade du Mont Sinaï en partant du monastère de Saint-Catherine, ou bien lire le récit de quelqu’un qui l’a escaladé avant nous.

3. Un commentaire au « troisième article »

Pour répondre à cette exigence je voudrais, dans les trois méditations de l’Avent, proposer des réflexions sur certains aspects de l’action de l’Esprit Saint, en partant précisément du troisième article du credo. Celui-ci comprend trois grandes affirmations. Partons de la première :

a. « Je crois en l’Esprit Saint qui est Seigneur et donne la vie ».

Le credo ne dit pas que l’Esprit Saint est « le » Seigneur (peu avant, dans le credo, on proclame : « et je crois en un seul Seigneur Jésus Christ » !). Seigneur (dans le texte original,to kyrion, neutre !) indique ici la nature, pas la personne ; il dit ce qu’est, pas qui est l’Esprit Saint. Malheureusement la différence entre le masculin o kyrios et le neutre to kyrion se perd dans le passage du grec au latin. « Seigneur » veut dire que l’Esprit Saint partage la seigneurie de Dieu, qu’il est du côté du Créateur, pas des créatures ; autrement dit, qu’il est de nature divine.

L’Eglise était arrivée à cette certitude en se basant non seulement sur les Ecritures mais aussi sur sa propre expérience de salut. L’Esprit, écrivait déjà saint Athanase, ne peut être une créature parce que lorsque nous sommes touchés par lui (dans les sacrements, dans la Parole, dans la prière) nous faisons l’expérience d’entrer en contact avec Dieu en personne, sans intermédiaire. S’il nous divinise, cela veut dire qu’il est lui-même Dieu12.

Ne pouvait-on pas, dans le symbole de foi, dire la même chose de manière plus explicite, en disant purement et simplement que l’Esprit Saint est « Dieu et consubstantiel au Père », comme on avait fait pour le Fils ? Certainement, et c’est la critique qui fut faite aussitôt après le concile de Constantinople par certains évêques, dont saint Grégoire de Nazianze. Pour des raisons d’opportunités et de paix, on préféra dire la même chose avec des expressions équivalentes, attribuant à l’Esprit, en plus du titre de Seigneur, la isotimie, c’est-à-dire l’égalité avec le Père et le Fils dans l’adoration et la glorification de l’Eglise.

L’expression suivante selon laquelle l’Esprit Saint « donne la vie » est tirée de divers passages du Nouveau testament : « C’est l’Esprit qui fait vivre » (Je 6, 63) ; « La loi de l’Esprit donne la vie dans le Christ Jésus » (Rm 8, 2) ; « Le dernier Adam est devenu l’être spirituel qui donne la vie » (1 Cor 15, 45) ; « La lettre tue mais l’Esprit donne la vie » (2 Cor 3, 6).

Trois questions se posent alors à nous. Premièrement, quelle vie l’Esprit Saint donne-t-il ? Réponse : il donne la vie divine, la vie du Christ. Une vie super-naturelle, pas une super-vie naturelle ; il crée l’homme nouveau, pas le super homme de Nietzsche « tout  gonflé de vie ».

Deuxièmement, où nous donne-t-il cette vie  ? Réponse : dans le baptême, qui est en effet présenté comme une nouvelle « naissance de l’Esprit » (Je 3, 5), dans les sacrements, dans la parole de Dieu, dans la prière, dans la foi, dans la souffrance acceptée en union avec le Christ.

Troisièmement, comment nous donne-t-il la vie, l’Esprit ? Réponse : en faisant mourir les œuvres de la chair ! « Si, par l’Esprit, vous tuez les agissements de l’homme pécheur, vous vivrez », dit saint Paul dans la Lettre aux Romains 8,13.

b. « … et il procède du Père (et du Fils) et avec le Père et le Fils il est adoré et glorifié »

Passons maintenant à la grande affirmation du credo sur l’Esprit Saint. Jusqu’ici, le symbole de foi nous a parlé de la nature de l’Esprit, pas encore de la personne ; il nous a dit ce qu’est, pas qui est l’Esprit ; il nous dit ce que l’Esprit Saint a en commun avec le Père et le Fils – le fait d’être Dieu et de donner la vie. Avec cette affirmation on passe à ce qui distingue l’Esprit Saint du Père et du Fils. Ce qui le distingue du Père c’est qu’il procède de lui ; ce qui le distingue du Fils c’est qu’il procède du Père non par voie de génération mais par voie dite de spiration, non comme le concept (logos) qui procède de l’intelligence, mais comme le souffle qui procède de la bouche.

Ceci est l’élément central de l’article du credo, celui avec lequel on entendait définir la place que le Paraclet occupe dans la Trinité. Cette partie du symbole est connue surtout à cause de la question du Filioque, qui fut pendant un millénaire l’objet principal du désaccord entre l’Orient et l’Occident. Je ne m’arrête pas sur ce problème déjà trop débattu. D’ailleurs, j’en ai moi-même parlé ici, en traitant l’accord de foi entre l’Orient et Occident au carême de l’année dernière13.

Je me limite à mettre l’accent sur ce que nous pouvons retenir de cette partie du symbole, et qui enrichit notre foi commune, au-delà des disputes théologiques. Cette partie de l’article du credo nous dit que l’Esprit Saint n’est pas un parent pauvre dans la Trinité. Que ce n’est pas une simple « façon d’agir » de Dieu, une énergie ou un fluide qui envahit l’univers comme pensaient les stoïciens ; c’est une « relation subsistante », donc une personne.

Non pas la « troisième personne du singulier », mais plutôt, a dit quelqu’un, la « première personne du pluriel ». Le « Nous » du Père et du Fils14. Quand, pour s’exprimer de manière humaine, le Père et le Fils parlent de l’Esprit Saint, ils ne disent pas « lui », mais disent « nous », parce qu’il est celui qui les unit. Ici on voit la fécondité extraordinaire de l’intuition de saint Augustin, pour qui le Père est celui qui aime, le Fils l’aimé et l’Esprit l’amour qui les unit, le don mutuel. C’est sur cette base que se fonde la croyance de l’Eglise occidentale selon laquelle l’Esprit Saint procède « du Père et du Fils »

L’Esprit Saint, malgré tout, restera toujours le Dieu caché, même si nous connaissons ses effets. Il est comme le vent : on ne voit pas d’où il vient et où il va, mais on voit les effets de son passage. Il est comme la lumière qui éclaire tout ce qui est devant, en restant elle-même cachée.

C’est pourquoi il est la personne la moins connue et la moins aimée des Trois, bien qu’il soit l’Amour en personne. Il nous est plus facile de penser au Père et au Fils comme «  personnes », mais plus difficile pour l’Esprit. Aucune catégorie humaine ne peut nous aider à comprendre ce mystère. Pour parler de Dieu le Père, nous avons l’aide de la philosophie qui s’occupe de la cause première (le Dieu des philosophes) ; pour parler du Fils nous avons l’analogie humaine du rapport humain père-fils et, le Verbe s’étant fait chair, nous avons également l’histoire. Pour parler de l’Esprit Saint nous n’avons rien sinon la révélation et l’expérience. Les Ecritures elles-mêmes parlent de lui en se servant toujours de symboles naturels : la lumière, le feu, le vent, l’eau, le parfum, la colombe.

Nous ne saurons vraiment qui est l’Esprit Saint qu’au paradis. Nous le vivrons même dans une vie qui n’aura pas de fin, dans un approfondissement qui nous donnera une joie immense. Ce sera comme un feu très doux qui inondera notre âme et la comblera de béatitude, comme lorsque l’amour touche le cœur d’une personne et celle-ci se sent heureuse.

c. « … et il a parlé par les prophètes »

Nous voici à la troisième et dernière grande affirmation sur l’Esprit Saint. Après avoir professé notre foi en l’action vivifiante et sanctifiante de l’Esprit dans la première partie de l’article (l’Esprit qui est Seigneur et donne la vie), on ne parle maintenant de son action charismatique. Un charisme est mentionné pour tous, celui que Paul juge le plus important, soit la prophétie (cf. 1 Cor 14). De ce même charisme on mentionne seulement un moment particulier : l’Esprit Saint qui « a parlé par les prophètes », c’est-à-dire dans l’Ancien Testament. L’affirmation se fonde sur divers textes des Ecritures, mais en particulier sur 2 Pierre 21 : « C’est portés par l’Esprit Saint que des hommes ont parlé de la part de Dieu ».

4. Un article à compléter

La Lettre aux Hébreux affirme que « Dieu, après avoir parlé, dans le passé, par les prophètes, nous a parlé par son Fils » (cf. Hé 1,1-2). L’Esprit n’a donc pas cessé de parler par les prophètes ; il l’a fait avec Jésus et le fait encore aujourd’hui dans l’Eglise. Cette lacune, ainsi que d’autres, dans le symbole, fut comblée peu à peu dans la pratique de l’Eglise, sans avoir besoin, pour cela, de changer le texte du credo (comme ce fut le cas dans le monde latin, avec l’ajout du Filioque). On en a un exemple dans l’épiclèse de la liturgie orthodoxe dite de saint Jacques, qui dit ceci :

« Envoie… ton très Saint Esprit, Seigneur et vivificateur, qui siège avec toi, Dieu et Pèreet avec ton Fils unique ; qui règne, consubstantiel et coéternel. Il a parlé dans la Loi, dans les Prophètes et dans le Nouveau Testament ; il est descendu sous forme de colombe sur notre Seigneur Jésus Christ au bord du Jourdain, se reposant sur lui, et il est descendu sur les saints apôtres… le jour de la sainte Pentecôte »15.

On resterait donc déçu si on voulait trouver dans l’article sur l’Esprit Saint tout, ou du moins le mieux, de la révélation biblique sur lui. Ceci met en évidence la nature et les limites de toute définition dogmatique. Son but n’est pas de tout dire sur un aspect de la foi, mais de tracer un périmètre à l’intérieur duquel on doit placer toute affirmation sur lui et qu’aune affirmation ne peut contredire. A cela s’ajoute, dans notre cas, le fait que l’article fut rédigé à un moment où la réflexion sur le Paraclet était à ses débuts et des raisons historiques contingentes (le désir de paix de l’empereur) imposaient, comme je disais tout à l’heure, un compromis entre les parties.

Mais nous ne sommes pas restés avec les seules paroles du credo sur le Paraclet. La théologie, la liturgie et la piété chrétienne, tant en Orient qu’en Occident, ont revêtu de « chair et de sang » les maigres affirmations du symbole de foi. Dans la séquence de Pentecôte la relation intime et personnelle qui se noue entre l’Esprit Saint et chaque âme (une dimension totalement absente dans le symbole), se reflète dans des titres comme « père des pauvres », « lumière des cœurs », « doux hôte de l’âme » et « très doux soulagement ».

La même séquence adresse à l’Esprit Saint une série de prières, que nous trouvons particulièrement belles et qui répondent à nos besoins. Concluons en les proclamant ensemble, voire en essayant de trouver parmi elles celle que nous sentons le plus comme une nécessité pour chacun de nous :

Lava quod est sórdidum,
riga quod est áridum,
sana quod est sáucium.

Flecte quod est rígidum,
fove quod est frígidum,
rege quod est dévium.

Lave ce qui est souillé,
baigne ce qui est aride,
guéris ce qui est blessé.

Assouplis ce qui est raide,
réchauffe ce qui est froid,
rends droit ce qui est faussé.

© Traduction de ZENIT

1 Lumen gentium 12.

2 Cf. La redécouverte de l’EspritExpérience et théologie de l’Esprit Saint, par Claus Hartmann et Herbert Mühlen, Milan 1975 (éd. originale, Erfahrung und Theolgie des Heiligen Geistes, München 1974).

3 Y. Congar, Je crois en l’Esprit Saint, 2, Brescia 1982, pp. 157-224

4 K. Rahner, Erfahrung des Geistes. Meditation auf Pfingsten, Herder, Fribourg i. Br. 1977.

5 H. Mühlen , Der Heilige Geist als Person. Ich – Du – Wir, Münster in W., 1963

6 U. von Balthasar, Spiritus Creator, Brescia 1972, p. 109

7 J. Moltmann, Lo Spirito della vita, , Brescia 1994, pp. 102-108.

8 M. Welker, Lo Spirito di Dio. Teologia dello Spirito Santo, Brescia 1995, p.62.

9 Edités par Libreria Editrice Vaticana en1983.

10 Third Article Theology : A Pneumatological Dogmatics, a cura di Myk HabetsFortress Press, Septembre 2016.

11 Basile de Césarée, De Spiritu Sancto XVIII, 47 (PG 32 , 153).

12 St Athanase, Lettres à Séraphin, I, 24 (PG 26, 585).

13 Cf. mon livret Deux poumons, une seule respiration. Vers une pleine communion de foi entre Orient et Occident, Editions des Béatitudes 2016.

14 Cf H. Mühlen, Der Heilige Geist als Person. Ich – Du – Wir, Aschendorff, Münster in W. 1963. Le premier à définir l’Esprit Saint « divin Nous » fut S. Kierkegaard, Journal II A 731 (23 avril 1838).

15 In A. Hänggi – I. Pahl, Prex Eucharistica, Fribourg, Suisse, 1968, p. 250.