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Antoine, Satan et les animaux du désert d’Egypte (partie 2)

 

Nous publiions hier, à l’occasion de sa fête la première partie de cette présentation de saint Antoine et des animaux du désert. Aujourd’hui Françoise Thelamon nous invite à entrer dans le combat du moine.

 

    Le combat sans peur du moine

« Seul en tel désert, il n’avait pas peur quand les démons l’attaquaient, ni ne redoutait la férocité de tant de bêtes sauvages, quadrupèdes et reptiles (cf Ac, 10, 12) qui se trouvaient là […] Mais comme il est écrit il avait vraiment confiance dans le Seigneur. »

Et pourtant le combat est effrayant et dangereux, notamment quand Antoine doit affronter les bêtes réputées les plus féroces : les hyènes : « Comme il veillait la nuit, le diable lança contre lui des bêtes sauvages (thèria), et presque toutes les hyènes de ce désert sorties de leurs tanières l’entourèrent : il se trouvait au milieu d’elles. Chaque bête ouvrait la gueule et menaçait de le mordre. Lui comprenant l’artifice de l’Ennemi, leur dit à toutes : ‘Si vous avez reçu pouvoir contre moi (cf Mt 10, 1) je suis prêt à me laisser dévorer par vous ; mais si vous avez été subornées par des démons, ne vous attardez pas, retirez-vous, car je suis serviteur du Christ (cf Rm 1, 1 ; Gal 1, 10 ; Phil 1, 1)’. A ces mots d’Antoine, elles prirent la fuite, chassées par sa parole comme par un fouet (Jb 5, 21) ». L’efficacité de la parole de celui qui proclame son appartenance au Christ est sans appel.

         Tentations et métamorphoses plus douces existent aussi. Il arrive que le démon use de phantasmes d’autant plus pernicieux qu’ils sont moins effrayants ou moins agressifs ainsi une bête hybride.

Ayant épuisé en vain contre Antoine toutes les formes d’animaux les plus féroces possibles, le Diable lui-même se manifeste sous une forme hybride, mi-homme mi-bête : « Il vit une bête (thérion) d’apparence humaine jusqu’aux cuisses mais ayant des jambes et des pieds comme ceux d’un âne. Antoine se contenta de se signer et dit :  ‘Je suis serviteur du Christ (Rm 1,1). Si tu as été envoyé contre moi, me voici’. La bête (thérion) avec ses démons s’enfuit, si rapidement qu’elle tomba et mourut. La mort de la bête était la chute des démons. Ils s’efforçaient par tous les moyens possibles de lui faire quitter le désert, mais ils n’y réussirent pas » commente alors Athanase. De même que, au désert, le Diable avait épuisé différentes tentations face à Jésus avant de reconnaître sa défaite, face à Antoine il a eu recours à tout le bestiaire du désert pour tenter de le faire renoncer à sa vocation : sévices corporels, apparitions terrifiantes n’ont pas eu raison du serviteur du Christ qui en finissant par chasser les hyènes furieuses puis l’onocentaure immonde manifeste un triomphe continu sur le diable par le nécessaire discernement des esprits auquel il accède par l’oraison et l’ascèse. Il acquiert ainsi le pouvoir que Dieu avait donné à Adam avant la faute.

« Les bêtes sauvages seront en paix avec toi » (Jb 5, 23) : avec les bêtes du désert une sociabilité réconciliée peut s’établir

 Jésus lui-même en est le modèle : vainqueur de Satan « il était avec les bêtes sauvages et les anges le servaient » (Mc 1,13). Et cette bonne entente peut prendre diverses formes.

Les animaux peuvent être subjugués par la prière. C’est ainsi qu’Antoine échappe indemne à des crocodiles : « Il dut un jour franchir le canal d’Arsinoé – c’était pour aller visiter des frères. Ce canal était rempli de crocodiles. Il se contenta de dire une prière, entra dans l’eau, lui et tous ceux qui l’accompagnaient, et ils traversèrent indemnes ». Mais la convivialité avec les animaux sauvages et dangereux n’est pas possible pour tous. Seul le moine qui a atteint un haut degré de sainteté peut communiquer avec l’animal Même les serpents peuvent alors être obéissants et serviables.

Certains animaux dotés de discernement peuvent être les agents de la justice divine et un animal peut aussi discerner la doctrine. Ce que fit le cheval d’un officier de haut grade, le dux Balacios qui, acquis aux ariens, persécute les chrétiens nicéens en particuliers les moines et les vierges consacrées. Antoine lui écrit : « Cesse de persécuter les chrétiens si tu ne veux pas que la colère divine te saisisse ». Balacios s’en moque et menace Antoine : « C’est à toi maintenant que je m’en prendrai » et il se met en route avec le préfet d’Égypte Nestorios ; tous deux montaient des chevaux de Balacios « les plus doux de ses écuries. Pourtant avant d’arriver à l’étape, les chevaux se mirent à jouer entre eux, comme à l’habitude. Soudain, le plus doux, celui que montait Nestorios, mordit Balacios, le désarçonna et se jeta sur lui. De ses dents, il lui déchira si bien la cuisse, qu’il fallut le transporter à la ville où, en trois jours, il mourut. Tous admiraient que la prédiction d’Antoine se fut réalisée ». Pour qu’il n’y ait pas de doute sur le sens surnaturel de l’événement, Athanase insiste sur la douceur de ce cheval justicier.

Des bêtes apprivoisées : une sociabilité réussie

Au début de son séjour dans la montagne intérieure, les bêtes sauvages endommageaient les cultures d’Antoine. « Il captura alors tout doucement une de ces bêtes et dit à toutes : « Pourquoi me faites-vous du tort, puisque moi je ne vous en fais pas ? Allez-vous-en et au nom du Seigneur n’approchez plus d’ici. » Dès lors, comme par crainte de la défense, elles n’approchèrent plus de l’endroit. » Le pouvoir sur les animaux est toujours exercé au nom de Seigneur et ceux-ci font preuve d’obéissance et de crainte de Dieu.

 

 Attaques, hostilité, comportements féroces poussés à l’extrême sont toujours présentés comme manifestations des démons ; mais le Démon n’a pas le dernier mot. Il manipule les animaux sur lesquels il a prise ou simplement suscite des phantasmes, mais il est vaincu. Par une ascèse toujours plus poussée, Antoine obtient dès cette terre la réalisation de la promesse : « Je conclurai avec eux une alliance de paix, je ferai disparaître du pays les bêtes féroces. Ils habiteront en sécurité dans le désert » (Ez 34, 25), restauration du Paradis perdu, avant-goût du Royaume à venir.   

         

 

 

 

 

 

 

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Antoine, Satan et les animaux du désert d’Égypte (1ère partie)

 

Alors que l’Eglise nous invite à fêter un des plus grands pères du désert, le professeur Thelamon nous invite à découvrir un peu plus le fameux combat de saint Antoine avec Satan. (à suivre le combat du moine)

Les animaux sauvages sont nombreux dans les déserts d’Égypte où depuis la fin du IIIe s. des hommes qui cherchent dans la vie anachorétique un lieu pour être seuls avec Dieu se retirent en marge des villages, puis dans le désert profond, espace de tous les dangers. Antoine, né vers 251 dans un village de la vallée du Nil, entend l’appel de Dieu, vend ses biens pour pratiquer l’ascèse, puis se retire vers 285 de l’autre côté du Nil, dans un fort abandonné où il demeure vingt ans. Vers 305, pour se perfectionner et combattre les démons, il gagne la montagne de Pispir puis de plus en plus loin à l’est, dans le désert profond, « la montagne intérieure », ce qui ne décourage ni ses disciples, ni les visiteurs.

La Vie d’Antoine, écrite en grec par Athanase d’Alexandrie peu après la mort, en 356, de celui qui était le modèle d’ascèse par excellence, fut rapidement diffusée aussi en latin.

Il est banal de réduire « la tentation de saint Antoine » à la tentative du Diable pour détourner le jeune homme de l’ascèse par la luxure et la fornication : « Ce misérable en venait à prendre la nuit l’aspect d’une femme […] à seule fin de séduire Antoine », mais il échoue et reconnaît sa défaite en apparaissant sous l’aspect d’un petit enfant noir qui avoue : « Je suis l’ami de la fornication. C’est moi qui me suis chargé d’y amener par des pièges et d’y exciter les jeunes gens […] Je suis celui qui t’ai souvent troublé, mais qui autant de fois s’est vu repoussé par toi. » Et Antoine de répondre : « Tu es effectivement bien méprisable, car tu as l’esprit noir et tu es faible comme un enfant ». Antoine – qui vécut jusqu’à 105 ans – eut à subir bien d’autres assauts démoniaques sous la forme de bêtes sauvages. Serpents, scorpions, reptiles, les plus fréquents, chiens et hyènes, les plus dangereux, tels sont ces suppôts de Satan déchaînés contre Antoine qui les combat avec succès.  

Les animaux, des êtres dangereux dénués de raison ou rusés  

Il convient de prendre en compte la représentation des animaux dans la culture des chrétiens en Égypte au IVe siècle, où la vénération des dieux traditionnels, y compris sous forme animale, est encore pratiquée.

Les animaux sont vus comme des êtres dénués de raison, divinisés par les païens et la critique du zoomorphisme est fréquente. Ainsi Antoine dit-il qu’il est scandaleux d’« assimiler Dieu à des êtres sans raison (Ac 17, 29) et par suite de vénérer  des quadrupèdes et des reptiles ». Comme l’exprime un autre moine : « Jadis en Égypte, c’est, énorme et dégoûtante, que l’idolâtrie a abondé… Ils rendaient un culte à chiens, singes et autres bêtes » expliquant la divinisation « au temps de Pharaon » d’animaux ou de choses utiles à la vie : le bœuf, l’eau du Nil, des légumes…

Les animaux sont aussi des figures des hérétiques du moment : les ariens, parce qu’ils sont dénués de raison. Athanase prête à Antoine une vision à valeur présage : « J’ai vu la table de la maison du Seigneur et, tout autour, se tenaient des mulets qui donnaient des coups de pied à ceux qui se trouvaient à l’intérieur comme feraient des bêtes bondissant en désordre », vision prémonitoire qui se révèle exacte : « Nous le reconnûmes tous, les coups de pied de ces mulets annonçaient à Antoine ce que les ariens font actuellement sans raison comme des bêtes ». La perfidia des ariens est stigmatisée par Antoine : « Des sectateurs d’Arius vinrent à lui. Il les interrogea, reconnut que c’étaient des impies et les chassa de la montagne en disant que leurs paroles étaient pires que des serpents ».

Fréquents sont les serpents auxquels le moine est confronté ; c’est la figure emblématique du serpent qui sous-tend tous les textes où il en est question. De la Genèse à l’Apocalypse, la référence au serpent, figure de Satan, figure du mal, est constante. Dans la Genèse il est « le plus rusé de tous les animaux des champs que Dieu avait faits », il est le suborneur par excellence. Mais la malédiction pèse sur lui : « Maudit sois -tu parce que tu as fait cela, maudit sois-tu entre tous les bestiaux et toutes les bêtes sauvages. Tu marcheras sur ton ventre et tu mangeras de la terre ». Cependant le « Menteur et père du mensonge », « le Dragon, l’antique Serpent, le Diable ou le Satan, le séducteur du monde entier » sera vaincu définitivement à la fin des temps.

         En attendant les serpents sont bien présents au désert et Antoine les a combattus, comme jadis les Hébreux. S’enfonçant dans un désert profond, il arrive à la montagne où il va vivre reclus près de vingt ans : « Il trouva, au-delà du fleuve, un fort, désert et, avec le temps, plein de reptiles. Il s’y établit et en fit sa demeure. Les reptiles battirent aussitôt en retraite comme si quelqu’un les poursuivait ». Même quand le moine par sa sainteté exerce sur eux un certain pouvoir, les animaux dangereux, en particulier les serpents, sont toujours des figures du mal et de Satan. La protection divine permet de s’en défendre, de les écraser ou de les battre ; ainsi se réalise la promesse du Ps 90 : « Dieu donne mission à ses anges de te protéger. Tu marcheras sur la vipère et le scorpion, tu écraseras le lion et le Dragon. » Mais il n’y a pas que les serpents !

 

 Quand les démons attaquent sous l’aspect de bêtes sauvages

Des bêtes sauvages d’aspects multiples assaillent Antoine avec une extrême violence, manifestations démoniaques qui se déclinent sous l’aspect de toute la faune du désert.

       Les attaques de bêtes sauvages : des ruses du Démon

L’Ennemi convoque ses chiens (kunais) – on y a vu une référence à la divinité à tête de chien ou de chacal : Anubis – ;   puis viennent les démons métamorphosés en bêtes sauvages et reptiles (thèrion kai herpreton) : lions, ours, léopards, taureaux, serpents, vipères, scorpions, loups, cortège en somme du dieu Seth, frère ennemi d’Osiris, dieu du mal qui règne sur le désert. Dans un vacarme épouvantable, ils attaquent Antoine qui vivait alors dans un tombeau et qui, déjà molesté par le démon lors d’un premier combat, priait étendu sur le sol.  

 

 « Le lion rugissait dans l’intention d’attaquer, le taureau semblait donner de la corne, le serpent rampait mais sans l’atteindre, le loup s’élançait mais son élan était suspendu. Absolument terrible était la fureur de toutes ces apparitions, jointe au hurlement de leurs cris […] Ils grinçaient des dents contre lui, furieux de s’être joués d’eux-mêmes plutôt que de lui » et « Une autre fois, ils emplirent la maison de chevaux, de fauves et de reptiles ». La métamorphose sous forme de bêtes sauvages fait partie de la tactique des démons : « Ils façonnent des apparences trompeuses et tâchent d’effrayer en se métamorphosant (2 Co 11, 13) et en prenant l’allure de femmes, de bêtes sauvages, de serpents, de géants ou d’une grande troupe de soldats ».

Notre photo, la tentation de saint Antoine, triptique de Jérôme Bosch

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Vatican – Bénédiction annuelle des animaux en la fête de saint Antoine

Si vous êtes éleveurs, amis des animaux ou encore passionnés d’équitation, vous le savez surement, saint Antoine est le patron des éleveurs. Les patronages que récupèrent nos grands saints sont parfois surprenants et à certaines occasions en relation indirecte avec leur propre vie. Comme nous le relations dans cet article, c’est plutôt aux animaux sauvages que le saint patron des moines avait à faire. Mais il est vrai qu’il sut les amadouer et vivre avec eux.

Le Rituel des bénédictions donne le sens de cette bénédiction : « Puisque certains animaux, selon la disposition providentielle du Créateur, participent à la vie des hommes, soit en leur apportant de l’aide pour les travaux, soit pour leur nourriture ou leur délassement, rien n’empêche qu’à certaines occasions, comme la fête d’un saint, on conserve la coutume d’invoquer sur eux la bénédiction de Dieu ».

Comme le veut la tradition, rapporte Zenith,pour la fête de saint Antoine abbé, patron des éleveurs, une bénédiction d’animaux domestiques et de la ferme a eu lieu au Vatican ce mardi 17 janvier 2017 : c’était en effet la « Journée de l’éleveur » promue par l’Association italienne des éleveurs (AIA).

Pour la dixième fois,  l’Association italienne des éleveurs  a organisé une « Ferme à ciel ouvert » en face des colonnades du Bernin, sur la place Pie XII. À 11h30, le cardinal Angelo Comastri, vicaire général pour la Cité du Vatican, a présidé  une messe pour les agriculteurs en la basilique Saint-Pierre.

Les éleveurs de toute l’Italie, mais aussi les gens du quartier et les maîtres de chiens et de chats sont venus pour faire bénir leurs animaux, mais aussi les forces de l’ordre notamment la police et les carabiniers à cheval.

 

Agenda / Annonce

Alsace – Mgr Pascal Gollnisch à la traditionnelle « Montée vers Saint-Antoine » d’Uffholtz

La Montée vers Saint Antoine a lieu tous les ans à Uffholtz à la date la plus proche du 17 janvier, fête de Saint Antoine le Grand. Il est habituellement représenté avec un cochon et une clochette. Il est le patron des bouchers, vanniers et des ermites. La fête débute par une messe, présidée par un prélat et animée par une musique. Des pains sont bénis et offerts aux fidèles. Elle est suivie par une marche jusqu’à la chapelle Saint Antoine en forêt pour une courte veillée et une dégustation de vin chaud.

C’est Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’Œuvre d’Orient et vicaire général de l’Ordinariat des catholiques orientaux de France, qui présidera cette 25ème édition, le samedi 14 janvier, à Uffholtz en Alsace.

Programme :

15 h 30 accueil public du prélat dans la salle d’honneur de la mairie, avec animation par la chorale de l’Amitié et la compagnie du Sarto.

Afficher l'image d'origine 17 h : célébration à l’église Saint-Érasme avec la participation de la Musique municipale de Steinbach. Bénédiction et partage des pains. Concert puis marche vers la chapelle saint Antoine en forêt. Arrivée à la chapelle de Saint Antoine : chants, prières, méditations, bénédiction des pèlerins.

Agapes au Foyer Saint-Érasme et à l’Auberge du relais. Repas traditionnel unique (réservation : 06 72 79 47 50)

NB : La montée aura lieu, quel que soit le temps ; prévoir une lanterne, de bonnes chaussures et des vêtements chauds.

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