Aimons notre Patrimoine spirituel : soyons soucieux de le respecter comme appartenant au bien commun. Mgr Giraud

Le Patrimoine n’appartient pas au passé, et cela d’autant plus lorsqu’il est de nature spirituelle. Qui pourrait prétendre ou encore moins souhaiter que sa famille et son vécu n’appartiennent qu’au passé ? Or, le terme de “Patrimoine” renvoie lui-même à nos “Pères”, ceux qui nous précèdent et nous engendrent. Cela revêt déjà d’un sens profond tout ce que nous reconnaissons comme composant ce panorama du Patrimoine chrétien. Il s’agit d’objets ou d’édifices, mais aussi d’écrits, d’images ou de paroles, cohorte de témoignages d’un temps toujours appelé à être révolu mais vécu par des hommes et des femmes dont nous partageons et perpétuons une même foi en la résurrection du Christ.

Et il n’est pas anodin que le christianisme, qui est moins religion du livre que religion de la Parole, du Verbe incarné, donne à notre monde tant de monuments, c’est-à-dire de jalons de son histoire, de la formation de sa pensée, de la structuration de ses sociétés. Certains des plus célèbres lieux de cette mémoire chrétienne sont d’ailleurs reconnus comme trésors de l’humanité : nous songeons à bon droit, en terre icaunaise et par ce mois de juillet mûrissant, au phare spirituel de la Madeleine de Vézelay. Depuis des générations – et pour combien d’autres encore – ce sanctuaire répète le message d’espoir du matin de Pâques, l’annonce de celle qui fut le premier témoin du ressuscité et “l’Apôtre des apôtres”.

Mais, comme nos familles, le Patrimoine se compose tout de même essentiellement des petits, des obscurs, de ceux que nous aimons tant dans leur quotidien simple mais essentiel de serviteurs, de passeurs. Ainsi, elles sont nombreuses ces chapelles, ces croix érigées parfois au milieu de nulle part, elles attendent souvent de reprendre vie ces églises peuplées d’images auxquelles nous avons tous confié, un jour ou un autre, nos doutes, nos joies, dans un moment d’éternité. La valeur artistique nous importait-elle alors ? Ne s’agissait-il pas de contempler, au-delà d’une forme artistique ou de son ambiance esthétique, le mystère non pas dissipé mais devenu intelligible par la démarche de l’artiste.

L’Église a su, depuis son origine, s’associer l’art, ses artistes et ses artisans. Elle a pu paraître une mère exigeante envers eux sous bien des aspects, mais il est manifeste qu’elle a dialogué avec ce que la culture du temps proposait. Chemin faisant, elle montre que le bien et le beau se rencontrent lorsque la glèbe dont nous sommes pétris sait, par le fait de l’art, exprimer l’Esprit qui la traverse. Il n’est plus alors question d’art savant ni de dévotion populaire, mais d’une même faculté humaine de discerner le sens au-delà de la forme.

Aimons donc notre Patrimoine spirituel : soyons soucieux de le respecter comme appartenant au bien commun. Interrogeons ce Patrimoine : il ne demande qu’à nous livrer la pensée et la prière de ceux qui l’ont façonné ou admiré. Faisons vivre ce Patrimoine : l’enracinement de la foi dont il témoigne est annonciateur d’éternelles floraisons. Car le Patrimoine appartient déjà à demain.

Mgr Hervé Giraud, archevêque de sens & Auxerre

 

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