Alep – Entretien avec Myriam 12 ans – « Être chrétienne a été une force, chaque jour, pendant cette guerre. »

Myriam Rawick est une jeune chrétienne aleppine de 12 ans qui a vécu à Alep pendant toute la guerre. Elle vient de sortir son journal, aidé par le journaliste français Philippe Lobjois, sur ces années de guerre : Le journal de Myriam aux éditions Fayard.

Myriam, tu as 12 ans et tu viens de sortir un livre avec un journaliste français pour raconter ta vie pendant la guerre, à Alep. Pourquoi ?

 

C’est ma maman qui m’a donné l’idée d’écrire. C’était une manière de ne pas garder pour moi toutes les horreurs de cette guerre. Mais jamais je n’ai pensé que ce journal serait un jour publié. J’ai rencontré Philippe et, si ces lignes peuvent permettre aux Français de découvrir quelle a été la réalité quotidienne de cette guerre, alors tant mieux !

Comment cette guerre a-t-elle commencé pour toi ?

J’habitais un quartier appelé en arabe « la montagne de la Vierge ». Un matin, les combattants de l’armée « libre » sont entrés dans le quartier. Ils étaient tous armés, ils hurlaient et cassaient, ils portaient des djellabas courtes et noires, de longues barbes, et hurlaient « Allahou Akbar ». Jamais je n’avais vu ça. J’avais simplement très peur, comme tous mes amis et ma famille. Puis, la guerre a commencé, nous n’avions plus d’eau, plus d’électricité. Plus rien n’était normal dans notre vie. Ma famille a fini par fuir. Le père Georges, des maristes d’Alep, nous a accueillis, comme de nombreuses familles qui fuyaient, elles aussi… Il a fallu tout recommencer, en se protégeant des obus qui rendaient la vie impossible. Nous avions tout le temps peur.

Depuis décembre dernier, l’armée syrienne a repris toute la ville. Qu’est-ce qui a changé ?

Mais tout ! La vie est un petit peu plus normale désormais. D’abord, il n’y a plus de chutes d’obus et je peux sortir avec mes amis dans la rue sans que maman tremble de peur… Je peux retourner à l’école, le bus passe à nouveau, nous avons de l’eau et de l’électricité… Le sourire est revenu sur les visages, nous recommençons à imaginer l’avenir.

Tu es chrétienne et Syrienne… Qu’est ce que ça change ?

Oui, je suis les deux, mais j’ai vécu cette guerre avec la force d’être chrétienne. Ça a vraiment été très important pour moi. Cela me permettait de prier avant d’aller dormir, de confier cette peur à Dieu, de prier pour que la paix revienne… J’allais à la messe avec mes amis. Être chrétienne a été une force, chaque jour, pendant cette guerre.

Comment vois-tu ce voyage que tu fais en France ?

Je suis fière de parler de mon pays, de pouvoir servir à faire connaître notre vie aux Français. Je veux juste raconter ce que j’ai vécu. J’ai raconté dans ce journal la vérité de notre quotidien, rien de plus. Mon enfance. Je veux aussi dire aux Français que j’espère de tout mon cœur qu’ils ne vivront jamais ce que nous avons subi. Je veux les encourager à aimer leurs prochains, à ne jamais chercher la guerre.

Qu’espères-tu désormais ?

La paix, rien que la paix !

Source Christianophobie Hebdo.

 

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