Amoris Laetitia : le début d’une solution ?

En s’exprimant de manière assez nette et forte, le cardinal Müller a peut-être marqué le débat sur les interprétation du chapitre VIII d’Amoris Laetitia. Défendant une lecture de l’exhortation apostolique en continuité avec le magistère précédent, le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi s’est exprimé sur un sujet important, en affirmant que les divorcés dits remariés, à moins de vivre comme frère et sœur, ne peuvent accéder à la communion eucharistique. Mieux : il parle bien de “loi divine”, concernant cette question. Sur ce point, il semble donner un axe de lecture autorisé pour Amoris Laetitia.

Certes, l’intervention du cardinal, pas plus que les autres prises de position, ne s’exprime sous un mode magistériel, ni même officiel. Mais l’autorité et les fonctions de l’intéressé font que sa position ne pourra que faire date et marquer la controverse. Le cardinal Müller défend Amoris Laetitia, mais il met en garde les évêques contre une lecture rapide et des conclusions hâtives du chapitre VIII. On peut toujours opposer les encouragements feutrés du pape François, les tribunes publiées dans l’Osservatore romano, mais, dans ce cas, dans ce “jeu” pastoral, en quoi la position du cardinal Müller devient-elle moins importante ? A ce jeu, à position à valeur égale, c’est forcément la plus convaincante sur le plan de l’orthodoxie de la foi qui l’emporte.

Il est difficile d’imaginer que le cardinal Müller intervienne gratuitement, sans un minimum d’aval en haut-lieu. Le pape François n’a pas cherché à répondre aux Dubia. Mais il n’a pas empêché certains évêques et le gardien de la doctrine de la foi d’intervenir. Il ne les peut-être pas encouragés, mais il ne les a pas démentis. Et le cardinal Müller s’exprime plutôt sereinement. D’autres épiscopats pourront s’inspirer de cette position modératrice. Certains ont déjà exclu une interprétation en contradiction avec le magistère précédent, comme c’est le cas en Pologne, chez certains évêques américains ou parmi les évêques canadiens, ceux de la province de l’Alberta. Il n’y a que chez les évêques maltais (2 évêques au total…), chez les évêques allemands (encore, on note quelques divergences dans l’épiscopat) et chez les évêques argentins que l’on se résout à donner la communion aux divorcés remariés qui ne renoncent pas à l’abstinence. Et encore, faut-il noter des maladresses dans le raisonnement, car dans la réflexion des évêques maltais, l’accès à l’eucharistie peut se faire en-dehors même de toute confession d’un péché mortel, dès lors que les concubins se sentent “en paix avec Dieu”… Ce faisant, c’est créer une économie sacramentelle spéciale pour une catégorie de baptisés, dont on se demande si elle ne finira pas par se heurter au mur de la doctrine.

Une hirondelle ne fait pas le printemps, mais le gel de l’hiver n’a pas vocation, non plus, à durer…

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