Anne Coffinier dresse le bilan du quinquennat Hollande sur l’education

Dans un entretien accordé à Breizh-info, Anne Coffinier, présidente de la Fondation pour l’école, dresse le bilan du quinquennat Hollande sur l’éducation.

 

Extraits

 Quel bilan tirez- vous du quinquennat Hollande en matière d’éducation ?

Anne Coffinier : Le quinquennat Hollande s’est ouvert sur une promesse tonitruante : le recrutement de 60 000 professeurs supplémentaires, qui n’a en pratique pas pu être tenue, notamment parce qu’elle s’est heurtée à la crise des vocations enseignantes. Du coup, d’une part, l’on a dangereusement baissé le niveau de recrutement des enseignants titulaires dans certaines disciplines où les candidats sont rares et, d’autre part,  l’on recourt à un nombre excessif de contractuels aucunement formés (comme l’a montré l’émission d’Envoyé spécial)

A cela s’est ajoutée la réforme des rythmes scolaires : un cauchemar pour les parents en termes d’organisation, avec un contenu pédagogique douteux, et un casse-tête coûteux pour les maires.

De plus, le quinquennat a vu la mise en oeuvre d’une prétendue réforme du collège d’une part et des programmes d’autre part, dont la nocivité a été unanimement dénoncée. Cette réforme dictée par un égalitarisme aveugle a fait beaucoup de mal à l’école publique qui n’a pu maintenir les filières et les matières les plus exigeantes, sous prétexte que tous les élèves ne seraient pas capables de suivre de tels enseignements.

Pour finir, il faut noter la promotion obsessionnelle par l’Education nationale d’une approche moralisatrice (même si c’est une anti-morale) et déconstructiviste de tout sujet abordé à l’école. Najat Vallaud- Belkacem s’est adonnée à un véritable matraquage idéologique faisant feu de tout bois pour inculquer dès le plus jeune âge aux enfants les nouvelles tables de la loi issues de la théorie du genre et de la sainte charte de la laïcité. Ces délires ont pris des proportions affligeantes et nombre de familles très attachées à l’école publique ont dû se replier sur l’école privée pour préserver leurs enfants de telles âneries.

Enfin, les ministères de Vincent Peillon comme de Najat Vallaud-Belkacem ont été marqués par une antagonisation voulue et revendiquée des relations entre la famille et l’école, puisque le gouvernement a officiellement confié à l’école publique la mission d’arracher les enfants à l’influence de leur famille. C’est dans cet état d’esprit que Najat Vallaud-Belkacem a lancé une véritable chasse aux sorcières contre les écoles indépendantes, parce qu’elles sont plus soucieuses d’être en harmonie avec la vision éducative des familles (dans le respect de l’ordre public et des bonnes mœurs, bien sûr) que d’être conformes aux attentes idéologiques de l’Education nationale.

Ainsi, des centaines et des centaines d’écoles indépendantes ont été inspectées en moins d’un an par de véritables commandos venus en nombre avec un esprit trop souvent inquisitorial et malveillant. C’est ainsi que de toutes petites écoles ont été inspectées de manière impromptue par des brigades constituées d’une dizaine d’inspecteurs !  Najat Vallaud -Belkacem a prétexté la nécessité de prévenir la radicalisation islamiste pour renforcer les inspections sur  toutes les écoles indépendantes (alors que les  terroristes français étaient tous, faut-il le rappeler, des enfants de l’Education nationale), et a fini par inspecter surtout les écoles catholiques indépendantes, alors qu’elle se résignait – impuissante – à voir fonctionner comme si de rien n’était l’école musulmane Al-Badr de l’imam Rahhaoui de Toulouse pourtant condamnée par le juge à la fermeture.

Breizh-info.com : Que vous inspire la nomination du nouveau ministre de l’Education nationale ? Il semblerait que le ton et la pédagogie ne soient pas les mêmes qu’avec Belkacem, qui en fit même la grimace …

Anne Coffinier : La nomination de J.M. Blanquer est en soi une assez bonne nouvelle. Il connaît le système éducatif, a une vraie volonté de réforme, et sait très bien ce que des écoles réellement libres peuvent apporter au pays et à son école publique. Tout dépendra de l’attitude des syndicats qui sont hélas capables de bloquer ses réformes « par principe ». Jusqu’à présent, aucun ministre de l’Education nationale n’est arrivé à imposer sa volonté à cette administration. Y arrivera-t-il ? Saura-t-il neutraliser les forces corporatistes et sectaires si bien implantées dans ce ministère depuis si longtemps ?

Breizh-info.com : Comment se porte l’école, en cette fin d’année scolaire 2016-2017 ?

Anne Coffinier : Mal, secouée par des réformes successives qui l’ont bouleversée sans régler le fond des problèmes. Les professeurs sont très fatigués, très las de cette situation. Ils savent qu’il faut tout réformer profondément mais ont peur de souffrir encore et en vain, comme ce fut leur expérience ces 15 dernières années.

 

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