Attaques contre SOS Chrétiens d’Orient ?

Lors de l’assemblée plénière de la conférence des évêques de France, Mgr Gollnisch, directeur de LOeuvre d’Orient, devait s’exprimer sur la situation des chrétiens d’Orient, en France, mais aussi à l’étranger. Outre Mgr Mirkis, archevêque chaldéen catholique de Kirkouk, il y avait donc un deuxième invité appelé à s’exprimer sur ce sujet à la réunion de l’épiscopat Français. Mgr Gollnisch a également la qualité de vicaire général de l’ordinariat des catholiques orientaux de France.

Visiblement, c’est en étant interrogé par un évêque Français qu’il aurait vivement mis en cause l’association SOS Chrétiens d’Orient, si l’on croit les tweets d’une journaliste du Pèlerin :

Nous restons prudents sur la teneur des propos, d’autant plus qu’ils sont rapportés par une journaliste qui a vraisemblablement assisté à la réunion plénière ou bénéficié de la primeur d’un témoignage direct. En tout état de cause, ces propos n’ont pas été confirmés.

Mais si cela correspond à ce qui a été dit, il ne peut, hélas, qu’y avoir un malaise. D’une part, cela témoigne d’une véritable irritation de certains qui agissent en leur faveur. La réalité est que SOS Chrétiens d’Orient a pris de l’ascendant dans les opérations de terrain pour les chrétiens d’Orient. Pourtant, dans cet éventail d’associations, il y a de la place pour tout le monde. L’Oeuvre d’Orient continue à bénéficier d’une notoriété et d’un sérieux auprès des communautés chrétiennes et de leurs évêques. La multiplication des associations solides et expérimentées est plutôt une bonne chose et devrait entraîner une saine émulation. Après tout, l’Oeuvre d’Orient n’a-t-elle pas cherché, récemment, à mettre en place des volontaires sur le terrain ? Il est dommage que la complémentarité entre ces différentes ne soit pas soulignée.

Quant à accuser l’association d’accointance avec le FN et Marion Le Pen, ce grief étonne. Outre le fait que Marion Le Pen s’est mise en retrait, le FN ne s’est guère impliqué sur la question des chrétiens d’Orient, pour ne pas dire bien moins que certaines personnalités politiques françaises, nullement assimilables au FN. À ce titre, on se souviendra des propos de l’ancien FN Florian Philippot, qui refusait que la France accueille des chrétiens d’Orient… Certes, l’accusation de proximité avec le FN lancée par Mgr Gollnisch surprend. Après tout, personne n’a fait à Mgr Gollnisch le reproche d’avoir un lien de parenté avec une personnalité du FN. Et c’est tant mieux ! En revanche, le seul homme politique français à avoir organisé une grande réunion de soutien aux chrétiens d’Orient, où était convié Mgr Gollnisch, était François Fillon, qui a été depuis battu aux présidentielles dans les circonstances que l’on connaît.

Enfin, une accusation rend particulièrement perplexe : c’est celle qui reproche à SOS Chrétiens “une grille de lecture, qui consiste à opposer chrétiens et musulmans, qui formeraient des groupes homogènes, et à importer cette rhétorique en France”. Pour qui a fréquenté un tant soit peu SOS Chrétiens d’Orient, on connaît la prudence et la politique d’entente cordiale avec les musulmans des différents pays où l’association a des missions. À ce titre, faut-il rappeler que les volontaires en Syrie visitent obligatoirement la Mosquée des Omeyades de Damas ou que le directeur de SOS Chrétiens d’Orient, Benjamin Blanchard, a déjà rencontré les responsables officiels musulmans de Syrie ?

Si SOS Chrétiens d’Orient tenait un discours tendant à la mise en place de “groupes homogènes”, il y aurait bien longtemps que les différentes missions auraient échoué. Qui plus est, dans certains pays comme l’Irak ou la Syrie, les chrétiens ne sont plus en mesure de créer des entités politiques autonomes. C’est une différence notable avec les communautés kurdes, chiites ou alaouites. Il n’existe pas de zones chrétiennes suffisamment étendues. Cette accusation de mise en place de “groupes homogènes” colle peu à la réalité. SOS Chrétiens d’Orient n’est pas une milice ou un groupe à visée politique.

Soyons sérieux : pour travailler sérieusement dans un pays étranger, une ONG a besoin d’une entente maximale avec les autorités et les communautés locales. Et cela passe nécessairement par de bonnes relations avec les autres communautés religieuses. Non, SOS Chrétiens d’Orient n’est pas une association d’inspiration néo-conservatrice, visant à fragmenter les pays arabes. Sa naissance est même consécutive aux déchirements créés par des révolutions arabes, qui ont pris de court les chancelleries occidentales.

On peut se demander si le danger suprême n’est pas de céder à certains réflexes. Ceux des accusations faciles, lancées publiquement, en présence des évêques de France, dont on sait qu’ils sont très divisés sur un grand nombre de sujets. Était-il souhaitable de raviver des polémiques, surtout à un moment où autant l’horizon des chrétiens d’Orient que celui des chrétiens de France devient incertain ?

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