Au Timor-Oriental, l’évêque prie pour la paix et le bon déroulement des élections

Le 2 mars dernier, les huit candidats à l’élection présidentielle ont pris part à une marche à travers la capitale Dili et, à l’issue de celle-ci, ont signé un engagement à œuvrer pour la paix et un déroulement pacifique des élections à venir. Signe de l’influence de l’Eglise dans ce pays de 1,2 million d’habitants dont 98 % sont catholiques, ils répondaient à une initiative de l’évêque de Dili.

« Pour permettre la croissance de la société dans toutes ses dimensions, l’Eglise souhaite que les dirigeants politiques chérissent la paix et prennent en considération toutes les composantes de la société », a affirmé Mgr Virgilio do Carmo da Silva, évêque de Dili, en prenant la parole devant les candidats rassemblés. L’évêque venait de mener une marche d’environ 5 km à travers Dili, qui a vu une foule de quelque 5.000 personnes cheminer de la paroisse Saint-Joseph à un sanctuaire marial adjacent à l’évêché, en récitant le chapelet et en écoutant des méditations sur la paix.

La marche et l’engagement signé par les candidats à la présidentielle ont été organisés la veille du lancement officiel de la campagne électorale. Celle-ci se déroule du 3 au 17 mars, avant le scrutin fixé au lundi 20 mars. L’élection présidentielle sera suivie en juillet d’élections législatives.

Le rôle de l’Eglise

Au Timor-Oriental (devenu officiellement Timor Leste), l’Eglise joue un rôle important. Dans cette ancienne colonie portugaise, devenue indépendante en 1975 mais envahie militairement et annexée dès l’année suivante par l’Indonésie, l’Eglise a incarné la permanence et la sauvegarde de l’âme et de la culture du peuple est-timorais durant le quart de siècle qu’a duré l’occupation indonésienne. Après 1999 et trois années d’administration par l’ONU, le pays, devenu officiellement indépendant en 2002, a continué de connaître une instabilité forte ; lors du soulèvement militaire de 2006 ou bien encore les attaques menées contre le président et le Premier ministre en 2008, l’Eglise a fait figure de pôle de stabilité et d’instance pacificatrice pour une nation encore fragile. Après les élections présidentielles de 2012, les élections de cette année se présentent comme l’occasion pour les jeunes institutions démocratiques du pays de confirmer leur solidité.

Le 2 mars, José Ramos-Horta était aux côtés de l’évêque de Dili. Co-lauréat du prix Nobel de la paix en 1996 avec Mgr Carlos Filipe Ximenes Belo, alors évêque de Dili, président de la République de 2007 à 2012, José Ramos-Horta a choisi de ne pas se présenter devant les électeurs cette année. Fort de cette stature, il a lui aussi exhorté les huit candidats en lice à respecter la paix civile et les équilibres sur lesquels le Timor-Oriental indépendant se construit. « En tant que chrétiens, nous devons tous chérir la paix, qui est constitutive de l’identité culturelle du Timor », a-t-il déclaré devant la foule et les candidats réunis.

Au Timor-Oriental, les institutions font du président de la République une personnalité aux pouvoirs principalement symboliques, même si ses attributions font de lui le commandant en chef des forces armées et qu’il dispose d’un droit de veto pour bloquer certaines des lois votées par le Parlement national, un Parlement monocaméral. Le Premier ministre, désigné par le Parlement, dispose de l’essentiel du pouvoir exécutif.

Faire émerger une opposition face à l’alliance Fretilin-CNRT

Sur les huit candidats en lice (sept hommes et une femme), le favori est Francisco ‘Lu Olo’ Guterres. Ancien guérilleros à l’image de la plus grande partie des élites politiques actuelles, âgé de 63 ans, il préside le Fretilin (Front révolutionnaire pour l’indépendance du Timor-Oriental), le parti historique de la résistance face au Portugal puis face à l’Indonésie. Président du Parlement de 2002 à 2007, il a également le soutien du CNRT (Congrès national pour la reconstruction du Timor), les deux partis, le Fretilin et le CNRT, ayant formé en 2015 une coalition pour exercer le pouvoir. Face à lui, quatre candidats sont soutenus par des partis politiques et trois autres se présentent en indépendants, soucieux notamment de lutter contre la corruption et la concentration du pouvoir entre les mains d’une petite élite éduquée.

Après l’élection présidentielle, qui se déroulera très probablement en deux tours, le second tour étant prévu en avril, les élections législatives (à un seul tour, à la proportionnelle) verront si une force d’opposition à l’alliance Fretilin-CNRT peut émerger. L’actuel président de la République, Taur Matan Ruak, ambitionne d’incarner cette opposition renouvelée, à la tête du récemment fondé Parti de libération du peuple (PLP).

Le PLP et Taur Matan Ruak affirment que l’actuel gouvernement a oublié « le peuple » en se concentrant sur des projets de développement, des infrastructures notamment, qui, s’ils créent de la croissance économique, ne profitent pas assez à la population. Taur Matan Ruak appelle à une décentralisation du pouvoir, au profit des chefs de village. « L’Etat au Timor Leste est beaucoup trop centralisé. Il accapare les talents, les énergies et concentre les privilèges. Il gaspille les ressources, faisant de milliers d’Est-Timorais des citoyens de seconde classe », a-t-il affirmé il y a quelques mois devant les élus du Parlement.

Des défis économiques et humains considérables

De son côté, le gouvernement met en avant les efforts déployés en matière de lutte contre la pauvreté et le fait que, par exemple, près des trois quarts des foyers sont désormais reliés à l’électricité. Un rapport officiel indique toutefois qu’en 2014, le nombre des personnes vivant sous le seuil de pauvreté était de 489 000, soit une proportion très forte pour une population totale de 1,2 million d’habitants et une faible diminution par rapport au chiffre de 2007 (509 000 personnes sous le seuil de pauvreté).

Les observateurs économiques mettent en avant le défi que représente l’après-pétrole. Aujourd’hui encore, les ressources de l’Etat proviennent à 90 % des recettes tirées de l’exploitation des gisements offshore de gaz et de pétrole. En 2014, l’un des deux principaux champs d’hydrocarbure a cessé de produire, et l’épuisement de cette ressource se profile à l’horizon. Selon les projections des experts, si les dépenses de l’Etat continuent à ce rythme, le Fonds pétrolier du Timor Leste, le fonds souverain mis en place pour faire bénéficier les générations futures des revenus tirés du pétrole et du gaz, pourrait être réduit à néant d’ici douze ans.

Les défis qui se posent à la jeune nation est-timoraise demeurent considérables. Il est estimé que 60 % des jeunes sont sans emploi, alors même que plus de la moitié de la population est âgée de moins de 19 ans. Dans un tel contexte, la relation tissée entre l’Eglise et l’Etat demeure cruciale pour l’avenir et la stabilité du pays. Selon Marcal Evaristo, un responsable laïc au sein de l’évêché de Dili, il appartiendra au futur président de veiller non pas tant au seul développement économique du pays qu’au respect et à la défense de la doctrine sociale de l’Eglise dans tous les aspects du développement humain. Au rang des priorités figure l’éducation, un domaine où l’Eglise est un acteur majeur au Timor-Oriental et où la coopération entre l’Etat et elle pourrait être un levier efficace afin de permettre aux familles de s’extraire de la pauvreté.

Source : Eglises d’Asie

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