Aujourd’hui j’ai appelé le planning familial – Délit d’entrave ?

Un lecteur nous propose cet article déjà ancien, mais d’actualité !

Aujourd’hui, j’ai appelé le numéro vert du planning familial. Je suis enceinte de deux mois, une « grossesse non désirée », comme on dit. Que me propose-t-on ?

La réponse ne se fait pas attendre : tout d’abord, j’ai le choix. Le choix entre deux méthodes d’IVG, médicamenteuse, ou par aspiration. La seconde est « identique à la pose d’un  stérilet : sauf qu’au lieu de poser, on aspire ». Me voilà rassurée. Je demande s’il est possible de discuter avec des femmes qui ont vécu la même situation que moi. Bien sûr ! La dame me donne le numéro d’un autre Planning dans lequel des femmes qui vont avorter se réunissent afin d’en discuter, « et d’avorter ensemble ». Comme c’est convivial ! Remarquons dès l’abord qu’il s’agit de femmes qui vont avorter, et non de femmes qui en ont déjà fait l’expérience.

Je demande timidement : est-il possible d’avoir des témoignages de femmes qui ont choisi de garder leur enfant ? La réponse tombe immédiatement : non, il n’y en a pas. Pourquoi ? Parce que ces femmes-là ne ressentent pas le besoin de témoigner. Ah bon.

Au bout d’un moment, intriguée, la dame me demande : « Mais qu’est-ce qui vous gêne dans le fait d’avorter, puisqu’il n’y a pour vous aucun problème, ni légal ni médical, et que vous ne désirez pas cet enfant ? » Je mentionne timidement le fait que, quand même, c’est un futur bébé, ou au moins un petit être vivant. Vive réaction de l’autre côté : « Non, il faut vous sortir ça de la tête. (Tiens, ma liberté vient d’en prendre un coup). Nous au Planning, on pense que c’est pas un enfant tant qu’on ne désire pas poursuivre la grossesse. A partir du moment où on désire un enfant, alors ça devient un enfant. C’est pour ça  que nous parlons de cellule-œuf, et pas de fœtus, et encore moins de bébé. » Même embryon, c’est trop, apparemment.

J’insiste : et si je voulais garder l’enfant, y-a-t-il des endroits où je pourrais être accompagnée ? Silence gêné en face : « Attendez, je vais chercher un prospectus, pour voir ce qu’ils disent… Euh… » J’entends des bruits de papiers remués, et des grattements de gorge. Je dois bien constater que ce n’est pas très pro, pour une femme payée par le gouvernement pour répondre à ce genre de questions. Elle finit par se souvenir qu’il est possible en France d’accoucher sous X, et me donne l’adresse du site internet du CNAOP, « Conseil National pour l’Accès aux Origines Personnelles », c’est-à-dire l’organisme qui permet aux enfants nés sous X de rechercher leurs géniteurs s’ils le désirent. Merci pour l’info.

Ce moment d’hésitation passé, on revient aux choses sérieuses : l’avortement par aspiration. Est-ce que ça fait mal, demandè-je ? « Oui, un peu comme les règles. Mais les femmes qui témoignent parlent surtout d’un sentiment de soulagement. Et puis, sachez que ça ne vous empêchera pas d’avoir des enfants plus tard ! ». Et d’ajouter : « Oui, car on accueille aussi des femmes qui veulent des enfants, mais qui n’y arrivent pas tout de suite. Vous savez, tout ça, c’est aussi dans la tête. C’est amusant, quand on y pense. Quand on n’en veut pas, ça marche, puis quand on en veut, ça ne marche plus ! » Mais ce n’est qu’un « pur hasard, qui n’a rien à voir avec l’IVG ! »

D’ailleurs, il faut faire attention aux anti-IVG, qui se servent de ce type d’arguments pour vous faire peur. « Je dis ça pour vous mettre en garde, comme vous avez l’air de chercher des témoignages. Il ne faut aller que sur les sites du gouvernement et du Planning Familial. » (Sites qui, rappelons-le, ne proposent aucun témoignage de femmes ayant décidé de garder leur bébé, ni aucune information sur les démarches à faire pour cela.)

Désireuse de poursuivre sur cette ligne, le ton se fait plus pressant : « Attention néanmoins à ne pas perdre trop de temps, puisque vous êtes déjà à deux mois ! ». Je rebondis aussitôt : « Que se passerait-il si je dépassais la date-limite ? » – « Nous, au Planning Familial, on pense que ça serait mieux de supprimer cette loi qui fixe une date-limite. C’est pourquoi on est prêts à accompagner les femmes jusqu’à l’étranger s’il le faut. Mais bon, là, je parle en militante. » En militante. La voilà l’information neutre et bienveillante subventionnée par le gouvernement.

Je m’apprête à raccrocher sur ces bonnes paroles, quand la gentille dame insiste une troisième fois pour me donner le numéro du centre d’IVG le plus proche. Je l’accepte, et la dame de conclure : « Je sais que c’est un choix difficile qui vous attend. Mais vous savez, dans la vie, tous les grands moments sont affaire de choix difficiles : choisir ses études, choisir son compagnon, acheter un appartement… Bon courage pour ce choix-là ! »

J’ai 23 ans, je suis en couple depuis deux ans. Je suis agrégée de philosophie. Et je suis enceinte. Toutes ces informations sont parfaitement exactes. (A ceci près que je suis enceinte de 5 mois et non de 2. Je l’avoue, j’ai menti, pour les besoins de la cause.) Voilà les informations que j’étais prête à fournir à mon interlocutrice, pour voir en toute bonne foi ce qu’elle conseillerait à une personne dans ma situation qui hésiterait à garder son bébé. Je les lui aurais communiquées de bonne grâce, si seulement elle me les avait demandées. Mais voilà, toute occupée qu’elle était à me répéter que l’IVG était un choix personnel et qui dépendait de mon histoire, elle n’y a pas pensé. Qu’est-ce que cela veut dire ? Que quelle que soit la situation de la personne qui appelle, la réponse sera la même : une prolifération de détails sur l’IVG et un silence atterrant sur toutes les autres alternatives. J’aurais pu être une gamine de 16 ans violée par son beau-père, ou une cadre supérieure en couple depuis dix ans, cela n’aurait rien changé. Voilà pour l’argument de la détresse.

Venons-en maintenant à l’argument du choix. Outre le fait qu’on peut difficilement aider quelqu’un à faire un choix personnel si on ignore jusqu’à son âge, on peut au moins présumer qu’un choix rationnel présuppose une connaissance éclairée des différentes alternatives qui s’ouvrent à nous. Or ici, si l’IVG est présentée sous son meilleur jour, avec forces détails très rassurants, on ne peut que déplorer l’absence affligeante d’information sur toutes les autres possibilités qui s’offrent à une jeune femme enceinte. La même disproportion est évidente si l’on consulte le site ivg.gouv.fr, où l’on trouvera toutes les informations juridiques et techniques sur ce « droit fondamental de toutes les femmes », mais absolument aucun témoignage personnel, et rien, absolument rien, sur les aides proposées aux femmes qui choisissent de garder leur bébé, sur les associations (comme les foyers Marthe et Marie, par exemple : http://www.martheetmarie.fr/) qui peuvent les soutenir, ni même sur l’adoption et l’accouchement sous X.

C’est ce que j’appellerais une mystification par omission. Une rétention d’information. Une manipulation idéologique. Qu’on ne s’étonne pas ensuite si les sites « anti-IVG » prolifèrent.

Dimanche, je participerai à la Marche pour la Vie, pour demander le droit des femmes à disposer de leur corps. Pour qu’on ne leur confisque pas leur choix. Pour qu’on les informe vraiment sur l’avortement et ses alternatives.

Mais surtout, en tant que femme enceinte, j’irai manifester pour qu’on me rende mon propre corps et celui de mon enfant. Mon enfant, qui n’est pas une cellule-œuf. Mon corps, qui n’est pas une enveloppe manipulable, que l’on peut remplir et vider à loisir. Parce que le prix à payer pour que le Planning Familial puisse diffuser son ignorance, ce sont les femmes enceintes qui le payent. Comment ?

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Marianne Durano

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