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Les chrétiens, une “secte juive”

 

Voilà une expression qui va faire grincer des dents… Et pourtant… Que signifie « secte », sinon le rameau coupé de sa branche, sectionné. Et en effet le christianisme est un rameau issu du judaïsme et considéré comme secte par les juifs eux-mêmes.

Reprenons les choses à leur origine.  Jésus et les apôtres ne font rien autre que suivre la liturgie du temple et aller à la synagogue lorsqu’ils ne sont pas à Jérusalem. Et après la mort de Jésus, les apôtres continuent, le plus naturellement du monde, à aller au Temple. Rien de plus normal, puisque le Christ est venu accomplir l’attente messianique, celle de tout ce peuple.

Et au début, les juifs ne les empêchent pas de venir au Temple. Ils leur interdisent d’y parler au nom de Jésus. Mais progressivement les choses vont se détériorer. Nous en voyons deux occurrences majeures. A Antioche, le nom de chrétien devient l’insulte moqueuse pour la secte de ceux qui suivent ce Christ crucifié. Mais historiquement, il se trouve que nombre de synagogues de par la Judée ont suivi le Christ et les apôtres, faisant de fait défection de la souche mère du judaïsme. Ce qui ne fut pas du goût des chefs des prêtres.

De là intervint un nouvel événement majeur dans l’histoire de cette rupture. Lorsque l’empereur demanda à tous les peuples de l’empire de sacrifier aux dieux de Rome, dans un appel à la cohésion civique qu’on ne peut comprendre aujourd’hui tant la laïcité a envahit la vie publique, les fidèles du Christ ont tout naturellement invoqué l’exemption juive. En effet dans l’empire, les juifs étaient les seuls à être dispensés de prier les dieux de Rome, en contrepartie d’une prière à leur Dieu.

Mais ce sont les juifs qui ont dénoncé cette « secte » comme n’étant pas juive, donc ne devant pas bénéficier de l’exemption, ouvrant la voie aux persécutions antichrétiennes des premiers temps du christianisme et à la rupture officielle entre juifs et chrétiens.

 

 

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Kenya – Ordonné prêtre en décembre assassiné en juin

Le Père Eutycas Murangiri Muthur, de la Paroisse de Limbine, dans le Diocèse de Meru (comté de Tigania au Kenya) a été tué à l’arme blanche par un ou plusieurs individus qui s’étaient introduits dans sa voiture aux alentours de 01.30 locales le 4 juin à Makutano, à quelques 200 Km de la capitale, Nairobi.
Les circonstances du meurtres n’ont pas été élucidées mais la police a procédé à l’arrestation d’un homme et d’une femme qui semblent s’être trouvés en compagnie du prêtre.
Le Père Eutycas Murangiri Muthur avait 32 ans et avait été ordonné le 23 décembre 2018.

 

Source Agence fides

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Babel, la diversité, une condition de salut de l’humanité

Il peut sembler surprenant, de prime abord, de voir Dieu disperser les peuples, les diviser mêmes, les forcer à ne pas s’entendre. Dieu serait mesquin et jaloux de son pouvoir absolu ? Serait-il comme ces idoles de bois pour avoir peur du pouvoir des hommes ?

Voici une lecture bien rapide des versets relatant la dispersion de Babel. Dieu part d’un constat. « S’ils commencent ainsi, rien ne les empêchera désormais de faire tout ce qu’ils décideront. » Le problème n’est pas une lutte de pouvoir, mais de décision pour agir. Ce qu’entrevoit Dieu c’est qu’unis ainsi, les hommes n’auront plus de limites, plus de contradicteurs. Or la contradiction est essentielle dans le processus d’élection et dans l’émulation vers le bien.

Ce que perçoit Dieu, c’est que l’uniformisation va appauvrir l’humanité par une forme d’unanimité mortifère pour le discernement et contraire à la liberté et la responsabilité. C’est contre une forme de dictature de l’unanimité, que Dieu veut prévenir l’Homme. Dieu, qui sait combien la responsabilité et l’épanouissement passent par la prise de décision assumée et non normalisée, se préoccupe à cet instant de l’avenir même du libre arbitre. Il prévient la pensée unique qui formate et annihile la capacité de choix et avec elle la possibilité même de l’amour, puisque l’amour ne peut être contraint.

Alors que fait Dieu ? Il va pousser les hommes à chercher les réponses ailleurs que dans les certitudes aveugles de la pensée uniformisée. Il va envoyer les humains de par le monde, chercher la vérité, apprendre des autres, découvrir.

Bebel n’est pas la fin d’un monde irénique de paix, mais la fin d’un orgueil aveugle autosuffisant. Babel est le début d’une quête de vérité, d’une quête de sens existentielle en dehors de son propre monde, clos et sécurisé. Babel vaut tout autant pour une cité que pour mon âme, close de certitudes dans une haute tour d’ivoire, asséchée par manque de quête de vérité.

Du reste, Dieu ne fait pas descendre sur Babel la division, procédé diabolique, mais il embrouille les esprits. Ce qui est le sens de Babel. Or ce Babel, sorte d’élixir perturbateur se révèle comme tout pharmacos antique, à la fois poison et remède. Un poison qui sème la confusion en ouvrant les esprits.

Car l’embrouillamini des âmes à Babel est celui d’esprits qui sortent d’une torpeur et prennent conscience d’une altérité et de l’existence d’une réalité différente de leur certitude.

Et si l’on regarde bien, c’est pour sauver les hommes de leur enfermement et de leur orgueil que Dieu les disperse créant ainsi la diversité, la confrontation, l’altérité, la différence dans la recherche d’une même destinée. Nous constatons aujourd’hui de façon expérimentale, l’appauvrissement d’un monde qui s’uniformise qui nie les distinctions. Babel veut se reconstruire et, comme dans la Bible, le monde de l’intelligence s’obscurcit et l’étendue de la quête se réduit comme peau de chagrin, au point de se limiter à l’Homme lui-même.

Tel n’est-il pas le drame de l’humanisme athée dénoncé par le cardinal de Lubac ?

 

 

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Les évêques du Mozambique se préparent à accueillir le Pape

À trois mois de la venue du Pape François sur leurs terres, les évêques mozambicains ont publié un message dans lequel ils font part de leur espoir que la venue du Saint-Père les encourage à dépasser les traumatismes vécus par leur pays.

Alors que le voyage du Pape François au Mozambique approche, les évêques du pays ont publié le 1er juin un message pastoral dans lequel ils font part de leur grande impatience d’accueillir le Saint-Père. “Espérance, paix et réconciliation” est la devise choisie pour la visite apostolique du Pape au Mozambique : des paroles, soulignent les prélats « qui ont un grand écho dans le cœur de chacun d’entre nous, parce qu’elles nous encourageront à surmonter avec courage les traumatismes causés par la dévastation tragique des cyclones tropicaux, et à affronter avec foi et espoir la situation difficile dans laquelle vit la population de la province de Cabo Delgado ».

Les évêques font ainsi directement allusion aux attaques armées qui ont ensanglanté ces derniers mois cette région du Nord du pays, tout comme aux ravages des cylones qui ont récement frappé la côte mozambicaine. Le cyclone Idai en particulier a fait plus de 600 morts au mois de mars et des milliers de réfugiés.

Préparation spirituelle à la visite du Pape

« Pour faire de la visite du Pape un moment de grâce, nous avons tous besoin de nous préparer spirituellement », écrivent les évêques dans leur message. Ils organiseront en juillet et en août des moments spéciaux de prière dans les différents diocèses du pays. « À cette fin, dans nos paroisses et communautés, des moments d’étude et de réflexion sur le thème du voyage du Pape seront organisés, ainsi que des moments de prière, demandant au Seigneur, par la visite du Saint Père, de nous donner la grâce de la paix et la réconciliation », précisent les évêques.

« Que Notre Dame de l’Immaculée Conception, Patronne du Mozambique, intercède pour nous et nous assiste dans la préparation de la visite », peut-on lire en conclusion de ce message.

Beira panse encore ses plaies
Sur le terrain, les sitgmates du cylone Idai sont encore très visibles, en particulier dans la ville de Beira, la plus touchée. Mgr Claudio Dalla Zuanna, l’évêque de Beira souligne que de nombreuses habitations n’ont toujours pas de toit et que les travaux de reconstruction n’ont pas encore débuté dans certaines zones périphériques de la ville. Selon Mgr Dalla Zuana, les deux urgences concernent encore l’aide alimentaire et le relogement des personnes touchées par la catastrophe. Le travail de reconstruction est lent et devra être achevé avant la prochaine saison des pluies qui débutera début novembre.

En ce qui concerne la venue du Pape François dans le pays, l’évêque de Beira espère que le Saint-Père pourra effectuer une étape dans sa ville, distante d’environ 1000 kilomètres de la capitale Maputo. Le programme de la visite du Pape sera communiqué dans les prochaines semaines. (Avec Fides)

 

Source VaticanNews

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Le méchant occupant romain de l’Evangile, vraiment ?

Il y aurait un ouvrage fort utile à faire sur le contexte historique des Evangiles et plus largement de toute la Bible. Nous entendons souvent bien des inexactitudes et parfois des homélies à portée spirituelle fondées du d’énormes contresens historiques. Le mythe du méchant occupant romain n’est pas le moindre des contresens historiques aux conséquences spirituelles erronées.

Ce mythe repose sur l’importance exagérée des quelques rebelles juifs attendant la libération de l’occupant, ainsi que sur l’erreur messianique espérant un messie temporel. Un mythe renforcé par les diverses occupations dont l’Histoire fut par la suite le témoin, comme celle de la France par les anglais, comme en témoigne la tapisserie de l’Apocalypse mettant en scène les romains en soldats anglais. Le vécu commun et récent de l’occupation allemande pose également dans l’inconscient collectif un sens particulier de l’occupation romaine.

Mais à y regarder de plus près, l’occupation romaine dans l’empire est plutôt une intégration progressive et la plupart des peuples étaient fiers et contents de faire parti d’un empire qui forçait l’admiration. Saint Paul est citoyen romain bien que juif et il revendique cet état. Les juifs disposaient en outre d’un privilège unique dans l’empire, seuls ils étaient dispensés de sacrifier aux dieux de Rome. En contrepartie ils priaient leur Dieu pour l’empire.

Hérode n’est pas qu’un pantin être les mains du gouverneur romain, loin s’en faut. Si tel était le cas Rome eut-elle laissé perpétrer sans mot dire le massacre des innocents à grande échelle ? Pilate n’intervient dans les affaires des juifs que parce que ceux-ci le forcent à le faire. Il les renvoie du reste à leur propre juridiction. Qui plus est, dans tout l’empire, la cohésion et l’administration ne repose pas sur la contrainte militaire, mais sur l’intégration des élites locales (les municipes) et la romanisation de celles-ci comme du peuple. Du reste la présence militaire romaine en Judée est très légère.

C’est une erreur historique de considérer la Judée en état de siège occupée par un étranger dominant. Une erreur qui conduit à des erreurs spirituelles dans l’interprétation des Evangiles. Il ne s’agit pas de faire ici un cours d’histoire antique, mais juste de signaler un défaut de lecture, qu’il ne peut qu’être bon de corriger.

Baudouin d’Alixan

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Etienne Prototype du martyr.

 

Il est intéressant de voir combien, à de très faibles variantes près, le martyre d’Etienne et la passion du Christ se superposent dans les derniers instants. Un jugement qui n’en est pas un. Une parole qui déclenche la haine de la foule, un mouvement qui conduit la victime et la foule hors du tribunal, une exécution immédiate, avec l’approbation de l’autorité juive du moment et un mouvement de pardon aux bourreaux avant d’aller vers le Père.

Nous faisons d’Etienne, le premier martyr et en même temps le prototype du martyre. Ce qui n’est pas tout à fait exact, sans être faux non plus. Les premiers martyrs, involontaires et donc non conscients, sont les saints Innocents, morts pour le nom du Christ. Mais il y a entre eux et Etienne, un autre témoin mort pour rendre témoignage à la Vérité, c’est le Christ Lui-même.

Nous distinguons martyre et passion, mais la passion est bien un martyre et le martyre comprend bel et bien une forme de passion, un chemin de croix aux formes variées qui ouvre le Ciel vers le Père, par le Christ. La différence entre la passion du Christ et la passion du martyr est que le Christ en sa passion ne se contente pas de passer vers le Père, il ouvre la porte qu’il est Lui-même par sa passion.

C’est en cela qu’Etienne est le premier martyr et le prototype du Martyre. Le premier conscient et posant un acte volontaire de témoigner jusqu’à sa mort que la mort est bel et bien vaincue. Le premier, par ce témoignage à passer par cette porte de la passion nouvellement ouverte par le Christ. Si Dieu a souhaité que le martyre d’Etienne suive presque pas à pas celui de son Fils, c’est bien pour montrer quel est le chemin du martyre. Un chemin que l’apologétique ultérieure prendra comme topos, comme forme normative de tous les récits de martyres, non pour inventer du merveilleux, mais pour constamment rappeler en quoi consiste ce chemin.

Le martyre n’est pas le simple fait de mourir et de souffrir, condamné injustement à cause du Christ. Le martyre est loin d’être passif, même si on le subit, en effet. Le martyre est une acceptation volontaire et consciente de témoigner jusqu’à la mort d’une vérité essentielle : Christ est ressuscité. N’est-ce pas ce Fils de l’Homme qu’Etienne voit aux côtés du Père ?

Mais témoigner du Christ, être garant par sa mort de la vérité, ne suffit pas à être martyr. Il faut être témoin à la manière du Christ, c’est-à-dire dans et par l’amour. Le Christ est mort pour les pécheurs, tous ceux qui le persécutaient. Or qui sont les persécuteurs du Christ sinon nous à chaque fois que nous péchons puisque nous rajoutons poids, crachats et flagellation à la passion du Christ. Et que dit le Christ avant de mourir ? Pardonne-leur ils ne savent pas ce qu’ils font.

Le martyr n’est pas triomphant face à ses bourreaux, ni méchant, ni vindicatif pour une vengeance à solder en enfer. Non le martyr pardonne parce qu’il veut le bonheur aussi pour ses bourreaux. Alors le ciel s’ouvre à lui comme à Etienne et il peut voir la gloire de Dieu.

 

Quelque soit la forme du martyre, et le génie humain peut se révéler très inventif en la matière, Il suppose donc l’acceptation consciente et amoureuse de donner sa vie pour témoigner de la Vérité et notamment de la vérité du Christ ressuscité. Un martyre qui s’offre, comme le Christ, pour le pardon de ses propres bourreaux qu’il veut, comme le Christ, retrouver au Ciel dans les bras du père.

Si le martyre d’Etienne diffère sur certains points du récit de la passion du Christ c’est pour que chaque martyre n’oublie pas qu’il n’est pas la porte vers le père. Il est témoin jusqu’au sang, mais son sang ne sauve pas comme celui du Christ quelque soit la part qu’il achève dans chaire à ce qu’il manque à la Croix du Christ comme le souligne saint Paul.

 

Baudouin d’Alixan

 

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Abbaye de l’Epau, une histoire sobre et mouvementée

 

Il est curieux de voir, lorsqu’on se lance à l’assaut de l’étude de l’abbaye cistercienne de L’Epau, le silence des récits actuels concernant les moines. Ils n’apparaissent que pour disparaitre. Tous les comptes rendus de présentation, site officiel inclus, ne parlent que de la fondatrice, des bourgeois manceaux destructeurs de l’abbaye en 1365 et de la succession de propriétaires depuis la révolution française.

Il est vrai que l’histoire de l’abbaye est mouvementée dès avant sa fondation. Mais finalement pas plus que nombre d’abbayes médiévales. Places fortes, places riches, pôles de rayonnement spirituels et économiques, les abbayes, quelque soit leur ordre, ont toutes occupé un rôle important dans la zone géographique où elles étaient installées au moyen-âge. L’abbaye de l’Epau n’échappe pas à la règle, avec les détails spécifiques de ses propres vicissitudes.

Abbaye royale, elle n’occupe pas vraiment une place centrale dans l’histoire du royaume de France, ni dans l’histoire des congrégations religieuses. Fondation et volonté d’une femme en disgrâce, combattue par les rejetons de sa propre famille et reléguée dans les terres secondaires du Comté du Maine, l’abbaye de l’Epau est une anonyme fondation de grands aristocrates pour le salut de leur âme et ici pour le rachat des péchés d’une vie dissolue de plusieurs souverains Plantagenet.

Car pour être discrète, l’histoire de l’abbaye est tout à fait emblématique de son époque. C’est du reste cette banalité qui la rendit si transparente à la postérité. Mais sa restauration, sur son modèle médiéval initial par le département de la Sarthe, en fait aujourd’hui un témoin, trop peu connu, mais pourtant exemplaire d’un quotidien vécu par toute un peuple il y a plus de 8 siècles.

Une reine, Bérangère de Navarre, veuve d’un grand et respecté souverain, le célèbre Richard cœur de Lion, se voit disputé par son inique beau frère et successeur au trône de son époux, son douaire. Sans cesse ennuyée, poussée dans ses retranchements par Jean, inguérissable sans terre, devenu sans scrupule, elle finit par trouver refuge, de déconvenue en déconvenue, dans cette terre du Maine. Comme son père et son époux, elle est proche de l’ordre cistercien que tous trois ont toujours soutenu. Un ordre déjà ancien de plus d’un siècle et supplanté par les mendiants en pleine expansion.

De son lien privilégié elle décide de fonder une abbaye qu’elle confiera à ses protégés. Témoins d’une page qui se tourne, cette veuve d’un souverain d’une autre époque, celle des croisades et des grandes fondations dynastiques, ordonnera la construction d’une des dernières abbayes cisterciennes de France. La fondation a un double but clair, recueillir le corps de la Reine à sa mort (qui interviendra un an après) et assurer le salut de son âme et de celle des Plantagenet aux mœurs dissolus.

C’est ainsi qu’en 1229 les premiers moines arrivent au lieudit « la réserve de la forêt », l’espal en vieux français, l’Epau aujourd’hui. Ce n’est pas une configuration ordinaire pour ces moines radicaux, issus de la réforme de l’ordre bénédictin. Selon la volonté de leur fondateur, Robert de Clarvaux, les moines devaient se réunir dans un lieu retiré et aride, une forme de désert. La forêt constituait un parfait endroit austère et retiré en ces temps anciens où les bois dominaient largement. Ces retraites firent des cisterciens les plus grands défricheurs de l’époque.

Mais la reine choisit et imposa un compromis. L’abbaye serait bien en forêt, sur les bords de l’Huisne poissonneuse, mais proche de la grande ville du Mans, complétant ainsi la ceinture monastique de la ville. Fidèle à leur habitude (et contrairement à ce qu’avance la page wikipedia), les frères commencèrent par les bâtiments conventuels, afin de pouvoir au plus vite vivre pleinement leur règle. A la différence des bénédictins de Cluny, ils ne sont pas moines de « chœurs ». Aussi, sans pour autant négliger l’office, traditionnellement moins déployé que dans les liturgies des moines noirs, ils construirent l’église plus tard. Néanmoins, en 1234, l’évêque du Mans peut consacrer un édifice, non achevé mais suffisant.

C’est en visitant l’abbaye, et grâce au module de visite assisté, qu’on se rend mieux compte de ce que fut la vie de ses moines rendus anonymes par les notices actuelles. Dans la vie monastique, les bâtiments rythment le temps et le temps rythme la vie des moines. A chaque heure une tâche qui se retrouve dans l’espace bâti ou cultivé. La restitution médiévale du bâtiment permet de se promener au pas des religieux dans un silence paisible et sobre, selon la vocation même des cisterciens en réaction au faste clunisien.

Achevée en 1365, elle est brûlée par les Manceaux l’année suivante. En pleine guerre de Cent ans, les frères avaient déserté l’abbaye peu sure. Par peur qu’elle ne serve de base arrière à l’ennemi, les bourgeois poussèrent les habitants à brûler une abbaye qui venait tout juste d’achever 130 ans de construction. La reconstruction sera vite entreprise avec le retour des moines, mais sera longue et les fonds seront difficiles à trouver. Les Cisterciens ne sont plus l’ordre phare de cette fin de siècle. L’abbaye, restaurée de siècle en siècle perdra de son importance et passera d’une obédience à l’autre, d’un régime à l’autre jusqu’à devenir bien national, soumis aux outrages habituels.

La restauration entreprise par le département de la Sarthe respecte l’esprit cistercien. Dépouillement et sobriété, dans un cadre forestier dépaysant à 5 minutes des premiers faubourgs de la ville épiscopale. Mais là encore, les moines sont absents. Lieu culturel plus que d’histoire, on s’y promène un peu à vide entre plusieurs expositions sans grand rapport ni grand intérêt. Le personnage clef reste une femme, la reine Bérangère qui se voit attribuer une collection de mode et de parfum à son nom.

On retrouve le calme des lieux retirés, mais il ne reste rien de l’âme cistercienne que pourtant d’autres lieux, mêmes privés de moines ont su garder de nos jours encore. Hier comme aujourd’hui, on se demande ce qui reste de ceux qui pourtant vécurent, prièrent et moururent entre ces murs.

Un festival de musique vient réveiller chaque année ces pierres endormies quoique flambant neuves. Pour qui veut se rendre compte de ce que fut une abbaye cistercienne dans l’état neuf de sa construction, le détour est enrichissant, mais le lieu par lui-même semble déserté et inerte, en dehors de l’ébullition festivalière.

Vous pourrez vous restaurer ou rafraîchir dans le cloître au café des moines de façon très agréable.

 

Source et vidéo Visitez la France

 

 

 

 

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La louange est l’état normal de l’Homme nous rappelle le psalmiste.

 

Au fond, il faut bien dire qu’on ne sait plus trop ce qu’est la louange aujourd’hui. On la confond facilement avec action de grâce, effusion de joie ou glorifier. Pourtant ce n’est pas exactement la même chose.

Glorifier Dieu consiste à faire apparaître l’éclat divin. Nous n’apportons rien à la gloire de Dieu lorsque nous glorifions. Nous « rendons gloire », c’est-à-dire que nous manifestons au grand jour la gloire même de Dieu. Une gloire qui ne cesse jamais, mais que notre glorification rend apparente, présente au moment de notre action de glorification. Raison pour laquelle, au passage, un gloire à Dieu liturgique est très codifié. Il ne s’agit pas, en effet, d’inventer une gloire à Dieu, mais de manifester sa véritable gloire et particulièrement ce qu’est sa gloire (et dont le Gloria liturgique nous révèle le contenu).

L’action de grâce, pour sa part, est notre remerciement pour un bienfait divin. Le plus grand étant le don du Fils, que nous retrouvons dans la Sainte Eucharistie. Même si nous avons des milliers de raison de remercier Dieu, nous ne sommes pas dans l’action de grâce permanente.

L’effusion de joie est un sentiment qui vient de nous du fait d’être en présence de l’Être aimé. Mais c’est un sentiment qui nous est personnel.

Or la louange a ceci de particulier qu’elle est collective. La louange c’est rendre grâce à Dieu en prenant le monde, les autres à témoins. Elle peut être sobre et sans effusion ni débordement de joie ni manifestations extérieures. La louange passe du « Je » au « nous », grâce au « Je » qui invite le nous à se réjouir.

Lorsque l’Ancien Testament parle de sacrifice de louange, nous comprenons combien la louange est un acte sacré qui tourne notre action de grâce vers le divin. Mais on perçoit également qu’il y a quelque chose de rituel, de cultuel presque dans la louange. Le peuple de Dieu se tourne ensemble vers son Père pour le louer. C’est cet état de grâce originel d’Adam et Eve qui se promènent avec leur Dieu dans le jardin d’Eden. C’est la perte de cette intimité collective de communion que le psalmiste cherche tout au long des 150 psaumes.

Ce que cherche le psalmiste dans toutes ses demandes, dans toutes ses imprécations, c’est de pouvoir être libéré de ce qui l’empêche de retourner à son état naturel de louange. Du reste le psautier s’achève par cinq psaumes alleluiatiques[cb1] , pour nous signifier qu’après tous les tracas de la vie, ou entre deux tracas, le psalmiste (c’est-à-dire nous) trouve sa fin ultime dans l’action de grâce partagée.

 

Baudouin Dalixan

 

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Un missionnaire congolais assassiné au Mozambique

Le père Landry Ibil Ikwel, religieux congolais de la congrégation des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie a été assassiné le dimanche 19 mai à Beira, la capitale de la province de Sofala au Mozambique. Il était le directeur de l’Institut des Déficients Visuels de Beira.

Service Français-Afrique, (avec Fides et ssccpicpus.blogspot.com) – Cité du Vatican

Le religieux, qui avait 34 ans, a été poignardé dans sa communauté de Beira, le 19 mai 2019. Transporté d’urgence à l’hôpital, il a succombé à ses blessures. Une enquête a été ouverte. La congrégation des Sacrés cœurs de Jésus et de Marie a réagi dans un communiqué en ces termes : « Face à la mort de notre frère, le Père Landry Ibil Ikwel, nous unissons nos cœurs à ceux de nos frères en Afrique qui se trouvent dans la douleur. Dans la prière et dans la confiance en celui qui est mort violemment sur la croix, en pardonnant à ses agresseurs, nous demandons au Seigneur que, partout où la mort cherche à prévaloir, prévale en revanche la vie ».

Une vie donnée au service des enfants avec une déficience visuelle
De nationalité congolaise, le Père Ibil Ikwel était entré au noviciat de la congrégation des Sacrés cœurs de Jésus et de Marie en 2008. Il a été ordonné prêtre le 7 février 2016 à Kinshasa, en République Démocratique du Congo. Le religieux était le Directeur de l’Institut des aveugles de Beira, une structure de la congrégation, fondée en 1969. Cette structure a pour mission de former, de réhabiliter, d’éduquer et de réaliser l’intégration sociale des enfants, des jeunes et des adultes aveugles de tout le pays, garantissant à chacun d’entre eux une éducation adaptée à ses capacités individuelles.

Au Mozambique, le fait d’avoir un fils porteur de la déficience visuelle est considérée jusqu’à nos jours comme une punition de Dieu, avait expliqué, en 2015, le Père Ibil Ikwel, dans une présentation de l’institut sur le Blog de la congrégation. Ainsi, certaines familles n’acceptent pas d’assumer leur responsabilité. Dans ce contexte, la congrégation des Sacrés cœurs de Jésus et de Marie se veut un instrument pour redonner la dignité à ces enfants. L’Institut des aveugles de Beira travaille donc à inculquer l’esprit de l’auto-estime aux personnes porteuses de la déficience visuelle ainsi qu’à leurs familles et à donner une formation de qualité pour faciliter leur intégration sociale dans les écoles publiques et dans le monde du travail. Elle œuvre également à donner une certaine indépendance, avec les techniques de mobilité et d’orientation à ces enfants.

« Nous pensons que la Congrégation avait fait un très bon choix en acceptant la gestion de l’Institut des aveugles de Beira », avait estimé le Père Ikwel. « Notre présence répond à notre charisme, notre mission et notre spiritualité. C’est un témoignage éloquent de notre option préférentielle pour les pauvres ». Pour le religieux congolais, la dynamique missionnaire invite aujourd’hui à aller aux frontières, soulignant que le travail de la congrégation est une réponse concrète à cet appel. « Cette œuvre est un grand défi pour la mission aujourd’hui. Oui, il faut oser la vie. Qui ne risque rien n’a rien dit-on », avait-il assuré. Sa vie, le père Landry Ibil Ikwel, l’a vraiment osée au service des enfants avec une déficience visuelle au Mozambique.

Source Vatican News

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En Centrafrique, le corps d’une religieuse mutilé

Le crime barbare commis à l’encontre de sœur Inès Nieves Sancho il y a quelques jours à Nola, dans le sud-ouest de la Centrafrique est révélateur du climat de haine qui règne dans certaines zones du pays. Une religieuse de la communauté de sœur Inès en témoigne. En plus de 45 ans de mission en Centrafrique, elle constate que la violence s’est intensifiée… sans toutefois la dissuader de témoigner de l’Évangile.

Entretien réalisé par Adélaïde Patrignani – Cité du Vatican

« Je voudrais aujourd’hui faire mémoire avec vous de Sœur Inès Nieves Sancho, âgée de 77 ans, éducatrice des jeunes filles pauvres depuis des années, qui a été tuée de manière barbare en Centrafrique, à l’endroit même où elle enseignait aux jeunes filles à coudre. Une femme de plus qui donne sa vie pour Jésus dans le service des pauvres. Prions en silence ». Tel est l’hommage rendu ce 22 mai par le Pape François à la religieuse défunte, au terme de l’audience générale.

Le corps mutilé de sœur Inès a été retrouvé le 20 mai dernier dans une forêt située derrière la maison où elle apprenait la couture aux jeunes filles. On ne connaît pas encore les auteurs ni les motifs de l’assassinat. Selon un député local, il pourrait être lié au trafic d’organes humains, et aux crimes rituels nombreux dans la région. La République Centrafricaine est plus largement le cadre d’une guerre civile depuis 2013. Pas moins de sept accords de paix ont été signés ces cinq dernières années, sans qu’aucun n’aboutisse au retour de la stabilité. De nombreux groupes armés hétérogènes continuent de s’affronter sur tout le territoire.

« Là où est la haine, que je mette l’amour » (St François d’Assise)
Originaire de Burgos (Espagne), sœur Inès résidait depuis 1996 dans la commune de Nola, située dans le diocèse de Berbérati, au sud-ouest de la Centrafrique (RCA). Âgée de 77 ans, elle espérait y poursuivre sa mission auprès des jeunes filles à qui elle apprenait la couture afin de leur donner un avenir. « Elle était très proche de la population et très active », rapporte un communiqué du diocèse d’Albi, où se trouve la maison-mère de la congrégation des Filles de Jésus, famille religieuse de sœur Inès.

« Lors de ses passages à Massac, témoigne une sœur de la congrégation, sœur Inès disait à toutes qu’il lui tardait de revenir en terre africaine. On la sentait désormais plus centrafricaine qu’européenne ».

Sûrement pourrait-on en dire autant de sa consœur Bénédicte, arrivée en RCA en 1972, où elle travaille à l’hôpital de Berbérati. Cette religieuse aux origines française et italienne a mis au monde des centaines d’enfants, mais elle a aussi pansé d’innombrables blessures… provoquées par des actes de violence de plus en plus sauvages. « Je ne reconnais plus la Centrafrique », confie-t-elle, « le pays n’est pas sûr et je crois que personne n’est en sécurité ». Sœur Bénédictene cache pas sa préoccupation ni son désarroi. « Les choses horribles » dont elle est témoin viennent même l’interroger sur le plan spirituel. Mais c’est en fin de compte le courage et l’amour, tout droits venus de l’Évangile, qui prennent le dessus. « Il faut que l’Église s’investisse davantage, il faut donner des exemples d’amour », estime-t-elle, pleine de résolution.

 

Source Vatican News