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Edito #73 – Migrants ou réfugiés ? La charité expatriée

Chaque fois que l’actualité fait sa Une d’une question migratoire, le débat entre catholiques est relancé, preuve que les choses sont loin d’être claires dans les esprits. A quoi, au fond, se résume l’opposition ? D’un côté nous trouverions les identitaires et de l’autre les « immigrationistes ». Cette distinction, d’ordre idéologique et politique, est pourtant bien celle que l’on tente de plaquer sur le débat interne aux catholiques, avec les mêmes anathèmes réciproques et les mêmes méthodes d’intimidations médiatiques. Lé débat est faussé par les pressions idéologiques autant que par une affectivité qui, passionnées, en oublient le crible de la raison. Ainsi, nous voici rejetés dos à dos entre cathos dits de gauche et catho dits au mieux de droite, au « moins mieux » d’extrême droite, laquelle extrême droite se voit qualifiée d’épithètes selon les angles d’attaques, identitaires, racistes, fascistes, conservateurs quand on n’en vient pas à l’émotionnel, égoïste, sans cœur, fermé, intolérant. Les quolibets qui habillent l’aile gauche ne sont pas en reste et le communiste côtoie l’irresponsable autant que le traitre. Une fois ces embrassades fraternelles dépassées que reste-t-il vraiment ? Identité culturelle et charité fraternelle se crispent de part et d’autre de la crise migratoire, comme si l’un devait céder le pas sur l’autre ou l’autre exclure l’un. C’est, me semble-t-il, une fort mauvaise conception des deux. La charité ne peut exclure l’identité dans la mesure où l’identité culturelle est un vecteur de civilisation et que toute civilisation ne conduit pas à Dieu, loin s’en faut. Réciproquement, l’identité culturelle, pour être « catho-compatible » doit inclure de façon non négociable la charité et la capacité d’une culture à conduire vers Dieu. Soulager les souffrances du moment ne peut compromettre le bonheur de la vie éternelle. Cette exigence de notre nature, entre terre et ciel, tendue vers les réalités d’en haut, est souvent oubliée de nos jours au profit d’un bien-être matériel et psychologique qui, lui, exclut de plus en plus Dieu de l’équation dont il est pourtant la meilleure résolution.

Ainsi, opposer identité culturelle et charité chrétienne sur la question migratoire supposerait que l’une des deux, ou les deux, ne conduisent pas à Dieu. Clairement, si l’immigration menace une identité culturelle, chemin vers Dieu, pour lui substituer une culture qui détourne de Dieu, alors la charité consiste, aussi, à sauver ce chemin vers Dieu. Si l’identité culturelle ne permet pas la charité, alors se pose la question réelle de cette culture et le bien-fondé de la défendre mérite d’être interrogé. La véritable question est donc, pour les catholiques, de savoir si l’immigration, dans sa forme actuelle, menace la capacité d’une civilisation à favoriser le cheminement des hommes vers Dieu, d’une part et si les populations qui migrent sont effectivement en danger, d’autre part. En deux mots, s’agit-il de migrants ou de réfugiés ? Les migrants sont-ils effectivement en danger ? Et si oui, la meilleure façon de les aider est-ce de les accueillir ou de les aider à régler le problème sur place, comme y invite le pape François, du reste ?

Il est fort possible que si nous « desidéologisions » le débat, nous pourrions traiter la question pour ce qu’elle est et replacer le problème, qui, lui, a été déplacé sur notre sol, sur le sol d’origine des migrants. Eteindre les guerres où elles pullulent, sécuriser les zones de non-droit et de persécutions, favoriser le développement économique, combattre l’exploitation de ces pays par des intérêts économiques et stratégiques extérieurs, n’est-ce pas là une charité plus authentique ?

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Edito #73 – Migrants ou réfugiés ? La charité expatriée

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L’édito – La doctrine sociale de l’Eglise, une manne d’inspiration dans la débâcle politique actuelle

 

 

Ce qui est déroutant, c’est qu’aucun des grands mouvements politiques ne semble avoir de source d’inspiration pour un projet d’avenir. Qu’ils soient de gauche, de droite ou encore du centre, les responsables politiques cherchent un créneau porteur. Signe des temps et de la crise, ils ne puisent plus leur inspiration au cœur de leurs convictions, de leur idéologie ; ils se marchent les uns sur les autres, en quête d’originalité ou de consensus, dans une course qui relève plus du marketing que du militantisme, laissant le combat d’idées aux extrêmes et aux minorités soigneusement étouffées au passage. Où sont les joutes idéologiques qui animaient l’hémicycle de la Troisième République ? Où sont les débats d’opinion qui enflammaient la presse ? Les hommes politiques sont englués dans la gestion du quotidien, dans l’immédiateté des problèmes, incapables de relever la tête pour voir plus loin, incapables d’avancer au large.

Pour qui étudie de près la doctrine sociale de l’Église, une évidence se fait jour page après page. Forte de ses principes bibliques, la doctrine sociale de l’Église offre une formidable source d’inspiration de laquelle se dégage naturellement un véritable « programme politique ». Bien sûr, il convient d’incarner les grands axes qui émergent, mais ils sont une véritable manne d’inspiration. Alors que le monde politique est à la recherche d’un nouvel élan, de nouveaux fondements, n’est-ce pas le moment, pour nous chrétiens, de devenir une force de proposition ?  Aux économistes, philosophes, sociologues chrétiens, aux spécialistes de doctrine sociale, aux prêtres et évêques, aux chrétiens engagés, aux chefs d’entreprise, aux représentants syndicaux inspirés par l’Évangile, j’aimerais faire passer la conviction que nous sommes en train de vivre un tournant important de notre société (comme le soulignait Benoît XVI dans son encyclique Caritas in veritate) et qu’il nous faut être acteurs de ce monde en construction car avec ou sans nous, ce monde se construira.

Nous avons un message sur l’homme et pour l’homme. Dans le vide et le nihilisme actuel, nous avons une parole originale à exprimer. Depuis des décennies, nous avons construit une pensée économique et sociale chrétienne exprimée récemment dans le Compendium de doctrine sociale de l’Église.  Face au désarroi visible du monde politique, nous pouvons être une force de proposition à l’intention de l’ensemble des acteurs sociopolitiques, qu’ils soient de gauche ou de droite, syndicaux ou patronaux.

 

Cyril Brun

 

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L’édito – « Mon peuple est en exil faute de connaissance. »

 

« Mon peuple est en exil faute de connaissance. »

Combien vraie est cette plainte que Dieu adresse au prophète Osée. Le niveau culturel et intellectuel a considérablement baissé. Si les domaines de spécialisation, souvent techniques, ont fortement progressé, si le niveau moyen de la population semble s’être élevé parce qu’il y a moins d’illettrés, il n’en demeure pas moins que le niveau global intellectuel et culturel a baissé de façon vertigineuse. Les grandes écoles en sont à prévoir des cours de remise à niveau… Benoît XVI n’a eu de cesse d’œuvrer à la formation des fidèles. En véritable professeur, inlassablement, sa technique consistait à redonner les fondamentaux, inviter à redécouvrir le monde de la culture. Dans ce désert aride, il existe dans le monde catholique une multitude d’initiatives de formation. Mais ces propositions demeureront passives et lettres mortes si chacun ne les prend au sérieux. Si l’Eglise dispense un savoir, si des organismes se spécialisent pour éduquer, former, il nous appartient, à nous seuls, de prendre en main cette injonction de saint Pierre, de rendre compte de notre foi. Dans ce monde en perte de repères, les catholiques, plus que jamais, doivent être des lumières, de vraies lumières, pas celles de ce siècle qui éblouit, mais celles de la vérité, laquelle, sans être intellectualiste ou érudition, passe par le savoir, la connaissance et finalement la sagesse. C’est même un devoir amoureux, car aimer Dieu c’est le connaître, pas simplement en avoir l’intuition et moins encore le « ressentir ». C’est un devoir de charité car la connaissance rend libre et nous avons le devoir de charité d’ouvrir le monde à la vérité et, par là, à la liberté qui conduit au bonheur, parce qu’elle ouvre à Dieu. Nous essayons sur InfoCatho de prendre cette part dans notre rubrique formation ou dans nos tribunes, mais aussi dans les informations que nous relayons. N’hésitez pas à nous aider de vos contributions, de vos remarques, comme plusieurs d’entre vous le font en nous adressant des articles, des courriers. Nous sommes tous une pierre de l’édifice.

 

 

 

 

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Il y a 13 ans le cardinal Ratzinger devenait Benoît XVI

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La vie menacée par les forces du mal, saint Jean-Paul II

En ces jours où la vie est menacée de toutes parts et alors que le pape François vient de lancer un appel au respect de la vie, nous vous proposons la conclusion de l’Encyclique Evangelium Vitae de saint Jean-Paul II

 

 

Au terme de cette Encyclique, le regard revient spontanément vers le Seigneur Jésus, vers « l’Enfant qui nous est né » (cf. Is 9, 5), pour contempler en lui « la Vie » qui « s’est manifestée » (1 Jn 1, 2). Dans le mystère de cette naissance, s’accomplit la rencontre de Dieu avec l’homme et commence le chemin du Fils de Dieu sur la terre, chemin qui culminera dans le don de sa vie sur la Croix : par sa mort, Il vaincra la mort et deviendra pour l’humanité entière principe de vie nouvelle.

 

Pour accueillir « la Vie » au nom de tous et pour le bien de tous, il y eut Marie, la Vierge Mère : elle a donc avec l’Evangile de la vie des liens personnels très étroits. Le consentement de Marie à l’Annonciation et sa maternité se trouvent à la source même du mystère de la vie que le Christ est venu donner aux hommes (cf. Jn 10, 10). Par son accueil, par sa sollicitude pour la vie du Verbe fait chair, la condamnation à la mort définitive et éternelle a été épargnée à la vie de l’homme.

 

C’est pourquoi Marie, « comme l’Eglise dont elle est la figure, est la mère de tous ceux qui renaissent à la vie. Elle est vraiment la mère de la Vie qui fait vivre tous les hommes ; et en l’enfantant, elle a en quelque sorte régénéré tous ceux qui allaient en vivre ».(138)

 

En contemplant la maternité de Marie, l’Eglise découvre le sens de sa propre maternité et la manière dont elle est appelée à l’exprimer. En même temps, l’expérience maternelle de l’Eglise ouvre la perspective la plus profonde pour comprendre l’expérience de Marie, comme modèle incomparable d’accueil de la vie et de sollicitude pour la vie.

 

« Un signe grandiose apparut au ciel : une Femme enveloppée de soleil » (Ap 12, 1) : la maternité de Marie et de l’Eglise

 

 Le rapport réciproque entre le mystère de l’Eglise et Marie apparaît clairement dans le « signe grandiose » décrit dans l’Apocalypse : « Un signe grandiose apparut au ciel : une Femme enveloppée de soleil, la lune sous ses pieds et douze étoiles couronnant sa tête » (12, 1). L’Eglise reconnaît dans ce signe une image de son propre mystère : immergée dans l’histoire, elle a conscience de la transcender, car elle constitue sur la terre « le germe et le commencement » du Royaume de Dieu.(139) L’Eglise voit la réalisation complète et exemplaire de ce mystère en Marie. C’est elle, la Femme glorieuse, en qui le dessein de Dieu a pu être accompli avec la plus grande perfection.

 

La « Femme enveloppée de soleil » — ainsi que le souligne le Livre de l’Apocalypse — « était enceinte » (12, 2). L’Eglise est pleinement consciente de porter en elle le Sauveur du monde, le Christ Seigneur, et d’être appelée à le donner au monde, pour régénérer les hommes à la vie même de Dieu. Elle ne peut cependant pas oublier que sa mission a été rendue possible par la maternité de Marie, qui a conçu et mis au monde celui qui est « Dieu né de Dieu », « vrai Dieu né du vrai Dieu ». Marie est véritablement Mère de Dieu, la Theotokos ; dans sa maternité est suprêmement exaltée la vocation à la maternité inscrite par Dieu en toute femme. Ainsi Marie se présente comme modèle pour l’Eglise, appelée à être la « nouvelle Eve », mère des croyants, mère des « vivants » (cf. Gn 3, 20).

 

La maternité spirituelle de l’Eglise ne se réalise toutefois — et l’Eglise en a également conscience — qu’au milieu des douleurs et du « travail de l’enfantement » (Ap 12, 2), c’est-à-dire dans la tension constante avec les forces du mal qui continuent à pénétrer le monde et à marquer le cœur des hommes, opposant leur résistance au Christ : « Ce qui fut en lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie » (Jn 1, 45). 

Comme l’Eglise, Marie a dû vivre sa maternité sous le signe de la souffrance : « Cet enfant… doit être un signe en butte à la contradiction, — et toi-même, une épée te transpercera l’âme — afin que se révèlent les pensées intimes de bien des cœurs » (Lc 2, 34-35). Dans les paroles que Syméon adresse à Marie dès l’aube de l’existence du Sauveur, se trouve exprimé synthétiquement le refus opposé à Jésus et à Marie avec lui, qui culminera sur le Calvaire. « Près de la Croix de Jésus » (Jn 19, 25), Marie participe au don que son Fils fait de lui-même : elle offre Jésus, le donne, l’enfante définitivement pour nous. Le « oui » du jour de l’Annonciation mûrit pleinement le jour de la Croix, quand vient pour Marie le temps d’accueillir et d’enfanter comme fils tout homme devenu disciple, reportant sur lui l’amour rédempteur du Fils : « Jésus donc, voyant sa Mère et, se tenant près d’elle, le disciple qu’il aimait, dit à sa Mère : “Femme, voici ton fils” » (Jn 19, 26).

 

« En arrêt devant la Femme …, le Dragon s’apprête à dévorer son enfant aussitôt né » (Ap 12, 4) : la vie menacée par les forces du mal

 

Dans le Livre de l’Apocalypse, le « signe grandiose » de la « Femme » (12, 1) s’accompagne d’un « second signe apparu au ciel : un énorme Dragon rouge feu » (Ap 12, 3), qui représente Satan, puissance personnelle maléfique, et en même temps toutes les forces du mal qui sont à l’œuvre dans l’histoire et entravent la mission de l’Eglise.

 

Là encore, Marie éclaire la communauté des croyants : l’hostilité des forces du mal est en effet une sourde opposition qui, avant d’atteindre les disciples de Jésus, se retourne contre sa Mère. Pour sauver la vie de son Fils devant ceux qui le redoutent comme une dangereuse menace, Marie doit s’enfuir en Egypte avec Joseph et avec l’enfant (cf. Mt 2, 13-15).

 

Marie aide ainsi l’Eglise à prendre conscience que la vie est toujours au centre d’un grand combat entre le bien et le mal, entre la lumière et les té- nèbres. Le dragon veut dévorer « l’enfant aussitôt né » (Ap 12, 4), figure du Christ, que Marie enfante dans « la plénitude des temps » (Ga 4, 4) et que l’Eglise doit constamment donner aux hommes aux différentes époques de l’histoire. Mais cet enfant est aussi comme la figure de tout homme, de tout enfant, spécialement de toute créature faible et menacée, parce que — ainsi que nous le rappelle le Concile —, « par son Incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni luimême à tout homme ».(140) C’est dans la « chair » de tout homme que le Christ continue à se révéler et à entrer en communion avec nous, à tel point que le rejet de la vie de l’homme, sous ses diverses formes, est réellement le rejet du Christ. Telle est la vérité saisissante et en même temps exigeante que le Christ nous dévoile et que son Eglise redit inlassablement : « Quiconque accueille un petit enfant tel que lui à cause de mon nom, c’est moi qu’il accueille » (Mt 18, 5) ; « En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40).

 

« De mort, il n’y en aura plus » (Ap 21, 4) : la splendeur de la Résurrection

 

L’annonce de l’ange à Marie tient dans ces paroles rassurantes : « Sois sans crainte, Marie » et « Rien n’est impossible à Dieu » (Lc 1, 30. 37). En vérité, toute l’existence de la Vierge Mère est enveloppée par la certitude que Dieu est proche d’elle et l’accompagne de sa bienveillante providence. Il en est ainsi de l’Eglise, qui trouve « un refuge » (Ap 12, 6) dans le désert, lieu de l’épreuve mais aussi de la manifestation de l’amour de Dieu envers son peuple (cf. Os 2, 16). Marie est parole vivante de consolation pour l’Eglise dans son combat contre la mort. En nous montrant son Fils, elle nous assure qu’en lui les forces de la mort ont déjà été vaincues : « La mort et la vie s’affrontèrent en un duel prodigieux. Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne ».(141)

 

L’Agneau immolé vit en portant les marques de la Passion dans la splendeur de la Résurrection. Lui seul domine tous les événements de l’histoire : il en brise les « sceaux » (cf. Ap 5, 110) et, dans le temps et au-delà du temps, il proclame le pouvoir de la vie sur la mort. Dans la « nouvelle Jérusalem », c’est-à-dire dans le monde nouveau vers lequel tend l’histoire des hommes, « de mort, il n’y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé » (Ap 21, 4).

 

Et tandis que, peuple de Dieu en pèlerinage, peuple de la vie et pour la vie, nous marchons avec confiance vers « un ciel nouveau et une terre nouvelle » (Ap 21, 1), nous tournons notre regard vers Celle qui est pour nous « un signe d’espérance assurée et de consolation ».(142)

 

O Marie,

aurore du monde nouveau,

Mère des vivants,

nous te confions la cause de la vie :

regarde, ô Mère, le nombre immense

des enfants que l’on empêche de naître,

des pauvres pour qui la vie est rendue difficile,

des hommes et des femmes

victimes d’une violence inhumaine,

des vieillards et des malades tués

par l’indifférence

ou par une pitié fallacieuse.

Fais que ceux qui croient en ton Fils

sachent annoncer aux hommes de notre temps

avec fermeté et avec amour

l’Evangile de la vie.

Obtiens-leur la grâce de l’accueillir

comme un don toujours nouveau,

la joie de le célébrer avec reconnaissance

dans toute leur existence

et le courage d’en témoigner

avec une ténacité active, afin de construire,

avec tous les hommes de bonne volonté,

la civilisation de la vérité et de l’amour,

à la louange et à la gloire de Dieu

Créateur qui aime la vie.

 

 

Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 25 mars 1995, solennité de l’Annonciation du Seigneur, en la dix-septième année de mon pontificat.

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L’édito – L’objet de l’Eglise n’est pas de soulager la misère du monde.

L’attention aux pauvretés, aux fragilités, aux détresses, aux souffrances est, évidemment, un des piliers de la vie de l’Eglise et plus que de « l’institution ecclésiale », des fidèles catholiques. C’est parce que des personnes très concrètes sont appelées à agir que l’Eglise est agissante et non comme entité anonyme. Autrement dit, l’Eglise a une attention privilégiée aux plus pauvres (quelle que soit la pauvreté) parce que les membres qui la constituent sont invités à cette attention. Mais ce n’est pas non plus l’attention aux pauvres et aux miséreux, en tant que telle, qui est l’objet, c’est-à-dire la finalité, le but, ni de l’Eglise, ni des fidèles. C’est la charité qui pousse les fidèles à agir. Elle les pousse, parce qu’ils sont animés de cette charité et les attirent comme un but à atteindre, parce que la charité est un impératif, non pas de devoir, comme pour Kant, mais d’amour et ultimement d’amour envers Dieu. Ainsi, les œuvres de charité sont-elles la conséquence collatérale de la charité. Charité qui conduit à Dieu, ultime finalité de l’Homme. Aussi, aider, soulager les pauvres et les malheureux n’est pas une fin en soi, donc n’est pas l’objet, ni de l’homme ni de l’Eglise. Les conséquences de ces considérations sont multiples et la première suppose que notre acte de charité, provienne et conduise à la charité. Ce qui signifie que l’aide aux malheureux n’est pas simple poussée de compassion, comme pour Schopenhauer, mais motivée par l’amour en vue de l’amour. En d’autres termes, la charité authentique pousse à aider le prochain, non pas à aller physiquement ou psychologiquement mieux à tout prix, mais à se redresser pour avancer vers Dieu. Telle est, du reste, la demande du psalmiste. Faire du bien n’est pas forcément faire le bien, lequel consiste à avancer et aider à avancer vers Dieu. La charité chrétienne est celle-ci. Aussi tout ce que fait le catholique est-il ordonné à cette fin dernière qu’est l’union intime avec Dieu. Quant à l’Eglise, c’est aussi en cette finalité qu’elle est le refuge des pauvres et des malheureux. Donner à manger participe de la restauration de la dignité humaine. Mais si donner à manger réduit à l’assistanat, une autre part de la dignité humaine est affectée. C’est bien, comme le disait le pape Paul VI, à une vision globale de l’homme et de tout l’homme que nous sommes appelés, y compris dans notre action charitable. Or la vision globale de l’homme comprend la vie éternelle en Dieu. L’Eglise n’a pas été instituée pour éradiquer la misère. Le Christ nous a dit que des pauvres nous en aurions toujours. La raison d’être de l’Eglise c’est le salut apporté par le Christ, dans le Christ, pour, avec le Christ parvenir à la vie éternelle qui n’est autre qu’une délectation amoureuse en Dieu. L’aide aux pauvres ne peut pas ne pas être, elle est donc nécessaire, mais elle est un moyen, ô combien privilégié et impératif certes, pour celui qui donne comme pour celui qui reçoit, d’avancer en Dieu. Même si la bienfaisance est un aspect non négociable de l’Eglise, l’objet de l’Eglise déborde largement ces bonnes œuvres et précisément les canalise en les orientant au bien et par là au Bien qu’est Dieu.

 

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Edito #72 – Nous défendons une civilisation contre l’illusion moderniste

Faisons fi de la langue de bois et appelons un chat un chat et une révolution une révolution ! Ce qui se passe en France depuis mai 2012 n’est, en effet, rien moins qu’une révolution, c’est-à-dire, un retournement, un changement radical de direction. Certains intellectuels s’interrogent longuement pour savoir s’il s’agit d’une contre-révolution qui remettrait la France dans le « bon sens », celui d’avant 1789, tandis que d’autres se déchirent sur un anti mai 68, une nouvelle version de la Commune ou encore un relent de 1934. J’ai envie de dire c’est le printemps 2013 avec son histoire, ses revendications et ses Français d’aujourd’hui. Il ne s’agit plus d’opposer des privilégiés à des non privilégiés, des riches à des pauvres, des calotins à des laïcards. Il n’est pas question de contenir une vision marxiste ou pseudo-libérale, ni de contester un pouvoir ou une morale. Aujourd’hui deux civilisations s’affrontent à armes inégales. Et, depuis ce printemps 2013 nous sommes parvenus au point de rupture le plus extrême, celui au-delà duquel céder un pas de plus signifierait basculer dans un autre monde.

La civilisation que veut incarner la loi Taubira fait désormais front, à visage découvert, à la civilisation occidentale traditionnelle forgée avec sagesse sur le double héritage grec et chrétien. Depuis longtemps déjà, les promoteurs du New Age favorisent tout ce qui peut saper les fondements de ce qu’ils appellent l’ère du Poisson, espérant ainsi ouvrir la voie à ce mystérieux temps du Verseau. Plongeant inconsciemment leurs racines dans les dérives individualistes et relativistes de la Renaissance, les armes de cette nouvelle civilisation sont rien moins que le refus du réel et la propagande du clair-obscur par lequel une chose peut être son contraire en même temps, comme si l’homme pouvait être à la fois jeune et vieux. Ce type de contradictions ne pose du reste même plus question aujourd’hui. Mais le relativisme qui bride les intelligences, parce qu’il interdit toute confrontation, laissant à chacun le droit de se forger sa vérité, a atteint sa limite aujourd’hui. Derniers avortons de cette longue chaîne de prédateurs, les jeunes loups « progressistes » du PS, puis d’En Marche ont crû que l’esprit critique et le bon sens avait été définitivement mis à bas et, dans leur orgueil, ont commis l’erreur de l’impatience. Aveuglés par leurs illusionnistes, convaincus par leur propre rhétorique relativiste et négationniste, ils se sont persuadés du haut de leur certitude de salon que l’élixir pernicieux avait fait son œuvre et que désormais les Français ne distingueraient plus jamais une vessie d’une lanterne.

Combien dut être dur le réveil de ces illuminés constatant l’étroitesse de leur piédestal quand un beau dimanche de novembre ces va-nus pieds de provinciaux, ces rétrogrades de catholiques se sont réveillés et ont dit stop ! Car c’est bien cela que le peuple de France, ces badauds méprisés des cabinets modernistes, a dit à ces apprentis sorciers presque tous les jours des mois durant et encore aujourd’hui avec les veilleurs, et autres initiatives toujours vives. Refuser la loi Taubira n’est en aucun cas être un méchant homophobe rétrograde qui refuse l’égalité à une partie de la population, comme le gouvernement et l’élite autoproclamée des médias cherchent à s’en convaincre eux-mêmes. S’opposer au mariage pour tous, c’était et c’est encore, refuser la civilisation de l’absurde qui élève l’illusion au rang de droit inaliénable. C’est condamner le règne de la pensée unique qui consacre le non-dit et le faux comme seul système de valeur.

Se battre pour l’abrogation de la loi Taubira est anecdotique. La vraie question n’est pas d’être pour ou contre le mariage pour tous, mais pour ou contre la fin de notre civilisation. Et ici nul besoin d’être catholique ou protestant, de droite ou de gauche. Il suffit d’être réaliste ! En refusant le débat, en opérant de manière insidieuse, en confisquant la liberté de conscience et de pensée, les progressistes, comme ils se désignent eux-mêmes, avouent que leur projet de civilisation ne tient pas à l’épreuve du réel et de la contradiction. Il faut des milliers de CRS pour le protéger et des milliards d’euros pour le maintenir en vie artificiellement. Voilà pourquoi l’enjeu premier de ce vaste mouvement révolutionnaire est de retrouver la parole. Une parole que la sourde oreille présidentielle s’obstine, comme par hasard, à ne pas entendre, ou à étouffer comme le prouvent les manipulations autour des Etats Généraux de la bioéthique.

Ces derniers mois, nous avons retrouvé de la voix. Il nous faut à présent diffuser sans relâche cette voix partout en France pour dénoncer les mensonges de cette civilisation virtuelle que l’on veut nous imposer et révéler combien est belle et fondée notre bonne vieille civilisation, même si cela ne nous dédouanera pas d’en corriger certaines mauvaises applications. Voilà en quoi ce printemps français était et demeure à la fois un grand réveil de civilisation et une révolution politique et sociale. Ce mouvement de masse renverse les puissants de leur trône d’argile en reprenant la parole. Ce faisant, il met un coup d’arrêt d’une incroyable force à l’émergence de ce qui n’est autre qu’un projet de non civilisation. Le combat ne fait que commencer et pour que notre voix puisse continuer à percer sous la masse médiatique assourdissante, il faut maintenir le niveau de décibels et augmenter le nombre des réseaux de diffusion, jusque dans les lieux les plus reculés.

Ne nous y trompons pas ! Si nous relâchons la pression, si nous rentrons chez nous comme avant parce que la loi Taubira est passée, parce que l’euthanasie sera peut-être passée, nous nous serons battus pour rien et notre civilisation volera en éclat. Que nul ne s’illusionne sur l’avenir d’une telle perspective. Personne ne pourra espérer mener sa petite vie tranquille entre soi, comme nos irréductibles ancêtres. Le raz-de-marée n’épargnera personne. Il nous est donné une chance inouïe de renverser, de révolutionner le cours de l’Histoire. C’est un cadeau du ciel qui revigore l’espérance de tout un peuple. Non seulement nous avons repris de la voix, mais nous nous sommes réappropriés notre civilisation. Et notre combat ne consiste pas à l’imposer, mais à rallier à sa beauté et à sa vérité ceux que les sirènes progressistes ont déroutés, décontenancés et trompés. Face à l’intimidation et au mensonge nous devons avoir le courage de la vérité. Alors, ne nous fourvoyons pas, les combats que nous menons contre l’IVG, l’euthanasie, la PMA ou la GPA, ne sont pas anecdotiques, ni perdus d’avance ou définitivement parce que la vérité l’emporte toujours sur le mensonge. Encore faut-il des hérauts pour la brandir.

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Edito #72 – Nous défendons une civilisation contre l’illusion moderniste

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Tribunes et entretiens

L’abbé David Gréa pris au piège de son style « new look » – Une analyse dépassionnée et décoiffante d’Aline Lizotte

Puisque l’abbé David Gréa fait à nouveau parler de lui en prêtre, père et époux heureux, il n’est peut-être pas inutile de redonner cette tribune qui avait eu l’an dernier un grand succès.

 

Pourquoi la décision du Père Gréa, de vouloir se marier,  a-t-elle suscité un tel emballement médiatique ?

UN PRÊTRE EMBLÉMATIQUE ET QUI SORT DE L’ORDINAIRE

David Gréa est un prêtre qui sort de l’ordinaire. « David Gréa, l’un des curés les plus emblématiques de Lyon, est notamment connu dans toute la France pour avoir mis en place des messes new look avec le groupe de pop louange Glorious » écrit Le Progrès du 19 février. Mais est-ce vraiment nouveau ? Des messes pop, il y en a eu partout en France dans les années 1970, les années qui suivirent le Concile. Chaque paroisse, ou presque, avait son orchestre pop, et l’on y célébrait des « messes pour jeunes » auxquelles assistaient beaucoup d’aînés. Ce nouveau style inspiré des mouvements évangéliques et pentecôtistes venus des USA devint l’instrument rêvé pour permettre aux adolescents de continuer à venir à l’Église, c’est-à-dire à la messe. C’était attractif, mais était-ce vraiment nouveau ?

Le courant Revival, qui inspirera à partir du milieu du XXe siècle les mouvements évangéliques et pentecôtistes, débuta très tôt au XVIIIe siècle. Son premier inspirateur fut John Wesley, le fondateur de la communauté méthodiste. Anglais d’origine, en lutte contre l’Establishment de la High Church anglicane, ne pouvant pas supporter la doctrine de la prédestination calviniste, ni la doctrine de Calvin sur la Cène, Wesley commença à réunir des « disciples » qui écoutaient son enseignement, priaient, chantaient ensemble dans les lieux publics, parce que comme pasteur dissident, les lieux de culte lui étaient interdits. En 1736, il partit pour l’Amérique, qui n’était plus le « paradis originel » que se représentait John Locke. Elle était devenue une terre de mission à laquelle il fallait enseigner la « vraie foi ». Wesley lui apporta ce qui allait devenir le fondement des Évangélistes, le Revival. La mission fut cependant un échec personnel pour John Wesley. Il rentra en Angleterre, où il continua son œuvre de renouveau. Le 24 mai 1778, Wesley fut spirituellement visité par ce que l’on appelle la « conversion ». Elle transforma sa vie et, devenu sûr de sa mission, Wesley se lança dans le ministère du Revival.

LES CARACTÉRISTIQUES DU REVIVAL ET SON EXPANSION

Le Revival est une reviviscence de l’étude – fondamentaliste – de la Parole. Il s’appuie sur une totale confiance en Dieu, sur la recherche des signes et des faits qui doivent manifester cette présence proximale du divin. L’on s’appuie sur ce passage du Deutéronome : « Yahvé nous fit sortir d’Égypte à main forte et à bras étendu, par une grande terreur, des signes et des prodiges » (Dt 26, 8). Ces signes et ces prodiges, certains les cherchent dans l’effusion de l’Esprit (glossolalie, guérison, baptême dans l’Esprit chez les pentecôtistes), d’autres dans l’annonce de la Parole à tous les carrefours et à toutes les portes, en vue de la conversion (dans le courant évangélique). La conversion est, pour tous, le but ultime ; c’est le retour à la « vraie foi ». C’est une illumination intérieure souvent subite, qui apporte la certitude que tous les péchés sont pardonnés et que la personne est sauvée. C’est la fin des angoisses, des peurs et des terreurs de Dieu. La « conscience » est établie dans la paix. Wesley – grand admirateur de Hume, dont l’empirisme repose sur la formule « esse est percipi aut percipere » (l’être, c’est ce qui est perçu ou ce qu’on peut percevoir) – enseignait que la foi est « la sensation spirituelle de l’âme née de Dieu » ; elle est « l’œil de l’âme renaissante », l’ouïe ou le toucher. Elle ne repose que sur « l’amour de Dieu qui pardonne ». C’est une émotion spirituelle importante. Elle change la vie !

Vers les années 1970, ce Revival cessa de n’être qu’une doctrine que l’on enseignait, qu’une émotion spirituelle à laquelle on tendait. Les assemblées évangéliques et pentecôtistes s’associèrent avec la musique contemporaine, la pop music. L’association des rock bands avec les courants du Revival est venue avec le courant Jesus Movement et a pris le nom de Jesus Music. Elle émanait de la conversion d’un certain nombre de hippies, qui formèrent, d’abord en Californie, des groupes communautaires en vue de la restauration d’une vie chrétienne à l’image de la vie des premiers chrétiens telle qu’ils l’imaginent à partir des Actes des Apôtres. On y associa la musique rock, et on créa des orchestres : Resurrection Band, Jesus Revolution, Jesus People, Glorious. On voulait rejoindre la sensibilité des plus jeunes, surtout des adolescents. Or la prédication d’une telle foi – Jésus sauve, Jésus guérit –, associée à l’intensité de l’émotion que procure la musique, créait facilement un état paroxystique propre à l’émotion religieuse. Ce fut un délire, mais un délire qui passa vite. Au début du XXIe siècle, le mouvement était presque éteint…

Ce mouvement qui enflamma les USA vers les années 1970-1980 ne pouvait pas ne pas frapper l’Europe, et autant l’Église catholique que les différentes communautés protestantes. Lorsque le cardinal Lustiger organisa une semaine d’évangélisation à Paris à la Toussaint 2004, Henri Tincq – rédacteur des pages religieuses du Monde – écrivit que le mode « d’annonce directe de la foi » mis en œuvre par l’archevêque était « calqué sur les modèles pentecôtistes et évangéliques ». Quelques semaines plus tard, on retrouvera quelque chose de semblable à Lyon où, à l’initiative du cardinal Barbarin, on distribua 500 000 exemplaires du Nouveau Testament avec en couverture Notre-Dame de Fourvière. Le même journal Le Monde décrivait ainsi l’événement : « Les catholiques lyonnais veulent se réapproprier la fête de la lumière1 ». Cela rappelait à l’historien la tradition prosélyte biblique des protestants.

Que fallait-il penser de ce phénomène ? Pour certains, comme la sociologue Danièle Hervieu-Léger qui, avec François Champoux, publia un livre sur l’émotion en religion2, le phénomène s’inscrit dans un double mouvement : d’une part nous assistons à la fin d’une religion d’observance, et d’autre part à la naissance, selon des nouvelles formes de sociabilité, des forces dynamiques d’une religion de « conversion ». À l’institution se substitue l’association, à la pratique qui s’éteint l’intensité d’une nouvelle foi.

C’est à ce monde qu’appartient David Gréa. Mais, à quel monde ? Celui des communautés évangéliques et pentecôtistes qui prospèrent à tour de bras, non seulement en France, mais dans le monde entier ?3 Ou celui de l’Église catholique ? Qu’est-il resté dans notre Église de l’engouement pour ce modèle évangélique et pentecôtiste ? Les messes pop ont diminué. Beaucoup de communautés nouvelles ont disparu. Celles qui demeurent se restructurent  de façon plus classique.  À quel monde appartient donc David Gréa ?

UNE NOUVELLE INTENSITÉ DE LA FOI ?

Ce phénomène a-t-il été, dans l’Église catholique, aussi prometteur d’un renouvellement intensif de la foi tel qu’il semblait devoir surgir par l’emploi maladroit des formules évangéliques et pentecôtistes ? Pour le savoir, il faut voir quels en sont les piliers.

Ce phénomène repose sur quatre fondements :

  • La prédication ou l’annonce de la Parole en vue de susciter la foi, c’est-à-dire une confiance en Dieu TOUT-PUISSANT, qui peut tout et qui nous aime. Elle est faite d’un ensemble de paroles tirées de l’Écriture, que le prêcheur répétera tout au long de son prêche. Elle n’est pas un enseignement de la foi. Elle crée une proximité de Jésus, comme celle du témoin de Dieu, de l’ami, presque du copain. Elle est nécessairement publique, étant un élément important, voire nécessaire, pour créer un effet de groupe, une coalescence émotive.
  • La louange est la réponse du groupe à l’action bienfaisante de Dieu. Elle est l’autre élément créateur de l’émotion. Les inspirations de la Jesus music viennent de cette intuition. Quand on a écouté le petit groupe de l’école d’Oslo (Norvège) chanter avec force et fort bien Jesus Revolution, on comprend que des thèmes religieux associés à une musique envoûtante créent un état émotif imprégnant. Que l’on s’appelle Glorious, Jesus People ou encore Ressurection Band, le procédé est le même.
  • Le but recherché est d’arriver à une conversion en vue d’un engagement. C’est ici que le catholique se fait prendre au piège. Car la conversion, pour n’importe quelle forme de protestantisme, n’est pas ce que le catholique en comprend. Pour le chrétien de foi protestante, la conversion est l’illumination de la certitude du salut.
  • L’engagement consiste à devenir, à son tour, prêcheur de la foi. Écoutez attentivement, dans le dernier album de Glorious1000 Échos : « Plus jamais le même ». Vous comprendrez ce qu’est la conversion ! Le catholique, lui, reçoit de son baptême la certitude de la Foi : il est appelé par la grâce qui le guérit, le transforme et l’habite à vivre de l’intimité trinitaire de Dieu. « Mort au péché », il doit grandir en vérité et en charité tout au long de sa vie, non pour « mériter » son salut, mais pour en vivre dans l’espérance et progresser dans l’amour de Dieu et du prochain.

Cette distinction fondamentale entre la foi catholique et la foi protestante, l’a-t-on suffisamment pesée et étudiée quand on a voulu, vers les années 1970, adopter les méthodes évangéliques ou pentecôtistes pour animer les assemblées de jeunes ? Certes, on a reconnu l’importance de l’émotion religieuse, et on a pensé, d’une façon peut-être un peu trop courte, qu’elle pouvait être la clé universelle pour amener à l’Église les jeunes et les moins jeunes. Et l’on s’est retrouvé devant un certain échec. Une à une, les Jesus bands se sont dispersées, les « messes pour jeunes » célébrées avec l’accompagnement des cors, des trompettes, des guitares et des pianos électroniques se sont raréfiées. Les Jesus bands sont sorties des églises pour intégrer les salles de concert, où elles se trouvent à leur place… sauf dans la paroisse de Lyon centre, à Sainte-Blandine.

L’association David Gréa-Glorious a rempli l’église Sainte-Blandine. Deux événements ont favorisé cette association. D’une part, le fait que Glorious est devenu un groupe nettement professionnel, et qu’il demeure un des rares groupes professionnels du genre dans le vaste champ du Jesus-Movement ou du Jesus-Music. D’autre part, le fait que David Gréa s’est vite révélé, comme jeune prêtre, un animateur propre à séduire un public de jeunes adolescents. Il est de la génération pour laquelle les groupes religieux de ce genre sont en pleine effervescence. C’est l’époque des grandes crises de l’après-Concile. L’avenir était alors à l’espérance d’un renouveau sans précédent dans l’Église, et le passé tridentin était quasiment l’ennemi à abattre. Tout était remis en question, y compris la liturgie. On cherchait des formules neuves. Cette formule « neuve » pour le temps, Gréa l’a conservée dans sa mémoire. Il n’en a pas vu l’érosion, ni les limites. À force de miser sur la force de l’émotion religieuse, on la sature. Saturée, elle passe et laisse le goût désagréable d’une illusion crevée. Je me souviens d’un couple en difficulté conjugale longuement accompagné. Presque rien ne parvenait à réanimer une foi morte. Lui n’était sensible qu’à la spiritualité bouddhiste ; elle avait une vague foi encore chrétienne. Le mari me racontait son adolescence. Il allait à la messe chaque dimanche, puisqu’il faisait partie du groupe pop. Il était à la batterie, et n’était qu’à la batterie. Et il me disait que la seule chose qui l’intéressait était la musique pop dont il était l’un des animateurs. Les frissons des émotions ne sont pas la foi. Les clameurs ne sont pas toujours de véritables « Sanctus » !

DE L’ÉMOTION AU VEDETTARIAT

Il y a un autre piège que l’on n’avait pas vu venir. La messe n’est pas un spectacle, et l’homélie n’est pas une performance rhétorique. Quand le spectacle et la rhétorique s’unissent, on sort de la sphère du sacré pour entrer dans celle de la scène. Le « curé », s’il a les dons que l’empathie donne à l’orateur, sent son public ; il sait vite ce qui le fera vibrer, ce qui le fera rire ou pleurer, ce qui l’emportera ou le fera décrocher. Ces dons, à ne regarder que ses conférences, David Gréa les possédait. Mais il les possédait pour quoi ? Il les possédait pour qui ? Le style nouveau dont on le gratifie est devenu le piège dans lequel, sans le vouloir, il a été enfermé. La messe pop a fait sa célébrité. L’émotion religieuse a fait son succès. On en parlait de Lyon à Bordeaux, de Marseille à Brest ! Les fidèles qui fréquentaient l’église Sainte-Blandine sont devenus « son » public. Il en respirait l’odeur ; il en savourait l’émotion. En est-il inconsciemment devenu le « maître », au lieu d’en être le serviteur, le « serviteur inutile » ? Le Père Henri-Dominique Lacordaire (1802-1861), le grand prédicateur du XIXe siècle, disait un jour : « Quand je donne mes conférences de Carême à Notre-Dame de Paris, il y a tant de monde que les gens montent sur les confessionnaux pour m’entendre. Mais à Ars, il y a un petit curé qui dit peu de choses, mais qui fait entrer les gens dedans4. »

David Gréa est-il le seul responsable ? N’a-t-on pas manqué de vigilance pastorale envers lui ? N’était-on pas trop heureux d’une église pleine, qui ne pouvait plus contenir tous ses priants ? Quel succès !

« UNE FEMME AVEC QUI DIEU M’APPELLE À VIVRE »

Là, plus rien ne va ! Le prêtre a perdu la tête ! Ou plutôt, il a perdu sa théologie ! Dieu n’est pas une girouette ! Saint Jean-Paul II disait que si Dieu donne sa grâce pour répondre à son appel d’un sacerdoce marqué par la chasteté parfaite, ce n’est pas pour s’entendre dire « non » quelques dix ans plus tard.

Ou l’abbé Gréa a eu la grâce divine pour répondre en toute liberté à l’appel de la vocation sacerdotale, avec les exigences qu’elle comporte de maturité affective, de liberté de choix, de combat spirituel, de renoncements et de joies, de célibat sacerdotal, de dévouement pastoral – exigences que Paul VI, dans son encyclique Sacerdotalis Celibatus, décrit clairement –, et c’est alors en toute liberté qu’il a répondu Adsum (me voici) à l’appel de l’évêque. Ou il croit qu’il n’a pas eu cette grâce, et c’est contre sa vraie liberté qu’il a été oint de l’onction sacerdotale et qu’il a reçu l’imposition des mains. Les deux cas sont possibles. Mais le second se traite en vérité avec l’évêque, qui reconnaîtra que l’ordinand n’avait pas « la vocation », et que poussé par des conditions extérieures, il a accepté de recevoir un sacrement qu’il n’a pas choisi et qu’il ne désirait pas librement.

Manifestement, ce n’est pas le cas de David Gréa. Dans sa lettre aux paroissiens de Sainte-Blandine, il reconnaît qu’il a été heureux dans ce ministère sacerdotal. Il était donc libre de l’accepter, et s’il l’a accepté, il en a reçu et l’appel et la grâce. Qu’une femme vienne troubler ses émotions, que son contact lui procure une joie insoupçonnée, c’est fort possible. Ce n’est pas la première fois que cela arrive à un prêtre… Mais le prêtre accepte le combat spirituel ou le refuse. Ce jugement de conscience qu’il doit poser au for interne, il en est, devant Dieu, le seul responsable. Dieu seul peut juger les cœurs et les reins.

David Gréa ne fait pas cela. Il ne dit pas cela. Il ne prend pas ses responsabilités. Il veut nous faire croire que Dieu est responsable. C’est Lui, Lui d’abord, Lui seulement qui l’appellerait à quitter le sacerdoce pour rejoindre une femme. Ce faisant, Dieu serait l’Infidèle. Après avoir appelé, il répudierait ! Il consentirait à s’entendre dire « non », à devenir l’Époux trompé, bafoué. Dieu appellerait-il David Gréa à un ministère supplémentaire, qui viendrait enrichir son sacerdoce ? L’Église ne sera jamais prête à marier ses prêtres, même si elle pourrait concéder l’ordination à des hommes mariés. Ce qui, malgré les pressions sociologiques, est loin d’être fait.

Ainsi, au for interne comme au fort externe, c’est-à-dire à l’intime de sa conscience et au regard des hommes, David Gréa se justifie de quitter le sacerdoce pour embrasser un autre état de vie auquel il avait renoncé, et cela pour obéir à Dieu. Le seul motif qu’il évoque pour rendre compte de ce changement inouï, c’est qu’il éprouve une joie insoupçonnée dans la construction de cette nouvelle relation. Voilà l’émotion paroxystique dans toute sa splendeur ! L’émotion devient le signe de la volonté divine. Elle est la justification de la conscience. Elle donne la « paix » de Dieu. Elle couvre le scandale de la foi qui atteint tous ces jeunes qui ont vu en David Gréa leur prêtre et leur pasteur. N’ont-ils été pour lui qu’une occasion d’être heureux ? La femme rencontrée devient une occasion plus gratifiante d’être heureux ! Dieu ne veut-il pas que nous soyons heureux ?

À force de dire que l’émotion religieuse déloge une religion de l’observance pour la remplacer par une religion du cœur, à force de penser que cette religion du cœur se passe du don de la vérité divine, du service de Dieu dans la vocation à laquelle Il appelle, à force de transformer la prière liturgique en une « occasion d’être heureux ensemble », on tend un piège à la foi. Ce piège est celui dans lequel David Gréa s’est enfermé lui-même. Et, avec lui, nombre de chrétiens qui avaient 15 ans en 1970 et qui, aujourd’hui, ont perdu la boussole !

Aline Lizotte


1 – Suzanne Landrin et Xavier Ternisien, Le Monde, 10 décembre 2004. Cité par Sébastien Fath, Du ghetto au réseau. Le protestantisme évangélique en France, Labor et Fides, 2005, pp. 321-322.

2 – De l’émotion en religion. Renouveaux et traditions, sous la direction de Françoise Champion et Danièle Hervieu-Léger, Bayard, 1990.

3 – Une récente étude sur l’extension du Pentecôtisme nous dit qu’il y a actuellement près de 600 millions de chrétiens pentecôtistes dans le monde et prédit qu’ils seront 800 millions dans vingt ans (cf. Allan Heation Anderson, To the Ends of the Earth, Oxford University Press, 2013.

4 – Cité dans Bernard Peyrous, Marie-Ange Pompignoli, Dieu est humour, t. 2, Éditions de l’Emmanuel, 2011, p. 91.

 

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A la une #NLQ

L’édito – Liberté scolaire, la concurrence ne peut que servir la vérité

 

Comme chaque ministre Monsieur Blanquer s’attaque au « Mammouth ». C’est d’autant plus louable que la tâche est, on le sait, dangereuse pour qui s’y attèle. Pourtant, comme ses prédécesseurs, le nouveau ministre cherche plus à récupérer le système qu’à le réformer, malgré les effets d’annonces. L’enjeu pour lui est de faire cette machine à uniformiser l’instrument de la propagande d’Etat, qu’il faut comprendre à la lumière des lignes tracées par Vincent Peillon. Il faut dire que l’outil s’y prête. Il a d’ailleurs été conçu pour cela par Napoléon Ier et jalousement préservé depuis deux siècles, y compris par les libéraux au pouvoir après lui. Unifier la nation dans une seule et même pensée, qu’elle soit catholique d’abord ou anticléricale ensuite, était bien le but du monopole du « système universitaire » mis en place en 1806/08. Une telle conception de l’unité se nourrit de deux travers : d’une part la peur de la différence et le manque de confiance en ses propres convictions et d’autre part une vision erronée du rôle de l’État.

C’est parce qu’elle est fondée sur la crainte que cette vision exclut la liberté. Car la Vérité ne craint pas la liberté. Si on est obligé d’imposer par la force ses convictions, c’est, soit parce que celles-ci ne sont pas fondées (c’est l’argument d’autorité du sénateur J.-P. Michel sur le mariage pour tous par exemple), soit parce que ceux qui les promeuvent ne parviennent pas à en rendre compte. Or la liberté qui consiste précisément à chercher la vérité en est aussi une garantie. Une garantie, mais également une exigence, qui elle-même est une garantie. Car pour défendre la vérité, il faut la chercher et surtout accepter de se laisser façonner et dérouter par elle. Chercher la vérité, c’est accepter de se déposséder de ses certitudes, de ses vérités et se laisser apprivoiser par ce que l’on contemple et découvre. Or pour cela, il faut être libre. Libre de ses peurs, libre de ses chaînes. Aussi, la liberté scolaire qui repose sur la liberté de conscience ne peut-elle qu’être un gage de vérité. En effet, dans la mesure où la vérité est le chemin de la réussite et de l’épanouissement, la véritable concurrence entre les établissements scolaires se fera autour de la vérité. C’est, du reste tout le combat du père de la liberté scolaire Charles de Montalembert.

Vérité et liberté vont de pair. Qui craint la vérité réduit la liberté. La vérité rend libre, mais la liberté conduit à la vérité. Or la vérité doit susciter une adhésion libre que garantit, justement, la conscience. Une conscience libre et éduquée, précisément par une vérité passée au crible de la liberté. C’est pourquoi la liberté scolaire est fondée sur la liberté de conscience. Aller contre la liberté scolaire en imposant une pensée unique, c’est aller contre la liberté de conscience. Mais c’est aussi empêcher l’adhésion à la vérité et ainsi déconnecter vérité et liberté. Or cette déconnexion conduit à une perversion de la vérité, dans la mesure où celle-ci n’est plus soumise au crible de l’intelligence critique. Sans l’émulation que crée la liberté, la quête de la vérité se dilue dans le nihilisme ou le relativisme. Or, sans la quête de la vérité et cette adhésion libre de l’intelligence, c’est la croissance même du monde qui se trouve ralentie, c’est la dignité même de l’homme qui se trouve abaissée, réduite au niveau d’un bestial conditionnement. Imposer la pensée unique par le refus de la liberté scolaire, c’est condamner l’homme au déterminisme de la pensée unique.

En outre, l’État n’est pas là pour éduquer, mais pour favoriser l’instruction qui doit nourrir la quête du Vrai et du Bien. C’est aux parents qu’il revient d’éduquer non à l’État. L’État doit, en vertu du principe de subsidiarité, aider les parents à ouvrir leurs enfants à cette quête du vrai, dans le respect des consciences et cela passe précisément par cette concurrence de la liberté scolaire.

Cyril Brun

Doctrine / Formation #Morale

Le mal n’existe pas.

Curieuse affirmation qui pourtant permet de voir les choses avec plus de réalisme. Essayez de définir le mal sans une formule négative. C’est impossible pour la raison simple que le mal est la destruction du bien. Nous ne trouvons pas la cécité se promener dans la rue, mais un être privé de la vue. Aussi, les conséquences du mal sont bien réelles, mais le mal, lui, est l’absence d’être, c’est pour cela que le mal n’existe pas. Cela dit, un homme qui n’a pas d’aile n’est pas un mal bien que ce soit du non être. Car si le mal n’existe pas, il est plus  précisément, la privation d’un bien auquel on a droit. Ainsi, un homme sans aile n’est pas un mal. En revanche, qu’un homme soit privé de la vue est un mal. C’est bien la privation qui est un mal et non la personne affectée par cette privation. L’homme reste un bien. Même diminuée, sa dignité d’homme est intacte, il ne devient pas une sous classe. Il faut distinguer deux types de mal. Le mal ontologique prive l’être de ce qui lui est dû. Il affecte l’intégrité (et non la dignité). Le mal opératif lui est l’action qui résulte d’un acte posé, comme blesser. Mais, c’est un être (donc quelque chose de réel et de bon) qui pose un acte causant une privation, c’est-à-dire le mal. Le mal n’agit pas puisqu’il n’existe pas, mais ce sont des êtres réels qui, consciemment ou non, posent des actes destructeurs. Nous sommes causes de multiples façons de cette forme de mal et inversement, nous avons en nous diverses privations de notre bien. Certaines sont irrémédiables, d’autres non.

Ajoutons que le Mal, autre non du Diable, lui existe bel et “bien”.

 

Pour aller plus loin, Connais-toi toi-même, les fondements de l’anthropologie chrétienne, Cyril Brun