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L’édito – Science et opinion, une confusion stérilisatrice

Dans un article du 6 novembre dernier, Atlantico posait la question « Quel avenir pour une société qui confond science et opinion ?  » L’inquiétude sous-jacente est celle du poids d’une opinion, souvent plus émue que formée, sur la recherche scientifique. Un anathème rapide, sur une zone sombre, et c’est toute la science qui est stérilisée par une vox populi dont l’ébullition est parfois, du reste, portée par des braises idéologiques en forme d’allume-feux. Il y a en effet aujourd’hui un primat quasi totalitaire de l’opinion dont ne manque pas de se servir les manipulateurs de tous bords. Pourtant, une opinion, précisément, n’est pas une certitude arrêtée. C’est une sorte d’avis forgé à partir d’informations elles-mêmes non scientifiques ou partiellement vérifiées ou démontrées. De sorte qu’il manque à  l’opinion, l’assise scientifique ou le minimum de preuves et de vérifications suffisantes pour accéder à la certitude et donc être un socle sur lequel bâtir et avancer. L’opinion, si fortement ancrée soit-elle, demeure un ventre mou et incertain, voire indécis. En l’absence d’éléments concluants pour établir une vérité, l’opinion peut demeurer l’approche la plus probable de la vérité. Et parfois, faute de convictions, il faut se fonder sur l’opinion pour décider et choisir. En ce cas, l’opinion est la meilleure option et il faut alors un minium de confiance en cette opinion pour s’appuyer dessus. C’est peut-être plus ce que nous appelons un avis.

Quand, en rester à l’opinion est le fait de l’inculture, de la paresse, de la peur, c’est-à-dire quand il est possible de se former, de chercher, d’apprendre et qu’on ne le fait pas, on se condamne à avancer sur des sables mouvants, dans lesquels on finit par s’enterrer. Transformer ce genre d’opinion en certitude c’est déterminer une vérité sans fondement que l’on est bien souvent en grande peine de défendre, sinon à force d’ostracismes et d’arguments péremptoires eux-mêmes non maîtrisés et non vérifiés. Il devient alors difficile, voire impossible, de discuter avec une opinion faussement érigée en certitude. Malheureusement, même dans nos milieux catholiques, nous nous apercevons, à lire les réseaux sociaux et les commentaires, souvent rapides et à l’emporte-pièce, que les sables mouvants de l’opinion ont submergé les convictions enracinées dans la vérité. Il devient alors facile de pourfendre ceux qui se fondent sur la raison, l’enseignement antique de l’Eglise et autres philosophies, disqualifiées comme étant dépassées.  L’opinion vaguement forgée en discussions de salons s’érige en censeurs des plus grands penseurs, des meilleurs experts et (parfois) même du Christ.

C’est pour contribuer (certes modestement) à aider les websurfeurs à passer de l’opinion à la certitude qu’infoCatho laisse libre court aux débats tout en donnant la parole aux sages et aux savants. Parce que ce n’est pas l’opinion, fusse de la majorité de la vox populi qui rendra libre, mais bien la vérité.

Cyril Brun, rédacteur en chef

 


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L’édito – Logique comptable de l’Eglise, entre prudence et espérance.

A Bruxelles, une efficacité budgétaire, visant à rationaliser les biens de l’Eglise, a conduit au départ d’une jeune communauté dynamique et appréciée, la fraternité monastique de Jérusalem. En France ce sont a priori 17 des 32 séminaires qui vont fermer pour les mêmes raisons de rationalisation financières. L’Assemblée plénière de Lourdes, qui vient de s’achever, avait au menu de ses travaux, les séminaires et les restructurations financières rendues nécessaires par la baisse des revenus de l’Eglise en France. Deux thèmes croisés dont les lieux de formations de nos futurs prêtres risquent bien de faire les frais. Le denier baisse et les lettres des diocèses regorgent d’appels anxieux aux fidèles. Les jeunes donnent moins, les anciens décèdent et certains boycottent le denier pour exprimer leur désaccord avec leur évêque.

Résultat de cette désolation financière, comme tout bon gestionnaire avisé, une coupe budgétaire s’impose. Les séminaires, parmi d’autres restrictions prévues ailleurs, vont donc servir de variable d’ajustement, puisqu’il a été décidé qu’un lieu de formation ayant moins de 17 à 20 séminaristes fermerait. Ce qui en l’état des vocations toucheraient 17 maisons en France. Une décision de prudence, en bon père de famille. Toutefois, tous les diocèses qui, ces dernières années, ont rouvert un séminaire, chez eux, sur leurs terres, ont vu repartir les vocations locales, même s’ils n’atteignent pas la barre désormais fatidique des 17 postulants. Il y a du reste là une logique d’appartenance à l’Eglise locale qui mériterait bien un synode !

Quand la logique comptable prend un ascendant si important dans une question qui relève aussi de la foi en la Providence et de l’espérance, la prudence est-elle encore une vertu ? Les nombreuses expériences de religieux, de saints et même de laïcs engagés, montrent que pourtant quand il s’agit de faire une œuvre de Dieu, la Providence pourvoit toujours en abondance. Certes parfois à l’extrême dernière seconde ! Mais si nous sommes invités à prier pour que le maître envoie des ouvriers à sa moisson, comment imaginer qu’il ne donnera pas le gîte et le couvert à ces ouvriers ? Sans doute vouloir faire une œuvre pour Dieu n’est pas nécessairement faire l’œuvre de Dieu. Mais un séminaire qui dispense fidèlement la vérité du Christ à ses pensionnaires, une église qui abrite des religieux qui portent du fruit ne sont-ils pas nécessairement dans la main de la Providence ? N’y a –t-il pas dans notre logique comptable un manque de confiance et d’abandon et par là un défaut d’adéquation entre notre vie et notre espérance ? Bien entendu ouvrir un séminaire pour trois ou quatre séminaristes pourrait paraître exagéré. Et encore, combien d’œuvres commencent petitement et patientent longuement avant d’éclore ? Mais quelle serait alors la bonne barre fatidique ?

Ce qui vaut pour ces grandes questions pastorales de l’Eglise institution, ne vaut-il, pas du reste de notre propre gestion quotidienne, nous dont les choix de vie ou de profession sont (parfois) plus proches de la logique comptable que de la logique divine. Notre sagesse prudentielle se révèle parfois un manque de confiance en Dieu et nous donnons à la première partie de l’adage, « aides-toi et le ciel t’aidera » une place dont l’hypertrophie pourrait bien cacher un réflexe sécuritaire bien loin de l’abandon et de la confiance.

Quand la logique comptable étouffe l’espérance qu’en est-il donc de notre foi ?

 

Cyril Brun, rédacteur en chef

Culture #Doctrine / Formation #NLH

Moïse ou la révolution monothéiste – Partie II – Yahvé, un nom qui change tout

Nous vous proposons ici la seconde partie d’un triptyque sur Moïse et la révolution monothéiste, paru sur le site Cyrano.net

 

Après avoir vu sur quelles sources nous pouvions nous fonder pour aborder cette question et son contexte historique, abordons à présent cette révolution monothéiste.

II- La révolution monothéiste

C’est un monothéisme progressif qui se met en place, après avoir d’abord été un hénothéisme, c’est à dire, un Dieu préférentiel au milieu d’autres dieux.

C’est une nouveauté inouïe et radicale de Moïse « inventeur » du monothéisme : une révolution considérable et unique au monde. Partout ailleurs et jusque-là (même l’épisode, lui aussi hénothéiste d’Akhenaton en Egypte ou de Zoroastre), la religion reposait sur le couple anthropomorphisme et polythéisme. Moïse pose un Dieu unique et irreprésentable, signant ainsi sa transcendance absolue. D’où un culte éthique et une religion éminemment morale. Le sacrifice qui plait à Dieu, dit le psaume 50, c’est un esprit brisé. La finalité de cette morale (toute morale est chemin vers une finalité) c’est l’obéissance absolue à la volonté divine.

La nouveauté monothéiste de Moïse va trancher sur les deux grandes questions qui traversent les religions antiques : le mal et la justice.

Le mal c’est en fait : pourquoi le mal ? Jusque-là, sous diverses formes, les hommes y voyaient le caprice des dieux. Une sorte de fatum : c’est ainsi attendons que ça passe, ou apaisons les dieux, selon les systèmes religieux.

Avec Moïse, c’est la volonté absolue de Dieu qui n’a rien en commun avec les hommes. Dieu n’a pas à se justifier, il est la loi parce qu’il est (voir plus loin). Les autres dieux ont besoin des hommes, ce qui n’est pas le cas de Yahvé. Il est absolu, transcendant, omnipotent.

La justice pose la question de la rétribution du bien
 (et donc de quel bien). La rétribution peut être matérielle, humaine en ce monde. L’homme est comblé parce que juste et béni des dieux. Mais ce peut aussi être une rétribution spirituelle dans l’autre monde, comme pour l’Egypte avec Maat. Mais la justice est à deux niveaux : la justice d’un peuple et de ce fait, elle suppose la solidarité dans la rétribution ou le châtiment. C’est le cas de l’Egypte et de la Maat, dont le roi est responsable, mais aussi du destin des peuples, liés à la justice de leur souverain qui garde ou perd la faveur des dieux. Qu’on pense à la chute de Lugalzagesi au profit de Sargon.

Plus tard en Egypte (après la chute de l’Ancien Empire) viendra l’idée de justice personnelle ou chacun est personnellement responsable et non plus seulement le roi. Cette notion viendra plus tardivement chez les Hébreux, au moment de l’Exil à Babylone face à la déroute du royaume. C’est le prophète Jérémie qui sera l’instigateur de ce tournant.

La rétribution du juste en Israël est celle de celui qui accomplit la volonté de Yahvé (et réciproquement pour le châtiment). Du reste, en hébreux, rétablir la justice se dit venger. Or dans la Bible, le verbe venger à toujours Dieu pour sujet et jamais personne d’autre.

Voici donc les contours de ce monothéisme, « invention » unique au monde. Les grecs poseront bien un dieu unique, mais ce sera un dieu de philosophes, comme le premier moteur immobile d’Aristote et il faut attendre le Vème et IIIème siècle avant notre ère pour cela.

III- Yahvé

Tout ce monothéisme découle de ce que Moïse rapporte de son refuge à Madian. Moïse, un Hébreux adopté par Pharaon, est pétri de polythéisme et de cette double culture sémito-mésopotamienne et égyptienne. C’est un homme de son temps qui revient du désert avec une nouveauté qu’il n’a pu puiser nulle part qu’en lui-même. Que ce soit dans sa propre réflexion ou dans une révélation, il revient avec une chose neuve et impensable dont l’historien comme l’archéologue ne trouvent aucune trace nulle part ailleurs : le nom de Dieu. Dans ces cultures, le nom n’est pas le simple choix qui plait aux parents. Le nom dit la personne. Ce nom, que nous avons petit à petit conservé comme Yahvé, signifie en fait : celui qui est, le présent qui existe et agit. C’est une 3ème personne du singulier de « être ». Nouveauté absolue : ce Dieu est donc sans commencement ni fin. Il est éternel et non immortel, comme tous les autres dieux. Par force, il est spirituel et donc, autre révolution, sans besoins matériels. Voilà pourquoi Moïse est intransigeant : Ni image du Dieu, ni offrande au Dieu.

Il est donc ! Il est origine de tout, c’est-à-dire créateur, tout puissant et cette puissance va se démontrer dans toute l’histoire d’Israël.

 

A suivre, Une histoire sainte

En France #NLH #NLQ

Les cierges sans contact avec le tronc connecté testés à Lisieux

Depuis cet été, un écran connecté est installé dans la basilique Sainte-Thérèse de Lisieux (Calvados). Il permet aux fidèles d’acheter des cierges sans argent liquide, grâce au paiement sans contact.

Lire l’article

 

Crédit © E.De Miniac

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L’édito – Moins de loi(s), plus de Dieu

            Osera-t-on dire que la démocratie n’est plus sans déchaîner l’ire des biens pensants et être voué à leurs sarcasmes ? Probablement pas, le système biaisé actuel leur est tellement utile. La peur et l’impuissance est sur tous les visages des politiques quel que soit leur tendance. Impuissance face à la crise, impuissance face à la misère, impuissance face au système politique lui-même, parvenu à bout de souffle. Peur de l’inconnu, peur de leurs responsabilités, peur de l’avenir en forme d’implosion, peur de leur propre incapacité à se réinsérer dans un éventuel « autre système ». Et pourtant la démocratie n’est plus. Peut-on dire autre chose quand les financiers font et défont des gouvernements élus au suffrage universel, quand la toute puissante Europe technocratique décide à la place des représentations nationales, quand les représentants élus se méfient des referendums au point d’en priver ceux qui les ont élus, quand la presse plus puissante encore que les financiers oriente, retient l’information, tronque la vérité, quand enfin l’éducation nationale devient le moule d’une pensée unique d’un autre âge ? Comment oser encore parler de démocratie ? La démocratie repose fondamentalement et intrinsèquement sur la responsabilité d’un peuple. Mais la responsabilité s’éduque. Pour poser un acte responsable il faut en avoir les moyens, c’est-à-dire qu’il faut être capable de discerner. Or pour discerner, il faut être libre réellement et formé. Libre cela veut dire que le peuple a bien toutes les informations en mains et que donc il peut choisir en connaissance de cause. Les Français sont-ils vraiment capables aujourd’hui de poser un jugement éclairé compte tenu de la désinformation médiatique et électoraliste ? Formé, cela veut dire être à même de discerner le bien du mal. Quand tout se vaut, quand tout est relatif, sur quels critères se fonder pour reconnaître ce qui est effectivement bon ? Les programmes scolaires, préparent-ils, réellement, à ce discernement, alors qu’ils sont des poncifs ayant faits fi du principe de non contradiction ?

Pour être vraie, la démocratie suppose un peuple responsable, un peuple mis dans la capacité d’exercer des choix responsables et libres. Mais responsable cela veut dire aussi, être à même de déplacer l’égoïsme et l’intérêt particulier pour le Bien Commun. Alors en ce sens nous sommes en droits de nous demander si les medias, les programmes scolaires et les normes de la réussite, sont « démocratiques ». Depuis plus de 180 ans, les medias jouent avec l’opinion publique et les politiques avec eux, le jeu de la « démagocratie ».  Mais ce jeu se retourne aujourd’hui contre eux, car le peuple a fini par s’en rendre compte et les élus s’en défient. Arrivés au bout de l’illusion démocratique quelle étape allons-nous franchir ?

Pour vivre, une démocratie a besoin de responsabilité, de confiance et d’altruisme. Trois fondements essentiels du développement de la personne humaine. Or responsabilité, confiance et altruisme s’apprennent en famille et en société. Une démocratie qui nie la famille et la vérité de la personne humaine, être social et de relations, est condamnée à l’échec et au totalitarisme. L’inflation législative contraignante en est l’illustration la plus cinglante. Une démocratie fondée sur le droit positif est vouée, par nature, à l’instabilité, à l’individualisme et au repli sur soi. Le rejet de Dieu a conduit la démocratie à l’asphyxie, car moins de Dieu c’est forcément plus de lois, moins de responsabilité, moins de liberté.

 

 

Cyril Brun, rédacteur en cher

 

Synthèse Hebdo

Edito #51 – Attention à ne pas instaurer une pauvreté durable

Le Secours catholique vient de publier son rapport annuel sur la pauvreté en France. Un double constat bien triste s’impose : la précarité et la pauvreté non seulement ne reculent pas mais s’aggravent, autant que les préjugés sur les pauvres ont la vie dure. Ce sont ces préjugés que le Secours Catholique voudrait pointer du doigt particulièrement cette année. Parallèlement, le 19 novembre 2017 aura lieu la première journée mondiale des pauvres, voulue par le pape François.

Partant à la foi de la campagne contre les préjugés et du message du Saint-Père pour cette journée mondiale des pauvres, permettez-moi d’apporter quelques réflexions. La pauvreté n’est pas uniquement de nature ni donc d’origine économique. Être pauvre est ne pas avoir en suffisance ce qui est nécessaire au développement intégral de la personne humaine. Cela passe, en effet par une certaine aisance financière, mais aussi un minimum d’éducation, de liberté, de connaissance, de relation, d’amitiés également, d’amour bien entendu. Et la liste pourrait être encore, de beaucoup, complétée. Ne considérer que la pauvreté économique c’est courir le risque de ne traiter qu’un aspect de la question et de créer d’autres déséquilibres. Qui plus est, d’un point de vue strictement comptable, réduire les autres pauvretés est bien souvent un préalable nécessaire au traitement de la pauvreté économique. Eduquer un enfant ou un adulte à maîtriser ses passions, c’est aussi lui donner les moyens de gérer un budget de façon rationnelle. Quand on sait que le surendettement est en grande partie dû à des crédits à la consommation pour des produits qui ne sont pas de première nécessité, limiter la pauvreté  passe bien par l’éducation. Or tout enfant a droit à être scolarisé. Que lui apprend-on à l’école quand les parents sont eux-mêmes dans l’incapacité de donner une telle éducation ? On pourrait objecter que les milieux les plus pauvres économiquement sont de ce point de vue les plus mal lotis. C’est sans doute vrai, mais ce n’est pas exclusif et la réciproque est également juste. Des gosses de riches sont tout aussi incapables de gérer leurs caprices. Et même si papa, maman assument derrière, il n’en demeure pas moins que c’est une perte sèche en terme de création de richesses.

Un adolescent, même riche, qui perd ses parents se trouve dans une situation de précarité réelle quant à son épanouissement affectif et donc son libre développement. Son comportement et par voie de conséquence sa consommation s’en ressentiront. S’il se drogue ou s’il devient violent, cela rejaillira à terme sur la société, avec des coûts certains (désintoxication, prison…). Focaliser notre attention sur la misère économique c’est faire le jeu du matérialisme en réduisant l’être humain à ce qu’il possède, c’est restreindre le bonheur de l’Homme à l’avoir, ce qui ne peut jamais être autre chose qu’une sempiternelle fuite en avant.

La pauvreté est un phénomène global qui s’alimente de ces multiples pauvretés, à la manière d’un cercle vicieux. N’en considérer qu’une c’est permettre aux autres de se développer et ainsi de gangréner à nouveau le membre malade que l’on tente de soigner. Certes l’indigence économique est peut-être la plus visible, la plus saillante aussi, mais elle n’est bien souvent que la partie émergée de l’iceberg, tout en étant également le lit dans lequel les autres pauvretés viennent se couler. Ce n’est pas pour rien que mère Térésa disait « avant de leur parler de Dieu, donnez-leur à manger ». Mon propos n’est bien évidemment pas de minimiser la pauvreté économique, car il est vrai que l’absence de minimum vital pouvant conduire à la mort, ne pas en faire une priorité est aussi rendre inutile, pour partie, les autres mesures. Mais considérer qu’une simple amélioration économique règlera le problème de la pauvreté c’est oublier que l’homme est un tout et que c’est précisément cela que l’on appelle solidarité. Avant d’être un substitut au mot charité, trop connoté, la solidarité est cette interaction, cette interdépendance qui fait que les pierres d’un même édifice tiennent ensemble ou s’effondrent ensemble. Tout se tient et absolutiser un aspect de la vie ou de la « solidarité », c’est créer un déséquilibre en l’Homme et dans la société.

Aussi pour lutter contre la pauvreté, il faut prendre à bras le corps l’ensemble des aspects du développement humain. Ce que l’on appelle le développement intégral de la personne humaine. Se battre pour la famille, c’est lutter contre la pauvreté. Défendre la vie c’est construire un rempart contre la pauvreté. Promouvoir l’éducation et la liberté est le premier acte du combat contre la pauvreté. J’ose à peine dire que responsabiliser c’est introduire un antidote puissant contre la pauvreté, car je vais déchaîner les antilibéraux.

A l’inverse, en abondant dans le sens du Saint-Père et du Secours Catholique qui s’interrogent sur ce que nous devons faire concrètement avec nos pauvres d’aujourd’hui, je risque de m’attirer les foudres d’un certain libéralisme. Car en effet, le traitement de la pauvreté fait depuis très longtemps l’objet d’une rivalité entre deux clans irréconciliables, les partisans de l’assistanat et les libéraux.

Or, même dans l’urgence, il me semble dangereux de promouvoir l’assistanat. Mais il n’est pas conforme, me semble-t-il, au respect de la dignité humaine de laisser à terre une personne humaine dans la détresse. La solution ne peut donc qu’être dans l’équilibre quelle que soit la forme de pauvreté.
Aussi l’aide apportée ne doit-elle pas compromettre le retour progressif à l’équilibre, à l’autonomie (parfois à la guérison) de la personne aidée. Au contraire, cette aide doit être le tremplin qui lui permettra de redevenir responsable et libre. Car la responsabilité, comme la liberté font intimement partie de la dignité humaine. Mais si l’une comme l’autre ne peuvent se perdre (en tant qu’intrinsèque à la dignité), leur usage peut, lui, se perdre ou être profondément, voire durablement affecté.

Lutter contre la pauvreté (au sens générique) c’est donc d’abord et avant tout aider, sans jamais le compromettre, au développement intégral de la personne humaine. Or il faut bien reconnaître que parfois certaines aides matérielles peuvent entraver ce développement. Ce qui laisse deux alternatives : soit l’assistanat s’arrêtera un jour et replongera les plus pauvres dans la misère, soit il faudra que la société renouvelle sans fin un effort vain.

Retrouver notre lettre d’actualité complète à partir de ce lien :
Edito #51 – Attention à ne pas instaurer une pauvreté durable

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L’édito – La pastorale et l’écueil du relativisme.

Lorsque je parlais d’une bombe lancée par Mgr de Germay à propos de la pastorale eucharistique, j’imaginais bien que cela déclencherait des réactions vives quant à la crainte de l’éternel retour de balancier. Quand l’évêque d’Ajaccio parle de repenser la dimension sacrificielle et donc plus sacrée aussi de l’eucharistie, il ne me semble pas qu’il veuille nier un instant l’importance de sa dimension communautaire. C’est bien au cœur de la messe que se croisent les deux bras de la croix. L’actuelle catéchèse du pape François sur la messe rappelle, du reste, le sens de se tourner vers le Seigneur et d’élever notre cœur.

L’enjeu pastoral, ici comme pour les divorcés remariés, comme pour toute pastorale, est de rendre accessible aux hommes de notre temps une vérité éternelle. Maintes raisons expliquent que souvent la pastorale met en lumière plus un aspect qu’un autre de ces vérités, atemporelles par définitions. Une perte de sens ponctuelle, un conflit liturgique ou théologique, un événement propre à l’histoire du moment, ont pu déséquilibrer les pastorales, tant locales qu’universelles, en ce sens que mettant en exergue de façon excessive (pour de bonnes ou de mauvaises raisons du reste) un aspect du mystère, elles n’ont pas toujours tenu pour importantes, les autres faces de ce mystère. De ce déséquilibre ont pu naître, parfois, des dérives, voire de franches hérésies bourgeonnantes sur la branche du relativisme.

Le relativisme est le grand écueil, me semble-t-il des pastorales contemporaines. Avec le souci de mieux approcher l’autre, de ne pas l’exclure ou l’effrayer, ou parce qu’on estime qu’il ne pourrait pas tout comprendre, on a bien souvent omis, masqué, voire refusé de lui donner la pleine vérité. Quand on ne nie pas qu’il y ait une vérité, ce qui, là, est un autre problème. La pastorale, pourtant, est bien le moyen, en un temps donné, dans un contexte et une culture donnés,  de conduire à la vérité qui est le Christ. Relativiser cette vérité c’est finalement conduire à une image déformée, erronée du Christ qui ne peut plus être chemin, vérité et vie. C’est une chose de distiller progressivement la vérité qui de toute façon n’est qu’un dévoilement progressif de l’infini, c’en est une autre de l’amputer, de la relativiser ou d’en minimiser l’importance par un « Dieu est au-dessus de tout ça ».

Finalement la pastorale pourrait être résumée par sainte Bernadette : nous ne sommes pas chargés de faire croire, mais de dire. La pastorale c’est rendre audible la vérité pleine et entière, dans le respect du rythme de chacun il est vrai. Ce qui est un des impératifs de la charité et de la liberté. Mais tronquer la vérité, la relativiser ou lui accorder une place secondaire, c’est manquer aussi à la plus élémentaire charité.

 

Cyril Brun rédacteur en cher

Brèves #NLH

De la destruction du mariage au harcèlement sexuel

“Les affaires de harcèlement sexuel dévoilent le chaos affectif qui s’installe dans une société moins enracinée et régulée par le mariage (libre, fidèle, ouvert à la vie et indissoluble).”

Axel Rokvan , fondateurs des Veilleurs

Source

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L’édito – C’est à en perdre le sens commun !

Christophe Billan a annoncé sa démission du poste de président de Sens Commun, suite au lynchage dont son mouvement a été, une fois de plus, l’objet médiatique et politique. Depuis sa création, ce mouvement qui voulait influencer Les Républicains de l’intérieur a été controversé et chahuté. Moi-même, j’ai écrit, à plusieurs reprises, ma perplexité quant à la pertinence d’une telle initiative, tout en étant globalement toujours favorable aux inspirations qui donnaient, fut-ce tous azimuts, corps à l’après Manif. Un parti comme Les Républicains est avant tout une grosse machinerie à broyer les divergences et un tapis roulant pour qui se coule dans le moule. Mais la question demeure posée de l’entrisme ou du prophétisme, de l’infiltration ou de l’outsider. Jean-Frédéric Poisson avait choisi un entre deux en se présentant au nom du PCD à la Primaire de la droite. Plus qu’un choix c’est probablement une harmonisation de ces différents charismes qu’il faudrait envisager, mais l’expérience montre que très vite la question du nombre des troupes se posent dans un système qui par nature est celui du rapport de force. Et cela crée de vrais frères ennemis… en Christ cela va sans dire !

Le fait est que Sens Commun dérange beaucoup plus que le PCD dont pourtant les positions sont officiellement nettement plus tranchées. C’est que sens Commun a donné de vraies sueurs froides aux Républicains. Artisan de la victoire de Fillon à la Primaire, ils ont bien failli damer le pion aux dinosaures du parti. Lesquels dinosaures quittent tous la politique les uns derrières les autres. Alors pourquoi un tel haro sur le baudet ? Si Sens Commun  n’a pas réussi à influencer réellement la ligne du parti, ni à placer ses cadres ou avoir un nombre intéressant d’élus, le mouvement issu des Manifs de 2013 est une véritable épée de Damoclès pour le parti qui se revendique de droite, mais combine de plus en plus de mesures de gauche. Issu de la base, en dehors des circuits habituels des adhérents, et pourtant tous encartés, ils sont insaisissables, donc incontrôlables et par là impossible à museler faire taire. Mais que disent-ils qui dérange tant ? Quelques positions un peu trop catho ? Oui sans doute et cet épouvantail à médias terrifie les tenants d’une démagocratie désormais élue au sondage plus qu’au suffrage. Mais peut-être plus encore, ils sont le rappel permanent que la base ne pense pas comme l’élite qui pourtant ne tient sa légitimité que de cette base mystifiée. Et là, Sens Commun, pourtant relativement conciliant et adoptant facilement la stratégie du profil bas quand on l’assène de coup, ne peut être ligoté pour la raison simple qu’en matière d’intérêts ou de carrières, ils ne revendiquent rien.

Si cette tactique en a fait les cocus du Trocadéro, il faut reconnaître qu’elle en fait l’indécrochable sparadrap du capitaine hadock. Il ne reste dès lors plus qu’un moyen pour se défaire de cette détestable mouche du coche, la diaboliser selon la bonne recette mise au point il y a bientôt quarante ans par François Mitterrand. Si mon scepticisme demeure quant à ce que Sens Commun peut obtenir en matière de changement de ligne dans un parti pétri de médiatiquement correct, je dois bien confesser qu’il y a là quelque chose de prophétique dans l’entrisme. Tel un coin dans la bûche, à défaut de réussir une greffe de bon sens sur l’arbre mort, Sens Commun fera peut-être imploser le bois pourri.

Cyril Brun, rédacteur en chef.

 

A la une #NLH #Philosophie

En quoi l’Homme est-il différent de la fraise ?

Il est surprenant de voir combien il est plus facile de présenter une fraise, qui pourtant nous est étrangère, que l’homme qui lui nous est si familier et si intime. Certes nous imaginons bien que l’homme est plus complexe que la fraise et donc plus difficile à définir. Encore que…

Tenez, livrons-nous à un petit exercice qui devrait nous faire avancer. Commençons par le plus facile. Qu’est-ce qu’une fraise ? Tout de suite nous répondrons, un fruit ! A certes, mais la pomme n’est-elle pas aussi un fruit ? Alors nous préciserons, un fruit rouge qui pousse à ras de terre, d’une forme ovale et avec un goût qui lui est propre. Si je vais plus loin, c’est un fruit assez gros par rapport à sa cousine plus petite et plus gouteuse qu’on nomme ‘fraise des bois’. Voilà grossièrement dessinée ma fraise. Mais au fond, est ce que je sais ce qu’est un fruit ? Qu’ont en commun, toutes ces choses que je regroupe sous le vocable de fruit ? Pourquoi la tomate est-elle un fruit et non la courge ? Car au-delà de cette distinction, nous avons bien quelque chose de commun entre la courge et la fraise…. Ce sont des végétaux.

C’est, en effet, à l’intérieur de cette première et fondamentale famille qu’est le végétal que se distinguent, les fruits, les légumes, les fleurs… Vous voyez que déjà, notre fraise est plus complexe qu’il n’y parait.

Mais allons plus loin. Ma fraise a une vie. La fraise qui décore savoureusement ma tarte n’a pas toujours été si rouge. Il a bien fallut qu’elle pousse. Et si elle était restée sur son pied, elle aurait fini par vieillir puis pourrir. Tandis que le rocher que je contemple depuis la fenêtre du restaurant, lui, il est toujours le même, sauf à subir l’érosion du temps. Mais à la différence de la fraise qui change d’aspect de l’intérieur, par un principe de vie qui l’anime, le rocher lui ne change que par l’action d’un être extérieur. Le vent sableux par exemple. La Fraise fait donc partie d’une famille encore plus large qui la distingue du rocher, celle des êtres vivants, animés. Alors que le rocher fait partie des êtres inanimés.
Oui mais alors, le chamois lui aussi est un être vivant et animé. Qu’est ce qui le distingue de cette fraise qu’il va lui-même manger ? Nous pourrions répondre, la chair, les os… Mais la fourmi n’a pas d’os, le poisson n’a pas la même chair. Et pourtant, nous les classons bien tous distinctement des végétaux, dans ce que nous appelons le règne animal. Qu’ont-ils donc en commun et de spécifiquement différent, sinon le fait de se déplacer par eux-mêmes ?

 

Voici donc trois étages dans la manière d’être au monde. Le premier est commun à tous, animés comme inanimés. Il s’agit d’être, d’exister. Le second étage, l’étage végétal, est composé d’être animés par eux-mêmes avec un principe vital intérieur. Le troisième comprend les deux étages inférieurs, mais, plus restreint, il ne regroupe que les êtres capables de se mouvoir et de réagir, les animaux.

Finalement, ma fraise est bien plus difficile à définir que prévu. Mais alors l’homme dans tout ça ? Incontestablement, il se trouve dans la troisième catégorie. Mais ai-je tout dit de l’homme quand j’ai dit qu’il était un animal ? Puis-je dire indifféremment ‘voici l’homme’ et voici ‘le cheval’ comme je dirai ‘voici le chamois’ et ‘voici le poisson’ ? Ou bien est-il plus juste de dire ‘voici l’animal’ en parlant de la troisième catégorie et ‘voici l’homme’ pour une autre catégorie encore ?

En d’autres termes, y a-t-il quelque chose qui différencie spécifiquement l’homme de l’animal ? Quelque chose qui le définisse au point de pouvoir dire à chaque fois qu’un homme se présente, qu’il soit blond ou roux, grand ou petit, ‘voici l’homme’ ? Concrètement, une fois enlevé tout ce qui fait que Grégoire est différent de Cyril, qu’ont-ils en commun, en plus du végétal, en plus de l’animal ? Qu’ont-ils de différent avec les trois autres catégories d’être ? Car incontestablement l’homme a en lui quelque chose du monde végétal puisqu’il est capable de vivre et d’évoluer par un principe intérieur qui lui donne son dynamisme interne. Incontestablement l’homme partage avec les animaux la capacité de se mouvoir. Et déjà à ce stade nous pouvons dire ‘voici l’homme’, sans nous tromper. Mais si nous en restons là, nous disons en réalité… ‘voici l’animal’.

Or, l’homme est plus qu’un simple animal. L’homme pense ! Voilà la différence spécifique de l’homme, son intelligence. Ce serait toutefois, une fausse anthropologie que de nier, refouler ou considérer comme second la dimension animale de l’homme, car qui veut faire l’ange, fait la bête.

L’erreur fondamentale qui traverse presque toutes les professions qui s’intéressent à l’homme est de l’avoir disséqué, pour mieux le connaître, le servir, sans, in fine parvenir à le réunifier. Or tout est là ! L’homme est un et tout service rendu à l’homme doit viser son unité, son unification, parce que dans cette unité il trouvera l’harmonie de son être et donc la paix qui conduit au bonheur. Aussi, les coupes chirurgicales que nous nous devons d’entreprendre lorsque nous étudions l’Homme, ne sont que des commodités rhétoriques et pédagogiques par lesquelles il nous faut bien passer. Mais il nous appartient, sur ce corps disséqué de poser le regard unifié et mystérieux du poète, car ce n’est qu’avec ces yeux que nous pourrons dire en vérité « Voici l’homme ».

Cyril Brun,

Source Cyrano.net

 

Extrait du petit manuel sur l’anthropologie chrétienne – Connais-toi toi-même à la lumière de l’Evangile