A la une #Doctrine / Formation #NLQ

Une lettre spéciale Notre Dame pour le 15 août

Mai, août, octobre et, d’une certaine façon, décembre, un tiers de l’année est consacré à Notre Dame. A ces mois nous pourrions ajouter les nombreuses fêtes célébrant un aspect particulier du mystère de la Sainte Mère de Dieu, ainsi que les samedis qui nous sont proposés comme jour marial.

La simple liturgie nous dit l’importance de Marie aux vocables multiples qu’égrainent comme une méditation infinie les litanies de la Vierge. Une contemplation des noms de Marie et des solennités qui mettent en lumière les mystères les plus saillants de l’humble servante nous introduit dans la profondeur ineffable de la relation entre l’homme et Dieu.
Le pape François rappelait récemment que Marie était inséparable de l’Eglise. Une union qui n’est pas sans rappeler les Trois blancheurs, témoins ultimes de la fidélité des catholiques au mystère même de l’incarnation. Le pape, Marie, l’Eucharistie, les trois piliers proprement catholiques, signe de reconnaissance, autrement dit symbole de l’unité de la foi.
Mais Notre Dame doit parfois bien s’attrister de l’idolâtrie dont elle devient l’objet, faisant d’elle un écran entre les hommes et son Fils. Une Marie superstar que le pape François regrettait récemment.

Mieux comprendre la place de Marie, s’avancer vers le Christ par Marie, telle est la proposition d’Infocatho pour ce mois d’août unique pour la France parmi les quatre mois mariaux.
Au fil des 15 jours qui nous conduisent à L’Assomption nous vous avons invité à des prières, des consécrations, nous en avons également profité pour redonner les meilleurs articles qu’Infocatho a publiés sur la Vierge Marie.

Retrouvez-les tous dans cette lettre spéciale du 15 août.

 

Sainte fête de l’Assomption

A la une #Doctrine / Formation #NLQ #Théologie

Nativité et eucharistie à l’école de la Vierge Marie

En ce temps de la nativité, le Père Georges Henri Pérès, nous propose une lecture de l’Eucharistie à l’école de la Vierge Marie sous l’angle de la nativité.

 

De quoi nourrir  cette octave de Noël

 

nativite-eucharistie

A la une #Doctrine / Formation #NLH #NLQ

Mai, mois de Marie – Benoit XVI – La Vierge Marie : Icône de la foi obéissante

Catéchèse de Benoit XVI, du 19 décembre 2012

 

Chers frères et sœurs,

Sur le chemin de l’Avent, la Vierge Marie occupe une place particulière comme celle qui, de façon unique, a attendu la réalisation des promesses de Dieu, en accueillant dans la foi et dans la chair Jésus, le Fils de Dieu, en pleine obéissance à la volonté divine. Aujourd’hui, je voudrais réfléchir brièvement avec vous sur la foi de Marie à partir du grand mystère de l’Annonciation.

« Chaîre kecharitomene, ho Kyrios meta sou », « Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi » (Lc 1, 28). Telles sont les paroles — rapportées par l’évangéliste Luc — par lesquelles l’archange Gabriel s’adresse à Marie. À première vue, le terme chaîre, « réjouis-toi », semble une salutation normale, habituelle dans le contexte grec, mais s’il est lu dans le cadre de la tradition biblique, ce mot acquiert une signification beaucoup plus profonde. Ce même terme est présent quatre fois dans la version grecque de l’Ancien Testament et toujours comme une annonce de joie pour la venue du Messie (cf. So 3, 14 ; Jl 2, 21 ; Za 9, 9 ; Lm 4, 21). Le salut de l’ange à Marie est donc une invitation à la joie, à une joie profonde, il annonce la fin de la tristesse qu’il y a dans le monde face à la limite de la vie, à la souffrance, à la mort, à la méchanceté, aux ténèbres du mal qui semblent obscurcir la lumière de la bonté divine. C’est un salut qui marque le début de l’Évangile, de la Bonne Nouvelle.

Mais pourquoi Marie est-elle invitée à se réjouir de cette façon ? La réponse se trouve dans la deuxième partie du salut :  « Le Seigneur est avec toi ». Ici aussi, pour bien comprendre le sens de l’expression, nous devons nous tourner vers l’Ancien Testament. Dans le Livre de Sophonie, nous trouvons cette expression : « Pousse des cris de joie, fille de Sion… Le Seigneur est roi d’Israël au milieu de toi… Le Seigneur ton Dieu est au milieu de toi, héros sauveur » (3, 14-17). Dans ces paroles, il y a une double promesse faite à Israël, à la fille de Sion : Dieu viendra comme sauveur et habitera précisément au milieu de son peuple, dans le sein de la fille de Sion. Dans le dialogue entre l’ange et Marie se réalise exactement cette promesse : Marie est identifiée avec le peuple épousé par Dieu, elle est véritablement la Fille de Sion en personne ; en elle s’accomplit l’attente de la venue définitive de Dieu, en elle habite le Dieu vivant.

Dans le salut de l’ange, Marie est appelée « pleine de grâce » ; en grec, le terme « grâce », charis, a la même racine linguistique que le terme « joie ». Dans cette expression également est éclaircie ultérieurement la source de la joie de Marie : la joie provient de la grâce, c’est-à-dire qu’elle provient de la communion avec Dieu, du fait d’avoir une relation si vitale avec Lui, du fait d’être demeure de l’Esprit Saint, entièrement formée par l’action de Dieu. Marie est la créature qui de façon unique a ouvert toute grande la porte à son Créateur, elle s’est placée entre ses mains, sans limite. Elle vit entièrement de la et dans la relation avec le Seigneur ; elle est dans une attitude d’écoute, attentive à saisir les signes de Dieu sur le chemin de son peuple ; elle est insérée dans une histoire de foi et d’espérance dans les promesses de Dieu, qui constitue le tissu de son existence. Et elle se soumet librement à la parole reçue, à la volonté divine dans l’obéissance de la foi.

L’évangéliste Luc raconte l’histoire de Marie à travers un subtil parallélisme avec l’histoire d’Abraham. Comme le grand Patriarche est le père des croyants, qui a répondu à l’appel de Dieu à quitter la terre où il vivait, ses certitudes, pour entamer le chemin vers une terre inconnue et possédée uniquement dans la promesse divine, de même Marie s’en remet avec une totale confiance à la parole que lui a annoncée le messager de Dieu et devient modèle et mère de tous les croyants.

Je voudrais souligner un autre aspect important : l’ouverture de l’âme à Dieu et à son action dans la foi inclut aussi l’élément de l’obscurité. La relation de l’être humain avec Dieu n’efface pas la distance entre le Créateur et la créature, n’élimine pas ce qu’affirme l’apôtre Paul face aux profondeurs de la sagesse de Dieu : « Que ses décrets sont insondables et ses voies incompréhensibles ! » (Rm 11, 33). Mais justement celui qui — comme Marie — est ouvert de façon totale à Dieu, parvient à accepter le vouloir divin, même s’il est mystérieux, même si souvent il ne correspond pas à notre propre volonté et qu’il est une épée qui transperce l’âme, comme le dira prophétiquement le vieux Syméon à Marie, au moment où Jésus est présenté au Temple (cf. Lc 2, 35). Le chemin de foi d’Abraham comprend le moment de joie pour le don de son fils Isaac, mais aussi le moment de l’obscurité, lorsqu’il doit monter sur le mont Moriah pour accomplir un geste paradoxal : Dieu lui demande de sacrifier le fils qu’il vient de lui donner. Sur le mont, l’ange lui ordonne : « N’étends pas la main contre l’enfant ! Ne lui fais aucun mal ! Je sais maintenant que tu crains Dieu : tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique » (Gn 22, 12) ; la pleine confiance d’Abraham dans le Dieu fidèle aux promesses ne manque pas non plus lorsque sa parole est mystérieuse et difficile, presque impossible à accueillir. Ainsi en est-il pour Marie, sa foi vit la joie de l’Annonciation mais passe aussi à travers l’obscurité de la crucifixion de son Fils, pour pouvoir atteindre la lumière de la Résurrection.

Il en est de même aussi pour le chemin de foi de chacun de nous : nous rencontrons des moments de lumière, mais nous rencontrons aussi des passages où Dieu semble absent, son silence pèse dans notre cœur et sa volonté ne correspond pas à la nôtre, à ce que nous voudrions. Mais plus nous nous ouvrons à Dieu, plus nous accueillons le don de la foi, plus nous plaçons totalement en Lui notre confiance — comme Abraham et comme Marie — alors plus Il nous rend capables, par sa présence, de vivre toute situation de la vie dans la paix et dans la certitude de sa fidélité et de son amour. Mais cela signifie sortir de soi et de nos projets, afin que la Parole de Dieu soit la lampe qui guide nos pensées et nos actions.

Je voudrais m’arrêter encore sur un aspect qui émerge des récits sur l’Enfance de Jésus raconté par saint Luc. Marie et Joseph portent leur fils à Jérusalem, au Temple, pour le présenter et le consacrer au Seigneur comme le prescrit la loi de Moïse : « Tout garçon premier-né sera consacré au Seigneur » (cf. Lc 2, 22-24). Ce geste de la Sainte Famille acquiert un sens encore plus profond si nous le lisons à la lumière de la science évangélique de Jésus à douze ans qui, après trois jours de recherche, est retrouvé au Temple en train de discuter parmi les docteurs. Aux paroles pleines d’inquiétude de Marie et Joseph : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois ! ton père et moi, nous te cherchons, angoissés », correspond la mystérieuse réponse de Jésus : « Pourquoi donc me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ? » (Lc 2, 48-49). C’est-à-dire dans la propriété du Père, dans la maison du Père, comme l’est un fils. Marie doit renouveler la foi profonde avec laquelle elle a dit « oui » lors de l’Annonciation ; elle doit accepter que la priorité soit donnée au Père véritable et propre de Jésus ; elle doit savoir laisser libre ce Fils qu’elle a engendré pour qu’il suive sa mission. Et le « oui » de Marie à la volonté de Dieu, dans l’obéissance de la foi, se répète tout au long de sa vie, jusqu’au moment le plus difficile, celui de la Croix.

Face à tout cela, nous pouvons nous demander : comment Marie a-t-elle pu vivre ce chemin aux côtés de son Fils avec une foi aussi solide, même dans l’obscurité, sans perdre la pleine confiance dans l’action de Dieu ? Il existe une attitude de fond que Marie prend face à ce qui se passe dans sa vie. Lors de l’Annonciation, elle est troublée en écoutant les paroles de l’Ange — c’est la crainte que l’homme éprouve lorsqu’il est touché par la proximité de Dieu —, mais ce n’est pas l’attitude de celui qui a peur devant ce que Dieu peut demander. Marie réfléchit, elle s’interroge sur la signification de ce salut (cf. Lc 1, 29). Le terme grec utilisé dans l’Évangile pour définir cette « réflexion », « dielogizeto », rappelle la racine de la parole « dialogue ». Cela signifie que Marie entre dans un dialogue intime avec la Parole de Dieu qui lui a été annoncée, elle ne la considère pas superficiellement, mais elle s’arrête, elle la laisse pénétrer dans son esprit et dans son cœur pour comprendre ce que le Seigneur veut d’elle, le sens de l’annonce. Nous trouvons une autre mention de l’attitude intérieure de Marie face à l’action de Dieu, toujours dans l’Évangile de saint Luc, au moment de la naissance de Jésus, après l’adoration des bergers. Il y est affirmé que Marie « retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur » (Lc 2, 19) ; en grec le terme est symballon, nous pourrions dire qu’Elle « retenait ensemble », qu’elle « mettait ensemble » dans son cœur tous les événements qui lui arrivaient ; elle plaçait chaque événement particulier, chaque parole, chaque fait à l’intérieur du tout et elle le confrontait, elle le conservait, reconnaissant que tout provient de la volonté de Dieu. Marie ne s’arrête pas à une première compréhension superficielle de ce qui se passe dans sa vie, mais elle sait regarder en profondeur, elle se laisse interpeller par les événements, elle les élabore, elle les discerne et acquiert cette compréhension que seule la foi peut garantir. C’est l’humilité profonde de la foi obéissante de Marie, qui accueille en elle également ce qu’elle ne comprend pas dans l’action de Dieu, en laissant Dieu ouvrir son esprit et son cœur. « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur » (Lc 1, 44), s’exclame sa parente Élisabeth. C’est précisément en raison de sa foi que toutes les générations l’appelleront bienheureuse.

Chers amis, la solennité du Noël du Seigneur que nous célébrerons d’ici peu, nous invite à vivre cette même humilité et obéissance de foi. La gloire de Dieu ne se manifeste pas dans le triomphe et dans le pouvoir d’un roi, elle ne resplendit pas dans une ville célèbre, dans un palais somptueux, mais elle prend sa demeure dans le sein d’une vierge, elle se révèle dans la pauvreté d’un enfant. La toute-puissance de Dieu, même dans notre vie, agit avec la force, souvent silencieuse, de la vérité et de l’amour. La foi nous dit alors que la puissance sans défense de cet Enfant vainc le bruit des puissances du monde.

 

Doctrine / Formation #NLH #NLQ #Théologie

Le Rosaire contient en lui la force salvatrice du nom de Jésus

Le rosaire, cette prière “ânonnée” depuis des générations, passe avec parfois un peu de condescendance pour la prière du simple, une dévotion qu’on interdisait, il n’y a pas si longtemps dans certains séminaires français. Et pourtant ! Combien de fois la Vierge Marie a-t-elle demandé avec insistance la récitation de cette prière ?

Une prière dont la puissance est efficace tant pour le quotidien de notre vie (qu’on pense à Lépante) que pour le salut même du monde.

C’est ce que le pape Benoît XVI nous rappelle en quelques mots.

 

Lorsqu’on récite le Rosaire, on revit des moments importants et significatifs de l’histoire du salut ; on revit les différentes étapes de la mission du Christ. Avec Marie, le cœur se tourne vers le mystère de Jésus (…). 

Que Marie nous aide à accueillir en nous la grâce qui émane de ces mystères, afin qu’à travers nous, elle puisse irriguer la société, dans les relations quotidiennes, et la purifier de toutes ces forces négatives en l’ouvrant à la nouveauté de Dieu ! (…). 

Lorsque le Rosaire est prié avec authenticité et sans forme mécanique et superficielle, mais profondément, il apporte la paix et la réconciliation. Il contient en lui la force salvatrice du nom de Jésus, lorsqu’il est invoqué avec foi et avec amour au centre de chaque Ave Maria. 

 

Benoît XVI
Le samedi 3 mai 2008, en la Basilique Sainte Marie Majeure

 

Source

A la une #Doctrine / Formation

Les trois blancheurs (Eucharistie- Marie- Pape) – Le songe de Don Bosco

Le 30 mai 1862, Saint Jean Bosco eu cette une vision prophétique qu’il décrivit ainsi :

“J’ai vu une grande bataille sur la mer : le navire de Pierre, piloté par le pape et escorté de bateaux de moindre importance, devait soutenir l’assaut de beaucoup d’autres bâtiments qui lui livraient bataille. Le vent contraire et la mer agitée semblaient favoriser les ennemis. Mais au milieu de la mer, j’ai vu émerger deux colonnes très hautes : sur la première, une grande hostie – l’Eucharistie – et sur l’autre (plus basse) une statue de la Vierge Immaculée avec un écriteau : Auxilium christianorum.

Le navire du pape n’avait aucun moyen humain de défense. C’était une sorte de souffle, qui provenait de ces deux colonnes, qui défendait le navire et réparait aussitôt tous les dégâts.

La bataille se faisait toujours plus furieuse ; le pape cherche à se diriger entre les deux colonnes, au milieu d’une tempête de coups. Tandis que les armes des agresseurs sont en grande partie détruites, s’engage une lutte corps à corps. Une première fois, le pape est gravement blessé, mais ensuite il se relève ; puis une seconde fois et cette fois, il meurt tandis que les ennemis exultent.

Le nouveau pape, élu immédiatement après, reprend la barre et réussit à atteindre les deux colonnes, y accrochant avec deux chaînes le navire, qui est sauvé, tandis que les bateaux ennemis fuient, se détruisent réciproquement, et coulent”.

Il est beau et important de réaliser combien ce grand saint, actif en son temps, accordait d’importance aux personnages de ce songe. Ces personnages sont très importants pour l’édification de toute œuvre et pour l’édification de toute personne !

Marie
L’eucharistie
Le pape

Source

(reprise d’un article du 9 mai 2017, dans le cadre de notre mois d’août avec Marie)

 

Doctrine / Formation #NLQ

Qu’est-ce qu’une consécration ? Peut-on se consacrer à Notre Dame ?

Tout d’abord que signifie se consacrer ? Le terme “consacrer” a plusieurs sens. Celui qui nous intéresse ici est celui de “réserver pour Dieu“. Consacrer un objet, un édifice, un lieu, signifie que cet objet (un calice par exemple) ou cet édifice (une église par exemple) sont réservés pour Dieu, pour célébrer son culte et qu’ils ne peuvent plus servir à un autre usage.

On peut aussi consacrer une personne (ou un groupe de personnes). Dans ce cas, la personne garde sa liberté, mais elle promet de suivre Jésus et de vivre en suivant sa loi. Lorsqu’une personne se consacre par exemple au Sacré-Cœur, elle se donne entièrement à Jésus : elle Lui donne son corps, son âme, ses biens extérieurs, ses biens intérieurs (vertus et mérites), tout ce qu’elle a dans l’ordre de la nature et de la grâce. Par son acte de consécration, elle reconnaît à Notre-Seigneur un entier et plein droit de disposer de tous ses biens pour le triomphe de son Église. Se consacrer signifie qu’on s’engage à être un instrument docile entre ses mains. On promet une obéissance sans faille à tout ce qu’Il nous demandera.

Voici comment Pie XII expliquait ce qu’était une consécration : « La consécration est un don total de soi, pour toute la vie et pour l’éternité : c’est un don non de pure forme ou de pur sentiment, mais effectif, accompli dans l’intensité de la vie chrétienne. »
Dans un radiomessage adressé à la Belgique, il précisa également : « En mettant sous l’égide de Marie vos activités personnelles, familiales, nationales, vous invoquez sa protection et son aide sur toutes vos démarches, mais, vous lui promettez aussi de ne rien entreprendre qui puisse lui déplaire et de conformer toute votre vie à sa direction et à ses désirs.  »

Pourquoi se consacrer ?

Mais que pouvons-nous attendre en retour d’une telle consécration ? Par son acte de consécration, la personne appartient à Celui à qui elle s’est consacrée. En conséquence, elle sera son bien et peut donc prétendre jouir de la protection que tout propriétaire accorde à ce qu’il possède

Ainsi, dans le cérémonial de consécration d’une famille au Sacré-Cœur, il est demandé à Dieu de « bénir nos entreprises spirituelles et temporelles, écarter nos soucis, sanctifier nos joies, soulager nos peines. »
Dans le radiomessage précédemment cité de Pie XII, le pape dit clairement : «  En mettant sous l’égide de Marie les activités personnelles, familiales, nationales, vous invoquez sa protection et son aide sur toutes vos démarches. »

En nous consacrant à Notre-Seigneur ou Notre-Dame, nous aurons aussi un guide pour nous garder des faux pas, nous ramener dans le droit chemin si nous nous égarons. Nous serons protégés des dangers, et des embûches du démon.

Un autre bien que procure une consécration est la paix (celle de l’âme en premier lieu, mais aussi la paix temporelle) ainsi que la conversion des pécheurs. Dans la consécration du genre humain au Cœur Immaculé de Marie faite par Pie XII le 31 octobre 1942, le pape demanda : «  Ô Mère de Miséricorde, obtenez-nous de Dieu la paix ! Et, surtout, ces grâces qui peuvent en un instant convertir les cœurs humains, ces grâces qui préparent, aménagent et assurent la paix ! »

Voici également ce qu’enseigne saint Louis Marie Grignion de Montfort : « Ainsi, se consacrer à Marie, c’est très précisément la choisir comme Mère, non pas seulement pour la protection physique de nos personnes, mais plus encore et d’abord pour lui conférer en propre la plénitude de la puissance maternelle sur notre âme. La mère, dans la famille humaine, a pouvoir sur ses enfants. Elle les protège de deux manières. En écartant d’eux les périls et les menaces, sans même parfois qu’ils le sachent. En les conseillant et en les guidant aussi, pour qu’ils fassent bon usage de leur liberté. »

Peut-on se consacrer à Marie ?

On se consacre en général à Dieu, au Sacré-Cœur, au Christ-Roi. Toutefois, les églises sont souvent consacrées à la Sainte Vierge ou à des saints. Mais la consécration à Marie fait parfois l’objet de débats. Par exemple, dans une préface à l’encyclique Redemptoris Mater, un théologien affirme : « On ne peut se consacrer qu’à Dieu créateur, non à une créature, car ce serait de l’idolâtrie.  » Se consacrer à la Sainte Vierge serait donc de l’idolâtrie. Toute la tradition dément cette affirmation malheureuse. De tout temps, de telles consécrations ont été faites et ont porté des fruits. Et jamais l’Église n’a émis la moindre objection.

En effet, on se consacre à la Très Sainte Vierge lors des baptêmes, des mariages, des confirmations, des communions solennelles. Dans beaucoup de paroisse, par exemple, il est d’usage à la fin de la cérémonie du baptême de porter l’enfant à l’autel de la Sainte Vierge et là, de le consacrer à Notre-Dame.
Dans son Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, saint Louis-Marie Grignion de Montfort nous incite à nous consacrer à la Sainte Vierge.
Le 1er avril 1836, le curé d’Ars consacra sa paroisse à Marie conçue sans péché. Le 11 décembre de la même année, l’abbé Desgenettes consacra la paroisse de Notre-Dame des Victoires au Cœur Immaculé de Marie.
Plusieurs pays ont été consacrés au Cœur Immaculé de Marie. Les évêques portugais consacrèrent le Portugal le 13 mai 1931, puis à nouveau le 13 mai 1938 et le 13 octobre 1942. Pie XII consacra le monde le 31 octobre 1942, puis à nouveau le 8 décembre. La Pologne fut consacrée en 1946 et l’Australie en 1948, etc.

Il ne fait donc aucun doute qu’il est possible de se consacrer à Notre-Dame et plus particulièrement à son Cœur Immaculé comme elle l’a demandé pour la Russie le 13 juillet 1917. Et dans la prochaine lettre, nous verrons tous les fruits qui découlent de ces consécrations.

Alors pour répondre à l’appel de Notre-Dame et nous mettre sous sa protection, n’hésitons pas à nous consacrer à son Cœur Immaculé. La prochaine consécration organisée avec une préparation de 33 jours est le 13 mai, centenaire de la première apparition de Notre-Dame à Fatima. Ne manquons pas cette occasion pour nous consacrer, consacrer notre famille, nos écoles … ou renouveler notre consécration. (Pour s’inscrire, cliquer ICI)

En union de prière dans le Cœur Immaculé de Marie.
Yves de Lassus

Source Cap Fatima 2017

Voir aussi notre édito le temps des consécrations

A la une #Doctrine / Formation #NLQ #Théologie

La purification de la Vierge et la Présentation de Jésus au Temple par Dom Guéranger

Enfin les quarante jours de la Purification de Marie sont écoulés, et le moment est venu où elle doit monter au Temple du Seigneur pour y présenter Jésus. Avant de suivre le Fils et la Mère dans ce voyage mystérieux à Jérusalem, arrêtons-nous encore un instant à Bethléhem, et pénétrons avec amour et docilité les mystères qui vont s’accomplir.

(reprise d’un article du 4 février, dans le cadre de notre mois d’août avec Marie)

La Loi du Seigneur ordonnait aux femmes d’Israël, après leur enfantement, de demeurer quarante jours sans approcher du tabernacle ; après l’expiration de ce terme, elles devaient, pour être purifiées, offrir un sacrifice. Ce sacrifice consistait en un agneau, pour être consumé en holocauste ; on devait y joindre une tourterelle ou une colombe, destinées à être offertes selon le rite du sacrifice pour le péché. Que si la mère était trop pauvre pour fournir l’agneau, le Seigneur avait permis de le remplacer par une autre tourterelle, ou une autre colombe.

Un second commandement divin déclarait tous les premiers-nés propriété du Seigneur, et prescrivait la manière de les racheter. Le prix de ce rachat était de cinq sicles, qui, au poids du sanctuaire, représentaient chacun vingt oboles. Marie, fille d’Israël, avait enfanté ; Jésus était son premier-né. Le respect dû à un tel enfantement, à un tel premier-né, permettait-il l’accomplissement de la loi ?

Si Marie considérait les raisons qui avaient porté le Seigneur à obliger les mères à la purification, elle voyait clairement que cette loi n’avait point été faite pour elle. Quel rapport pouvait avoir avec les épouses des hommes, celle qui était le très pur sanctuaire de l’Esprit-Saint, Vierge dans la conception de son Fils, Vierge dans son ineffable enfantement ; toujours chaste, mais plus chaste encore après avoir porté dans son sein et mis au monde le Dieu de toute sainteté ? Si elle considérait la qualité sublime de son Fils, cette majesté du Créateur et du souverain Seigneur de toutes choses, qui avait daigné prendre naissance en elle, comment aurait-elle pu penser qu’un tel Fils était soumis à l’humiliation du rachat, comme un esclave qui ne s’appartient pas à lui-même ?

Cependant, l’Esprit qui résidait en Marie lui révèle qu’elle doit accomplir cette double loi. Malgré son auguste qualité de Mère de Dieu, il faut qu’elle se mêle à la foule des mères des hommes, qui se rendent de toutes parts au Temple, pour y recouvrer, par un sacrifice, la pureté qu’elles ont perdue. En outre, ce Fils de Dieu et Fils de l’Homme doit être considéré en toutes choses comme un serviteur ; il faut qu’il soit racheté en cette humble qualité comme le dernier des enfants d’Israël. Marie adore profondément cette volonté suprême, et s’y soumet de toute la plénitude de son cœur.

Les conseils du Très-Haut avaient arrêté que le Fils de Dieu ne serait déclaré à son peuple que par degrés. Après trente années de vie cachée à Nazareth, où, comme le dit l’Évangéliste, il était réputé le fils de Joseph, un grand Prophète devait l’annoncer mystérieusement aux Juifs accourus au Jourdain, pour y recevoir le baptême de la pénitence. Bientôt ses propres œuvres, ses éclatants miracles, rendraient témoignage de lui. Après les ignominies de sa Passion, il ressusciterait glorieux, confirmant ainsi la vérité de ses prophéties, l’efficacité de son Sacrifice, enfin sa divinité. Jusque-là presque tous les hommes ignoreraient que la terre possédait son Sauveur et son Dieu. Les bergers de Bethléhem n’avaient point reçu l’ordre, comme plus tard les pêcheurs de Génésareth, d’aller porter la Parole jusqu’aux extrémités du monde ; les Mages, qui avaient paru tout à coup au milieu de Jérusalem, étaient retournés dans l’Orient, sans revoir cette ville qui s’était émue un instant de leur arrivée. Ces prodiges, d’une si sublime portée aux yeux de l’Église, depuis l’accomplissement de la mission de son divin Roi, n’avaient trouvé d’écho et de mémoire fidèle que dans le cœur de quelques vrais Israélites qui attendaient le salut d’un Messie humble et pauvre ; la naissance même de Jésus à Bethléhem devait demeurer ignorée du plus grand nombre des Juifs ; car les Prophètes avaient prédit qu’il serait appelé Nazaréen.

Le même plan divin qui avait exigé que Marie fût l’épouse de Joseph, pour protéger, aux yeux du peuple, sa virginité féconde, demandait donc que cette très chaste Mère vînt comme les autres femmes d’Israël offrir le sacrifice de purification, pour la naissance du Fils qu’elle avait conçu par l’opération de l’Esprit-Saint, mais qui devait être présenté au temple comme le fils de Marie, épouse de Joseph. Ainsi, la souveraine Sagesse aime à montrer que ses pensées ne sont point nos pensées, à déconcerter nos faibles conceptions, en attendant le jour où elle déchire les voiles et se montre à découvert à nos yeux éblouis.

La volonté divine fut chère à Marie, en cette circonstance comme en toutes les autres. La Vierge ne pensa point agir contre l’honneur de son fils, ni contre le mérite glorieux de sa propre intégrité, en venant chercher une purification extérieure dont elle n’avait nul besoin. Elle fut, au Temple, la servante du Seigneur, comme elle l’avait été dans la maison de Nazareth, lors de la visite de l’Ange. Elle obéit à la loi, parce que les apparences la déclaraient sujette à la loi. Son Dieu et son Fils se soumettait au rachat comme le dernier des hommes ; il avait obéi à l’édit d’Auguste pour le dénombrement universel ; il devait « être obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix » : la Mère et l’Enfant s’humilièrent ensemble ; et l’orgueil de l’homme reçut en ce jour une des plus grandes leçons qui lui aient jamais été données.

Quel admirable voyage que celui de Marie et de Joseph allant de Bethléhem à Jérusalem ! L’Enfant divin est dans les bras de sa mère ; elle le tient sur son cœur durant tout le cours de cette route fortunée. Le ciel, la terre, la nature tout entière, sont sanctifiés par la douce présence de leur miséricordieux créateur. Les hommes au milieu desquels passe cette mère chargée de son tendre fruit la considèrent, les uns avec indifférence, les autres avec intérêt ; mais nul d’entre eux ne pénètre encore le mystère qui doit les sauver tous.

Joseph est porteur de l’humble offrande que la mère doit présenter au prêtre. Leur pauvreté ne leur permet pas d’acheter un agneau ; et d’ailleurs n’est-il pas l’Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde, ce céleste Enfant que Marie tient dans ses bras ? La loi a désigné la tourterelle ou la colombe pour suppléer l’offrande qu’une mère indigente ne pourrait présenter : innocents oiseaux, dont le premier figure la chasteté et la fidélité, et dont le second est le symbole de la simplicité et de l’innocence. Joseph porte aussi les cinq sicles, prix du rachat du premier-né ; car il est vraiment le Premier-né, cet unique fils de Marie, qui a daigné faire de nous ses frères, et nous rendre participants de la nature divine, en adoptant la nôtre.

Enfin, cette sainte et sublime famille est entrée dans Jérusalem. Le nom de cette ville sacrée signifie vision de paix ; et le Sauveur vient par sa présence lui offrir la paix. Admirons une magnifique progression dans les noms des trois villes auxquelles se rattache la vie mortelle du Rédempteur. Il est conçu à Nazareth, qui signifie la fleur ; car il est, comme il le dit au Cantique, la fleur des champs et le lis des vallons ; et sa divine odeur nous réjouit. Il naît à Bethléhem, la maison du pain, afin d’être la nourriture de nos âmes. Il est offert en sacrifice sur la croix à Jérusalem, et par son sang, il rétablit la paix entre le ciel et la terre, la paix entre les hommes, la paix dans nos âmes. Dans cette journée, comme nous le verrons bientôt, il va donner les arrhes de cette paix.

Pendant que Marie portant son divin fardeau monte, Arche vivante, les degrés du Temple, soyons attentifs ; car une des plus fameuses prophéties s’accomplit, un des principaux caractères du Messie se déclare. Conçu d’une Vierge, né en Bethléhem, ainsi qu’il était prédit, Jésus, en franchissant le seuil du Temple, acquiert un nouveau titre à nos adorations. Cet édifice n’est plus le célèbre Temple de Salomon, qui devint la proie des flammes aux jours de la captivité de Juda. C’est le second Temple bâti au retour de Babylone, et dont la splendeur n’a point atteint la magnificence de l’ancien. Avant la fin du siècle, il doit être renversé pour la seconde fois ; et la parole du Seigneur sera engagée à ce qu’il n’y demeure pas pierre sur pierre. Or, le Prophète Aggée, pour consoler les Juifs revenus de l’exil, qui se lamentaient sur leur impuissance à élever au Seigneur une maison comparable à celle qu’avait édifiée Salomon, leur a dit ces paroles, et elles doivent servir à fixer l’époque de la venue du Messie : « Prends courage, Zorobabel, dit le Seigneur ; prends courage, Jésus, fils de Josedec, souverain Prêtre ; prends courage, peuple de cette contrée ; car voici ce que dit le Seigneur : Encore un peu de temps et j’ébranlerai le ciel et la terre, et j’ébranlerai toutes les nations ; et le Désiré de toutes les nations viendra ; et je remplirai de gloire cette maison. La gloire de cette seconde maison sera plus grande que ne le fut celle de la première ; et dans ce lieu je donnerai la paix, dit le Seigneur des armées. »

L’heure est arrivée de l’accomplissement de cet oracle. L’Emmanuel est sorti de son repos de Bethléhem, il s’est produit au grand jour, il est venu prendre possession de sa maison terrestre ; et par sa seule présence dans l’enceinte du second Temple, il en élève tout d’un coup la gloire au-dessus de la gloire dont avait paru environné celui de Salomon. Il doit le visiter plusieurs fois encore ; mais cette entrée qu’il y fait aujourd’hui, porté sur les bras de sa mère, suffit à accomplir la prophétie ; dès maintenant, les ombres et les figures que renfermait ce Temple commencent à s’évanouir aux rayons du Soleil de la vérité et de la justice. Le sang des victimes teindra encore, quelques années, les cornes de l’autel ; mais au milieu de toutes ces victimes égorgées, hosties impuissantes, s’avance déjà l’Enfant qui porte dans ses veines le sang de la Rédemption du monde. Parmi ce concours de sacrificateurs, au sein de cette foule d’enfants d’Israël qui se presse dans les diverses enceintes du Temple, plusieurs attendent le Libérateur, et savent que l’heure de sa manifestation approche ; mais aucun d’eux ne sait encore qu’en ce moment même le Messie attendu vient d’entrer dans la maison de Dieu.

Cependant un si grand événement ne devait pas s’accomplir sans que l’Eternel opérât une nouvelle merveille. Les bergers avaient été appelés par l’Ange, l’étoile avait attiré les Mages d’Orient en Bethléhem ; l’Esprit-Saint suscite lui-même à l’Enfant divin un témoignage nouveau et inattendu.

Un vieillard vivait à Jérusalem, et sa vie touchait au dernier terme ; mais cet homme de désirs, nommé Siméon, n’avait point laissé languir dans son cœur l’attente du Messie. Il sentait que les temps étaient accomplis ; et pour prix de son espérance, l’Esprit-Saint lui avait fait connaître que ses yeux ne se fermeraient pas avant qu’ils eussent vu la Lumière divine se lever sur le monde. Au moment où Marie et Joseph montaient les degrés du Temple, portant vers l’autel l’Enfant de la promesse, Siméon se sent poussé intérieurement par la force irrésistible de l’Esprit divin ; il sort de sa maison, il dirige vers la demeure sacrée ses pas chancelants, mais soutenus par l’ardeur de ses désirs. Sur le seuil de la maison de Dieu, parmi les mères qui s’y pressent chargées de leurs enfants, ses yeux inspirés ont bientôt reconnu la Vierge féconde prophétisée par Isaïe ; et son cœur vole vers l’Enfant qu’elle tient dans ses bras.

Marie, instruite par le même Esprit, laisse approcher le vieillard ; elle dépose dans ses bras tremblants le cher objet de son amour, l’espoir du salut de la terre. Heureux Siméon, figure de l’ancien monde vieilli dans l’attente et près de succomber ! A peine a-t-il reçu le doux fruit de la vie, que sa jeunesse se renouvelle comme celle de l’aigle ; en lui s’accomplit la transformation qui doit se réaliser dans la race humaine. Sa bouche s’ouvre, sa voix retentit, il rend témoignage comme les bergers dans la région de Bethléhem, comme les Mages au sein de l’Orient. « O Dieu ! dit-il, mes yeux ont donc vu le Sauveur que vous prépariez ! Elle luit enfin, cette Lumière qui doit éclairer les Gentils, et faire la gloire de votre peuple d’Israël. »

Tout à coup survient, attirée aussi par le mouvement du divin Esprit, la pieuse Anne, fille de Phanuel, illustre par sa piété et vénérable à tout le peuple par son grand âge. Les deux vieillards, représentants de la société antique, unissent leurs voix, et célèbrent l’avènement fortuné de l’Enfant qui vient renouveler la face de la terre, et la miséricorde de Jéhovah qui, selon la prophétie d’Aggée, dans ce lieu, au sein même du second Temple, donne enfin la paix au monde.

C’est dans cette paix tant désirée que va s’endormir Siméon. Vous laisserez donc partir dans la paix votre serviteur, selon votre parole, Seigneur ! dit le vieillard ; et bientôt son âme, dégagée des liens du corps, va porter aux élus qui reposent dans le sein d’Abraham la nouvelle de la paix qui apparaît sur la terre, et leur ouvrira bientôt les cieux. Anne survivra quelques jours encore à cette grande scène ; elle doit, comme nous l’apprend l’Évangéliste, annoncer l’accomplissement des promesses aux Juifs spirituels qui attendaient la Rédemption d’Israël. Une semence devait être confiée à la terre ; les bergers, les Mages, Siméon, Anne, l’ont jetée ; elle lèvera en son temps : et quand les années d’obscurité que le Messie doit passer dans Nazareth seront écoulées, quand il viendra pour la moisson, il dira à ses disciples : Voyez comme le froment blanchit à maturité sur les guérets : priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour la récolte.

Le fortuné vieillard rend donc aux bras de la très pure Mère le Fils qu’elle va offrir au Seigneur. Les oiseaux mystérieux sont présentés au prêtre qui les sacrifie sur l’autel, le prix du rachat est versé, l’obéissance parfaite est accomplie ; et après avoir rendu ses hommages au Seigneur dans cet asile sacré à l’ombre duquel s’écoulèrent ses premières années, Marie toujours Vierge, pressant sur son cœur le divin Emmanuel, et accompagnée de son fidèle époux, descend les degrés du Temple.

Tel est le mystère du quarantième jour, qui ferme la série des jours du Temps de Noël, par cette admirable fête de la Purification de la très sainte Vierge. De savants hommes, au nombre desquels on compte le docte Henschenius, dont Benoît XIV partage le sentiment, inclinent à donner une origine apostolique à cette solennité ; il est certain du moins qu’elle était déjà ancienne au cinquième siècle.

L’Église Grecque et l’Église de Milan mettent cette fête au nombre des solennités de Notre-Seigneur ; mais l’Église Romaine l’a toujours comptée entre les fêtes de la sainte Vierge. Sans doute, l’Enfant Jésus est offert aujourd’hui dans le Temple et racheté ; mais c’est à l’occasion de la Purification de Marie, dont cette offrande et ce rachat sont comme la conséquence. Les plus anciens Martyrologes et Calendriers de l’Occident donnent cette fête sous le titre qu’elle conserve aujourd’hui ; et la gloire du Fils, loin d’être obscurcie par les honneurs que l’Église rend à la Mère, en reçoit un nouvel accroissement, puisque lui seul est le principe de toutes les grandeurs que nous révérons en elle.

LES PREMIÈRES VÊPRES DE LA PURIFICATION.

La sainte Église chante dans cet Office, pour la dernière fois, les célèbres Antiennes de l’Octave de Noël, qui célèbrent le grand Mystère de l’Incarnation du Verbe et la fécondité de la Vierge.

Le Capitule est la prophétie de Malachie annonçant la venue du souverain Seigneur, de l’Ange de l’Alliance, qui vient visiter son Temple, oracle qui s’accomplit aujourd’hui.

LA BÉNÉDICTION DES CIERGES.

Après l’Office de Tierce, l’Église pratique, en ce jour, la bénédiction solennelle des Cierges, que l’on compte pour une des trois principales qui ont lieu dans le cours de l’année : les deux autres sont celle des Cendres et celle des Rameaux. L’intention de cette cérémonie se rapporte au jour même de la Purification de la sainte Vierge ; en sorte que si l’un des Dimanches de Septuagésime, de Sexagésime, ou de Quinquagésime, tombe le deux février, la fête est remise au lendemain ; mais la bénédiction des Cierges, et la Procession qui en est le complément, demeurent fixes au deux février.

Afin de réunir sous un même rite les trois grandes Bénédictions dont nous parlons, l’Église a ordonné, pour celle des Cierges, l’usage de la même couleur violette qu’elle emploie dans la bénédiction des Cendres et dans celle des Rameaux ; en sorte que cette solennelle fonction, qui sert à marquer d’une manière inviolable le jour auquel s’est accomplie la Purification de Marie, doit s’exécuter tous les ans, le deux février, sans qu’il soit dérogé à la couleur prescrite pour les trois Dimanches dont nous venons de parler.

L’origine de cette cérémonie est assez difficile à assigner d’une manière précise. Selon Baronius, Thomassin, Baillet, etc., elle aurait été instituée, vers la fin du V° siècle, par le Pape saint Gélase, pour donner un sens chrétien aux restes de l’antique fête des Lupercales, dont le peuple de Rome avait encore retenu quelques usages superstitieux. Il est du moins certain que saint Gélase abolit, à cette époque, les derniers vestiges de la fête des Lupercales qui, comme l’on sait, était célébrée au mois de février, dans les siècles du paganisme. Innocent III, dans un de ses Sermons sur la fête de la Purification, enseigne que l’attribution de la cérémonie des Cierges au deux février est due à la sagesse des Pontifes romains, lesquels auraient appliqué au culte de la sainte Vierge les restes d’un usage religieux des anciens Romains, qui allumaient des flambeaux en mémoire des torches à la lueur desquelles Cérès avait, selon la fable, parcouru les sommets de l’Etna, cherchant sa fille Proserpine enlevée par Pluton ; mais on ne trouve pas de fête en l’honneur de Cérès, au mois de février, sur le Calendrier des anciens Romains. Il nous semble donc plus exact d’adopter le sentiment de D. Hugues Ménard, Rocca, Henschenius et Benoît XIV, qui tiennent que la fête antique connue en février sous le nom d’Amburbalia, et dans laquelle les païens parcouraient la ville en portant des flambeaux, a donné occasion aux Souverains Pontifes de lui substituer un rite chrétien qu’ils ont uni à la célébration de la fête dans laquelle le Christ, Lumière du monde, est présenté au Temple par la Vierge-mère.

Le mystère de cette cérémonie a été fréquemment expliqué par les liturgistes depuis le VIIe siècle. Selon saint Ives de Chartres, dans son deuxième Sermon sur la fête d’aujourd’hui, la cire des cierges, formée du suc des fleurs par les abeilles, que l’antiquité a toujours considérées comme un type de la virginité, signifie la chair virginale du divin Enfant, lequel n’a point altéré, dans sa conception ni dans sa naissance, l’intégrité de Marie. Dans la flamme du cierge, le saint Évêque nous apprend à voir le symbole du Christ qui est venu illuminer nos ténèbres. Saint Anselme, dans ses Enarrations sur saint Luc, développant le même mystère, nous dit qu’il y a trois choses à considérer dans le Cierge : la cire, la mèche et la flamme. La cire, dit-il, ouvrage de l’abeille virginale, est la chair du Christ ; la mèche, qui est intérieure, est l’âme ; la flamme, qui brille en la partie supérieure, est la divinité.

Autrefois, les fidèles s’empressaient d’apporter eux-mêmes des cierges à l’Église, le jour de la Purification, afin qu’ils fussent bénis avec ceux que les prêtres et les ministres portent à la Procession ; cet usage est encore observé en beaucoup de lieux. Il est à désirer que les Pasteurs des âmes recommandent fortement cette coutume, et qu’ils la rétablissent ou la soutiennent partout où il est besoin. Tant d’efforts que l’on a faits pour ruiner, ou du moins pour appauvrir le culte extérieur, ont amené insensiblement le plus triste affaiblissement du sentiment religieux, dont l’Église possède seule la source dans la Liturgie. Il est nécessaire aussi que les fidèles sachent que les cierges bénis au jour de la Chandeleur, car tel est le nom populaire de la fête de la Purification, emprunté à la cérémonie même dont nous parlons ; que ces cierges, disons-nous, sont bénis, non seulement pour servir à la Procession, mais encore pour l’usage des chrétiens qui, en les gardant avec respect dans leurs maisons, en les portant avec eux, tant sur la terre que sur les eaux, comme dit l’Église, attirent des bénédictions particulières du ciel. On doit allumer aussi ces cierges de la Chandeleur auprès du lit des mourants, comme un souvenir de l’immortalité que le Christ nous a méritée, et comme un signe de la protection de Marie.

Tout étant préparé, le prêtre procède à la cérémonie de la Bénédiction des Cierges.

Après les Oraisons, le Célébrant asperge d’eau bénite et encense les Cierges ; on procède ensuite à leur distribution. A ce moment, l’Église, émue à la vue des symboles glorieux qui lui rappellent les caractères de l’Emmanuel, s’unit aux transports du vieillard Siméon, qui, tenant en ses bras l’Enfant de la Vierge, le proclama la Lumière des nations. Elle emprunte son beau Cantique, répétant après chaque Verset une Antienne formée des dernières paroles dont il se compose.

LA PROCESSION DES CIERGES.

Remplie d’allégresse, illuminée de ces feux mystérieux, entraînée, comme Siméon, par le mouvement de l’Esprit-Saint, la sainte Église se met en marche pour aller à la rencontre de l’Emmanuel. C’est cette rencontre sublime que l’Église Grecque, dans sa Liturgie, désigne sous le nom d’Hypapante, et dont elle a fait l’appellation de la fête d’aujourd’hui. L’Église veut imiter la merveilleuse procession qui eut lieu en ce moment même dans le Temple de Jérusalem, et que saint Bernard célèbre ainsi, dans son premier Sermon pour la Fête de la Purification de Notre-Dame : « Aujourd’hui la Vierge-mère introduit le Seigneur du Temple dans le Temple du Seigneur ; Joseph présente au Seigneur, non un fils qui soit le sien, mais le Fils bien-aimé du Seigneur, dans lequel il a mis ses complaisances. Le juste reconnaît Celui qu’il attendait ; la veuve-Anne l’exalte dans ses louanges. Ces quatre personnes ont célébré pour la première fois la Procession d’aujourd’hui, qui, dans la suite, devait être solennisée dans l’allégresse de la terre entière, en tous lieux, et par toutes les nations. Ne nous a étonnons pas que cette Procession ait été si petite ; car Celui qu’on y recevait s’était fait petit. Aucun pécheur n’y parut : tous étaient justes, saints et parfaits. »

Marchons néanmoins sur leurs traces. Allons au-devant de l’Époux, comme les Vierges sages, portant dans nos mains des lampes allumées au feu de la charité. Souvenons-nous du conseil que nous donne le Sauveur lui-même : « Que vos reins soient ceints comme ceux des voyageurs ; tenez dans vos mains des flambeaux allumés et soyez semblables à ceux qui attendent leur Seigneur. » (Luc. XII, 35). Conduits par la foi, éclairés par l’amour, nous le rencontrerons, nous le reconnaîtrons, et il se donnera à nous.

La sainte Église ouvre les chants de cette Procession par l’Antienne suivante, qui se trouve mot à mot dans la Liturgie Grecque, en cette même Fête : « Décore ta chambre nuptiale, ô Sion ! et reçois le Christ Roi : accueille avec amour Marie, qui est la porte du ciel ; car elle tient dans ses bras le Roi de gloire, Celui qui est la Lumière nouvelle. La Vierge s’arrête, présentant son Fils engendré avant l’aurore ; Siméon le reçoit dans ses bras, et annonce aux peuples qu’il est le maître de la vie et de la mort, et le Sauveur du monde. »

On ajoute l’Antienne suivante, tirée de l’Évangile, et dans laquelle est racontée la mystérieuse rencontre du vieillard Siméon : « Siméon avait appris de l’Esprit-Saint qu’il ne mourrait pas sans voir le Christ du Seigneur ; et au moment où l’Enfant était introduit dans le Temple, il le prit dans ses bras, et bénissant Dieu, il dit : C’est maintenant, Seigneur, que vous laisserez aller en paix votre serviteur. »

La Procession étant terminée, le Célébrant et les ministres déposent les ornements violets, et en revêtent de blancs pour la Messe solennelle de la Purification de Notre-Dame. Si cependant on était à l’un des trois Dimanches de Septuagésime, de Sexagésime ou de Quinquagésime, la Messe de la fête serait, comme nous l’avons dit, remise au lendemain.

A LA MESSE.

Dans l’Introït, l’Église chante la gloire du Temple visité aujourd’hui par l’Emmanuel. Aujourd’hui, le Seigneur est grand dans la Cité de David, sur la montagne de Sion. Siméon, figure du genre humain, reçoit dans ses bras Celui qui est la miséricorde que Dieu nous envoie.

Dans la Collecte, l’Église demande pour ses enfants la grâce d’être présentés eux-mêmes au Seigneur, comme l’a été l’Emmanuel ; mais, afin qu’ils soient reçus favorablement par sa Majesté toute sainte, elle implore pour eux la pureté du cœur.

ÉPÎTRE.

Tous les Mystères de l’Homme-Dieu ont pour objet la purification de nos cœurs. Il envoie son Ange, son Précurseur, devant sa face, pour préparer la voie ; et Jean nous criait du fond du désert : Abaissez les collines, comblez les vallées. Il vient enfin lui-même, l’Ange, l’Envoyé par excellence, sceller l’alliance avec nous ; il vient à son Temple ; et ce temple est notre cœur. Mais il est semblable à un feu ardent qui fond et épure les métaux. Il veut nous renouveler, en nous rendant purs, afin que nous devenions dignes de lui être offerts, et d’être offerts avec lui, dans un Sacrifice parfait. Nous ne devons donc pas nous contenter d’admirer de si hautes merveilles, mais comprendre qu’elles ne nous sont montrées que pour opérer en nous la destruction de l’homme ancien, et la création de l’homme nouveau. Nous avons dû naître avec Jésus-Christ ; cette nouvelle naissance est déjà à son quarantième jour. Aujourd’hui il nous faut être présentés avec lui par Marie, qui est aussi notre Mère, à la Majesté divine. L’instant du Sacrifice approche ; préparons une dernière fois nos âmes.

Dans le Graduel, l’Église célèbre de nouveau la Miséricorde qui a apparu dans le Temple de Jérusalem, et qui va bientôt se manifester avec plus de plénitude encore dans l’offrande du grand Sacrifice.

Si l’on est déjà dans le temps de la Septuagésime, l’Église chante, en place de l’Alléluia, le Trait composé tout entier des paroles du vieillard Siméon.

ÉVANGILE.

L’esprit divin nous a conduits au Temple comme Siméon ; et nous y contemplons en ce moment la Vierge-mère, présentant à l’autel le Fils de Dieu et le sien. Nous admirons cette fidélité à la Loi dans le Fils et dans la Mère, et nous sentons au fond de nos coeurs le désir d’être présentés à notre tour au grand Dieu qui acceptera notre hommage, comme il a reçu celui de son Fils. Hâtons-nous donc de mettre nos sentiments en rapport avec ceux du Cœur de Jésus, avec ceux qui s’élèvent du Cœur de Marie. Le salut du monde a fait un pas dans cette grande journée ; que l’œuvre de notre sanctification avance donc aussi. Désormais, le mystère du Dieu Enfant ne nous sera plus offert par l’Église comme l’objet spécial de notre religion ; la douce quarantaine de Noël touche à son terme ; il nous faut suivre maintenant l’Emmanuel dans ses luttes contre nos ennemis. Attachons-nous à ses pas ; courons à sa suite comme Siméon, et marchons sans relâche sur les traces de Celui qui est notre Lumière ; aimons cette Lumière, et obtenons par notre fidélité empressée qu’elle luise toujours sur nous.

Pendant l’Offrande, la sainte Église célèbre la grâce que le Seigneur a mise sur les lèvres de Marie, et les faveurs répandues sur celle que l’Ange a appelée Bénie entre toutes les femmes.

En distribuant le Pain de vie, le fruit de Bethléhem qui a été présenté sur l’autel, et a racheté toutes nos iniquités, la sainte Église rappelle encore aux fidèles les sentiments du pieux vieillard. Mais, dans le Mystère d’amour, nous ne recevons pas seulement entre nos bras, comme Siméon, Celui qui est la consolation d’Israël ; c’est notre cœur même qu’il visite, et dans lequel il vient prendre son habitation.

Demandons avec l’Église, dans la Postcommunion, que le remède céleste de notre régénération ne produise pas seulement un secours passager dans nos âmes, mais que, par notre fidélité, ses fruits s’étendent jusqu’à la vie éternelle.

AUX SECONDES VÊPRES.

Les secondes Vêpres de la solennité se composent des Psaumes employés dans l’Office de la Sainte Vierge ; et on les chante sur des Antiennes tirées de l’Évangile. Nous avons déjà exposé ailleurs l’intention de l’Église, en appliquant à Marie les cinq Psaumes qui reparaissent dans toutes ses fêtes. L’Hymne est la même qu’aux premières Vêpres, l’Ave maris Stella, toujours chère à la piété des peuples, et douce au cœur de notre grande Reine. Nous chanterons le Magnificat, en union avec les sentiments dont elle était remplie, quand elle le chanta elle-même, par l’inspiration de l’Esprit-Saint.

 

 Source

A la une #Culture #Doctrine / Formation #NLH

Les apocryphes et l’enfance de Marie

Suite à l’article d’Evangelizzo que nous proposions à nos lecteurs à l’occasion de la présentation de Marie au Temple, le professeur Thelamon, spécialiste de l’antiquité tardive et des premiers temps du christianisme a souhaité réagir du pont de vue de l’historien sur l’origine de cette fête. Un cheminement passionnant qui nourrit tout autant la foi que la culture.

(Reprise d’un article de décembre 2016, dans le cadre de notre mois d’août consacré à Marie)

C’est dans le Protévangile de Jacques, un des plus anciens évangiles apocryphes, que se trouve la première mention de la présentation de Marie au Temple. Cet ouvrage en grec, attribué à Jacques le Mineur, « fils de Joseph le charpentier », dont le titre d’origine est la Nativité de Marie, date de la fin du IIe s. Clément d’Alexandrie et Origène, au IIIs., y font allusion. Il est considéré comme un « midrash chrétien » qui permet de progresser dans la compréhension des Écritures et de fortifier la foi. Il connut une extraordinaire diffusion et exerça une influence considérable sur le développement de la piété mariale, la liturgie et les représentations artistiques. S’il a toujours été admis par les Églises d’Orient, il fut condamné en Occident, avec les autres apocryphes considérés comme émanant d’hérétiques ou de schismatiques, par le décret du pape Gélase au VIe siècle.

Néanmoins ces textes dits « apocryphes » témoignent de la foi et des croyances des communautés chrétiennes à un moment donné et sont susceptibles de refléter d’anciennes traditions orales. Ils sont évoqués par les écrivains ecclésiastiques lorsqu’ils paraissent transmettre une mémoire juste ou un enseignement utile à la foi et à la piété. Mais le risque d’hétérodoxie voire d’hérésie conduit aussi à les rejeter.

Le contenu du Protévangile de Jacques fut, avec d’autres textes, repris, remanié, augmenté et corrigé en latin dans L’Évangile de l’Enfance dit du Pseudo-Matthieu, fin VIe-début VIIe s.,  qui – la tradition ayant évolué – donne une plus grande place au merveilleux. Si son prologue original le réfère, lui aussi, à Jacques, un autre prologue qui figure dans une autre famille de manuscrits à la fin du VIIIe siècle, le met sous l’autorité de Matthieu. Il est alors indûment cautionné par une prétendue lettre de saint Jérôme répondant à une lettre tout aussi fausse de deux de ses amis, les évêques Chromace d’Aquilée et Héliodore d’Altinum, lui demandant de traduire en latin un livre écrit en hébreu par Matthieu sur l’enfance de Marie ; tous trois vivaient au … IVe s. ! Cette caution est évidemment fallacieuse.

Le Protévangile de Jacques et plus tard le Pseudo-Matthieu veulent attester la filiation divine de Jésus en établissant la qualité de sa mère : fruit d’une naissance miraculeuse, dès trois ans élevée dans le Temple où elle fait vœu de virginité, elle devait être reconnue innocente de cette grossesse d’origine non humaine qui donnait lieu aux attaques et calomnies les plus basses, comme on le voit dans le Discours vrai, du philosophe païen Celse, vers 178, réfuté au IIIe siècle par Origène.

Dans le Protévangile de Jacques, l’entrée de Marie au Temple est traitée fort brièvement (ch. 7) ; elle y demeure jusqu’à l’âge de douze ans. Le Pseudo-Matthieu (ch. 4 à 6) est plus prolixe. Marie déjà élevée dans la maison familiale comme dans un sanctuaire, sevrée à trois ans, est conduite au temple par ses parents pour être confiée à la communauté des vierges : « Elle monta en courant les quinze marches du temple sans regarder en arrière ». Cette scène a été abondamment représentée. Est alors développée la règle de vie monastique qu’elle s’est imposée et qu’elle suit avec zèle, une règle conforme à celle menée dans les couvents au VIIe siècle : liturgie des heures, travail manuel et prière. Ses qualités sont exaltées : elle est « la plus instruite dans la connaissance de la Loi de Dieu, la plus humble en humilité, la plus admirable dans les cantiques de David, la plus empressée en charité, la plus pure en chasteté, la plus parfaite en toute vertu […] Sans cesse, elle bénissait Dieu et, pour ne pas être interrompue, même par un salut, dans la louange du Seigneur, chaque fois qu’on la saluait, elle, à son tour, disait en réponse : Deo gratias  » Et l’auteur de commenter : « Ainsi, c’est d’elle qu’est venu l’usage des hommes pieux de répondre Deo gratias quand ils se saluent entre eux » ; ainsi est donné un ancrage marial à un pieux comportement préconisé par saint Benoît au VIs. (Règle, 66). En outre, Marie qui nourrit les pauvres et guérit les malades, était, elle, nourrie chaque jour par un ange et « souvent on voyait des anges s’entretenir avec elle et ils lui obéissaient ». C’est dire que Marie atteignait dans le Temple cette « vie angélique » (bios aggelikos) à laquelle, en Égypte, aspirent les Pères du désert au IVs. et qui la préparait à être la mère virginale de l’Enfant-Dieu.

Ainsi se construit, par une sorte de méditation qui exalte Marie, un récit édifiant qui met en exergue sa virginité et toutes les qualités dont elle est dotée quasiment dès sa conception, pour garantir l’origine divine de la naissance virginale de son fils, au début de deux récits dont l’objet principal est de traiter ensuite de la naissance divine et de l’enfance de Jésus.

 

 Image, Présentation de Marie par Le Titien

 

 

Doctrine / Formation #NLQ #Théologie

Quand la Visitation éclaire la charité, une application de Caritas in veritate

 

Les Restos du Cœur ont ouvert ces jours-ci leurs portes . L’Armée du Salut fait à nouveau tinter ses clochettes dans nos rues. La trêve hivernale repousse à la saison prochaine les expulsions. Les conférences Saint Vincent de Paul relancent leur campagne pour lutter contre l’isolement . Avec l’approche de Noël, les initiatives de solidarité refleurissent. Noël, au- delà des croyances, reste cette période où  la souffrance paraît encore plus insupportable. On n’a pas le droit de souffrir pour Noël.

(reprise d’un article du 7 janvier 2017, dans le cadre de notre mois d’août avec Marie)

          La magie de Noël semble chaque année ouvrir les cœurs, ouvrir à l’autre. Il y aurait sans doute bien des choses à dire sur l’élan de générosité collectif qui se réveille à Noël. Il reste donc dans l’inconscient collectif quelque chose de la joie de Noël, comme si dans le fond de lui-même le monde entier ressentait, même de façon indicible que « le Seigneur vient ». Et, incroyablement, cette inconsciente perception de la venue du Fils de Dieu, pousse l’homme vers son semblable plus démuni, plus faible, comme Marie vers Élisabeth. En ce temps de solidarité, d’ouverture des prenons un temps d’arrêt pour contempler « La Visitation ».

           L’Évangile selon saint Luc est le plus marial des Évangiles. Il est aussi celui qui insiste le plus sur l’enfance de Jésus et la mission de  Jean-Baptiste. Le premier chapitre, où se situe le passage de la Visitation, est un parallèle entre la vie du Sauveur et la vie du Précurseur. Il est très intéressant de voir que c’est au moment où naît Jésus que Luc fait commencer la vie cachée du Baptiste. « Il faut que je diminue et qu’il grandisse ». C’est bien le message clef de la vie de  Jean -Baptiste et de tout chrétien. Ce n’est pas pour rien que l’évangéliste historien qu’est Luc commence son Évangile avec Jean -Baptiste. Jean-Baptiste représente le monde ancien qui s’achève. Il est membre de la tribu de Lévi, donc de la tribu des prêtres du Seigneur. Or dans l’Ancienne Alliance le culte rendu au Temple par les prêtres est central. C’est l’origine de la libération du peuple hébreu : aller rendre un culte au Seigneur dans le désert. Avec Jean -Baptiste c’est le sacerdoce ancien qui s’efface devant l’unique Grand Prêtre qui vient. Le Christ tant attendu des juifs ne vient pas abolir le monde ancien, mais l’accomplir, le transcender. C’est le sens de la visite de Marie à Élisabeth. Les deux mondes ne s’opposent pas, mais se rejoignent et c’est pour l’Ancienne Alliance l’accomplissement tant attendu, d’où la joie de Jean dans le ventre de sa mère, d’où le Benedictus du père de Jean à sa naissance : « Béni soit le Seigneur car il a visité son peuple » La Visite de Marie à Élisabeth est immédiate, dès la conception par l’Esprit Saint. Le Christ, comme impatient, n’attend pas d’être né pour accomplir la mission que son Père lui confie, il va dès sa conception visiter son peuple.

            C’est triomphante ou fière que Marie aurait pu aller visiter sa cousine. Il n’en est rien, au contraire. C’est humblement et par obéissance à l’ordre de l’ange qu’elle va non pour se faire vénérer ou pour faire adorer l’ enfant qu’elle porte en elle, mais pour servir la femme stérile. Marie qui se reconnaît l’humble servante de son Seigneur devient la servante de sa cousine porteuse de l’Alliance ancienne. Elle qui porte la vie du monde à venir va s’abaisser à servir celle qui porte le monde ancien devenu stérile. Marie fait sienne, par son Fiat la mission de celui qu’elle porte. En visitant sa cousine, femme âgée issue du monde ancien, elle se met au service de ce monde ancien pour lui donner l’espérance et la vie. Elle aurait pu le détruire pour en finir avec lui, mais elle le sert pour lui rendre sa dignité et sa place dans le dessein salvifique de Dieu. Dieu ne va pas détruire le monde comme au déluge. Il a promis qu’il ne le ferait plus. Dieu va œuvrer au salut du monde avec ce monde et à partir de lui. D’où l’immense joie d’Élisabeth qui accueille ce salut. Car s’il s’agit bien de la visite de Marie, et il ne faut pas oublier que Marie a été reçue par sa cousine. Élisabeth accepte donc la venue de son Dieu. Du monde ancien elle s’ouvre au monde nouveau, à la vie nouvelle. Elle ne reste pas figée sur elle-même, elle fait une place au Messie. A cet accueil marqué par la joie et l’espérance répond alors, et alors seulement, le Magnificat de Marie.  Après l’Annonciation, Marie aurait pu exulter de joie pour cette merveille accomplie en elle. Elle aurait pu se réjouir d’être choisie entre toutes les femmes. Mais non ! Ce qui la réjouit au point d’en rendre grâce à Dieu, c’est qu’Élisabeth accueille le Messie, c’est que le monde ancien s’ouvre au nouveau, en un mot se convertit.

            Lorsque Marie porte le Christ ou présente les hommes au Christ, elle refait le chemin montagneux de la visitation pour venir nous donner son fils. Et si nous ouvrons notre cœur pour accueillir son fils, si nous acceptons de laisser derrière nous le monde ancien, c’est à dire nos péchés, nos attachements déréglés à ce monde qui passe, pour nous donner encore un peu plus à Dieu, alors Marie exulte de joie, car « la miséricorde du Seigneur s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent ».

 

            Il me semble qu’il y a là quelque chose de la raison d’être de la Doctrine Sociale de l’Église et de notre agir de chrétien dans le monde d’aujourd’hui. Par la foi nous sommes porteurs du monde nouveau que le Christ a inauguré le soir de Noël. Par notre engagement, nous sommes avec Marie au chevet de ce monde pour lui présenter le Royaume, pour ouvrir ce monde qui ne cesse de s’en aller au monde qui désormais est établi et qu’il nous appartient de porter avec Marie au-delà des montagnes ; ce monde devant lequel nous devons, avec Jean-Baptiste, aplanir la route. Alors notre magnificat pourra retentir et porter au ciel la joie de la conversion des cœurs, à commencer par le nôtre qu’il nous faut sans cesse élargir à la dimension du cœur de Dieu. C’est à cette condition que peu à peu, comme Marie, nous pourrons regarder et aimer le monde avec le regard et le cœur de Dieu.

Doctrine / Formation #NLH #NLQ

Visitation – L’âme juste et religieuse exalte l’image de Dieu – Saint Ambroise

Lorsque l’ange annonce à Marie le mystère de sa maternité virginale, il lui apprend, pour éclairer sa foi par un exemple, qu’une femme âgée et stérile a conçu, ce qui fait comprendre que Dieu peut accomplir tout ce qu’il a décidé.

Dès que Marie l’eut appris, elle partit vers la montagne de Judée. Ce n’était de sa part ni incrédulité en la prophétie, ni incertitude sur cette annonce, ni doute sur l’exemple proposé. Elle partait dans l’allégresse de son désir, pour l’accomplissement d’un service, avec l’empressement de sa joie.

Elle qui était maintenant remplie de Dieu, où pouvait-elle se rendre avec empressement, sinon vers les hauteurs ? La grâce du Saint-Esprit ne connaît pas les hésitations ni les retards. ~ L’arrivée de Marie et la présence du Seigneur manifestent aussitôt leurs bienfaits, car, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle, et elle fut remplie de l’Esprit Saint.

Remarquez les nuances et l’exactitude de chaque mot. Élisabeth fut la première à entendre la parole, mais Jean fut le premier à ressentir la grâce : la mère a entendu selon l’ordre naturel des choses, l’enfant a tressailli en raison du mystère ; elle a constaté l’arrivée de Marie, lui, celle du Seigneur ; la femme, l’arrivée de la femme, l’enfant, celle de l’enfant ; les deux femmes échangent des paroles de grâce, les deux enfants agissent au-dedans d’elles et commencent à réaliser le mystère de la piété en y faisant progresser leurs mères ; enfin, par un double miracle, les deux mères prophétisent sous l’inspiration de leur enfant.

Jean a tressailli, la mère a été comblée. La mère n’a pas été comblée avant son fils, mais, comme le fils était comblé de l’Esprit Saint, il en a aussi comblé sa mère. Jean a exulté, et l’esprit de Marie a exulté, lui aussi. L’exultation de Jean comble Élisabeth ; cependant, pour Marie, on ne nous dit pas que son esprit exulte parce qu’il est comblé, car celui qu’on ne peut comprendre agissait en sa mère d’une manière qu’on ne peut comprendre. Élisabeth est comblée après avoir conçu ; Marie, avant d’avoir conçu. Heureuse, lui dit Élisabeth, toi qui as cru.

Heureux, vous aussi qui avez entendu et qui avez cru ; car toute âme qui croit conçoit et engendre le Verbe et le reconnaît à ses œuvres.

Que l’âme de Marie soit en chacun de vous, pour qu’elle exalte le Seigneur ; que l’esprit de Marie soit en chacun de vous, pour qu’il exulte en Dieu. S’il n’y a, selon la chair, qu’une seule mère du Christ, tous engendrent le Christ selon la foi. Car toute âme reçoit le Verbe de Dieu, pourvu qu’elle soit irréprochable et préservée des vices en gardant la chasteté dans une pureté intégrale.

Toute âme qui peut vivre ainsi exalte le Seigneur, comme l’âme de Marie a exalté le Seigneur, et comme son esprit a exulté en Dieu son Sauveur.

En effet, le Seigneur est exalté, comme vous l’avez lu ailleurs : Magnifiez avec moi le Seigneur. Certes, la parole humaine ne peut faire grandir le Seigneur, mais c’est en nous qu’il est exalté ; en effet, le Christ est l’image de Dieu. Par conséquent, si l’âme agit de façon juste et religieuse, elle exalte cette image de Dieu, à la ressemblance de qui elle a été créée ; et par conséquent, en exaltant cette image, elle s’élève par une certaine participation à sa sublimité.

 

Saint Ambroise, sermon sur la Visitation

(reprise d’un article du 3 juin 2017, dans le cadre de notre mois d’août avec Marie)