Synthèse Hebdo

Edito #96 – Les pauvres n’intéressent plus même la gauche !

Il est de tradition de considérer l’attention pour les plus pauvres comme l’apanage de ce que le XIXème siècle français a appelé la gauche, comme si celle-ci aurait eu le monopole du cœur, pour reprendre la célèbre réplique de VGE à Mitterrand. Dans toute vision nuancée, on sait que rien n’est totalement blanc, rien n’est totalement noir, surtout en politique. Le fait est que les partis et mouvements revendiqués de gauche ont toujours affiché une certaine option préférentielle pour la défense des plus pauvres. Mais aujourd’hui, il semble bien que ces démunis de ce monde, corps électoral convoqué chaque année aux urnes, soient les parents pauvres de l’échiquier politique. Même la gauche, en effet ne fait plus de leur cas, de leurs problèmes, de leurs réalités quotidiennes une priorité, un combat. On ressort bien la corde sensible aux veilles d’élection, ou pour la défense de certains prés carrés, comme ce fut le cas récemment avec les interminables mouvements sociaux du rail. Mais concrètement, qu’elles sont les priorités des deux derniers mandats dits de gauche ? Vers où s’écoulent des millions d’euros, comme fonte des neiges inépuisables ? Quels sont les combats de la gauche d’aujourd’hui ? Quelles sont les priorités des meneurs depuis mai 68 ? Les conditions de vie ? La revalorisation salariale ? Les conditions de travail ? Les aides familiales ? On ne trouve pas même l’égalité des chances, sinon comme annexe rhétorique des priorités nouvelles de la gauche : l’IVG, la PMA, le mariage gay, l’immigration. Prenez les grandes campagnes des dernières années, les grands budgets, ils vont tous au fondamentalisme d’un combat idéologique, alors que le peuple de France, qu’il soit de souche ou non, s’enfonce dans la dépendance financière, la déprime, la course aux centimes dès les premiers jours du mois. La pauvreté n’intéresse aujourd’hui plus les politiques parce que la gauche avec l’ostracisme totalitaire qui lui sert de bélier a imposé son tempo, ses thématiques, forçant tous les autres, acculés à la défensive, à s’emparer de ces questions, au détriment des pauvres, moutons tondus silencieusement.

Même l’Eglise catholique pourtant reconnue pour son attention préférentielle aux pauvres, est contrainte de se concentrer sur ces attaques majeures qui risquent de faire basculer la civilisation occidentale dans un chaos anthropologique dont les premières victimes seront les pauvres, ceux qui ne pourront s’offrir le luxe pour lequel se battent les idéologues de gauche. Car oui, quand on ne peut pas nourrir correctement sa famille, s’offrir une PMA, même remboursée par la sécurité sociale déficitaire, c’est un luxe, en plus d’une déviance. Ecrans de fumée, arbres masquant la forêt, ces luttes des temps modernes font du pauvre le double perdant d’une idéologie de bobo qui n’oppose plus riches et pauvres, mais libertaires et reste du monde. Non seulement les pauvres n’ont plus de défenseurs (qu’ils aient désertés ou qu’ils soient mobilisés ailleurs) mais ils paieront la note finale en finançant toujours et encore une idéologie dont ils ne profiteront pas même. Dans cette imposture qu’il nous faut dénoncer et combattre parce que mortifère pour l’humanité, il faut bien reconnaître que la voix des pauvres se fait de plus en plus ténue. A quelques mouvements caritatifs près qui servent de caution de bonne conscience, qui se soucient encore des pauvres ensevelis sous les décombres de la gauche idéologique et de leur quotidien fait de survie et d’opium ? Même les discours du pape François sont rendus inaudibles par la question des migrants qui confisque la pauvreté par l’hypertrophie de la pression médiatique et peut être plus encore par les crises internes à l’Eglise. C’est du reste bien l’ambition des idéologues de la pensée unique que de discréditer l’Eglise pour que sa voix, qui ne pourra jamais s’éteindre, soit étouffée et discréditée.

 

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Edito #96 – Les pauvres n’intéressent plus même la gauche !

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L’édito – « Ah non je ne prierai pas pour ce type (le pape) »

Ce n’est pas la première fois qu’InfoCatho lance une chaîne de prière pour le pape ou la curie et les réactions sont diverses, voire violentes, comme elles ont pu l’être lorsque nous avons lancé une chaîne de prière pour Emmanuel Macron. Il suffit d’aller dans les commentaires Facebook pour voir le déferlement d’indignations ou de haine, en soit fort surprenant venant de catholiques. Dans un autre édito, nous avons évoqué cette violence et les raisons, parfois très compréhensibles, qui pouvaient conduire à de telles défiances. Pour autant, nous voudrions rappeler que lorsque nous appelons à prier pour quelqu’un, à fortiori lorsqu’il s’agit d’une personnalité publique, il ne s’agit pas de soutenir sa politique surtout lorsque, dans le cas d’Emmanuel Macron, il y a un vide abyssal entre la foi catholique et les projets mis en œuvre. Au contraire, il s’agit de prier pour que Dieu accompagne les décideurs, les convertissent et leurs ouvre les yeux quand ils s’égarent, les encourager quand ils avancent dans les ténèbres, les soutienne dans leurs épreuves et enfin il s’agit de confier leur charge à Dieu. Je dirais, finalement, que les opposants au pape, comme à Emmanuel Macron, devraient, au contraire, redoubler de prière. La haine est toujours révélatrice d’un mal-être, comme la colère, d’une impuissance face à l’injustice (réelle ou ressentie). Nous, catholiques, avons, par la prière, l’incroyable grâce de surpasser l’impuissance humaine. Encore faut-il faire monter au Ciel suffisamment de suppliques.

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L’édito – La post-humanité n’est pas un mythe, mais l’impasse infernale de notre siècle. 

Fantasmée, idéalisée, diabolisée ou niée, ce qu’on appelle la post-humanité, dans la mouvance post-moderne semble relever de la science-fiction bien au-delà des rêves technologiques de Jules Verne. Comme l’expression l’indique, la post-humanité suppose une rupture dans l’évolution de l’humanité. Une rupture entrainant un changement substantiel tel qu’elle induirait de facto la fin de l’humanité. Pas une fin consécutive à une éradication, une sorte d’Armageddon ou de déluge sans survivant, mais une transmutation de la nature humaine en une nature post-humaine, non encore nommée. Non nommée mais clairement identifiée. Il ne s’agit pas d’augmenter l’humain, comme nous le vivons dans l’étape actuelle du transhumanisme, mais de le rendre immortel parce que sans plus aucune contrainte avec les limites de la nature. Aux contours encore en création, l’être post humain gardera intelligence et conscience, mais dans une enveloppe totalement artificielle donc perpétuellement renouvelable. Ce n’est pas de la science-fiction, mais une dynamique portée par le post modernisme, idéologie dominante actuelle, selon laquelle il ne s’agit plus de dominer et soumettre les contraintes de la nature, mais de les éliminer totalement.

Pour le catholique, en plus de la question du bien-être et de la dignité humaine, se pose la question du rapport à Dieu et de la vie éternelle. Supprimer la mort du corps en maintenant en vie l’âme, c’est fermer les portes du Ciel et s’opposer au bonheur ultime de l’homme en Dieu. Objectif satanique s’il en est. Dans cette optique, déshumaniser ne signifie plus avilir la dignité humaine, mais en finir avec l’humanité, par nature mortelle et donc ouverte à Dieu.

 

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L’édito – Le progrès, l’esclavagiste des temps modernes.

 

Il ne faudrait pas confondre progrès et développement. Le langage courant, dans la suite du fantasme d’un progrès sans limite porteur d’un bonheur désormais indestructible de l’humanité, a fait du progrès une idéologie libératrice dont nous sommes revenus depuis quelques années. Le développement est le déploiement de l’existant, perfectionné et amélioré au fil des découvertes scientifiques. Le développement s’enracine dans le réel et le passé comme une fleur tire de ses racines la sève de son épanouissement. Le progrès préfère, lui, les successions de ruptures en conflit permanent avec le passé et donc le présent dont il s’est donné la mission de toujours sauver l’homme, lui promettant un « demain » sans cesse meilleur. Le progrès non seulement nie le passé, comme n’ayant aucun bien suffisamment satisfaisant, mais pose l’homme dans un conflit constant avec son présent, condamné à n’être que le passé périmé d’un demain sacralisé comme nécessairement meilleur.

Il y a une double tyrannie du progrès. D’une part il impose une fuite en avant, jetant l’opprobre sur hier comme sur aujourd’hui. D’autre part, il interdit de facto tout retour en arrière non seulement en faisant table rase du passé, mais en rendant dépendant de l’avenir. Qui refuse le progrès est exclu même du plus élémentaire vital, sans parler de la mort sociale. Qui, aujourd’hui, peut vivre sans les innovations techniques dont le progrès, sensé nous libérer des déterminismes naturels, nous a rendu dépendants ? Il est intéressant de noter que l’homme d’aujourd’hui est beaucoup plus vulnérable vis-à-vis du monde réel naturel que l’homme de Neandertal. Qui, aujourd’hui, sait, sans le bouclier de la technique, se préserver du froid et du chaud, reconnaitre les bonnes plantes, se confectionner une arme ? Combien de temps la majorité de la population tiendrait-elle si subitement la technique disparaissait ?  Le progrès a artificiellement libéré l’homme des contingences naturelles, en le rendant dépendant de lui-même. Ceci pour dire que le progrès scientifique nous a apporté beaucoup, mais il serait aussi intéressant de voir ce que son idéologisation a eu comme effets négatifs sur l’homme.

Alors que les hommes prennent conscience de la vanité du tout progrès, il est important de comprendre que le mythe du progrès est l’une des grandes causes de l’asservissement de la population rendue dépendante d’une fuite en avant qui l’éloigne toujours plus d’une prise de conscience fondamentale : alors que nous basculons dans le tout écolo, les contraintes naturelles, loin d’être un avilissement, sont les conditions de liberté de l’humanité. Il nous appartint de les domestiquer, non de les nier.

 

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L’édito – Le progrès technique, une menace sine qua non. 

A l’heure des grandes prises de conscience des impacts du progrès sur l’environnement, la sécurité, le bien-être de l’homme, des appels à la modération, de la lutte contre les excès, le progrès, jadis veau d’or des temps modernes, prend des allures de bouc émissaire. Sorte de main invisible incontrôlable, toupie exaspérée livrée à elle-même, le progrès est en marche et rien ne semble pouvoir l’arrêter.  Comme un virus créé de toute pièce, l’idéologie du dieu progrès, sensée donner à l’homme la maîtrise du monde et de son destin, a totalement échappé au contrôle de l’humanité.

Qui renoncerait au progrès et à l’innovation se verrait totalement dominé par les autres, que ce soit à titre individuel ou collectif. De sorte que le progrès, comme réalité innovante autant que comme idéologie, s’est imposée comme condition sine qua non de la réalité du monde post-moderne. Ainsi cette menace post-moderne d’un progrès débridé voulant imposer à l’homme sa conception du bonheur au point de l’engager dans la voie de la post humanité est devenue tout autant un incontournable avec lequel il n’est plus possible de ne pas faire qu’une menace désormais structurelle. Construire et vivre sur les bases d’une menace devenue existentiellement structurelle, tel est l’avenir de l’homme privé d’un rapport humble aux vérités de la nature. Le fait est, qu’on le veuille ou non, que ce post modernisme est devenu la réalité la plus concrète et contraignante de l’homme d’aujourd’hui et sortir de ce nouveau lien de dépendance ne se fera qu’au prix de nombreux renoncements de conforts et d’habitudes. Mais sans changement de logiciel interne à l’humanité pour retrouver les bases de la pré-modernité, on voit mal comment l’homme pourra surmonter l’obstacle colossal et quasi génétique de cette menace sine qua non, OGM de l’humanité en mutation. M’est avis que sans une prise de conscience des propres errements des catholiques égarés comme tout leurs contemporains dans les fils de cette araignée moderniste, il sera bien difficile au monde de retrouver sa place de créature dans la Création du Créateur.

 

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L’édito – La bioéthique aujourd’hui sert de caution aux excès de la science.

La grande question de l’éthique est de poser des limites au progrès. Aujourd’hui pourtant, clairement, la bioéthique sert de caution aux excès de la science. Pour qui étudie la chronologie des avis du conseil national d’éthique et donc des lois de bioéthique on se rend compte que l’enjeu est de temporiser en accompagnant les évolutions de la société pour donner une caution en temps opportun au mouvement quasi pendulaire qui veut que, d’année en année, les limites posées à la science soient sans cesse repoussées. Ceci en pleine cohérence avec l’idéologie moderniste qui préside aux destinées du monde laquelle veut que le progrès soit sans fin, sans obstacle, pour un mieux-être de l’humanité, mieux-être qui ressemble à une course permanente, une fuite éperdue vers l’avant, toujours plus loin de l’homme lui-même. L’éthique, entendue comme le chemin vers le bien, moralise ainsi toutes les avancées scientifiques par lesquelles le progrès remplirait sa fonction salvatrice au service d’un mieux-être toujours perfectible de l’homme. Mieux-être individuel au détriment d’un mieux-être, bien commun de l’humanité, qui vient renforcer le fondement hédoniste de ce modernisme contre lequel s’opposer devient un blasphème. Nouvelle finalité nouvelle éthique, ne nous y trompons pas, les glissements des lois de bioéthique ne sont que la sacralisation des glissements de l’humanité vers la post humanité.

 

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L’édito – La nature a-t-elle un ordre bon pour l’homme ?

PMA, GPA, adoption et autres questions éthiques sont, c’en est désormais banal, à l’ordre du jour de la rentrée. La bioéthique, caution morale en perpétuel mouvement de l’évolution du biopossible, se trouve à nouveau confrontée aux grandes questions de la science possible et du progrès souhaitable. Questions devenues conflictuelles en soi depuis que l’humanité a changé son regard sur la nature et plus encore sur la relation de l’homme au cosmos dont il s’est émancipé, devenant peu à peu « hors nature », ce qu’il s’est mis à comprendre comme sur-nature, ouvrant ainsi à la post- modernité.

D’un sentiment d’infini dépendance, tant existentielle qu’ontologique, l’homme s’est progressivement senti contraint par et dans le monde réel. D’un univers fait pour lui, avec lequel il était profondément lié et solidaire, dans le positif comme dans le négatif, il a voulu se libérer. Au lieu de composer avec le cosmos, pensé comme ordonné en soi et dont l’homme était un élément parmi d’autres, l’être humain a voulu dompter puis plier la nature à son idée du bien, perçu comme une libération des contraintes que mère nature faisait peser sur l’espèce humaine désormais plus disposée à se laisser faire. Et d’un être membre à part entière de l’équilibre du monde, il a peu à peu compris ce monde comme un matériau à améliorer au service de sa liberté, c’est à dire d’une élimination des contraintes naturelles vécues comme déshumanisantes.

La modernité traduit cette émancipation vis-à-vis de la nature ressentie comme liberticide. Emancipation qui renverse totalement le rapport de l’homme au monde et leur place respective. La science et la technique ne visent plus à aider l’homme à trouver et vivre sa place à l’intérieur des réalités naturelles, mais à le rendre de plus en plus inatteignable par elles.

Dès lors, tout débat bioéthique, pour être constructif et honnête, doit se poser la question de ce rapport de l’homme et de la nature. En d’autres termes, l’ordre des choses de la nature est-il bon pour l’homme ? Sans réponse positive à cette question, la philosophie moderniste sera l’unique clef de discernement bioéthique, entrainant science et humanité vers une rupture toujours plus grande.

 

NLH #Tribunes et entretiens

Le progrès vu de gauche… hypothèque sur notre bonheur

Jamais notre bonheur n’a été autant menacé que depuis ces deux derniers siècles. La quête existentielle par excellence de l’Homme n’est autre, nous le savons bien, que le bonheur. Il y a en l’Homme un vide existentiel qui est constitutif de lui. C’est ce vide profond, cette béance native de son être qui le fait sortir de lui-même pour aller chercher ailleurs ce qui lui manque pour être heureux, pour vivre en paix avec lui-même et avec les autres. Si nous avions en nous-mêmes de quoi combler ce vide, ce dernier n’existerait pas ou la quête de notre vie serait une introspection visant à recomposer un puzzle dont nous posséderions toutes les pièces. Cette autosuffisance ferait de l’homme un être tourné vers lui-même, n’ayant ni besoin ni désir des autres.

 

Il est étrange que des partis politiques ne voient pas comment et combien leur idéologie, sous couvert de progrès et de libération de l’Homme, hypothèque son bonheur. Car défigurer le visage de l’Homme, c’est le condamner à ne plus se reconnaître lui-même et donc à ne plus se connaître. Or Socrate ne pose-t-il pas comme préalable à toute quête humaine, le “Connais-toi toi-même” ?

Ce vide existentiel est constitutif de l’être humain. C’est même une composante essentielle qui fait de lui une personne (c’est-à-dire un être de relation) et non un individu (un être isolé, entité détachable des autres). Cette béance native de l’Homme est le fondement même de toute relation sociale. Cependant, l’Homme n’a pas toujours conscience que ce manque intime est naturel. Ce n’est pas une maladie psychologique, c’est au contraire, une incroyable force. Ne pas prendre ce vide pour ce qu’il est, c’est-à-dire, une force, c’est courir le risque d’en avoir peur, de le cacher comme une plaie honteuse.

Mais cacher cette béance n’est pas lui rendre service, ce n’est pas la nourrir de ce dont elle a besoin. C’est au contraire, l’enfouir (pour la protéger parfois) ou tenter de s’auto satisfaire, de trouver à l’intérieur de soi de quoi combler ce vide. A ce moment-là, ce vide peut devenir maladif et destructeur, parce qu’il cherche en lui ce qui ne s’y trouve pas. C’est alors que la souffrance d’un tel manque devient insupportable et exige mille compensations qui ne seront pourtant jamais que des pansements sur une jambe de bois.

Besoins compensatoires

Pour être heureux, l’Homme a besoin de reconnaître qu’il doit recevoir des autres ce qui lui manque. Cette étape dans la construction de soi et dans la quête du bonheur est un prérequis incontournable. Sans lui la quête est impossible à mener, elle devient errance et faux-fuyants. Mais, à celui qui reconnait le bien fondé de cette béance, à celui qui comprend que là est le dynamisme qui met sa vie en mouvement, il faut encore identifier l’objet de sa quête. Qu’est-ce qui fera effectivement son bonheur ? Se tromper sur la quête, sur l’objet de sa quête, c’est courir le risque de passer à côté du bonheur et donc de devoir, à terme, chercher des compensations.

Le désarroi de notre société actuelle, la perte d’identification de ce qui fait le bonheur de l’Homme, démultiplient les besoins compensatoires et l’on cherche toujours plus à combler un vide existentiel, par une accumulation d’avoir. Cette destructuration intérieure de l’Homme est un formidable dopant pour la croissance de la consommation. C’est même le moteur de notre société de consommation.

Il est étrange que des partis ou mouvements politiques qui cherchent à défendre les plus faibles ne voient pas comment et combien leur idéologie, sous couvert de progrès et de libération de l’Homme, hypothèque gravement son bonheur. Car défigurer le visage de l’Homme, c’est le condamner à ne plus se reconnaître lui-même et donc à ne plus se connaître. Or Socrate ne pose-t-il pas comme préalable à toute quête humaine, le “Connais-toi toi-même” ? Comment l’Homme d’aujourd’hui peut-il se reconnaître dans l’être lacéré de toutes parts qu’on lui présente comme étant lui.

Dénaturer l’Homme dans sa sexualité, dans sa filiation, dans sa paternité, dans son altérité, dans son origine, c’est le condamner à l’exil. L’Homme d’aujourd’hui est un exilé dans son propre être, un étranger dans sa propre chair. Toutes les mesures que souhaite prendre le gouvernement hypothèquent gravement ce bonheur. De la conception à la mort, en passant par l’intimité de la vie quotidienne ou la construction de son identité, il n’est pas un moment de la vie, pas un instant du développement de l’être humain qui ne soit compromis sérieusement.

Relativisme de confort

Concrètement, la loi sur l’embryon et le projet de loi sur l’euthanasie compromettent la dignité la plus fondamentale de l’Homme, car l’être humain court le risque de ne plus être ce sanctuaire inviolable. Or cette inviolabilité est un gage de stabilité et de paix. Combien sont désormais affolés par leur fin de vie, ont peur d’aller à l’hôpital car ils sentent désormais une angoissante épée de Damoclès sur leur propre survie ?

Quant au mariage, à l’identité sexuelle ou à l’éducation des enfants, ce sont autant de “réformes” qui destructurent l’équilibre et donc la construction même de la personne. C’est là plus que nulle-part ailleurs, dans ce sillon que se creuse la quête existentielle du bonheur. Tromper l’Homme sur la réalité profonde de son être, par un relativisme de confort, c’est lui interdire toute possibilité d’entreprendre, en vérité et en liberté, cette quête du bonheur. C’est l’orienter vers la recherche vaine d’un faux-semblant qui ne débouchera que sur cette course effrénée aux plaisirs compensatoires.

Les différents projets de lois sont donc une véritable menace, une hypothèque lourde, véritable épée de Damoclès dont l’un des effets, non négligeable, sera de plonger notre pays dans une véritable dépression morale et au-delà économique, l’un n’allant pas sans l’autre.

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L’édito – La Pornographie, nous pouvons encore faire quelque chose pour nos enfants (et nous-mêmes)

La pornographie n’est pas un mal contemporain, né de la perversion d’une société post chrétienne. De tous temps la nudité et la sensualité érotique ont provoqué chez l’homme comme chez la femme des désirs, des tentations et des névroses. Mais peut-être la pornographie est-elle le mal du siècle passé, contaminant encore notre siècle présent. Peut-être, même pouvons-nous aller jusqu’à dire que la pornographie est devenue une maladie socialement transmissible. On comprendra toute la gangrène que contient en germe ce mal à la simple considération de son étymologie, Pornê, signifiant en grec « prostituée ». Il s’agit bien de vendre (quelque soit la monnaie d’échange) l’usage du corps à des fins de plaisir sexuel. Un usage consommable que l’on s’offre. Il y a donc dans la pornographie une satisfaction egocentrique qui, d’une part, renferme sur soi et, d‘autre part, ne considère l’autre que par l’usage potentiel qu’il représente. Mais la pornographie joue sur des zones affectives et psychologiques extrêmement frêles et fragiles. L’image vue et obsédante renvoie à plusieurs sensations allant de la puissance à l’autodestruction, en passant par tous les phénomènes compensatoires. Toutes les études montrent les revers dramatiques de la pornographie qui crée une dépendance violente et aveuglante, comme toute drogue. Mais la pornographie à ceci de particulier qu’elle s’auto-alimente facilement. Un rien suffit pour remplir son office sur l’esprit dépendant. Une cheville à peine découverte et tout le système fantasmagorique et pulsionnel se met en branle. La dépendance conduit à un aveuglement violent et un besoin sans cesse grandissant de satisfaction immédiate, générant toutes les névroses de l’impatience, de l’autoritarisme et de la peur du manque. Nous constatons expérimentalement et à l’échelle de toute une société combien la morale chrétienne, par la pratique de la vertu est libératrice, quand l’absence de toute digue enchaîne l’intelligence et la volonté sous la coupe du vice. La pornographie n’est pas un mal parce qu’elle est contraire à la morale, mais parce que, contrairement à la morale, elle conduit à l’avilissement de l’Homme. Toute la morale catholique vise à la liberté. Une liberté qui, comme le dit Aristote, passe par l’acquisition de la vertu, elle-même s’acquérant par la répétition d’actes vertueux. A quoi, dans ce cas précis, s’ajoute le nécessaire sevrage, lequel rend fou de rage celui qui, dans la dépendance, est obnubilé par la peur du manque. Ici se cumulent deux travers dont la rencontre plonge le monde moderne dans le chaos actuel. La pornographie crée non seulement une dépendance, mais aussi une exigence d’immédiateté, de sorte qu’il faut au malade à tout moment pouvoir avoir accès à sa drogue. La morale devient alors l’obstacle honni, la douve terrifiante qui se dresse entre lui et son plaisir. Ainsi, plus le monde s’est enfoncé dans la pornographie, plus il a gagné des adeptes et plus il lui faut multiplier les points de recharge de leur pulsion. Dès lors, la pornographie envahit l’espace privé et public faisant sauter les digues de l’âge, de la famille et du genre. N’est-il pas surprenant que les derniers gouvernements se soient autant ingéniés à promouvoir le sexe ? Dans ce contexte, l’Eglise représente l’ultime rempart inquiétant entre la bête hagard et l’objet de sa jouissance. La pornographie est devenue une hydre incontrôlable dont les profiteurs, s’ils refusent de voir les effets sur eux, constatent, malgré tout, les conséquences sociales (viols, agressions sexuelles, avilissement de la femme…). Alors que faire face à ce « tsunami pornographique » ? Surtout ne pas lâcher les digues de l’exigence. Ce n’est pas la morale qui crée des névroses, mais les dépendances et autre blessures psychologiques et sexuelles. La beauté de la pureté élève l’âme quand la pornographie la tue.

Liberté politique, très investi dans ce combat, organise des Assises de la pornographies, le 6 octobre 2018. Engagé dans cette lutte mortifère, InfoCatho ne peut qu’encourager ces lecteurs à une prise de conscience en vue de l’action.

Pour aller plus loin – Sortir de la pornographieLutter contre la pornographie

 

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L’édito –  Politique instrument de salut : du moindre mal au mieux possible. 

C’est la rentrée politique. Partis, ministères, chambres, communes, la vie politique, à peine assoupie cette été, reprend son cours. Comme chaque année désormais, une nouvelle échéance électorale nous attend. En 2019 ce seront les Européennes. Il y a quatre ans Sens Commun, les Poissons roses, Force vie étaient sortis des Manif de 2013, chacun avec sa méthode, sa vision et ses principes. Comment les catholiques se positionneront-ils dans cette élection que beaucoup considèrent comme secondaire alors que l’Europe devient une norme contraignante pour les Etats et que c’est à Bruxelles que se jouent les combats éthiques qui nous concernent le plus ? Pour l’heure, rien ne semble vraiment bouger dans les différentes écuries. Il est probable que la présence catholique se résument à une démission résignée voire boudeuse ou au retour du déchirement qui prévalu lors des Européennes 2014.
Pourtant, l’enjeu est d’importance pour ce qui touche à la vie, à l’immigration, à l’identité et à l’indépendance économique des Etats ( qu’on se rappelle la Grèce mise au pas et qu’on regarde les contraintes sur l’Italie rebelle).
Que ce soit pour les Européennes ou n’importe quelle action politique, il est toutefois une considération majeur à prendre en compte : où voulons nous aller ? Si nous ne savons pas où nous voulons conduire le pays, l’Europe et le monde, nous en resterons à des mesurettes isolées et hors sol, même enracinées dans l’anthropologie réaliste chrétienne.  Il faut aller plus loin que la mesure, le décret de loi, il faut une vision politique d’ensemble qui ordonnera le détail. Bref il faut raisonner en hommes d’Etat. Mais pour que cette vision soit juste et bonne, c’est à dire épanouissante, elle doit promouvoir la dignité de l’homme et de tout homme. Or, il se trouve que cette dignité inclut et s’inscrit en Dieu. Sans faire une politique confessionnelle, la norme de la vision chrétienne de toute politique est Dieu, plus exactement de permettre à chacun de rejoindre Dieu. La politique, dans l’ordre qui est le sien ( régler la vie de la cité) est, elle aussi, un instrument de salut. A condition qu’elle soit une vision globale ouvrant ( et non imposant) à Dieu. La finalité étant posée, il reste à construire le chemin pour rejoindre cette fin ultime. Ainsi à la lumière de la vision et compte tenu de la réalité incarnée du moment, les actions politiques prennent la forme du mieux possible, ce premier pas en vue des suivants, pour construire cette politique chrétienne.
Le mieux possible porte en lui une dynamique de croissance et d’ouverture, la où le moindre mal se carapace sur la défensive du reliquat de peau de chagrin toujours attaquée.