Brèves

Oui, Facebook censure des pages chrétiennes !

Le fondateur de Facebook a comparu devant une commission
d’enquête du Sénat des États-Unis le 10 avril dernier et a reconnu une
« erreur » de son entreprise sur l’affaire de la publicité de l’Université
franciscaine de Steubenville, dont nous avons traité (n° 162 daté du 9
avril). Mais les sénateurs l’ont aussi interpellé sur le blocage de nombreuses
pages chrétiennes, mésaventure qui est aussi advenue au
blogue de L’Observatoire de la Christianophobie…

Mark Zuckerberg, P.-D.G. et fondateur de Facebook, a comparu devant [une commission] du Sénat des États-Unis […] Lors de son audition de plus de cinq heures, Mark Zuckerberg a présenté ses excuses et déclaré que Facebook « avait commis une erreur » en bloquant une publicité d’une université franciscaine qui montrait la croix de San Damiano […] En outre, le sénateur Ted Cruz a interrogé Zuckerberg sur un préjugé possible envers certains contenus religieux [ …] et a précisé que Facebook « avait bloqué plus d’une vingtaine de pages catholiques […] après avoir estimé que leurs contenus étaient “dangereux” pour la communauté” ». En juillet 2017, 25 pages d’inspiration catholique furent bloquées par Facebook : 21 brésiliennes et 4 en langue anglaise, administrées par des personnes aux États-Unis et en Afrique, et possédant des millions d’abonnés.

Religión en Libertad, 22 avril – © CH pour la traduction.

Source Christianophobie Hebdo

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NLH #Tribunes et entretiens

L’amour homosexuel et l’Église catholique

Contexte culturel

Il  y a toujours eu des personnes de tendance homosexuelle, mais la question de l’homosexualité se pose dans une culture inédite, la culture occidentale post-chrétienne et sa fascination pour la liberté. La vision de l’homme et de l’amour héritée du christianisme, qui était encore celle de la société d’il y a 50 ans, est devenue marginale. À la place, il y a l’affirmation toujours plus véhémente de l’autonomie de la liberté. Le judéo-christianisme avait valorisé la liberté comme don de Dieu. Maintenant la liberté n’est plus don mais revendication. Alors que jadis la vie et l’amour étaient les grands absolus — entendu au sens de ce qui vaut par soi-même —, la liberté est devenue le seul absolu.

La façon de considérer l’amour s’en trouve modifiée. L’amour est soumis à la perspective utilitaire. Au lieu que l’on dise que la liberté doit être au service du don de soi dans l’amour, on estime que l’amour est un des outils que la liberté peut utiliser pour réaliser ce qu’elle veut. La liberté s’en empare pour en faire quelque chose qui apporte, qui procure jouissance à la demande. Alors pourquoi ne pas vivre l’amour, y compris physique, entre hommes, entre femmes, ou dans d’autres combinaisons changeantes au gré de ma fantaisie ?

On constate que les jeunes générations n’ont aucune difficulté à admettre les nouvelles normes autour du mariage homosexuel. J’ai longtemps cru que c’était à cause de l’efficacité du matraquage médiatique. Mais il me semble que c’est plus profond : leur vision de l’amour a changé. La vie sexuelle est avant tout un moyen de se faire plaisir. La généralisation de la contraception, la promotion massive du préservatif ont achevé de réduire le regard sur la sexualité à la source d’une satisfaction, que ce soit entre un jeune homme et une jeune fille, ou entre deux gars, ou deux filles. Vraiment, peu importe. Je me rappelle ce mot de Benoît XVI : « la seule fixation sur le préservatif représente une banalisation de la sexualité. Or cette banalisation est justement à l’origine d’un phénomène dangereux : tant de personnes ne trouvent plus dans la sexualité l’expression de leur amour, mais uniquement une sorte de drogue qu’ils s’administrent eux-mêmes1. Si on veut proposer quelque chose de différent, il faudra aller à ce niveau de profondeur : c’est quoi la sexualité ?

Nous pourrions protester de la banalisation de la vie homosexuelle en disant que c’est indécent, contraire à la loi naturelle, contre nature, etc. C’est absolument contre-productif et cela obscurcit notre message. On nous rétorquera même par des exemples animaux, par l’affirmation d’être né comme cela, etc. Et nous-mêmes pourrions finir par nous dire : pourquoi pas, après tout ? Nous devons accepter que les anciennes évidences sont tombées. Ne pas s’épuiser à se battre pour les restaurer, ne pas « regarder en arrière ». Mais ne pas vaciller non plus. L’altération du sens de l’amour dont je parlais plus haut est l’œuvre du mauvais. On peut faire un petit flashback dans une autre culture, à l’époque du christianisme naissant au milieu du monde grec ; voici saint Paul qui parle aux Éphésiens :

Ep 417 Je vous le dis, je vous l’affirme au nom du Seigneur : vous ne devez plus vous conduire comme les païens qui se laissent guider par le néant de leur pensée. 18 Ils ont l’intelligence remplie de ténèbres, ils sont étrangers à la vie de Dieu, à cause de l’ignorance qui est en eux, à cause de l’endurcissement de leur cœur ; 19 ayant perdu le sens moral, ils se sont livrés à la débauche au point de s’adonner sans retenue à toutes sortes d’impuretés. 20 Lorsque vous êtes devenus disciples du Christ, ce n’est pas cela que vous avez appris…

Un mécanisme de revendication

Si le phénomène de l’homosexualité existe depuis toujours, le vécu homosexuel s’exprime différemment. Je voudrais montrer cela à partir de deux caractéristiques manifestes de la sexualité homosexuelle. D’abord, elle n’est pas féconde, car la procréation n’a lieu qu’en présence des deux sexes. Ensuite, elle est marquée par une instabilité plus grande, sans doute, comme nous le verons, à cause d’une recherche incessante de la relation comblante. Par exemple, une étude en Rhône-Alpes faite en 1986 — une époque un peu moins formatée sur le sujet — montre que sur un an seuls 12,5 % des hommes homosexuels interrogés s’étaient limités à zéro ou un partenaire sexuel. La moyenne tournait plutôt autour de 5. On montait à 71 % pour les autres hommes2.

Ces deux caractéristiques (instabilité, infécondité) induisent une limitation de la vie qui n’est plus tolérable dans un contexte où il n’y a plus de place pour la souffrance et les limites, où par exemple on ne fait une place aux trisomiques que s’ils sont des super-héros (ex. des articles sur aleteia.org), etc.

Cette limitation de la vie survient dans un cadre psychologique personnel très marqué par le narcissisme, où la question du « qui suis-je » est centrale (cf. la fascination pour le coming-out, pour l’affirmation d’une dimension particulière de la personnalité qui en devient comme le centre, le pivot, au point qu’on veuille se définir comme « un » homosexuel). Dire à une personne homosexuelle que cela doit être une souffrance de vivre cette condition ne va générer qu’agacement et rejet. Pourtant, le jeune qui se découvre homosexuel ne bondit pas de joie au départ. À l’opposé, il y a l’attitude de gay-pride, et celle d’un lobbying d’autant plus puissant qu’il vient des entrailles, des blessures profondes de l’être. Un lobbying qui est comme un cri. Un cri jamais apaisé, quelles que soient les évolutions législatives, car il vient de quelque chose qu’on ne veut pas reconnaître, de cette souffrance d’être différent.

On se trouve donc avec une souffrance bannie, qui n’a pas le droit d’être dite. Cela produit une chape de plomb qui tombe sur la personne qui se découvre homosexuelle. La seule échappatoire accessible semble être le déni, qui se traduit par l’affirmation de l’identité entre l’amour homosexuel et l’amour de l’homme et de la femme. La réalité « nous nous aimons, on n’a pas le droit de remettre en cause l’authenticité de nos sentiments » (ok, je peux être d’accord avec cela) devient : « on n’a pas le droit de nous interdire de vivre notre amour comme un homme et une femme » (là je ne suis pas ok, car je ne vois pas sur quoi cela se fonde. À suivre…) Cette affirmation de l’identité des deux amours est d’autant plus forte que les aspirations à la fidélité, à la fécondité sont des aspirations universelles.

En théologie vous allez aussi tomber sur des auteurs qui cherchent à justifier les comportements homosexuels, par toute sorte d’interprétations qui au fond ne semblent pas meilleures que des entourloupettes. On pourra même lire que Jésus était homosexuel puisqu’il aimait Jean, etc.

Je suis reconnaissant à l’Église d’avoir le courage de dire autre chose. Il me semble qu’elle présente la seule solution véritable : que l’attirance homosexuelle soit reconnue comme différente et respectée comme telle. L’Église n’a pas toujours été exempte de manque de respect. Ni de manque de reconnaissance. Et en elle aussi il y a le danger d’une reconnaissance sur le mode d’une assimilation à l’amour de l’homme et de la femme : une reconnaissance qui fait fi de la différence. C’est là que se placent les tentatives de bénédiction de couples homosexuels. À suivre…

Quelques éléments fondamentaux

Le sexe remonte à l’invention de la reproduction sexuée, au tout début des êtres multicellulaires, il y a 600 millions d’années. Sexe = féminin + masculin. Il y a 2 sexes, pas 3 ou 4. Cela a du sens de parler d’un des sexes parce qu’il y a l’autre. Le sexe masculin se définit par rapport au sexe féminin, par le fait qu’il est l’autre sexe. C’est « autre » (hétéro) dans un sens radical : on parle du sexe opposé, pas du sexe différent. Ce point de langage est important. Le mot « hétérosexuel » n’a pas beaucoup de sens, il a été formé dans la culture homosexuelle pour parler de la relation homme-femme. Il faut beaucoup mieux continuer de dire « de l’homme et de la femme » plutôt qu’« hétérosexuel » comme s’il y avait une grande diversité de sexes à prendre 2 par 2.

Peut-on risquer une approche biblique ? Avec discernement. La législation du Lévitique ou les affirmations de saint Paul sont de bons témoins du point de vue d’une époque, mais comment les isoler de leur contexte culturel ? La référence majeure dans l’Écriture se trouve dans les récits de création, Gn 1 et 2. On y voit affirméer la complémentarité ho/fê comme complémentarité fondamentale, première, avant toutes les autres (Gn 2, aide pour exister en tant que personne alors que les autres créatures ne le permettent pas, ne donnent pas d’accès à l’altérité constitutive). Et comme expression ontologique de l’image de Dieu, avant les expressions venant de l’art, du langage, d’une Parole de Dieu (symboliques au sens large) (Gn 1).

De ce survol biblique nous tirons la conviction qu’une société progresse vraiment en reconnaissant que la différence homme/femme est un plus, qu’elle est constitutive de l’humanité, qu’elle est à la base de la vie en société. D’ailleurs, tout être humain vient de la rencontre d’un homme et d’une femme. Au fondement de notre existence il y a la différence, par la rencontre des sexes opposés. C’est incontournable.

Nous reconnaissons que parmi nous il y a des personnes qui ont une attirance homosexuelle : au lieu d’être attirées par des personnes de sexe opposé, elles sont attirées par des personnes de même sexe. Leur dire que leur amour est la même chose que l’amour de l’homme et de la femme est un manque de respect, c’est bafouer leur spécificité, c’est les engager sur un chemin de tromperie.

Cette tromperie, toute personne homosexuelle la ressent le jour où elle constate : mon amour ne me permettra pas d’avoir des enfants, sauf en recourant à des stratagèmes artificiels, qui de toute façon même s’ils permettent de fabriquer un enfant ne feront jamais que ce sera réellement notre enfant.

Les évolutions législatives sont une tromperie pour les personnes homosexuelles, elles les enferment dans l’illusion de l’identité des deux amours. « De quoi te plaindrais-tu encore, tu as tout ce que tu demandais ? Ah, si tu n’es pas heureux, c’est à cause de l’homophobie des cathos. » (// si les femmes ne se sentent pas bien après un avortement, c’est à cause des groupes pro-vie). ⇒ une obsession sur la question de l’homophobie, qui est la façon dont la société essaie de digérer le mensonge proclamé de l’identité des deux amours.

Ce n’est pas juste de dire aux personnes homosexuelles : « allez, maintenant on a reconnu que votre amour c’est la même chose que l’amour de l’homme et de la femme, il y a le mariage pour les homosexuels et toutes les possibilités de procréation et d’adoption, maintenant c’est bon comme ça. » On ne peut pas se contenter de l’injustice radicale de ce discours.

Les évolutions législatives veulent traduire une attitude de tolérance. La tolérance — qui n’est pas une valeur chrétienne — a besoin, pour que l’on soit égaux, que l’on soit identiques. Il ne peut pas y avoir de différences qui soient vraiment importantes, sinon elles sont menaçantes. « Au fond, on est les mêmes ». Ce qui est prôné, c’est un modèle unique. De même sur le plan religieux, la solution de la culture moderne est la religion reléguée dans le privé : vous avez le droit à la différence, tant que rien ne dépasse, tant que ce n’est pas trop différent. Tout ce qui est inassimilable par la tolérance doit être occulté.

Dans le christianisme, on n’a pas la tolérance, on a la charité, l’amour d’agapè. Qui est actif, qui s’intéresse à l’autre et se réjouit qu’il soit différent. Qui a confiance que la société ne se construit pas en nivelant les différences, en faisant que plus rien n’a d’importance, que tout se vaut, mais dans le concert des différences, comme un orchestre symphonique. Et nous voulons promouvoir la diversité. Et le réalisme, car le réalisme est le garant de cette diversité créatrice. Toute la nature est différence, explosion de diversité.

C’est intéressant de lire la lecture habituelle de l’intervention célèbre du pape François : « Si une personne est gay et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour la juger ? » Dans la culture de l’amour d’agapè, on mettra l’accent sur la bienveillance envers la personne qui chemine. Mais dans la culture de la tolérance, on ne va retenir qu’une moitié de la phrase, « qui suis-je pour juger une personne gay ? », et cela va devenir le tremplin de l’indifférence : chacun fait ce qu’il lui plaît.

Il faut encore reconnaître que dans une société qui a substitué la tolérance à l’amour fraternel, ce n’est pas facile d’oser affirmer les différences, on a l’impression qu’on ostracise, qu’on exclut, qu’on divise. Il y a un défi spécial d’aider les personnes qui ignorent ce qu’est la véritable charité à oser prôner le droit à la vraie différence.

Éléments de réponse

Comment aller de l’avant ? Cf. l’affirmation de Benoît XVI au Parvis des Gentils au sujet du sens de la vie : sans Dieu ça ne marche pas. Mais de la part de Dieu nous avons une bonne nouvelle. L’enseignement du Christ dans son Église est libération et joie (Jn 10,10 : « Le voleur ne vient que pour voler, égorger et détruire. Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance ») même s’il est aussi combat et division (Lc 12,51 : « Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division »). Le Christ était attendu comme libérateur par les gens. Le message de l’Église aux personnes homosexuelles est libération profonde pour elles, alors qu’elles sont trompées par les fictions de notre société.

Entrer dans un dialogue en raison avec les hommes de bonne volonté (ce serait un péché de croire qu’il n’y en a plus ; le dogme de la Création nous dit que Dieu a créé l’homme à son image, l’a rendu participant de sa propre raison). Nous ne convaincrons pas tellement de monde. Mais nous ne pouvons pas mettre la bonne nouvelle dans une cachette. Les petits, ceux qui sont fatigués, en ont besoin, tandis que les arrogants voudraient nous balayer. Nous entrons dans la passion de l’Église. Ces questions seront un lourd fardeau dans les années à venir. Il ne faut pas s’en lamenter mais être simplement nous-mêmes. En portant ce genre de croix nous participons au salut de tous ceux qui s’égarent et de tous ceux qui les trompent et qui se trompent eux-mêmes.

Dieu aime les personnes homosexuelles, et c’est pourquoi l’Église se doit de les aimer aussi. Et quand on aime quelqu’un on ne veut pas le bercer d’illusion ni lui raconter de mensonges.

Un chemin de sainteté et de paix

Repartir positivement de l’anthropologie portée par la foi chrétienne, où la différence homme/femme est fondamentale. Nous sommes convaincu que la différence homme/femme est constitutive de l’être humain, qu’elle est quelque chose de très précieux et qu’elle ne doit jamais être écartée. Spécialement dans la relation sexuelle, où le plus intime de nous-mêmes est engagé. La relation sexuelle ne devrait jamais écarter la différence fondamentale entre l’homme et la femme. Quelle que soit l’authenticité des sentiments homosexuels, on gagne davantage à renoncer à leur expression physique, pour ne pas poser des actes qui au fond prétendent vivre hors de cette différence.

La relation homosexuelle vécue au plan physique peut commencer par me satisfaire et elle correspond à mes attentes, mais au fond elle révèle peu à peu ses limites, et la tentation d’autres expériences apparaît, parfois fortement. L’activité homosexuelle ressemble souvent à une impossible quête du Graal, la recherche d’un idéal qu’on pense avoir atteint mais qui se révèle à chaque fois décevant. Ce n’est pas facile à comprendre ni à sentir pour quelqu’un de jeune ; parfois il faut du temps pour se dire : je suis fatigué de cette quête de plénitude jamais assouvie, je ne veux plus imaginer que le bonheur est en avant de moi, je veux vivre la chasteté dans la continence, je veux vivre le bonheur maintenant.

Cette incapacité constitutive de l’acte homosexuel à mener à l’accomplissement explique pourquoi beaucoup de personnes homosexuelles ne se contentent pas d’une relation avec un seul partenaire sexuel, même si elles sont engagées dans un PACS ou un mariage. Voici le témoignage de Benedict Groeschel, qui accompagne de nombreuses personnes de toutes tendances sexuelles : « J’ai entendu des douzaines d’hommes et de femmes à tendances homosexuelles dire qu’une vie chaste était beaucoup plus désirable que cette recherche constante du partenaire parfait, cet autre soi qui n’existe pas (Narcisse qui n’est jamais là). Ils sont fatigués d’être rejetés, ou apparemment acceptés puis jetés. »3

Il nous faut proposer un chemin de sainteté et de paix. De même qu’il y a une « sobriété heureuse » en général, il y a une sobriété sexuelle qui apaise la personne homosexuelle. Toute personne cherche l’intimité, une vraie rencontre. Elle le cherche spontanément dans une relation sexuelle. Mais l’acte sexuel entre personnes de même sexe ne permet pas cela. Alors, le chemin de l’Évangile propose aux personnes homosexuelles de chercher autrement que dans l’acte sexuel l’accomplissement qu’elles recherchent.

La première libération est donc : on gagne à renoncer de tout son cœur à pratiquer la sexualité homosexuelle. Défi particulier d’affirmer cela à une génération qui veut tout essayer. L’attitude habituelle face à la distinction du bien et du mal est : je vais essayer et je verrai si cela me fait du bien ou du tort. On se dira assez facilement que les relations homosexuelles ne font pas de tort. Au contraire, ils sont rares ceux qui essaient la chasteté choisie ; en général ils ne connaissent que la continence subie et n’y trouvent rien de positif, ce qui est logique puisque le cœur ne s’y est pas engagé, c’est subi, c’est à contre-cœur plutôt que de tout cœur.

⇒ le bonheur et la paix se trouvent en définitive dans l’option de la chasteté dans la continence, plutôt que dans la recherche d’une union toujours inaccessible.

Il y a quelques témoins de la véritable libération de la continence choisie, malgré le combat qu’elle exige. Cf. Xavier Thévenot et Philippe Ariño. À première vue c’est une perte. Et de fait il y a un manque qui peut être très dur à vivre (attention à ne pas faire l’ange). Mais c’est un chemin de paix.

Place à l’inventivité

La seconde libération est de constater que cette sobriété sexuelle est un chemin où le cœur peut s’agrandir, dans la découverte de l’amour d’amitié. Il s’agit de vivre des expériences inédites de proximité, d’intimité humaine hors du domaine sexuel. Cela permet d’échapper à l’obligation sociale du « tout au sexe » dans laquelle nous sommes tombés au point que celui qui ne vit pas de relations sexuelles semble être un extra-terrestre. Eh bien non, place à l’inventivité, à la vraie différence !

Il est intéressant de relever ce que le texte du Catéchisme de l’Église catholique suggère très brièvement : « Par les vertus de maîtrise, éducatrices de la liberté intérieure, quelquefois par le soutien d’une amitié désintéressée, par la prière et la grâce sacramentelle, elles peuvent et doivent se rapprocher, graduellement et résolument, de la perfection chrétienne. » (№ 2359) Maîtrise de soi, qui rend de plus en plus libre. Amitié non sexuelle. Prière et grâce des sacrements. Tout cela doit permettre de progresser graduellement sur le chemin de la sainteté.

Derrière l’attrait amoureux, qu’il soit homosexuel ou hétérosexuel, il y a souvent plus qu’une recherche de plaisir, il y a une affection qui peut être belle à vivre et à orienter toujours plus dans l’amour. Quelle que soit leur attirance sexuelle, les grands saints sont ceux qui ont pu vivre des affections humaines dans l’intensité et la droiture, en ne s’enlisant pas dans les sollicitations de l’attrait sexuel si elles ne convenaient pas à leur situation. Ainsi il y a des saints homosexuels, qui ont vécu leurs affections tout en renonçant à la pratique sexuelle. Je pense à saint Ælred de Rievaulx. Certains feront aussi référence au bienheureux cardinal Newman.

Ce bonheur se rencontre à un autre niveau, c’est pourquoi l’Église croit que pour une personne homosexuelle la pleine réalisation de la personne ne s’accomplit pas dans la relation sexuelle mais plutôt en l’évitant. Ce qui ne veut pas dire éviter toute relation. Car le désir sexuel cache une quête affective qui mérite d’être reconnue pour elle-même. Tout être humain est fait pour aimer et être aimé. Trop souvent on se laisse piéger par une alternative qui n’a pas lieu d’être : soit la continence sans amitié et dans la solitude, soit l’engagement dans la relation sexuelle. Or, des personnes homosexuelles se sont engagées sur l’étroit chemin d’une profonde amitié à l’écart de l’union physique. On pourrait appeler cette troisième voie un amour d’amitié. Le père Jean-Michel Garrigues, dominicain travaillant auprès de chrétiens homosexuels, rapporte ce petit dialogue entre deux couples de personnes homosexuelles qui avaient passé des vacances ensemble : « En fait, vous ne couchez pas ensemble ? — Non, effectivement. Comment le savez-vous ? — Cela se sent. Il y a une joie et une délicatesse dans vos rapports que nous vous envions. »4

Au lieu de toujours mettre l’interdiction en avant, ce serait plus juste de considérer que l’Église demande aux personnes homosexuelles de vivre leur attirance au niveau de l’amitié plutôt que de la sexualité. Plusieurs groupes de soutien sont nés dans cette optique. On peut citer les fraternités Saint-Ælred, qui se sont fondées dans ce but.

Ce serait profitable à beaucoup de personnes, et pas seulement aux personnes homosexuelles, de redécouvrir l’amour d’amitié, une relation profonde, une grande intimité de cœur et d’âme qui ne se vit pas sur le mode sexuel (et qui, dans le cas de l’homosexualité, ne connaît pas le risque de stagnation que comporte l’union sexuelle). Car les possibilités du cœur sont tellement plus vastes, infinies à l’image du Ciel. C’est une amitié où l’attrait sexuel peut être présent, mais où on met tout en œuvre pour ne pas le pratiquer, ne visant que l’union du cœur. Dans cette amitié, l’intimité peut être plus grande même que dans un couple marié, comme le suggère ce témoignage de saint Ælred :

Le seul qui pourrait ne pas s’étonner de voir Ælred vivre sans Simon serait quelqu’un qui ignorait combien il fut plaisant pour nous de passer notre vie ensemble sur la terre ; quelle joie nous aurions eu à aller au ciel dans la compagnie l’un de l’autre… Aussi, pleure, non parce que Simon a été élevé au ciel, mais parce que Aelred est resté sur terre, seul.

Un impossible mariage

Pourquoi l’Église s’oppose-t-elle au mariage homosexuel ? Parce qu’elle voit clairement que le mariage n’est pas qu’un fait privé ou une reconnaissance décernée par la société, mais la base de la famille et de son service à la société. Si une société survit, c’est grâce à la famille et en la défendant. Aucun progrès technologique n’éludera le fait que pour engendrer de nouveaux êtres, il faut un homme et une femme, et il serait très imprudent de prétendre que la contribution des deux sexes se limite à transmettre du matériel génétique, sans apport de rien d’autre d’humain5.

Il est faux de prétendre que le mariage pour tous n’enlève rien au mariage de l’homme et de la femme, car il le redéfinit de fond en comble. Le mariage comme institution n’est pas d’abord l’union de deux personnes qui s’aiment, mais la cellule de base de la société. Admettre des unions homosexuelles reconnues comme mariage, c’est redéfinir le mariage, en le coupant de sa dimension de procréation et d’éducation, dimension qui intéresse toute la société. « Même en un sens analogique lointain, les unions homosexuelles ne remplissent pas les tâches pour lesquelles le mariage et la famille méritent une reconnaissance spécifique et qualifiée. »

Dit encore autrement : le mariage est une institution de la société, il n’est pas un événement privé comme le serait un grand projet de voyage, la création d’une entreprise commune ou autre chose. Toutes les sociétés ont réglementé le mariage car c’est lui qui leur permettait de se perpétuer à travers la formation d’une famille rendue possible par la différence homme/femme. Le mariage homosexuel est une privatisation de cette institution, qui la détourne de sa vocation pour n’en faire que l’union de personnes qui s’aiment. Ce concept du mariage comme union de deux personnes qui s’aiment est très courant, même entre un homme et une femme. Mais il est déficient. Pour s’en convaincre on n’a qu’à demander : ira-t-on jusqu’à marier des frère et sœur s’ils s’aiment ?

La question de l’adoption

On entend souvent dire qu’il vaut bien mieux pour un enfant être adopté par un « couple » homosexuel que de rester à l’orphelinat. Ma la réalité ne se présente absolument pas comme cela. Il ne manque pas de couples pour adopter, mais d’enfants adoptables. Les listes d’attente sont longues. Et maintenant les organismes d’adoption doivent veiller à refuser l’adoption à suffisamment de couples homme-femme pour permettre un pourcentage d’adoption homosexuelle.

Chercher le Seigneur avec bonne volonté

Beaucoup n’envisagent pas la chasteté ou ne voient pas comment la vivre dans leur situation. Ils pensent que vivre en couple peut aider à canaliser un désir qui est difficile à gérer. Ils estiment que l’Église les prive de cette possibilité, qu’elle les rejette, que son interdit les condamne à la solitude et au vagabondage sexuel.

L’Église devrait-elle admettre une liaison homosexuelle dans ce cas, lorsqu’une personne qui éprouve une forte attirance homosexuelle choisit de s’installer dans une liaison homosexuelle stable pour éviter que son désir et son manque ne la soumettent au vagabondage sexuel ? Est-ce que Dieu et l’Église ne devraient pas encourager quelqu’un à s’attacher à une seule personne plutôt que de courir les partenaires ? Le sujet est vaste6. Je voudrais simplement donner quelques pistes.

D’une part l’espérance répugne à accepter l’idée qu’il y a des cas où la liberté est entièrement et durablement soumise à la pulsion, et que donc il n’y a que deux alternatives : ou les partenaires multiples, ou le couple stable. La voie de la chasteté à conquérir est-elle complètement hors de portée, et pour toujours ? D’autre part c’est une illusion de croire que refréner un désir sexuel le rend automatiquement hors de contrôle tandis que l’assouvir conduit à l’apaisement. De façon imagée on peut faire le parallèle avec la démarche des alcooliques anonymes et le choix de ne plus toucher une goutte d’alcool. Ce que l’Église propose dans une amitié chaste n’est pas un chemin d’enfermement mais un chemin de libération. Mais c’est aussi un chemin de croix, inévitable, et peu ont conscience de sa dureté. Le vrai enjeu est de chercher le Seigneur de tout son cœur, aller toujours plus loin, ne pas se lasser, se relever lorsqu’on est tombé.

À l’opposé, admettre qu’il peut exister une union homosexuelle dans certains cas, c’est arrêter les personnes dans leur cheminement, c’est les détourner de l’effort vers plus de lumière pour se contenter d’une chandelle vacillante. Il y a de belles valeurs humaines dans une liaison homosexuelle fidèle, ce n’est pas la ténèbre absolue. Mais nous avons davantage d’espérance pour les enfants de Dieu.

Il faut admettre que la conquête de la chasteté est quelque chose de progressif, et que parfois une mise sous pression excessive peut être contreproductive. Mais il y a un moment où il faut « mettre la pression » sur soi si on veut avancer, si on veut refuser sérieusement d’être auto-centré. L’Esprit nous pousse à aller au-delà de ce que nous estimons possible à cause de nos échecs. Il faut se confier à lui qui renouvelle nos cœurs. Dieu appelle toute personne à aller sans cesse plus loin dans l’amour véritable, à sortir des pièges du narcissisme pour se donner vraiment.

Une bénédiction ?

L’amour s’accomplit dans le don de soi, qui tourne le dos à la recherche de soi. « Seigneur… c’est en se donnant que l’on se trouve… ». Le don de soi vécu dans une appartenance réciproque. Cela se réalise au niveau spirituel, notamment dans la vie consacrée, et au niveau de l’union sexuelle dans le mariage ouvert à la procréation. Un homme et une femme peuvent vivre l’union sexuelle hors du mariage, mais cela se fait alors à côté d’un véritable don de soi. Ce n’est plus vraiment une union, il n’y a pas d’appartenance réciproque. Entre deux hommes, entre deux femmes, une authentique affection est possible (que l’Église ne proscrit pas du tout), une affection qui peut porter à se dépenser pour l’autre, à payer de sa personne. Mais on ne peut aller jusqu’au don de soi, car la dimension corporelle ne permet pas aux corps de se donner. Tout au plus peuvent-ils jouir dans les mains l’un de l’autre, ce que se contentent de faire également bien des couples. Mais il est hors de portée dans ce cas de faire « une seule chair » (Gn 2,25), sinon par une analogie lointaine. Là non plus, pas d’union.

En raison de toutes ces constatations, somme toute assez simples, j’estime que l’Église ne peut renoncer à sa vision de la vie sexuelle comme union des personnes, sous peine de priver l’humanité d’un apport irremplaçable. Les familles chrétiennes doivent rester des lieux où tout le monde a sa place quelles que soient les attirances sexuelles qu’il éprouve et les liens qu’il noue, mais où on apprend en même temps que la sexualité devrait se vivre dans l’altérité des sexes qui seule respecte vraiment la personne corps et âme et la cohérence de ses tendances.

Les vertus de l’accueil familial

Entre chrétiens, spécialement dans la famille, il faudra articuler de façon toujours inventive ces deux lignes directrices : un accueil inconditionnel de la personne, quelles que soient ses attirances sexuelles, et une traduction dans les faits de la vocation unitive de la sexualité. On pourra déjà se sentir à l’aise en remarquant que dans la vie de l’Église, accueillir quelqu’un n’a jamais été une forme de caution de l’entièreté de sa conduite. C’est encore plus vrai dans la vie de famille. Est-ce qu’une façon d’accueillir les valeurs d’amitié sans reconnaître des valeurs sexuelles pourrait être par exemple de donner une place au repas mais pas un lit conjugal chez soi ? Cela me semble raisonnable. On gagnera à faire la différence entre inviter sa petite fille avec sa compagne, et mettre à leur disposition le lit double de la chambre de l’étage… Surtout si cela pourrait faire penser aux petits neveux et nièces que relation homme-femme ou relation homosexuelle c’est la même chose. Il faudra de l’imagination pour éviter le piège de la pensée contemporaine qui consiste à dire : pour ne pas discriminer il faut nier la différence et les spécificités7.

Aimer sans admettre un comportement, désapprouver en gardant la main tendue et le cœur ouvert, il me semble que c’est un exercice familial que l’on a souvent à pratiquer. Dans l’Évangile, Jésus agit fréquemment de cette manière. Il va manger chez les pharisiens mais ce n’est pas pour cautionner leurs pratiques. Et il ne parle pas avec la Samaritaine pour la féliciter d’avoir eu cinq maris et d’en être au sixième. Il s’invite lui-même chez Zachée et cela change tout. Ces rencontres sont parfois l’occasion de conversion. Aujourd’hui, ne peut-on pas simplement agir de la même façon ? Se témoigner de la chaleur humaine même si on ne valide pas une conduite ? Si dans l’Église on n’est pas capables de se respecter et de se le dire sans passer par exemple par le canal d’une reconnaissance officielle des liaisons homosexuelles alors on est encore loin de vivre l’Évangile et c’est d’abord ce chantier qu’il faudrait ouvrir.

En guise de conclusion

Nous ne sommes pas les apôtres de l’ordre établi, mais de la miséricorde de Dieu. Une des œuvres de miséricorde est d’enseigner les ignorants, une autre d’avertir les pécheurs, une autre encore de consoler les affligés. Dans toutes nos attitudes, cherchons à ce qu’amour et vérité se rencontrent. Heureux ceux qui pourront interagir avec des personnes homosexuelles sages et paisibles, afin de mieux comprendre et d’apprendre à trouver les mots. Dieu est toujours au-delà de nos réussites ou de nos échecs.

1Benoît XVI, Lumière du monde, Bayard, 2011, p.160.
2Hugues Lagrange, « Le nombre de partenaires sexuels : les hommes en ont-ils plus que les femmes ? », Population, 1991 № 2, p.256.
3Benedict Groeschel, le courage d’être chaste, p.71
4Luc Adrian, interview du père Jean-Miguel Garrigues, Famille Chrétienne n1507, 2/12/2006
5Congrégation pour la doctrine de la foi, Considérations à propos des projets de reconnaissance juridique des unions entre personnes homosexuelles, 2003.
6Il a été remarquablement traité par Xavier Thévenot dans sa thèse : Homosexualités masculines et morale chrétienne, Cerf, 1985. Voici un extrait : « L’ami stable, en raison de l’idéalisation dont il est l’objet, peut représenter pendant quelque temps cet objet perdu que l’homosexuel compulsif cherche à retrouver. […] Il faut donc accepter de dire que la vie en couple ou en amitié stable d’un homosexuel “compulsif” permet probablement une certaine diminution de la promiscuité sexuelle, mais, à mon avis, s’attaque peu aux racines de la compulsivité. » (p.280)
7La non discrimination est un des grands moteurs des changements législatifs en faveur du mariage homosexuel. Appliqué comme il l’a été, ce principe a tourné à l’affirmation de l’insignifiance : tout est la même chose, parce que finalement tout a peu de valeur.

 

Source Le Blog de Don Christophe

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Un Ave pour Vincent – Rejoignez la chaîne de prières pour Vincent Lambert

Tribunes et entretiens

Réflexions sur les conversions des musulmans au christianisme – Une source régénératrice ?

Le phénomène de conversion de l’islam au christianisme, que l’on signale en de nombreux pays, tant musulmans qu’occidentaux, ne devrait pas nous étonner. C’est la renaissance du christianisme des origines ;, nous sommes en quelque sorte revenus au temps des catacombes : il y a bien une progression réelle, quoique difficilement quantifiable, de la foi chrétienne dans les rangs de son implacable ennemi, l’islam.

L’ampleur du phénomène est difficile à évaluer. C’est surtout par la réaction des autorités dans les pays islamiques qu’il est possible de s’en faire une idée ; cette réaction, essentiellement répressive et diffamatoire, est proportionnelle à la fréquence des conversions. S’il n’y a point d’enquêtes et encore moins de statistiques, c’est que la conversion au christianisme, du point de vue des musulmans, est bien pire que l’athéisme, ; elle s’apparente à la trahison ;, par conséquent, elle doit être réprimée et, dans la mesure du possible, tenue secrète. Le converti est une source de déshonneur pour sa famille, et il n’est d’ailleurs pas rare qu’il soit tué par ses proches. S’il n’est plus musulman, il est automatiquement divorcé de son épouse, et il perd ses droits sur ses enfants. Voilà pourquoi il est très rare que les convertis se déclarent publiquement chrétiens. Pour des raisons différentes, les autorités choisissent la discrétion, car elles craignent l’effet d’entraînement ou de contagion.

Il arrive aussi quelque fois que les persécuteurs eux-mêmes découvrent le Christ, ils le rencontrent à travers leur victime. Des militants fondamentalistes se sont convertis après avoir lu le Nouveau Testament, ils pensaient y trouver des éléments qui pourraient les aider à réfuter les mystères chrétiens.

En Égypte, par exemple, les autorités ont systématiquement minimisé le nombre de chrétiens. Ils étaient six millions il y a cinquante ans, à une époque où la population de l’Égypte s’élevait à un peu moins de quarante millions de personnes. À présent, la population est évaluée à quatre-vingt-dix millions, mais les coptes ne formeraient pas plus que dix pour cent des habitants, selon les estimations des autorités ! Le pape copte Tawadros a révélé à la télévision égyptienne que le nombre réel de coptes est nettement plus élevé, la compilation des registres de paroisses fait état de plus de quinze millions, certains même parlent de vingt millions, sans compter les coptes de la diaspora, dont le nombre s’élève à trois millions environ. Les musulmans convertis au christianisme ne sont pas inclus, car officiellement ils sont musulmans et légalement ils n’ont pas le droit de changer de religion.

Conclusion : le christianisme avance sous le radar.

Tout le monde s’accorde pour dire qu’Internet et la télévision par satellite ont joué un rôle de premier plan dans la « vague de conversion » de l’islam au christianisme. La conversion est présentée comme un passage ou une traversée (en arabe oubour) des ténèbres vers la lumière. En arabe, c’est le mot aber au masculin, et abera au féminin, qui sont utilisés pour désigner les convertis ; ces mots signifient celui ou celle qui a traversé (aberine au pluriel). La conversion intime s’apparente donc à un « rite de passage intérieur », une sorte de « baptême du cœur ». Il arrive souvent que ce passage se fasse en direct sur une ligne ouverte, lors d’un programme télévisé produit par une chaîne d’évangélisation, opérée dirigée par des convertis de longue date. Le candidat appelle pour faire valoir son opinion sur le sujet de l’émission, il (ou elle) fait part de son rejet de l’islam et de sa rencontre avec le Christ. Mais le pas décisif n’est pas encore franchi, l’animateur lui pose alors la question de savoir s’il se sent prêt ou s’il préfère se donner du temps, et c’est à cet instant que, dans la majorité des cas, le candidat décide d’aller de l’avant. L’animateur lui demande s’il veut réciter avec lui une prière dans laquelle il accepte le Christ comme Seigneur et Sauveur, le candidat accepte et une courte prière est récitée, non sans une profonde émotion, perceptible au timbre de la voix. Dans tous les cas, un suivi est assuré, soit par l’animateur lui-même, soit parou un membre de son équipe. Ce suivi a pour but de soutenir le nouveau converti et de le guider dans ses démarches en vue du baptême.

Plusieurs émissions sont consacrées au témoignage direct d’anciens musulmans convertis au christianisme. Le dernier en date concerne un Égypto-américain, ancien officier des forces spéciales égyptiennes, qui a émigré aux États-Unis dans les années soixante-dix. Homme d’affaires, il a trempé dans le djihadisme, est allé guerroyer en Afghanistan du temps de Reagan et a bien connu le Sheikh Omar Abd el Rahman (le Sheikh aveugle), responsable du premier attentat du World Trade Center de New York. Témoin à charge contre son gré, il a dû abandonner son commerce et, avec l’aide du FBI, a dû changer d’identité et constamment de lieu de résidence pour ne pas s’exposer à la vengeance des islamistes. Sans le sou et exténué, il s’est réfugié un jour dans une église, il y a fait la rencontre du Christ à travers des fidèles qui l’ont accueilli, soutenu et encouragé. Il décrit sa conversion comme une profonde transformation intérieure : « Je ne suis plus le même homme ! »

Ce type d’émission, en direct ou en différé, rejoint des millions de musulmans arabophones à travers le monde. Ils y trouvent tout d’abord des informations précises et objectives sur l’islam (coran, sunna, hadiths, charia, histoire, etc.). Elles leur sont données par des ex-musulmans très bien documentés, avec références à l’appui, et sans le moindre esprit polémique. Mais ils y trouvent aussi des informations sur le christianisme, qui leur permettent de se défaire des idées fausses et tendancieuses qui leur ont été inculqués. Deux thèmes sont particulièrement mis en lumière : l’amour de Dieu et le salut par Jésus-Christ. Ces deux éléments sont cruciaux pour les musulmans, dans la mesure où Allah leur inspire une crainte servile et où leur salut est incertain. Pour rappel, le salut dans l’islam est le produit d’une comptabilité tatillonne, qui jette dans la balance les actes bons et mauvais du croyant. Cette comptabilité est tenue par deux anges qui, au terme de la vie, dressent un bilan final, lequel déterminera le sort post-mortem du croyant. Or Mahomet lui-même a déclaré ne pas être certain de son propre salut ;, on devine alors l’angoisse que vivent les musulmans, d’autant plus que les tourments de l’enfer, tels qu’ils sont décrits dans le coran, sont particulièrement horribles, pour ne pas dire sortis d’un esprit sadique.

La dimension affective tient par conséquent une place centrale dans la conversion du musulman. L’amour de Dieu, la rédemption, le pardon des péchés, le libèrent de cette angoisse morbide qui le contraignait à une pratique obsessionnelle des fameux cinq piliers de l’islam. Les troubles obsessionnels sont d’ailleurs très fréquents chez les musulmans, surtout en ce qui a trait aux ablutions qui précèdent la prière.

Un autre point important réside dans le fait que le « suprématisme » islamique (« Vous êtes la meilleure communauté suscitée parmi les hommes ; vous ordonnez le bien et interdisez ce qui est défendu » (Coran, S. 3, V. 110) joue un rôle compensatoire. Le musulman, quoiqu’incertain quant à son salut, trouve néanmoins une compensation dans le fait que « les non-musulmans iront tous en enfer »  (Coran, Ss. 76, V.v 4). Lui au moins a une chance ; la foi dans l’islam lui accorde donc la supériorité dans ce monde et dans l’autre. Or nous assistons depuis plus de trente ans à une montée progressive du « suprématisme » islamique, lequel s’exprime par le djihadisme et les horreurs qui en ont résulté. « Suprématisme » est donc devenu synonyme d’extrémisme et d’effusions de sang. Le « suprématisme » accordé par Allah est la voie grande ouverte au crime, un nombre substantiel de musulmans se laisse prendre, mais un nombre encore plus important le rejette, d’autant plus que les factions rivales, qui s’entretuent sans état d’âme, sont toutes convaincues de représenter le meilleur de la « meilleure communauté suscitée parmi les hommes ». Cette certitude qui habite le musulman se trouve par conséquent ébranlée, le témoignage le plus probant de la foi islamique est le fait de musulmans qui tuent et sont tués systématiquement. On peut donc affirmer que le phénomène d’abandon de l’islam et de conversion au christianisme est en partie dû à la perte d’illusions quant à la supériorité morale de l’islam.

L’islam semble avoir atteint et dépassé le point de non-retour. Les réformateurs de l’islam déploient des efforts désespérés pour redresser la situation, mais ils se battent avec les deux mains liées derrière le dos, du fait qu’ils ne peuvent toucher ni au coran ni à la sunna de Mahomet. En fait, ils ne font que cracher pour éteindre le brasier ! L’islam est pris dans une spirale de mort, sa quête d’authenticité l’amène à s’enfoncer progressivement dans l’horreur et la folie : plus il se montre authentique et plus il perd des adeptes.

Il y a de fortes chances que les nouveaux chrétiens issus de l’islam sortent un jour de l’ombre pour régénérer la foi chrétienne, non seulement au Moyen-Orient, mais un peu partout. Église sans institution ecclésiale, ils obligeront les Églises- institutions à faire leur examen de conscience et à se remettre en question. Et qui sait, peut-être donneront-ils un sens nouveau à cette parole de Jésus : « L’heure vient – et c’est maintenant – où les véritables adorateurs adoreront le Père dans l’esprit et la vérité » (Jn 4, 23).

Un Égyptien chrétien

Présentation de l’auteur : Anonyme

L’auteur est un égyptien chrétien vivant au Canada. Témoin de longue date des bouleversements qui remuent de fond en comble son pays d’origine et toute la région du Moyen-Orient, il tente, en se basant sur ses observations, de regarder au-delà de l’actualité pour mieux saisir les courants qui façonneront l’avenir.

Cet article a été orginellement publié dans le numéro 143 de notre revue Sedes Sapientiæ.

 

Source Chéméré.org

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De l’hospice à l’euthanasie – Une tribune prémonitoire de Gustave Thibon

C’était à l’époque déjà lointaine où  « La Libre Belgique » confiait une chronique du journal au  philosophe Gustave Thibon. Extrait de « La vieillesse encombrante » : une réflexion prémonitoire parue dans l’édition du 9 novembre 1973. Mais  « où sont les neiges d’antan ? », comme dirait le poète…

«  Cette personne (une jeune interne des hôpitaux) travaille dans un service de cardiologie où elle a observé une étrange et inexplicable recrudescence des cas d’hospitalisation pendant la période des vacances. Les examens faits, très peu de cas lui ont paru justifier une telle mesure. Mais elle n’a pas tardé à découvrir le pot-aux roses en constatant qu’il s’agissait surtout de vieilles gens, présentant évidemment de vagues déficiences cardiaques, chose habituelle à leur âge, et dont les enfants avides de partir en vacances et ne pouvant les emmener avec eux au hasard des routes et des campements, s’empressaient de s’en débarrasser, avec la demi-complicité du médecin traitant, en les envoyant en observation à l’hôpital […]. Ce qui nous conduit à méditer une fois de plus sur le sort amer de tant de vieillards dans la société contemporaine.

Deux facteurs caractéristiques de notre époque contribuent à les isoler : l’oubli du passé et la dépréciation de la vie.

L’oubli du passé. On perd la reconnaissance à leur égard, parce que, au sens littéral du mot, on ne les reconnaît plus. Ils appartiennent à un temps révolu qui n’a laissé presqu’aucune trace dans les mémoires […].

La dévaluation de la vie. Combien de fois n’avons-nous pas entendu proférer cette atroce banalité : je n’ai jamais demandé à naître ? A quoi j’ai toujours envie de répondre : «  Qu’attendez-vous donc pour mourir ? Votre suicide réparerait l’erreur initiale commise par vos parents ». Plaisanterie qui serait d’ailleurs fort peu goûtée  car ce sont en général ceux qui n’ont pas demandé à naître qui sont les plus acharnés à « vivre leur vie », dans le sens d’une satisfaction immédiate  de leurs appétits les plus égoïstes. En quoi ils ne se contredisent pas : la vie individuelle émergeant à peine du néant  -et ce néant est très lourd à porter- quand elle n’est pas animée et transfigurée par l’amour de la vie des autres. Mais on conçoit que, dans un tel climat de misère intérieure, on répugne à la gratitude et au dévouement envers ceux dont on a reçu ce triste cadeau […].

Nietzche voyait dans le sens de l’honneur et dans la reconnaissance les deux vertus nobles par excellence : celles par quoi l’homme prend assez de distance avec lui-même pour résister au pouvoir dissolvant du temps. La première en engageant l’avenir (l’homme d’honneur et celui qui tient ses promesses quels que soient les changements extérieurs ou intérieurs survenus entretemps), la seconde en liant l’homme au passé, en inspirant la fidélité aux êtres dont on a reçu jadis des bienfaits, mais dont on n’a plus rien à attendre dans le présent et le futur. Aussi n’est-ce pas par hasard que le sentiment de l’honneur et le respect des aïeux ont toujours coexisté dans toutes les civilisations dignes de ce nom.

On nous vante chaque jour les progrès de la gérontologie –science de la vieillesse- dont le but est de prolonger la durée de la vie humaine. Mais quel sens peuvent avoir ces progrès s’ils ne s’accompagnent pas d’une renaissance de la gérontophilie : l’amour des vieillards ? A quoi bon prolonger la présence absente de ces êtres désaccordés dont personne n’entoure la solitude aussi longtemps qu’ils traînent leur fantôme d’existence, et que personne ne pleurera à l’heure de leur mort ? »

 

Source Belgicatho

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Immigration et charité chrétienne en accueillir moins pour les accueillir mieux

En janvier 2011, l’observatoire sociopolitique du diocèse de Fréjus-Toulon organisait un journée d’étude intitulée Immigration et charité chrétienne.

Au cours de cette journée, le frère Romaric Morin a exposé la doctrine de l’Eglise sur la question de l’immigration. Cyril Brun pour sa part a brossé un tableau de la situation à l’époque. C’est au professeur Jacques Bichot qu’est revenu de prendre la question à bras le corps.

L’économiste catholique, expert en doctrine sociale de l’Eglise a ainsi argumenté son exposé : en accueillir moins pour les accueillir mieux.

Tribunes et entretiens

La détérioration des relations Eglise-Etat réside dans la dégradation de la liberté religieuse – Guillaume de Thieulloy

“Lundi 9 avril, Emmanuel Macron était reçu au Collège des Bernardins, par les évêques de France. Un certain nombre de catholiques ont protesté contre cette invitation, manifestement pensée sur le modèle des dîners du CRIF. Pour ma part, cette invitation me semblait plutôt logique et bienvenue : aussi important qu’ait été le catholicisme dans la construction de la France, il est bien évident que le nombre de politiques, d’intellectuels et de journalistes qui connaissent encore en profondeur la pensée catholique s’amenuise à vue d’œil. Dès lors, ce genre de réunions s’ impose pour tenter de faire comprendre les préoccupations des catholiques aux hommes politiques.

En sens inverse, plusieurs hommes politiques de gauche ont considéré qu’Emmanuel Macron avait violé la sacro-sainte laïcité, particulièrement en déclarant : « Nous partageons confu- sément le sentiment que le lien entre l’Église et l’État s’est abî- mé et qu’ il nous importe, à vous comme à moi, de le réparer. » Cependant, là aussi, je ne vois rien que de très logique : il saute aux yeux, effectivement, que les relations entre l’Église et l’État ne sont pas bonnes.

Mais personne, ni les évêques, ni le président, n’a semblé intéressé par les causes de cette détérioration des relations Église-État. Pire, le président, malgré son opération de séduction, fort bien menée, a tout à fait pour aggraver la situation.

La cause profonde de cette détérioration réside dans la dégradation de la liberté religieuse. Et cette dégradation vient de deux sources principales.

La principale, c’est qu’une conception délétère de la loi, purement positiviste, s’impose de plus en plus – et le discours de M. Macron pousse dans cette direction. Cette conception a été admirablement résumée par l’ancien sénateur socialiste (et co-fondateur du très marxiste Syndicat de la Magistrature) Jean-Pierre Michel : « La loi, c’est l’expression d’un rapport de force à un moment donné. Point final. » A ce compte, on voit mal sur quelle base contester les lois raciales du IIIe Reich, votées dans les formes par un parlement régulièrement élu, et exprimant clairement un « rapport de force à un moment donné ». Même si la plupart des catholiques eux-mêmes ne s’en aperçoivent pas clairement, c’est là qu’il faut chercher les raisons de l’opposition des catholiques aux lois « sociétales ».

Et, là-dessus, Emmanuel Macron exigeant – sans qu’aucun évêquene songe à protester ! – que toutes les lois de la république soient respectées par-dessus tout, sans aucun compromis (« loi d’airain », ajoute-t-il), ne peut pas ignorer que sa revendication est exactement une revendication totalitaire. Les lois de la république ne peuvent s’appliquer que dans les limites de la loi naturelle, qui s’impose à toutes les lois positives. L’ ignorer, ou pire le nier ,comme vient de le faire Emmanuel Macron, est évidemment exiger des catholiques qu’ ils choisissent entre leur foi et la république.

L’autre source de la dégradation de la liberté religieuse en France est la question de l’islam. C’est, en effet, parce que l’islam s’installe en France que l’on rogne nos libertés (religieuse, de circulation, scolaire, d’expression …). Or, il est significatif qu’Emmanuel Macron n’ait parlé d’islam que pour vanter le dialogue interreligieux. Comme s’il méprisait délibérément le fait que l’islam n’est pas une religion comme le christianisme, mais bien davantage une doctrine politique totalitaire. Tant que le président ignorera notre légitime attachement à la loi naturelle et les spécificités de l’islam, toutes ses opérations de séduction seront vaines.”

 

Source

Brèves

Photo du jour – La logique pro-euthanasie

Tribunes et entretiens

Emmanuel Macron aux Bernardins : il veut les catholiques, mais surtout pas leurs convictions – Pierre de Laubier

Le discours de M. Macron aux Bernardins contenait un appel aux catholiques à s’engager en politique. Bizarre, pour quelqu’un qui a fait partie d’un gouvernement qui a eu à subir une fronde dont les catholiques formaient les gros bataillons. M. Macron ne voit-il donc pas que les catholiques sont déjà entrés en politique, contre la dénaturation de la famille et l’instrumentalisation de la vie humaine, pour la liberté d’instruction et d’éducation ?

N’aurait-il pas mieux fait d’appeler à « rendre à César ce qui appartient à César » et de renvoyer la religion à la « sphère privée » ?

En fait, l’enjeu est de se concilier les catholiques, tout en neutralisant les convictions et les valeurs qui font leur force. Tout comme, de génération en génération, les meneurs des manifestations étudiantes se transforment en députés et sénateurs.

C’est un piège dans lequel le groupe Sens commun est tombé. Car la capacité de digestion du système est énorme, et il n’existe aucun parti politique dont le programme ne contrevienne pas à la foi. Pour survivre, il n’y a que deux solutions : l’apostasie, à la manière de M. Le Maire, ou le rôle de simple caution, à la manière de Mme Boutin.

Le titre du livre de M. de Villiers, Le moment est venu de dire ce que j’ai vu, met en lumière le fait qu’un homme politique ne peut exprimer ses vraies convictions qu’une fois qu’il n’a plus rien à perdre, autrement dit, une fois qu’il a pris sa retraite. M. de Villiers appelle aujourd’hui à la dissidence, et il a raison. Soljenitsyne, du fond de son exil, a été plus utile à sa patrie que s’il avait prétendu « changer les choses de l’intérieur ».

Ce que M. Macron appelle « entrer en politique », c’est, en fait, en sortir.
Une fois embrigadé dans un parti, il faut donner des gages pour survivre, taire ses convictions pour assurer sa réélection. Ainsi, les exigences de l’Évangile se trouvent ravalées au rang d’intimes convictions qui donnent une touche d’humanité et de respectabilité, peut-être, mais qu’il faut avoir le bon goût – et la prudence – de ne point exprimer, sauf en baissant les yeux.

La politique est, dit-on, l’art du possible et du compromis. Mais les chrétiens doivent savoir dire « non possumus ».

Ils ne peuvent pas adhérer sans réserve à un pouvoir qui, substituant la volonté générale au bien commun, s’arroge le droit de définir le bien et le mal, légifère sur la famille et sur le droit même de vivre ; qui a cessé de « rendre à Dieu ce qui est à Dieu », fût-ce au nom de la démocratie ou d’une majorité. Pour ne pas se renier, ils doivent se détourner de la culture du pouvoir pour entrer dans celle du contre-pouvoir.

 

Source Boulevard Voltaire

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Vidéo de Vincent Lambert – Pour ceux qui en doutent il est vivant et sans machine !