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Edito #117 : Un carême avec les Pères de l’Eglise

Depuis quelques années, ceux que l’on appelle « Pères de l’Eglise » connaissent une nouvelle vague d’intérêt. Ces hommes (et quelques femmes) ont scruté, les premiers, les Ecritures, se sont exprimés sur la foi. Certains étaient évêques, d’autres moines, d’autres encore simples voyageurs laïcs. Ils sont « pères » non parce qu’ils ont engendré l’Eglise qui est le Christ, ni parce qu’ils en ont posé certaines bases comme saint Paul, mais parce qu’en ces temps qui furent les premiers, ils ont posé les bases de la contemplation du mystère chrétien. Dans un style qui leur est propre et qui n’est pas sans nuance de l’un à l’autre, avec les mots et expressions de leur époque, pour un public qui était leurs contemporains et dans l’idée d’un usage immédiat, pastoral ou théologique, ils ont livré leur contemplation de la Bible. Comme pasteurs, par des lettres ou des sermons, comme théologiens, dans des traités ou à l’occasion des débats conciliaires, comme hagiographes dans les controverses avec les païens ou les hérétiques, dans un contexte historique de persécutions ou au contraire comme religion installée, ils ont parlé du Christ, de l’Eglise, de Dieu, des fins dernières, de morale ou encore de discipline. De leurs vivants ou peu après leur mort, leurs écrits ont fait très vite le tour du monde romain, irrigant d’un même sang la chrétienté naissante. Façonné sur plusieurs siècles, le gros des écrits patristiques se concentre entre le second et le cinquième siècle de notre ère. Tous les pères ne sont pas saints, loin s’en faut. Certains ont même pu dévier par endroits ou par moments. Tertullien finit sa vie dans le montanisme, mais il fut l’un des principaux inspirateurs, après la Bible, du pape d’Afrique, saint Cyprien. Origène, a lui aussi connu diverses condamnations. Tous ne sont pas docteurs de l’Eglise. Toutefois, tous ces pères sont reconnus pour avoir apporté une pierre à l’élaboration de la pensée chrétienne.

Ce qui les caractérise peut-être le plus, c’est cette fraîcheur et cette entièreté, parfois radicale des premiers temps. Leur pensée à le mérite de la clarté dans une langue souvent belle et pétillante, loin du langage abscond des théologiens et philosophes qui les ont suivis. Parce que non embarrassés de l’historico-critique, ils partent de l’Ecriture, dans laquelle, comme le dit saint Augustin, « il n’y a pas de bois mort ». Cette foi en la Parole divine, fait des Ecritures, une source de méditation pure et fraîche, parfois, selon les pères, passée au crible de leur culture gréco-romaine.

Après avoir médité le carême 2017 avec les papes, celui de 2018 avec le Père Zanoti, nous avons choisi d’approfondir le carême avec les Pères de l’Eglise, grâce aux textes sélectionnés par des spécialistes, universitaires que nous remercions chaleureusement.

Nous vous souhaitons une bonne et fraîche médiation quadragésimale.

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Edito #116 : La joue gauche… point trop n’en faut !

C’est un sport reconnu chez les médias que de taper sur les catholiques. C’est facile, ça ne mange pas de pain et ça donne bonne conscience au milieu. Il ne s’agit pas de tirer à boulet rouge sur les autres religions. L’Islam, trop dangereux, a montré à plusieurs reprises qu’il ne se laisserait pas faire. Les juifs, à la moindre incartade, sortent l’épouvantail antisémite qui n’est autre qu’une forme d’autocensure de la doxa médiatique. Les protestants dérangent d’autant moins que certaines Eglises se coulent dans le lit du bien-pensant actuel. Trop les asticoter serait probablement contre-productif pour l’intelligentsia en place. Mais les cathos… non seulement c’est l’homme à abattre, mais en plus, ils tendent la joue gauche, courbent l’échine et paraissent se complaire dans le misérabilisme d’un faux martyre.

A un protestant à bout d’arguments qui lui disait « Monseigneur si je vous frappe que faites-vous ? » saint François de Sales répondit « l’Evangile me demande de tendre la joue gauche, mais je vous déconseille d’essayer ». Si nous prenons des coups mérités, il est normal de plier l’échine humblement. Mais refuser l’injustice est un devoir de vérité qui est une œuvre de charité. Il serait donc temps que les catholiques cessent faire le dos rond quand la presse nous matraque injustement. Pédophilie, mœurs douteuses, non dénonciations, homophobie, anti IVG, et à présent la salve sans précédents de profanations.

Il ne s’agit là que de quelques exemples parmi des myriades d’autres, quotidiens, qui sont autant de brimades, de vexations, de mensonges que les catholiques subissent sans rien dire.
Misérabilisme ou lâcheté ? Sans doute les deux, autant qu’abrutissement dérouté. La violence et la force de ces attaques répétées nous déboussolent. Il est temps me semble-t-il de redresser la tête et de faire front. Il ne s’agit bien entendu pas de rendre œil pour œil et dent pour dent, mais de revendiquer nos droits à la justice et à la vérité. La joue gauche elle a bon dos et elle rend bien service aux malfrats d’en face qui ne s’embarrassent guère de scrupules. Une diffamation, c’est un procès. Une désinformation, c’est un droit de réponse. Une profanation c’est une dénonciation. La vérité est une exigence de justice !

Plusieurs associations ont pour objet ce combat de justice. Depuis quelques semaines nous en soutenons une, en prise avec l’actualité. Spero par sa lettre au ministre des cultes veut rappeler aux catholiques eux-mêmes que parfois il est bon de taper du point sur la table. Parce que la joue gauche n’est pas toujours la seule option, ni la meilleure.

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Edito #114 : Sodoma – Est-ce vraiment un scoop ?

Sodoma, le livre scandale, le livre événement, le livre qui dérange, le livre de la honte, le livre du malaise… Moui ! Gorge chaude des médias, choux gras de quelques Unes en mal de sensation, mais est-ce vraiment un scoop ? Cela fait des années que des scandales sexuels et financiers fuitent de la cité du Vatican. Cela fait des siècles que les murs épais cachent de sordides affaires. On le sait. Nous l’avons toujours su. Il suffit de se promener le soir, non loin de la porte Sainte-Anne, pour croiser un trafic fort peu ragoutant. La véritable question n’est pas tant le scandale du mal qui gangrène la cité pontificale que l’impunité, le silence, l’incapacité à éradiquer une telle pourriture. Pourriture du sordide sexuel, mais aussi du goût du luxe et du pouvoir. Le pape François devait réformer la Curie. Dans le silence nous nous acheminons vers un échec. Mais sa réforme concernait le fonctionnement de la Curie, pas la vie publique ou privée des membres de l’administration pontificale. C’est là un tout autre enjeu, sur lequel un voile pudique n’a cessé d’être jeté. La véritable question est donc pourquoi ? Pourquoi le Vatican est-il devenu un temple du péché, de la luxure et du vice sans que personne ne semble s’en émouvoir ? La peur du scandale, les rivalités clientélistes, les opportunités de carrière ont sans doute facilité la loi du silence, mais au point de devenir structurel, comment cela a-t-il pu être possible ?

A cette question qui laisse pantois, il faut apporter un point de réponse qui n’en est pas une, ni une excuse. Le Vatican c’est petit. La Curie c’est une poignée de personnes par dicastère pour traiter la vie catholique du monde entier. Rongés par le vice ou non, il faut reconnaître que tous les membres de la Curie, du simple prêtre ou religieuse au cardinal, tous travaillent avec acharnement à remplir au mieux leur fonction. Ils ont une conscience aiguë de leur tâche, parfois à l’excès, considérant qu’ils sont la Curie, que le Vatican c’est eux, d’où les excès que les papes peinent à réformer.

Ce contraste est encore plus saisissant. Comment peut-on avoir une telle conscience d’être serviteur de l’Eglise et le faire avec passion, tout en menant une vie tellement contraire à l’appel de cette même Eglise ? Finalement ce n’est jamais que la question qui nous est posée à nous-mêmes, catholiques pratiquants, engagés à des degrés divers pour l’Eglise et le Christ et tellement pécheurs. Peut-être est-ce aussi pour cela qu’il est si délicat de jeter la première pierre dans cette mare boueuse avec laquelle nous frayons parfois sous une forme ou sous une autre.  Mais la peur du scandale, dans un monde anticlérical a probablement été le plus sûr verrou de la monumentale porte Sainte-Anne. Tout comme il l’est encore dans certaines curies diocésaines en France ou ailleurs. Pourtant, la vérité rend libre. Mais la vérité suppose de croire en la miséricorde de Dieu plus que dans le regard des hommes. Le courage de la vérité suppose l’espérance en la victoire de l’Eglise au-delà, malgré et peut-être même par ses vices et les pécheurs qui la constituent.

 

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Revue de presse internationale catholique du 25 janvier

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Revue de presse internationale catholique du 19 janvier

Comme chaque semaine retrouvez nos meilleurs articles en une revue de presse internationale du monde catholique :

 

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Brèves #Doctrine / Formation

Le bien commun et le service de la cité I : la situation politique contemporaine – 7 octobre 2018

Le philosophe Guilhem Golfin vient de donner deux conférences sur le bien commun dans le cadre du Collège Saint-Germain.

Voici la première :

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Revue de presse internationale catholique du 5 janvier

Cinq moines agressés dans un monastère à Vienne, en Autriche

231 actes de christianophobie commis en France de janvier à septembre…

Deux prêtres enlevés la nuit de Noël au Nigéria

LAOS – Arrestation de sept chrétiens au cours d’une liturgie de Noël

Une nouvelle province ecclésiastique en Tanzanie

Nicaragua : annulation d’une procession pour la paix

 

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Edito #105 – Partagez l’info catho

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Edito #104 – Éviter l’activisme romantique et insurrectionnel

Depuis quelques jours, il faut bien reconnaître que quelque chose a changé dans ce pays. Des manifestations violentes, des colères de plus en plus vives, des mises en cause de plus en plus radicales… On entend tout et on prône tout. Mais la situation est telle que même les acteurs ou les intéressés n’y comprennent pas grand-chose. Ils se mettent juste dans le moule.

Pour certains, c’est le grand soir. Pour d’autres, la revanche face à 2013, la possibilité, plus ou moins romantique, de secouer les institutions, etc. Mais pour quel résultat ? Le mouvement est aussi éruptif qu’incohérent. Par la force des choses, les langues qui se délient et le jeu des mimétismes grégaires, il en finit par devenir hétéroclite. Avec comme risque d’être récupéré par des gens qui sont aux antipodes des « petites gens ». Et peut-être avec comme résultat prévisible d’effrayer la « France confortable ». On se demande par quel miracle une révolte aboutirait à mettre « l’imagination au pouvoir ».

Ne soyons pas dupes : en France, depuis 1789, les révolutions ont toujours vu la « bourgeoisie » prendre ou garder le pouvoir, même quand des barricades ont été érigées. Les étudiants de mai 1968 n’ont fait que recréer un système d’« entre soi ». En admettant l’hypothèse la plus folle, la prise du pouvoir par les – ou des – gilets aboutirait à recréer un système oligarchique avec des gilets jaunes « d’en haut » et des « gilets jaunes » d’en bas. On ne peut qu’être sûr d’une chose : les professionnels de la récupération resteront d’authentiques apparatchiks qui n’auront pas envie de se mêler au petit peuple. La rhétorique de la « base » est aussi délétère que la suffisance expertocratique du « sommet ». La démocratie participative se transformerait alors en une nouvelle république des soviets, où des minorités feraient la loi…

Au fond, c’est un peu plus grave que des histoires de taxes augmentées ou de notre arsenal législatif contradictoire et pesant forgé par une technocratie sans âme et sans visage. C’est plus que cela. La désorganisation du mouvement et les colères éruptives révèlent aussi qu’en France beaucoup d’espaces collectifs ont été tués. Le Français est seul. Il n’a plus de partis, de syndicats ou même de paroisses. Son lien avec la chose publique se limite à sa télé, à son smartphone ou… à sa colère exprimée dans la rue. On lui a offert des solutions mirobolantes, sans attaches réelles au pays, qui épousent tout à fait la manière dont le pouvoir est exercé depuis 40 ans. Sauf qu’en 2018, cela n’a pas marché. Et c’est cela la grande différence avec tout ce qui a été tenté avant. Le choix de la rue démontre aussi toute cette crise des espaces publics.

Pourtant, le coup de balai rêvé n’aboutira au mieux qu’à mettre encore plus de confusion ou d’incohérence. L’inconscience de certains responsables publics, qui se glissent démagogiquement dans le mouvement des gilets jaunes, pourrait n’être aussi qu’une peur bourgeoise, soucieuse de conserver sous prétexte de changer. Si la situation n’avait pas été aussi dramatique, le carnaval des solutions hétéroclites et contradictoires aurait été risible. On se réjouira de l’adoption de certaines mesures dictées par l’urgence, même si on s’étonnera qu’elles n’aient pas été suggérées auparavant. Au fond, les gilets jaunes ne parlent pas. Ils sont « parlés » par les journalistes, qui, au moyen de leur question, aiguillent leurs revendications. Cela se transforme en « séquences-témoignages », où l’on se livre de manière intime, sans que l’on sache ce qui est clairement revendiqué, sauf ce ras-le-bol.

Mais le caractère éruptif du mouvement révèle justement cette France si peu écoutée parce qu’au fond, elle n’a rien pour se faire entendre. Sauf sa colère et sa mobilisation. Ce qui est un peu inédit, même si l’histoire de notre pays offre des précédents. Le problème n’est pas là. Il est plus profond. Nous payons toutes les déconstructions morales, spirituelles ou intellectuelles engagées depuis des décennies. Le « haut » s’est déraciné, se réfugiant dans le carriérisme et l’opportunisme, mais le « bas » s’est retrouvé isolé et noyé dans le consumérisme de masse. À cela-près qu’il ne peut plus consommer… En revanche, le relativisme a été bien enraciné, partagé dans toutes les couches de la société. Comment des technocrates, quelques semaines avant, nous promettaient de débattre de la « PMA pour toutes », alors qu’elle ne semble pas une revendication de la France d’en bas ou des gilets jaunes ? On peut s’interroger sur cette déconnexion, qui surplombe cet effondrement des rapports humains et sociaux.

Il faut enfin s’interroger sur cette « violence » du quotidien, qui touche même les professions et les administrations. Des gens qui s’ignorent et ne se parlent pas, des Français qui croient qu’il faut mieux écraser son voisin pour toucher le « pactole », des regards méprisants ou indifférents, etc. Ce procès de l’individualisme est trop fort, mais les témoins que l’on pourrait convoquer à la barre pourraient être nombreux. Trop nombreux. On reconnaîtra aux gilets jaunes d’avoir un peu rappelé cette sociabilité qui n’a pas abandonné les couches populaires.

Nous n’avons pas à nous enfermer dans une alternative entre la « base » et le « haut », qui se nourrissent toutes les deux de leur ignorance mutuelle. Nos ennemis sont un peu plus puissants, et ne se limitent pas à des hommes, à des mouvements ou même à des idéologies. Notre combat de chrétien n’est jamais ponctuel ou circonstanciel. Il est de tous les jours et de tous les instants. Comment ne pas méditer sur ce qu’écrivait Saint Paul : « nous n’avons pas à lutter contre des adversaires de chair et de sang, mais contre les princes, contre les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits du mal répandus dans l’air. C’est pourquoi prenez l’armure de Dieu, afin de pouvoir résister au jour mauvais, et après avoir tout surmonté, rester debout. »

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A la une #Culture #Doctrine / Formation #NLQ

La crèche des Pères de l’Eglise

Regarder la crèche

 

« Arrêtons-nous pour regarder la crèche », Pape François le 29 décembre 2017 et déjà le 14 : « Je vous invite, devant la crèche, à vous laisser toucher par Dieu qui pour nous s’est fait enfant ».

Qu’en disent les auteurs des premiers siècles, alors qu’il n’y avait pas de crèches matérialisées devant lesquelles se recueillir. C’est à la contemplation spirituelle de la crèche qu’ils convient, dévoilant le sens symbolique des mentions concrètes fournies par Luc et Matthieu : Bethléem, l’hôtellerie où il n’y a pas de place, l’étable où se trouve la mangeoire – mais il est aussi question d’une grotte –l’âne et le bœuf, le chœur des anges et les bergers, Marie et Joseph entourant l’enfant enveloppé de langes …

Bethléem est le lieu où doit naître le Messie comme le disent les mages à Hérode, citant le prophète Michée : « Et toi Bethléem, terre de Juda, tu n’es nullement le moindre des clans de Juda ; car de toi sortira un chef qui sera pasteur de mon peuple Israël » (Mt 2, 6). Commentant ce passage, Jérôme souligne qu’il convient de dire Bethléem de Juda et non pas seulement de Judée, simple localisation, parce qu’il faut appliquer à Jésus les promesses faites à Juda : « Juda est une jeune lion … Le sceptre ne s’éloignera pas de Juda … » (Gn 49, 9-10). Jean Chrysostome souligne la valeur providentielle de l’édit qui fait venir Joseph et Marie à Bethléem parce qu’il fallait que le Christ naisse dans la ville de David et soit inscrit dans sa descendance comme le disent Luc (2, 5) et Jean (7, 42).

Chromace donne une autre explication : « Le Seigneur naquit selon la chair.  Il naquit à Bethléem, il ne convenait certainement pas que le Seigneur naquit ailleurs qu’à Bethléem, car Bethléem se traduit par Maison du pain ; ce lieu avait reçu jadis ce nom de manière prophétique, car celui qui naquit d’une vierge à Bethléem était le pain du ciel  ».

Mais Joseph et Marie n’ont pas trouvé de place dans l’hôtellerie. Selon un raisonnement qui, au IVe siècle, unit dans la même réprobation tous ceux qui ne reconnaissent pas la divinité du Christ, Chromace explique : « L’hôtellerie désigne la Synagogue, qui déjà occupée par l’erreur de l’infidélité n’a pas mérité de recevoir le Christ chez elle.[…] Aussi se trouve-t-il couché dans une crèche… ». Jérôme, dans une homélie prononcée à Bethléem où il vivait, insiste sur la pauvreté de Joseph et de Marie, qui les conduit à s’arrêter hors de la ville, dans une auberge sur un chemin à l’écart : « Pas sur la route de la Loi mais sur le chemin de l’Évangile » commente-t-il « mais il n’y avait pas de place à l’auberge car l’incroyance juive avait tout rempli ».

Mais où l’enfant est-il né ?

Vers 160, Justin, le premier, parle d’une grotte : comme Joseph « qui était par sa naissance de la tribu de Juda » était venu à Bethléem et « n’avait pas où se loger dans ce village, il s’installa dans une grotte toute proche du village. Alors, tandis qu’ils étaient là, Marie enfanta le Christ et le déposa dans une mangeoire » (Dialogue avec le juif Tryphon, 78,5).

Luc ne parle pas de grotte ; le texte de Justin est la première attestation d’une tradition ancienne que l’on trouve ensuite dans le Protévangile de Jacques (fin IIe s.). En chemin vers Bethléem, Marie prévient Joseph que son terme est proche. Il ne sait où aller, trouve une grotte, y installe Marie et court chercher une sage-femme qu’il ramène : « une nuée couvrait la grotte ». Ils approchent : « Aussitôt la nuée se retira de la grotte et une grande lumière apparut dans la grotte au point que les yeux ne pouvaient la supporter. Et peu à peu cette lumière se retirait jusqu’à ce qu’apparut un nouveau-né ; et il vint prendre le sein de sa mère Marie. Et la sage-femme poussa un cri et dit : “Qu’il est grand pour moi le jour d’aujourd’hui : j’ai vu cette merveille inédite” ». La nuée lumineuse est le signe de la présence divine mais l’enfant prend le sein de sa mère, signe de son humanité ; les modalités de la naissance sont tues. Or une femme qui ne veut pas croire qu’une vierge ait enfanté, se précipite pour vérifier la virginité de Marie post partum ; elle pousse un cri : « Malheur à mon iniquité et à mon incrédulité parce que j’ai tenté le Dieu vivant ! Et voici que ma main dévorée par le feu se retranche de moi ». Elle est finalement pardonnée et, prenant l’enfant dans ses bras, dit : « Je l’adorerai, car c’est lui qui est né roi pour Israël ». Du temps d’Origène (début IIIe s.), on montrait la grotte de la Nativité de Jésus aux alentours de Bethléem et non dans le village, qui s’est déplacé par la suite autour de la grotte

Pour Jérôme, « ce n’est pas au milieu de l’or et des richesses qu’il naît : il naît sur le fumier, c’est-à-dire dans une étable – dans toute étable en effet il y a du fumier – là où se trouvait les souillures de nos péchés. Il naît sur le fumier pour relever du fumier ceux qui s’y trouvent : ‘ du fumier relevant le pauvre ’ (Ps 112, 7). Il naît sur le fumier où Job aussi était assis avant de recevoir la couronne. » Et Jérôme de regretter : « Nous maintenant pour faire honneur au Christ, nous avons enlevé cette crèche fangeuse pour en mettre une d’argent, mais celle qu’on a enlevée avait pour moi plus de prix ». Il fait allusion ici à la basilique que fit construire Hélène à la « grotte de la Nativité » lors de son voyage pèlerinage en 327 : « La très pieuse impératrice commémora par d’admirables monuments la maternité de la Mère de Dieu (Théotokos), honorant de mille manières cette sainte grotte » comme l’explique Eusèbe de Césarée (Vie de Constantin, III, 43, 1-4). Hélène fit également construire une basilique « en mémoire de la montée vers les cieux du Sauveur de l’univers sur le mont des Oliviers », à l’emplacement d’une grotte où il « initia ses disciples aux mystères indicibles ». Splendides sanctuaires que fit construire la pieuse impératrice « à l’emplacement des deux grottes mystiques » que les pèlerins visitaient du temps de Jérôme.

Tel est le mystère de la naissance de l’enfant-dieu : dans une étable symbole de la rédemption des pécheurs qu’il allait retirer de ce lieu fangeux ; dans une grotte, lieu de naissance miraculeuse, qui préfigure le tombeau taillé dans le roc où il sera déposé et dont il se relèvera vivant ; dans une grotte figure du lieu d’initiation des disciples qu’il quittera pour s’élever vers son Père.

 

 Françoise Thelamon, professeur d’histoire de l’Antiquité

Photo la Vallée de Crémisan-Bethléem

article publiée en janvier 2018