Doctrine / Formation #Philosophie

Bertrand Vergely, point de vue du philosophe sur l’euthanasie

L’euthanasie signifie la douce mort. Cette douce mort désigne le fait, pour un médecin, d’abréger les souffrances d’un malade incurable en lui donnant la mort. Beaucoup de personnes voient dans l’euthanasie un moyen de soulager la souffrance de certaines fins de vie. Avant de leur donner raison, il importe de voir ce qu’il y a derrière et ce qui risque d’advenir après si celle-ci est légalisée.

I. LA VIOLENCE

En premier lieu, il importe de rappeler que l’euthanasie ne consiste pas dans le fait simple d’abréger les souffrances d’un malade, mais dans le fait complexe de donner la mort pour abréger les souffrances d’un malade. La nuance est importante. Dans un cas, on a affaire à un geste humanitaire. Dans un autre cas, on est en face d’une violence inouïe. Tant il est vrai qu’il est désastreux de devoir tuer quelqu’un pour abréger ses souffrances.

Le passé témoigne de ce désastre. C’est sur les champs de bataille, quand on ne pouvait pas faire autrement, que l’on achevait les blessés. Par ailleurs, c’est le nazisme qui a formulé le projet d’euthanasier les vieux et les déficients mentaux, ceux-ci étant jugés inutiles et trop coûteux pour la société. La débâcle des champs de bataille. Le nazisme. La mémoire de l’euthanasie est chargée. Si  la mémoire est lourde, le présent l’est tout autant. Le meurtre est interdit par la loi. La peine de mort a été abolie. Qu’on le veuille ou non, avec l’euthanasie, on a affaire au retour de l’un et de l’autre.

La débâcle des champs de bataille. Le nazisme. La mémoire de l’euthanasie est chargée. Si  la mémoire est lourde, le présent l’est tout autant. Le meurtre est interdit par la loi. La peine de mort a été abolie.

II. LA PRECIPITATION

S’agissant du malade, il semble qu’il y ait une confusion. Une chose est de désirer ne pas souffrir, une autre de mourir. Ce n’est pas parce que l’on désire ne pas souffrir que l’on désire mourir. Attention donc de ne pas prendre le désir de ne pas souffrir pour un désir de mort ! Attention au fait de donner la mort sous prétexte d’éviter la souffrance ! Attention au fait de faire croire qu’avec la mort, les souffrances vont cesser ! Quand on fait de la mort la médecine suprême, on se précipite et l’on attise les désirs de mort.

Aujourd’hui, la médecine en Occident est devenue très performante. Si performante qu’elle est d’un certain point de vue responsable de la question de l’euthanasie, celle-ci ramenant des personnes à la vie mais dans un triste état ou les faisant vivre artificiellement. La loi Léonetti de 2005 se propose d’autoriser la médecine à cesser les soins et selon l’heureuse expression de Marie de Hennezel de « permettre la mort » au lieu de « donner la mort ». L’expérience montre que cette loi qui est bonne est mal expliquée et mal appliquée. Si on l’appliquait, 95 % des problèmes d’euthanasie seraient résolus. D’où cette question : pourquoi n’applique-t-on pas la loi Léonetti ? Quantité de témoignages montrent que, quand il y a dialogue entre médecin, malade et famille, quand il y a un vrai accompagnement, quand en outre la fin de vie se déroule dans un contexte spirituel, les malades partent paisiblement sans qu’il soit besoin de leur donner la mort.

Autre question : pourquoi ne développe-t-on pas une culture de l’accompagnement aux mourants en s’appuyant sur le dialogue et la spiritualité ? Plutôt que de penser à donner la mort, ne ferait-on pas mieux d’aider la médecine moderne à acquérir le sens de ses propres limites et la société contemporaine à retrouver un rapport à la mort ?

Source Cyrano.net

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Mois de Marie – Redécouvrir l’enseignement de saint Jean-Paul II sur le rosaire

Le pape François invitait ce mercredi à apprendre à prier le chapelet.

Saint Jean-Paul II à l’occasion de l’année du rosaire (2002-2003) donna au monde une magnifique lettre pastorale Rosarium Virginis Mariae.

 

 

« Moi-même, je n’ai négligé aucune occasion pour exhorter à la récitation fréquente du Rosaire. Depuis mes plus jeunes années, cette prière a eu une place importante dans ma vie spirituelle. Mon récent voyage en Pologne me l’a rappelé avec force, et surtout la visite au sanctuaire de Kalwaria. Le Rosaire m’a accompagné dans les temps de joie et dans les temps d’épreuve. Je lui ai confié de nombreuses préoccupations. En lui, j’ai toujours trouvé le réconfort. Il y a vingt-quatre ans, le 29 octobre 1978, deux semaines à peine après mon élection au Siège de Pierre, laissant entrevoir quelque chose de mon âme, je m’exprimais ainsi : « Le Rosaire est ma prière préférée. C’est une prière merveilleuse. Merveilleuse de simplicité et de profondeur. […] On peut dire que le Rosaire est, d’une certaine manière, une prière-commentaire du dernier chapitre de la Constitution Lumen gentium du deuxième Concile du Vatican, chapitre qui traite de l’admirable présence de la Mère de Dieu dans le mystère du Christ et de l’Église. En effet, sur l’arrière-fond des Ave Maria défilent les principaux épisodes de la vie de Jésus Christ. Réunis en mystères joyeux, douloureux et glorieux, ils (1961), pp.641-647 : La Documentation catholique 58 (1961), col. 1265-1271.nous mettent en communion vivante avec Jésus à travers le cœur de sa Mère, pourrions-nous dire. En même temps, nous pouvons rassembler dans ces dizaines du Rosaire tous les événements de notre vie individuelle ou familiale, de la vie de notre pays, de l’Église, de l’humanité, c’est-à-dire nos événements personnels ou ceux de notre prochain, et en particulier de ceux qui nous sont les plus proches, qui nous tiennent le plus à cœur. C’est ainsi que la simple prière du Rosaire s’écoule au rythme de la vie humaine ».

Par ces paroles, chers frères et sœurs, je mettais dans le rythme quotidien du Rosaire ma première année de Pontificat. Aujourd’hui, au début de ma vingt-cinquième année de service comme Successeur de Pierre, je désire faire de même. Que de grâces n’ai-je pas reçues de la Vierge Sainte à travers le rosaire au cours de ces années : Magnificat anima mea Dominum ! Je désire faire monter mon action de grâce vers le Seigneur avec les paroles de sa très sainte Mère, sous la protection de laquelle j’ai placé mon ministère pétrinien : Totus tuus ! »

 

Doctrine / Formation #NLQ #Théologie

L’Eucharistie à l’école de Marie

Le père Georges Henri, du sanctuaire de Sainte-Anne-d’Auray, donnait à l’entrée du carême 2015, un enseignement sur l’Eucharistie à l’école de Marie.

Une heure de formation biblique à méditer autour de Cana.

marie-cana

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Fatima – 13 mai -13 octobre, le temps d’un rosaire

Nous voilà arrivés au centenaire de la première apparition de Fatima. Pendant les cinq mois qui viennent, offrons tout particulièrement nos journées à Notre-Dame. Petit signe de Notre-Dame du Rosaire qui a voulu marquer du signe du rosaire ses apparitions à Fatima : avez-vous remarqué que, du 13 mai au 13 octobre, il y a 153 jours, autant que de Je vous salue Marie dans un rosaire ?

Le rosaire n’est pas le seul enseignement de Notre-Dame à Fatima. En effet,  au cours de ses six apparitions de 1917, elle rappela les cinq grands enseignements suivants :

  • la nécessité de prier et d’offrir des sacrifices pour la conversion des pécheurs,
  • la récitation quotidienne du chapelet pour obtenir la paix dans le monde,
  • les fins dernières : le Ciel, le purgatoire, l’enfer,
  • la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, dévotion voulue par Dieu et qui assurera le salut à ceux qui l’embrasseront,
  •  enfin son rôle de médiatrice de toutes grâces.

Ce dernier thème de la médiation universelle de la Sainte Vierge n’est exprimé que de façon implicite dans les apparitions, mais il est très présent en particulier dans l’apparition du 13 juillet :

  • « Récitez le chapelet tous les jours en l’honneur de Notre-Dame du Rosaire, pour obtenir la paix du monde et la fin de la guerre, parce qu’Elle seule peut les obtenir ».
  • « Si l’on fait ce que JE vais vous dire, beaucoup d’âmes se sauveront et l’on aura la paix ».
  • « Si l’on écoute MES demandes, la Russie se convertira et on aura la paix ».

Ces phrases indiquent clairement le pouvoir qui a été donné à la Sainte Vierge : celui d’obtenir la conversion des pécheurs et la paix dans le monde. Notre-Dame a donc un rôle dans le domaine spirituel, la conversion des pécheurs, mais aussi dans le domaine temporel : la paix dans le monde. D’ailleurs, dans les litanies de la Sainte Vierge, elle est invoquée sous les noms de “Refuge des pécheurs” et de “Reine de la Paix”.

Mais, il n’y a pas que dans l’apparition du 13 juillet que ce rôle a été annoncé. Déjà, le 13 juin,  elle avait montré tout le pouvoir que Dieu lui a accordé.

Elle avait dit : «  Jacinthe et François, JE les emmènerai bientôt » marquant par là qu’elle a pouvoir sur la vie et sur la mort. Puis un peu après, en parlant de la dévotion à son Cœur Immaculé, elle précise : «  À qui embrassera cette dévotion, JE promets le salut. » Elle n’a pas dit : « Dieu promet le salut », mais bien : « JE promets le salut » ! Et elle le confirme en disant juste après à Lucie que son cœur est « LE chemin qui la conduira jusqu’à Dieu  ». Elle montre ainsi qu’elle a le pouvoir de nous faire entrer au paradis.

De même, le 13 septembre, elle dit à propos des guérisons demandées par Lucie : « J’en guérirai quelques-uns » montrant qu’elle a également pouvoir sur notre santé.

La médiation de Notre-Dame est aussi très clairement illustrée dans quatre apparitions, au moment où elle ouvre les mains. Par ce geste, elle communiqua aux petits voyants des lumières sur Dieu (première apparition), les éclaira sur leur vocation (deuxième apparition), les instruisit sur des réalités surnaturelles (l’enfer dans la troisième et les mystères du rosaire dans la sixième apparition).

Enfin, la danse du soleil, également déclenchée par un geste de ses mains, indique qu’elle a aussi le pouvoir de jouer sur les éléments naturels. Elle l’avait d’ailleurs clairement dit au cours des trois apparitions précédentes : le 13 juillet, elle avait dit : «  JE viendrai faire un miracle », le 19 août : «  JEferai le miracle pour que tout le monde  croie » et le 13 septembre : «  JE ferai le miracle pour que tous croient  ». De plus, ce fut un miracle exceptionnel, un miracle cosmique, le quatrième de ce type dans l’histoire de l’humanité (voir lettre de liaison n° 12). Par ce miracle, Dieu veut nous montrer avec éclat qu’Il a confié à sa Mère un pouvoir très étendu.

Jacinthe eut une perception très profonde de cette puissance de Notre-Dame, car, quelques jours avant de partir à l’hôpital, elle confia à sa cousine ses dernières pensées qui jettent une lumière remarquable sur ce point :

Il ne me reste plus beaucoup de temps pour aller au Ciel. Toi, tu resteras ici afin de dire que Dieu veut établir dans le monde la dévotion au Cœur Immaculé de Marie. Le moment venu de le dire, ne te cache pas. Dis à tout le monde que Dieu nous accorde ses grâces par le moyen du Cœur Immaculé de Marie, que c’est à elle qu’il faut les demander, que le Cœur de Jésus veut qu’on vénère avec lui le Cœur Immaculé de Marie, que l’on demande la paix au Cœur Immaculé de Marie, car c’est à elle que Dieu l’a confiée.

La médiation de la Sainte Vierge n’est pas un enseignement nouveau dans l’Église. Saint Bernard disait déjà : « La volonté de Dieu est que nous ayons tout par Marie ». Plus près de nous, saint Bernardin de Sienne n’hésitait pas à dire : « Tous les dons du Saint-Esprit sont distribués par Marie à ceux qu’elle veut, quand elle le veut, comme elle le veut et autant qu’elle le veut ».

Dans son Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, saint Louis-Marie Grignion de Montfort, va jusqu’à dire, au n° 25 :

Dieu le Saint-Esprit a communiqué à Marie, sa fidèle Épouse, ses dons ineffables, et Il l’a choisie pour la dispensatrice de tout ce qu’Il possède : en sorte qu’elle distribue à qui elle veut, autant qu’elle veut, comme elle veut et quand elle veut, tous ses dons et ses grâces, et il ne se donne aucun don céleste aux hommes qu’il ne passe par ses mains virginales.

Et plusieurs papes ont confirmé cet enseignement. En particulier, Léon XIII, dans l’encyclique Octobri Mense du 22 septembre 1891, déclara :

Il est permis d’affirmer que rien, d’après la volonté de Dieu, ne nous est donné sans passer par Marie, de telle sorte que, comme personne ne peut s’approcher du Père tout-puissant sinon par son Fils, ainsi personne, pour ainsi dire, ne peut s’approcher du Christ que par sa mère.

Et dans l’encyclique Ad Diem Illum Laetissimum du 2 février 1904, saint Pie X confirma l’enseignement de Léon XIII :

Par la communion des douleurs et de volonté entre le Christ et Marie, cette dernière a mérité de devenir la dispensatrice de tous les bienfaits que Jésus nous a acquis par son sang.

La médiation de la Sainte Vierge est donc une notion parfaitement traditionnelle. Et Notre-Dame est venue à Fatima confirmer ce qu’enseigne la Tradition. Toutefois, pour ne pas devancer les déclarations solennelles du Magistère, à Fatima, la Vierge Marie ne se présente pas comme “Médiatrice de toutes grâces”, mais tout son message souligne qu’elle est bien la médiatrice de toutes les grâces, en particulier des grâces de conversion pour les pécheurs et de paix pour le monde.

Alors en ce centenaire de sa première apparition à Fatima, méditons sur sa puissance et demandons à celle qui est “Médiatrice de toutes grâces” toutes les grâces dont nous avons besoin.

En union de prière dans le Cœur Immaculé de Marie.

Yves de Lassus

 

 Président de Cap Fatima 2017

(Reprise d’un article du 20 mai 2017 dans le cadre de notre mois d’août avec Marie)

A la une #NLH #NLQ #Rome

Derniers jours pour rejoindre la chaîne de prière à Notre Dame pour le pape, la curie et nos pasteurs

Nous allons bientôt fêter Notre-Dame de l’Assomption, figure de l’Eglise triomphante. Prions-la pour l’Eglise militante et tout spécialement pour nos pasteurs. Malheureusement, l’Épouse sans tache est trop souvent défigurée par les péchés de ses fils. Ainsi avons-nous appris avec effroi la nouvelle de ces orgies homosexuelles, où la drogue coulait à flot, à deux pas de Saint-Pierre de Rome ; ou encore les “ennuis” du Cardinal Pell.

Mais, plus grave encore peut-être, la foi elle-même est parfois abandonnée par ceux-là mêmes qui ont reçu du Christ mandat de l’annoncer jusqu’aux extrémités de la terre.

Mais, ces prières doivent aussi s’accompagner de notre propre réforme intellectuelle, morale et spirituelle. Mère Teresa répondait malicieusement  à un journaliste qui l’interrogeait sur ce qui n’allait pas dans l’Eglise : “Vous et moi.” Ce sont nos péchés qui défigurent l’Eglise qui, malgré tout, demeure sous les souillures l’Épouse immaculée du Verbe de Dieu.

Nous vous proposons donc, amis lecteurs d’Infocatho, de vous inscrire ici, soit pour jeûner, au moins une fois avant le 15 août, soit pour réciter une dizaine de chapelet, pour l’Eglise, le Pape et nos pasteurs, et notre propre conversion.

 

Culture #Doctrine / Formation #NLQ

L’Annonciation du corridor du couvent San Marco de Florence

L’Annonciation du corridor du couvent Saint Marc à Florence est l’une des plus connue du peintre. Cette fresque se trouve sur l’une des parois du couloir du premier étage du couvent. Elle est située en face de l’escalier du rez-de-chaussée qui mène aux cellules. Les moines, pour regagner celles-ci, gravissaient nécessairement ces marches et cette Annonciation s’offrait donc à leur vue plusieurs fois par jour. Fra Angelico réalise cette œuvre dans les années 1445-1450. La fresque est monumentale, elle mesure 2.30 m. de hauteur sur 3.21 m. de large. Comme toutes les œuvres du peintre, cette oeuvre a une fonction cultuelle, elle est liée à un rite précis et incite à la récitation de l’Ave.

L’inscription qui se détache en bas de la peinture sur l’épaisseur de la marche rappelle le rôle actif que joue cette Annonciation dans la piété quotidienne des moines. « Virginis intacte cum veneris ante figuram, praetereundo cave ne sileatur Ave » (Lorsque tu passes devant cette image de la Vierge intacte, prends garde à ne pas oublier de dire un Ave). Cette phrase ne fait pas office de simple commentaire, elle affirme la raison d’être de l’image. Réciter un Ave, c’est célébrer la foi de Marie qui ouvre à l’humanité la perspective du Salut. Elle est la nouvelle Eve. La tradition patristique la plus ancienne a opposé Marie et Eve dans la scène de l’Annonciation. Eve avait apporté la mort par sa désobéissance, Marie, lors de l’Annonciation, restaure la vie et apporte la délivrance par sa foi. Saint Irénée exprime cette idée par la formule suivante : « le genre humain avait été assujetti à la mort par une vierge, la désobéissance d’une vierge ayant été contrebalancée par l’obéissance d’une vierge. » De même Tertullien écrit : « Eve s’était fiée au serpent, Marie se fia à Gabriel, le mal qu’avait fait Eve en croyant, Marie en croyant le supprima. »

Dans l’Annonciation du corridor, la rencontre de l’ange Gabriel et de la Vierge Marie a lieu sous un grand portique, leurs silhouettes sont encadrées par les deux arcades du premier plan, à gauche s’étend le jardin clos, symbole de la Vierge. L’architecture est d’un dépouillement très pur. Le point de fuite, légèrement déporté sur la droite, souligne l’asymétrie de l’espace. Espace profond et ouvert du côté de l’ange, espace plus réduit et plus intime du côté de la Vierge Marie. Les colonnes sont solides, lisses et surmontées de chapiteaux, corinthiens au premier plan, ioniques au second. A gauche le jardin retient l’attention par l’importance de sa haute palissade. Ce jardin clos fait écho au mode de vie des moines dominicains coupés du monde régulier. La végétation de part et d’autre de la clôture est très différente. Profusion et désordre de la nature à l’extérieur, pré fleuri et disposition ordonnée des fleurs à l’intérieur. L’Ange Gabriel est vêtu avec raffinement, sa robe est brodée, le tissu soyeux. La fantastique palette de couleurs des plumes des ailes montre la préciosité et la splendeur de l’ange. Face à l’élégance de Gabriel, la représentation de la Vierge Marie se différencie par un grand naturel et une totale simplicité. Tous les éléments qui entourent la Vierge – le tabouret grossièrement taillé ou la pauvreté de la cellule – rappellent la sobriété de la vie monacale.

Le visage de Marie est d’une vérité prenante. Ses traits sont réguliers, harmonieux. Les yeux fixés sur l’ange, elle ne paraît ni troublée, ni étonnée ; il se dégage d’elle un grand calme. Pourtant, si l’on regarde attentivement le personnage de la Vierge, on sent que celle-ci vit un moment unique, une transformation intérieure. Justement parce que son visage, par sa fixité, donne à celui qui contemple la fresque une impression d’un moment suspendu, crucial, intemporel. Cette Annonciation, par son absolue sobriété, par la gravité de la Vierge Marie, par sa posture qui marque son entière soumission à la volonté de Dieu suggère la présence divine dans la réalité sensible. Le mystère de l’Incarnation se joue tout entier dans cet instant que le peintre a voulu représenter le plus simplement possible.

 

Julie Faure

Source Cyrano.net

Retrouvez aussi Fra Angelico, l’Art au service de la foi et Fra Angelico peintre de la Somme Théologique

Doctrine / Formation #NLQ #Théologie

Le Rosaire, psautier de la Vierge

En cette fin du mois de Marie, nous reprenons cette belle médiation d’un moine de Triors parue dans L’Homme Nouveau

Le mois d’octobre est traditionnellement consacré au Rosaire. Surtout depuis saint Pie V et la bataille de Lépante, les papes à la suite des saints ne cessèrent de rappeler l’importance et l’efficacité de cette prière appelée « psautier de la Vierge ».Trois d’entre eux méritent d’être spécialement cités. Léon XIII, tout d’abord, qui inaugura en 1883 une série d’encycliques annuelles sur le Rosaire, série qu’il poursuivit presque jusqu’à sa mort. Paul VI, ensuite, qui dans Marialis cultus souligna, en harmonie avec Lumen Gentium, le caractère évangélique du Rosaire et son orientation christologique. Jean-Paul II, enfin, pape marial s’il en fut, poursuivant les directives de ses prédécesseurs, rappela la simplicité et la profondeur de cette prière qui porte tant de fruits. Il établit même, dans Rosarium Virginis Mariæ, une quatrième série de mystères dits « lumineux ». Sans les citer, mais en les évoquant tous au passage, le Pape François rappelle avec son originalité propre les grandes vérités sur le Rosaire.

Comme on le sait, le Rosaire permet de parcourir avec Marie les moments les plus importants de la vie Jésus, moments qui demeureront à tout jamais au cœur même de la Nouvelle et éternelle Alliance. Le Pape le précise ici pour chacun des mystères glorieux, en montrant leur place privilégiée pour contempler Marie comme miséricorde. Mais c’est également vrai de tous les autres mystères. Le Pape en donne la raison : « le Rosaire est la synthèse de l’histoire de la miséricorde de Dieu ». Et nous pouvons tous bénéficier de cette miséricorde si, en récitant cette prière, nous nous laissons façonner par la grâce et écrivons ainsi, à notre petite mesure, la grande histoire du salut. Dans l’Apocalypse, Marie mère de l’Église est la femme qui triomphe du démon. Il faut toujours en revenir là. En effet, en face de la Sainte Trinité, se dresse la trinité diabolique (Satan, la bête de la terre et la bête de la mer) ; en face de l’Église du Christ se dresse l’Antéchrist et ses suppôts formant la contre église ; enfin, en face de l’histoire du salut se situe la contre histoire diabolique si présente de nos jours. C’est pourquoi nous avons besoin de Marie qui a si bien mis en pratique la volonté de Dieu et n’a jamais dit oui à Satan. Dans la prière du Rosaire, nous la sentons constamment près de nous.

On fait d’ordinaire beaucoup d’objections contre la récitation du Rosaire, notamment celle de nous déconnecter de la vie et des préoccupations majeures de nos contemporains. Pour le Pape, cette fausse objection ne traduit pas la réalité. Loin de nous éloigner des difficultés des personnes concrètes, de leurs joies et de leurs espérances quotidiennes, le Rosaire nous les fait partager en profondeur en nous faisant entrer dans l’aujourd’hui du salut contemplé à la lumière des mystères du Christ et de la Vierge. Grâce à la récitation du Rosaire, nous sommes des évangélisateurs de notre monde détourné de Dieu. Par lui aussi, nous communiquons à nos contemporains les trésors de la tendresse, de la bonté et de la miséricorde divines. Par sa charité manifestée dans le mystère de la Visitation, Marie nous aide et nous bénit chaque jour. Par sa foi insigne, elle nous ouvre les portes du Cœur de son Fils et nous invite à le suivre en tout. Invoquons donc notre tendre mère avec le Rosaire, mais aussi avec la plus ancienne prière mariale connue : « Sub tuum praesidium ». Sous l’abri de votre miséricorde nous nous réfugions, sainte Mère de Dieu…

Le discours du Pape

En cette veillée, nous avons parcouru à nouveau les moments fondamentaux de la vie de Jésus, en compagnie de Marie. Par l’esprit et le cœur, nous sommes allés aux jours de l’accomplissement de la mission du Christ dans le monde. La Résurrection en tant que signe de l’amour extrême du Père qui ramène tout à la vie et comme anticipation de notre condition à venir. L’Ascension en tant que partage de la gloire du Père, où notre humanité trouve également une place privilégiée. La Pentecôte, expression de la mission de l’Église dans l’histoire, jusqu’à la fin des temps, sous la conduite de l’Esprit Saint. Dans les deux derniers mystères, en outre, nous avons contemplé la Vierge Marie dans la gloire du Ciel, elle qui dès les premiers siècles a été invoquée comme Mère de la Miséricorde.

La prière du Rosaire est, par de nombreux aspects, la synthèse de l’histoire de la miséricorde de Dieu qui se transforme en histoire de salut pour tous ceux se laissent façonner par la grâce. Les mystères qui défilent devant nous sont des gestes concrets dans lesquels se déploie l’agir de Dieu envers nous. À travers la prière et la méditation de la vie de Jésus Christ, nous revoyons son visage miséricordieux qui vient à la rencontre de chacun dans les divers besoins de la vie. Marie nous accompagne sur ce chemin, indiquant le Fils qui rayonne de la miséricorde même du Père. Elle est vraiment l’Odigitria, la Mère qui indique le parcours que nous sommes appelés à faire pour être d’authentiques disciples de Jésus. Dans chaque mystère du Rosaire, nous la sentons proche de nous et nous la contemplons comme première disciple de son Fils, elle qui met en pratique la volonté du Père (cf. Lc 8, 19-21).

Dans l’histoire de tous les jours

 

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Tribunes et entretiens

Un véritable Bien Commun pour moins de laissés pour compte

Une volonté de bien commun uniquement matériel, sans référence aux valeurs chrétiennes, est conduite à laisser pour compte une large partie de la population. Galvaudée, la notion de bien commun mériterait de retrouver sa juste place dans l’économie étatique et mondiale.

Discours officiels et médiatiques mentionnent, depuis quelques années déjà mais sans en définir le contenu, le « bien commun ». Tandis que chacun est invité à y mettre ce qu’il veut, l’interrogation est d’autant plus vive chez l’historien que les Modernes avaient, dès le XVIIIe siècle, substitué au bien commun traditionnel la notion d’« intérêt général ». Au gré des générations et comme par hésitation sur le qualificatif le plus approprié, la diversification s’est faite avec « intérêt national », « intérêt public ». Le but recherché était de faire oublier le concept « bien commun » qu’avaient formulé les théologiens catholiques pour désigner un véritable trésor à garder.

La doctrine sociale de l’Église apprend à distinguer le bien commun spirituel et le bien commun temporel. Le premier, riche d’enseignement divin et confié à l’Église, guide le fidèle vers son salut. Le second désigne le bien de l’homme en société(s) ; il englobe le milieu naturel et embrasse l’ensemble des acquis nécessaires à l’épanouissement dans la paix de chacun et de tous les membres de la société. La nature du bien commun fait considérer sa primauté sur le bien particulier ; les intérêts privés et ceux des groupes doivent être subordonnés au bien commun dont l’État a la charge, et que le législateur doit servir ; faute de quoi la société se disloque. Saint Thomas avait fait du service du bien commun la fonction essentielle du pouvoir politique : légiférer conformément à la justice, faire respecter les règles de l’activité économique, en corriger les dysfonctionnements en cas de crise… Les exigences dudit bien fixent les règles de la justice sociale, laquelle est génératrice de paix.

Depuis que la philosophie libérale a bouté la morale chrétienne hors de la sphère économique dite alors « physique », séparé l’individu de la société et du bien commun, mis le travail et l’économie dans la dépendance de la finance, l’intérêt des puissants imprègne la gouvernance des nations. Les libéraux laisser-fairistes n’expliquent-ils pas, sous forme d’antienne et sans état d’âme, que les pauvres n’ont qu’à se retrousser les manches pour s’enrichir ? Tout ne s’achète-t-il pas et ne se vend-il pas ?

Le bien commun redéfini

Alors que, laïcité oblige, le bien commun spirituel est absent des débats d’idées, voici que Jean Tirole, le lauréat du prix Nobel d’économie 2014, intitule l’Économie du bien commun (PUF, 640 p., 18 €) son livre destiné à un large public. Il ne précise pas si, comme les économistes classiques, il fait de l’intérêt général la somme des intérêts particuliers, et si ce qui est utile au plus grand nombre justifie le sacrifice des laissés-pour-compte. Il n’en situe pas moins le bien commun à la convergence de l’intérêt général et de l’intérêt particu­lier après l’avoir défini comme « ce à quoi nous aspirons pour la société ». Sur cette base restée vague, l’auteur indique que la recherche du bien commun passe en grande partie par la construction d’institutions visant à concilier autant que faire se peut l’intérêt individuel et l’intérêt général. L’économie – au sens de science économique – est ainsi mise au service du bien commun, « elle a pour objet de rendre le monde meilleur ».

Par Geneviève Gavignaud-Fontaine, pour L’homme Nouveau

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Lire aussi notre article formation sur le Bien Commun

Brèves #NLH

La Rébellion cachée – Le DVD enfin disponible ici !

2“Les anciens savent ce qu’est la guerre…”

Avec La Rébellion cachée, le réalisateur Daniel Rabourdin réussit un tour de force audiovisuel.

L’oeuvre combine documentaire visionnaire et saga familiale avec amour perdu, batailles rangées et résistance spirituelle sous le règne de la Terreur.

Le docu-film dépeint un cataclysme dont toutes les forces victorieuses sont désormais au pouvoir dans le monde. Plus encore : l’oeuvre met en scène les architectes du premier génocide de l’histoire moderne.

 

La Rébellion cachée est une réalisation inattendue qui provoque l’espoir en ces temps de persécution des chrétiens, de la famille. Qui regarde La Rébellion cachée découvre l’héroïsme de gens ordinaires qui sacrifient leur vie pour le ciel…

Vous pouvez voir la bande annonce et vous procurer le DVD ici

Retrouvez l’interview de Daniel Rabourdin

Tribunes et entretiens

Pornographie galopante, perversion idéologique ; l’inquiétante dérive des séries télévisées

La loi des séries

Je dois avouer que, dans mes moments de loisirs, j’ai longtemps eu un faible pour ce que l’on appelait autrefois les “feuilletons” et qu’il est convenu aujourd’hui d’appeler les “séries”. Certaines, de très bon niveau, qu’elles soient américaines, britanniques ou françaises, sont qualifiées de “mythiques” par les jeunes générations. Elles sont devenues des références dans la culture populaire contemporaine. Si je ne devais en citer qu’une, ce serait l’admirable “Downton Abbey”. D’autres méritent encore de passer à la postérité dans d’autres genres et d’autres styles, policier, aventures, guerre, science-fiction, drame etc. Il serait trop long de les nommer ici.

Le format des épisodes est fort bien étudié pour offrir au spectateur une distraction, une émotion ou des sensations fortes dans un laps de temps relativement réduit (40 à 50 minutes par épisode) à raison d’un épisode par semaine pendant dix à vingt semaines en moyenne, sauf interruption prématurée pour cause d’audience insuffisante. On “entre” littéralement dans une série, et il faut avoir hâte de découvrir l’épisode suivant, autrement cette série n’est pas pour vous. Petit à petit se créé une forme d’addiction. Entre amis, on se passe les dernières découvertes : “je n’ai plus rien à me mettre sous la dent, que regardes-tu en ce moment ?”

Depuis quelques temps, j’observe dans les nouvelles séries un basculement idéologique. La qualité de la réalisation est toujours là, c’est bien filmé, les acteurs sont excellents, mais le scenario met de plus en plus l’accent sur les nouveaux dogmes du politiquement correct, par exemple la théorie du genre ou l’apologie de l’homosexualité. Le tout est assorti de propos de plus en plus crus et d’images pornographiques de plus en plus osées. On est généralement fixé dès les premières minutes. Au moins, on n’est pas obligé de perdre trop temps avant de renoncer. Trouver une série que l’on puisse regarder tranquillement en famille commence à relever de l’exploit tant on est vite submergé par les propos et les images les plus salaces, les plus dégradants, les plus avilissants.

Si cette pornographie galopante a au moins le mérite d’être évidente, la perversion idéologique est beaucoup plus insidieuse. Ainsi, observons le cas emblématique d’une série intitulée Black Sails (les voiles noires) traitant de l’histoire des pirates de caraïbes et mêlant pour cela des personnages et des situations historiques avec des personnages de fiction. La reconstitution est soignée, les scènes de combats navals sont impressionnantes. Le lieu et le contexte historique (L’ile de Nassau au début du XVIIIe siècle) sont réels. Le héros, le capitaine Flynt, est un personnage imaginaire, mais de nombreux pirates (Barbe noire, Jack Rakham, Charles Vane) ont réellement existé. Le gouverneur Woodes Rogers a bien existé aussi, mais le modèle historique n’a rien à voir avec le personnage incarné ici. Cette trahison de la réalité historique ne doit rien au hasard mais tout aux impératifs idéologiques du scénario. Woodes Rogers a vaincu les pirates, tant par la force que par une politique de mansuétude à leur égard, politique décidée par Londres. Devenu gouverneur, il a repoussé les assauts des Espagnols contre la colonie britannique. Eh bien, sans aucune vergogne, la série raconte exactement le contraire, à savoir que Woodes Rogers aurait reconquis Nassau avec l’aide des Espagnols qui l’auraient dévastée, et qu’il aurait exterminé les pirates avec une violence inouïe, trahissant ainsi la politique de pardon voulue par Londres. La scène de l’assassinat de Barbe noire est insoutenable. On touche là les limites de la liberté de la fiction historique. Quand Woodes Rogers dit à l’un de ses compatriotes britanniques qu’il est tout de même à Nassau pour faire progresser la civilisation, ce dernier lui répond immédiatement : “non, vous êtes là pour faire progresser nos bénéfices.” La relecture contemporaine de l’entreprise coloniale est en marche. Pour faire bonne mesure, le gouverneur est amoureux d’une commerçante bisexuelle qui a des bontés alternatives pour certains pirates et pour une ravissante métisse. Les amateurs de scènes saphiques sont copieusement servis. Ne nous arrêtons pas en si bon chemin : le capitaine Flynt n’a pas été insensible aux charmes de la belle négociante (avant qu’elle épouse Woodes Rogers), mais, en fait, il brûle d’amour pour un jeune lord qui a des idées modernistes concernant l’avenir des colonies. Naturellement, pour contrecarrer simultanément les idées progressistes du lord et son orientation sexuelle, son odieuse famille réactionnaire le fait emprisonner en un lieu secret en faisant croire à sa mort prématurée. La dernière scène de la saison 4 voit le capitaine Flynt sacrifier tous ses projets pour rejoindre finalement son bel amour en sa prison. L’œuvre s’achève sur le romantisme torride d’une étreinte tant attendue. Et cela est pudiquement “déconseillé” aux moins de douze ans…

En somme, on est en présence d’un prototype de trucage historique et de démolition des valeurs traditionnelles, servi par une facture artistique et technique en tout point remarquable. La loi des séries est implacable. Par leur caractère répétitif, par la cadence élevée des productions, par l’addiction qu’elles provoquent, tout semble indiquer que nombre d’entre elles (pas toutes, heureusement) procèdent d’une entreprise de déracinement historique et de perversion des mœurs. D’anéantissement du jugement politique le plus élémentaire aussi : dans plusieurs séries policières ou d’aventures comme Designated survivor (Le survivant désigné) le terrorisme islamiste n’est que le paravent préfabriqué d’un terrorisme d’extrême-droite qui le manipule afin d’anéantir la démocratie. Une série policière relativement anodine comme Hawai Five 0 (Hawai police d’État) est devenue à sa dernière saison un vecteur politiquement correct de la légende absurde du complot réactionnaire dissimulé derrière le terrorisme islamiste. Même chose pour la dernière saison d’une série qui avait pourtant bien commencé voici quelques années : Homeland (Le pays natal). Là encore, on a droit au complot fasciste manipulant de gentils islamistes qui n’ont rien demandé à personne. Le matraquage à haute dose de ce genre de crétinerie peut avoir à moyen terme des effets dévastateurs : perte de tous repères, ignorance totale des périls réels qui nous menacent. La concomitance et la diffusion universelle de ces thèses, aussi invraisemblables que débiles, ne peuvent pas être seulement le fruit du hasard. Cela ressemble étrangement à une entreprise concertée de décérébration des masses. La plus grande vigilance s’impose. Une des armes les plus efficaces contre cette perversion est sans doute l’audimat. Une série qui ne trouve pas plusieurs millions de spectateurs fidèles peut être interrompue à tout moment. Alors, pour nous-même, pour notre entourage, et pour faire comprendre notre opposition aux producteurs comme Netflix ou HBO, éteignons tout simplement notre téléviseur.

Source Belgicatho

 

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