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La IXème de Beethoven n’est pas une hymne à la fraternité, mais à l’espérance divine

On entend partout que l’hymen à la joie serait une ode à la fraternité et à la paix. A la paix oui, mais belle et bien celle de Dieu si on en juge par cet article

Sans doute la symphonie numéro 9 de Beethoven compte-t-elle parmi les œuvres les plus célèbres au monde. Et pourtant, à l’instar de son compositeur, elle reste intimement méconnue. Cette pièce majeure est en effet la clef de voûte d’une tension existentielle chez le compositeur de Bonn. Une tension entre l’humain et le divin qui se résume, si surprenant que cela puisse paraître chez un homme à la réputation torturée, en deux termes : l’espérance et la paix. Six mots se retrouvent constamment sous la plume tant littéraire que musicale de Beethoven, Homme, destin, divin, espérance, paix et joie. Il faut comprendre l’Homme chez Beethoven pour saisir son espérance et la résolution de l’espérance : la paix qui donc donne la joie. Et nous pouvons ainsi combiner la récurrence du vocabulaire chez le maître : à l’Homme est apposé le destin, la vertu, la souffrance, le péché, l’éloignement du Dieu et l’humilité. Au divin correspond la paix, le Ciel, le Tout Autre, le Christ et la joie.

Quatre œuvres magistrales (non exclusives) disent tout de la vision beethovenienne de l’Homme, du destin, de l’espérance, de Dieu et de la paix. Quatre œuvres que le compositeur lui-même a regroupées pour leur création en deux concerts fleuves. Le premier s’ouvrit par la Vème, celle du destin et de la vertu, pour se résoudre dans la VIème par l’acceptation de la vie. Vie conçue alors comme le lieu à atteindre et lieu de combat, c’est-à-dire précisément le lieu de celui qui remporte le combat. Le second concert pose Dieu et l’Homme dans la distance qui les sépare, en même temps que dans l’Incarnation source de paix. Là réside toute la théologie de la Missa Solemnis. Mais celle-ci demeure en suspens jusqu’à sa résolution dans l’espérance, l’Ode à la joie qu’est la IXème. On n’entre pas comme ça dans la IXème, on y parvient au terme d’un long parcours initiatique.

Le concert du 22 décembre 1808 (plus de 4h) se situe au cœur de la période héroïque. Avec ce combat du destin qui frappe, la finale de la Vème est le triomphe de celui-ci et pourtant, musicalement, il n’y a pas de résolution. La symphonie s’arrête en attendant une suite parce qu’elle attend une réponse, une issue que lui donnera la VIème. Si la Vème exprime le tragique de la vie humaine, la VIème donne son consentement à cette vie. C’est l’heure du réalisme, socle du vrai combat devenu, par cette acceptation, possible. Et c’est déjà une sérénité car les hommes vertueux affrontent non pas l’imaginaire, mais la réalité. Se pose alors une question : si la vie ici-bas est un combat qui sous-tend une espérance, celle de la stabilité, de l’éternité, donc de la paix, quel est concrètement l’enjeu de ce combat, qu’est-ce que cette paix recherchée ?

Il faudra attendre 16 ans pour avoir la réponse, dans le concert du 7 mai 1824. Beethoven est littéralement transformé. La Missa Solemnis, c’est d’abord et avant tout un changement dans la vie de Beethoven. Son vocabulaire sur l’Homme, le héros, l’Homme qui ne se doit qu’à lui-même, change. Là où il disait « donne-moi la force de me débrouiller », il prie à présent « Sois mon roc, Ô mon Dieu ! Sois ma lumière ! Sois à jamais le refuge où viendra s’abriter ma confiance. » Avec cette messe, Beethoven va sortir d’une crise profonde pendant laquelle Dieu lui est apparu comme le seul recours possible. C’est pour lui une période de Résurrection. En l’écrivant, il a délibérément voulu mettre son génie au service de Dieu. Il a voulu réaliser une composition à la gloire « du Tout Puissant, l’éternel, l’infini ». Dieu est la source et le lieu de la joie. L’espérance du combat de l’Homme, c’est la paix que seul Dieu peut procurer.

 

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C’est une fausse exégèse d’utiliser la parole de Dieu pour promouvoir la migration. Dieu n’a jamais voulu ces chagrins Card. Sarah

Le cardinal Robert Sarah, préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, a déclaré que la défense de la migration était une interprétation erronée des évangiles par les prêtres et les évêques « ensorcelés » par des questions politiques et sociales.

Son interview avec le magazine français “Valeurs Actuelles” a été publiée le week-end dernier, à peu près au même moment où le pape François avait pris la parole pour les migrants lors de sa visite au Maroc et avait déclaré que les politiciens qui construisent des murs pour les empêcher d’entrer seraient prisonniers de ces barrières.

“Il est préférable d’aider les gens à s’épanouir dans leur culture que de les encourager à venir dans une Europe en pleine décadence”, a-t-il déclaré. « C’est une fausse exégèse d’utiliser la parole de Dieu pour promouvoir la migration. Dieu n’a jamais voulu ces chagrins d’amour. ”

Le cardinal guinéen, l’une des voix les plus conservatrices du Vatican, a déclaré que les prêtres, les évêques et même les cardinaux craignaient aujourd’hui de proclamer l’enseignement divin.

« Ils ont peur d’être mal vu, d’être perçus comme des réactionnaires. Alors ils disent des choses floues, vagues et imprécises pour échapper à la critique, et ils épousent l’évolution stupide du monde », a-t-il déclaré.

Les migrants arrivant en Europe étaient stationnés quelque part sans travail ni dignité, a-t-il ajouté. « Est-ce ce que l’Eglise veut ? » A-t-il demandé.

L’Eglise ne devrait pas soutenir “cette nouvelle forme d’esclavage” car l’Occident, avec son faible taux de natalité, risquait de disparaître, a-t-il déclaré. “Si l’Europe disparaît et avec elle les valeurs inestimables du Vieux Continent, l’Islam envahira le monde et nous changerons complètement la culture, l’anthropologie et la vision morale.”

 

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Finalement la doctrine sociale de l’Eglise c’est quoi ?

J’ai coutume de dire, en commençant mes conférences sur le sujet, que nous partons avec un gros handicap. En effet, le mot doctrine effraie les gens de gauche, le mot social fait peur aux gens de droite et le mot Eglise à tous les autres. L’expression, datée d’un XIXème siècle qui n’avait pas peur des mots, parait aujourd’hui malheureuse et bien des auteurs s’échinent à contourner l’obstacle. Pensée, enseignement, vision et autres termes veulent surtout gommer l’aspect doctrinaire. Pourtant, il s’agit bien d’une doctrine, c’est-à-dire d’un corpus cohérent.

C’est le premier élément de la DSE, un ensemble cohérent qui se veut global. La doctrine sociale de l’Eglise pense l’Homme dans sa globalité. Un Homme au travail, un Homme en société, un Homme en famille, un être humain en relation constante avec le monde qui l’entoure. Une personne humaine qui, par le moindre de ses actes, influe sur la vie des autres personnes humaines et qui est lui-même concerné par les actions des autres.

Il y a deux termes importants dans les tenants et aboutissants de la doctrine sociale : la responsabilité et le développement. Et les deux termes sont indissociablement liés. Nous sommes responsables du développement de notre personne et de la personne des autres car nos actes ont des conséquences sur ces deux développements. La doctrine sociale de l’Eglise est donc avant tout autre chose un ensemble de textes ayant pour finalité d’aider chaque personne humaine à être responsable du développement de chacun.

Aussi, la DSE c’est tout autant une aide à l’action qu’une vision de l’Homme. Car pour agir en vue du bien de l’Homme, il faut savoir ce qui est bien pour l’Homme et donc en filigrane permanent, connaître l’Homme. La DSE repose donc sur une anthropologie, une contemplation de la personne humaine en vérité. Cette contemplation pose un regard sur la nature réelle de l’homme à la lumière de la Bible. Mais avant tout il s’agit bien d’une contemplation. Nous n’inventons pas l’Homme, nous le découvrons. Il se dévoile à nous lorsque nous l’étudions.

La doctrine sociale de l’Eglise est donc en premier lieu un corpus anthropologique qui nous parle de l’Homme. Parler de l’Homme c’est le décrire dans toutes ses dimensions humaines et spirituelles afin de comprendre ce qui est bon pour lui, ce qui va l’épanouir et le rendre heureux. C’est pourquoi, cette anthropologie est théologique, puisque le bonheur de l’Homme réside dans sa relation à Dieu.

La doctrine sociale de l’Eglise est donc un corpus qui nous donne à contempler l’Homme et sa fin dernière, mais dans un but précis qui est de conduire l’Homme vers ce bonheur. En ce sens la doctrine sociale de l’Eglise est un corpus également moral, puisque le principe de la morale n’est pas de dicter le permis et l’interdit, mais d’éclairer le chemin vers le bien. La morale est ce qui offre la possibilité de rejoindre le bonheur de l’Homme depuis sa vérité profonde qu’est son anthropologie.

C’est par ses actes que l’Homme démontre son attachement au bien et qu’il avance vers le Bien. Des actes auxquels il ne se réduit pas, mais qui vont orienter sa propre relation au monde et à Dieu. Ainsi, sur la base d’une connaissance de l’Homme et en vue d’atteindre le bonheur de chacun, la doctrine sociale de l’Eglise donne des clefs de lecture morales, c’est-à-dire d’action.

Même si tout est lié et qu’on ne peut dissocier agir privé et conséquences sociales, la doctrine sociale de l’Eglise est une aide à l’action dans le monde. Actions sociale, politique économique qui concernent la responsabilité de chaque acteur dans le bien commun de l’humanité. Elle vise à aider les hommes et les femmes à poser les bons actes, à prendre les meilleures décisions pour le développement intégral de chaque homme et de tout homme, car nous sommes responsables de nos actes et de leur conséquence, que nous soyons chef d’Etat ou simples consommateurs.

Dans la complexité du monde et de la personne humaine, la DSE propose un corpus cohérent de la vision de l’homme à sa réalisation personnelle par un chemin d’actes conduisant effectivement au bien de l’humanité. La doctrine sociale de l’Eglise est une aide au discernement et non un ensemble de recettes qui déresponsabiliserait la personne humaine. Au contraire, c’est une aide pour que chacun devienne toujours plus responsable en connaissance de cause.

Philosophie, théologie, morale, la doctrine sociale de l’Eglise est aussi un mouvement spirituel de tout notre être vers le Bien. Vers notre bien et celui des autres. Elle pose dans le plus quotidien de nos actes le salut de l’Humanité, car dans ce monde perdu, j’aime à dire que la DSE est la vocation de saint Jean-Baptiste, elle nous invite à aplanir les routes qui trop souvent entravent la progression de nos contemporains, vers le bien, vers Dieu.

 

 

Synthèse Hebdo

Edito #126 : Le vote catholique pro Macron : info ou intox ?

Un sondage ifop pour le quotidien revendiqué catholique La Croix, nous informe que le vote catholique serait majoritairement favorable au parti d’Emmanuel Macron. Outre le fait que les sondages sont de plus en plus manipulés et orientés pour favoriser le pouvoir en place (les démonstrations ne manquent pas), je reste tout de même dubitatif quant à ce qui ressort de ce « sondage ».

Il serait intéressant de connaitre avec plus de précision qui sont ces pratiquants qui auraient voté LREM, car sauf erreur de ma part le parti du président entend bien livrer une guerre sans merci à la vie, depuis sa conception jusqu’à son terme. Or, il me semble que le pape François ne cesse de rappeler que la vie est sacrée et inviolable. Une question surgit avec la violence du réalisme : peut-on être catholique et voter pour la mort ?

Alors on aurait tendance à dire que ce sont les cathos de gauche, pourtant en perte de vitesse (les reportages alarmistes des médias bienpensants le disent suffisamment), qui voteraient pour un parti issu de la gauche. Mais là ça ne colle plus vraiment car le président caricaturé à la solde des grandes banques ne devrait pas avoir bonne presse dans les milieux de la gauche catho. Milieu très favorable au pape social et proche des pauvres qui appelle sans cesse à ne pas porter atteinte à la vie.

Il y aurait donc une schizophrénie multiple dans cette population de pratiquants, tiraillée entre un vote pro capitaliste et pro mort, bref, un candidat aux antipodes des préoccupation d’un pape soutenu massivement par ce qu’il est facile d’appeler les cathos de gauche. La peur du RN aurait-elle suffit à balayer les convictions de cette frange de la population ? Mais entre la peste et le choléra la liste LR, menée par le catholique centriste de fait, François Xavier Bellamy, aurait pu être un bon compromis.

Si ce ne sont pas les cathos de gauche, peut-être sont-ce ceux dits de droite, qui aux présidentielles avaient préféré voter Macron pour sauver leur portefeuille, plutôt que la vie des enfants à naître. Et là, bien qu’ils le cachent, ils sont tout de même fort nombreux. Et dans cette frange de la population des messalisants, nous trouvons une grande part de « légitimistes », c’est-à-dire de bourgeois fidèles au pouvoir en place, par réflexe sécuritaire.

Or, c’est bien là le drame de notre monde catholique. Nos convictions sont balayées face à notre tranquillité. Et le catho bobo qu’il soit de gauche ou de droite est une réalité martyrocide. Le conservatisme qu’il soit de confort ou de préservation est une réalité bien ancrée dans nos milieux et particulièrement dans la génération des 45/60 ans. Car, et c’est un souffle d’espérance, les jeunes générations, massivement, disent non à la complicité passive pour confort personnel.

Alors qu’en est-il de la réalité de ce sondage ? Difficile à dire dans un monde qui triche et manipule l’information. Mais il est un fait qu’il pourrait bien être valable pour une part substantielle de catholiques.

Pardon à ceux qui se sentiraient blessés ou attaqués. Mais à ceux qui sont énervés, se pose la question du miroir, car on est blessé que par ce qui nous atteint. Et il faut parfois l’électrochoc de la vérité saillante pour se réveiller.

Enguerrand de Montf

Retrouver notre lettre d’actualité complète à partir de ce lien :
Edito #126 : Le vote catholique pro Macron : info ou intox ?

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Bellamy un échec attendu mais souhaité

Lorsque François-Xavier Bellamy a été pressenti comme candidat tête de liste LR aux Européennes, j’ai tout de suite fait part de mon scepticisme, non à l’encontre du candidat, mais bien de sa candidature.

Certes, il y a le double avantage d’avoir mis en avant un nom que le milieu catholique peut (enfin) soutenir d’une part et d’offrir à nos conviction un siège au parlement européen d’autres part. Et, comme je l’ai dit dans une autre tribune, au regard du fonctionnement par lobbys, autant avoir nos propres portes d’entrée.

Pour autant, ce qui devait arriver arriva. Que pas un mammouth du parti ne se précipite pour la place en disait long sur la débâcle annoncée d’un parti de plus en plus inexistant et dont le président n’est pas, loin s’en faut, le plus grand opposant au président Macron. Il restait donc à anticiper la défaite. Bellamy était le moyen le plus judicieux. C’était l’occasion de discréditer l’aile conservatrice, celle qui restait la plus active malgré la déconfiture du parti. La seule portant un discours politique offensif et une véritable alternative à la république dite en marche.

Il ne fallut pas longtemps et dès ce matin Eric Woerth, déclarait « on ne reconstruit pas un parti sur son aile conservatrice ». Vous l’avez entendu, le bouc émissaire tout trouvé, il ne reste plus qu’à parachever son portrait d’épouvantail.

Ainsi, les responsables de la défaite du parti en lambeaux seraient donc les conservateurs qu’ils ont eux-mêmes mis là. Une bonne façon de tirer sur le pianiste et de se débarrasser des relents de Sens commun et autre fillonisme qui selon cette droite de nom plus que de convictions est responsable de leur défaite.

 

Pour ma part, je pense qu’au contraire, si la droite redevient une droite elle redeviendra une alternative crédible. Alors faut-il repartir du gouffre LR ? Ou faut-il construire à frais nouveau et sans complexe une droite qui ne cherche pas à rassembler de fausses droites, mais à être une droite conservatrice assumée et militante ?

 

Enguerrand de Montf

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L’Ascension pour les Pères de l’Eglise : retour triomphal au ciel du Christ ressuscité, avec son corps charnel

« C’est pour nous ouvrir la porte du ciel par son ascension qu’il est ressuscité dans son corps et monté aux cieux avec son corps » (Chromace d’Aquilée, Sermon 1, 95-101).

Célébrer l’Ascension ?

Égérie, qui nous a guidés à Jérusalem durant le Carême et les fêtes pascales, ne mentionne pas de célébration liturgique de l’Ascension le quarantième jour après Pâques, alors que chaque fois qu’une cérémonie a lieu à l’Imbomon, sur le mont des Oliviers, elle ne manque pas de rappeler que c’est le lieu d’où le Seigneur s’est élevé au ciel en présence de ses disciples. Pourquoi ce silence ?

En fait cette Quadregesima Ascensionis comme l’appelle plus tard Augustin, parallèle de la quadragésime du carême, commence à être célébrée à la fin du IVe siècle seulement ; jusque -là l’Ascension du Seigneur prend place dans la célébration de la Pentecôte ; c’est le cas à Jérusalem en 384.

En Orient, les premières attestations d’une fête de l’Ascension au quarantième jour sont celles de Grégoire de Nysse, à Constantinople, en 388, et de Jean Chrysostome, à Antioche, à la même époque.

Chromace, évêque d’Aquilée de 388 à 408, est le plus ancien témoin occidental, avec Filastre de Brescia (mort avant 397), de la célébration liturgique de l’Ascension le quarantième jour après Pâques, par un sermon qu’il prononça pour cette fête mais dont on ne peut préciser l’année ; leur contemporain Maxime de Turin reste fidèle à la célébration de l’Ascension lors de la Pentecôte. La célébration de l’Ascension séparée de la Pentecôte se généralisa ensuite assez vite.

Parce que c’est peut-être la première fois que cette célébration a lieu à Aquilée, Chromace l’exalte tout particulièrement commençant son sermon par le mot sollemnitas : « La solennité de ce jour porte en elle une grande grâce festive. C’est en effet en ce quarantième jour après sa résurrection, comme votre Dilection vient de l’entendre dans la présente lecture, que notre Seigneur et Sauveur, en présence de ses disciples, et sous leurs yeux, est monté au ciel avec son corps. » (Sermon 8, 1)

Le Christ est monté au ciel avec son corps charnel

Les gnostiques et les manichéens ne croyaient pas à une vie après la mort physique, plusieurs courants hérétiques (Valentiniens, Apollinaristes) estimaient, en dépit des évangiles, que le corps du Christ ressuscité était un corps spirituel. Comme un certain nombre d’auteurs avant lui, ainsi Justin dans l’Apologie pour les chrétiens, adressée à l’empereur Antonin avant 160, Chromace souligne fortement qu’il est ressuscité et monté au ciel avec son corps de chair. Or, à la même époque, Rufin d’Aquilée, dans l’Explication du Symbole des Apôtres, composée (après 397) pour l’enseignement des catéchumènes, indique que l’on confesse à Aquilée : « la résurrection de cette chair » au lieu de « la résurrection de la chair », précisant : « Nous suivons la règle que, dans l’Église d’Aquilée, nous avons reçue avec la grâce du baptême » (Expositio Symboli, 3)  et encore que le Christ est « ressuscité des morts dans la même chair dans laquelle il est né » et c’est dans cette chair qu’il est monté aux cieux (Ibid., 29). Les fidèles d’Aquilée étaient donc bien préparés à entendre leur évêque affirmer que le Christ était bien monté au ciel dans son corps humain, celui qu’il tenait de son incarnation.

Un retour glorieux, triomphal, annoncé par les prophètes

Formés à l’exégèse spirituelle, ils sont aussi à même d’entendre une argumentation fondée sur l’annonce prophétique des mystères et de suivre la lecture symbolique qui leur est présentée : « Une nuée le reçut sous les regards de ses disciples […] et c’est ainsi qu’il est monté au ciel. […] Le Christ n’avait nullement besoin de l’aide d’une nuée, lui qui, avec le monde, avait aussi créé les nuées. C’est ce qu’il dit par la bouche de Salomon tenant le rôle de la Sagesse : “Quand il créait les cieux, j’étais là ; lorsqu’il affermissait les nuées dans l’air, j’étais devant lui comme le maître d’œuvre” (Prov.8, 28) […] Mais ce qui étonnait les Apôtres, c’est que le Christ montât au ciel avec sa chair […] ; mais quoi de surprenant dans l’étonnement des Apôtres, quand les Vertus des cieux elles aussi furent dans l’étonnement ? C’est en effet ce qu’Isaïe manifeste, lorsque, tenant le rôle des citoyens du ciel, il dit : “Quel est celui-ci qui arrive d’Édom ? La pourpre de ses vêtements vient de Bosor. Il est beau dans sa robe, beau comme la cuve pleine du pressoir” (Isaïe 63, 1). Édom se traduit : terre et Bosor : chair. Il semblait donc étonnant aux anges que celui qui selon la chair était né sur terre d’une vierge, et qu’on avait vu souffrir et être crucifié dans sa chair, montât au ciel avec cette même chair. De plus il est aussi fait mention du pressoir, pour montrer à l’évidence la passion que le Seigneur souffrit en croix. Car, en souffrant la croix, le Christ fut comme foulé sous le bois du pressoir, afin de verser pour nous son sang sacré. C’est pourquoi la pourpre de ses vêtements est dite “de Bosor”, c’est pourquoi il nous est présenté comme “beau dans sa robe”. La pourpre de ses vêtements se rapporte à l’effusion de son sang, la beauté de sa robe à la gloire de sa résurrection, car c’est dans cette chair, en laquelle il a versé pour nous son sang glorieux, qu’il est ressuscité glorieux de la mort. » (Ibid. 2). […]

Étonnement des anges et confusion du diable : l’Ascension, suprême triomphe sur Satan

« Il était étonnant pour des anges, étonnant pour les Puissances d’en-haut, que cette chair dont il avait été dit à Adam : “Poussière tu es, en poussière tu retourneras” (Genèse 3, 19), ne fut pas désormais de la poussière, mais une chair qui montait au ciel. Quel profit le diable a-t-il tiré de sa méchanceté ? Notre chair terrestre, qu’il ne voulait pas voir régner dans le Paradis, règne dans le ciel. Car l’ascension du Seigneur au ciel fut, certes, l’étonnement et l’allégresse des anges, et la joie du monde entier, alors qu’elle fut la confusion du diable, et sa véritable condamnation. Cet étonnement des anges devant l’ascension du Seigneur au ciel, David nous le montre dans le psaume, quand il dit : “Princes, élevez vos portes ; élevez-vous, portes éternelles, et le roi de gloire fera son entrée, le Seigneur puissant et fort au combat” (Ps 24(23), 7-9). Les anges étaient dans l’étonnement, eux qui avaient été présents à la résurrection du Seigneur ; aussi se criaient-ils l’un à l’autre d’ouvrir la porte des cieux au Christ vainqueur, qui revenait au ciel après le combat de sa passion. Car il avait vaincu le diable, vaincu la mort, il avait vaincu le péché, il avait mis en déroute les légions des démons, et il était ressuscité vainqueur de la mort. » (Ibid. 3)

L’accueil triomphal du Christ vainqueur

« Le Christ monta donc au ciel avec son corps après le triomphe de sa croix, après la victoire de sa passion. Les anges lui rendaient le service qui lui est dû : les uns en effet précédant le Christ montant au ciel avec son corps ; d’autres le suivaient, offrant ainsi à un si grand roi et à un si grand vainqueur la déférence qui convient. Si, en effet, tout le monde, en chantant ses louanges, va à la rencontre d’un roi victorieux alors qu’il n’est qu’un homme, combien plus tous les anges et les Vertus d’en-haut ne devaient-ils pas aller à la rencontre du Christ, roi éternel, qui après avoir triomphé du diable et vaincu la mort, remontait en vainqueur au ciel avec son corps ? » (Ibid., 3-4)

C’est l’accueil réservé à un empereur vainqueur que Chromace ne manque pas d’évoquer ici. Le Christ est revêtu de la pourpre (absolument réservée à l’empereur à cette époque), il est entouré par les Vertus, Puissances célestes, comme l’empereur par son armée victorieuse, accueilli par les anges, citoyens du ciel, comme les citoyens d’Aquilée, ont acclamé plusieurs empereurs, en particulier Théodose entrant à Aquilée, en septembre 394, après sa victoire lors de la bataille la Rivière Froide (la Vipava en Slovénie, au nord d’Aquilée), victoire sur un usurpateur qui lui permettait de reprendre le contrôle de l’Occident certes, mais plus encore, pour les chrétiens, victoire de la vraie foi sur les fausses croyances des païens dont les dieux sont les démons mis en déroute. C’est ce que Rufin explique dans le récit de cette bataille (Histoire ecclésiastique, II, 33) dont les chrétiens d’Aquilée ont pu entendre la lecture publique en 403.

Le retour du Fils dans la gloire du Père

« Rien d’étonnant, certes si les anges, aussi bien que les Vertus d’en-haut, sont accourus à la rencontre du Christ retournant au ciel, quand on nous dit que le Père lui-même est venu à sa rencontre. C’est ce que le psalmiste vient de nous déclarer lorsque, tenant le rôle du Fils, il s’adresse au Père : “Tu m’as pris par la main droite, tu m’as conduit selon ta volonté et tu m’as élevé avec gloire” (Ps 72, 24). Le Père, en effet, a reçu avec gloire le Fils qui revenait au ciel ; il l’a placé à sa droite, comme il est dit dans un autre psaume… Le Père pourrait-il manifester plus grand amour ? Quelle gloire plus grande pourrait recevoir le Fils, que de siéger à la droite du Père ? […] Il a voulu souffrir sur terre, et c’est pourquoi il a supporté la passion et la mort pour le salut du genre humain. Il a voulu monter au ciel avec son corps. Il siège à la droite du Père. Il n’y a donc qu’un seul trône pour la majesté du Père et du Fils, parce qu’il n’y a entre le Père et le Fils aucune différence d’honneur, aucune distinction de dignité, mais uniquement dilection de charité. »

A Aquilée, qu’on a pu qualifier « d’îlot nicéen » face à l’arianisme dominant en Italie du Nord durant plusieurs décennies, Chromace et sa famille avaient lutté contre l’hérésie arienne, ce qui leur vaut d’être qualifiés de « confesseurs » par Jérôme ; des évêques ariens avaient été condamnés lors du concile de 381 dont Chromace, alors prêtre, était le secrétaire.  Les fidèles ne pouvaient qu’être sensibles à cette image d’« un seul trône pour la majesté du Père et du Fils », une représentation qui avait cours aussi pour manifester l’étroite union de deux empereurs co-régnants, parfois père et fils mais pas toujours.

 

Ici c’est bien l’exaltation du Fils consubstantiel au Père qu’affirme l’évêque avant de conclure : « La chair de notre nature étant donc montée au ciel aujourd’hui dans le corps du Christ, il convient en vérité que nous célébrions la solennité de ce jour, et que nous agissions dès cette vie présente en sorte que, dans la vie future, nous méritions de devenir participants de la gloire du corps du Christ dans le royaume des cieux. » (Ibid. 4) L’Ascension nous ouvre donc à l’espérance de la résurrection de notre chair dans la gloire du corps du Christ.

 

Françoise Thelamon

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L’entreprise à l’épreuve des mutations du numérique – Une clef de lecture chrétienne

Le numérique, quelles implications dans votre vie ?
La cinquième édition des Rencontres de Montligeon s’est déroulée les 18 et 19 mai 2019 au sanctuaire. À la clé, plus de 6h00 de conférences, d’échanges et de réflexions autour des questions du numérique dans nos vies : des enseignements précieux sur la place de ces outils à la lumière de l’enseignement social de l’Église.

Cyril BRUN, consultant éthique, analyse politique et anthropologique, membre du conseil scientifique de Pro Persona

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L’erreur radicale de notre époque, l’égalitarisme

L’égalitarisme est l’erreur radicale de notre époque. Si nous ne l’attaquons pas à la racine, nous découvrirons que nous n’avons plus aucune valeur culturelle ou spirituelle à conserver.

La position du conservateur, qu’il soit libéral ou autrement en politique, suppose l’inégalité. Un homme devrait aimer sa patrie davantage qu’il n’aime un autre pays, ainsi il la défend contre la disparition. Certaines œuvres culturelles sont meilleures que d’autres et exigent que nous en prenions spécialement soin.

Quand nous aimons d’un cœur reconnaissant, l’image de Dieu en nous brille plus clairement. Par sa gratitude, la créature ressemble au Créateur, qui donne gratuitement à travers un abîme infini d’être, qui n’a besoin de rien, et qui ne demande rien à part l’amour. La gratitude reconnaît l’excellence du donneur et du don, et se réjouit des deux.

« L’égalité, dit C.S. Lewis dans Le poids de la gloire, est un terme quantitatif et par conséquent l’amour souvent l’ignore. L’autorité exercée avec humilité et l’obéissance acceptée avec joie sont les lignes le long desquelles nos esprits vivent. » L’égalité « est une médecine, non une nourriture. »

L’égalité politique peut être nécessaire parce que les hommes sont tombés, et il y a également, dit Lewis, un sens dans lequel nous sommes égaux sous le regard de Dieu, dont l’amour ne dépend pas de notre rang social ou de notre acuité intellectuelle. Séparé de Lui, et en comparaison avec Lui, notre valeur est la même : nulle. Dans l’Eglise, dit Lewis, « nous recouvrons nos vraies inégalités et nous sommes ainsi rafraîchis et stimulés. »

Où Lewis a-t-il pu pêcher une telle idée ? Dans toute la pensée chrétienne et l’art chrétien, et dans une vue équilibrée de ce que tous les gens ont pensé être bon, meilleur et parfait. Chez Dante par exemple.

Quand Dante est dans la plus basse sphère du Paradis, celle de l’humeur inconstante (allégorie pour ceux qui n’ont pas respecté leurs vœux sacrés), il demande à sa belle-sœur Piccarda si elle désire une place plus haute, pour aimer davantage, voir davantage et être davantage chérie. Il pense en termes de compétition : c’est l’envie et non l’amour qui réclame l’égalité. Piccarda sourit « comme une jeune fille dans l’éblouissement du premier amour » et réplique :

« Frère, la vertu de charité

apporte la quiétude à notre volonté,

ainsi nous désirons ce que nous avons,

et n’aspirons à rien d’autre.

Si nous ressentions un désir ardent de monter,

un tel désir créerait une discordance

d’avec Sa volonté qui sait, et nous veut ici.

Ca ne peut pas marcher, comme tu peux voir :

rappelle-toi la nature de l’amour, souviens-toi que le Ciel

c’est vivre nécessairement dans l’amour.

Car il est de l’essence de cette béatitude

de faire sa demeure dans la Volonté divine,

qui conforme nos volontés à la Sienne.

Si bien que, tout en demeurant d’un endroit à l’autre

à travers ce royaume, c’est à notre satisfaction

parce que cela réjouit le Roi dans le désir duquel

nous trouvons notre propre désir.

Dans Son désir est notre paix. »
Pourquoi voudriez-vous qu’il en soit autrement ? Je contemple les cieux et je ne vois pas un quadrillage régulier d’étoiles équidistantes et de même magnitude. Une telle chose chaque nuit nous rendrait fous. Je vois à la place ce que Hopkins voyait et aimait quand il contemplait la création faite par Dieu :

Toutes choses inverses, originales, rudimentaires, étranges,

Tout ce qui est changeant, tacheté, qui sait comment ?

Avec rapidité, lenteur, douceur, aigreur, scintillement, faiblesse ;

Lui dont la bonté est immuable :

Louez-le.
C’est comme le carrousel de personnes distinctes dans le Corps du Christ. Aussi Hokins loue Saint Alphonso Rodriguez, l’humble jésuite, dont les intenses luttes contre le mal étaient intérieures et cachées :

Pourtant Dieu (qui façonne montagnes et continents,

la Terre, tout ce qui existe ; Lui qui avec foisonnement constant,

Multiplie les violettes nervurées et les grands arbres)

Pourrait remplir la carrière de conquêtes pendant qu’elles sont allées

Ces années sans nombre en un monde sans événement

Dont Alphonse a gardé la porte à Majorque.
La diversité des ministères au sein de l’Eglise implique l’inégalité, tout comme la diversité des membres du corps. Il est impossible d’être membre sans inégalité et hiérarchie ; un corps ne peut être un corps que par la vertu de l’amour mutuel qui soude les membres, un amour exprimé par une gouvernance et une obéissance désintéressées. « Moi aussi je suis un homme soumis à une autorité » dit le centurion à Jésus, et ainsi il sait à la fois ce que sont commander et obéir.

Il est comme le maître d’équipage dans « La tempête » qui montre sa prompte obéissance aux commandements du capitaine en les relayant aux marins et en les encourageant dans leur travail. Il est comme les chérubins adolescents de Milton, Ithuriel et Zéphon, qui obéissent à leur chef Gabriel et se voient accorder le privilège de découvrir Satan, tapi tel un crapaud près de l’oreille d’Eve endormie.

Satan, jouant la carte de l’orgueil, les rabaisse pour ne pas l’avoir reconnu sur-le-champ. Ils devaient être bas dans la hiérarchie des anges. Ithuriel ne défend pas son statut. Il réplique que Satan, désobéissant, ne brillera plus de son ancienne gloire. Un homme grandit quand il s’incline devant plus honorable que lui. L’orgueil et l’envie flétrissent. Satan le sait, en dépit de lui-même :

Pour répondre au chérubin et à sa sévère réprimande,

Grave dans sa jeune beauté, additionnée de grâce

Inébranlable ; le diable se tenait confus

Et ressentait combien la bonté était impressionnante,

Voyait comme la vertu était modelée charmante

Il vit, et prit le deuil de sa perte.
Je suppose que rien de cela n’est sujet à controverse, excepté pour le féminisme particulier à notre époque. Il est vraiment particulier ; il n’a pas apporté de santé à la famille ni à l’Eglise ; il n’a pas rendu notre politique plus humaine ou moins amère ; il fait actuellement de Sodome l’égale de Jérusalem.

Aucun corps sans hiérarchie. Tous sont-ils docteurs ? Tous sont-ils prophètes ? Pas de hiérarchie sans obéissance : la vertu de tenir compte de ce que votre supérieur souhaite, de l’assimiler et d’en faire un principe de votre action. Si je suis admis dans le royaume de Dieu, loin de moi l’idée de demander l’égalité avec Pierre et Paul. J’y perdrais la moitié de ma joie.

Anthony Esolen est conférencier, traducteur et écrivain. Il dirige le Centre pour la Restauration de la Culture Catholique à l’Université Thomas More de Lettres et Sciences Sociales et Humaines.

Illustration : « Satan sursaute au contact de la lance d’Ithuriel » par Henri Fusseli, 1776 [Musée d’Art de Cleveland]

Source France Catholique

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Aristote philosophe aux dix visages

On ne sait ce qu’il faut admirer le plus chez Aristote (384-322 av. J.-C) : le politique, le moraliste, le chercheur ? Il fut aussi philosophe, critique d’art, de lettres et de musique, pédagogue, précepteur du plus grand empereur de tous les temps, et père de famille modeste et avisé.
Aristote est inépuisable. Fils de médecin, le soin des corps, les vertus des plantes, l’impact des saisons, le rôle du temps, le jeu des climats : tout l’intéresse. Pendant qu’il écrit ses livres sur la politique et la philosophie morale, il envoie ses élèves chercher dans les îles de la mer Égée tout ce que la faune et la flore peuvent lui apporter de connaissances nouvelles. Sa réflexion sur la vertu se nourrit des exemples les plus immédiats et les plus prosaïques, comme des textes les plus vénérables. Quand il accompagne son élève Alexandre, devenu le plus grand roi de l’univers, il observe les mœurs, les lois, les institutions des peuples de l’univers, de Gibraltar aux confins de l’Himalaya. Il juge beaucoup moins qu’il ne décrit. Son intelligence est constamment en éveil. Disciple de Platon, en vrai philosophe, il est d’abord «  l’homme qui s’étonne  ». La moindre herbe lui parle. Le vol des oiseaux l’instruit. La variété des constitutions l’émerveille. Il n’en finit pas de les comparer.

Dilemme résolu
C’est dans cette contemplation active qu’il résoudra, le premier et le seul, le problème, insoluble avant lui, de l’opposition entre l’Être et le mouvement, entre l’existence et l’essence des choses. Pour Platon et ses disciples de la stricte observance, seul compte l’Être. Le mouvement est pure illusion de nos sens. Pour Héraclite et son école au contraire, le changement est la seule réalité : «  On ne se baigne jamais dans le même fleuve  » ; «  Tout coule et se transforme.  »

Aristote, quant à lui, affirme que «  ce qui est est, ce qui n’est pas n’est pas.  » C’est le principe d’identité. Mais entre le néant et l’être, il distingue une autre forme qui est l’être en devenir. Ainsi l’enfant est en puissance d’être l’adulte qu’il deviendra, mais qu’il n’est pas encore. C’est pourtant le même, du berceau à la tombe, de la conception à la mort naturelle. Achille n’est plus le coureur «  immobile à grands pas  ». Il court vraiment, et chaque foulée est en acte et en puissance de la foulée suivante.

Fécondité de sa découverte
La fécondité de cette découverte est inépuisable. Il s’en déduira la distinction entre l’essence des choses qui ne change pas, et l’infinie variété des existences de ces mêmes choses. L’essence de l’homme est une : c’est l’humanité présente en chacun de nous. Mais les existences sont aussi diverses que les individus, dont aucun n’est absolument identique à un autre. La loi naturelle est ainsi l’essence du droit, mais les législations changent selon les lieux, les temps, les circonstances. Ce qui demeure n’est pas obligatoirement en contradiction avec ce qui évolue. Il n’est pas nécessaire d’opposer progressistes et conservateurs, mais simplement d’observer ce qui doit changer et ce qui ne peut pas disparaître. En politique, la distinction s’opère entre la doctrine qui ne change pas, et les programmes qui doivent évoluer.

Il se déduit aussi de ce dualisme qui se décline en «  matière et forme  », corps et âme, qu’il faut nécessairement à ces deux principes d’identité et de changement un principe extérieur, qui les unisse entre eux. Aristote le désignera comme «  l’acte pur », et la philosophie chrétienne du nom de Dieu.

Un Dieu qui n’est pas l’«  horloger  » de Voltaire, qui a fabriqué son horloge et la laisse tourner – effroyable régression de la pensée. Mais un Dieu qui crée et maintient dans l’être une création qui, sans Lui, disparaîtrait dans le néant. «  Dieu nous a tirés du néant pour nous appeler à l’Être  », disait Gustave Thibon, et le cardinal de Bérulle définissait l’homme comme «  un néant capable de Dieu  ».

La postérité spirituelle de cet humble chercheur qui fut aussi un géant de la pensée, ennemi de tout système parce qu’il est amoureux de ce qui EST, est presqu’aussi innombrable que celle d’Abraham. «  Aristoteles dixit  » écrivait saint Thomas d’Aquin. Et tout (ou presque) était dit.

Jacques Trémolet de Villers

 

Source France Catholique

 

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A quoi sert la doctrine sociale de l’Eglise ?

Il y a une dizaine d’années, nous n’étions pas très nombreux à nous consacrer à la doctrine sociale de l’Eglise. Après un engouement au milieu du XXème siècle, l’intérêt est retombé à proportion du désengagement socio-politique des catholiques. Avec cette double désaffection, nous percevons déjà un des enjeux de la DSE, l’action. En parallèle de ce que nous pouvons qualifier de répulsion du politique par les catholiques, nous avons été accaparés par un autre combat qui nous a semblé plus pressant. Suite à Humane vitae de Paul VI et aux nombreuses agressions contre la vie, les catholiques se sont emparés par tous les bouts de ce combat. Ils se sont formés, engagés, démenés mais aussi déchirés entre eux.

Et ce combat se poursuit au rythme croissant des agressions contre la vie menacée. Ce faisant et sans rien retirer de l’urgence de cette lutte, nous avons isolé un aspect, nous nous sommes concentrés sur une seule bataille, la coupant, comme une redoute isolée, de la guerre générale qui se livre sous tous les autres fronts. Le fusil de plus en plus défensifs, acculé derrière de fragiles barricades, nous avons perdu de vue un autre document majeur de Paul VI, un document repris comme fil rouge par Benoit XVI dans son encyclique Caritas in veritate. Avec Populorum progressio, Paul VI rappelait, l’apport essentiel de l’Eglise au discours politique, à savoir tenir une vision globale de l’Homme. C’est le fameux développement intégral de tout l’Homme et de tout homme.

Cette encyclique, comme l’ensemble du corpus de doctrine sociale, pose sur la personne humaine un regard global et unifié que le pape François reprend dans la dernière encyclique sociale Laudato si ‘ : tout est lié. Se battre et se former en doctrine sociale c’est poser le combat pour la vie au cœur d’un enjeu plus vaste qui concerne le développement humain intégral. On ne peut défendre le début et la fin de la vie sans défendre la vie qui s’écoule entre le début et la fin, car aujourd’hui tout est menacé.

L’Homme est déshumanisé, écartelé entre transhumanisme, post-humanisme, négation de l’âme, perte de liberté, refus de la nature et peur du vide, liée à la peur de vivre et de mourir. On se demande, du reste, si avoir focalisé les catholiques sur la défense de la vie n’était pas une stratégie du démon pour nous faire déserter le terrain social et politique. Or, à longueur de documents, le magistère rappelle que la politique est un service éminent de la charité.

Il est paradoxal et tellement démoniaque de voir cette inversion du sens profond des choses. La politique, service de la charité désertée parce que vue comme domaine réservé du mal, est fuie par les catholiques. Outre l’œuvre du démon, toujours prompt à déformer et mentir, il y a derrière cette désertion, une peur liée au manque de formation.

Les catholiques sont réputés (et moqués dans les milieux protestants) pour leur manque de formation. Ce qui est encore une fois paradoxal quand on connait le trésor immense de ses intellectuels et du magistère. Mais l’absence de formation à ceci de particulier qu’elle nourrit les phobies (peur de l’inconnu) et paralyse l’action. On ne peut agir que si l’on sait et comprend. N’étant plus habitués au monde politique, distancés par les nouveaux codes et englués dans le rythme quotidien du monde économique, les catholiques ne comprennent plus le monde qui les entoure et surtout n’ont plus les clefs de lectures chrétiennes pour le lire.

Telle est l’utilité de la doctrine sociale de l’Eglise. Trop souvent, on me demande des recettes toutes faites. Mais la DSE n’est pas un code d’action, un recueil de cas. La DSE est un ensemble de clefs pour agir. Elle repose sur une connaissance de l’Homme à acquérir, une vision de la société à comprendre, une civilisation de l’amour à mettre en acte.

On n’apprend pas la Doctrine sociale de l’Eglise comme un code de droit, on la rumine, on la fait sienne, comme un une seconde peau. C’est au fond un reflexe à l’action en société, une capacité à discerner à agir en vue du bien, en toutes circonstances sans cesse mouvantes et uniques de la vie.