Bioéthique – La science n’a pas de valeur (morale) en soi ?

Réponse scientifique à Jean-Marie Le Méné

Durant la marche pour la vie, Jean-Marie Le Méné a fait une intervention sur les dangers de la loi sur la bioéthique. Il commença par dire : « Je vous met au défi de trouver un seul scientifique dans le monde capable d’écrire […] que l’embryon humain n’est pas le petit de l’homme et n’est pas un être humain ». Phrase qui, contrairement à la suite, est fort juste et motivante.

« Est-ce que c’est « scientifique » de détruire des êtres humains parce qu’ils ont un gène ou un chromosome en plus ou en moins ? » : En dehors du Syndrome de Turner, ou il n’y a qu’un chromosome sexuel au lieu de deux, aucun manque de chromosome n’est viable. On notera au passage que les femmes vivent très bien sans chromosome Y et les hommes vivent très bien avec un seul X. Plus sérieusement, si nous prenons une décision « eugéniste », nous ne sommes pas dans le cadre de la science, mais celui de l’ingénierie. Les promoteurs de cette pratique cherchent à fabriquer une population exempte d’anomalie, en ce basant sur de la science, et non-pas à répondre à une hypothèse. Il en va de même pour les questions relatives à l’âge, où aux anomalies diverses.

La question de l’embryon humain utilisé sur une paillasse plutôt que de l’embryon animal n’est pas d’ordre économique ou relative à la protection des animaux. Si l’on développe un médicament, on cherche principalement à ce qu’il soit actif sur l’homme, et il y a donc moins de fiabilité à travailler sur des cellules animales. Le cout d’un embryon humain est supérieur économiquement à celui d’un embryon animal.

« Est-ce qu’il est scientifique de mettre des femmes sous perturbateur endocrinien ? ». En fait oui… Voici le genre d’expérience impossible… mais qui serait la réponse absolue : Prenez une grande quantité de femmes, qui vous divisez en deux lots de tailles égales et de façon aléatoire. Mettez le groupe 1 de force sous perturbateur endocrinien et veillez à ce que le groupe 2 n’y soit pas exposé. À la fin du temps prévu par le protocole, procédez à la dissection de tous les individus, en faisant des mesures pour les paramètres d’intérêt (cortex cérébrale, cœur etc…). Vous pourrez alors de façon fiable et irréfutable démontrer l’impact de la pilule sur le corps des femmes. La dissection peut éventuellement être évitée, s’il l’on utilise une méthode d’imagerie comme l’IRM, qui sera moins fiable, mais permettrait de suivre le sujet en continue au cours de l’expérience. Ceci est aussi scientifique que les tests de médicaments sur les orphelins et les indigents aux XIXe siècle, où l’on considérait qu’en leur donnant le traitement expérimental, on leur donnait une chance d’être guéris, la où la maladie pouvait les emporter, et que de toute façon, s’ils mouraient du traitement, personne ne serait là pour les regretter. Ceci est bien « scientifique », mais cela n’est pas « humain ».

C’est la justement qu’est nécessaire la bioéthique : la science n’a pas de valeur (morale) en soi. La science peut développer à la fois les meilleurs choses que les pires. C’est la science qui a développé la bombe atomique, le gaz moutarde et la chaise électrique. Pourtant, la science peut aussi être utiliser pour développer un monde meilleur. L’éthique est justement là pour s’assurer que la science soit toujours utilisée à bonne escient.

Pour ceux qui auraient encore des doutes sur le fait que la science puisse conduire à de mauvaises choses, repensez aux personnages de savants fous que l’on croise dans la littérature ou le cinéma. Si un scientifique ne pouvait pas utiliser ces compétences pour de mauvaises choses, ce type de personnages n’aurait aucune portée. Là encore, on peut discuter de ce qu’est la science. Jamais l’on a vu un savant fou tester une hypothèse par l’expérience. Il faut donc reconnaître que nous n’avons dans ce cas pas à faire à un scientifique fou, mais bien à un ingénieur fou. Voilà qui nous donne la limite à ne pas franchir quand on travaille sur l’être humain, il ne faut jamais procéder à une ingénierie du vivant chez l’Homme que ce soit au niveau individuel que collectif. Qu’il soit normal de réparer, à l’aide de prothèses ou de greffe celui qui est défaillant est une chose, mais changer la nature même de l’espèce humaine, que ce soit par eugénisme, par modification génétique ou par transhumanisme ne pourra jamais être acceptable et l’éthique doit viser à ce que de telles pratiques restent interdite.

 

Benjamin Leduc

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