Cardinal Sarah : Une famille qui prie révèle la présence de Jésus ressuscité, au milieu de ce monde orphelin de Dieu

Le 13 décembre dernier, 800 personnes étaient rassemblées à la cathédrale de Créteil pour écouter SE le Cardinal Robert Sarah parler de “Prière et communion en famille“.

Il vous est possible de télécharger ici le texte intégral de l’intervention du cardinal.

(Reprise estivale d’un article du 7 janvier 2017)

 

Nous avons publié hier de larges extraits de la première partie de son intervention : Les fondements théologiques et spirituels de la prière familiale. Voici donc la deuxième partie de sa conférence  : Eléments concrets de la prière familiale.

Dans la deuxième partie de cette méditation, qui sera beaucoup plus brève que la précédente, je voudrais maintenant aborder les éléments concrets de la prière familiale, sans, toutefois, entrer dans les détails pratiques, qui sont bien indiqués dans le livre Prier ensemble à la maison, que le diocèse de Créteil promeut avec raison pour aider cette Eglise domestique, que constitue la famille19 à prier dans sa propre maison.

 

1. Une liturgie domestique

La prière familiale n’est pas une sorte de fourre-tout laissé à l’improvisation de chacun. Dieu mérite bien plus que cela. Quand une petite fille adresse un compliment très tendre à sa maman, le jour de la fête des mères, quand le fils aîné remercie son père à la fin d’un repas familial, au cours duquel les enfants et les petits-enfants reconnaissants ont fêté les noces d’or de leurs parents et grands-parents, ils choisissent les mots les plus beaux, les plus délicats, pour exprimer leur amour filial. Il en est de même avec Dieu notre Père. On ne s’adresse pas à Dieu avec des mots ordinaires, profanes, mais avec les mots les plus admirables, qui, seuls, lui conviennent, des mots qui appartiennent à la sphère du sacré. Or, comment l’Eglise loue-t-elle Dieu ? Avec le langage de la sainte Liturgie. Celle-ci, par sa beauté, est l’expression de la gloire de Dieu. La famille, qui, nous l’avons rappelé, est une Eglise domestique, doit faire de sa maison ou de son appartement, une demeure de louange et d’adoration de Dieu, et c’est pourquoi, pour éviter toute banalité, la prière familiale doit avoir l’aspect d’une « liturgie domestique  ». Elle doit veiller à la sacralité, à la solennité du moment, au recueillement, au silence pour écouter le Dieu silencieux. Il serait opportun que la prière se fasse à genoux devant la majesté de Dieu, si c’est possible. L’homme est grand et redécouvre sa noblesse lorsqu’il est à genoux devant Dieu.

 

2. Un préalable incontournable : le silence sacré

Vous ne serez sans doute pas étonnés si je vous dis que le silence est indispensable à toute prière digne de ce nom. Toutefois, entendons-nous bien sur la signification de ce mot : « silence ». Il ne s’agit pas du silence profane, qui est l’absence de paroles en vue d’un bien-être passager, par exemple la lutte anti-bruit pour des raisons écologiques ; ce silence qui, trop souvent, équivaut au vide, habite une âme qui s’est coupée de sa source, c’est-à-dire de Dieu. Non, il s’agit du silence sacré, celui de la sainte Liturgie, et, justement, nous venons de voir que la prière familiale est une liturgie domestique. Le silence sacré, celui de l’adoration de Dieu, ne nie pas la parole, il va au-delà des mots en atteignant l’ineffable, l’indicible… Choisissons des analogies dans le domaine de l’amour humain : c’est le silence du fiancé qui contemple celle qu’il aime : qui pourrait dire qu’il est muet ? Son silence n’est-il pas rempli de mots d’amour qu’il ne formule pas, car ils sont incapables d’exprimer ce qu’il ressent dans son cœur ? C’est aussi le silence serein et doux de la maman qui, pour la première fois, allaite son nouveau-né, la chair de sa chair : elle est devant un émerveillement et un mystère ineffable, et c’est aussi le silence extatique du papa qui porte à bout de bras son enfant qui vient de naître… Ce silence est extase, contemplation, adoration, acte d’amour, communion et profonde intimité.

 

 

3. Les différentes formes de prières familiales

La prière est un acte de confiance en Dieu, que saint Paul exprime ainsi : « l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables… et nous savons qu’avec ceux qui l’aiment, Dieu collabore en tout pour leur bien  » (Rm 8, 26.28). L’Esprit Saint nous inspire les différentes formes de prières, qui peuvent constituer la trame de notre prière familiale : Nous pouvons adopter ce schéma, qui tient sur les cinq doigts de la main :

·         La prière de louange et la contemplation : « Alléluia, Seigneur tu es bon…  »

·         La prière de pardon : « Pardon, Seigneur, pour ce que j’ai fait de mal…  »

·         La prière d’intercession : « Seigneur, je te prie pour…  »

·         La prière d’action de grâces : « Merci, Seigneur, pour ce que m’as accordé…  »

·         La prière pour les membres de la famille et pour soi-même : « S’il te plaît, Seigneur, accorde à papa, à maman (de la part des enfants), accorde à Pauline, à Julien… (de la part des parents), accorde-moi…  »,

 

4. Le lieu de la prière familiale

Tout d’abord, dans l’appartement ou la maison, il convient qu’un lieu particulier soit réservé à la prière : il s’agit de l’oratoire familial ou du « coin-prière ». Pour bien saisir comment cet endroit particulier doit être un lieu consacré à Dieu, la comparaison avec l’église, celle de votre paroisse, en tant qu’édifice sacré, peut être utile : les caractéristiques suivantes, toute proportion gardée, s’appliquent donc aussi au coin-prière : ainsi, tout élément profane doit être écarté, mais le regard de celui qui prie doit se porter spontanément vers Jésus, c’est-à-dire le Crucifix, et aussi, peut-être, l’icône de la Résurrection. Des lumignons ou des bougies rappellent que Jésus est la Lumière du monde (cf. Jn 8, 12), et que celle-ci se réfracte sur les membres de la famille qui, par leur baptême, doivent briller comme des lampes dans l’obscurité de ce monde. La Vierge Marie, la Mère du Foyer catholique, est aussi, elle dont la statue, l’image ou l’icône orne la partie la plus décorée du « coin-prière » : c’est en la contemplant à genoux, dans la splendeur de sa beauté virginale, que les enfants apprennent à l’aimer et à la vénérer. Et puis, on y place aussi les statues, les images ou les icônes des saints et des saintes qui, pour chacune des familles, sont des intercesseurs privilégiés : saint Joseph, bien entendu, et aussi les saints patrons des enfants, de la France, de la province et de la paroisse… sans oublier les représentations si candides et naïves des archanges et des anges, qu’il est bon d’invoquer, en particulier saint Michel Archange et l’ange gardien.

 

5. La primauté de la Parole de Dieu

Toute prière chrétienne s’enracine dans la Parole de Dieu écoutée et méditée. Toute la Sainte Écriture est inspirée par Dieu (cf. 2 Tm. 3,16), c’est-à-dire que « c’est portés par l’Esprit Saint que des hommes ont parlé de la part de Dieu  » (2 P 1, 21). La Bible occupe donc un rôle primordial dans notre vie chrétienne depuis le jour de notre baptême, qui est notre nouvelle naissance. En lisant la Bible, les membres de la famille, parents et enfants, reçoivent le lait spirituel et pur de la Parole de Dieu (cf. 1 P 2,2), qui est aussi une nourriture solide (cf. He 5,12-14). Bien souvent Dieu nous demande de prendre sa Parole et de la manger (cf. Ez 2,8- 3,3 ; Ap 10, 8-11 ; Je 15, 16) : « Fils d’homme, nourris-toi et rassasie-toi de ce volume que je te donne. Je le mangeai et dans ma bouche, il fut doux comme le miel, mais il remplit mes entrailles d’amertume  » (Ez 3, 1-3). Lorsque nous lisons régulièrement l’Ecriture Sainte en famille, nous pouvons dire comme le psalmiste : « Ta parole est la lumière de mes pas, la lampe de ma route  » (Ps. 118, 105).

Grâce à elle, nous pouvons demeurer sur le droit chemin et ne pas nous égarer ! Enfin et surtout, la Parole de Dieu nous dévoile la Personne du Christ lui-même : « Ce sont les Ecritures qui me rendent témoignage  », dit Jésus (Jn 5, 39). Au cours de la rencontre avec les disciples d’Emmaüs, le Seigneur ressuscité « en partant de Moïse et de tous les Prophètes, leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait  » (Lc 24, 27). Le Nouveau Testament nous dévoile donc la Personne du Christ et nous révèle comment il peut vivre en nous et s’exprimer par nous dans notre vie familiale quotidienne 22. Le Concile Vatican II exhorte de façon insistante et spéciale tous les chrétiens, et notamment les membres des ordres religieux, à apprendre, par la lecture fréquente des divines Ecritures, « la science éminente de Jésus Christ  » (Ph 3, 8) ; « en effet, l’ignorance des Ecritures, c’est l’ignorance du Christ » (Dei Verbum, 25). Il importe donc que la sainte Bible soit présente à la place d’honneur, déposée si possible sur un beau lutrin ou un porte-livre ouvragé. On pourra lire les lectures de la Messe du jour.

 

6. Les moments consacrés à la prière familiale

En ce qui concerne les éléments de la liturgie domestique, outre la prière du soir, dont nous avons présenté les cinq points, en recourant au procédé mnémotechnique des cinq doigts de la main, il y a la prière avant le repas (le benedicite) et, à la fin, appelée « les grâces » ; et puis l’Angelus, la méditation des mystères joyeux, lumineux, douloureux et glorieux du Rosaire… tout en n’omettant pas de marquer les grandes étapes de l’année liturgique : la joie de l’Avent et de Noël, le Carême et son aspect pénitentiel, qui conduit au Triduum pascal, puis à Pâques, l’Ascension, la Pentecôte, sans oublier les solennités : l’Assomption, la Toussaint… La Vierge Marie nous a souvent recommandés de prier le chapelet chaque jour. Quelle joie pour une famille d’invoquer Marie, mère et protectrice !

Les divers événements familiaux sont aussi autant d’occasions de louer Dieu en famille : les anniversaires, y compris celui de notre baptême que le Pape saint Jean-Paul II nous demandait de ne pas oublier, les fêtes des saints patrons des parents et des enfants, l’anniversaire du retour à la Maison du Père de certains membres de la famille ou d’amis très chers, le début ou la fin de l’année scolaire et universitaire… Enfin, il est bon que, chaque soir, le père et la mère de famille bénisse leurs enfants, en particulier les plus jeunes, en traçant le signe de la croix sur leurs fronts, comme ils l’ont fait le jour de leur baptême. De même, l’usage de l’eau bénite est recommandé, et il convient que les parents enseignent à leurs enfants à s’en servir comme un sacramental qui chasse le mal et son auteur, le démon.

 

7. Le recueil de prières

Il est bon, et même indispensable, que les enfants apprennent et connaissent de mémoire les prières chrétiennes, qui constituent en quelque sorte le « fond » commun ou le recueil propre aux fidèles catholiques, et donc à la famille en tant qu’Eglise domestique. Evidemment, vient en premier lieu la Prière du Seigneur, le « Notre Père » et aussi le « Je vous salue Marie », ces deux prières que Notre-Dame, à la Salette, a demandé aux enfants de dire bien consciencieusement chaque jour. Et puis, le recueil des prières chrétiennes comprend aussi celles qui nous préparent à recevoir le pardon de Dieu notre Père. Ajoutons les actes de foi, d’espérance et de charité, les litanies du Sacré Cœur, de la Sainte Vierge, du Saint Nom de Jésus… et aussi les grandes antiennes mariales telles que le Salve Regina, le Regina Caeli… On n’oubliera pas aussi de dire ou, mieux, si l’on peut, de chanter des Psaumes, et des cantiques, en particulier les cantiques évangéliques que sont le Magnificat ou cantique de la Vierge Marie, le Benedictus ou cantique de Zacharie, et le Nunc dimittis ou cantique de Siméon. De nos jours, nous devrions invoquer bien souvent saint Michel Archange. Son armée céleste est plus puissante que celle de Satan, qui nous assaille constamment et sans répit.

 

8. La prière en présence d’un enfant handicapé

Enfin, je voudrais faire mention de la prière familiale en présence d’un enfant handicapé, sur le visage duquel Dieu a laissé l’empreinte de sa Miséricorde infinie. Je fais aussitôt référence au Professeur Jérôme Lejeune, dont le cœur de père et de professeur de médecine a tressailli de joie en présence de ces enfants chantant la gloire de Dieu. Il soulignait combien ils savent mieux que nous rendre grâce sans rien attendre de retour. De plus, dans leur prière de demande, il n’est pas rare qu’ils nous incitent à prier pour des personnes que nous avons plus ou moins perdues de vue ; eux s’en souviennent, car, comme les moines que le silence enveloppe, ils ont la mémoire du cœur, qui est bien plus performante que celle de l’ordinateur ! Et ne nous étonnons pas qu’ils évoquent une fleur qui n’a pas encore fleuri, ou l’arbre séculaire au tronc noueux déraciné par la tempête, car leur délicatesse est telle qu’ils souffrent du moindre trouble qui peut atteindre la Création de leur Dieu et Père. Oui, « je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux savants, et de l’avoir révélé aux tout-petits  » (Mt 11, 25).

 

 

Conclusion

La famille est l’assise et le pivot de la société. Elle est aussi le socle de l’Eglise. C’est donc d’abord à la famille qu’incombe le rôle de témoin du Christ, qui est le Chemin, la Vérité et la Vie. Nous avons vu que l’amour d’un homme et d’une femme dans le mariage est le signe tangible de l’amour de Dieu pour l’humanité en Jésus Christ. Il est question d’une Alliance à laquelle il faut rester fidèle jusqu’à la fin de sa vie. Le premier moyen pour accomplir la Nouvelle Evangélisation, vous le savez aussi bien que moi, c’est le témoignage, car, comme le disait le Bienheureux Pape Paul VI, notre temps a plus besoin de témoins que de paroles, aussi belles soient-elles. Or, le plus beau témoignage pour l’un de vos hôtes d’un soir, que vous recevez chez vous, dans votre maison, c’est de vous voir prier ensemble en famille : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux  », dit Jésus (Mt 18, 20). Une famille qui prie révèle donc la présence du Seigneur Jésus ressuscité, au milieu de ce monde trop souvent orphelin de Dieu ; c’est pourquoi la famille chrétienne porte le beau nom d’Eglise

domestique.

 

 

Le Christ a voulu naître et grandir au sein de la Sainte Famille de Nazareth, dont la vie était nourrie par la prière et la Parole de Dieu. La famille, en tant qu’Eglise domestique, est une communauté de foi où la prière occupe une place de choix : prière de louange adressée à Dieu présent en son sein ; prière d’action de grâces pour les bienfaits reçus et espérés ; prière de demande adressée à notre Père du Ciel de qui nous attendons tout ; prière de supplication pour demander le pardon et la miséricorde de Dieu. La famille chrétienne est donc la première école de la foi, dont les parents sont les modèles et les maîtres. Mais il faut que, pour pouvoir enseigner la prière à leurs enfants, le père et la mère soient eux-mêmes un homme et une femme de prière. Mais une vraie prière chrétienne est soutenue et nourrie par la Parole de Dieu et le secours indispensable de l’Esprit Saint.

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