Carêméditation #13 : Sur l’amour à donner aux enfants

Comme promis dans notre édito du mercredi des cendres, chaque jour nous vous partageons à méditer un texte du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine. Voici un extrait de son livre L’Amour -une affaire sacrée, une sacrée affaire :

Quant à l’amour qu’on reçoit sur les premières années, il est évidemment aussi comblant que vital. Trop, peut atrophier le déploiement de l’amour confié aux bras d’un bonheur supra-enveloppant sur fond de souvenirs d’embryon que les mains de la mère continuent d’enserrer pour en palper la possession : “… Et mon chéri par-ci, et mon chéri par-là… Mon petit enfant gâté, tu ne vas pas souffrir puisque je ne le veux pas… Regarde, je te protège, tu es en moi, tu es à moi… Il ne t’arrivera rien… Jamais de pleurs sur ton visage et encore moins dans ton cœur, je suis là, je suis là… Et d’ailleurs je ferai tout pour que…” Drame à deux, airbags contre la vie qui, à coup sûr, ouvriront sur l’accident. Néanmoins, trop peu pourrait être plus grave. Autant le dire tout de suite en se corrigeant au bien-fondé de ce principe : les enfants qui ne sont pas caressés de main d’homme et de femme sont à jamais mutilés. En effet, pour ces petits malchanceux livrés à une solitude exigüe et sans recours, la vie s’éteint aux dédales d’une attente impossible à définir ; et de béances en béances, elle ira, assoiffée, se remplir très vite à d’autres fontaines – si l’eau est potable que l’on s’en réjouisse – ou à des citernes polluées et prédatrices, que déjà l’on s’y prépare. Ainsi va l’équilibre : caresser, choyer, embrasser, juste ce qu’il faut et comme il faut, ouvre les bras de l’humain en direction de l’humain, l’amour étant geste avant d’être parole. Pourquoi Dieu (ou la vie si tu ne crois qu’en toi) a-t-il voulu que l’homme soit porté aux bras pendant des années, et qu’un chaton de huit jours, le nez dans son écuelle de lait, s’en sorte loin de sa mère, si ce n’est parce que l’amour partagé est le propre de l’homme ?

Père Michel-Marie, in L’Amour -une affaire sacrée, une sacrée affaire, p.25-26

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