Quand les catéchèses du pape sur la messe sont inspirées du cardinal Sarah et de Benoît XVI

Merci à Paix liturgique pour cette recension

Depuis le mois de novembre 2017, le pape François consacre ses audiences générales du mercredi à la liturgie de la messe. Le 31 janvier 2018, il a prononcé sa huitième catéchèse à ce sujet. Nous vous proposons de parcourir aujourd’hui les différents points qu’il a examinés au cours de ses 4 premières interventions – celles des 8, 15 et 22 novembre 2017 et celle du 13 décembre 2017 – au cours desquelles il a voulu rappeler l’importance de l’assistance à la Sainte Eucharistie. 

1) Audience du 8 novembre 2017 (source)
Nous commençons aujourd’hui une nouvelle série de catéchèses, qui portera le regard sur le « cœur » de l’Église, c’est-à-dire l’Eucharistie. Il est fondamental pour nous chrétiens de bien comprendre la valeur et la signification de la messe, pour vivre toujours plus pleinement notre relation avec Dieu.

Au cours des prochaines catéchèses, je voudrais apporter une réponse à certaines questions importantes sur l’Eucharistie et la messe, pour redécouvrir, ou découvrir, comment à travers ce mystère de la foi resplendit l’amour de Dieu.

À travers ces catéchèses que nous commençons aujourd’hui, je voudrais redécouvrir avec vous la beauté qui se cache dans la célébration eucharistique et qui, une fois dévoilée, donne tout son sens à la vie de chaque personne.

Un thème central que les Pères conciliaires ont souligné est la formation liturgique des fidèles, indispensable pour un véritable renouveau. Et c’est précisément là également le but de ce cycle de catéchèses que nous commençons aujourd’hui : croître dans la connaissance du grand don que Dieu nous a donné dans l’Eucharistie.

Nous ne pouvons oublier le grand nombre de chrétiens qui, dans le monde entier, en deux mille ans d’histoire, ont résisté jusqu’à la mort pour défendre l’Eucharistie ; et ceux qui, aujourd’hui encore, risquent leur vie pour participer à la messe du dimanche.

Si nous ne pouvons pas célébrer l’Eucharistie, nous ne pouvons pas vivre, notre vie chrétienne mourrait. …
L’Eucharistie est un événement merveilleux dans lequel Jésus Christ, notre vie, se fait présent. Participer à la messe signifie vivre encore une fois la passion et la mort rédemptrice du Seigneur.

Il faut enseigner aux enfants à bien faire le signe de la croix. C’est ainsi que commence la messe, c’est ainsi que commence la vie, c’est ainsi que commence la journée. Cela veut dire que nous sommes rachetés par la croix du Seigneur. Regardez les enfants et enseignez-leur à bien faire le signe de la croix.

2) Audience du 15 novembre 2017 (source)
Pour comprendre la beauté de la célébration eucharistique, je désire tout d’abord commencer par un aspect très simple : la messe est prière, elle est même la prière par excellence, la plus élevée, la plus sublime, et dans le même temps la plus « concrète ». En effet, c’est la rencontre d’amour avec Dieu, à travers sa Parole et le Corps et le Sang de Jésus. C’est une rencontre avec le Seigneur.

Prier, comme tout véritable dialogue, est également savoir demeurer en silence – dans les dialogues il y a des moments de silence –, en silence avec Jésus. Quand nous allons à la messe, nous arrivons peut-être cinq minutes à l’avance et nous commençons à bavarder avec celui qui est à côté de nous. Mais ce n’est pas le moment de bavarder : c’est le moment du silence pour nous préparer au dialogue. C’est le moment de nous recueillir dans notre cœur pour nous préparer à la rencontre avec Jésus. Le silence est si important ! Rappelez-vous ce que j’ai dit la semaine dernière : nous n’allons pas à un spectacle, nous allons à la rencontre du Seigneur et le silence nous prépare et nous accompagne.

La première chose nécessaire pour prier est de savoir dire « Père ». Soyons attentifs : si je ne suis pas capable de dire « Père » à Dieu, je ne suis pas capable de prier. … Pour entrer dans le Royaume des cieux il est nécessaire de devenir petits comme des enfants. (…) C’est la première attitude : confiance et confidence, comme un enfant à l’égard de ses parents ; savoir que Dieu se rappelle de toi, prend soin de toi ; de toi, de moi, de tous.

La deuxième prédisposition, elle aussi propre aux enfants, est de se laisser surprendre. (…) Nous laissons-nous surprendre par Dieu qui est toujours le Dieu des surprises ?

Jésus Christ « est victime de propitiation pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier » (1 Jn 2, 2). Ce don, source de véritable consolation – mais le Seigneur nous pardonne toujours, cela console, c’est une véritable consolation – est un don qui nous est donné à travers l’Eucharistie, ce banquet nuptial au cours duquel l’Époux rencontre notre fragilité. Est-ce que je peux dire que lorsque je fais la communion pendant la messe, le Seigneur rencontre ma fragilité ? Oui ! Nous pouvons le dire parce que c’est vrai ! Le Seigneur rencontre notre fragilité pour nous reconduire à notre premier appel : celui d’être à l’image et à la ressemblance de Dieu. Tel est le cadre de l’Eucharistie, telle est la prière.

3) Audience du 22 novembre 2017 (source)
La messe est le mémorial du mystère pascal du Christ. Elle nous rend participants de sa victoire sur le péché et la mort et donne sa pleine signification à notre vie.

Pour comprendre la valeur de la messe, nous devons avant tout comprendre la signification biblique du « mémorial ». (…) Ce n’est pas seulement un souvenir, non, c’est davantage : c’est rendre présent ce qui s’est produit il y a vingt siècles.

L’Eucharistie nous conduit toujours au sommet de l’action du salut de Dieu. (…) « Chaque fois que le sacrifice de la croix, par lequel le Christ, notre agneau pascal, a été immolé, est célébré sur l’autel, l’œuvre de notre rédemption s’effectue. » (Lumen Gentium, 3)

Participer à la messe, en particulier le dimanche, signifie entrer dans la victoire du Ressuscité, être éclairés par sa lumière, réchauffés par sa chaleur. À travers la célébration eucharistique, l’Esprit Saint nous rend participants de la vie divine qui est capable de transfigurer tout notre être mortel. Et dans son passage de la mort à la vie, du temps à l’éternité, le Seigneur Jésus nous entraîne nous aussi avec lui pour faire la Pâque. Pendant la messe, on fait la Pâque. À la messe, nous sommes avec Jésus, mort et ressuscité, et il nous entraîne vers la vie éternelle. À la messe, nous nous unissons à lui. Ou plutôt, le Christ vit en nous et nous vivons en lui.

La messe, c’est cela : entrer dans cette passion, cette mort, cette résurrection et cette ascension de Jésus ; quand nous allons à la messe, c’est comme si nous allions au calvaire, c’est la même chose.

Quand nous entrons dans une église pour célébrer la messe, pensons à cela : j’entre au calvaire, où Jésus donne sa vie pour moi. Et ainsi, le spectacle disparaît, les bavardages disparaissent.

La participation à l’Eucharistie nous fait entrer dans le mystère pascal du Christ, nous donnant de passer avec lui de la mort à la vie, c’est-à-dire là, sur le calvaire. La messe, c’est revivre le calvaire, ce n’est pas un spectacle.

4) Audience du 13 décembre 2017 (source)
Nous nous demandons aujourd’hui : pourquoi aller à la messe le dimanche ?

La célébration dominicale de l’Eucharistie est au centre de la vie de l’Église. Nous, chrétiens, allons à la messe le dimanche pour rencontrer le Seigneur ressuscité ou, mieux, pour nous laisser rencontrer par Lui, écouter sa parole, nous nourrir à sa table, et devenir ainsi Église, c’est-à-dire son Corps mystique vivant dans le monde.

Le dimanche est un jour saint pour nous, sanctifié par la célébration eucharistique, présence vivante du Seigneur parmi nous et pour nous. C’est donc la messe qui fait le dimanche chrétien ! Le dimanche chrétien tourne autour de la messe. Quel dimanche cela est-il, pour un chrétien, s’il manque la rencontre avec le Seigneur ?

Certaines sociétés sécularisées ont égaré le sens chrétien du dimanche illuminé par l’Eucharistie. Cela est un péché !

Sans le Christ, nous sommes condamnés à être dominés par la fatigue du quotidien, avec ses préoccupations, et par la peur du lendemain. La rencontre du dimanche avec le Seigneur nous donne la force de vivre l’aujourd’hui avec confiance et courage et d’aller de l’avant avec espérance.

En conclusion, pourquoi aller à la messe le dimanche ? Il ne suffit pas de répondre que c’est un précepte de l’Église ; cela aide à en préserver la valeur, mais cela seul ne suffit pas. Nous, chrétiens, avons besoin de participer à la messe du dimanche parce que ce n’est qu’avec la grâce de Jésus, avec sa présence vivante en nous et parmi nous, que nous pouvons mettre en pratique son commandement, et être ainsi ses témoins crédibles.

LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE 

1) Le premier point important de cette catéchèse du pape c’est tout banalement son existence. Le pape François apparaît aux yeux de beaucoup comme uniquement préoccupé des questions sociales et politiques. Pourtant, le voici qui consacre, dans l’écrin le plus adapté qui soit, celui des audiences publiques du Vatican, son magistère à l’Eucharistie, « cœur » de la vie de l’Église. Et que dit-il en ouverture de cette série d’interventions ?
a- Que la messe est un « mystère de la foi » dont la beauté, « une fois dévoilée, donne tout son sens à la vie de chaque personne ».
b- Qu’elle est un « don de Dieu » dans le quel Notre Seigneur Jésus-Christ « se fait présent ».
c- Que sans la messe « notre vie chrétienne mourrait ».
d- Qu’elle commence par « le signe de la croix » pour nous rappeler qu’y participer « signifie vivre encore une fois la passion et la mort rédemptrice du Seigneur ».

2) Le pape nous rappelle que la découverte de la beauté de la Sainte Eucharistie n’est possible qu’à travers la prière. La messe est même la prière « par excellence » puisqu’elle est « rencontre d’amour avec Dieu, à travers sa Parole et le Corps et le Sang de Jésus ». À cette rencontre avec le Seigneur, nous devons nous préparer par le silence car « nous n’allons pas à un spectacle, nous allons à la rencontre du Seigneur ». Le silence, en outre, nous prépare à retrouver notre âme d’enfants et à faire preuve d’humilité devant Celui qui est notre Père pour nous laisser « surprendre par Dieu ». L’éloge appuyé du silence dans la liturgie est d’autant plus intéressant qu’il semble directement inspiré des réflexions développées par le cardinal Sarah, Préfet du Culte divin, dans son ouvrage « La force du silence ».

3) « Quand nous allons à la messe, c’est comme si nous allions au calvaire, c’est la même chose ». Le pape renoue avec un thème que l’on rencontre dans la catéchèse de Paul VI et de Jean-Paul II : célébrer la messe, dit-il, « ce n’est pas seulement un souvenir, non, c’est davantage : c’est rendre présent ce qui s’est produit il y a vingt siècles ». Thème important, mais dont nous avons remarqué dans notre lettre 623, qu’il est plus faible que le message doctrinal de Trente appuyé sur la messe traditionnelle. Celui-ci enseigne que la messe rend présent le Corps et le Sang du Christ, et que cette double consécration reproduit de manière sacramentelle mais réellement sacrificielle, hic et nunc, le sacrifice de la Croix. Si donc on prend la peine d’interpréter la parole du pape : « La messe, c’est revivre le calvaire, ce n’est pas un spectacle », à la lumière de la doctrine et de le liturgie traditionnelles, elle prend une bien plus grande force.

4) Enfin, parce que la messe est « au centre de la vie de l’Église », le pape rappelle l’importance de sanctifier le dimanche, jour de notre rencontre avec le Seigneur. Au passage, il fustige les « sociétés sécularisées » qui ont oublié « le sens du dimanche chrétien » et insiste sur le fait que seule la messe « fait le dimanche chrétien ».

5) Nous n’ignorons pas qu’il règne une grande confusion à Rome et que celle-ci s’étend aussi à la liturgie comme l’ont montré les résistances à l’œuvre du pape Benoît XVI. Sans relativiser les dommages doctrinaux et disciplinaires actuels, nous voudrions faire remarquer qu’ils ne font en réalité que porter à un degré supérieur la crise qui frappe depuis un demi-siècle l’Église. Cependant, parce que l’Église a les paroles de la vie éternelle, la grâce et la vérité ont toujours coulé, et coulent encore, de leur source romaine, même si c’est parfois comme un filet en pleine sécheresse. Par cette série de catéchèses du mercredi sur le sens du sacrifice eucharistique, le pape François a jusqu’ici choisi de s’inspirer de l’enseignement dispensé par le pape Benoît XVI comme par le cardinal Sarah. Il est bon, dans le brouhaha médiatique qui entoure ce pontificat, de le relever et de s’en féliciter.

 

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