“C’est si beau d’être le berger des brebis de Jésus” : l’homélie du Cardinal Sarah pour le dimanche du Bon Pasteur à Perpignan

Le samedi 6 mai dernier, le cardinal Robert Sarah était en visite à Perpignan, invité par le Cercle méditerranéen de littérature et reçu par Mgr Turini, pour dédicacer son dernier ouvrage « La force du Silence » et se voir remettre le prix ‘spiritualités d’aujourd’hui’ pour ce même opus.

Il a ensuite célébré, à la cathédrale Saint Jean-Baptiste, la messe du 4ème dimanche du Temps Pascal. Ce dimanche est traditionnellement celui du Bon Pasteur en raison de son évangile.

A cette occasion, le Préfet de la Congrégation pour le Culte Divin et la discipline des Sacrements a adressé une intense homélie sur le thème de la vocation des prêtres et des consacrés.

Nous vous en avons transcrit la majeure partie : 

“Se convertir, c’est transformer radicalement sa vie. C’est mourir à nos péchés et vivre dans la justice. Le repentir de ses péchés va plus loin que le simple regret de ses péchés, c’est accepter d’être remis en route par Dieu lui-même, accepter de renouer avec Dieu en tant qu’Il est source de notre vraie vie, de notre vraie liberté et de notre pleine grandeur. C’est retrouver nos dimensions humaines les plus nobles. Reconnaître nos péchés et s’en repentir n’est donc pas un avilissement, mais retrouver notre véritable stature d’homme et d’enfant de Dieu, notre véritable noblesse. Notre conversion est une exigence vitale.

Tous nous sommes appelés par Jésus, le pasteur de nos âmes. Tous, nous sommes appelés à la sainteté. A notre baptême, Jésus le Bon Pasteur a appelé chacun “moi, ton Dieu, je t’appelle à partager ma vie, ma joie, viens.” Ce soir, il nous appelle à être des saints. L’entendons-nous ? Acceptons-nous son appel ? La volonté de Dieu et notre vocation à tous est que nous soyons des saints.

Comme il sait que les brebis ont peur de l’inconnu, Il est venu vers nous, Il a pris notre chair, notre nature. Il s’est fait l’un de nous pour que nous soyons rassurés. Il n’y a pas d’autre assurance pour l’homme que Jésus-Christ. Il n’y a pas de futur pour notre humanité sans Jésus-Christ. Nous étions comme une brebis perdue. L’humanité, nous tous, nous sommes comme une brebis perdue dans le désert qui ne trouve plus son chemin. Le Fils de Dieu ne peut pas admettre cela, ne peut pas abandonner l’humanité à une telle condition misérable. Il se met debout, Il abandonne la gloire du ciel pour retrouver la brebis et la suivre jusqu’à la croix. Il la met sur ses épaules, Il porte l’humanité, Il nous porte nous-mêmes : Il est le Bon Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis. Dieu va plus loin encore : le Pasteur de tous les hommes, de tous les vivants, est devenu lui-même un agneau. Il s’est mis du côté des agneaux, de ceux qui sont méprisés et tués. Ce n’est pas le pouvoir qui rachète, mais l’amour. C’est là le signe de Dieu. Il est Lui-même amour. Et ce soir, Dieu nous demande de redécouvrir son amour. Le Dieu qui est devenu agneau nous dit que le monde est sauvé par le Crucifié et non par ceux qui crucifient. Le monde est racheté par la patience de Dieu. Le monde est détruit par l’impatience des hommes. Dieu veut nous apprendre qui est le vrai pasteur. Le véritable berger, c’est celui qui aime les hommes qui lui ont été confiés comme les aime le Christ au service duquel il se trouve. Etre pasteur veut dire aimer. Aimer veut dire veut dire aussi être prêt à souffrir et à mourir. Si, humblement, nous pouvons dire “Seigneur, tu sais tout, je t’aime”, alors nous pourrons paître ses brebis.

Aimer signifie donner aux brebis le vrai Bien, la nourriture de la vérité de Dieu, de la parole de Dieu, la nourriture de sa présence, qu’Il nous donne dans le Saint-Sacrement. Etre pasteur est une exigence de vérité. Le Bon Pasteur a besoin d’hommes pour prendre soin de ses brebis. “Sois le pasteur de mes brebis” dit Jésus à saint Pierre. Il le dit aussi à moi, à tous les prêtres, à votre évêque, mais aussi à chacun de vous. Qui aujourd’hui entendra l’appel du Pasteur ? Ce soir, entendez l’appel du Pasteur ! Il a besoin de prêtres qui continuent sa tâche. Ecoutez-le ! Donnez-lui votre vie, n’ayez pas peur, suivez-le ! C’est si beau d’être le berger des brebis de Jésus, d’être berger pour Lui. Pour que Jésus puisse nous prendre sur ses épaules et nous ramener au bercail, Il a voulu des prêtres qui lui donne leurs bras, leurs épaules pour porter les brebis. Le prêtre est un homme qui a donné ses mains au Seigneur pour le servir. Jésus en a pris possession par l’onction du sacrement de l’Ordre. Elles lui sont consacrées, pour toujours. Consacrées au service de Dieu. Parce qu’elles sont au service unique de Dieu, elles sont au service des hommes, de tous les hommes, car les mains du prêtre sont les mains du Christ pour le monde. Pour bénir, pour guérir, pour pardonner, pour apaiser, pour guider, pour consoler, pour corriger, pour donner, pour nourrir et pour servir.

Soyons reconnaissants aux religieux et aux religieuses d’avoir tout donné par les vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. Merci, frères et sœurs consacrés. Vous nous rappelez que Dieu suffit à remplir toute une vie. Dieu est notre part d’héritage, notre unique bien. Merci à tous ceux qui sont cachés et enfouis en Dieu nuit et jour dans la prière, la contemplation et le sacrifice. Notre siècle a besoin d’âmes consacrées qui clament à la face d’un monde déboussolé que Dieu seul suffit. Que sa beauté remplit toute une vie. Qu’en lui donnant tout, on trouve tout. Notre monde a besoin de saints prêtres, des âmes radicalement données à Dieu, prêtes au sacrifice pour le salut des âmes. N’ayez pas peur d’être isolés, d’être critiqués, d’être humiliés, parce que vous proclamez les exigences radicales de l’évangile de Jésus Christ qui pour nous a connu la mort la plus horrible, la plus ignominieuse, la plus terrible. Jésus ne nous a pas aimés pour rien. Nous devons l’aimer aussi jusqu’au don total de nous-même. Jusqu’à la mort. Les vies pauvres chastes, chastes et obéissantes disent à un monde saturé de richesses, de jouissances et d’orgueil que la vraie vie n’est pas celle du monde mais que la seule vie qui vaut la peine est la vie éternelle, la vie divine.

Soyez fiers de vos prêtres ! Priez pour eux ! Priez pour votre évêque. Demandez-leur qu’ils soient exigeants. Car on ne va au ciel que par la porte étroite. N’acceptez pas des prêtres qui vous dorlotent, qui vous trompent, qui n’exigent rien. Le Christ est mort pour nous. Pour Le suivre, Il nous demande de l’exigence. Oui, soyez fiers de vos religieux et religieuses. Ils sont le trésor de vos diocèses. Vous chers parents chrétiens, soyez fier de donner votre enfant au Seigneur. Quel cadeau un consacré dans une famille, quelle bénédiction un prêtre dans une famille !

Vous, chers frères prêtres, aimez votre sacerdoce, soyez fidèles à Jésus, soyez essentiellement des hommes de prière, de contemplation, avant d’être des hommes d’action. Je veux vous le dire avec force : ne mesurez pas votre fécondité à la somme d’activités extérieures que vous déployez. Vous n’êtes pas des animateurs. Votre identité vous la trouvez d’abord dans le Saint Sacrifice de la messe. Célébrez saintement la messe. Tenez-vous devant Dieu. Ne pensez pas que vous perdez du temps en vous tenant longuement en adoration devant Dieu. Refusez de vous engager dans des luttes liturgiques stériles et mortelles. Soyez de vrais adorateurs de Dieu dans la vérité. Si vous entrez avec foi, adoration et une joyeuse crainte dans le sacrifice eucharistique, votre exemple appellera de nombreuses vocations.

Je voudrais vous raconter l’histoire de ma propre vocation. Je suis né et j’ai grandi dans un petit village de Guinée. Je suis l’unique enfant de ma famille. C’était un tout petit village, loin de la capitale. Des missionnaires français sont venus jusque là-bas, chez nous. Il en fallait du courage ! Ils sont venus là-bas, ils étaient cachés aux yeux de monde, rien de glorieux ni d’extraordinaire dans leur vie. Ils vivaient humblement, fidèlement leur vie de prêtre. Ce qui m’a impressionné, c’était leur fidélité à la prière. Le silence plein d’adoration avec lequel ils célébraient la messe chaque matin. Chers prêtres, si vous priez, si vous célébrez la sainte messe en vous faisant hostie avec Jésus hostie, alors vous susciterez de nombreuses vocations.

Je demande humblement à Monseigneur votre évêque d’insister beaucoup sur la sainteté de l’Eucharistie, sur la manière de célébrer l’Eucharistie auprès de ses prêtres. C’est la manière de susciter toutes les vocations.

Chers frères prêtres, soyez ce que vous êtes. Nourrissez votre identité dans la prière et dans la messe. Alors vous susciterez de nombreuses et saintes vocations. Et vous chers jeunes, vous qui cherchez quelle est votre vocation : écoutez la voix du Seigneur. Vous ne pourrez l’entendre que dans le silence de la prière. Venez devant le Saint-Sacrement. Restez en silence et dites avec joie “Aie confiance, parle Seigneur, ton serviteur écoute”. N’ayez pas peur : Dieu veut notre bonheur. Dites-lui les mots de Charles de Foucauld : “Mon père je m’abandonne à toi, je suis prêt à tout, j’accepte tout car tu es mon père”.

Je vous promets ma prière et vous bénis, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.”

Homélie à écouter en intégralité :

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