Chine – Un pasteur à nouveau lourdement condamné, deux élus américains le soutiennent

Gu Yuese, à la tête d’une des plus importantes églises protestantes de Chine, avait déjà été arrêté début 2016 pour détournement de fonds, peu après avoir critiqué la campagne d’abattage de croix menée par les autorités de la province du Zhejiang. Samedi 7 janvier, sa famille a été avertie de la nouvelle arrestation du pasteur Joseph Gu (Gu Yuese, en chinois). Il est détenu au centre de détention de Hanghzou, à nouveau pour détournement de fonds et « divulgation de secrets d’État » , selon le message envoyé à sa famille.

Le député à la Chambre des représentants Chris Smith et le sénateur Marco Rubio ont diffusé le 10 janvier une déclaration condamnant la sentence appliquée au pasteur. Respectivement président et vice-président de la commission exécutive sur la Chine du Congrès des États-Unis, ils ont exprimé leur vive inquiétude suite à la lourde peine de prison à laquelle a été condamné Joseph Gu.

Gu avait déjà été arrêté en janvier 2016 pour le même chef d’accusation. Il avait été détenu au secret pendant deux mois, avant d’être libéré sous caution. Depuis, il a été assigné à résidence, un régime en Chine pouvant aller jusqu’à un isolement quasi complet, seuls quelques proches étant autorisés à rendre visite au détenu. D’après l’ONG China Aid, basée aux Etats-Unis, il a été arrêté à nouveau peu avant Noël.

Joseph Gu est un personnage influent au sein de l’Eglise protestante chinoise. Il dirigeait l’Eglise Chongyi, un groupe de 10 000 personnes à Hangzhou, soit l’Eglise protestante la plus importante reconnue par l’Etat. Habile politique, le pasteur savait se faire apprécier à la fois des autorités communistes et de donateurs étrangers, alors même que les autorités chinoises s’opposent à toute influence étrangère sur les religions en Chine. Gu présidait ainsi la branche locale du Conseil chrétien chinois, l’une des deux organisations officielles qui régissent les Eglises protestantes de Chine.

Mais son opposition à la campagne de démontage de croix dans sa province a entraîné sa perte. Depuis 2014, la province du Zhejiang, dont Hangzhou est la capitale, fait face à de nouvelles règles visant à interdire les grandes croix surmontant les édifices religieux. Dans cette province située au sud de Shanghai, les chrétiens ont longtemps bénéficié d’une grande tolérance de la part des autorités. D’importantes communautés ont ainsi pu se développer, souvent financées par les donations de patrons à succès. Le Zhejiang, et notamment la ville de Wenzhou, est en effet l’un des centres de la production manufacturière en Chine.

Un nouveau chef de la province arrivé au pouvoir en 2013 a mis fin à la tolérance dont jouissaient les chrétiens, en s’attaquant aux croix rouges, parfois lumineuses, qui signalaient les églises de loin. Certains temples ont même été rasés, provoquant la colère des fidèles. Le cas de l’église Sanjiang de Wenzhou, immense bâtisse passée au bulldozer avant même d’avoir été mis en service, avait attiré l’attention sur cette campagne au printemps 2014.

Gu s’était opposé à cette campagne dans certains de ses prêches, ainsi que dans un communiqué publié sur le site internet de l’Eglise Chongyi. En janvier 2016, il avait été démis de ses fonctions de pasteur de l’Eglise Chongyi, avant d’être également chassé du Conseil chrétien chinois. C’est le plus haut responsable de l’Eglise officielle arrêté depuis la Révolution culturelle. Le 29 janvier 2016, il avait déjà été détenu, accusé d’avoir détourné plus de dix millions de yuans (1,3 million d’euros).

La fin de l’année est souvent une période difficile pour ceux que le régime chinois voit comme une menace. Le 23 décembre, la police a confirmé les accusations de subversion du pouvoir de l’Etat contre Jiang Tianyong, un avocat chrétien, actif dans les affaires touchant aux droits de l’homme. Il avait disparu fin novembre. Il avait notamment défendu l’avocat aveugle Chen Guangcheng ou le dissident chrétien Gao Zhisheng.

L’artiste engagé Chen Yunfei devait, quant à lui, être jugé le 26 décembre (il a obtenu d’ajourner le procès en révoquant ses avocats). Le cas le plus célèbre d’utilisation du calendrier pour éviter l’attention internationale reste celui de Liu Xiaobo, prix Nobel de la paix condamné à onze ans de prison, le 25 décembre 2009.

Sources : Eglise d’Asie et Christianophobie Hebdo

Comments are closed.