La cohérence de l’Église de France – Gérard Leclerc

L’attitude de trois mouvements de jeunesse chrétienne siégeant au Conseil économique, social et environnemental, à propos d’un avis favorable à l’euthanasie, pose un sérieux problème de cohérence à l’intérieur de l’Église de France. Les Scouts et Guides de France, la Jeunesse ouvrière chrétienne et le Mouvement rural de la jeunesse chrétienne n’ont pas voulu prendre part au vote, alors que le Conseil préconisait une orientation que la Conférence des évêques de France venait de réprouver solennellement, dans une contribution signée personnellement par chacun des évêques. C’est toute l’Église de France qui se trouve solidairement engagée dans un combat qu’elle considère comme essentiel. On ne s’étonne donc pas que Mgr Olivier Ribadeau Dumas, porte-parole de la Conférence, ait réagi avec force à l’attitude des trois mouvements : « Lorsqu’on est électeur, on ne peut invoquer la méconnaissance du sujet pour justifier son abstention. C’est une responsabilité à exercer et que l’on ne peut esquiver par l’abstention. D’autant et surtout que la préconisation 12 est claire et ne demande pas d’expertise particulière pour en saisir le sens. » Cette préconisation consiste en effet dans un droit reconnu à la personne malade « de demander une médication expressément létale ».

Est-il utile de préciser la signification de l’adjectif « létal » sur laquelle s’accordent autant l’étymologie que l’ensemble des dictionnaires : « Qui entraîne la mort » ? Les représentants des mouvements n’avaient aucune excuse à faire valoir dans le cadre d’un débat sans équivoque. C’est pourquoi on est bien obligé de poser à leur propos la question de leur loyauté et celle de leur inspiration doctrinale et spirituelle. L’attitude du MRJC avait déjà provoqué, il y a quelques semaines, un malaise qui nous avait obligé à réagir. Cette nouvelle alerte est plus que sérieuse, tant elle nous interroge sur l’identité même de notre Église, sur la communion qui nous unit dans une même profession de foi et dans un témoignage commun dans la cité, notamment à propos des grands défis éthiques de notre époque.

Des mesures disciplinaires à l’encontre de ces mouvements n’arrangeraient probablement rien, dès lors que ce qui est en cause c’est un accord de fond, clairement énoncé, qui manifeste l’union des esprits et des cœurs. Il doit y avoir des moyens adéquats de rétablir l’unité, ne serait-ce que dans le cadre d’assises de la jeunesse chrétienne, celui qui est dans la logique du prochain synode romain sur la jeunesse. Si des initiatives n’étaient pas prises rapidement, on peut craindre le retour à la crise majeure vécue par notre Église en 1968. Une crise dont nous ne nous sommes pas relevés, ce qu’atteste la dissidence actuelle de ces trois mouvements [1].

[1] Cf. Yves Chiron, L’Église dans la tourmente de 1968, Artège, 276 p., 17 e.

 

Source France Catholique

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