Colombie : L’engagement de l’Eglise dans les processus de paix, entre préoccupation et présence inlassable

« La préoccupation est grande mais les résultats concrets également » indique à l’Agence Fides le Père Darío Echeverri, missionnaire clarétain et Secrétaire général de la Commission de Conciliation nationale de la Conférence épiscopale colombienne, en expliquant l’action de l’Eglise dans le cadre des processus de réconciliation suivant la paix avec la guérilla des FARC et le cessez-le-feu avec celle de l’ELN.
Deux rencontres parallèles ont eu lieu les 18 et 19 avril afin de faire le point de la situation et d’évaluer les progrès accomplis : la V° Rencontre nationale des Agents pastoraux pour la Réconciliation et la Paix dans les Espaces territoriaux de formation et de réinsertion et la II° table d’accompagnement aux Comités diocésains d’appui au processus de paix avec l’ELN.
Dans le premier cas, explique le Père Darío Echeverri, « l’Eglise a pris les devant en convoquant les Curés des territoires des Espaces territoriaux de formation et de réinsertion avant même la signature de la paix ». Ces espaces constituent des zones de concentration préétablies visant à favoriser l’insertion dans la vie civile des anciens guérilleros – dont certains sont nés au sein des FARC ou ont été enrôlés enfants – au travers d’une instruction professionnelle et technique et d’autres mécanismes afin de les intégrer au monde du travail, selon un modèle de réinsertion communautaire – une mission tout sauf simple.
« Les Curés sont particulièrement importants – poursuit le Père Echeverri – dans la mesure où ils ont réellement la possibilité de s’asseoir à une table avec les guérilleros pour leur demander d’abord et avant tout quels sont leurs besoins et difficultés dans le processus d’insertion et gagner leur confiance. L’Eglise a réalisé une œuvre qui, honnêtement, semble très positive. Nous avons rencontré au plan général une reconnaissance de l’autorité morale de l’Eglise de la part des FARC dans ce domaine. Toutefois, la population est préoccupée concernant l’évolution de la situation des anciens rebelles ». En effet, près de 70 % d’entre eux ont abandonnés les Espaces territoriaux de formation et de réinsertion « dans lesquels ils ne sont par ailleurs pas obligés de rester » précise le Père Echeverri, qui attribue le phénomène aux retards de l’Etat.
« Le gouvernement n’a pas fait ce qui lui revenait pour les aider à trouver des possibilités d’avenir concrètes. C’est pourquoi commence à circuler la crainte parmi la population. L’action pastorale en cours est par suite vitale – insiste-t-il – dans la mesure où elle peut éviter que de nombreux anciens membres des FARC finissent dans les rangs d’autres groupes rebelles ou dans des bandes criminelles ».
En ce qui concerne en revanche l’ELN, la Commission de Conciliation nationale de la Conférence épiscopale colombienne a convoqué des représentants des 20 comités – formés d’Evêques, de prêtres et de laïcs présents dans les Diocèses sur le territoire desquels est présent le groupe – confirmés en octobre dans le cadre de la collaboration entre l’Eglise et l’ONU, après le cessez-le-feu bilatéral, temporaire et national » convenu entre les parties, qui voit la participation de l’Eglise dans le mécanisme de contrôle et de vérification de l’application de l’accord.
Dans le cadre de cette II° Rencontre, les délégués diocésains ont échangé des expériences, des bonnes pratiques et des défis qu’ils ont dû relever. « Le panorama est très préoccupant – synthétise le Père Echeverri – mais dans l’évaluation de l’action menée, ont également émergé des éléments positifs que la population a perçu, comme par exemple une notable réduction de la violence dans les zones auparavant intéressées par le conflit. Nous avons également recueilli des suggestions à faire arriver aux négociations entre l’ELN et le gouvernement comme par exemple des propositions relatives à la pédagogie à employer au cours de cette phase de réinsertion et une délimitation claire du cessez-le-feu ». En effet, comme l’avait déjà indiqué Fides, certaines zones amazoniennes, telles que le Catatumbo, se trouvent à être de facto des no man’s land dans la mesure où l’Etat n’est pas encore parvenu à remplacer « l’institution parallèle » auparavant assurée par les organisations de guérilla occupant le territoire, « non seulement au travers du déploiement des forces de l’ordre mais également des services sanitaires, de l’éducation etc. ». Les militaires eux-mêmes déployés dans ces zones déclarent se sentir exposés et « sans garanties » indique le religieux.

Source : Agence Fides 05/05/2018 – SM

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