Comment célbrait-on la Pentecôte à Jérusalem au IVème siècle

Suite et fin de notre série sur les fêtes pascales, l’Ascension et la Pentecôte à travers les récit d’Egérie. Merci au professeur Thelamon pour ce roman historique liturgique

A Jérusalem avec Égérie pour célébrer la Pentecôte

 

Après avoir juste indiqué : « Le jeudi, quarantième jour, l’office se célèbre de la manière habituelle », Égérie décrit les célébrations du cinquantième jour qui comportent en fait la commémoration de l’Ascension du Seigneur au mont des Oliviers et celle de la descente du Saint Esprit sur les apôtres à Sion. En 384, à Jérusalem, l’Ascension n’était pas encore célébrée au quarantième jour (v. Infocatho …).

Comme lors des fêtes pascales le clergé, moines, moniales, ascètes et tout le peuple fidèle parcourent en longues et lentes processions les lieux où ces évènements se sont produits. Une journée longue et fatigante, du chant du premier coq à la nuit tombée, souligne Égérie.

De bon matin …

« Le cinquantième jour après Pâques, un dimanche, qui est une journée très chargée pour le peuple, on fait comme d’habitude depuis le chant du premier coq : on fait la vigile à l’Anastasis, pour que l’évêque lise ce passage de l’évangile qu’on lit toujours le dimanche, celui de la résurrection du Seigneur.[…] Quand le matin est venu, tout le peuple se réunit dans l’église majeure, c’est-à-die le Martyrium, et on fait tout ce qu’il est d’usage de faire : les prêtres prêchent, puis l’évêque, on offre l’oblation comme on a coutume de faire le dimanche. Mais ce jour-là, on hâte le renvoi du Martyrium pour qu’il ait lieu avant la troisième heure.

En effet, quand on a fait le renvoi, tout le peuple sans exception conduit l’évêque à Sion, avec des hymnes, mais de manière qu’on soit à Sion juste à la troisième heure. »

Sion, le lieu de la descente du Saint-Esprit

A Jérusalem, c’est sur le lieu et à l’heure même où se produisit la descente du Saint Esprit sur les premiers disciples qu’il est fait mémoire de l’évènement. Cette commémoration est marquée par une seconde célébration de l’eucharistie comme le Jeudi-Saint et durant la nuit de Pâques.

« Quand on est arrivé à Sion, on lit ce passage des Actes des Apôtres où l’Esprit descendit, de sorte que les gens de toutes langues comprenaient ce qui se disait. Ensuite on fait l’office de la manière habituelle. Les prêtres lisent ce passage des Actes des Apôtres parce que, d’après cette lecture, c’est à cet endroit, à Sion – où se trouve maintenant une autre église – que la foule s’était jadis rassemblée après la passion du Seigneur avec les Apôtres lorsque cela eut lieu […]. Après cela l’office a lieu de la manière habituelle ; on fait l’oblation ici aussi, et avant le renvoi, l’archidiacre élève la voix et dit : “ Aujourd’hui aussitôt après la sixième heure, soyons tous présents sur l’Éléona, à l’Imbomon.”  Tout le peuple retourne alors, chacun dans sa maison, se reposer. »

 

Sur le mont des Oliviers, l’Imbomon, le lieu de l’Ascension

La cérémonie à l’Imbomon commémore en fait l’Ascension, mais la topographie et le souci de respecter l’heure des événements, l’emportent sur la chronologie, et  c’est ainsi qu’on fait mémoire de l’Ascension l’après-midi après avoir commémorer la Pentecôte le matin.

« Après le déjeuner, on monte au mont des Oliviers, l’Éléona, chacun comme il le peut, de sorte qu’il n’est pas un chrétien qui reste dans la ville et que tous s’y rendent. Quand on est monté sur le mont des Oliviers, l’Éléona, on va d’abord à l’Imbomon, l’endroit d’où le Seigneur est monté aux cieux. L’évêque et les prêtres, mais aussi tout le peuple, s’assoient là. On y lit des lectures, on intercale des hymnes, on dit des antiennes appropriées à ce jour et à ce lieu : les prières qu’on intercale sont aussi en de tels termes qu’elles conviennent au jour et au lieu. On lit aussi le passage de l’évangile qui relate l’ascension du Seigneur (Luc 24, 50-51), on lit encore, tiré des Actes des Apôtres, le passage où il est parlé de l’ascension du Seigneur dans les cieux après la résurrection (Ac 1, 9-11). Les catéchumènes sont bénis, puis les fidèles. »

A l’Éléona : le lucernaire

« Puis on redescend, alors qu’il est déjà la neuvième heure, et on va de là avec des hymnes, à l’église qui est, elle aussi, à l’Éléona, dans laquelle est la grotte où le Seigneur s’asseyait pour instruire les Apôtres. Quand on est arrivé là, c’est la dixième heure passée ; on y fait le lucernaire, on dit une prière, les catéchumènes sont bénis, puis les fidèles. »

Le retour en ville à la nuit tombée : une procession lente et recueillie

« Ensuite on descend de là avec des hymnes, tout le peuple sans exception accompagnant l’évêque, tous disant des hymnes et des antiennes appropriées à ce jour. Ainsi va-t-on lentement, lentement, jusqu’au Martyrium. Quand on arrive à la porte de la ville, c’est déjà la nuit ; on apporte des flambeaux d’église, au moins deux cents, à cause du peuple. Comme la porte est assez loin de l’église majeure, le Martyrium, on n’y arrive que vers la deuxième heure de la nuit, car on va toujours lentement, lentement, pour que cette marche ne fatigue pas le peuple. On ouvre les grandes portes qui donnent sur le marché et tout le peuple entre au Martyrium avec des hymnes, accompagnant l’évêque. Quand on est entré dans l’église, on dit des hymnes, on fait une prière, les catéchumènes sont bénis, puis les fidèles.

On va ensuite avec des hymnes à l’Anastasis. Lorsqu’on est arrivé, on dit des hymnes et des antiennes, on fait une prière, les catéchumènes sont bénis, puis les fidèles ; on fait encore de même à la Croix. De là tout le peuple chrétien sans exception escorte encore l’évêque à Sion. Lorsqu’on y est arrivé, on lit des lectures appropriées, on dit des psaumes et des antiennes, on fait une prière, les catéchumènes sont bénis, puis les fidèles, et l’on fait le renvoi. Alors tous s’approchent à portée de main de l’évêque, puis chacun rentre dans sa maison vers minuit. »

Et Égérie, sans doute épuisée, de conclure :

« Ainsi ce jour-là, on a dû supporter une très grande fatigue, puisque, depuis le chant du premier coq, on a fait la vigile à l’Anastasis et qu’ensuite, tout au long du jour, on n’a jamais eu de cesse ; toutes les cérémonies se sont tellement prolongées que c’est à minuit, après le renvoi qui a lieu à Sion, que tous rentrent dans leurs maisons. »

Égérie, Journal de voyage, 43, 1-9, trad. Pierre Maraval, coll. « Sources chrétiennes » 296.

 

Quittons Égérie et Jérusalem

Ainsi avons-nous suivi Égérie, du début du Carême à la Pentecôte 384, dans presque tous les sanctuaires érigés sur les Lieux saints de Jérusalem où se déroulaient les célébrations depuis le chant du premier coq à l’aube, avant même le lever du soleil, qui « sonnait le réveil » et le début de la liturgie journalière, et duraient jusqu’au milieu de la nuit les jours de fête.

Lors des fêtes pascales et de la Pentecôte, le peuple chrétien tout entier, escortant l’évêque, parcourt ces lieux en une lente procession. A plusieurs reprises, Égérie fait état de cette lenteur et y voit une façon de ménager le peuple, de lui éviter une fatigue excessive. Peut-être faut-il plutôt y voir, la volonté de vivre pieusement des célébrations, d’autant plus solennelles et poignantes qu’elles se déroulent dans les pas même du Christ, qu’elles empruntent un chemin qu’il a parcouru, qu’elles commémorent sa mort et sa résurrection, son ascension, la descente du Saint-Esprit. S’avancer lentement, en marchant d’un pas lent et mesuré, dans le calme et le recueillement, en méditant, en revivant ces événements, correspond tout à fait au comportement que Jean Chrysostome recommandait à la même époque aux chrétiens d’Antioche, trop enclins à manifester une exubérance festive déplacée. C’est que, dans les processions et plus encore pour aller communier, leur explique-t-il : « Lorsque tu marches, pas à pas, dans l’église, lorsque tu participes à la prière, à l’instruction spirituelle, le déplacement se fait pour la gloire de Dieu » (Jean Chrysostome, Discours sur les kalendes, 3).

Mosaïque byzantine du Vè siècle, représentant les quatre Evangiles. © Dagli Orti/Aurimages

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