Comment vivait-on le Jeudi Saint et le Vendredi saint à Jérusalem dans l’Antiquité ?

La Semaine sainte à Jérusalem en 384 avec Égérie

 

A partir du jeudi matin commence un long cheminement : parcourant les lieux mêmes où Jésus s’était rendu avec ses disciples, lectures des évangiles, hymnes, psaumes et prières rythment, à chaque station liturgique,  la procession qui rassemble tout le peuple chrétien de Jérusalem conduit par son évêque. Véritable « chemin de Croix » in situ (à une époque où la dévotion que nous nommons ainsi n’existait pas) dans la ferveur et l’émotion longuement décrit par Égérie.

 

Le Jeudi saint

« Le jeudi, on fait depuis le chant du premier coq, ce qu’il est d’usage de faire jusqu’au matin à l’Anastasis ; de même à la troisième et à la sixième heure. A la huitième heure, tout le peuple se réunit au Martyrium, plus tôt cependant que les autres jours, car il est nécessaire de faire le renvoi plus vite. Quand tout le peuple est réuni, on fait ce jour-là l’oblation au Martyrium, et le renvoi a lieu là même vers la dixième heure. Avant qu’on fasse le renvoi, l’archidiacre élève la voix et dit : “ A la première heure de la nuit, rendons-nous tous à l’église qui est à l’Éléona, car un très grand effort nous attend aujourd’hui, cette nuit.”

Quand on a fait le renvoi au Martyrium, on vient derrière la Croix ; on dit là un hymne seulement, on fait une prière, l’évêque y offre l’oblation et tous communient. A l’exception de ce seul jour, jamais de toute l’année on n’offre le sacrifice derrière la Croix ; il n’y a que ce jour-là. Lorsqu’on a fait là aussi le renvoi, on va à l’Anastasis, on fait une prière, sont bénis, selon l’usage habituel les catéchumènes, puis les fidèles, et l’on fait le renvoi. Ensuite chacun se hâte de renter dans sa maison pour manger. » (35, 1-2)

On ne s’étonnera pas de voir que les célébrations eucharistiques ont lieu au Martyrium et derrière la Croix, et non à Sion. Au IVe siècle, la tradition qui place à Sion la salle du Cénacle, et donc la dernière Cène, n’est pas encore apparue.  La réunion de la nuit a lieu à l’Éléona parce que c’est là qu’on eut lieu les entretiens d’après la Cène : « Après le chant des psaumes (il s’agissait des psaumes du Hallel, ps 113-118, dont la récitation clôturait le repas pascal), ils partirent pour le mont des Oliviers » (Mt 26, 30).

 

La nuit : au mont des Oliviers où le Seigneur entretint ses disciples

« Aussitôt qu’ils ont mangé, tous vont à l’Éléona, à l’église où se trouve la grotte dans laquelle ce même jour se tint le Seigneur avec ses disciples. Là jusqu’à la cinquième heure de la nuit environ, on dit continuellement des hymnes et des antiennes, ainsi que des lectures ; on intercale des prières ; on lit aussi, tirés de l’évangile, ces passages où le Seigneur, ce même jour, entretint ses disciples, assis dans la grotte même qui est dans cette église. » (35,2-3)

D’après le Lectionnaire arménien, il s’agissait des chapitres de l’évangile selon Jean, 13, 16 – 18, 1.

« Vers la sixième heure de la nuit, on monte avec des hymnes à l’Imbomon, l’endroit d’où le Seigneur est monté aux cieux. Là, de la même façon, on dit à nouveau des lectures, des hymnes et des antiennes appropriées au jour » (35, 4).

On montait ainsi au sommet du mont des Oliviers où on lisait le chapitre de Luc 22, 1-65.

 

L’église de l’agonie

« Après cela, quand les coqs commencent à chanter, on descend de l’Imbomon avec des hymnes et on se rend à l’endroit même où pria le Seigneur, comme il est écrit dans l’évangile : “Et il s’avança à la distance d’un jet de pierre et pria”, et la suite. A cet endroit, il y a une gracieuse église. L’évêque y entre et tout le peuple, on dit là une prière appropriée, on dit aussi un hymne et on lit le passage de l’évangile où il dit à ses disciples : “Veillez pour ne pas entrer en tentation” (Mt 26, 41). On lit là tout ce passage et on fait une prière. Puis de là, avec des hymnes, tous, jusqu’au plus petit enfant, descendent à pied à Gethsémani avec l’évêque. Eu égard à une foule aussi nombreuse, fatiguée par les veilles et affaiblie par le jeûne quotidien, qui doit descendre d’une aussi haute montagne, on va lentement, lentement à Gethsémani avec des hymnes. Des flambeaux d’église, plus de deux cents, ont été préparés pour éclairer tout le peuple. » (36, 1-2)

L’emplacement de l’église de l’agonie, la « gracieuse église » que signale Égérie, n’est pas assuré ; elle correspondrait à des vestiges trouvés au bas du mont des Oliviers, mais plus haut que Gethsémani. La mention de la si haute montagne à descendre s’applique à tout le trajet depuis le haut du mont des Oliviers

 

A Gethsémani : l’arrestation

« Une fois arrivés à Gethsémani, on fait d’abord une prière appropriée, puis on dit un hymne ; on lit ensuite ce passage de l’évangile où le Seigneur est arrêté (Mt 26, 31 – 55). A la lecture de ce passage, ce sont de tels cris, de tels gémissements de tout le peuple en larmes que l’on entend les lamentations jusqu’à la ville ou presque. A partir de ce moment on gagne la ville à pied avec des hymnes, et on arrive à la porte à l’heure où on commence à se reconnaître l’un l’autre. Ensuite, quand on avance à travers la ville, tous jusqu’au dernier, des plus âgés aux plus jeunes, riches et pauvres, tous sont présents là ; ce jour-là en particulier personne ne quitte la vigile avant le matin. » (36, 3)

Gethsémani, site de la trahison de Judas et de l’arrestation de Jésus, où se fait la station liturgique dans la nuit du Jeudi au Vendredi-Saint, indiquée par Égérie, se trouve au bas de la montagne des Oliviers. Un autre pèlerin y signale un rocher qu’Égérie ne mentionne pas. Ce n’est qu’au VIe siècle qu’une grotte aménagée en lieu sacré est indiquée dans les textes.

 

Jésus devant Pilate

« On escorte ainsi l’évêque de Gethsémani jusqu’à la porte, et, de là, à travers toute la ville, jusqu’à la Croix. Une fois qu’on est arrivé devant la Croix, il commence à faire presque clair. Là on lit encore le passage de l’évangile où le Seigneur est conduit à Pilate ; et tout ce que, selon l’Écriture, Pilate a dit au Seigneur et aux Juifs (Mt 27, 1-26), on le lit en entier (Jn 18, 28 – 19, 16).  Après quoi l’évêque s’adresse au peuple, les encourageant parce qu’ils ont peiné toute la nuit et qu’ils ont encore à peiner ce jour-là, à ne pas se lasser, mais à mettre leur espoir en Dieu, qui les paiera de leur peine par une récompense plus grande. En les encourageant ainsi autant qu’il le peut, il leur adresse ces mots : “Allez maintenant un moment chacun dans vos demeures, reposez-vous un peu, et vers la deuxième heure du jour, soyez tous ici présents pour que, de cette heure jusqu’à la sixième, vous puissiez voir le saint bois de la croix qui, chacun de nous le croit, sera utile à notre salut. Car à partir de la sixième heure, nous devons à nouveau nous réunir ici, devant la Croix, pour nous adonner aux prières et aux lectures jusqu’à la nuit” » (36, 3-5).

 

FRrnçoise Thelamon, professeur d’histoire du christianisme

 

 

 

 

 

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