Comprendre la haine anti-catholique des Robespeillons

La candidature de cet ancien ministre constitue en soi un événement apparemment secondaire de notre actualité. Il me servira néanmoins à présenter mon nouveau livre Il y a quelque chose de pourri au royaume de France qui vient de sortir aux Éditions Via Romana, préfacé par Monsieur Jean Tulard de l’Institut. Certains de mes lecteurs vont sans doute trouver que je fais beaucoup d’honneur à ce candidat aux primaires de la gauche, ancien ministre de l’éducation nationale. Je les comprends ! Aussi leur dois-je une explication. Ce que je vise, avant tout en lui c’est l’auteur de La Révolution française n’est pas terminée, livre sorti en 2008 ! C’est le socialiste qui se présente comme le penseur de son parti en n’arrêtant pas de dire que la République est incompatible avec l’Eglise catholique. C’est l’admirateur de Ferdinand Buisson et de Félix Pécaut, protestants libéraux devenus agnostiques voire athées (leurs lecteurs choisiront) puisque le premier alla jusqu’à présider vers 1922 un congrès de libres penseurs !

L’honnêteté historique m’oblige à dire que cela ne fit pas l’affaire de tout le protestantisme libéral. Voir en note[1] l’excellent écrit du professeur-pasteur André Gounelle sur l’échange entre le pasteur Charles Wagner et Buisson. Le premier appartient à une école théologique qui n’a jamais été la mienne, (le protestantisme libéral) mais que je respecte pour sa culture et son sens de l’action philanthropique. Buisson avait gardé lui aussi ce second souci ! C’est Dieu qui les opposait. Le discours de Monsieur Peillon ne prend en compte que la pensée de Buisson quand il évoque le protestantisme, seule forme de Christianisme acceptable pour la République. Mais c’est un Christianisme sans Dieu ! Ce qui n’était pas le cas pour d’autres libéraux comme Charles Wagner dont La renommée fut considérable en son temps, puisqu’il fut même reçu aux États Unis par le président Théodore Roosevelt en personne ! Comme ancien luthérien et maintenant prêtre catholique, je crois sincèrement que Charles Wagner a défendu la morale chrétienne et une certaine forme de piété. Dans un esprit de tolérance aussi, avec quelquefois des duretés anticatholiques ! Mais elles faisaient partie d’une époque qui ne connaissait pas encore l’œcuménisme ! Cela dit, je ne vois pas Charles Wagner encourager l’Etat à éradiquer le catholicisme pour que la République vive ! C’est pourtant ce que fait constamment Monsieur Peillon !

D’où lui vient cette haine du catholicisme ? À n’en pas douter de son « rousseauisme « , qui fait de lui un nouveau Robespierre ! Rousseau dans l’Emile alla jusqu’à justifier le fanatisme en écrivant : « Bayle a très bien prouvé que le fanatisme est plus pernicieux que l’athéisme, et cela est incontestable ; mais ce qu’il n’a eu garde de dire, et qui n’est pas moins vrai, c’est que le fanatisme, quoique sanguinaire et cruel, est pourtant une passion grande et forte, qui élève le cœur de l’homme, qui lui fait mépriser la mort, qui lui donne un ressort prodigieux, et qu’il ne faut que mieux diriger pour en tirer les plus sublimes vertus : au lieu que l’irréligion, et en général l’esprit raisonneur et philosophique, attache à la vie, effémine, avilit les âmes, concentre toutes les passions dans la bassesse de l’intérêt particulier, dans l’abjection du moi humain, et sape ainsi à petit bruit les vrais fondements de toute société… L’indifférence philosophique ressemble à la tranquillité de l’État sous le despotisme ; c’est la tranquillité de la mort : elle est plus destructive que la guerre même » (L’Emile, Flammarionp. 453)

La sixième République aurait ainsi son Robespeillon, ce qui en fait nous ramènerait aux tragiques errements de la première. Il prétend en effet établir une religion républicaine, ce que selon lui la Révolution n’a pas fait, et qui, selon lui, fut cause de son échec ! Or pour qui connaît un peu l’histoire de la prise du pouvoir par les Jacobins dès la formation du Club Breton (1er nom de ce groupe factieux) le 30 avril 1789, il est clair que la Révolution avait pour priorité la perte du catholicisme et donc son remplacement par autre chose. Ce seront successivement la constitution civile du clergé pour fabriquer une religion schismatique vis à vis de Rome, puis les différents cultes révolutionnaires : deux cultes athées, ceux de la déesse Raison et des théophilanthropes, un culte déiste, celui de l’Etre Suprême. Ce dernier ayant incontestablement un caractère religieux, directement hérité de Rousseau, donc très anti catholique ! Il est célébré pour la première fois le 8 juin 1794. Et le 27 juillet Robespierre qui en a été l’instigateur est guillotiné (9 thermidor).

Pour faire bref je dirai que Dieu y est reconnu comme Créateur, l’hymne lui demande, entre autre de  » verser en nos cœurs sa sagesse », ce qui le fait intervenir dans sa création, et l’immortalité de l’âme est reconnue. Le tout devenait la base de la morale républicaine fondant les vertus civiques et les fêtes dont la République avait besoin ! Mais c’était trop religieux, d’autant plus que Robespierre, qui comme par hasard présidait la Convention dirigea tel un Grand Prêtre toute la cérémonie ! Dès sa première manifestation ce culte suscita bien des murmures et ne survécut pas à la chute de l’Incorruptible, peut-être même qu’il y contribua ? Mais il influença le positivisme et à sa suite tous ceux qui cherchèrent à organiser une religion civile contre le catholicisme !

Je ne pense pas que Jaurès ait eu ce genre de préoccupation. Le socialisme, pour lui, se suffisait à lui-même. Léon Blum, manifesta à la fin de sa vie une autre vision des choses. Dans son dernier livre À l’échelle humaine, écrit en prison avant le procès de Riom et publié en 1945, il trace une sorte de bilan critique de son expérience politique et surtout envisage l’avenir. J’évoque tout cela au chapitre V de mon livre. Sur la question religieuse, il se place du point de vue de l’organisation nouvelle du monde d’après-guerre qui, il n’en doute pas verra la défaite du nazisme. Et il expose dans un long paragraphe la nécessité de la présence active du Saint Siège Apostolique  » au sein du Corps international « . Et il en donne les raisons :  » Sa participation au même titre que celle des États serait par elle-même le signe le plus éclatant que, dans l’univers de demain, d’autres puissances compteront que les puissances temporelles…. Ce rôle conviendrait assurément à une Église qui est pacifique par essence, puisqu’elle incarne une religion de Paix et qui l’est aussi par fonction, si je puis dire, puisque sa constitution même est d’ordre international. L’influence pontificale s’est toujours exercée et s’exerce encore en faveur d’une Paix organique, fondée sur la justice, sur l’égalité des peuples et des hommes, sur la sainteté des contrats. Le premier discours public qu’ait prononcé le Pape Pie XI après les accords du Latran du haut de la loge de Saint Pierre, était une adjuration pathétique à la Paix.« (p 154 Édition Gallimard).

Tout comme le Pontife qu’il nomme, le leader socialiste avait vu plus d’un point commun entre la doctrine sociale de l’Eglise et le socialisme humaniste et démocratique qu’il prônait. Sa vaste culture, qui ne se limitait pas à la France, mais aussi à l’Allemagne qu’il admirait, lui avait montré la place importante de l’Eglise catholique ! Et comme sa priorité était le bien commun, en particulier des plus pauvres, il souhaitait une présence active de l’Eglise et non sa disparition. Et j’ajoute qu’au moment où il manifeste sa confiance au Pape en la personne de Pie XI, c’est le Pape Pie XII qui règne au sujet duquel toutes les personnes bien informées savent quelle a été son action bienfaisante vis à vis de tous ceux qui ont souffert de la guerre et de la barbarie nazie !

Tous les socialistes n’ont pas compris la position de Blum en 1945. Mais à sa mort en 1950, beaucoup avaient compris dont le premier président de la IVèmerépublique Vincent Auriol qui fut son ministre des finances pendant le Front populaire. Avec le Nonce Mgr Angelo Roncalli, il sut arranger au mieux les affaires de l’Eglise de France, au point que ce dernier se mit d’accord avec le Pape pour que la barrette de Cardinal lui fût remise à l’Elysée par le président ! Peut-on imaginer chose pareille aujourd’hui ? Vincent Auriol en plus d’être socialiste était aussi franc -maçon du Grand Orient ! Mais il n’avait que faire des oukases laïcistes de son Obédience, plus discrète qu’aujourd’hui sur ces questions, il est vrai !

Le nouveau Parti socialiste dont est issu Monsieur Peillon n’a plus grand chose à voir avec la vieille SFIO. Son but de création en 1971 n’était pas en premier lieu l’amélioration des conditions de vie des ouvriers, mais d’amener François Mitterrand à la présidence de la République. On y embaucha toutes sortes de gens, des trotskistes, des nostalgiques de 1905, voire de 1792. Des idéologues qui durent plus ou moins se taire sous la férule de François Mitterrand, mais qui sentirent un espoir revenir avec le président Chirac, plus radical socialiste que gaulliste radical. Ainsi redonna-t-il de l’appétit aux mangeurs de curés, l’air de Corrèze y étant peut-être pour quelque chose ? Cela dit, je dois reconnaître que les curés n’opposèrent pas la résistance qu’il fallait ! C’est l’objet des trois premiers chapitres de mon livre.

C’est notre lâcheté à nous catholiques qui produit un président Hollande et des ministres Peillon et Taubira ! Beaucoup de catholiques ont d’ailleurs voté pour cette équipe en 2012. Y-a-t-il eu front catholique commun pour défendre l’institution du mariage, par la suite, et critiquer la propagande sur l’avortement ? Non ! Il a fallu attendre les projets liberticides de Madame Rossignol sur le délit d’entrave pour qu’une certaine unité catholique réprobatrice se manifeste. Face au terrorisme islamique, c’est encore l’idéologie qui prime pour les actuels gouvernants (disons presque tous). Il faut encore plus de laïcité. Contre le salafisme d’abord ! Ensuite On étendra ! L’exemple de l’école est frappant : La République laïque, soucieuse de l’unité des citoyens veut lutter contre le communautarisme ! Donc pas d’école libre hors contrat ! On vise les musulmans, en louchant fortement vers les catholiques.

Or l’avenir de l’éducation en France passe par une étape comportant des écoles entièrement libres échappant à la tutelle d’une éducation nationale qui n’a jamais autant mérité son nom. Elle aurait dû toujours s’appeler Instruction publique, montrant qu’elle était un organe de transmission du savoir et non l’archipel du goulag du cerveau des enfants. Comme le dit très bien Jean Pierre Chevènement, qui n’est pas un suppôt du cléricalisme, mais tout simplement un homme de grande culture qui aime la France, que je placerai volontiers dans la ligne de Blum, Il faut que l’école de la patrie ré-enseigne les  » humanités « , latin, grec, notre grande et belle littérature, sans censure idéologique. J’ajoute aussi une histoire non truquée, ni triée ! Mais cela, Monsieur Peillon et ses émules ne savent pas faire ! Ils  » opèrent la transsubstantiation de l’élève en citoyen « , comme l’écrit l’intéressé dans son livre. « À qu’en termes galants ces choses-là sont dites » pour parler de lavage de cerveau ! Et ce sont les mêmes gens qui se croient capables de déradicaliser des djihadistes ! S’ils font aussi bien que pour apprendre à lire aux enfants, nous avons du souci à nous faire ! Je traite de tout cela dans mon chapitre IV « Plutôt verts que morts ».

Mon dernier chapitre, le V, « Le vice républicain : lecture rétrospective du pacte républicain face à celui de Reims » développe et explique toute la première partie de ce propos en essayant de faire comprendre quelle horreur monstrueuse fut la Révolution française, au point que, morte grâce à Napoléon en 1799, son cadavre pourrit encore la France et qu’elle continue à mener les hommes, comme Joseph de Maistre l’avait diagnostiqué. Ce qui doit inciter au pardon chrétien en faveur de l’homme Peillon, mais à la condamnation sans appel de ses idées ! Car, même s’il ne gagne pas, comme cela est plus que probable, il est le seul dans son camp à avoir une idéologie. Les autres, pour exister face à des concurrents devront s’en inspirer ! Et je ne vois pas la lâcheté chrétienne diminuer ! Que Peillon soit le Judas de Blum peut donc faire encore du mal ! Surtout si ce que je développe dans ma conclusion sur l’apostasie (en l’occurrence le rejet du christianisme) fait école, autrement dit si l’empereur Julien se fait des disciples dans l’apostasie à l’instar du président François.

 

 Par le Père Michel Viot sur son blog

Auteur de Il y a quelque chose de pourri au Royaume de France

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