Confiance en soi : et si tout venait du père ?

Loin d’être le “parent secondaire”, le père peut jouer un rôle déterminant dans la façon dont les femmes se construisent et affrontent le monde, tant au niveau pro que perso.

Au commencement, il y a la mère, avec laquelle on ne fait qu’un. Puis vient le père, cet autre qui va nous donner la confiance en soi, l’assurance en nos capacités une fois lancées dans le monde extérieur. De nombreuses femmes aux carrières brillantes l’affirment : sans ce regard paternel confiant et plein d’espoir, elles n’auraient pas aussi bien réussi.

“Tout comme ma mère, mon père m’a encouragée à beaucoup travailler, explique Catherine Barba, 44 ans. Très tôt, mon père me parlait de l’informatique et des ordinateurs.” Expatriée à New-York, la Française est désormais une serial entrepreneure chevronnée, l’une des meilleures expertes de l’e-commerce et à la tête du Women in Innovation Forum NY.

Un premier amour qui ouvre sur le monde extérieur

Alors qu’il est souvent mis de côté ou dépeint comme le parent “secondaire”, le père serait “le tiers séparateur entre l’enfant et la mère, explique la psychothérapeute Valérie Colin-Simard, auteure de Pères d’aujourd’hui, Filles de demain (éd.Marabout). Déjà dans le ventre, la voix du père symbolise l’étranger, l’inconnu pour le bébé. Plus tard, il représentera le monde extérieur, le regard de la société sur l’enfant. Toutefois, ce schéma est un archétype qui se traduit de mille et une façons différentes.”

Plus le père “autorise” la fille à s’identifier à lui, plus il lui donne le droit de conquérir des terrains hors des carcans sexistes que la société a prédisposés pour elle. Mais pour la fille, c’est toujours le premier drame : ce père qui va lui permettre de se différencier de la mère est aussi celui qui va la rejeter.

“Entre 3 et 6 ans, les filles espèrent que leur papa pourra leur donner ce que la mère n’a pas pu : un bébé, un pénis, et tout son amour”, résume Didier Lauru, psychanalyste et auteur de Père-fille, une histoire de regard (éd.Albin Michel). “Le père doit tout faire pour que sa fille renonce à lui en tant que partenaire amoureux, mais est censé aussi la rassurer sur deux choses : sa féminité, sa capacité de séduction et son intelligence, ses capacités à se débrouiller seule.” Un peu comme une feuille de route pour la suite. Évidemment, tous les pères ne suivent pas cette théorie. Et les filles ne les écoutent pas toujours.

Rendre fier… ou donner tort

L’entrepreneure Muriel de Saint Sauveur est un cas à part parmi ses amies. Aujourd’hui à la tête du cabinet de coaching Women Masterclass, la sexagénaire a d’abord monté son entreprise à 23 ans seulement et fait carrière, soutenue par son père. “Il était très concentré sur moi, alors que ma mère était portée sur mon frère. Il m’a présenté son comptable, m’a introduite auprès des bonnes personnes. Je venais d’un milieu bourgeois où les filles avaient aussi droit à une éducation, mais on ajoutait toujours qu’elles ‘allaient se marier’. Pour moi, tout cela est arrivé bien après.”

À l’inverse, Émilie, 32 ans, n’avait pas l’impression que son père attendait grand-chose d’elle. “Il ne m’a jamais trop posé de questions sur mes ambitions et mon avenir. En revanche, il était toujours d’accord avec mon frère aîné, il lui passait tout, s’intéressait à ses loisirs, à ses études. Je savais qu’il avait toujours voulu un garçon… Moi, je suis arrivée juste après lui, mais je n’étais pas vraiment désirée.”

Le besoin de reconnaissance sera le moteur de l’évolution de la jeune femme de 32 ans. “Quand j’ai eu ma première rupture amoureuse, j’ai transféré toute cette haine sur mon père. Je me suis mis la tête dans le guidon pour bosser, je me suis battue pour arriver à Paris et acquérir un statut social. Je voulais prouver à ces hommes que je n’étais pas une moins-que-rien, que j’allais réussir ma vie, que j’étais intelligente. Ça m’a pris dix ans, j’ai réussi, puis j’ai tout lâché pour faire enfin les choses pour moi.”

Quand le père tient la féminité en otage… Lire la suite ici

 

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