Contraception de l’adolescente : les mesures de la Haute Autorité de Santé permettent-elles d’éduquer à la sexualité ?

En mars 2018, la Haute Autorité de Santé a publié une fiche mémo à l’intention des professionnels de santé sur la contraception chez l’adolescente. Elle fait notamment l’inventaire de toutes les méthodes contraceptives existantes. Elle suggère, dans l’esprit de la culture actuelle, que la responsabilité sexuelle consisterait à prévenir « le risque de grossesse » ou une IST. Les adolescentes ont à disposition un panel de moyen pour pratiquer le sexe sans « risque », mais est-ce véritablement ce qu’on appelle la responsabilité sexuelle ?

Parmi les indications que donnent l’Agence, les particularités de prescription attirent l’attention. En effet, il est mentionné que « l’adolescente sera reçue de préférence sans ses parents ». Dans ce contexte, quel est le rôle des parents ? Quelle implication leur est réservée dans l’éducation sexuelle de leur enfant ? La société semble vouloir réduire leur influence alors qu’elle-même propose une vision très réductrice de la sexualité. N’est-il pas préjudiciable pour l’enfant mais aussi pour la société elle-même de les priver de leur rôle éducatif en les mettant à l’écart ?

Aujourd’hui, les adolescentes considèrent les contraceptifs comme des produits banals et inoffensifs. Rien de moins banal pourtant que de prendre un médicament sans être malade !

Hormis les méthodes naturelles, les méthodes contraceptives sont toutes présentées dans cette fiche avec leurs « risques » et leurs « inconvénients ». En effet, ces dernières années, de nombreux effets indésirables liés aux pilules contraceptives ont été rapportés. Outre les troubles du cycle, les mastodynies ou encore les migraines, effets secondaires fréquents, des risques plus graves d’accidents thromboemboliques veineux ou artériels ou hépatiques sous estroprogestatifs sont à craindre. Prendre la pilule n’est pas une réponse thérapeutique à une maladie mais la recherche du « complet bien-être », selon la définition de la santé que donne l’OMS[2], et paradoxalement, ce n’est pas sans risque pour la santé !

Enfin, par la gratuité et la confidentialité, l’accès aux contraceptifs est facilité. La HAS ne pose pas la question de savoir si la contraception est bonne en soi, elle propose uniquement d’aider au choix d’une méthode parmi celles existantes. « Ces libéralités offertes avec prodigalité vont-elles encourager les adolescentes et les adolescents à la responsabilité vis-à-vis de leur propre corps, à l’égard de leurs partenaires, de la nature même ? », s’interroge le Pr Florence Taboulet[3]. En effet, la responsabilité sexuelle n’est pas seulement le fait d’éviter d’être enceinte. La responsabilité, c’est apprendre à aimer vraiment en apprenant d’abord à connaître et à aimer son corps ; apprendre à le maîtriser ; découvrir la signification profonde de l’acte sexuel et ses conséquences ; savoir être prudent pour ne pas se retrouver dans des situations non désirées. Ainsi, il semble réducteur de ne proposer que la contraception et par là, de  cultiver l’irresponsabilité et les comportements à risque.

Les méthodes naturelles vite balayées dans cette fiche (cf. « Quand cesserons-nous de faire croire aux femmes que les méthodes d’observation du cycle sont archaïques ? ») sont pourtant une réponse possible pour responsabiliser les adolescentes. Bien que leur efficacité soit décriée, bien connues et utilisées, elles sont fiables. D’autant que c’est justement à l’adolescence que les femmes peuvent être sensibilisées à ces méthodes qui sont des outils pour mieux connaître son corps en intégrant la dimension procréatrice de la sexualité : les méthodes d’observations du cycle préparent les adolescentes à vivre pleinement leur responsabilité sexuelle.

Source : genethique.org

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