Courrier d’un lecteur – A propos de “l’œcuménisme”, de la “pastorale”, et du “dialogue”

” Dans la pratique, il arrive fréquemment que le sens d’un mot découle de l’usage que l’on en a, que l’on en fait, ou que l’on impose, et non de sa signification fondamentale, explicite ou initiale, officielle ou originelle, pour ainsi dire.

Il arrive même que l’usage que l’on a, que l’on fait, que l’on impose, d’un mot, découle d’un détournement de finalité, ou débouche sur un détournement sémantique, qui peut tromper bien des candides, parfois pendant plusieurs décennies.

Premier exemple, le mot OECUMENISME. En apparence, depuis le début du Concile Vatican II (à l’origine, au moins depuis le début de l’avant-Concile, en 1945), les catholiques bénéficient d’une pure et simple actualisation de la signification du mot “oecuménisme”, ou, en d’autres termes, bénéficient d’une pure et simple actualisation de la conception “intégratrice” de l’oecuménisme, au sens de : réintégratrice de tous les chrétiens, dans l’Eglise catholique, dans laquelle subsiste l’unique Eglise du Christ.

En réalité, la vérité oblige à dire que, depuis déjà plus d’un demi-siècle, les catholiques bénéficient le plus souvent des conséquences d’une modification de grande ampleur de la signification du mot “oecuménisme”, à cause d’une interprétation à caractère “consensualiste” ou “unanimiste”, à cercles concentriques ou à géométrie variable, de l’oecuménisme.

Cette interprétation “consensualiste” ou “unanimiste” a remplacé l’interprétation antérieure, “intégratrice”, et c’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles même certains partisans, implicites ou partiels, de cette conception “consensualiste” ou “unanimiste” de l’oecuménisme reconnaissent, au moins depuis le début des années 2000, que bien des “responsables” ou “spécialistes” de l’oecuménisme ne savent plus très bien où ils en sont, ou ne savent plus très bien vers quoi ils vont…

Deuxième exemple, le mot PASTORALE. Là aussi, en apparence, depuis le début du Concile Vatican II (au point de départ, au moins depuis le début de l’avant-Concile, sous Pie XII), les catholiques bénéficient d’une pure et simple mise à jour de la signification du mot “pastorale”, ou, si l’on préfère, bénéficient d’une pure et simple mise à jour de la conception “applicative” et “subordonnée” de la pastorale, au sens de : réalisatrice des activités de prise en compte et de mise en oeuvre de l’Ecriture, de la Tradition, du Magistère, bien entendu dans la Foi, dans l’Espérance, et dans la Charité.

Mais là aussi, en réalité, la vérité oblige à dire que, depuis déjà plus d’un demi-siècle, les catholiques bénéficient très fréquemment des conséquences d’une modification fondamentale de la signification du mot pastorale, du fait d’une interprétation “autonomiste” ou “contextualiste” de la pastorale : une interprétation “adoctrinale” ou “adogmatique”, qui s’ouvre presque plus sur l’évolution actuelle du monde que sur l’Ecriture inspirée par Dieu.

Cette interprétation “autonomiste” ou “contextualiste” s’est substituée à l’interprétation antérieure, “applicative” et “subordonnée”, et c’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles même certains promoteurs, discrets et prudents, de cette conception “autonomiste” ou “contextualiste” de la pastorale reconnaissent que là où il n’y a pas d’unité de pensée, il ne peut y avoir d’unité dans l’action, dans l’Eglise catholique.

Troisième exemple, le mot DIALOGUE. Ici, les choses sont plus simples : remplacez donc le mot “dialogue” par le mot “concordisme”, au sens de : concordisme axiologique, concordisme sur les “valeurs”, et vous comprendrez tout de suite quel est le spécifique de la conception et de la pratique dominantes du dialogue interreligieux qui se manifestent souvent depuis la fin des années 1970 ou depuis le milieu des années 1980, alors qu’il n’a jamais été explicitement ni officiellement question, au Concile Vatican II, d’aller jusque là où l’on va, depuis bientôt trente-cinq voire quarante ans.

En effet, force est de constater que la conception et la pratique actuellement dominantes du dialogue interreligieux fonctionnent, d’une manière non marginale ni négligeable, à ce qu’il faut bien appeler du concordisme interreligieux axiologisant, c’est-à-dire

– non à du dialogue au sens strict, propice à la compréhension, à la coopération, au respect mutuel, dans le respect des distinctions et des précisions qui maintiennent à distance de la tentation du confusionnisme et du consensualisme, et non nuisible à l’annonce, par les chrétiens catholiques, de Jésus-Christ, en tant que Fils unique du seul vrai Dieu, Père, Fils, Esprit, en vue de la conversion des croyants non chrétiens vers Jésus-Christ,

– mais à du concordisme interreligieux, récepteur, producteur, promoteur ou transmetteur de “valeurs”, considérées comme communes à tous les croyants, et légitimées en tant que communes à toutes les religions, à toutes les traditions croyantes, comme s’il n’y avait presque plus, entre les diverses religions ou traditions, que des différences de forme, et non des divergences de fond, ou comme s’il n’y avait pas, OU PLUS, une différence de nature, entre la religion chrétienne, la seule dépositaire de la plénitude de la révélation divine, et les autres religions ou traditions croyantes.

Or, le moins que l’on puisse dire est que ce concordisme interreligieux axiologisant est plus nuisible que propice à l’intégrité et à la lucidité, dans la foi catholique, des fidèles catholiques, face au relativisme et au subjectivisme, dans le domaine de la religion, ou face au nominalisme et au perspectivisme postmodernes, en matière religieuse…

Que les catholiques du début du XXI° siècle s’interrogent donc sur ce qui, en philosophie, en théologie, est à l’origine de ce qu’il y a à l’intérieur de chacun de ces trois détournements de finalité, qu’ils s’interrogent donc sur les causes profondes et sur les effets durables de chacun de ces trois détournements sémantiques, et ils en comprendront

– les mérites : nul ne peut plus reprocher, sérieusement, à l’Eglise catholique, d’être condamnatrice ou dominatrice, et “diabolisante” ou “polémisante”, envers les non catholiques, ou d’avoir une pastorale indifférente aux contextes humains, dans leur complexité et leur diversité,

mais aussi

– les limites : tout catholique voulant rappeler le contenu de la déclaration Dominus Iesus, qui date de l’année 2000, et la signification non adoctrinale ni adogmatique de ce document, prend le risque de se faire traiter de catholique dépassé ou déphasé, intolérant ou intransigeant, nostalgique ou passéiste, alors que, faut-il le rappeler, les auteurs de Dominus Iesus prennent appui sur les documents du Concile Vatican II, pour préciser ou rappeler ce qui est de plus en plus méprisé, négligé, évincé, ignoré, occulté, oublié, précisément à cause de l’acception consensualiste ou unanimiste de l’oecuménisme, de l’acception autonomiste ou contextualiste de la pastorale, et de l’acception “concordiste” du dialogue interreligieux… “

Bonne journée.

Un lecteur.

 

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