Courrier d’un lecteur – Catholiques identitaires donc… catholiques illégitimes ?

Bonjour,

Voici quelques mots, dans le prolongement de la tribune de Monsieur de Thieulloy sur la cabale des dévots

A. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est à peu près ceci : depuis le début de l’avant-Concile sous Pie XII, et l’avant-Concile sous Pie XII commence dès l’année 1945, des clercs catholiques, au sens large, ont réussi à faire croire ceci, au sein et autour de l’Eglise catholique : plus on est culturellement et formellement catholique, plus on est capable et désireux de recevoir, de partager, de propager, de transmettre les références, notamment dogmatiques, liturgiques, spirituelles, inhérentes au christianisme catholique, et moins on est spirituellement et vitalement chrétien ou, comme le disent certains, moins on est “authentiquement chrétien”.

B. A mon avis, sous un angle spécifiquement religieux, c’est avant tout cela, le procès en sorcellerie, le procès en illégitimité et en inauthenticité qui a été ouvert, avant-hier, contre les catholiques dits “identitaires”, et qui est instruit, encore aujourd’hui, contre les catholiques qualifiés “d’identitaires”.

C. Ce procès en sorcellerie repose en partie sur l’assertion complètement fausse d’après laquelle un attachement consciencieux et respectueux à l’égard des références structurantes, audibles et visibles, caractéristiques du catholicisme, est à coup sûr d’inspiration légaliste ou ritualiste, et non d’inspiration chrétienne, ou constitue avant tout, voire seulement, un handicap, un obstacle à la vie chrétienne.

D. Et ce procès repose aussi en partie sur l’opinion complètement folle selon laquelle plus on “décatholicise” ces références structurantes, et plus on les “reconfigure” d’une manière efficacement et opportunément “évangélisatrice”, d’où la pastorale du “levain dans la pâte”, qui a été d’une fécondité toute relative.

E. Il y a ce que les tentatives récurrentes de ringardisation ou de stigmatisation des catholiques dit “identitaires” ou du catholicisme dit “identitaire” manifestent, c’est-à-dire la persistance d’un courant de pensée, d’un état d’esprit, qui se veut “adapté”, “évolué”, “innovant”, “ouvert” (mais avec quels objectifs et quels résultats ?) au sein de l’Eglise catholique, et il y a ce que ces tentatives dissimulent, de plus en plus mal, à vrai dire.

F. Ce que ces tentatives dissimulent, de plus en plus mal, c’est ceci : nous sommes en présence de catholiques accusateurs qui ont de plus en plus de mal à cacher l’échec global, notamment en Europe occidentale, du positionnement relationnel caractéristique d’une grande partie du christianisme catholique contemporain, à l’égard de l’homme et du monde contemporains, depuis bientôt trois quarts de siècle.

Ce positionnement relationnel, dit “pastoral” (comprenez : consensuel) est avant tout conciliateur ou consensualiste, et non avant tout missionnaire, et il est formidablement neutralisateur de la part de dissensus in Christo et ad extra qui est consubstantielle au catholicisme, dans l’ordre de la foi comme dans celui des moeurs.

G. La pastorale de l’accompagnement et de l’enfouissement “humanisateurs” de l’homme et du monde contemporains, qui a réussi le tour de force de faire aller en direction d’une auto-décatholicisation “libératrice” sans précédent dans l’histoire de l’Eglise, soi-disant au service d’une réévangélisation du bas vers le haut, de l’extérieur vers l’intérieur, de la vie humaine vers la foi chrétienne, aurait peut-être pu “réussir”, notamment avec davantage de discernement, d’humilité, de réalisme, de fidélité, de distinctions, de précisions, de patience, de prudence, mais elle n’a pas “réussi”, c’est le moins que l’on puisse dire.

H. Or, ce n’est pas avant tout à cause de “l’esprit du Concile”, ni de “l’esprit de 68”, que cette pastorale n’a pas réussi, mais à cause d’un vice de conception absolument fondamental, et ce vice de conception n’est autre que celui-ci : c’est le vice de conception selon lequel le catholique contemporain n’a pas à être a priori identitairement opposé à tel courant de pensée ou d’action caractéristique de l’esprit du monde, ou n’a pas à être par principe identitairement vigilant et résistant face à tel système d’idées ou de valeurs représentatif de l’esprit du monde, ou encore n’a pas à porter en lui, pour ainsi dire, d’une manière immédiatement identifiable en tant que catholique,

– d’une part et d’abord un instinct de conservation et de propagation de ce qui vrai, juste, bon, et qui est communiqué par l’Esprit de Dieu,

– d’autre part et ensuite un instinct de dénonciation et de préservation face à ce qui est faux, injuste, mauvais, et qui est véhiculé par l’esprit du monde.

I. Ainsi, pour certains, le catholique contemporain n’a pas à mener de combat spirituel, et n’a pas à recourir aux références fortifiantes, nourrissantes, stimulantes, tonifiantes, caractéristiques du christianisme catholique, pour mener ce combat, avant tout pour pouvoir coopérer avec l’Esprit de Dieu, avec l’aide de la grâce de Dieu, mais aussi pour pouvoir résister à telle figure de l’esprit du monde. Pour certains, la notion de combat spirituel est une notion à caractère “identitaire”.

J. De même, pour certains, la priorisation explicite et spécifique de la contemplation, de la piété, de la prière, de la vie spirituelle, et non celle des activités caritatives, de l’action vers l’extérieur de l’Eglise, de l’investissement dans le sociétal ou le temporel, est potentiellement “identitaire”, “donc” potentiellement illégitime ou inauthentique. Cette vision des choses, qui ne le voit, n’est pas avant tout “évangélique” ou “fraternitaire”, car elle est avant tout ABSURDE et SUICIDAIRE, mais elle a eu cours, dans la deuxième moitié du XX° siècle, et il arrive qu’elle ait cours, encore aujourd’hui.

K. Je vais essayer de le faire comprendre davantage, en recourant à ce qui suit : cette année, nous marquerons… ou pas, le vingt-cinquième anniversaire de la publication du Catéchisme de l’Eglise catholique. Les catholiques non identitaires, ceux qui se disent ou se veulent “évangéliques” “donc” non identitaires, voire anti-identitaires, marqueront-ils ce vingt-cinquième anniversaire comme il se doit ? Commenceront-ils ou continueront-ils à traiter “d’identitaires” les catholiques, qui sont pourtant leurs frères, qui demandent, ici ou là, que le Catéchisme de l’Eglise catholique soit ENFIN (davantage) utilisé, dans les diocèses, dans les paroisses, que ce soit dans le cadre de la catéchèse ou dans celui de la prédication ?

L. Je mets un terme à ces quelques mots en proposant une distinction entre le catholicisme de l’accompagnement et de l’enfouissement humanisateurs qui est, globalement, un échec, et qui n’a certes pas attendu l’année 1968 pour commencer à être un échec, et le catholicisme de l’alternative et de l’explicitation christianisatrices qui ne sera autre chose qu’un échec que s’il comporte du discernement, de l’humilité, du réalisme, de la fidélité, des distinctions, des précisions, de la patience, de la prudence… évidemment indispensables.

Je vous remercie, encore une fois, pour toute votre bienveillance et votre compréhension, et je vous souhaite une excellente continuation.

Un lecteur.

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