Courrier d’un lecteur – D’Assisi utopia à Amoris laetitia.

Bonjour et merci pour ceci (notre article sur la demande d’audience de 4 cardinaux et la tribune de Thibaud Collin)

 

Ce qui suit n’est qu’un rappel, le rappel de l’articulation entre l’Assisi utopia (qui n’a certainement pas attendu Assise 1986 pour commencer à se manifester dans l’Eglise) et Amoris laetitia (qui n’a évidemment pas attendu Amoris laetitia 2016 pour commencer à se manifester dans l’Eglise), ce rappel essayant de permettre de comprendre le fonctionnement de l’état d’esprit qui est à l’origine de bien des difficultés actuelles.

1. En effet, dans un premier temps, bien des hommes d’Eglise ont commencé puis ont continué à faire croire ou à laisser entendre

– que tout chrétien doit avoir “un respect total pour les convictions (religieuses non chrétiennes) de ceux qui croient autrement”,

– que “toute prière authentique est suscitée par l’Esprit-Saint qui est mystérieusement présent dans le cœur de tout homme”.

2. Mais pourquoi donc tout chrétien devrait-il avoir “un respect total pour les convictions (religieuses non chrétiennes) de ceux qui croient autrement”, alors que certaines convictions religieuses non chrétiennes sont éloignées, voire opposées à la foi surnaturelle, à la raison naturelle, au respect et au souci du bien commun, de la loi naturelle, de la personne humaine, de la vérité, notamment dans l’ordre du croire, et alors que certaines convictions religieuses non chrétiennes comportent ou constituent des risques ou des sources d’erreurs, sur Dieu, sur l’homme, ou sur le monde ?

3. Et pourquoi donc tout chrétien devrait-il avoir ce “respect total”, alors que les convictions religieuses non chrétiennes ne sont pas seulement différentes dans leur forme, mais sont avant tout divergentes sur le fond, sur le plan théologal ?

4. Par ailleurs, quelqu’un peut-il préciser ou rappeler, de la manière la plus explicite et la plus objective possible,

a) ce qu’est vraiment une “prière authentique” du point de vue catholique, non iréniste ni postmoderne, mais orthodoxe,

b) à quelles conditions ou sous quelles conditions une “prière authentique” est, plus ou moins assurément, “suscitée par l’Esprit-Saint”,

c) en quoi l’Esprit Saint est-il “mystérieusement présent dans le cœur de tout homme” : en puissance ou en acte ?

5. Ensuite, dans un deuxième temps, bien des hommes d’Eglise ont commencé puis ont continué à faire croire ou à laisser entendre

– que tout chrétien doit avoir, pour ainsi dire, un respect total pour les conduites (morales non chrétiennes) de ceux qui vivent autrement,

– que tout amour authentique est suscité par l’Esprit-Saint qui est mystérieusement présent dans l’amour de tout homme.

6. Mais pourquoi donc tout chrétien devrait-il avoir, en quelque sorte, un respect total pour les conduites (morales non chrétiennes) de ceux qui croient autrement, alors que certaines conduites morales non chrétiennes sont éloignées, voire opposées à la foi surnaturelle, à la raison naturelle, au respect et au souci du bien commun, de la loi naturelle, de la personne humaine, de la vérité, notamment dans l’ordre de l’agir, et alors que certaines conduites morales non chrétiennes comportent des entraves ou des obstacles au respect et au souci de Dieu, de l’homme, ou du monde ?

7. Et pourquoi donc tout chrétien devrait-il avoir ce respect total, alors que les conduites morales non chrétiennes, compte tenu de leur diversité, ne sont pas uniquement différentes dans leur forme, mais sont également divergentes sur le fond, en ce qui concerne le bonheur ou les valeurs ?

8. Par ailleurs, quelqu’un peut-il préciser ou rappeler, là aussi, de la manière la plus explicite et la plus objective possible,

a) ce qu’est vraiment un amour authentique, du point de vue catholique, non iréniste ni postmoderne, mais orthodoxe,

b) à quelles conditions ou sous quelles conditions un amour authentique est, plus ou moins certainement, suscité par l’Esprit-Saint,

c) en quoi l’Esprit Saint est-il mystérieusement présent dans l’amour de tout homme : en puissance ou en acte ?

9. Qui ne voit que nous sommes en présence d’une christianisme catholique contemporain dans lequel, littéralement, “on mélange tout”, à commencer par le respect dû aux personnes non chrétiennes et le respect (total ? vraiment ?) dû aux convictions religieuses et aux conduites morales non chrétiennes ?

10. Et qui ne voit que si cela continue, ou plutôt puisque cela continue, on assistera prochainement à la transformation du catholicisme en une religion du respect de la sensibilité de chacun (mais pas du respect de la sensibilité dite conservatrice ou traditionnelle…), dans le souci de la solidarité entre tous, au sein de laquelle le respect et le souci, en plénitude, de ce qui est à la fois catholique et orthodoxe, sur le plan théologal comme sur le plan sacramentel, seront de plus en plus considérés comme hors-la-loi, au sein même de l’Eglise catholique ?

De l’apparition de l’Assisi utopia à la publication d’Amoris laetitia, nous sommes vraiment en présence d’une dynamique tout à fait singulière, sinon suicidaire…

Bonne journée.

Un lecteur.

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