Courrier d’un lecteur – Les dogmes catholiques, les vertus chrétiennes, la liturgie et les sacrements de l’Eglise seraient-ils nuisibles à la sainteté ?

Courrier d’un lecteur – Les dogmes catholiques, les vertus chrétiennes, la liturgie et les sacrements de l’Eglise seraient-ils nuisibles à la sainteté ?

Bonjour et merci pour ceci :

https://www.infocatho.fr/vittorio-messori-eglise-solide-societe-liquide/

I.

A. Toute la question est de savoir pourquoi tant de clercs catholiques, encore aujourd’hui,

– se manifestent exactement comme s’ils étaient persuadés que moins on est “formellement” et “orthodoxement” catholique, d’une manière audible et visible, et plus on est “authentiquement” et “vitalement” chrétien,

ou

– se positionnent exactement comme s’ils étaient convaincus que moins on est fidèle à ce qu’il y a de plus éclairant, exigeant, fortifiant, nourrissant, structurant, tonifiant, au coeur des dogmes catholiques, au sein des vertus chrétiennes, dans la liturgie et dans les sacrements de l’Eglise, et plus cela signifie que l’on a confiance en Jésus-Christ et en l’Esprit saint.

B. Mais certains d’entre eux ont-ils bien conscience du fait qu’ils s’expriment exactement comme si, d’après eux, les dogmes catholiques, les vertus chrétiennes, la liturgie et les sacrements de l’Eglise, en ce qu’ils ont de plus normativement et objectivement catholique, sont davantage des obstacles nuisibles que des instruments propices à la sainteté, dès lors qu’on les respecte et que l’on s’en soucie d’une manière dite “identitaire” ?

C. Ont-ils bien conscience de ce que leur vision du caractère, suggéré plus nuisible que propice à la sainteté, de la fidélité à l’égard des dogmes, des vertus, de la liturgie, des sacrements, révèle sur leur vision de la foi catholique et de la vie chrétienne, comme si l’une et l’autre étaient envisageables sans édification intérieure, libératrice et responsabilisante, dans le respect et le souci de références structurantes, et devaient être envisagées dans le cadre d’une “émancipation” intérieure, non libératrice, mais libératoire, c’est-à-dire dans l’oubli ou le mépris de ces références structurantes ?

D. A ces clercs catholiques il faut dire et redire ceci : globalement, la décatholicisation du catholicisme qui constitue, il convient de le reconnaître, l’une des caractéristiques fondamentales du christianisme catholique contemporain, n’est pas avant tout rechristianisante, au sein et autour de l’Eglise catholique, mais est avant tout propice à la fragilisation ou à la neutralisation de la foi catholique, et à l’introduction dans l’Eglise de conceptions, doctrines, pratiques, tendances, postmodernisantes ou protestantisantes, ce dont nous sommes témoins depuis bien plus de 50 ans.

E. En d’autres termes, toute la question est de savoir pourquoi tant de clercs catholiques, apparemment acritiques et amnésiques sur les origines et les conséquences de l’avant-Concile, sous Pie XII, d’au moins une partie du Concile, du premier après-Concile, sous Paul VI, et du deuxième après-Concile, sous Jean-Paul II, se comportent vraiment comme s’ils voulaient qu’une certaine conception de l’évolution des mentalités et qu’une certaine relation à l’évolution des mentalités aient au moins autant d’autorité, à l’intérieur de l’Eglise catholique, que l’Ecriture, la Tradition, et le Magistère.

F. A ces clercs catholiques il faut dire et redire ceci : il est proprement extraordinaire que les mêmes clercs catholiques, qui sont par ailleurs si critiques sur le règne de la loi du marché, sur celui de l’offre et de la demande, dans l’économie et dans la société,

– acceptent d’instaurer une loi de l’adaptation et de l’évolution de “l’offre” et des “produits” : les sacrements, en fonction de certaines demandes, au bénéfice de certains catholiques, que l’on encourage ainsi à avoir une conception erronée de la morale chrétienne et des sacrements de l’Eglise, et à demander “l’ouverture de nouveaux droits”, approbateurs de ces conceptions erronées, à l’intérieur de l’Eglise catholique,

et

– refusent d’instaurer une telle loi d’adaptation et d’évolution de cette “offre” et de ces “produits”, en fonction d’autres demandes, formulées par d’autres catholiques, qui aspirent légitimement à bénéficier davantage de la “ré-ouverture d’anciens droits”, et à contribuer davantage à ce que le catholicisme soit catholique, et non “inclusif”, en ce qui concerne les dogmes, les vertus, la liturgie, les sacrements.

II.

G. Quelle est donc la clef de compréhension d’une pastorale qui consiste aussi souvent à dire presque toujours oui aux partisans de l’assouplissement hétérodoxe de l’Eglise et à dire presque toujours non (et parfois en quels termes !) aux partisans de l’affermissement orthodoxe de la foi ?

H. Si l’on part du principe d’après lequel toute pastorale repose toujours plus ou moins sur une conception ou sur une doctrine, même si celle-ci est plus inexprimée ou informulée qu’affichée et assumée, on ne peut s’empêcher de penser que c’est une herméneutique historiciste, une interprétation historiciste de la conception des dogmes, des vertus, de la liturgie, des sacrements, et de la relation à ces notions et à ces réalités, qui est à l’origine du risque de transformation du christianisme catholique contemporain en un agglomérat de revendications et de sensibilités soumis au “sens de l’histoire”, oh pardon, mille excuses : qui “s’adapte” et qui “évolue” au contact et en fonction de l’accueil (inconditionnel ?) des “signes des temps”.

I. Voici un exemple d’herméneutique historiciste : la confiance en l’avenir du monde et en l’extérieur de l’Eglise, en la dignité et la liberté de l’homme, et le renouveau dans la liturgie et les sacrements de l’Eglise, “c’est vraiment très bien” ; la fidélité à l’Ecriture, à la Tradition, à la primauté accordée à Dieu, à la vérité inspirée par Dieu, à la transmission de la connaissance et de la compréhension de la foi catholique, “c’est beaucoup moins bien”.

J. Cette herméneutique historiciste a été à la fois marxisante et teilhardienne, notamment et surtout dans les années 1960 et 1970, et certains se sont imaginés que, parce que cette herméneutique historiciste a cessé d’être aussi marxisante et teilhardienne, à partir de la fin des années 1970, elle a cessé de sévir, à l’intérieur de l’Eglise catholique.

K. Or, c’est faux : la croyance selon laquelle l’Eglise peut et doit accompagner, sinon anticiper, les changements et les mouvements qui sont conformes à “l’évolution des mentalités”, ou qui découlent de “l’évolution des mentalités”, a continué à sévir, dans les années 1980, 1990, 2000, ou, si l’on préfère, pendant les pontificats de Jean-Paul II et de Benoît XVI, et c’est d’ailleurs parce que cette croyance, proche de celle de Hans Kung, a continué à sévir, que le Magistère de Jean-Paul II, puis celui de Benoît XVI, n’ont pas été reçus ni transmis en plénitude, dans le monde occidental.

Et ceux qui ne savent pas sur quelles conceptions erronées a débouché la prise en compte de “l’évolution des mentalités”, donc de telle philosophie postmodernisante et de telle théologie protestantisante, dans les années 1980 et 1990, n’ont qu’à prendre connaissance des conceptions dénoncées dans Veritatis splendor et dans Dominus Iesus, puisque ces textes ont été écrits précisément pour contrer certaines de ces conceptions erronées.

L. Dans ce contexte, il est aussi difficile que nécessaire de faire comprendre aux uns et aux autres que cette herméneutique historiciste n’est pas catholique, mais a été, hier, “dialectisante”, et se veut, aujourd’hui, “déconstructrice” et “libératrice”, au préjudice de ce qu’il y a de plus légitimement “rigide”, au sein de l’Eglise, mais aussi au préjudice de l’annonce de Jésus-Christ, de la conversion vers Jésus-Christ, de la sainteté en Jésus-Christ.

On ne sait s’il est possible de raisonner en termes d’objectifs ou de le faire en termes de résultats, mais on sait au moins quelle est la conséquence la plus prévisible de la poursuite de la soumission de l’Eglise à cette herméneutique historiciste, propice à bien des sophismes et à bien du suivisme.

C’est ainsi qu’un beau jour, la moindre allusion à la nécessité de consolider la rectitude de la foi théologale, et à celle de consolider la régulation de la pastorale par un Magistère courageusement prescripteur de ce qui est fidèle à la foi catholique et la morale chrétienne (et courageusement proscripteur de ce qui éloigne ou oppose à la foi catholique et à la morale chrétienne), sera perçue comme attentatoire à “l’esprit de l’Evangile”…

Ainsi, en à peu près trois quarts de siècle, situés entre 1945 et 2020, on sera passé du catholicisme orthodoxe à un néo-catholicisme presque “anomique”…

Bonne journée.

Un lecteur.

 

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