Courrier d’un lecteur – L’Eglise catholique n’a pas à diriger une Organisation des Religions Unies

Courrier d’un lecteur – L’Eglise catholique n’a pas à diriger une Organisation des Religions Unies

Bonjour,

Je vous remercie vivement pour la publication de ce texte (sur Assise)

Je m’efforce de rédiger, le moins mal possible, les quelques mots qui suivent, sur une question qui nécessite autant de précision que de prudence.

Les conséquences collatérales intra-ecclésiales de l’adhésion à “l’esprit d’Assise” et du déploiement de “l’esprit d’Assise” seraient-elles imaginaires ?

On rappellera ici ce que sont ces conséquences collatérales, présentes et actives au sein même de l’Eglise catholique : elles sont minimisatrices ou neutralisatrices de la nécessité d’exhorter les catholiques à l’annonce, par la prédication et par le témoignage, de Jésus-Christ, avant tout en tant que Fils unique du seul vrai Dieu, et de la nécessité d’exhorter les croyants non chrétiens à la conversion vers Jésus-Christ, là aussi en tant que Fils unique du seul vrai Dieu : Jésus-Christ est LE chemin, LA vérité, LA vie, et nul ne va au Père que par Lui.

Jésus-Christ n’est pas le Bouddha, le Confucius, le Mahomet, le Moïse, le Socrate ou le Vishnou des chrétiens, mais est le seul Médiateur et le seul Rédempteur, le seul Seigneur et le seul Sauveur. A qui donc fera-t-on croire que la naissance, la croissance, la puissance de “l’esprit d’Assise” n’ont pas eu pour effet, hier, n’ont pas pour effet, aujourd’hui, de faire perdre de vue, notamment aux catholiques, chacune des précisions qui précèdent ?

Or, les hommes d’Eglise n’ont pas à se comporter, par expressions ou par omissions, comme si l’Eglise catholique avait pour mission d’être à la tête d’une “Organisation des religions unies”, et n’ont donc pas davantage à faire passer la religion chrétienne pour une religion qui serait avant tout UNE religion de la paix dans le monde, alors que la religion chrétienne est avant tout LA religion du salut en Dieu, le seul vrai Dieu étant Père, Fils, Esprit.

Et les hommes d’Eglise n’ont pas non plus à faire croire ou à laisser entendre à ceux qui adhèrent à une religion ou à une tradition croyante, non seulement différente dans sa forme, mais aussi divergente sur le fond, car éloignée, voire opposée, vis-à-vis de la plénitude de la révélation divine,

– qu’ils adhèrent à une religion ou une tradition qui n’induit pas en erreur et ne maintient pas en erreur sur Dieu, sur l’homme, sur le monde,

ou

– qu’il n’est pas si grave, ou pas très grave, qu’ils adhèrent à une religion ou à une tradition croyante qui ampute ou déforme la révélation divine,

dès lors qu’ils respectent des valeurs ou souscrivent à des valeurs telles que le dialogue et la rencontre, la dignité et la liberté, la justice et le partage, le respect des diverses sensibilités présentes en l’homme et le souci de la solidarité entre les hommes, la sauvegarde de la création et des créatures.

En d’autres termes, la Foi catholique a “notamment” une vertu informative relative au seul vrai Dieu, à la volonté de Dieu, Père, Fils, Esprit, et à la vocation de l’homme, de tout homme, de tous les hommes, à la conversion et au salut, et elle n’a pas seulement une vertu opérative qui se manifesterait dans une conception quasiment horizontale ou humanitaire de la charité chrétienne, dans le cadre de laquelle la charité fraternelle fonctionnerait à l’autocensure pacifiste, sans la moindre correction fraternelle, au bénéfice et à destination des croyants non chrétiens.

Le plus grand danger, ce n’est pas le sectarisme des uns, même s’il suffit probablement de mettre en doute publiquement “l’esprit d’Assise” pour se faire traiter de catholique “identitaire” ou “réactionnaire”, ce n’est pas davantage le syncrétisme des autres, même si l’on est en droit de s’interroger sur le degré d’orthodoxie de telle célébration, cérémonie, rencontre ou réunion, ambivalente, de prière interreligieuse ou islamo-chrétienne.

Le plus grand danger, c’est une certaine forme de concordisme interreligieux axiologisant, de confédération interreligieuse axiologisante, dans le cadre duquel ou de laquelle on célèbre des valeurs ou on communie autour de valeurs qui n’ont rien méprisable ni de négligeable, mais qui n’ont rien non plus de spécifiquement chrétien, et dans le cadre duquel ou de laquelle des croyants prient, les uns vers le seul vrai Dieu, Père, Fils, Esprit, les autres vers telle ou telle approche ou conception humaine de Dieu, de l’absolu, du créateur, de la transcencance, ou d’une inspiration universelle.

Si l’on préfère, le plus grand danger, couru depuis l’apparition puis la propagation de l’esprit d’Assise (et il y a eu un esprit d’Assise avant la lettre, qui a été préconfiguré par une partie de la théologie des années 1970), et couru par les catholiques eux-mêmes, n’est autre que la perte de conscience du fait qu’il y a une différence de nature, et non une différence de degré, entre la religion chrétienne et les diverses religions non chrétiennes.

Dans le domaine de la religion, la bonne intention et la sincérité des croyants sont évidemment nécessaires, mais elles ne sont pas suffisantes : il est tout à fait possible d’adhérer et de croire, d’une manière bien intentionnée, durablement et profondément sincère, à n’importe qui, à n’importe quoi.

Par ailleurs, il n’est pas impossible de considérer que ce n’est pas par hasard, mais par nécessité, inspirée par Dieu, que la religion chrétienne

– est monothéiste et personnaliste, et non panenthéiste, comme le bouddhisme, ni polythéiste, comme l’hindouisme,

– comporte, pour ainsi dire, une théo-logie, dans l’ordre de la foi en Dieu, et une théo-nomie, dans l’ordre de l’action dans le monde,

et

– ne débouche, notamment, ni sur du théocratisme à destination du plus grand nombre, ni sur du théosophisme au bénéfice d’un petit nombre.

Rien de ce qui précède ne méprise les croyants non chrétiens, rien de ce qui précède ne découle d’une attitude négligente à l’égard des ressources culturelles, sapientielles, spirituelles, présentes dans telle religion ou tradition croyante non chrétienne, mais la conception et la pratique actuellement dominantes du dialogue interreligieux, selon lesquelles “l’esprit d’Assise” bénéficie, d’une manière totalement et uniquement légitime, d’un caractère quasiment hégémonique et irréversible, au sein et autour de l’Eglise catholique, rendent-elles encore possible le rappel public de ce qui précède ?

Sur ces questions comme sur d’autres, nous vivons dans une ambiance, une culture, une époque, caractérisées par des tendances au confusionnisme et au consensualisme, à l’imprécision et à l’indistinction. Or, ce n’est pas parce que ces tendances sont peut-être très altruistes et bien intentionnées, et qu’elles tendent à faire prévaloir la prise en compte bienveillante de la sincérité des croyants, au préjudice de la prise en compte vigilante de la véracité des croyances, qu’elle ne posent pas un problème de fond, pour le présent et pour l’avenir de l’Eglise catholique et de la Foi catholique.

En particulier et plus précisément, il est tout à fait possible de reconnaître que ce qui s’inscrit dans le sillage de “l’esprit d’Assise”

– n’a pas pour objectif officiel d’inciter les croyants chrétiens et les croyants non chrétiens à adhérer à la conception, anthropocentrique, constructiviste, rationaliste, utilitariste, d’après laquelle aucune religion ne met en relation, d’une manière véridique, avec Dieu, et selon laquelle chaque religion est utile à l’homme et au monde, dès lors qu’elle est pour “la paix” et non opposée, par principe, au relativisme et au subjectivisme,

mais

– a bien pour résultat effectif de donner à croire que la religion en général, et chaque religion ou tradition croyante, en particulier, sont globalement réductibles à une même éthique, qui n’a évidemment pas à être anti-humaniste, mais qui n’aurait pas “le droit” de dire oui à l’Esprit de Dieu, donc non à l’esprit du monde, c’est-à-dire, notamment, non au relativisme et au subjectivisme qui sévissent en matière religieuse et en matière morale.

En d’autres termes, il est tout à fait possible de reconnaître que “l’esprit d’Assise” est plus apposé à la mentalité selon laquelle ce qui importe, en matière religieuse, c’est “le respect de la sensibilité de chacun, dans le souci de la solidarité entre tous”, qu’opposé à cette mentalité, qu’il ne s’agit pas, notamment ci-dessus, de “diaboliser”, de faire passer pour “hérétique”, mais qu’il ne s’agit pas non plus de faire passer pour catholique.

Oui, c’est tout à fait possible, ou plutôt non, c’est tout à fait impossible, puisque c’est un crime de lèse-majesté contre “l’esprit d’Assise” lui-même…

Un lecteur.”

 

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