Décès du cardinal Vlk, témoin de l’Église du silence

Le cardinal Miloslav Vlk, qui a été archevêque de Prague de 1991 à 2010, est décédé le samedi 18 mars, à 85 ans. C’est un témoin important, notamment de “l’Église du silence”, lorsque le catholicisme fut persécuté en Tchécoslovaquie à partir de la fin des années 1940. Le futur cardinal Vlk exerca même son ministère dans la clandestinité, étant au civil laveur de vitres et archiviste. Le statut de l’Église catholique, pendant l’époque communiste, alterna entre des phases de clandestinité et des phases de relative liberté (à titre d’exemple, l’Église uniate fut même légalisée en 1968, retrouvant ses églises).

Né en 1932, après de études d’archiviste à la faculté de lettres de l’université Charles de Prague, Miloslav Vlk devint dircteur du centre d’archives de České Budějovice. En 1964, il se tourna vers la vie sacerdotale. Le 23 juin 1968, alors que la Téchocoslavaquie subit le printemps de Prague, il fut ordonné prêtre par Mgr Josef Hlouch, évêque de České Budějovice, dont il fut le secrétaire.

Malgré une très relative libéralisation, le régime se durcit dans les années 1970, ce qui poussa Miloslav Vlk à exercer son ministère dans la clandestinité. Ayant perdu l’autorisation de l’État pour exercer son sacerdoce, il exerça le métier de laveur de vitres de 1978 à 1986. Prêtre clandestin, il exerça  son ministère auprès de laïcs.

Dans le sillage de l’affaiblissement, puis de la disparaition des régime communistes, il put exercer officiellement son sacerdoce à partir du 1er janvier 1989. Cette fois-ci, la Révolution de velours permit à l’Eglise de retrouver une existence publique, sans recul possible. Le 14 février 1990, Miloslav Vlk fut nommé évêque de České Budějovice par saint Jean-Paul II. En mars 1991, il devint archevêque de Prague pour succéder au cardinal František Tomášek, autre figure de la résistance spirituelle tchécoslovaque. Mgr Vlk a été président de la conférence épiscopale tchèque jusqu’en l’an 2000. Il a également exercé la fonction de président du Conseil des conférences épiscopales d’Europe (CCEE), de 1993 à 2001, remplaçant ainsi le cardinal Martini.

Créé cardinal par Saint Jean-Paul II, en 1994, Mgr Vlk joua un rôle dans plusieurs synodes romains, que ce soit sur celui de la Vie consacrée (1994), sur l’Afrique (1994), sur les évêques (2001) ou sur la Parole de Dieu (2008). Il participa également aux assemblées spéciales sur l’Europe de 1991 et de 1999. Le cardinal Vlk a reçu plusieurs fois les papes. Il accueillit saint Jean-Paul II en 1995 et 1997, puis Benoît XVI en 2009. Le cardinal Vlk a donc été une figure de l’Église catholique en Europe, au cours des années 1990 et 2000. Il devint archevêque émérite de Prague en 2010, à 77 ans.

Le pape François a salué le cardinal Vlk, dans un message à son successeur, le cardinal Dominik Duka :

Je me souviens avec admiration de sa tenace fidélité au Christ, malgré les privations et les persécutions contre l’Église, comme aussi de sa féconde et multiple activité apostolique animée par le désir de témoigner à tous la joie de l’Évangile, en promouvant un authentique renouveau ecclésial fidèle et toujours docile aux inspirations de l’Esprit Saint

A l’instar des cardinaux Beran et Tomášek, le cardinal Vlk a été le témoin d’une période tourmentée. Il a pu cependant assister à la sortie définitive des persécutions contre l’Église catholique. Néanmoins, il a rencontré les nouvelles difficultés subies par l’Église, confrontée non plus aux persécutions, mais à une indifférence, notamment administrative, de la part des pouvoirs publics. En effet, il a constaté, en 2009, que

L’Église aujourd’hui dispose d’une large liberté, mais elle n’a pas les moyens pour la concrétiser. Par exemple, nous sommes libres de fonder des écoles catholiques, mais nous n’avons pas d’argent pour le faire. Nous voulons être libres économiquement, mais l’État ne nous le permet pas ! On a fait croire aux gens que nous voulions retrouver une puissance. En fait, le régime communiste a détruit toute idée de droit et justice dans ce pays. Nous demandons juste le respect du droit et de la justice !

Sources : Radio Vatican et La Croix.

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