Diable ou pas diable ? La réponse d’un exorciste : j’ai célébré 2300 rites d’exorcisme

Nous publions ici des extraits de l’interview parue dans le Figaro du  père Sante Babolin, professeur de philosophie à la retraite de la prestigieuse université jésuite la Grégorienne. Il est le seul prélat à avoir réagi publiquement contre les propos du supérieur général des Jésuites, qui estime que « Satan » n’est qu’un symbole. Des propos qui ne sont pourtant pas passés inaperçus en Italie, en Espagne, en Amérique latine et aux États-Unis.

 

LE FIGARO. – Pourquoi avez-vous réagi publiquement aux propos du père Sosa ?

 

Père Sante BABOLIN. Je suis un prêtre catholique et professeur émérite de l’Université pontificale grégorienne de Rome, où j’ai enseigné la philosophie pendant trente-trois ans. Mon évêque m’a confié la responsabilité d’accomplir le rite de l’exorcisme majeur. Depuis 2006, j’ai ainsi célébré 2300 rites d’exorcisme. C’est donc sur la base de cette expérience concrète que j’ai réagi.

 

Le diable existerait donc ?

 

Pour tout vous dire, quand l’évêque m’a confié ce ministère, je ne croyais pas possible qu’un baptisé puisse être possédé par le démon… Mais j’ai dû me rendre à l’évidence ! Les actions du diable sur l’homme peuvent être ordinaires : ce sont les tentations. Ou extraordinaires : ce sont les vexations, les obsessions et les possessions. La discipline de l’Église réserve l’exorcisme aux seules personnes possédées. Et avant d’exorciser une personne, nous demandons systématiquement une visite psychiatrique.

 

 

 

Que dit l’Église sur la question du diable ?

 

Le pape Paul VI a donné une remarquable synthèse sur ce thème en 1972 : « Nous trouvons, a-t-il dit, le mal dans le règne de la nature où beaucoup de ses manifestations mettent en évidence un désordre. Nous trouvons le mal dans les désordres humains où nous rencontrons la faiblesse, la fragilité, la douleur, la mort et quelque chose de pire : une double loi contradictoire, une loi voudrait le bien, l’autre loi se tourne vers le mal. Ce tourment, saint Paul l’explique pour démontrer à la fois la nécessité mais aussi la chance de la grâce salvatrice du salut apporté par le Christ… Ensuite nous trouvons aussi le péché, la perversion de la liberté humaine, cause profonde de la mort parce que détaché de Dieu qui est source de la vie. Et puis, parfois, nous trouvons un agent ennemi et obscur, le démon qui intervient en nous et dans notre monde. Le mal n’est plus alors seulement une déficience mais une efficience, un être vif, spirituel, perverti et pervertissant. Une terrible réalité. Mystérieuse et à craindre. »

 

 

Beaucoup de croyants et de non-croyants ne comprennent pas pourquoi un Dieu bon permettrait le mal…

 

Dieu nous a créés capables de répondre à l’amour par l’amour. Mais sans liberté, il n’est pas possible d’aimer. Les démons ont aussi été créés bons, mais libres également. Ils sont devenus mauvais par leur choix libre. Dieu ne peut rien faire pour eux parce qu’ils sont métaphysiquement obstinés dans le mal. Il arrive, dans les exorcismes, que les démons me disent : « Je suis le mal. Je suis la haine, et même si je voulais aimer, je ne le peux pas. »

 

Pourquoi le pape François, jésuite, parle-t-il autant du diable ?

 

Le pape François s’inscrit dans la tradition de l’Église. Quand il a inauguré une nouvelle statue dédiée à saint Michel Archange au Vatican, en 2013, il a dit : « Michel lutte pour rétablir la justice divine et défendre le peuple de Dieu de ses ennemis, et surtout de l’ennemi par excellence, le diable. Saint Michel gagne parce que Dieu agit en lui. Cette sculpture rappelle que le mal est vaincu parce que le salut est accompli une seule fois et pour toujours dans le sang du Christ. (…) En consacrant l’État de la cité du Vatican à saint Michel Archange, nous lui demandons qu’il nous défende du Malin et qu’il le jette dehors. »

 

 

 

 

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