Disposer de son corps… mais pas au détriment de la vie !

de Jean-Jacques Durré sur cathobel.be :

Le droit à disposer de son corps… C’est le slogan brandi depuis des années par les mouvements féministes et pro-avortement. Or, l’IVG ne peut être utilisée comme moyen de confort. Le débat sur sa sortie du code pénal est délicat et difficile, car il touche à la vie et à la protection de l’être humain.

Dans une opinion publiée dans l’Echo, mon excellente consœur Nathalie Bamps s’interroge : « Au nom de quoi se permet-on de limiter aussi strictement le droit des femmes à disposer librement de leur corps ? Au nom de qui (on croit savoir…) ? » Elle revient sur le projet de loi que devrait déposer le gouvernement fédéral pour sortir l’IVG du code pénal tout en maintenant des sanctions si le délai légal de 12 semaines maximum pour avorter et celui de réflexion de six jours (ce qui figure dans la loi actuelle votée en 1990) ne sont pas respectés, en précisant que « la plupart des experts auditionnés préconisaient d’ouvrir ce cadre. » Et la journaliste du quotidien économique d’estimer que l’équipe de Charles Michel a « laissé tomber l’opportunité de se montrer réellement progressistes, en s’alignant par exemple sur la législation de nos voisins néerlandais. » Aux Pays-Bas, le délai maximum pour recourir à l’IVG est en effet de 22 semaines, soit un peu plus de cinq mois. Natahalie Bamps embraie : « Le pire étant aussi à venir. Car le CD&V ne compte pas en rester là. Koen Geens est prêt à dégainer un autre texte de loi sur la reconnaissance du foetus, qui pourrait anéantir ces avancées ».

Le débat sur la sortie de l’IVG est délicat et difficile car il touche à la vie et à la protection de l’être humain. Si les discussions en cours méritent un vrai débat démocratique, il ne faut pas oublier la dimension éthique. Faire des pourparlers actuels, un simple bras de fer entre majorité et opposition est plus que regrettable. Ma question est simple : pourquoi ceux qui défendent le droit à la vie ne pourraient-ils pas s’exprimer, au même titre que ceux qui promeuvent la dépénalisation totale de l’IVG et le droit de disposer de son corps ?

Les femmes ont mis des décennies à obtenir des droits similaires aux hommes. Je me réjouis des avancées obtenues car elles sont le fruit de longues années de lutte. Pourtant, encore aujourd’hui, dans bien des domaines, les femmes sont discriminées, notamment au niveau des salaires à compétence égale avec leurs collègues masculins. Mais on ne parle pas ici d’aspects financiers ou de liberté. Là-dessus, ma consœur se trompe : il s’agit d’un problème moral et éthique majeur.

La « déclaration de Bruxelles » initiée conjointement par le Centre d’Action Laïque (CAL) et la Fédération Wallonie-Bruxelles (une erreur pour moi en ce qui concerne cette dernière qui en tant qu’institution neutre, n’a pas à prendre position envers l’une ou l’autre cause), promeut une dépénalisation totale, pour faire de l’avortement un acte purement médical et refuse toute démarche visant à donner une personnalité juridique à un fœtus. Pour Michel Dupuis, professeur de philosophie à l’UCL et membre du comité consultatif de bioéthique, lier la reconaissance du fœtus à la dépénalisation totale de la l’IVG est, d’un point de vue stratégique, une erreur de la majorité. Mais, il estime que d’un point de vue philosophique, les deux sujets sont bel et bien liés : « La question de l’avortement pose, à voix basse, celle du statut de cet embryon humain. C’est gênant, ça empêche de parler en noir et blanc, mais en tant que philosophe, j’estime qu’il est important que nos débats ne soient pas évidents. »

Des chiffres qui font froid dans le dos
Comme l’écrit l’abbé Eric de Beukelaer sur son blog, « le foetus est une vie humaine en devenir et donc, bien davantage qu’un simple tissu biologique. S’il n’est qu’un amas de cellules, comment expliquer qu’à un moment donné apparaît – comme par génération spontanée – un être humain ? Et quand ? » Il ajoute : « Accueillir humainement et d’une façon médicalement responsable, la douloureuse décision d’avorter, est une chose. Mais nier, pour la cause, qu’il y a pas en jeu une vie humaine en gestation, est et reste – quoi qu’on raconte – un acte de déni. » Pour le vicaire épiscopal du diocèse de Liège, les « pro-vie » doivent relever le défi de rechercher de mesures capable de limiter le nombre d’avortements. « Or, il n’y a apparemment pas de diminution d’avortement en Belgique, contrairement à d’autres pays européens », poursuit-il.

Nous sommes en démocratie et chaque opinion a le droit au respect. Ce qui dérange ici, c’est le fait d’avoir l’impression que la position de ceux qui ne partagent pas cette vision que soutient la décalaration de Bruxelles, ne serait pas respectable. Il faut savoir qu’un avortement est pratiqué toutes les 26 secondes dans l’Union européenne (UE), soit 138 avortements par heure et 3.309 avortements par jour ! Ce sont près de 43,8 millions d’interruptions volontaires de grossesse pratiqués dans le monde par an. N’aurait-on le droit d’y voir là un véritable drame humain ?

Pour les « pro-IVG », la culpabilisation des femmes reste la règle. « Les entraves à leur autonomie sexuelle et reproductive sont l’expression d’un sexisme institutionnalisé et doivent être combattues comme facteurs d’inégalités et d’injustice », peut-on lire dans un rapport intitulé « Etats des lieux de l’avortement en Europe – 2016 », établi par le CAL. Soyons clairs : il faut effectivement cesser de culpabiliser les femmes qui ont recours à l’IVG. L’Eglise d’ailleurs ne condamne jamais la personne, mais bien l’acte car la pratique touche à la suprématie inaliénable de la vie, de la conception à la mort.

Enjeu sociétal
Dans le passé – et je sais que je vais choquer certains – on pensait justifier l’esclavagisme par le fait que les esclaves n’étaient pas considérés comme des êtres humains. Durant la Seconde guerre, les nazis jugeaient avoir le droit de supprimer la vie de ceux qu’ils considéraient comme des « sous-hommes ». En ayant droit de vie ou de mort sur un enfant en devenir, il n’y a pas une grande différence, a fortiori si l’IVG est pratiquée pour des raisons de confort ou du droit à « disposer de son corps ».

Dans ce dossier, tout n’est pas blanc ou noir. Ce qui m’attriste, c’est qu’on occulte – volontairement ou non – la somme des souffrances liées à l’avortement qui restera toujours une situation d’échec. Bien des aspects entrent en ligne de compte et c’est ce qui fait que le problème ne doit pas être pris à la légère et que des décisions le soient dans la précipitation, à la veille des congés parlementaires. Il existe d’autres alternatives, mais on en parle très peu. Comme on met peu en lumière la détresse profonde des femmes après l’acte.

C’est pour cela que je ne peux admettre que l’on réduise l’IVG à une seule intervention médicale, comme si on extrayait un abcès dérangeant se trouvant dans notre corps ! Il s’agit d’un enjeu sociétal essentiel.

Jean-Jacques Durré

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