Edito #114 : Sodoma – Est-ce vraiment un scoop ?

Sodoma, le livre scandale, le livre événement, le livre qui dérange, le livre de la honte, le livre du malaise… Moui ! Gorge chaude des médias, choux gras de quelques Unes en mal de sensation, mais est-ce vraiment un scoop ? Cela fait des années que des scandales sexuels et financiers fuitent de la cité du Vatican. Cela fait des siècles que les murs épais cachent de sordides affaires. On le sait. Nous l’avons toujours su. Il suffit de se promener le soir, non loin de la porte Sainte-Anne, pour croiser un trafic fort peu ragoutant. La véritable question n’est pas tant le scandale du mal qui gangrène la cité pontificale que l’impunité, le silence, l’incapacité à éradiquer une telle pourriture. Pourriture du sordide sexuel, mais aussi du goût du luxe et du pouvoir. Le pape François devait réformer la Curie. Dans le silence nous nous acheminons vers un échec. Mais sa réforme concernait le fonctionnement de la Curie, pas la vie publique ou privée des membres de l’administration pontificale. C’est là un tout autre enjeu, sur lequel un voile pudique n’a cessé d’être jeté. La véritable question est donc pourquoi ? Pourquoi le Vatican est-il devenu un temple du péché, de la luxure et du vice sans que personne ne semble s’en émouvoir ? La peur du scandale, les rivalités clientélistes, les opportunités de carrière ont sans doute facilité la loi du silence, mais au point de devenir structurel, comment cela a-t-il pu être possible ?

A cette question qui laisse pantois, il faut apporter un point de réponse qui n’en est pas une, ni une excuse. Le Vatican c’est petit. La Curie c’est une poignée de personnes par dicastère pour traiter la vie catholique du monde entier. Rongés par le vice ou non, il faut reconnaître que tous les membres de la Curie, du simple prêtre ou religieuse au cardinal, tous travaillent avec acharnement à remplir au mieux leur fonction. Ils ont une conscience aiguë de leur tâche, parfois à l’excès, considérant qu’ils sont la Curie, que le Vatican c’est eux, d’où les excès que les papes peinent à réformer.

Ce contraste est encore plus saisissant. Comment peut-on avoir une telle conscience d’être serviteur de l’Eglise et le faire avec passion, tout en menant une vie tellement contraire à l’appel de cette même Eglise ? Finalement ce n’est jamais que la question qui nous est posée à nous-mêmes, catholiques pratiquants, engagés à des degrés divers pour l’Eglise et le Christ et tellement pécheurs. Peut-être est-ce aussi pour cela qu’il est si délicat de jeter la première pierre dans cette mare boueuse avec laquelle nous frayons parfois sous une forme ou sous une autre.  Mais la peur du scandale, dans un monde anticlérical a probablement été le plus sûr verrou de la monumentale porte Sainte-Anne. Tout comme il l’est encore dans certaines curies diocésaines en France ou ailleurs. Pourtant, la vérité rend libre. Mais la vérité suppose de croire en la miséricorde de Dieu plus que dans le regard des hommes. Le courage de la vérité suppose l’espérance en la victoire de l’Eglise au-delà, malgré et peut-être même par ses vices et les pécheurs qui la constituent.

 

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