Entretien avec l’abbé Lelièvre – Osez le bonheur pour vos enfants

Avec Osez le bonheur pour vos enfants, l’abbé Hubert Lelièvre relève le grand défi de fournir aux parents les clés d’une éducation réussie dans le contexte difficile actuel pour la famille. Une œuvre pleine d’espérance et de foi en la famille d’aujourd’hui, pour aider les parents dans leur tâche quotidienne. Il répond à Constance Guillot, pour l’Homme Nouveau

Vous dites dans l’introduction de Osez le bonheur pour vos enfants « Ne nous laissons jamais voler l’Espérance ». Votre livre est un livre d’espérance ? 

     Depuis de nombreuses années j’écoute des parents. À travers ce livre, j’ai voulu les rejoindre pour leur dire en tout premier lieu « merci » pour avoir dit « oui » le jour du sacrement de mariage ; même si aujourd’hui ce oui peut être en souffrance. J’ai voulu les rejoindre pour les encourager dans une période difficile que nous traversons, où règne une confusion sans précédent qui rend leur mission difficile. Ce livre est un livre clairement d’espérance, sans cacher le contexte trop souvent hostile à la famille, à l’éducation chrétienne. En fait, je fais appel à la grâce du baptême et du « oui » du mariage des parents. Puis, la grâce du baptême de chaque enfant capable de recevoir cette nourriture spirituelle et humaine pour parcourir le chemin de sainteté. Au jour de mon baptême, j’ai reçu la vie même de Dieu : la foi, l’espérance, la charité. La vie même de Dieu, quel immense cadeau. La grande tentation est de croire et de vivre ce que j’ai reçu à ma naissance : des valeurs. Ce qui donne sens ou « fait sens » pour remplacer la foi. Un capital d’espoir pour remplacer l’espérance. Et la solidarité pour remplacer la charité. Au fond, de ne plus appartenir à Dieu, mais au monde. Nous sommes dans le monde, pas du monde, ne cesse de redire le Pape François.

Avec confiance, je me tourne vers l’espérance. Elle ne déçoit pas dit saint Paul. Puisque « l’Amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit » (Rm 5,5)

Quel rôle pour les parents « modernes » d’aujourd’hui ? Avec la société dans laquelle ils vivent ? 

L’exemple nous est donné par la Sainte Famille de Nazareth. En elle se trouvent tous les trésors dont les parents ont besoin pour « élever les enfants vers le Ciel » comme disaient saint Louis et sainte Zélie Martin. Élever vers le Ciel, c’est-à-dire donner, procurer la nourriture pour que l’âme tende vers les choses du Ciel, ce qui permet aux pieds d’être bien sur terre. Ou comme le disait saint Jean Bosco « devenir un bon chrétien et un bon citoyen ». Le regard tourné vers le Ciel. C’est en cela que consiste l’éducation des enfants.

Comment aujourd’hui, où Dieu est effacé, pouvons nous mettre le Seigneur au centre ?

Nous vivons la révolte la plus grande de la créature contre son Créateur. Du fils envers son Père. Le Gender et le transhumanisme en sont des exemples particulièrement douloureux. Notre époque n’efface pas Dieu, elle se révolte ouvertement contre Lui. La grande tentation de s’affranchir définitivement de la paternité de Dieu par la désobéissance est supérieure à celle du péché originel. Saint Jean Paul II en parlait aux évêques de France lors de sa première venue, en 1980. En utilisant le terme de « méta-tentation ». Notre époque n’efface pas Dieu. Elle crie sa soif de Dieu. Elle crie sa soif de Salut. Mais vers qui nous tournons-nous pour trouver la réponse ? Vers la paternité de Dieu… ou vers un État-Providence qui, depuis l’élection du nouveau Président en France, est passé de « l’État-providence » à « l’État-bienveillance » ce qui est pire encore parce qu’ici la « bienveillance » qui s’installe est profondément marxiste.

Vous parlez de confiance, d’espérance, mais comment, avec les lois sur la famille qui affluent, la famille peut-elle avoir confiance ? 

Nous devons être réalistes et opérer une conversion à 380 degrés si nous voulons que les choses changent vraiment. Nous voulons que les choses changent dans la société, mais nous ne voulons pas changer. Je souffre beaucoup de nous voir, baptisés, trop souvent subir, accompagner le mal qui s’installe. « Être vigi quelque chose » est peut-être utile. Mais, par notre baptême, nous avons reçu le don de prophétie. Qu’en fait-on ? Nous ne pouvons plus être des cathos qui subissent : « tais-toi et morfle ». Il est urgent que nous vivions notre Baptême, et soyons prophètes. Écrire l’Histoire et non la subir ! C’est ce que les parents sont invités à former, forger dans l’âme, le cœur, l’intelligence des jeunes. Ouvrir des chemins. Passer devant et cesser « d’accompagner » ce qui ne va pas en se contentant de dire « on va veiller » ou « ce qui se met en place ne nous semble pas bon »… Ou encore d’être des « cathos-clics » : avoir bonne conscience en un clic d’ordinateur pour dire ce que je pense ou pas. Pas très engageant !

La confiance, l’espérance : si on les prend du bon côté, ce sera plus facile. Faire le bien en commençant dans ma propre famille, dans ma propre vie personnelle. Puis locale. Alors les lois changeront. Avoir le courage de la cohérence entre ce que nous vivons et traduisons par le vote dans les urnes. Notre premier discernement pour une élection est : quel programme touche le moins à la famille ? Quel programme pulvérisera le moins la famille ? Quel programme valorisera la famille et la vie ? Relire des passages de l’encyclique Evangelium Vitæ avant d’aller voter, aidera à un discernement vrai. Sommes-nous prêts ? Le voulons-nous ?

Vous dites au chapitre 3, « L’enfant a besoin d’une colonne vertébrale pour se former ». Pour ceux qui n’ont pas encore lu votre livre qu’elle est cette colonne vertébrale ? 

La colonne vertébrale est multiple. D’abord, l’amour de mes parents. Et des autres membres de ma famille. La famille est la première école où je suis aimé, je reçois cet amour et j’apprends à aimer. La loi naturelle inscrite dans ma conscience. Conscience appelée à être formée et non formatée. Forgée pour que je devienne vraiment libre. Puis, la grâce de mon baptême. Le bienheureux père Marie-Eugène encourageait beaucoup les familles à laisser fructifier la grâce du baptême qui conduit un enfant vers la sainteté. Il y a une merveilleuse saison de saints dans nos familles. Chez les enfants, chez les jeunes. Ils sont nombreux, nombreux, dans nos familles ! Quel encouragement pour chacun.

Comment imaginez-vous le « concept » de la famille, des parents et des enfants, dans quelques années ?

La famille n’est pas un concept. Elle est une réalité naturelle voulue par Dieu depuis le Matin du monde, qui est bien antérieure à l’Église. Lorsqu’elle cesse d’être une réalité et devient un concept, alors, il y a un bug. Benoît XVI l’a dénoncé (20 décembre 2010 et 21 décembre 2012). C’est ce que nous vivons aujourd’hui avec le relativisme destructeur. Saint Jean Paul II nous invitait au début du nouveau millénaire à avoir le courage de partir, de repartir de la Parole de Dieu au Matin du monde sur l’homme et la femme, la famille. Cela aidera à sortir de l’impasse du relativisme ravageur. Et aidera des jeunes à se construire, à construire une famille et donc la société avec la colonne vertébrale de cette Parole de Dieu qui éclaire, féconde. Cela s’appelle le bon sens !  Et le bon sens a toujours survécu aux idéologies. Donc, la famille a de l’avenir devant elle !

Pour aller plus loin : Père Hubert Lelièvre, Osez le bonheur pour vos enfants, Éd. Peuple Libre, 152 p., 12 €.

 

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