Entretien – L’Église de France en réflexion pour le Synode de 2018 sur les jeunes

En marche vers le Synode sur « les jeunes, la foi et le discernement des vocations », c’est le thème d’une rencontre qui était organisée ce jeudi 9 mars 2017 à Paris.

À l’initiative de cette journée de réflexion : le Service national pour l’évangélisation des jeunes et pour les vocations (SNEJV) de la Conférence des Evêques de France (CEF). Deux mois après la présentation du document préparatoire (13 janvier 2017) et la lettre du Pape adressée aux jeunes, les participants ont proposé des pistes pour accompagner la préparation de ce Synode des évêques qui se tiendra au Vatican en octobre 2018.

Des jeunes ont témoigné de leur démarche synodale et les organisateurs ont abordé la question de leur responsabilité en tant qu’acteurs de la pastorale des jeunes et des vocations. C’est Mgr Denis Moutel, évêque de Saint-Brieuc et Tréguier, président du Conseil épiscopal pour la pastorale des enfants et des jeunes de la CEF qui a clos cette journée de rencontre. Il revient, au micro de Radio Vatican, sur la question du discernement et sur les attentes des jeunes. Nous avons transcrit pour vous ses propos. 

Monseigneur Moutel : Les jeunes que je peux rencontrer moi-même ou que rencontrent un certain nombre d’évêques, ont soif : il y a comme une attente de se rattacher à la foi chrétienne, parce qu’ils sentent que beaucoup de choses sont très mouvantes sur le terrain qu’ils connaissent, beaucoup de choses sont incertaines, je pense qu’ils ont besoin de confiance, c’est le mot qui me vient à l’esprit. Qu’on leur fasse confiance, mais aussi qu’eux-mêmes puissent avoir confiance en eux.

Radio Vatican : Quel est le lien qui existe aujourd’hui en France entre l’Eglise et les jeunes ?

Mgr Moutel : Si on regarde d’une manière générale, avec un regard sociologique un peu distancié mais qu’il faut avoir aussi, il y a, bien sûr, une absence des jeunes dans la vie de l’Eglise, mais il y a une attente, il y a un désir, une soif, et puis des formes de lieux nouveaux où ils sont présents. Des initiatives de solidarité, des formes de colocations à projet, où des jeunes accueillent ou consentent à vivre un certain temps dans le même appartement avec des plus pauvres. Cela existe à Marseille, à Paris… Je vois aussi que les jeunes répondent volontiers à l’appel à la coopération. Dans les villes, on constate un regain d’activité des aumôneries d’université, on voit que le scoutisme (les 3 mouvements scouts) connaissent une augmentation de leurs effectifs depuis 5 à 10 ans, donc le Synode vient dans une période où on a beaucoup d’espérance dans l’Eglise en France pour que les jeunes puissent grandir dans la foi et dans le discernement de la foi.

R.V : Les jeunes ont d’ailleurs été appelés, par le pape François dans sa lettre, à entreprendre un itinéraire de discernement. Comment les accompagner dans ce parcours ?

Mgr Moutel : Je crois que dans les grands lieux qui accueillent des jeunes, des aumôneries, des communautés nouvelles, des retraites, il y a toujours l’occasion d’un accompagnement qui est donné. Mais c’est une possibilité qui est offerte sans doute à trop peu de jeunes. On n’est peut-être pas suffisamment préparés, ça peut faire peur d’écouter longuement, de consentir à donner du temps pour accompagner un jeune dans les hauts mais aussi dans les bas : cela demande du temps, de la formation, beaucoup de respect du jeunes, aussi, pour ne pas prendre sa place, pour ne pas se substituer à sa liberté propre. C’est Dieu qui l’appelle, c’est Dieu qui, par son Esprit Saint, avec le don des charismes le guide et l’oriente vers le bon chemin. Donc c’est un très beau sujet d’accompagnement et je pense que c’est sur ce terrain là du discernement que l’on aura à proposer. Parce que cela peut intéresser beaucoup de jeunes, bien au-delà de ceux qui sont déjà rassemblés dans l’Eglise.

R.V : Les évêques sont donc invités à se mettre à l’écoute des jeunes, à leur portée. Il y a aujourd’hui un certain problème concernant le langage. 

Mgr Moutel : Il ne s’agit pas d’asséner, effectivement, ou de communiquer tout de suite un discours théologique qui serait inaccessible. Mais ceci dit, ce n’est pas pour cela que l’on doit priver les jeunes des mots de la foi. Mon idée par exemple n’est pas du tout que le langage liturgique serait trop compliqué, qu’il faudrait supprimer la moitié des mots : ce serait amputer aussi le mystère de la foi dans sa profondeur. Les mots, on les reçoit, le langage c’est aussi un héritage. Donc chaque génération doit retravailler, doit apporter son propre génie mais en acceptant le moment venu de recevoir les mots de la foi dans toutes leurs richesses, leur beauté. C’est un effort constant que nous avons à faire, un effort de pédagogie. C’est de l’amour de l’autre de lui parler avec patience, en ayant en tête que l’autre apporte du neuf dans la révélation de Dieu. Parce que la confiance en Dieu, vécue par des jeunes, est un message d’espérance et un enrichissement.

L’entretien est à écouter ici.

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