Être chrétien dans un monde qui n’est plus chrétien – Gérard Leclerc

Dans le sillage du Congrès Mission, nous sommes forcément appelés à prolonger une réflexion de fond sur la déchristianisation de la société contemporaine. Il ne s’agit pas seulement de s’interroger sur les causes du phénomène, mais d’entreprendre une analyse de la culture ambiante, afin de mesurer l’écart qui la sépare de la doctrine chrétienne et d’une civilisation inspirée par l’Évangile. Certains objectent à cette façon de poser le problème qu’elle implique une condamnation ou un refus a priori de la civilisation contemporaine, ce qui serait désastreux et entraînerait les chrétiens à des conduites d’évitement de la réalité et de repli. Mais c’est l’Évangile qui nous demande avec le plus d’insistance de nous méfier des séductions du Monde, ce qui n’implique nullement l’hostilité à l’égard de nos contemporains ni le refus de tout ce qui est positif dans ce qu’on appelle, d’un terme trop équivoque, la modernité.

Les premiers chrétiens ont éprouvé ce paradoxe de vivre dans le monde sans être du monde. Ils pouvaient être à la fois les plus proches de leurs concitoyens, tout en témoignant d’un autre mode de vie. C’est ainsi que le christianisme des origines a pu se trouver en symbiose avec ce qu’il y avait de plus grand dans la pensée antique, mais en décalage par rapport à un certain état des mœurs. S’il avait choisi de n’y rien changer, il n’aurait jamais accompli le passage à une autre civilisation qui s’explique par la modification évangélique de ce qui l’avait précédé.

Nous sommes aujourd’hui dans une situation assez analogue, à ceci près que la civilisation dans laquelle nous vivons s’est éloignée du christianisme et qu’elle a, délibérément, inventé une autre façon de vivre et d’organiser la vie sociale. On s’en aperçoit aux États-Unis, quand on constate que la Cour suprême est engagée depuis longtemps déjà à substituer des normes étrangères à celles qui présidaient à une société foncièrement religieuse. Faudrait-il donc définir, désormais, le débat par l’opposition entre conservateurs de l’ordre ancien et partisans d’une modernité ouverte ? Mais la conservation, en soi, n’est nullement garante de la vitalité de la foi. Comme le disait le père de Lubac, il y a dans une position trop défensive péril à ne plus s’interroger sur ce qu’est vraiment le christianisme, comme il y a danger inverse à trop vouloir s’adapter au monde tel qu’il est, en reniant le trésor dont il s’agirait, au contraire, de ranimer sans cesse la flamme. Divers témoignages nous incitent à approfondir une investigation qui commande le devenir de l’Église et le réveil de sa mission (1).

(1) Cf. Rod Dreher, Comment être chrétien dans un monde qui ne l’est plus. Le pari bénédictin, Artège.

Gérard Leclerc

 

Source France Catholique

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