Euthanasie – Les Frères de la Charité campent sur leur position – Vers une sanction de Rome ?

Malgré la demande de Rome et celle de leur Supérieur général, la branche belge des Frères de la Charité a décidé de maintenir sa directive sur l’euthanasie qui fait polémique.

En mars dernier, la branche belge des Frères de la Charité avait approuvé un texte rendant possible, sous de strictes conditions, l’euthanasie pour des personnes n’étant pas en phase terminale dans la quinzaine de centres psychiatriques gérés par l’ordre. Cette directive avait entraîné, au début août, une réaction du Supérieur général de l’Ordre à Rome, le frère René Stockman (photo). Dans un courrier, il rappelait que l’euthanasie est « contraire aux principes de base de l’Eglise catholique ». Et il donnait un mois au Provincialat belge pour modifier la position prise.

René Stockman avait ensuite alerté la Secrétairerie d’Etat du Vatican, la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, qui avait précisé qu’une euthanasie constitue le « meurtre délibéré moralement inacceptable d’une personne humaine ». En date du 10 août, la Salle de presse du Saint-Siège confirmait que le pape avait pris le dossier en main et qu’il a bien demandé à la communauté belge des Frères de la charité de renoncer à laisser pratiquer l’euthanasie sur des patients qui résident dans leurs centres psychiatriques. François avait laissé jusqu’au 10 septembre pour avoir une réponse. En clair, la branche belge de l’ordre devait se conformer à l’enseignement de l’Eglise en la matière sous peine d’exclusion.

Maintien de la position

Ce mardi 12 septembre, lors d’un point presse tenu à l’issue d’une réunion de son conseil d’administration – où siègent seulement trois frères de la congrégation -, le président de l’asbl Provincialat des Frères de la Charité, a indiqué, que la branche belge des Frères de la Charité maintient son point de vue autorisant l’euthanasie de patients psychiatriques qui ne sont pas en phase terminale. Le conseil d’administration insiste également sur le fait que cette vision cadre avec l’enseignement de l’Eglise. Un point de vue que le frère René Stockman avait indiqué ne pas partager.

Aujourd’hui, la branche belge des Frères de la Charité explique pour sa part avoir tenté de trouver une solution afin de mettre fin à la crise mais sans succès jusqu’à présent. Elle reste cependant ouverte au dialogue et à la concertation. « Nous soulignons que le nouveau texte maintient l’idée selon laquelle la vie mérite d’être défendue et que nous n’adhérons pas purement et simplement à l’argument d’autonomie », explique Raf De Rycke, président de l’asbl Provincialat des Frères de la Charité. « Cet avis est né de notre souci d’administrer le meilleur soin possible au patient. » Selon Axel Liégeois, en charge de l’éthique chez les Frères de la Charité, la protection de la vie demeure « une valeur fondamentale mais plus absolue« . Il insiste par ailleurs sur le fait la nouvelle éthique a mis la prudence absolue au centre de ses préoccupations. Ces exigences de prudence feront en sorte que les demandes d’euthanasie émanant des patients seront examinées avec encore plus de circonspection qu’auparavant, précise le Provincialat. Il est ainsi prévu, contrairement aux dispositions de la loi belge sur l’euthanasie, qu’une commission d’évaluation composée de personnes tant internes qu’externes aux établissements dirigés par les Frères de la Charité, examinera si la décision du médecin répond bien aux exigences de prudence. « Cinq niveaux de concertation sont également prévus dans l’enquête sur la demande d’euthanasie. Ce qui prend un mois dans la loi euthanasie, prendra ici au moins six mois », a précisé le président, ajoutant que le devoir est d’accompagner et d’aider les personnes qui souffrent, et qu’il faut tout mettre en oeuvre afin d’éviter d’avoir recours à l’euthanasie. « Mais il existe des cas exceptionnels où l’on se trouve dans une situation sans issue. Je pense alors que l’on peut franchir ce pas et que cela cadre avec les valeurs chrétiennes », a-t-il néanmoins avancé.

Et maintenant ?

Selon Raf De Rycke, cette nouvelle approche devrait conduire dans les faits à une diminution du nombre d’euthanasies. Il concède cependant que tous les établissements de soins réunis au sein de l’ASBL ne sont pas encore prêts. Les médecins et le personnel soignant auront toujours la liberté au sein des établissements des Frères de la Charité de pratiquer l’euthanasie ou pas.

Du côté de la Conférence épiscopale belge, aucun commentaire n’est fait, les évêques de notre pays préférant approfondir le texte. Pour l’heure, les évêques de Belgique s’en tiennent à leur communiqué du printemps dernier sur l’euthanasie et la souffrance psychologique.

Que vont faire maintenant le Supérieur général de l’Ordre et le Vatican ? A ce stade, ils vont d’abord prendre connaissance de la réponse officielle du Provincialat belge. Mais il n’est pas exclu que les quinze centres et hôpitaux psychiatriques que dirigent les Frères de la Charité dans notre pays, perdent leur label « catholique ». De même, si le conseil d’administration affirme avoir pris sa décision « à l’unanimité », cela sous-entend que les trois frères qui y siègent ont adhéré au point de vue. Quel sera leur sort ? Réponse dans les semaines à venir, car le dossier est loin d’être clos.

 

Source Belgicatho

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